‹ Introduction à l'étude de la botanique, ou, traité élémentaire de cette scienceChapitre 67 sur 104 · INTR. A ^A BOTANIQUE. TOM^ I · texte numérisé non relu

INTR. A ^A BOTANIQUE. TOM^ I

ABTICLE^ n.

^ ^BSSEMBLÂVCCS Et DISSESfB^ASCES DAHS Li REPRODUCTION FAR DIVISION.

Si toutes les ppriiet d^un même végétal étaient rigoureusement semblables , et si les circonstances extérieures de sol, de cUmat, de position, etc. , restaient pour les produits divisés exactement ce' qu'elles sont pour la plante-mère , sans doute ces produits seraient parfaitement semblables à la plante dont ilsproviennent. Mais les choses ne se passent point ainsi dans la nature.

Les KoUfgeons d^un vnème pied ne sont pas identiques ) il y en a qui sont mieux placés pour se développer, mieux nourris, plus précqces ou plus tardifs, etc. De mémepîtnïiî (es tubercules , bulbilles, ou blanches dont on fait des boutures. Voilà une 'source de diSërences,' légères il ^t vrai, parmi les produits extrait! d'un.méme pied. Ces difierences et leurs causes passent souvent inaperçues; cependant nous voyons bien , par exemple , que les plus gros tubercules de pommes de terre donnent les pieds les plus vigoureux, que certaines branches valent mieux que d'autres pour les boutures, etc. Ce que nous disons des différences habituelles d'uàe partie à l'autre d'un même végétal, on peut le dire aussi des différences accidentelles ou monstruosités , qui se produisent de temps en temps. Ainsi, qu'une branche présente des feuilles recourbées sur elles-mêmes , comme dans le salix annularis , les jardiniers se hâtent d'en tirer des greffes ou des boutures; la forme nouvelle est ainsi conservée et propagée. De même» en choisissant tel tubercule' de pomme de terre

BCmoDVCTTOir vu mijrÏRooAMEs. 9§v

qui offre quek(ue particularité , on reproduit souvent des pommes de terre semblables.

Ces modifications s'appellent des variétés. Leur caractère est de se transmettre par division de la plante.

Les botanistes Réservent le terme de variation (i) aux légères différences que peuvent présenter successiyement un même pied , ou simultanément deux pieds semblables , selon les circonstances extérieures où ils 9e trouvant. Ainsi vn néflier sauvage épineux perd ses épines quand on le transplante dans un meilleur terrain. Uni plante qui croit ave& de larges feaiUes et peu depoib ^ dans un endroit humide et obscur^ prend de petites feuilles et plus de poils, si on la transporte data un Hep sec et éclairé. Ces différences se voient de même si Ton place diversement deux pieds origiuairement semblables , ou si l'on place une bouture sous d'autres conditions que la plante-mère. Le.caractere des variations n*est pas seulement de provenir des circons* tances extérieures, mais aussi de ne pak sa transmettre par division.

Les produite divisés peuvent donc différer de la plante-mère , soit parce qu'ils ont été pris sur une partie qui offirait quelque modification ^ laquelle devient Torigine d'une variété, soit parce qne les circonstances extérieures étant autres pour les pnpduits que pour la plante-mère , ils suivenf une série de Variations différentes.

La cause des variationi est toute naturelle ; Torigine des Tariétés est bien difficile à comprendre. Je suis disposé à croire que les variations qui se sont déterminées avec un certain degré d'intensité et de d\irée de-

Mta

(ODO. , TMor. Hém^f i8i»^p* iSS $ Bkjs. vég.« U, p..6o6.

viennent des variétés. C'est Topinion pour ainsi dire instinctive des cultivateurs. On peut , ce me semble , la préciser et la motiver , en s'appuyaut sur la culture de la vigne.

Cette plante ne se cultive que de l|outures^ depuis un temps immémorial. Cependant elle a produit unie infipité de modification^ tie couleur, saveur, qualités y etc. , qui sont de vraies variétés Xransmissibles par division. Pans oet exemple, on ne peut recourir ni à des fécondations croisées , ni à dès modifications produites p^r des graines, ni même à la grefie ^^misque ces moyens de reproduction ne sont pas usités pour la vigne , et que , dans kios régions , où il se produit toujours de nouvelles variétés, cette plante ne se sème guère d'elle-méfne.

' Pour comprendre Ce Fait , il. &ut admettre, ce me semble , que les variations dei^iennent doutant' plus permanentes que les causes par lesquelles elles ont étéptoduiies ont eUes^mémes duré, plus long4emps , ou ont agi avec plus ^intensité.

