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DE LA FÉCONDATION DES PLANTES PHANÉROGAVES

ARTICLE PREMIER

INTRODUCTION HISTORIQUE (l).

L'organisation sexuelle des plantes , ce grand fait qui domine aujourd'hui la science, avait été seulement entrevue par les anciens. Chose singulière , ce ne sont

(') Voyez SpRENfl. , Histor. rei hçrb, , I , p. 1 14.

REP&ODUGTIOir DES PHANÉROGAMES. S4I

pas les deux grands génies observateurs de 1^ antiquité, Aristote et Hippocrate, qui en ont parlé dans leurs écrits, da moins dans ceux qui ont échappé aux ravages du temps ; c'est le poète Hérodote qui en fait mention le premier. H raconte (liv. I, § 193) comment les Babyloniens distinguaient des dattiers mâles et femelles ^ et pratiquaient sur ces arbres une caprification analogue à celle du figuier. En cela Fillustre poète confondait deux choses bien différentes. La caprification des palmiers ou dattiers, comme elle se pratique toujours dans rOrient, consiste à secouer sur des arbres femelles des lyranches couvertes de fleurs mâles , afin que les premières donnent des fruits. Dans la caprification du figuier, qui se fait en Grèce , on apporte également des branches sur les arbres cultivés ; mais c^est pour communiquer à ceux-ci des insectes (cynips) qui, en piquant les figues de jardin, accélèrent leur maturité.

Théophraste, en parlant de plantes mâles et femelles, n^ attache pas de sens exact, car il mentionne des pieds mâles qui portent fruit. Probablement il appelait mâles, comme le font aujourd'hui les paysans de quelques pays, les pieds les plus vigoureux , et femelles ceux qui le sont moins. Dans ce sens, on prend le chanvre mâle pour la femelle.

En résumé, les Grecs n'avaient pas fixé leur attention sur ce point, et ignoraient un phénomène qui aurait fourni à leur imagination poétique des développemens curieux, peut-être toute une mythologie.

Les Romains avaient quelques notions exactes sur la fécondation végétale. Pline décrit la fructification des palmiers avec assez de précision au livre XIII , chapitre 4? àe son Hîstoria mundi, et il ajoute : <( Âr- <( boribus imô potiùs omnibus quse terra gignit , her-

Mt PHYflOUOQIE.

tt bisque eliam | utrumque sexum esse ^ diligentisBimi (c naturœ tradunt , quod in plénum satis est diiiitt a hoc locQ. NulUs tamen arboribus mauifestius (quam « pabnœ...) Cœtero non sine maribus gignere fceminas, « circaquesingulos plures nutare in eum prônas blan- « dioribus comis. lUum ereclis hbpidum affl^tu yisu- « que ; ipso et pulyere etiam fœminas maritare, bujus « arbore excisa yiduas post sterilescere fœminas. « Ailleurs il dit : « Dari iu plautis Teneris intellectan m maresque afiBatu quodam et pulyere etiam fœmioas a maritare. »

Au III* et IV* siècle de notre ère , Cassianos Bassus exprimait des idées analogues. « Palma ipsa amat, et « quidem ardenter alteram palmam yelut Florentinus « in Gcorgicis suis tradit, neque priùs desideriumin « ipsa ces^t , donec ipsam dilectus consoletur..» Meii delà arboris est ut agricola masculam contingat et a manus suas amanti admoveat ; et maxime ut flores Ci de capite masculae ademptos in caput amantis impo- (( nat , hoc namque modo amorem miligat, et palma tt ipsa splendida reddita de cœtero optimum et pul- <x cherrimum fructum ferret« »

Ovide 9 dans ses Fastes , livre Y, chant ^67l , dit :

« Si benè flonierint segetes , crit area dives ; tt Si bcnè floruerit vînca Bacchus erit , etc. »

Et Claudien :

« Viyunt ia vcnerem frondes ^ arborque vicissim

tt Félix arbor amat ; nutant ad inutua palmae

tt Fœdera populeo suspirat populus ictu ;

