CHAPITRE IV
DES GIiASSIVICATIONS NATOEEUBS.
▲RTICLE PREMIER.
DÉFUriTIONS ET OBSERVATIONS G^|IÉRÀ^£S,
La méthode naturdle a pour but de classer les plantes d'après leur degré de ressemblance.
Elle est mie conséquenee complète et raisonnée de cette disposition de notre esprit à associer les choses qui •0 resMmblent et à les disposer en groupes d'une étendre cti?verse. £^ existe naturellement chez tous les bonnes, et toutes les langues en font foi.Toutes, en effet, possèdent des mots, tels que chêne, tilleul^ A/e^etCt , 1^ repr&enCent des coUeetions de végidtaux extrêmenènft analogues entre eux, et ces groupes sont compris CoUeetÎTem^iit dans des termes plus vastes, tels que arbr^SfherbeSj plantes alimentaires y etc.
Qo^êst-ce qui distingue ces groupes admis par tous lias peuples^ des classes artificielles dont nous avons patflé fcécédemment ? C'est que ces associations naissent d*un ensemble de rapports généraux, ou de quelques rapports spéciaux dont la nature varie selon les cas. On a créé le genre appelé chêne y avant de savoir s'il existait desétamines semblables dans tous les chênes *, le fruit a dans ce cas déterminé Tassociation. Dans les tilleub ou les jasmins,
4ê0 MÉ'nM)I>OLOGIE.
c est au contraire la fleur qui a dû fixer rattention*, souvent ce sont les feuilles, les tiges et un certain' ensemble de caractères communs, qui ont entraîné à Fassociation. De même, on a nommé arire^ les v^^tauxqoi sont à la fois plus grands, plus ligneux, plus durables que les autres. L'esprit humain ne s'attache pas à m seul caractère , quand il en existe plusieurs. Il saisit de lui-même des rapprochement, quelque nombreux qu'ils soient, et il en forme des associations plus ou moins vastes , selon le nombre et Vimportance des rapports. Les savans ont imité cette tendance toute naturelle* Ils ont rectifié, il est vrai, des associations erronées faites par le vulgaire , mais ils ont comme lui fait des espèces , des genres et des classes , d'après des ressemblances générales , fondées tantôt sur un caractère , tantôt sur un autre , ordinairement sur plusieurs.
Le nom de méthode naturelle ne vient pas seulement de ce que cet e méthode repose sui< une opération naturelle à notre esprit / mais surtout dç ce que les associations proiluites sont Timage des rapports qui existent naturel cmcnt entre les êtres.
Les naturalistes qui ont le plus vivenient défendu les méthodes artificielles admettaient les genres et les espèces, qui sont cependant les premiers degrés d'associations naturelles. Ils niaient seulement que l'on pût et que Ton dût suivre le même principe, dans la réunion des genres en classes. Ce débat entre les botanistes du siècle dernier n'en est plus un aujourd'hui. On reconnaît que la méthode naturelle est plus philosophique^ plus consé(|uente avec elle-même que les méthodes artificie'les les plus parfaites, et tous les savans s'accordent à dire avec Linné : Metlwdus naturalis primas et ulti' mus finis botctnices est et erit. Ce n'est plus que par
TAXONOMIE VEGETALE. 481
ignorance, ou pour céder à d'anciennes habitudes^ que ■Fon conserve dans quelques écrits modernes le système artificiel de Linné.
Il n'est peut-être pas inutile de remarquer qu'en zoologie on n'a jamais suivi d'autre méthode que la méthode naturelle, parce que les {poupes sont plus distincts et que des associations contraires auraient paru très-ridicules. Ainsi , personne n'a mis en doute que les oiseaux , les poissons , les reptiles , ne soient des classes naturellement distinctes , qui doivent entrer dans une bonne classification , et tout le monde se serait moqué du naturaliste qui, partant uniquement du nombre des jambes (organes sans doute fort importans), aurait réuni dans une même classe Fhomme et les oiseaux. En botanique, des associations de ce genre^ dues aux systèmes artificiels, ont long^temps dominé la science.
ARTICLE n. APERÇU HISTORIQUE DES CLASSIFIGÀTIOITS NATURELLES.