Un arbre sauvage épineux ne perd pas ses épines d'une année à Tautre^ quand il passe dans un bon ter* rain. Il lui faut quelques années pour céder à Tefiet de nouvelles circonstances*. Etendons ce fait, et nous concevrons que dans un vignoble, une culture et un climat semblables pendant quelques siècles ont imprimé aux variations nn caractère de fixité qui équivaut presque bla permanence des espèces. Ie4ie conçois pas comment sans cela les vignes, que- les armées romaines ont introduites autrefois en France , en Allemagne , etc» , se trouverâient-aujourd'hui si diverses, et comment toutes ces variétés ^ conserveraient d'une manière si remarquable dans les pépinières pu Ton a soin de les réunir et tic les cultiver uniformément.

Ii£PAOOi;GTIOI<r DES FUAKEIIOGIMES. 569

Le passage des variations aux variétés parait moins improbable si Ton part de ce fait, que telle variation de forme intérieure ou extérieure des organes , produite par les circonstances d'une époque , influe sur la nature ^ des organes qui se produisent, et que ceiix-ci influent ileuT tour sur le3 bourgeons.subséquens. Si la variation a modifié un organe important comme la tige, elle aura par cela même influé sur les fruits et sur le bois de Tannée suivante, ou, dans la' bouture, sur le bpis qui résulte de celui qui a été modifié.

Il y a aussi des variétés qui réstiltent dfi la reproduction par graines , comme nous le verrons plus bas.

ARTICLE m.

DES nESSEMBLÂliCBS EX PXBSEMBLAKÎCES DANS LA KEPaODUGTION PAU G11AI9ES.

Il est naturel de penser que les individus qui proviennent de graines peuvent plus différer de la plantemère que ceux qui en sont simplement séparés. La division ne fait qu'étendre \xn même pied ; la Veproduction développe un nouvel être. Dans le premier mode , Tidentilé entre la plante-ràèro et les iudi* vidus produits parait toute simple , et Ton Vétonne qu'elle ne soit pas toujours complète ^ dans le second^ le lien qui existe entre les corps- producteurs et les germes est si incoanu , si mystérieux ^ que rien n'indique à priori que les générations successives doivent se ressembler. C'est l'observation qui' nous l'apprend. Elle nous montre aussi que la ressemblance n'est pas complète.

Les traits principaux qui caractérisent l'espèce se conservent il est vrai , car en semant du blé , on obtient du

390 IPRTSIOLOGU.

blé, etc. On a même la preuve historique de k conservatien de certaines espèces pendant deux ou trois milliers d'années. Les plantes mentionnées par les Grecs et les Romains se reconnaissent aujourd'hui, quand leurs formes ont été bien décrites : les noms mêmes se retrouvent dans le grec moderne et Titalien. Les plantes d'Egypte , figurées ou conservées dans les tombeaux avec les momies , vivent aujourd'hui dans le même pays. Mahudel Ta repiarqué en 1716, et de nos jours M. Bonastre (i) a reconnu plus de qu&tre-vingts espèces dans les restes de Tancienne Egypte, recueillis par M. Passalacqua. MM. KUnth et de Candolle ont r&» connu de même diverses plantes bien connues de nos jours, des couronnes de feuilles d'olivier, des grains de blé ( triticum turgidum ), dans les objets dessinés ou déposés , il y a trois mille ans , dans les catacombes d'Egypte. Les zoologistes ont des preuves analogues de la durée des. espèces.

La ressemblance va même plus loin dans bien des cas. Non-seulément le§ traits principaux de Tespëce se renouvellent , mais^ encore certaines indivkhiaKtés produites une fois par une cause quelconque*' Ainsi quand une jacinthe est blanche, ou une digitale , un pavot , rexpérîence a appris que presque toutes les graines donnent des fleurs blanches. Les fleurs de linaria sont ordinarrement irrégulières ; mais qudqûefoîs elles se développent dans Tétat régulier appelé pe^ loria. Wjlldenow assure^ que les graines venant de ces fleurs donnent presque toujours des peloria. Dans Vautre règne ^ on sait de même que des sotiris blanches {>roduisent presque toujours des souris blanehes, etc.

(1) Aan. dn te, nwt, , VIII , p. 4iB | iSj6.

XEPR0DUCTI05 DIS PBAIXEROGAHES. S9i

Il g'élabUi aiasi ce que l'on nomme en histoire naturelle des races (proies ^ siirpes). Leur caractère est de se traosmeUre pçr graines et par division , tandis que les variétés se transmettent par division seulement (i).

