ASCENSION DE LA SÈVE DANS LES VÉGÉTAUX
VA8CULAIIIES.
ARTICLE PREMIER
noUTË DE LA sLVE. DA*MS LES ORGANES.
X«a sève montc^dans les racines , et par le corps ligneux , jusqu'aux bourgeons , aux feuilles , aux fieurs
et aux fruits.
Au commencemeut du siècle dernier , les physiologistes n'étaient point éclairés sur cette marche de la !)ève. Parept soutenait qu'elle monte par la moelle , Rencaùlme p«\r Técorce (i). Tous deux se trompaient sur des observations plus ou moins exactes dont ils ne déduisaient pas les conséquences avec logique. Cependant , à lu même époque , dès 1709, le célèbre Magnol suivait, pour résoudre le même problème, une voie pius directe , celle de l'expérience. Il imagina 4^ profiter de la faculté d'absorption que possèdent les racines et les branches pour Taire monter dans les organes des sucs colorés ; c'est ce qu'on appelle , par analogie avec la physiologie anini^le , dci injection» colorées. Ce procédé , suivi dès lors pal^ tous le» botanistes , notamment par Dctebaisse (2) , Duhamel , Hi!l , Bonnet et
(1) UisC. de racad. des sciences de Paris pour 1^11. (i) Dr.LAB. , Dis?, sur la circul. de la sève, i vol. îd-is , Bordeaux ,
Haies , a fini par édairdr singalièreneBl ce <|iii étût obscur pour de simples (Aserrateurs des ^lëiMMaèim naturels (i). L'eau colorée ne pénètre ni dansia moeBcr ni dans Técorce y die monte, an contraire, par le corps Ugneax , et , dans les dicoCylédones , prindpalcBient par V aubier. On obtient le même résultat en Eusant plonger dans Teau colorée ^ soit les racines , soit une branche coapée , soit même une branche dépouillée d'écorce à sa base. M. de CandoUe a tu même (^) que des branches de sureau y plongét^s seulemeot par leur écorce et par leur moelle ( le corps ligneux étant enterë à la base ou isolé par un mastic ), n'absorbeift pas une quantité sensible d'eau colorée ; démonstration directe de la fausseté des deux théories qui divisaient les sairans au commencement du XVIIl* siècle.
On sait d'ailleurs que la sève monte dans les endogènes y qui n'ont à proprement parler ni moelle , ni éoorce. Et quand on voit des saules creux vivre en apparence avec Yécorce toute seule , c'est qu'il existe une ou plusieurs couches d'aubier qui adhèrent à l'intérieur de Fécorce, et que la partie supérieure du tronc ahsorbe un peu d'humidité de l'air.
II n'est pas aussi aisé de reconnaître par quek organes élémentaires passe la sève , dans l'intérieur du corps ligneux. L'eau colorée semble toujours le meilleur guide , et comme elle parait se porter principalemoot autour des vaisseaux , on est tenté de croire que ce sont eux qui conduisent la sève. M. BischofiF (3) observe
(i) On ft^est leni de toote espèce de liquides colorés , de U (ciatore de pLyfoIacca , de gérance , de cocheoilte , etc.
^1) DC. , PfavMoL,I,p. 83.
(3) BtscB., De Terâ Tasormn spiral, plent itmct. et indole, Bonn», in-S*. i$a9. Extreit dans BiUiotk varr. de Génère , mei i83o.
250 PHYilOLOGtt.
avec raison que, dans ces détails minutieux» Tinjectioii colorée peut induire en erreur. Ainsi , quand les animaux prennent de la garance > ce sont les os qui se colorent , quoique certaineihent ceux-ci et Festomac en soient atteints les premiers. La coloration des tiges a lieu irreguKèremeot , par faisceaux. M. Bischoflf est amené à croire que les plantes pompent dans le sol, en même temps, de Teau et de Tair^ et que les vaisseaux sont habituellement pleins d'air, ce qui parait résulter de Texamen microscopique et de Faction de la pompe pneumatique sut les tiges. Les sucs passeraient habituellement par les méats intercellulaires , ou même par les cellules. Mais un liquide coloré est une gitmde masse , comparativement à Fhumidité du sol \ souvent il a été bouilli ; dans tous les cas il contient peu d'air ; alors la plante qui est plongée dans ce liquide et qui perd par les feuilles beaucoup de matières liquides et gazeuses , éprouve un vide intérieur, d'où résulte une ascension forcée , peu naturelle , des sucs dans les vaisseaux.
M. Bischoff a déterminé cette ascension forcée par la machine pneumatique ou avec U bouche , en aspirant Fair du coté supérieur d^une tige plongeant dans de Feau colorée. Au surplus, la coloration apparente des Vaisseaux peut être extérieure, sans que le liquide coloré ail p^ssé à Fintérieur.
