‹ Introduction à l'étude de la botanique, or traité élémentaire de cette scienceChapitre 93 sur 130 · DE LA COLORATION DES VÉGÉTAUX · texte numérisé non relu

DE LA COLORATION DES VÉGÉTAUX

Les plantes ou les parties de plantes qui ont cru à l'obscurité complète sont blanches. Dans cet état, on dit qu'elles sont étiolées, La lumière les colore diversement, et agit avec plus ou moins de promptitude et d'intensité selon les espèces. Deux lampes suffisent pour colorer en vert pâle de jeunes plantes de îepidium sativum. Une lumière artificielle plus intense colore plus ou moins toutes les espèces ; mais elle ne suffit pas pour que le dégagement de gaz oxigène s'effectue , ou peut-être pour qu'il soit . perceptible dans les expériences. La lumière solaire seule produit à l'instant dégagement et coloration.

Une fois la plante colorée , elle ne peut plus retourner à l'état d'étiolemeat. En faisant blanchir un légume, on ne transforme pas en parties blanches celles qui sont déjà développées et colorées -, on les prend avant leur naissance, ou au moment même , et on les contraint à se développer à l'obscurité.

La couleur tient à la présence dans les cellules de petits grains qui constituent la chromule, La coïncî^ dence de la décomposition de gaz acide carbonique avec la coloration fait naitre l'idée que le dépôt de carbone dans le tiçsu , produit par l'action chimique ,

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est la cause de la coloration , soit qne la chromiile se forme alors , soit qu elle devienne colorée. Les plantes parasites qui ne décomposent pas de gaz acide carbonique (les orobanches, cuscutes, etc. ) ne sont pas vertes.

A l'appui de Topinion que le carbone colore les végétaux, on doit observer que, lorsqu'il est divisé, il parait bleu et non pas noir , et que le tissu végétal n'est pas d'un blanc parfait, mais un peu jaunâtre: or, le mélange du bleu et du jaune produit du vert. On sait même que le mélange d'encre de Chine et de gomme gutte est vert.

La fixation du carbone sous l'influence de la lumière parait la cause principale de la coloration eo vert, mais elle n'est probablement pas la seule. L'extrémité des- racines , Tembryon contenu au centre de la graine , le pourtour de la moelle et quelques cryptogames offrent de temps en temps une teinte verte, quoique ces organes ou ces plantes ne paraissent pas décomposer ou ne décomposent certainement pas de gaz acide carbonique. Senebier (i) et M. de Humboldt (a) ont remarqué qu'une certaine dose d'hydrogène dans l'air peut verdir les plantes. Après avoir fait ces observations sur des plantes communes dans les miues de Freyberg, M. de Humboldt a vu retirer de 190 pieds au-dessous de la surface de lamerle/uco^ 'vitifolius, qui est d'une belle couleur verte. A cette. profondeur cependant la lumière du soleil est deux cent trois fois plus faible que celle d'une chandelle vue à un pied de distance.

(1) Sbneb. , Physîol. vég. , IV, p. 276. (») Hvm, , a la fin (!• ka Fhr. Freyberg,

« PH^NOMENZS civi^AVX DE VlÉGETATIOfr. 4SS

La couleur verte des feuilles passe tôt ou tard à des teinles jaunes et ensuite au rouge TÎf , comme dans la ▼i(pe de Canada , le sumac, etc. , ou bien à cette couleur brune apipe\ée feuille morte. D'après les observations de M. Macaire (i) , peu de temps avant de prendre la couleur jaune, la feuille cesse d'exhaler du gaz oxigène au soleil et continue d'en absorber pendant la nuit. Il en conclut que la chromule devient jaune à un premier degré d'oxigénatîon , rouge à un second. La chromule des feuilles de bégonia^ tradescantia diS" color, etc., qui sont toujours rouges en-dessous, ne diffère pas de la chromule des feuilles devenues rouges en automne. MM. Schubler et Funk (2) disent que la couleur rouge est fréquente dans les fleurs qui contiennent un acide , et que les matières rouges, tirées des feuilles «comme des fleurs, deviennent d'un rouge plus vif par les acides. L^s feuilles jaunes se conduisent aussi comme les fleurs jaunes.

On sait que les bractées et les diverses parties de la fleur sont des feuilles dans un état plus ou moins différent de celles de la tige. Les bractées et calices sont fréquemment verts , quelquefois jaunâtres ou rouges , comme les feuilles en automne. Les pétales ont une plus grande variété- de couleurs , mais les organes sexuels sont presque toujours jaunes. Les fruits suivent des phases analogues à celles des feuilles, car souvent ils passent du vert au jaune , au rouge et aux teintes bleuâtres.

(i) Macaire, Color. automn. des feuilles, dans Mëm. de la société de phys. et d'hist. nat. de Génère , vol. IV.

(9) Untenuckungen uher die Farhen der Bîuthen, în-S*, Tubingeoi i8a5.

