‹ Introduction à l'étude de la botanique, ou, traité élémentaire de cette scienceChapitre 63 sur 104 · B£ LA DISSÉMINATION · texte numérisé non relu

B£ LA DISSÉMINATION

5 T« — Observations générales^

A Pëpoqne de la maturité , ou un peu plus tard , les gnincs se séparent de la plante. Celte fonctién est analogue à raccoQchement des animaux, ou plus exactement àla ponte desœufs.Eneffet,aucune plante phanérogame ne peut être comparée aux animaux vivipares, mais bien phis aux ovipares , vu que Tembryon ne se détache jamiais de la plante-mère sans être enveloppé de membranes (spermoderme), et souvent même entouré d*un magasin de nourriture (albumen), qui constituent la graine. Celle^est donc analogue aux œufs. Ilya même des végétaux où les précautions conservatrices à Tégard des graines vont bien au-delà , car les graines se trouvant contenues dans des enveloppes indéhisoentes ou adhérentes aux organes de la plantennère , se détachent avec ces organes ^ c^est ce qui arrive quand la graine est soudée au péricarpe , et que celui-ci est indéhiscent ^ bien plus encore quand le calice et le péricarpe sont soudés en même temps entre eux et avec la graiœ, comme dans les drupes^ S'il y a quelque chose d'an»-» logue dans le règne animal , c'est du moins un cas rare.

§ a. — Mode de dissémination.

La dissémination des graines dépend : i* de leur propre forme, grosseur, position, pesanteur, etc.; a* de la forme, grandeur, position, déhiscence ou indéhiscence , et consiltance du péricarpe; 3® de l'adhérence ou non adhérence des graines avec le péricarpe; 4* de la forme, position , adhérence , et qualités diverses des organes extérieurs au fruit , tels que le calice et les bractées , les seub qui persistent jusqu'à la maturité des graines. Il ne faut, donc pas s'étonner si chaque genre, chaque espèce , offre quelque modi6cation dans la manière dont les graines ou fruits se disséminent. Les combinaisons de circonstances qui influent sur bs phénomène sont si nombreuses qu'il faudrait passer en revue tout, le règne végétal pour les énumérer. Je me bornerai à dire quelques mots de cas remarquables ou très-communs de dissémination , et dans ce but je partirai de la distinction des fruits déhiscens ou capsulaires , et indéhiscens , lesquels sont charnus ou ne le sont pas.

I* Capiules.

Le propre des capsules est de s'ouvrir parades valve» ou des pores qui donnent une issue naturelle aux graines.

Il ne (aut pas croire que la grandeur des ouvertures et la position de la capsule soient toujours ce qui permettrait aux graines de sortir promptement. Au contraire, les ouvertures sont quelquefois très-pelîles , comme on le voit dans les linaires , *pavots , etc ; et ordinairement elles sont situées vers la partie supérieure

REPRODUCTION DES PBAMÉROGIMES. 369

de la capsule relativement au terrain. J'ai montré que dans les campanulées , par exemple , toutes les fois que les valves se forment au sommet de la capsule , le pédicelle se dresse pendant la maturation , et que dans les genres où les valves se forment près de la base , le pédicelle se recourbe presque toujours (i). Il arrive de même dans plusieurs saxifragées , papavéracées , primulacées , cariophyllées , etc. , que la débiscence a lieu au sommet , le pédoncule étant dressé , et dans les légumes c'est aussi le côté supérieur qui s'ouvre. De cette manière la chute des graines est retardée , ce qui contribue probablement i leur complète maturation. Il en résulte aussi qu'elles se dispersent davantage, car elles sortent peu à peu , à mesure que les valves se brisent et à chaque secousse déterminée parle vent, au lieu de tomber en un seul ^our au pied de la plante. Les capsules qui s'ouvrent latéralement ont presque toujours des coques élastiques ( les euphorbes^ balsamines , etc. } qui jettent d'une seule fois les graines un peu loin de la plante.

La dispersion est aussi facilitée par les houppes de poils ( comœ) qni terminent les graines d'apocinées , d'épilobes , de saules , etc. , de même que par les ailes membraneuses qui bordent les graines.de bignones, etc.

a" Fruits indâiiscens.-

Dans tous ces fruits, le péricarpe , ou une partie au moins , se sème avec la graine. Quand ils ne sont pas charnus, ni adhérens à un organe charnu (calice ou

(i) Alph. BG. , Monogr. des campanulées , în-4«| Paris» i83o, IIVTII. Â LA tOTlNIQUE* T. 1. 2$.

S70 VITSIOLOGII*

bractées) , ia dispersion s^opère par la rupture ou do fruit même ou de son pédieelle.

Ainsi les gousses de certauies légumineuses se coupent transversalement en articles ; de telle façon que chaque graine tombe entourée d'une partie du péricarpe.

Les carpelles membraneux et indéhiscens se sépa«> rent de la plante par dessiccation et rupture de leurs supports. Dans les géraniacées, ib adhèrent long-temps par le style et s'écartent de Taxe par laubase. Les imhx de borraginées, les ulricules de chénopodées, etc., tombent tout simplement détachées de leur base.

Lorsque les fleurs sont en tête; le pédoncule se courbe, se rompt, ou le réceptacle en se desséchant se contracte, devient plus convexe , et facilite i^insi Texpulsiob des carpelles , comme on le voit souvent dans les composées.

