‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 60 sur 130 · VITESSE, FORCE ET QUANTITÉ DE LA SÈ¥E · texte numérisé non relu

VITESSE, FORCE ET QUANTITÉ DE LA SÈ¥E

Lorsqu'on coupe une branche en pleine végétation et surtout au printemps , on voit la sève sortir avec force, comme le sang d'une blessure.

Haies a fait le premier des expériences concluantes sur ce point. Ayant mis à nu et coupé transversalement une racine de poirier, il introduisit la partie qui restait attenante à Tarbre dans un tube fermé hermétiquement du côté supérieur, rempli d'eau, et qui reposait par k base dans un bain de mercure. La coupe de la racine absorbait Veau contenue dans le tube , et avec tant d'activité que le mercure monta de 8 pouces dans le tube, pour remplacer l'eau absorbée. Dans des expériences analogues plus exactes, citées par M. de Candolle (i), on a vu une branche de pommier élever en une demiheure le mercure à 5 pouces i /4 , des branches de vigne à 4 pouces le premier jour et 2 pouces le second, enfin, une branche de pommier non-pareil à iti pouces en sept minutes.

Les pleurs de la vigne ne sont autre chose que la sève qui, au premier printemps, sort avec abondance des parties où la taille a mis le bois à nu. Haies a fixé un tube vertical au sommet d'un tronçon de vigne , de telle manière que la sève devait en sortant s'accumuler dans le tube, jusqu'à ce que son propre poids fit équilibre à la force d'expulsion. Dans une première expérience,

(1) DC. , Physiol. , I, p. 90.

elle s'éleva jusqu'à ai pieds; dans une seconde, il mit du mercure dans le tube et la sève Téleva à 38 pouces, ce qui, vu la différence du poids spécifique des deux liquides, équivalait à 43 pieds 3 pouces i/3 d'eau. Ainsi, dans ce cas, la force qui poussait la sève de la vigne équivalait à 2 fois i/a le poids de l'atmosphère.

Les deux circonstances qui influent le plus sur l'ascension de la sève , sont la chaleur et la lumière. De deux branches égales et de la mémo espèce, placées dkns deux bocaux également éclairés , celle qui est dans remplacement le plus chaud absorbe davantage et tranV met par conséquent plus de sève à la partie foliacée. On i^oit souvent dans les jardins que la branche d'un arbre qui. pénètre dans une serre ou qui est abritée du froid d'une manière quelconque , se développe la première au printemps. La chaleur semble agir sur les bourgeons comme un stimulant qui attire vers eux la sève ascendante; sans cela on ne comprendrait guère la végétation rapide du premier printemps. L'action de la lumière a été souvent vérifiée. Il est certain que la température étant la même à l'égard de deux branches égales qui plongent semblablement dans l'eau , celle qui reçoit le plus de lumière absorbe le plus d'eau.

La quantité d'eau absorbée est d'ailleurs proportionnelle dans chaque espèce à la coupe de la branche qui plonge dans l'eau et à la surface des parties foliacées , dont le rôle , comme nous le verrons plus bas , est d'exhaler une partie notable de la sève.

Les saisons influent aussi sur ce phénomène. M. Savi a calculé que trois branches de marronnier semblables , mises en essai pendant une durée rga'e , mais à trois époques différentes de l'année , ont absorbi : la première, en mai, i25 grains d'eau; la i>econde, en juillet

t4f VBYSIOLOGIZ. ^

1^ végétaux, les spopgioles sont QrdinairemeDt multiples, et chacune se compose d'un grand nombre d'ouvertures fort petites.

2* L'aliment passe dans les organes qui doivent Télaborer, c'est-à-dire le modifier, pour qu il puisse réellement servir à la nutrition. Dans les végétaux, ce trajet a lieu directement par la racine et la tige. Dans les animaux, il y a de plus des cavités spéciales (estomacs, intestins ) où Taliment est arrêté , modifié une première fois. La partie non nutritive est rejetée (les excrémens) et le reste continue sa marche sous le nom de chyle.