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On peut croire que la quantité d^oxigène qui s^introduit dans le tissu des fleurs et des fruits influe beaucoup sur leur coloration^ mais on ne doit pas s'étonner de la variété des teintes , car il se produit pendant la floraison et la maturation beaucoup d'actions chimiques différentes , et les matières sécrétées doivent influer considérablement sur la couleur des tissus. Les teintes si variées des fleurs sont ou plus oxigéaées ou moins oxigénées que le vert , et peuvent être rapportées à deux grandes classes (i) dont les extrêmes se touchent : i^ la série des couleurs jaunes , appelée xanihique par M. de CandoUe, et série oxidée par MM. Schubler et Funk \ 2® la série bleue, appelée cyanique par M. de CandoUe, série désoxydce par les deux auteurs allemands. La couleur verte est intermédiaire entre les deux séries \ elle est pour ainsi dire neutre. On dispose les teintes cçmme suit x

Rouge ,

Orange-rouge ^

,. ! V Série xanthique ou oxidée.

Orange-jaune , "^ ^

Jaune ,

Jaune-veiJ ,

Vert. — Couleur des feuilles.

Bleu-verdàtre ,

Bleu ,

Bleu-violet , [ Série cyanique

Violet , l ou désoxidée*

Violet-rouge ,

Rouge 5

(1) DC, Flor. fr. , 3- ëdit.,Tol. I , p. 198 (180I»). -^Thëor. ëlém., 181 3 , p. 174.— PI»y*. veg. , II , p. 906.

FU£frOM£N£S QÉvÉRJiVX DK YEGETATIOK. 4f5

On peut aussi les représenter en cercle, comme teci ;

Vert.

Bleu-verdâtre. Jaune-vert.

Bleu. Jaune.

Bleu-violet. Jaune-orange .

Violet. Orange.

Violet-rouge. Orange-rouge.

Rouge.

Le rose n'est que le rouge pâle. Le blanc parait ne pas exister réellement dans les fleurs , car si Ton place une fleur très-Wanche sur un fond véritablement blanc comme de la neige ou du papier, on la voit se détacher pftr une teinte quelconque, rosée, bleuâtre , etc. Il paraît donc que le blanc n'est qu'une teinte extrêmement légère d'une autre couleur. Le noir n'est jamais que du bleu ou du violet très-foncé.

Les fleurs en changeant de couleur passent par les teintes voisines , dans une même série. Ainsi, les fleurs de belle-de-nuit (njrctago) passent du jaune au jauneorange , à l'orange et au rouge ; celles de rose églantière du jaune-rouge au rouge *, celles de hieracium passent du jaune au jaune-vert. Dans la série cyanique, les fleurs de Itthospermum purpureo^cceruleum passent du bleu au violet-rouge \ celles à^hortensia , du rose (rouge pâle) au bleu^ celles de cobœa, du bleu verdâtre au bleu-violet et au violet , etc. De même, dans le« variétés d'une même espèce , on peut s'attendre à trouver diverses couleurs d'une même série, mais non de séries différentes. M. de CandoUe mentionne deux exceptions seulement , les jacinthes qui varient ordinairement du bleu au rouge et au blanc , et qui ont aussi des

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variétés jaunâtres , et la primevère auricule , qui passe du jaune au rouge-brun , au vert et à une sorte de violet. Les couleurs véritablement opposées sont te jaane et le bleu. Rarement elles se trouvent dans les espèces d'un même genre, plus rarement encore dans une même espèce, jamais peut-être dans une même fleur, simultinémcnt ou successivement. Quand on classe dans un même genre des espèces à fleurs manifestement jaunes et des espèces à fleurs bleues , il y a une grande chance que les botanistes se trompent. Ainsi, le campamda àurea des anciens auteurs ( qui a la fleur d'un beaa jaune, tandis que les campanules ont la fleur Mené) forme le genre le plus différent des campanula et k plus caractérisé de toute la famille (i). D'autres tamptnules à fleur jaunâtre forment le genre sjm^hiandray qui est aussi très -distinct.

Les genres purement xanthiques sont, par exempte, les mescmbiyanihemum, aloe^ verhascum^ potentillê^ ranunculus. Les genres purement cyaniques , phlox, pentstemon^ vinca, scilla, eic. D'autres genres comprennent une moitié du cercle des couleurs , en partie xanthiques et en partie cyaniques , le rouge étant au centre de leurs variations ; exemple : œnothera, oxalis. D'antres, en petit nombre, sont décidément des deux séries: gentiana, linum.

Toutes les fleurs peuvent se développer à l'état de fleurs blanches accidentellement, ou constamment dans certaines variétés. Ce cas est surtout fréquent dans les pays froids , et il parait qu'il vient d'un état maladif, dans lequel la chromule se colore imparfaitement. Le

(i) Voyez le genre Musschia, dans ma Monographie des campannlées.

• PHENOMENES Gtwinkm B£ VEGETATION. <lft

rouge est ou le maximum ou le minimum d'oxigéna-i tion. De là , tant de rouges différens. Â la série oxidée ou xanthique appartiennent les rouges vifs , nacarats ou ponceaux . à Fautre série les rouges violets. La couleur jaune en infusion passe au jaune pins vif ou au brun par les alcalis, et ne change pas par les acides. Les infusions bleues passent au rouge par les acides et au vert par tes alcalis.

Les couleurs des bois, écorces, racines , et celles des cryptogames tiennent à d'autres causes, principalement aux matières sécrétées. Souvent la lumière n*« point d'influence sur ces couleurs. Les champignons des souterrains sont des espèces parfaitement blanches , qui ne se colorent pas à la lumière. La couleur bleue que prennent subitement certains bolets quand on tes coupe tient à Toxigène de l'air et peut-être à Toxidation du fer qu'ils contiennent (i).

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