« Et platani platanis , alnocpic assibilat atnus. »

Après la renaissance des lettres 5 en iSoS^ le poète

BSPBODrCTIOlf DBS jPHAirEROGlMES, S4S

Pontaniis décrivit ,'ea vers souvent cités , la fructifica* tion tardive de deux palmiers qui vivaient de son tcmpa a Brindea et à Otrante, c'est-à- dire à une distance de 3d milles dltalie, en ligne droite :

« Bmndnsii latë loDgis viret ardaa terris

« Arbor, Idunueb usque petita locis;

c Ahera Hidnintinis in saltibus aemala pslma }

€ nia Timm referens , bac muliebre decus.

c Non uno arevêrt solo , distantibus agris ,

« Nalla lûcî faciès f nec socialis amor.

€ Permansit sine proie diù ^ sine fructibus arbgr

€ Utraf oe , frondosis et sine fruge comb.

« AsI po^nam patulos fuderunt brachia ramoi^ ,

« Gœpere et solo liber iorc frui.

« Frondosique apices se conspcxêrc , viriquc

a lUa sui vultus , coojugis ille $uae ,

« Hausére et blandum ycnis sitientibus igncm ,

« Optatos fœtas sponte tulére suâ :

« Ornarunt ramos gemmis , mirabile dictu y

« Implevère suos melle liquente fayos. »

Prosper Alpin (i) , à la fin du XVI* siècle, avait trèsbien observé en Egypte la fécondation des dattiers : a Plerique finsminas ut fecundent , non ramos, sed pulc verem intra maris involucrum inventam , supra fo3- « minarum ramos spargunt... Ni etiam iEgypti hoc « fecerint , sine dubio fœminœ vel nuUos fructus ferent, c( vel quod ferent non retinebunt , neque bi matures- « cent, »

Césalpin, en i583, connaissait l'exislence des sexes dans les plantes unisexuelles (a)* Il parait que Zalu-

<i) Au.» BiU. Bat. iCcTpt, |I, p. i4-i&

(i) Gbsaijp. y De plantis , in-4*, Florent. , i583.

ziansky, en i6o4, dans un livre aujourd'hui très-rare,' parlait des fleurs hermaphrodites (i).

Près d'un siècle s'écoula avant que ces idées fussent reprises et développées. Millington en 1676, Grew en i685 , Camerarius et Ray en 1694, les reprirent. Ray dit , dans la préface de son Sylloge : ce Apices ( sta- « mina ) floris principua pars sunt cum pollinem contt tineant , nostrà sententiâ spermati animalium ando- « gum , vi prolificà donatum et seminibns fecundiend» « inservientem. » Après une controverse qui dura qud • ques années, nous voyons Séb. Vaillant, 601717, ouvrir son cours au Jardin-du-Roi, à Paris, par un discours étendu dans lef(uel if parle de Torganisation sexuelle des plantes, comme d'une chose reconnue de son temps (2). Les organes^ dit-il, qid constituent les sexes sont les étamines et les oi^aires» Il distingue les fleurs maks, femelles et hermaphrodites.

Antoine de Jussieu en 1721, Bradley en 17^45^ d'autres botanistes de ce temps, fournirent de nouvelles preuves de la sexualité des plantes. Enfin , Linné, en 173^ , s'en servit comme de base pour sa classification des végétaux. Tout en rendant justice à ses prédécesseurs , mieux qu'on ne l'a fait plus tard , il étendit beaucoup le champ des connaissances sur la fécondation végétale , et en donna des preuves multipliées , si bien décrites (3) , que les gens même étrangers à la science en furent frappés.

(i) Voyez Sprerg., Hist. rei herb. > 1 9 p. 44^*

(2) Ce discours fut imprime en 1718, et reproduit en 1726 ptf Lacroix , sous forme de poème , avec le tilre de Connuhiaflonan.

(3) Voyez en particulier son écrit intitulé : SpofisaUa planUum

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