‹ Introduction à l'étude de la chimie moléculaireChapitre 1 sur 108 · VII · texte numérisé non relu

VII

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ou sont nouvellement réédités. En un mot, Thénard , Dumas , Chevreul , Berzélius , Orfila , Lassaigne, etc., semblent avoir réuni dans leurs ouvrages, non pas tout ce que l’on peut demander à la chimie , mais tout ce qu elle peut maintenant nous offrir. Gomment donc justifier l’apparition de ce livre? Quel besoin doit-il satisfaire? quelle lacune est-il appelé à remplir?

Je dois dire d’abord qu’en publiant cet ouvrage, j’obéis au vœu souvent exprimé par les élèves et par les personnes qui suivent mes cours. On a pensé, et je me laisse aller moi-même à cette idée, qu’il peut y avoir quelque utilité à faire connaître la manière dont j’envisage certaines faces de la science. Si je m’abuse, le public jugera, et les débats soulevés à cet égard, qu’ils me soient favorables ou contraires, serviront nécessairement au progrès de la science.

Deux pensées dominent tout ce travail et m’appartiennent en propre : l’une est relative aux combinaisons binaires successives ; l’autre , qui en est une conséquence, embrasse la théorie des proportions définies.

Le premier j’ai établi qu’on doit admettre en chimie inorganique des corps tout à fait compa-

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râbles au cyanogène, et j’ai soutenu dans une thèse pour le doctorat ès sciences 1 , qu’il existe une analogie complète entre ce dernier corps et l’acide sulfureux. Il devint évident pour moi que des composés inorganiques jouent le rôle de radicaux, qu’ils peuvent s’unir avec des corps simples, et donner naissance à des combinaisons binaires d’un ordre particulier correspondant aux composés binaires du premier ordre; enfin que dans ces composés l’élément ( — -) peut être remplacé par un autre élément ( — ). Depuis lors toutes les observations faites par moi, ou par d’autres chimistes, ont confirmé mes premiers aperçus. Aujourd’hui je m’efforce de montrer tous ces faits dans leur ensemble et d’analyser la loi qui les régit : on s’apercevra facilement que j’attache une grande importance à montrer dans quelles conditions physiques les phénomènes se produisent. C’est qu’à mes yeux la chimie ne peut trouver de base solide que dans la physique, dont elle n’est qu’une face particulière.

Les lois nouvelles auxquelles j’ai soumis les

1 Thèse de chimie el de physique, soutenue devant la Faculté des sciences de Paris, le 20 mars 1833.

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combinaisons successives, m’ont conduit à reconnaître des modes de condensation très -simples dans les éléments qui constituent un composé, et à leur tour ces lois de condensation m’ont servi à présenter la théorie des proportions définies sous un point de vue tout spécial : ce ne sont plus des atomes qui se combinent, mais des molécules (groupes atomiques). Ces molécules ont des dimensions déterminées , qu’elles conservent, selon leur nature, dans des limites de température très-variables ; on peut affirmer que les combinaisons et les décompositions des corps sont favorisées ou entravées par les changements plus ou moins faciles, mais inégaux, que déterminent dans les dimensions de ces molécules les circonstances physiques au sein desquelles les corps se trouvent placés.

J’ose attacher quelque importance à ce nouveau point de vue; car je crois qu’on fait avancer la science toutes les fois qu’on la fait sortir des voies spéculatives, pour la ramener à des évaluations de mesure, à des appréciations mathématiques.

Je dois maintenant dire quelques mots, pour justifier la marche que j’ai adoptée dans ce tra-

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vail; et d’abord, si j’ai commencé par exposer les règles de la nomenclature de M. Berzelius , c est que l’ayant trouvée avantageuse sur plusieurs points fondamentaux, et m’étant habitué a m’en servir depuis plusieurs années, je ne pouvais, en écrivant , m’astreindre a en suivre une autre.

Comme, indépendamment delà nomenclature parlée , il existe une nomenclature écrite ou des formules chimiques , et comme ces formules ne servent pas seulement à désigner un corps quelconque, mais qu’elles précisent aussi sa composition , s’il est de nature composée , j’ai dû donner un aperçu des lois de combinaison , afin de pouvoir faire comprendre ce qu’il y a d’essentiel dans l’emploi des formules.

Avant d’étudier les réactions des corps les uns sur les autres, il m’a semblé qu’il fallait d’abord faire connaître les principales combinaisons qui peuvent exister. Comment en effet prévoir les réactions des corps entre eux, sans connaître préalablement tous les differents composés possibles, sans être fixé sur les conditions qui doivent présider à la formation des differents composés binaires auxquels ils peuvent donner naissance?