3* L'aliment sous forme liquide , savoir : le chyle dans les animaux , et la sève dans les végétaux , arrive près delà surface , ou tout au moins se trouve en rapport avec l'air extérieur. Il s'en évapore une partie , sœt ; dans les deux règnes , par la transpiration de toutas les surfaces , soit , dans les animaux supérieurs , jpar k transpiration abondante des poumons, et dans les végétaux vasculaires , par l'exhalaison des feuilles*

4** La matière alimentaire , tout en devenant moim liquide , est modifiée chimiquement par l'air atmosphérique. Chez les animaux , la proportion d'oxîgène augmente 5 che^ les végétaux c'est le carbone. Cette différence est assez d'accord avec l'énergie , l'activité et la mobilité des uns , comparées à la fixité , à l'immobilité des autres. L'opération chimique dans laquelle l'air dorne à chacun ce qui lui convient se passe , chez ks animaux et les végétaux supérieurs , dans les poumons, les branchies ou les feuilles ^ chez les autres, soit dan» les cavi:és et conduits ai'riens , où l'air va chercher les fluides, soit par toute la supi rficle extérieure.

5** Le suc alimentaire est devenu , par les opérations précédentes , éminemment nutritif. Il prend le nom (k

DX. hA KUTllTION. $M

d'estensioQ de la moelle , d'autres par une sorte de feraientation des liquides^ hypothèses qui sont devenues •bsardes ou que Ton sait être dénuées de fondement.

Grew pensait que les cellules, en se remplissant de liquides, comprimaient les vaisseaux et forçaient ainsi les §uc$ i s'élever. Mais les cellules les plus vivantes ne sont pas dans Tétat de tension que supposait Grew 9 et cette tension ne pourrait guère produire une circulation aussi a|Mde que celle de la sève.

Les physiciens modernes ont eu souvent recours à la capillarité, c'est-à-dire à l'ascension bien connue des liquides dans des tubes étroits et en général sur les panel des solides en contact avec eux. On sait que, dans un tube de 1/200 de millimètre de diamètre, Teau e'ëiève jusqu'à deux millimètres : or, les cellules ne sont souvent pas plus larges, et les méats intercellulaires par oA monte probablement la sève sont encore plus étroits. Diaprés cela , beaucoup de sa vans , en particulier le célèbre Davy (i) , ont pensé que la capillarité suffit pour fendre compte de l'ascension de la sève , d'autant plus "^e les canaux intérieurs des plantes ne sont pas rectifiées, et que le tissu cellulaire offre partout des sinuolîtés horiiBontales et obliques où les liquides sont main- Ions sans peine, jusqu'à ce que d'autres tubes supélienrs les absorbent. On peut comparer cet arrangement à un amas de sable, où le liquide absorbé par la capi Hanté p6ut sVlever très-haut, prce qu'il se dépose de fliee en place sur les molécules solides du sable. Mais, 4'après les expériences de M. Nicod Delon , citées par de CandoUe (a), l'eau est restée sept mois pour s'é-

(1) Chimie agricole » trad. franc. » I « p* T« (a) Phya. vég. , I , p. qS-

iH6 PHTAlOLOfelE.

lever à ^tg pouces dans du sable de mica , Tun des plus capillaires. Voilà un résultat bien différent deTascennoD si rapide de la scve. D'ailleurs , pourquoi la sève ne monterait-elle plus dans les arbres morts ? On connaît bien le degré de capillarité et d'hygroscopicité du bois mort, mais il s'en faut de beaucoup qu^elle ress^nfalei la circulation dans les arbres yivans. Il faudrait supposer que la mort des végétaux est accompagnée 4'iidc désorganisation du tissu . qui le rendrait iribins capt laire , mais on ne voit rien sous le microscope qui paisse le faire penser.

