PREUVES DF. LEUR EXISTENCE
Les sucs descendans ou nutritifs ne se manifestent pas aussi clairement que les suos ascendans. Néanmoins , on a tant de preuves de leur existence, que personne ne la révoque en doute.
D'abord, le suc ascendant qui se porte aux jeunes rameaux et aux feuilles ne peut pas être entièrement employé par Texhalaison aqueiise et le dégagement des gaz. L'exhalaison équivaut seulement aux ii/â de Teau pompée par les racines, et Vémbsion des gaz est infiniment petite, si on la calcule au poids. Le végétal grossit par suite de la différence entre la sève absorbée et les perles que cette sève éprouve. Celles-ci ont lieu principalement dans les feuillet ^ et comme les çrganes foliacés ne grandissent pas indéfiniment , il est clair que pendant une partie de Tannée au moins , le surplus de sève qui existe dans les feuilles doit eu redescendre sous une forme quelconque. II y a d'ailleurs une expérience fondamentale qui le prouve, c^est la section an» nulaire des plantes dicotylédones (i)*
(i) La plupart des expériences faites sur les dicotylédoDes n^ont pas e'té rêpéic'es sur les mooocotylédones , ni sur les cryptogames , comme les fougèlvs j aussi ne pouvons-nous parler ici que* des dicotylédones.
S£ JJk IfUTlllTION. S11
Si VOUS coupez circulairement une branche ou le tronc d'un arbre de cette classe jusqu'au corps ligneux, de manière à enlever un anneau d'écorce, et que la partie supérieure de la branche conserve des feuilles ou tel autre organe de couleur verte , vous voyez au bout de quelques semaines la branche ou le tronc grossir audessus de la section annulaire et se renfler sur le bord en forme de bourrelet, tandis que la partie inférieure ne change pas. Au bout de quelques mois ou de quelques années y selon la vigueur de Tarbre, Fétendue delà sec* tion et le nombre de feuilles qui se trouvent au-dessus, le bourrelet augmente plus ou moins et descend. Il finit par cicatriser la plaie.
Les deux parties de l'arbre au-dessus et au-dessous de la section présentent des différences remarquables. La partie supérieure grossit et pèse davantage. Entre mille exemples de ces faits, je choisirai seulement ceuxci. M. Pollini ayant fait subir au printemps à un «lantus (vernis du Japon) l'opération de la section annulaire, a vu qu'à l'automne le tronc avait 17 centimètres de circonférence au-dessus et i3 au-dessous de la section. M. Knight, après avoir fait subir la même opération à un chêne dont le bois pesait en moyenne 112 (l'eau étant 100), a trouvé au-dessus de la section ii4 et au-dessous m. Dans un sapin, îlatroavê 590 et 491 (i).
On arrive aux mêmes résultats en liant fortement une
branche ou un tronc d'arbre.
H résulte clairement de ces expériences qu'a descend des rameaux , en proportion de la quantité de fe^iill»
(0 M. de GandoUe ôte «a ^mà mbIvc J'tuv^
dont ils sont chargés , une substance qaekonqne propre à faire grossir le végétal , à accroître sa pesanteur spécifique, en un mot à le nourrir. Voyons comment on peut comprendre que cette nutvition s'opère, et quek sont les sucs que Ton doit regarder comme nourriciers.
ARTICLE n.
OAIGIVB 9 M iRCHE ET ÀCnOU DES SUCS KOUILBJCIEllS
OU DESCEUnilIS.
Comme ce sujet compliqué est un de ceux sur lea^ quels il s'est élevé le plus de doutes, de contestations , de polémique même , il convient de distinguer nettement les diverses pitiés de la question, et de marcher avec prudence du connu à Tinconnu.
§ I • —• Origine de la matière mUridue descendante.
Une seule chose n'est pas contestée, c'est que la nutrition s'opère du haut en bas, ou, en d'autres termes, des extrémités supérieures de la plante à la racine.