Dans cette famille , les carpelles (akènes) étant adhé» rens au calice , se sèment avec lui , et la dispersion est facilitée singulièrement par les aigrettes qui terminent ordinairement le tube du calice. La sécheresse fait di* verger lies poils dont elles se composent , en sorte que Taigrelte s'appuyant sur les organes voisins , détache et soulève le. fruit , puis elle aide le vent à l'emporter au loin (i).

Les fruits charnus offrent presque tous cette circonstance , que les graines sont contenues dans des noyaux osseux (k cerise, pêche, etc.), ou des membranes car^ tilagineuses (pommes, poires), ou qu'elles sont ellesmêmes plus ou moins dures ( raisins , groseilles). Il en

(i) Gmsihi, BttlI. phîlom. , i8si» — DG.yPhys. yi%,, VL, p. 5i9«

REVBODUCTIOM DES PBAMEBOGAMES. 571

résulte (pie la partie charnue pourrit assez vite , et que la graine peut ^nner sans en être affectée , grâce à sa consistance ou à celle de ses enveloppes. La chair sert quelquefois d'apput aux oiseaux, qui, en Tavalant, transportent au loin certaines graines. Le gui es\ semé de cette manière. Cest probablement aussi par ce moyen que le phytolacca decandra s'est répandu dans le midi de l'Europe (i). On voit que 'si les fruits charnus n'ont pas d'aigrettes, d'aiks^ etc., qui £icililent leur dispersion, la dureté de leurs graines est une sorte d* équivalent : elle retarde h germination, empêche* 1$ pourriture, et permet à l'eau et aux animaux de les transporter à de grandes distances. ; ^

^ 3i, >— - Milieux dans lesquels tomtent lei graines.

La plupart des . granes tombent à la surface (}u sol \ celles des pkntes aquatiques au fond.de l'eau, par un effet de leur pesanteur ou de raccourcissement du pédoncule après la fleuraison. Ei^fin, il y a dès plantes dites bypocarpogées (a), parce que leurs car{:ielles mûrissent sous terre.

Elles appartiennent à diverses familles et vivent dans des terrains sabloçi^eux ou sur de vieux mïurs pleins de fentes. Leurs pédoncules étant rapprochés de la base de la plante , ont de plus la propriété de se recourber pendant la maturation , et de s'enfoncer -dans la terre ou dans.les fissures. Cest ce que Ton peut voir dans le cyclamen, le morisia, le irijoliumsubàerraneum, le/inaria cymbalarià, etc. D'autres, comme Varachis hy^ pogea et le laUijrus amphycaipos ^ portent des fleurs

(i) MiBi. y Phys. yëg.f l| p. 354.

(9) BoDARD , Sur lea plantes favpocarp. , io-S"*, Fisc > 179$.

37t PHYSIOLOGIE*

en divers points , mais celles dont les carpelles peuvent gagner la terre, ou qui sont enterrées par accident, sont les seules qui donnent des graines.

ARTICLE 11

DVKÉB DES GKàTNBS.

La faculté de germer se conserve d'autant mieux que les graines sont plus mûres, qu'elles sont moins exposées aux accidens qui les altèrent et aux panses qui détermineifaient leiir germination, savoir : Thumiditë, Toxigène et la cfialeur réunis.

Certaines graines., exposées aux élémeas, perdent assez, vite leur vitalité. On sait ,*par exemple, qu'il faut semer le café et la plupart des- rubiacées, comme les laurinées et mystacées , trësfpf^u de temps après que la grarpe a mûri. Les'glands des chênes d* Amérique perdent ordinairement dans la traversée la faculté de germer; il* convie'ht de les semer en caisse à bord du vaisseau.

Il y a au contraire beaucoup de graines qui se conservent pendant nombre d'années, et qui dureraient peut-être indéfiniment, si elles étaient complètement à l'abri de Toxigèhe, ainsi que des variations de température et d'humidité (i).

Quand oh abat les forêts les plus anciennes , on voit naître à la place une foule de nouvelles plantes , rares quelquefois dans le pays; et dont les graines ont dû être accumulées, sans germer, depuis bien loi)g-temps. On

(i) Les procédés pour la coDsenratioii des grainâ &e sont dignes d'attention qa'aatant qu'ils sont diriges dans ce but.

UFKODUCTION DE» PaàNE>OCAM£S. 375

obseire la même chose dans certains Iraraux de terrassement, qui exposent à l'aîr de nouvelles couches de terrain. Duhamel a vu le datura stramonium reparaître après ^5 ans dans un fossé qu'il avait comblé , puis déblayé (i). M. Thouinasemé une graine d'«nla</a scan~ JanstrooTée sous les rAcinea du plus vieux marronnier de Paris. Elle a genné et vécu au Jardin-des-Plaotes. Gérardin (a) assure qu'un sac de graines de sensitives apporté au jardin de Paris, il y a plus de 60 ans, donne toujours de bonnes graines quand on est obligé d'y avoir recoun. Le même a fait germsr des graines de haricot tirées de l'herbier de Toumefort, et qui devaient avoir |dus de too ans. Home a trouvé des grains de blé encore féconds après i{o ans. Quant aux grains trouvés dans l«s cataeombes d'Egypte oti dans les greniers dea Komùns , lenr apparence n'est guère altérée , mais ils ne germent pas.

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