DE L'EMANATIO^I OU EXHALAISON AQUEUSE DES VÉGÉTAUX VASCULAIRES
Les véfjétaux vivans exposés à Taîr perdent une quantité notable de rhumidilé qu'ils contiennent. Il est aisé de s'en apercevoir à la manière dont ils se flétrissent. D'ailleurs, en les plaçant dans un ballon de verre bien clos et au soleil, on voit assez promptement des gouttelettes se déposer sur les parois.
On a mesuré souvent cette évaporation, en pesant
'i) DC. , Plijsiol., I, p. ur\.
DE I^ MUTMTSON. 9|§
une pltnte en vas^ à diverteft époques, tout eu iananl compte des arroseroens. Haies trouva de cette manière 4|Q'un pied d'bélianlhe qu il observait perdait %o onces d^eau par jour^ et un chou 19. Il estime qu'à proportion des surfaces, eette quantité est 17 fois plus grande que eelle que nous perdons par la transpiration insen* flible*
Mais dans ce fait de l'évaporation Tegélale , il y a deux phénomènes différens : i"" une déperdition insefhjfibls par toutes les surfaces^ a* une énumation ou ex^ Âaldiison abondante par les surfaces munies de stomates, at par celles qui, étant sous Teau, sont accidèuteUement exposées à Pair.
La déperdition insensible a lien lentement , faible*ment^ par toutes les parties des végétaux, à cause de lenr hamidité plus (|;rande que celle de Tair. Ainsi, ks fruits, les ttibercules de pomme de terre, le bois frais^ et en général tous les corps d'origine végétale, finissent par se dessécher quand le local on ils se trouvent n'est pas très-4iumide. La chaleur augmente ce phénomène, il tient à la qnaKté poreuse et perm^^able du tissu, et en général à des circonstances physiques extérieures (chaleur et sécberesse)qui ne concernent point la vie des végétaux.
Au contraire, l'émanation ou exhalaison par les firailies n'a lien que pendant que ces organes sont dou('S de vie et qnand la lumière détermine l'ouverture de leors stomates. Il est prouvé que la quantité d'eau exhalée de cette manière est, pour chaque espèce, en proportion du nombre de stomates dont êUe est douée ; pour chaque rameau ou individu , en proportion de l'étendue des surfaces foliacées. Ainsi> les plantes grasses, qui ont très- peu de stomates, exhalent trèi-peu, et doivent à cette circonstance leur nature toute charnue. Los
racines et les fruits charnus n^ont pas de stomates, et ne diminuent que par la déperdition insensible*
Avant que l'on connût le rôle important des stomates et leur ouverture par Faction de la lumière , on avait observé que la lumière influe directement sur la transpiration des végétaux. Haies avait remarqué que les plantes augmentent de poids pendant la nuit, ce qui s'explique par la suppression régulière de rexhalaison à celte époque, pendant que les racines continaentà absorber. Guettard et Senebier ont placé des branches à l'obscurité et à la lumière , et ont vu que celles-ci perdent bien plus que les premières. Que fait-on d'ailleurs pour conserver les bouquets ? On les place dans nn lien obscur^ ou bien on les abrite de la lumière du soleil en les enveloppant d'une feuille de papier.
Après la lumière , ce qui influe le plus sur ce phénomène , c'est la sécheresse de l'air, la chaleur et Tâge des organes foliacés. Quant à la sécheresse et à la chaleur, il est difficile de séparer leur effet sur l'exhalaison de celui qu'elles ont certainement sur la déperdition insensible. Quant à l'âge , on a constaté que des feuilles de même espèce, à chaleur, lumière et sécheresse égales, exhalent plus au printemps qu'en été , et en été plus qu'en automne (i).
Senebier (2) a voulu déterminer le rapport de la quantité d'eau exhalée à celle qui est absorbée par les racines. Il faisait tremper une branche dans un vase d'eau qu'il avait pesé, il introduisait la partie foliacée de la branche dans un ballon, et pesait l'eau qui s'y était exhalée au bout de Quelques heures ; enfin, il comparait cette quan-
(1) GcsTT. • Mém. de Facad. des sciences pour 1749. (s) Sbîtbb. , Physiol. Tcg. , 5 vol. in-8« , Genève , 1800.
tité d^eàu exhalée avec celle qui manquait dans le vase. Les résultats ne pouvaient pas être d'une précision complète, à cause de la déperdition insensible, de Taction inégale de la lumière, et de la surface des feuilles, qu'il est impossible de calculer exactement. Il faut donc s'attacher ici à une moyenne approximative qui s'est trouvée être : que l'eau absorbée est à l'eau exhalée comme 3 est à 2. Ainsi, un tiers de l'eau absorbée reste dans le végétal et les deux autres tiers sont exhalés par toute la surface ou par les stomates.
Il a aussi constaté que l'eau exhalée est presque pure. Celle de la vigne ne contient que 1/26,000 de matières étrangères, et cette faible proportion se compose d'une matière gommeuse, d'une autre partie résineuse, et enfin d'un résidu insoluble, probablement calcaire. Toutes le^ autres matières solides charriées dans le végétal par les spongioles restent dans la planta avec le tiers de l'eau absorbée. C'est ainsi qu'elle augmente de poids.
L'organisation des feuilles, sur laquelle M. Ad* Brongniart a récemment jeté beaucoup de jour, fait comprendre très-bien l'émanation par les stomates. Ces organes sont les ouvertures de cavités intérieures , où l'air se trouve en contact avec les cellules fraîches plus ou moins isolées *, il s'avance dans le tissu caverneux de la feuille et s'y charge abondamment de l'humidité qui s'y trouve. On sait que les membranes des cellules ne peuvent pas être un obstacle réel à cette action , quand elles sont minces. D'ailleurs , les méats inlercellulaires conduisent la sève jusque sur les parois des cavités aériennes. L'exhalaison par les feuilles ressemble donc à la transpiration très-abondante des animaux par les poumons.
Le tissu cellulaire superficiel est trop endurci pour se
préCeri untf vëritable ëmanalioD. Il ne tâbît ordinaire* meut que U déperdilion insensible, mais je ne doute pat que les stigmates, où il est frais et exposé à Tair, ne don* nent lieu à une grande déperdition de matière aqueuse. De même, les feuilles habituellemeot bubmergées, comme celles des potamogétons , perdent considérablement dès qu^on les sort de Teau. On les Toit se Ëioer a rinslant même. Ce n'est pas quelles aient beaucoup de stomates , mais leur tissu cellulaire superficiel est aosâ mou, aussi frais que celui qui, dans les autres feuille», se trouve situé au fonU des cavités, au*dessoua des stomates et de la cuticule.
Quant à la cause pour laquelle les stomates a'ouYreot à la lumière et se ferment à Tobscurilé, on rigoorceatièrement. Il semble même que la lumière délermiae la formation des stomates , au moins dans les végétaui semi-rasculaires (i)* Auk premiers rayons du soleil b- Tant, les plantes sécrètent ou exhalent beaucoup d*eau, et comme la température est alors assez basse, il se ferme des {gouttes que l'on Toit briller à rej^trémité de tous les brins d'berbe. Ce n'est pas une rosée qui les produit, car le même phénomène a lieu sur les plantes abritées. Sans doute, la quantité d'eau absorbée de nuit, sans exhalaison pendant plusieurs heures, oontribtie à augmenter la quantité émanée au premier rayon du soleil.
(i) P'oyez MirM, Mena, sur le marchantia, Noay.Aim. da mus , I-