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CHAPITRE PREMIER

DE lA FLEURAISON DES PLANTES PHANEROGAMES.

§ I. — Origine des fleurs.

Les fleurs se forment dans certaines plantes bien avant l'époque où elles paraissent à rextérieur. Ainsi 9

SM niTHOUMIB.

les grappes flprales existent dans les jacinthes et pUntes analogues avant que les feuilles mêmes se développent, et dans les palmiers , le rudiment des régimes reste caché pendant une, deux, même, dit-on, jusqu^à sept années avant de paraître.

Les parties de la fleur sont des feuilles transformées, mais la cause qui produit, long-temps d^avance, c^e transformation , est bien obscure. Quelques faits, dont il est question plus bas, indiquent que Fabsence d'une nourriture suffisante peut déterminer la fleuraison , et que les organes floraux sont des feuilles privées en partie de nourriture et singulièrement modifiées.

§ 2. »-* De la fleuraison comparée à V4go

des plantes.

L^époque où chaque espèce de plante fleurit poor k première fois, est conune la puberté des animaiuu La herbes fleurissent la première ou la seconde année, rarement plus tard, et les plantes ligneuses, en général, d'autant plus tard que leur croissance est plus lente et leur durée habituelle plus prolongée.

La même espèce fleurit plus tôt dans les pays chauds

'. gque dans les pays froids. Il arrive même qu'au-delà

d'une certaine limite géographique , elle ne fleurit plus.

Ces règles ressemblent à ce qui se passe dans le règne animal. Elles offrent néanmoins de nombreuses excep tions dans les deux règnes.

Les plantes bien arrosées et vivant dans un bon terrain fleurissent plus tard que dass un terrain sec et stérile. Une nourriture abondante fait pousser des feuilles et des branches, dites gourmandes, comme on le sait très-bien dans la culture des arbres fruitiers ^ tandis que

REPRODUCnOK DU ^UASXÙiOGAniS 8SK

le défaut de nourriture et la gène dans le développement des racines déterminent la fleuraison. Les plantet en vases fleurissent ordinairement plus vite que celles en pleine terre , et on a remarqué dans les jardins que souvent , Tannée où Ton a reçu une plante , elle fleurit , ce qu'elle ne fait pas ensuite de long-temps.

§ 3. •«« De lafleuraison comparée wec Tépoque

de Tannée.

GesX le phénomène qui correspond au rut des animaux. Dana les deux règnes , du moins pour le plus grand nombre des espèces , la reproduction s'établit d'une manière à peu près périodique , d'accord avec le climat* La régularité est moins grande dans les premières années que dans la suite de la vie , et certains retour^de froid , comme le transport dans un lieu moins chaud 9 peuvent causer des anomalies occasionelles.

Dans les arbres fruitiers , une récolte abondante diminue celle qui suit et empêche même la fleuraison, ce qui tient sans doute à l'absorption par les fruits de la nourriture élaborée en été , qui devait servir à la fleuraison suivante. Ces différences sont d'autant plus sensibles que les fruits restent plus tard sur l'arbre ; ainsi les récoltes de pommes et de poires sont plus souvent bisannuelles que celles de cerises et de framboises. Quelquefois au contraire les arbres fleurissent deux* fois dans l'année ^ par exemple, quand après une grêle ou une sécheresse qui ont détruit les feuilles et suspendu la végétation , il survient un temps chaud et humide. C'est alors comme le printemps après Vbiver.