La substance nourricière provient-elle des bourgeons ou des feuilles? C'est un premier point sur lequel on s'est divisé. Du Petit-Thouars , défenseur zélé d'une théorie dont nous parlerons plus bas , croyait que les bourgeons jouent le rôle principal dans la nutrition des parties inférieures. M. Féburier a démontré par une expérience bien simple que ce rôle appartient aux feuilles.
Il a dépouillé un arbre de toutes ses feuilles en laissant les bourgeons axilbdres, et un autre de tous ses bourgeons en laissant les feuilles. Le premier n'a pas»
DE LA NUTRITION. St9
augmenté de diamètre, le second a grossi (i). Cette expérience est conforme à ce que Ton sait de la culture da mûrier pour Tes vers-à-soie. Ces arbres grossissent d^ autant moins qu^on les dépouille plus souvent de leurs feuilles. Elle est aussi d'accord avec ce fait, bien connu des jardiniers , que les fruits ne mûrissent bien que s^il existe des feuilles au-dessus du point où ils prennent naissance^ aussi dans la taille des arbres fruitiers, a-ton bien soin de laisser des bourgeons à feuilles vers Textrémité des branches. M. Knigbt (a) tenait à voir les fruits d^un pécher dont toutes les fleurs étaient tombées, sauf deux qui se trouvaient sur des branches dépourvues de feuilles. Il eut Tidée heureuse de greffer par approche des branches du même arbre munies de feuilles, avec celles qui portaient les fleura, et alors les fruits vinrent à bien. Dans les greffes par approche et les marcottes, on a toujours soin de laisser des feuilles vers la partie supérieure. ^
On peut donc dire d'une manière générale que les JeuiUes nourrissent la plante,
§ a. — Marche de la matière nutritive
dans la tige.
En sortant des feuilles, la substance alimentaire descend dans la tige par l'écorce et par le corps ligneux à la fois , principalement par les jeunes couches de ces deux organes , c'est-à-dire par le liber et Taubier. Ccst du moins l'opinion de plusieurs physîologiëtes distingués,
(i) Tsftvm., &fliiwr les^hënom. de W tégét, 181 ft, p. «9 et 86. (a) KmoHT« Tran». aoc. bort. , Lond., 1817 , vol. If , p. 35.
mais il faut convenir que, sur ce point, les fails ue sont pas encore bien clairs et concluans.
Dans la section annulaire , le bourrelet de la partie supérieure comprend des couches accumulées de liber et d^aubier, et évidemment ces deux parties s'accroissent vers leur point de contact. Quaod on enlève toute Técorce d'un arbre, l'aubier se solidifie plus vite qu^à l'ordinaire (i). On en conclut que la n^atière nutritive qui passe ordinairement par Técorce, de^nd par Taubîer; mais la solidité acquise dans ce cas, tout exceptionnel, pourrait bien tenir à l'exposition de l'aubier à l'air, ou bien la descente des sucs dans Taubier (si elle a lieu)^ à ce que la voie ordinaire par l'écorce leur a été enlevée. On dit ^ussi que la transformation de l'f^ubier en bois parf&it doit résulter du passage de la matière nutritive dans le corps ligneux, pendant plusieurs années, jusqu'à un^ espèce de saturation. Maiâ rien ne prouve que l'arrivée des moléqules nutritives n'ait pas lieu par les rayons médullaires, qui établissent, une communication du corps-ligneux à l'écorce. Ce point de la physiolopjie est encore Ijîen obscur, comme^nous le verrous plus bas en parlant de la formation même du bois et de rrcorcc.
Ce n'est pas la pesanteur qui fait descendre la substance nutritive, car si l'on fait une section animiuire à la branche tombante d'un saule pleureur par exemple,
(i) Cette expérience est due à Buffen. Varbre meurt au hmitd'un an , sans avoir formé une nouvelle couche ligneuse , mois il a acquis plus de solidité. On espérait que ce mo^cn permettrait d'employer Taubicr dans les constructions , ce qui dispenserait de Tcquarrissage des poutres. MalheureusementSl paraît que les arbres écorceé donnent un bois plus cassant qu^à TordiDaire, asaerlion qui mériterait crpen-
dani d'être viirificc.