‹ Introduction à l'étude de la chimie moléculaireChapitre 2 sur 108 · A LA · texte numérisé non relu

A LA

NOMENCLATURE CHIMIQUE

1 . Si l'on se reporte à l’époque qui a précédé celle de Lavoisier, on reconnaît qu’alors la chimie ne présentait pour toute nomenclature qu’un assemblage confus de mots bizarres, sans nulle cohérence entre eux, dépourvus de sens pour la plupart, et sans aucun rapport avec les faits qu’ils devaient représenter.

Cependant les découvertes se succédaient avec rapidité, et à mesure que la science s’enrichissait de faits , on sentait impérieusement le besoin d’un langage nouveau pour les exprimer.

Les belles expériences de Lavoisier sur les fluides élastiques, sur la nature de l’air, sur la composition de l’eau , etc. , exigeaient surtout une réforme dans la nomenclature chimique, et cette réforme fut enfin déterminée par la connaissance des combinaisons bien définies de l’oxygène avec les différents corps.

Ce fut sous les auspices de Lavoisier que se fit dans la science cette révolution à laquelle contribuèrent Berlhollet, Fourcroy et Guyton de Morveau, qui le premier en avait conçu l’heureuse idée.

Lavoisier avait dit : « T oute science physique est néces - «sacrement formée de trois choses : la série des faits qui «constituent la science les idées qui les rappellent ^ les «mots qui les expriment. Le mot doit faire naître l'idée j, « t idée peindre le fait : ce sont trois empreintes d’un « même cachet. »

Le savant qui avait si bien compris les besoins de la science, objet particulier de ses études, devait naturellement pouvoir imprimer à la nomenclature chimique le cachet de son génie. Aussi peut-on dire que son travail sur ce sujet est un chef-d’œuvre, qui n’aurait peutêtre pas eu à recevoir plus tard de modifications, si Lavoisier, ainsi que ses collaborateurs, moins occupés du rôle exclusif qu’ils croyaient reconnaître à l’oxygène, avaient recherché dans les combinaisons des corps non oxydés, s’il ne s’en trouvait pas qui présentassent quelques analogies avec les composés oxydés.

Ils auraient pu découvrir des sels, des acides et des bases, ne renfermant pas d’oxygène, et ils se seraient convaincus que ce dernier corps n’est pas le seul capable de former des acides. De ce fait, ces chimistes auraient été conduits à établir des règles générales et uniformes, pour toutes les combinaisons des corps qui peuvent se comporter comme l’oxygène , et donner

nomenclature chimique. 3

naissance à des bases, à des acides el enfin à des composés salins.

La science y aurait gagné, car si des règles embrassant toutes les combinaisons, tant celles déjà connues, que celles encore à découvrir, avaient été établies à l’époque dont il vient d’être question, nous n’aurions pas vu, depuis, la nomenclature subir des changements fréquents qui ne sont pas tous en harmonie avec les principes qui ont guidé ses inventeurs.

Un illustre chimiste, M. Berzélius, sentit la nécessité de créer de nouvelles règles pour définir toutes les combinaisons, de manière à faire ressortir les propriétés de chaque corps , ce qui n’était possible par 1 ancienne nomenclature que pour les composés oxydés. Le travail de ce savant sur la nomenclature commande à la fois l’admiration et la reconnaissance de tous ceux qui s’occupent de chimie.

Je vais présenter le plus succinctement possible les principes de la nomenclature de M. Berzélius, en suivant, pour les exposer, la marche que j’ai adoptée depuis quatre ans dans mes cours.

2. M. Berzélius n’a apporté aucun changement dans les noms des corps simples, si ce n’est qu’il n’a pas conserve le nom d’azote radical de l’acide nitrique „ mais qu’il a adopté celui de nitrogène. Du reste, il les a divisés en métalloïdes et en métaux > tandis qu’en France nous établissons cette distinction au moyen d’autres termes, en disant corps simples non métalliques > corps simples métalliques.

Métalloïdes qui sont tous électro-négatifs.

Oxygène.

P Phosphore .

Fl

Fluor.

Hydrogène.

Cl Chlore.

Carbone.

Nitrogène (a). Br Brome.

Bore.

Soufre.

I Iode.

Si

Silicium.

Métaux électro-négatifs.

Se

Sélénium.

Mo Molybdène.

Te

Tellure.

As

Arsenic.

W Tungstène 00.

Ti

Titane.

Chrome.

Sh Antimoine 00.

Ta

Tantale.

Va

Vanadium.

M étaux e 'le et ro-pos i t ifs .

Au Or.

St Étain 0*).