En effet, le retour delà chaleur, après le repos de la végétation y est la cause déterminante de la fleuraison

SSB -.-Wr PHYSTOLOOn.

au printemps* La nature propre (idiosyncrasie) de cha' que espèce et de chaque individu se combine aussi avec ces deux causes communes à toutes les espècesé

Le repos de la végétation suppose une épocfue anté« rieure d'activité , dans laquelle les sucs se sont aeca« mules. Après la chute des feuilles , il se fait dans la plante un travail d'élaboration et de distribudon des sucs, duquel résulte, après un certain temps, que la chaleur fait fleurir, même avant que les nouvelles feuilles aient paru. Les plantes que Ton transporte d'un pays a Vautre commencent par fleurir à Fépoque où elles fleurissent dans le lieu de leur origine , mais peu à peu elles se plient au nouveau climat et changent leurs époques de fleuraison, ou meurent. Cette lutte dure quelquefbb plusieurs années. Les fleurs doubles fleurissent avant celles de même espèce qui. sont simples. On l'explique par Tabsence de fruits, d'où résulte une accumulation plus grandede nourrilure.Par laméme raison, les dahliasSeorissent chaque année un peu plus tôt ,. depuis qu'ils ont été introduits eu Europe et qu'ils sont devenus doubles.

L'organisation de chaque espèce influe nécessairement sur l'époque de sa fleuraison. Il est clair aussi que, dans la même espèce, les individus varient à cet égard. Ainsi) dans une allée de marronniers, il y en a toujours de plus précoces et de plus tardifs que les autres, et ce sonttou" jours les mêmes individus qui offrent ces qualités. Il y a près de Genève un marronnier qui est célèbre pour se couvrir de feuilles et de fleurs un mois avant la moyenne de ceux du pays, sans cause locale apparente. Est-ce une différence habituelle dans la végétation de l'été qui produit cet effet, ou un degré différent d'excitabiUté par la chaleur ? C'est ce qu'il est difficile de reconnaître sans des observations bien suivies.

KXPBODUCTION DES PHANiROGllOS*^ SST

Les moyennes mensuelles de température étant peu variables dans un même pays , d'une année à Tautre, il en résulte que les plantes fleurissent presque toujours à la même époque, et surtout que la fleuraison des espèces se suit dans le même ordre.

. Linné a tenu note des fleuraisons successives des dîyerses espèces à Upsal. Il nommait un tableau de ce genre le calendrier de Flore, On en a fait de semblables ailleurs, et toutes les Flores locales font mention des époques de fleuraison.

L^amandier, qui fleurit à Smyrne dans la première moitié de février , fleurit en Allemagne dans la seconde moitié d'avril, et à Christiania dans les premiers jours de juin* MM. Schubler (i) et Gœppert (2) ont recueilli beaucoup de faits de ce genre et ont reconnu que plus les fleuraisons sont printannières , plus il y a de difl'érence selon les climats.

Les diversités d'époque dans le même pays, pour chaque espèce, rentrent dans les considérations données ci-dessus pour la vernation des feuilles , seulement Thumidité a ici moins d'influence que la chaleur.

S 4- — ^^ la fleuraison dans ses rapports a^ec

Vheure de la journée.

Beaucoup de fleurs s'ouvrent régulièrement à une certaine heure et se ferment à une autre, Linné, dans son style toujours poétique , nommait ces époques horaires, Thprloge de Flore.

Les con^iJÎi^ulus nil et sepîum s'ouvrent à 4 heures

(i) ScRiTBL. , Mém. en allemand, dans le Florale i8do^ p. 353* (s) M^m. des cur. de la nat., XY, part. 2.

INTR, ▲ lA BOTAVriQVB. T; I* ^^

Ml ▼' ' ntitoLoan.

da mAtin , le papa»nr nudieaule à 5 heurety le coïtyolinUus trieolor entre 5 et 6 , les hieracwm tt $mh ehuf entre 6 et 7 , Vanagallis arvensis à 8 heaTes, k sonci des ehsmps à 9, Vornithogabun umbella$mi (dame-d'onze-hcures) à 1 1 , b plupart des fiooidei à midi , le sciUa pomeridiana à a heures , le sitene iioctiflora entre 5 et 6 du soir, le njrctago jàlapœ (belli' de-nuit) entre 6 et 7 du soir, le eerûus (coctitf ) gn» diflorus, Xcmoihera iuaveoUns entre 7 et 8, enfin î 10 heures du soir le convohulus purpurmu^ ^« Too a nommé helle-de^jour, parce qu'il est toujours outert ayant Tarritée de Tobsenrateur le plus matinaL

En combinant les heures de floraison et la durée des Aeurs , on distingue :

i» Les fleurs éphémères^ qui ne s'ourrent qu'une feiS) à une heure déterminée. 0 y en a de diumm^ comme les cistes , les lins , etc. ^ et de noctunus, eomme le cactus grandifloraSm

%^ Les fleurs équinoâciales , qui s'ouvrent et se fer*- Inent plusieurs jours de suite à la même heure. Elles sont aussi diurnes ou nocturnes.