Les anciens botanistes sentaient plus ou moins l'existence de groupes naturels et cherchaient le plus souvent à ne pas les rompre dans leurs systèmes artificiels. H faudrait être aveugle en effet pour ne pas reconnaître que les ombellifères , les composées , les renoncules, les campanules , etc. , forment des classes extrêmement naturelles , dont toutes les espèces ont un air de famille. Ce sont des groupes, plus étendus que les genres et les espèces , mais tout aussi (^videns, et dont les plus anciens ouvrages de botanique font mention*
Jusqu'à IVIagnol ces notions étaient cependant bien
IMTR. A LA BOTAMIQUE. TOME I. 3l
4Sf MITHODOLOOIE.
confuses. Ce botaniste ingénieux s'ezpKque d'une manière remarquable pour son temps (i). « J'ai cru aper- « cevoir, dit-il, dans les plantes une affinité suivant les « degrés de laquelle on pourrait les ranger en diverses « familles , comme on range les animaux. Cette rda<- « tion entre les animaux et les végétaux m^a donné œ- II casion de réduire les plantes en certaines familles ptr « comparaison aux familles des bommes , et comme il « m'a paru impossible de tirer les caractères de ces &» « milles de la seule fructification, j*ai choisi les parties « des plantes où se rencontrent les principales notes car « ractéristiqnet , telles que les racines, les tiges, les « feuilles et les graines; il y a même dans nombre de « plantes une certaine similitude, une affinité qui ne « consiste pas dans les parties considérées séparément, (c mais en total , affinité sensible , mais qui ne se peut « exprimer (a) , comme on le voit dans les familles des <c aigremoines et des quintefeuilles , que tout botaniste « jugera congénères, quoiqu'elles dififèrent par les race cines, les feuilles, les fleurs et les graines, et je ne « doute pas que les caractères des familles ne puissent ce être tirés aussi des premières feuilles du germe au « sortir de la graine. J'ai donc suivi l'ordre que gardent « les parties des plantes dans lesquelles se trouvent les a notes principales et distinct! ves des familles , et sans « me borner à une seule partie, j'en aï souvent consî- « déré plusieurs ensemble. )>
(i) Il ëtait prafesaeor de botanique à MoatpeUûer ven la fin di XVIIe siècle. Le morceau cité est traduit de son Prodromus historiœ generalis plantarum j i Yol.in>ii , 1689.
(2) C'est ce que l'on nomme le port {hahitus) , resseibblance yaguc et générale.
TAXOifÔMIt TiOETALE. 4fti
Tdtis lëd essais faits dans ce sens fat Maghol lai^ niémë et par les bolënistes du XVIIP siècle jusqu'à Bernard de Jussieu et Adânson prouTent que l'esprit d'obserfatioti et le seiitirtient intime ne suffisent pas pdqr établir dés classifications naturelles Traimèiit digties de ce nom. Il faut de plus être guidé par des principe) tiiàis eti Sait par l'histoire dé toutes les sciences, <|<l'dli ne recherche lés principes des méthodes qu'après un gTttnd nèitibre 4'esèais prëtiqtiés infructueux.
AftticLÈ ni.
PRXIK^PES DES DIVERSES CLASSIFICATIOITS NATURELLES.
Le but des méthodes natureU^^ est de rechercher les re&seioblafices qui existent réellement dans la na-il^re entre les êtres Organisés , afin de les classer d'iipVès ces ressesiblances. Les moyens d'atteindre ce but peuvent être nombreux. M. de CandoUe (i) en dis«tijDgue trois, qui ont été employés successivement ou simuUanéfl^nt psdf divers botanistes : le tâtonnement, la compoitaison générale et la subordination des ca^ ràctères*
La méthode de tâtonnement est celle de Magnol et de tous les botanistes jusquà Bernard de Jussieu et Ada^son. Elle consiste à rechercher les rapports des «très, «tôs règle biea précise, par une espèce de sen> intime. Tel observateur ingénieux pouvait reconnaître trtr gmtrpe comme natttrd ; td autre pouvait le rejeter -,
if ;■ fil- fi
(i) Thëorie élém. , prcni. édiiioti, t8r3 , p. 6^.