Yt

Yttrium.

Pt

Platine.

Pb Plomb.

Gl

Glucinium.

ïr

Iridium.

Cd Cadmium.

Al

Aluminium.

Os Osmium.

Zn Zinc.

Mg

Magnésium.

PI

Palladium.

Ni Nickel.

Ca

Calcium.

Rh Rhodium.

Co Cobalt.

Sr

Strontium.

Àg

Argent.

Fe Fer.

Ba

Barium.

Hg Mercure.

Mn Manganèse.

Lithium.

Cu Cuivre.

Ce Cérium.

Na Sodium 00.

Ur Urane.

Th Thorinium.

Potassium (f) 1.

Ri

Bismuth.

Zi Zirconium.

(a) Azote. — (b) Volframiuin. — (c) Stibium. — (d) Stannum. — (e) Natrium. — (f) Kalium.

1 Les caractères placés à la gauche de chaque corps simple sont des signes de convention qui servent à désigner les corps, et qui représentent leurs valeurs relatives, comme nous le verrons plus loin (lois de combinaison). Ces signes sont invariables, excepté quatre: savoir ceux de Yoxygène, du soufre, du sélénium et du tellure , qui changent à mesure qu’ils entrent dans une combinaison avec des corps; en sorte qu’au lieu d’écrire FeO, Fe S, Fe Se, FeTe, pour désigner la combinaison

NOMENCLATURE CHIMIQUE

Comme nous venons de le voir dans le tableau précédent, M. Berzélius divise les corps simples en métalloïdes et en métaux. Les premiers , selon lui , sont toujours électro-négatifs, et les seconds en partie électronégatifs et en partie électro-positifs. Nous n’adoptons ces divisions que momentanément, et parce que M. Berzélius a établi , d’après elles , les règles que nous allons exposer.

Dans toute combinaison qui résulte de l’union d’un corps électro- négatif avec un corps électro -positif, le premier forme le substantif ou le nom générique, et le second l’adjectif ou le nom spécifique.

Si la combinaison a lieu entre deux corps électronégatifs, le plus électro -négatif se placera le premier, et sera le substantif, tandis que l’autre, moins électronégatif, deviendra l’adjectif1.

1er EXEMPLE

d'un corps électro-négatif avec différents corps électro-positifs.

Oxygène et plomb . Oxyde de plomb.

Oxygène et argent . Oxyde d’argent.

Oxygène et fer . Oxyde de fer.

du fer avec l’oxigène, du fer avec le soufre, du fer avec le sélénium,

du fer avec le tellure, on écrit simplement Fe, Fe, Fe, Fe.

Ces signes représentant des quantités pondérables, on est quelquefois obligé de les multiplier. Pour cela on fait usage d’exposants placés à la gauche, qui ne sont que de véritables coefficients algébriques : en sorte qu’au lieu d’écrire deux O , on met O2 ;

trois O , on met O3 ; deux S, on met S2.

Ou bien l’on peut encore barrer le signe qui représente le corps, ce qui double sa valeur :

S- “S2 ou 2 de soufre;

Se = Se2 ou 2 de sélénium;

Al “Al2 ou 2 d’aluminium,

1 Berzélius, Classification des corps.

2C EXEMPLE

d'un corps électro-négatif avec d'autres corps électro-négatifs.

Oxygène et phosphore. . . . Oxyde de phosphore. Oxygène et carbone . Oxyde de carbone.

En observant les propriétés physiques des composés qui peuvent naître de l’union de certains corps simples' électro-négatifs avec les corps électro-positifs, M. Berzélius remarqua que les uns, comme le chlore, le fluor, l’iode et le brome, lorsqu’on les combine aux métaux, donnent immédiatement naissance à des composés ayant l’aspect salin, tandis que d’autres, comme l’oxygène, le soufre, le sélénium et le tellure, ne produisent que des composés ayant besoin de se combiner de nouveau entre eux pour acquérir les propriétés salines. D’après ce caractère, M. Berzélius établit deux classes de corps, qu’il désigna, les premiers par le nom de corps halogènes (générateurs de sels) , et les seconds par cehii de corps amphy gènes.

Occupons-nous maintenant des règles à suivre pour les combinaisons, et voyons quelles sont les considérations qui ont guidé M. Berzélius dans la formation des noms composés. Pour mieux faire comprendre les règles qu’il a établies, prenons d’abord la série des combinaisons formées par 1 oxygène, lesquelles sont divisées en quatre classes.

A. Composés binaires du premier ordre: oxydes, acides et sur oxydes ;

B. Idem du second ordre : sels;

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