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Les principales propriétés des corps me paraissant être en relation intime avec leur composition moléculaire, je me suis efforcé de faire ressortir cette vérité en exposant faction des différents corps les uns sur les autres. La stabilité d’un composé dans des circonstances données dépend en grande partie de la stabilité dont jouissent individuellement ses éléments dans des circonstances analogues. Par conséquent j’ai dû, avant d’étudier l’action d’un agent sur une série de composés renfermant un élément commun , examiner d’abord l’action de cet agent sur les éléments du composé, en commençant par les plus simples pour arriver aux plus complexes. Toutes les fois que les corps sont en contact , ou bien ils sont actuellement en équilibre , ou bien cet équilibre doit nécessairement s’établir, c’est-à-dire que les arrangements et les combinaisons qui prendront naissance seront déterminés par les conditions physiques sous l’influence desquelles

les corps se trouvent en présence. La connais-

sance des lois de cet équilibre doit nous permettre d’arriver par déduction à préciser l’état de combinaisons dans lequel les différents corps se rencontrent dans la nature. Ce sujet, traité pour la

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première fois d’une manière spéciale, me semble ouvrir une voie nouvelle à la géologie.

Les corps d’origine organique ont aussi particulièrement attiré mon attention, et j’ai cherché à prouver que les composés de cette nature sont soumis aux mêmes lois que celles qui régissent les corps inorganiques. J’ai cherché aussi à définir le rôle que jouent dans l’accroissement des êtres l’oxygène, l’acide carbonique et l’eau, c’est-à-dire les trois principaux agents de l’organisation. Si je ne me trompe, l’oxygène ne se porte point sur le carbone, comme on l’avait admis jusqu’à présent, mais sur l’hydrogène. L’acide carbonique ne se décompose point en charbon et en oxygène, mais en oxygène et en oxyde carbonique. L’eau, par son oxygène, détermine des phénomènes d’oxydation; elle transforme l’oxyde carbonique en acide carbonique, et l’hydrogène, isomorphe avec l’oxyde carbonique, vient remplacer celuici. En interprétant l’action de ces trois agents, on peut passer d’une manière très -simple des matières premières et nutritives des végétaux (fécules et sucres) à tous les principaux produits du règne végétal.

Le plan de cet ouvrage ne me permettant pas

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d’entrer dans le détail des expériences, j’ai cru y suppléer en donnant des règles de préparation applicables à la disposition des appareils, comme à la nature des procédés à employer.

Quant à l’analyse, elle peut exercer une si grande influence sur les destinées de la science, qu’il m’a semblé utile d’en étudier les principes et de voir si les méthodes mises en usage n’y dérogent point. Enfin le dernier chapitre est consacré à, l’examen de quelques théories chimiques et à l’application de la théorie développée dans cet ouvrage.

La valeur d’une science et l’intérêt qu elle nous inspire se mesurent par les applications qu’on en peut faire aux arts, à l’industrie, au bonheur de l’homme, et sous ce point de vue la chimie doit être placée au premier rang. Cependant je n’ai touché à aucune question de cette nature, et je me crois obligé d’en donner la raison. S’il est dans les sciences , dans la chimie surtout, une partie sur laquelle il faille entrer dans de nombreux détails, c’est à coup sûr celle des applications. On peut le dire avec rigueur, dans cette matière trop n’est pas encore assez : c’est que la plus légère erreur, un

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renseignement incomplet , la moindre lacune dans une description, rendent un travail de ce genre souvent nul , et plus souvent encore dangereux. J’avais cru cependant qu’il me serait possible de présenter en corps les principes généraux qui lient entre elles les applications, et de renvoyer aux ouvrages spéciaux pour les détails ; mais l’extension imprévue de ce livre 1 m’a fait reculer devant cette tâche. C’est là une des nombreuses lacunes que j’aurai à remplir un jour.

Si dans le cours de ce travail j’ai quelquefois discuté la valeur de certaines opinions , je dois déclarer ici qu’il a été et qu’il sera toujours loin de ma pensée d’attaquer les personnes : les principes seuls ont fixé mon attention.

1 Cet ouvrage ne devait avoir que cinq cents pages.

V a leur de quelques signes employés dans cet ouvrage.

-+- plus.

— moins.

= égal.

X multiplié.

R radical (corps simple).

IV radical composé (composé jouant le rôle d’un corps

simple.)

( — ) élément électro-négatif .

(+) élément électro-positif.

RO un oxyde formé de 1 atome de métal et de 1 atome d’oxygène.

R2 O3 un oxyde formé de 2 atomes de métal et de 3 atomes d’oxygène.

Éq. ou éq. équivalent, c. c. centimètre cube.

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