La plupart de nos arbres fruitiers à saveur douce ne donnent de semis que des sauvageons à fruits acides , âpres, peu abondans , etc. , .qu'on esi forcé de greffer. C'est que plusieurs des qualités agrëa))Ies', dans ces plantes , tiennent à des variétés et non. à des races.- Au contraire , la saveur sucrée des melons ^t de race , car on a soin de semer les graines des meilleurs. Il y a une foule de cas où Ton ignore ce qui est race ou variété , parce que T usage s'est établi , afin cfe gagner du temps , de gre&r ou de multiplier par bouture, plutôt que de semer, toutes les fois que cela se peut.

Il semble qi^ les races n'ont pas tou^çrs le degré de permanence des espèces. Ainsi les.melons^t les légumes dont on tire la graine de. loealilés privilégiées, dégénèreiH souvent dans nos jardin» au bout de quelques générations. Il est vrai quç Ton peut dire , dans ce cas, que d^ iaSuences nouvelles ont produit .des variations défavorables , indépendantes de la race. Pes cbevaiu: arabes élevés en Europe ne valent cas leurs pères , mais sont autres que nos chevaux , d'où Ton eonclut qu'il y a une race de chevaux anibes , et X^m cette race peut se modifier sous l'empire de nouvelles circonstances» L'origine des racesk est cneore.phis (J^scure que celle des variétés , parce qu'elle peut élre double : tine race peut provenir en effet ou de quelque ^variation qui influe surJ^ reproduction, ou de hifecondation.

(0 Baat le» Uvnsi.de botttûqw defcriptiTO on dan^a* ki racei «ouB le nom de yariétés , parée qu^ de«e l'igaenacc 0à MoB e»t lur l'evisioe, on ne i^attache qu^à le fonne appaientc.

59) Fli^ SIOLOGIE.

' Le premier cas est celui des races de digitales blanches , de pavots blancs ou panacHés, de Unaires à Tétat de petoria. Sans doute une cause étrangère aux organes sexuek , mais qui influe aussi sur eux , a changé accidenlellemeqt la couleur ou la forme de la corolle , et cette modification a pu s6 transmettre par les graines. Cest donc une origine analogue à celle des variétés ; c'est un passage de Tétai de variation ou de variété à celui de race.

Ld second c^ se voit dans ee qu'on appelle yè'conila* lions croisées. Lorsque 4e pollen d'une plante tombe sur une plante analogue , il .peut se produire bne race intermédiaire. Souvent , il est vrai, le pollen peut tomber sur une autre fleur sans que la fécondation s'opère^ parre qu'il faut pour cela ; i* que les plantes soient trèsanalogues , qi^'eHes soient au moins des ^pèces voisines du mémo getv^ \ 2^ que les étamines manquent ou aient été enlevées dans la fleur sur laquelle arrive le pollen , car sans cela le pollen de là fleur même l'emporte sur l'autre, quelles que soient leurs quantités relatives. Enfin, la fécondation opérée, il arrive souvent que l'hybride engendré ne peut pas se reproduire luimême , comme nous le. voyons dans le règne animal pour le mulet.

Ces diverses cause» rendent les races hybrides beaucoup moins nombreuses dans la nature qu'on ne pourrait le supposer. On en fait artificiellement dans îe^jardiiiS'-, mais de spontanées, on en connaît trèspeu -dont l'origine hybride soit certaine. MM. Schie* de (i), Lasch (d) et de Candolle (3) ont énuméré

(t) Scam»!, De plantis hybridi* spoi^e nttis, iB-S% Gassel, ilBaS. (fl) LiftcH , Lmnatt , 18»^ , p. 4o5.

(3) DC. , Phy». v^. , II, p. 70t.

&£PikODUCTIOJr DES VUAnÙLOGAMkS. 595

ïes h3bFides spontanés, obser?és par divers auteurs ou par eux-inémes. Leur nombre est seulement d'une quarantaine, encore même y a-t41 beaucoup de cas douteui^» Tous sont entre des espèces du même genre et irès-Toisines, comme les ranunculus pyreneus ei-oeo^ nitijotius^ drsiuxn oleraeeum et acaule^ ^eniiànapur^ ^ purea et lulea , etc. Souvent entre des espèce^ qui peut-être ne méritaient pas d'être appelées espèces, comme le^ scleranthus annuus eiperennis. Il est probable . que plusieurs de ces hybrides observés ne donnent pas de graines , mais se produisent de temps en temps, là où les espèces primitives croissent rapprochées et en quantité notable.

D'après ces faits, en si petit nombre, sL douteux, recueillis par tous les botanistes depuis cent ans, on voit que les hybrides naissent rarement dans la nature, linni avûi donc singulièrement-exagéré ce phénomène, quand il pensait que des plantes de geures diflEérens, même de familles différentes, produisent ensenibloi et que leurs hybrides, devenus des races intermédiaires entre les espèces , combleraient les intervalles qui les séparent.