484 METHODOUX^IB.
aucun moyen nese présentait pour décider la question. Linné lui-même , ce génie éminemment méthodique^ ne voulait pas rechercher des règles applicables aux classifications naturelles (i). Il reconnaissait Texistenoe d'un grand nombre de familles , mais il n'aimait pas cioe Ton voulût les caractériser , ni même les consolider en leur donnant des noms de classes (2). Étrange disposition d'esprit chez un naturaliste aussi distingué, chez celui qui avait posé les vrais principes de Fassociatioa naturelle des espèces et des genres , et qui , dans le règne animal, admettait sans hésiter des groupes naturels supérieurs aux genres.
La méthode de comparaison générale fut proposée par Adanson (3) , à l'époque où Bernard de Jussiea travaillait sans publier , d'après un système analogue, mais plus philosophique. Âdanson part de l'idée ([ue les rapports entre les êtres reposent dans chaque organe considéré isolément. Ainsi , deux plantes peuvent se ressembler par les racines ou par les feuilles , pair les calices ou par les corolles, etc., peut-être par plusieurs de ces organes à la fois. Il se dit en conséquence que les plantes qui ont le plus grand nombre de ces rapports partiels doivent être les plus rapprochées dans Tordre de la nature , et il eut l'idée de classer toutes les plantes, en considérant successivement chaque organe^ et en rapprochant toutes ces comparaisons.
Il créa donc soixante-cinq systèmes artificiels, et en les rapprochant, il forma des familles naturelles, com-
(i) Ltifiv. , Clasa. plant. , 487*
(2) GisBCKB , Fragmenta.
(3) ApAsri. I Familles det plantes , i763«
TIXONOMIE VEGETALE. 485
posées dés genres qui étaient liés dans le plus grand nombre de systèmes partiels. Une idée manquait à Adanson pour que sa méthode fut parfaite, c'est que tous les rapports n'ont pas le même degré d'intérêt , chaque organe ayant une importance plus ou moins grande et pouvant être envisagé sous des points de vue divers plus ou moins importans.
Cette idée est la base de la subordination des caractères^ méthode que les Jussieu ont eu la gloire d'introduire et' de naturaliser dans la science. Il paraît que Heister ëji avait quelques notions (i), mais ce qu'il a publié contient, au milieu d'idées remarquables, un mélange singulier d'erreurs. Dès 1758, Bernard de Jussieu arrangeait le jardin de Trianon d'après une classification naturelle qu'il se montrait jaloux de perfectionner et d'expliquer à ses élèves. Observateur ingénieux et modeste , c'est dans la conversation qu'il émettait ses idées sur la théorie des familles naturelles. Il n'a rien écrit d'important et se trouve néanmoins le chef d'une grande école. Une heureuse conformité de goût et de talent a fait de son neveu, M. Antoine-Laurent de Jussieu , le plus habile de ses élèves et le meilleur interprète de ses idées.
C'est à lui que la science doit le premier monument élevé par la méthode naturelle et sur la théorie même de cette méthode. Je veux parler de cette habile classification des genres réunis pour la première fois en groupes naturels et raisonnes, dans l'immortel ouvrage publié en 1789, sous le titre de Gênera plantarum.
Dans ce travail , admirable réalisation de la philoso-
(i) Hbist., Syst, piantaruiii , i;48. — Voyez DC. , Théor. elëm., prMi. éd. f p» jf2*
4M MlÊTHODOU>6IJU
phie de Berriard de Jussîeu , Fidée dominaute est de considérer certains organes et certains rapports entre les organes comme pins importans que d'autres ) eu sorte que tel rapport mérite de caractériser une faqiiUe , tel autre un genre, ou seulement une espèce. Cette id^ féconde est devenue le principe dirige^pt en botanique^ les essais des anciens auteurs, d'Adanson méme<, jCgoX plus été mentionnés que sous le point de vue historiqqe, et la méthode des Jussieu a été proclamée d^uii cQmqum accord U méthode naturelle par excellence. Reprenons Texamen des principes sur lesquels elle repose.
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