On nomme météoriques les fleurs, en petit nombre, dont Tétat est modifié par celui de Tatmosphère. Ainsi, le calendula pluuialis (souci de pluie) se ferme quand le temps se dispose à la pluie. Le campanula glome' rata et d'autres campanuléesse ferment quand le temps se couvre.

M. de Candollc (i) a démontré que ces phénomènes tiennent à Faction de la lumière et nuUeiaent à celle de la température. Ils ont lieu dans les serres comme à Tair

(1) I>C. t Mém. des savans étrangers àd Vlmt'Mt^ vd. té

BZPRODnCTIOIf DBt VSANÉllOCimS. 3S0

libre ; mais si Ton met des plantes météoriques ou équiooiiales dans un cayeau obscur où elles soient éclairées par des lampes pendant la nuit, elles commencent par être dérangées dans leur floraison ; elles s^ou* "vrent et se ferment irrégulièrement; enfin elles s'arran* gent à fleurir et à se fermer selon la clarté des lampes* Dans ces expériences, les belles-dc-nuit, à la suite de quelques jours de lutte, finissaient par s'ourrir le matin après une nuit éclairée par les lampes, et se fermaient le soir après une journée sans lumière* D'autres espèces ne pouvaient ni se plier au nouvel ordre de choses , ni consenrer Tancien ; elles étaient désheurées , irréguUères dans leurs mouvemens; ce qui confirme rinfluence de la lumière.

S 5* — De la fleuraison considérée dans son

déyeloppenienU

La rapidité du développement des fleurs varie suivant que la nourriture dont elles sont formées est, ou n^est pas, préparée d'avance. Ainsi, dans les plantes bulbeuses, tubéreuses, ou à tiges charnues, la hampe grandit promptement, tandis que dans les plantes ordinaires > les pédoncules se développent moins vite.

\Jaga\fe americana (liliacée) reste dans les pays chauds trois ou quatre ans sans fleurir, et dans nos serres des pays tempérés, jusqu'à cinquante ou soixante ans 5 puis tout d'un coup elle pousse, en un mois ou deux, une tige florale de lo à i8 pieds de hauteur.Une plante analogue, le/oiircra?a gigantea, existait depuis près d'un siècle au jardin de Paris , lorsque, dans l'été de 1793 , qui fut assez chaud, elle s'allongea rapidement pour fleurir. Venlenat eut soin de mesurer cette crws-

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sancc, et dit qu^cUe fut de aa pieds et demi en quatrevingt-sept jours, soit un peu plus de 3 pouces par jour. Dans certains jours chauds, rallongement était de près d'un pied. Malheureusement on ne prit pas les mesures à chaque heure *, or on sait , par les obserrations récentes de M. Ernest M eyer, que rallongement des tiges Tarie un peu selon les époques de la journée.

Les organes de la fleur croissent , comme les feuilles, principalement par la base.

L'époque de l'émission du pollen n'est pas toujoon celle de l'ouTerture de la corolle ; et quund il y a pliir sieurs verticilles d'étamines, ils suivent, dans leur émission, un ordre tantôt centrifuge et tantôt centripète.

La fin de la fleuraison est déterminée principalement par la direction que prennent les sucS nourriciers vers les graines. Aussi les fleurs doubles qui n'ont pas de graines durent plus long-temps. Les organes floraux les plus éloignés de l'état de feuilles vertes périssent les premiers -, ceux qui sont verts, comme beaucoup de calices, se nourrissent eux-mêmes et vivent long-temps*

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