Divers faits d'un autre genre confirment Fopinibn que la sève monte par lés méats intercellulaires et non par les vaisseaux ou trachées : i^ elle circule dans les végétaux qui n'ont pas de vaisseaux; a^ elle dévie facilement de la ligne droite. Haies Fa démontré par une expérience. Il a pratiqué sur un tronc d'arbre quatre entaiUes-à des hauteurs dîiSirentes, mais sur quatre
DE LA NUTAlTIOy. 951
faces, en pénétrant jusqu'à la moelle. De cette façon, la marche recliligne de la sève était interrompue successi- Temcnt à diverses hauteurs, dans toute l'étendue du tronc. Lasève monta comme d'ordinaire, quoique forcée de suivre des voies aussi tortueuses. Il a aussi greffé par approche deux tilleuls avec un troisième intermédiaire, puis il a coupé ce dernier par le pied et il l'a vu continuer à vivre, nourri latéralement par ses voisins. Dans une branche horizontale, le côté inférieur devient plus gros , en sorte que la moelle n'est plus au centre, ce qfii suppose une chuté des sucs nutritifs dans le sens trans- Tersal du bois. Ce genre de communication n'est guère possible que par le tissu cellulaire , car les vaisseaux sont rectilignes.
Il parait que la sève passe communément dans Tauhier, plus que datis le bois parfait. En coupant un arbre, on voit que le centre n'est pas la partie la plus humide ', cependant , Coulomb ayant percé des peupliers an premier printemps avec une tarière , vit que la sève ne coulait du tronc que lorsqu'il atteignait le centre. D'après sa description du phénomène , on dirait que la sève jaillit avec bourdonnement dès qu'on arrive^au point où elle passe. Quelques expérimentateurs ont vérifié ce phénomène et le disent vrai pour le premier printemps , tandis que le reste de l'année la sève passerait par l'aubier. M. Pollini prétend que, d'après ses expériences, la sève des peupliers passe toujours, par l'aubier. On voit que ces faits ont besoin d'observations plus nombreuses, à des époques diverses et sur plusieurs espèces d'arbres (i). ^ •
(i) DG. , fhys., 1 , p. 88.
tB4 raYsioLOGiE:
84; 1& troisième, en septembre, 74* ^^ organes foliacés ont d'autant plas la propriété d'attirer la sève, qu'ils sont plus Jeunes. Nous avons par|^ de Fénergie d'ascension de la sève au premier printemps, mais au mois d'août , les feuilles étant déjà vieilles , absorbent moins. Les bourgeons axiilaires tendent alors à se développer et attirent à eux, comme au printemps, une quantité remarquable de sève. On connaît ce phénomène sous le nom de. sè\fe d'août. Quand on effeuille un arbre , comme cela se pratique communément pour les mûriers , la sève redouble aussi d'activité , probablement parce que les bourgeons axiilaires reçoivent la nourriture qui allait aux feuilles, se développent et attirent fortement la sève , à peu près comiiie au printemps.
ARTICLE m.
CitJSES OV L'ASCEirSIOlf BE hk SÈVE.
Les physiologistes ont cherché depuis long-temp^ à expliquer Tascension de la sève par des causes physiques ou mécaniques. D'autres ne regardant pas ces explications comme suffisantes, ont recouru à des effets supposés jlc la force vitale, marche qui d'ailleurs est parfaitement logique.
Parmi les explications au moyen de causes physiques ou mécaniques, un grand nombre sont oubliées aujourd'hui , soit parce qu'elles reposent sur des faits faux , soit parce que les progrès de la physique et de la chimie ne permettent plus d'y penser. Ainsi, de la Hire croyait que les vaisseaux des plantes avaient des valvules ou soupapes , Borelli et Haies que la sève montait par suite
Dl X.A NUTRITION. %W
d*exteiisi<m de la moelle 9 d'autres par une sorte de fermeplatiaa des liquides^ hypothèses qui sont devenues absurdes ou que Ton sait être dénuées de fondement.
Grew pensait que les cellules, en se remplissant de liquides, comprimaient les vaisseaux et forçaient ainsi les aucs à s'élever. Mais les cellules les plus vivantes ne sont pas dans Vëtat de tension que supposait Grew 9 et cette tension ne^ftarrait guère produire une circulation aiûsi rapide qu^ celle de la sève.