Les ressemblances entre les hyhrideset les espèces qui les ont produits ont d(niné lieu à des recherches intéressantes. M. Herbert a vu dans les amaryllis hybrides , produites par lui en si grand nombre, que le feuillage et la tige ressemblaient ordinairement à la mère , et la fleur au père. M. Sageret observe, avec raison , que chaque organe ressemble spécialement à la mère ou au père, et non à tous les deux en ménie temps. Nous ' voyons de même , dans Tespèoe humain^, qu'uneolànt peut avoir la bouche de sa mère et les yeux de son père, ou wce versd. Ce sont des élémeiis différens qui eons-

M4 raysiOLOGii.

tituetàt un état absolument intermédiaire ,' ou qui approche plus d'un côté que de Tautre. Il est certain aussi que les hybrides se ressemUent peu entre eux , omime si le« uns étaient £écondés par un poUen y les autres par un autre*

Il y a aussi dans les hybrides, après une oudeuxgé* nérattottSi une tendance à retourner aux formes de Tune 4^8 espèces primitives. Cest ce que Ton. nomme atavisme» Oirvoit aussi, jdans Tespèce humaine, des enfans qui ressemblent à leur aieul ou aïeule, plus qu'a leur père ou mère.

Les hjrbrides entre ^pèces , avons-nous dit , sont rares dans la nature , et produisent plus rarement encore des races intermédiaires ; il n*en est pas de même des liy brides entre des variétés ou raee( d'une même espèce. L'ainalogie intime étant alors très^grande, le croisement a lieu bien plus facilement. Les horticulteurs multiplient aisément les rariétés 4H1 races de ro* sien, pelargonbany œillets, etc. ^ et il est probd^le que dans la nature ces fécondations entre individus de la même espèce sent trëfr-communes. Voilà peut-être la source la .plus abondante de variétés et de races, et la cause la plus claire de confusion entre les espèces. Supposes deux espèces distinctes  et B : dles formeront des hybrides frvec plus ou moins de p^e. ElUes pourroot produire deux hybrides , A étant fécondé par B ( AB), ou vice, vend (BA). L'un de ces hybrides une fois formé, il se tiouyera plus vcusin des espèces primitives que celleftci ne l'étaient l'une de l'autre. Alors il se fermera plus aisément de nouveaux intermédiaires^fioit entre AB et A, soit entre AB et B, BA et A, BAet B, ou même entre BA et AB, ou AB et BA. Ces sùi états nouveaux étant i peine difiérens lai nus

KZPEOOrCTMMr tXEâ PBAirEBOGAlfBS. SW

des autres et des espèces primidTes, se fëconderoiil motaellement avec b plus grande fecUîté; leurs produits seront encore plus fertiles, et b confusion entre les espèces primitives deviendra inextricable. C'est le point où sont arrivés les pelargonium et les roses.

A Tappui de cette opinion, que le plus grand nombre des variétés ou rac^ proviennent de fécondations croisëes , soit entre les variétés, soit entre les espèces pri* mitives et les variétés , M. de Candolle (i) fait observer que les espèces qui sont uniques dans leur genre, comme la tubéreuse , le kofreuleria , n*ont pas de variéfés connues, et que les espèces d^un genre ont d'autant de variétés ou de races , que le genre est plus nombreux en espèces. Ainsi le blé a plus de races dtfféoecles que le seigle*, les pelargonium^ rosiers, œillets, véroniques, gentianes, cisles, etc. , où les hybrides abondent, sont des genres naturellement nombreux en espèces.

On accroît le nombre des variétés et des races en semant des graines, soit après avoir fécondéla fleur arec le pollen d'une certaine espèce ou variété , soit un peu au basard , quand des variétés diverses ont vécu rapprochées. Lorsque les plantes sur lesquelles on opère peuvent aisément se diviser, se greffer, etc. , on couserve les moindres variétés , pour peu quelles offrent de rintérét , variétés qui peut-être ne se seraient pas reproduites une seconde fois de graines. Cest cp qui arrive pour les pommiers, poiriers, etc.,' dont on possèdle maintenant un nombre immense de variétés. Chaque année le nombre en augmente, et ajoute aux jouissances de Thomme industrieux. Aujourd'hui , les desserts de

(i)DG.,Pby8iol. ,II,p.tH.

Lucullus nous sembleraient mesquins , et si les progrès de la culture continuent , nos arrière-neveux*en diront autant des nôtres.

<)UATRIÈME PiVRTIE,

Ml pnfaiàMins oémUaut ns vÈoàràTiow

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