M. Dutrochet a voulu expliquer tous les phénonièiies relatifs aux sucs des végétaux par des faits que les physiciens rapportent à la capillarité ou à la perméabilité des substances. Il leur a donné les noms d* endosmose îi d' exosmo5e.\oici en quoi ils consistent; Lorsqu^ un oorps mince,une membrane par exemple sépare deux liquides, ou qu'un liquide sépare deux gaz , il se produit m échange de molécules à travers le corps intermédiaire, échange plus ou moins rapide , selon la nature des ci^ constances , et dans lequel un plus grand nombre de molécules passent dans un sens que dans Fautre. Ainsi, plongez dans l'eau une petite vessie pleine de lait, avec une ouverture supérieure munie d'un tube de verre. Au bout de peu de temps ( une heure ou deux) vous verrez le lait monter dans le tube , preuve bien claire que l'eau a été absorbée par la vessie et a pénétré dans le lait en plus grande proportion que le liquide intérieur n'a passé à l'extérieur. Dans ce cas , où le liquide le moins dense (l'eau) augmente le volume do plus pesant ( le lait), M. Dutrochet appelle le phénomène endosmose. Le cas contraire , où le liquide le plus fluide est accru , est Yçxosmo^e.

DE LA KUTRITIOX. f57

Comme cet échange de liquides a lieu à travers toutes les membranes végétales , il peut servir sans doute à expliquer beaucoup de faits relatifs aux mouvemens et aux modifications des fluides.

j3n a prouvé que la sève est plus dense vers le haut des tiges que dans le bas, ce qui se comprend aisément, vu la quantité d'eau évaporée par les feuilles. On peut croire alors que Tendosmose dirige le liquide de Las en haut ; mais Tascension serait-elle aussi énergique dans le cas où cette cause seule agirait? D'ailleurs, la difFérènce de densité est d'autant plus forte que les feuilles exhalent plus d'eau, tandis que le mouvement de la sève est au maximum avant l'existence même des feuilles. Enfin , les phénomènes observés par M. Dutrochet ont lieu dans des membranes privées de vie , dans tous les corps poreux, organiques ou inorganiques , on peut même dire dans tous les corps, puisque tous sont perméables à certaines substances, tandis que l'ascension de la sève n'a lieu que dans les végétaux vivans , d'une manière inégale, irrégulière, comme tout ce qui dépend de la vie. ^insi, tout en reconnaissant que la capillarité, la perméabilité et autres circonstances physiques peuvent faciliter le mouvement de la sève , on est toujours obligé de recourir à celte cause hypothétique, mystérieuse, la vie!

Voyons comment on peut se figurer que la force vitale imprime un mouvement d'ascension.

H. B. de Saussure supposait que les vaisseaux des plantes étaient doués pendant la vie d'une contractililé analogue au mouvement péristaltique des intestins, aux contractions des artères, et autres mouvemens qui, dans les animaux , dépendent essentiellement de la vie. M. de

2SS VHYSIOLOO».

CandoUe (i), partant de Yïdée que la 9^e pataeettH^ks cellules plutôt que par les vaisseaux , a émis Thypothèse de la cotitractililë vitale des cellales. Il la compare aux mouvemens du cœur dans les animaux sapérieon et aux contraclions diverses des infusoires. Cette contraction des cellules ayant pour effet d'élargir et de resserrer les méats interrellulaires , donnerait une impolftion aux fluides qui y sont contenus. La lumîèfe,b chaleur, peut*étre réleçtricité , auraient de TinBueiiee sur ce mouvement, car elles tendenl à exciter la force vitale. Dans ce système, l'ascension de la sève, dëteT' minée parla contraclililé vilale, est aussi facilitée : i^ptr la circonstance que les spongioles accumulent de Teia dans le bas de la plante et la poussent en quelque sorte loin d'elles; 7,* par Faction évaporaloire des feuilles, qui produit vers le haut une sorte de vide; 3* par radioo eftpillaire des méats intercellulaires; 4* par la permëiUlité et Fhygroscopicité du tissu végétal.

Page 1