Les physiciens modernes ont eu souvent recours à la capillarité, c'est-à-dire à l'ascension bien connue des liquides dans des tubes étroits et en général sur les parois des solides en contact avec eux. Qn sait.que, dans un tube de 1/200 de miUijsiètre de diamètre, Feau s'élève jusqù^i d^ux millimètres : or, les cellules ne sont souvent pas plus larges, et les méats interceltulaires par où monte probablement la sève sont encore plus étroits. D'après cela , beaucoup de savans , en particulier le célèbre Davy (1) , ont pensé que la capillarité suffit pour rendre compte de l'ascension de la sève, d'autant plus que les canaux intérieurs des plantes n^ sont pas rectiligues, et que le tissu cellulaire offre partout des sinuo- 0Îtës borifootales et obliques où les liquides sont maintenus sans peine, jusqu'à ce que d'autres tubes supé* rieurs les absorbent. On peut comparer cet arrangement à un amas de sable, où le liquide absorbé par la capillarité peut s'élever très-haut , parce qu'il se dépose de place en place sur les molécules solides du sable. Mais , d'après les expériences de M. Nicod Delon , citées psiv M. de Candolle (a) , leau est restée sept mois pour s'é*
(1) Chimie agricole > trad. frtnç. > I » p* 7^ (a) Phyi, rég. » I > p. s<^«
ilt6 PHYS10LOG1S.
lever à 39 pouces dans du sable de mica , Tun des plus capillaires. Voilà un résultat bien différent deTifteension si rapide de la sève. D'ailleurs, pourquoi la sève ne monterait-elle plus dans les arbres morts ? On connaît bien le degré de capillarité et d'hygroscopicîlé du bois mort , mais il s'en faut de beaucoup qu elle ressemble à la circulation dans les arbres vivans. Il faudrait supposer que la mort des végétaux est accomP^née d'upe désorganisation du tissu . qui le rendrait moins capillaire , mais ori ne voit rien sous le microscope qui puisse le faire penser.
M. Dutrochet a voulu expliquer tous les phénomènes relatifs aux sucs des végétaux par des faits que les physiciens rapportent à la capillarité ou à la permëabiikë des substances. Il leur a donné les noms i^ endosmose et d'ejro5mo5e. Voici en quoi ils consistent.Lorsqu'un corps mince,une membrane par exemple sépare deux liquides, ou qu^un liquide sépare deux gai , il se produit un échange de tnolécules à travers le* corps intermédiaire, échange plus ou moins rapide , selon la nature des cir* constances , et dans lequel un plus grand nombre de molécules passent dans un sens que dans Tautre. Ainsi, plongez dans Teau une petite vessie pleine de lait, avec une ouverture supérieure munie d'un tube de verre. Au bout de peu de temps ( une heure ou deux^ vops verrez le lait monter dans le tube , preuve bien claire que Teau a été absorbée par la vessie et a pénétré dans le lait en plus grande proportion que le liquide intérieur n'a passé à Textérieur. Dans Ce cas , où le liquide le moins dense (Veau) augmente le volume du plus pesant ( le lait), M. Dutrochet appelle le phénomène endosmose. Le cas contraire , où le liquide le plus fluide est accru , est X exosmose.
DE LA MirrniTiox. tSl
G)iDme cet échange de liquides a lieu à travers toutes les raembranes végétales , il peut servir sans doute à expliquer beaucoup de faits relatifs aux mouvemcns et aux modifications des fluides.
On a prouvé que la sève est plus dense vers le haut des tiges que dans le -bas, ce qui se comprend aisément, TU la quantité d^eau évaporée par les feuilles. On peut croire alors que Tendosmose dirige le liquide de bas en haut \ mais Tascension serait-elle aussi énergique dans le- cas où cette cause seule agirait? D'ailleurs, la diffé* renœ de densité est d^autant plus forte que les feuilles exhalent plus d'eau, tandis que le mouvement de la sève est au maximum avant Texistence même dès feuilles. Enfin , les phénomènes observés par M. Dutrochet ont lieu dans des membranes privées de vie, dans tous les corps poreux, organiques ou inorganiques , on peut même dire dans tous les corps , puisque tous sont perméables à certaines substances, tandis que Tascension de la sève n'a lieu que dans les végétaux vivans , d'une manière inégale, irrégulière, comme tout ce qui dépend de U vie. Ainsi, tout en reconnaissant que la capillarité, la perméabilité et autres circonstances physiques peuvent faciliter le mouvement de la sève, on est toujours obligé de recourir à celte cause hypothétique, mystérieuse, la vie!
VofttBS comment on peut se figurer que la force vitale imprime un mouvement d'ascension.
H. B. de Saussure supposait que les vaisseaux des plantes étaient doués pendant la vie d'unç contractililé analogue au mouvement péristallique des intestins, aux contractions des artères, et autres mouvcmens qui, dans les animaux , dépendent essentiellement de la vie. M. de