CHAPITRE VIII
COMBINAISONS QUI PEUVENT AVOIR LIEU PAR L’UNION DES COMPOSÉS NON OXYDÉS.
155. Les composés binaires clu premier ordre s’unissent entre eux pour former des composés binaires du second ordre , nouveaux genres de sels qui sont aux éléments qui leur ont donné naissance, ce que sont les oxy-sels aux oxydes et aux acides. Si ietude de toutes ces familles était aussi avancée que celle des oxy-sels, nous aurions à examiner en particulier non-seulement chacune d’elles, mais encore tous les genres qui les composent; enfin, tes mêmes généralités que nous avons établies sur la grande famille des oxy-sels, eussent dû être faites sur les familles des sulfo-sels, des sélénisels, telluri-sels, fluo-sels, chloro-sels, brômo-sels, iodo-sels et cyano-sels. Mais comme nos connaissances relatives à ces composés ne sont encore que très-peu avancées; que l’histoire de chacun des genres d’une famille n’est pour ainsi dire qu’ébauchée, nous nous bornerons simplement à énumérer ici les principales combinaisons qui ont été obtenues, afin qu’en étudiant les phénomènes d’altération résultant de l’action des corps les uns sur les autres, l’on puisse prévoir la formation de ces composés, si elle doit avoir lieu.
Combinaisons des composés sulfurés entre eux.
1 56. M. Gay-Lussac a été le premier à faire connaître ce genre de composés, en démontrant, par des expé-
riences rigoureuses , que le sulfide hydrique peut s’unir au sulfure potassique dans le rapport de 1 éq. de l’un et de l’autre de ces corps Ks -f- SH2. M. Berzélius a généralisé celte observation particulière, et a démontré, par de nombreux exemples, que les sulfides s’unissent avec les sulfures et même avec des oxydes. En un mot, il a créé la famille des su/fo-selsj et par suite les familles qui sont formées par les corps analogues au soufre.
Les lois simples observées dans la composition des oxy-sels paraissent régir également les suîfo-sels. On remarque du moins que les combinaisons de tous ceux de ces derniers qui ont été l’objet d’une étude approfondie, se font d’équivalent à équivalent, comme les premiers.
Ces composés binaires du second ordre se forment directement et sous l’influence d’une température élevée, toutes les fois que les composés du premier ordre qui servent à les produire sont eux-mêmes le résultat d’une combinaison directe, à moins que l’un des éléments du composé binaire du second ordre ne soit un sulfide ou un sulfo-base puissant.
Altérables par l’oxygène, ces composés subissent souvent des altérations en présence de ce corps et des composés oxydés : aussi l’air et l’eau peuvent-ils quelquefois en déterminer la décomposition b
Les principaux composés dont on a constaté l’existence sont ceux résultant de l’union du :
Sulfide
tellurique S3 Te avec
K S = sulfo-tellurate potassique.
Na S — ' sodique.
Sr S — stron tique.
Ca S — calcique.
i Voyez Phénomènes d'altération que produisent sur ces composés l’air et l’eau.
Sulfide
arsénieux S3 As2 avec
A S = sulfo-arsénite ammonique.
K S — potassique.
Na S — sodique.
Li S — lithique.
Ba S — barytique.
Sr S — strontique.
Ca S — calcique.
MgS — magnésique.
Y S — yttrique.
Ce S — cérique.
Co S — cobaltique.
Ni S — niccolique.
Fe S — ferreux.
MnS — manganeux.
ZnS — zincique.
Ur S — uraneux.
HgS — mercurique.
Cu S — cuiyrique.
Ag S — argentique.
St S — stanneux.
Cd S — cadmique.
\ Bi S — bismuthique.
AmS z= sulfo-arséniate ammonique.
K. S — potassique.
Na S — sodique.
Li S — lithique.
Bi S — bismuthique.
Sr S — strontique.
Ca S — calcique.
Mg S — magnésique.
Y S — yttrique.
Ce S — cérique.
Co S — cobaltique.
Ni S — niccolique.
Sulfide
arsénique S5 As2 avec
Suite
du Sulfide arsénique S5 As2 avec
Suîfide
carbonique CS2 avec
Sulfide
hydrique H2 S avec
( Fe S
= sulfo-arséniate ferreux.
l Zn S
zincique.
J Cd S
cadmique.
< Pb S
plombique.
jÂg s
argentique.
1 Bi S
bismuthique.
V Hg S
mercurique.
= sulfo-carbonate
ammonique.
potassique.
.Na S
sodique.
Li S
lithique.
| Ba S
barylique.
|Sr S
strontique.
' Ca S
calcique.
MgS
magnésique.
yttrique.
Ce S
céreux.
\Co S
cobal tique.
Ni S
niceolique.
Ur S
uraneux.
, Fe S
ferreux.
1 Zn S
zincique.
I Cd S
cadmique.
1 St S
stanneux.
Pb S
plombique.
Cu S
cuivrique.
yBi S
bismuthique
= sulfo -hydrate ammonique.
potassique.
INa S
sodique.
'Li S
lithique.
\Ba S
bary tique.
/Sr S
strontique.
fCa S
calcique.
' Mg S
magnésique.
(K S 1 Na S 1 Sr S Sulfide J Fe S
cvanique Cy2 S / Mn S avec ) Ni S
j St S f Pb S 1 Pd S
zz sulfo-cyanate potassique.
— sodique.
— strontique.
— ferreux.
— manganeux.
— niccolique.
— stanneux.
— plombique.
— palladeux.
Indépendamment de ces combinaisons, il en est un grand nombre d’autres dont on a constaté l’existence , et qui résultent de l’union des sulfides tungstique, molybdique, vanadique, antimonique, antimonieux, avec les principaux sulfures. Ce sont ces dernières combinaisons qui sont appelées sulfo-tungstate > sulfo-molyb date , sulfo-vanadatej sulfo-antimoniate et sulfo-antimo nite.
Les séléni-sels et telluri-sels étant peu connus, nous nous abstiendrons d’en parler.
Composés qui peuvent résulter de l’union des composés binaires du premier ordre , formés par les corps halogènes .
157. Les travaux de MM. Berzélius et Bonsdorff ont fait connaître un grand nombre de composés binaires du second ordre, formés quelquefois par l’union des fluorides, chlorides, brômides, iodides et cyanides (— ) avec des fluorures, chlorures, bromures, iodures et cyanures (-4-) . Mais ceux que l’on obtient en plus grand nombre, résultent de l’union des fluorures, chlorures, bromures, iodures, cyanures métalliques (— ) correspondants aux oxydes qui peuvent jouer à la fois le
rôle de base et celui d’acide, avec les fluorures, chlorures, bromures, iodures, cyanures ammonique, potassique, sodique et lithique El • Il en est encore un certain nombre d’autres qui s’unissent aux fluorures, bromures, iodures, chlorures, barytique, strontique et calcique.
Parmi les composés formés par le fluor, le chlore, le brome, l’iode et le cyanogène qui jouent le rôle de corps (— ), nous citerons particulièrement ceux qui ont pour base l’aluminium, le fer, l’étain, le mamranèse, le platine, le palladium, l’iridium, le rhodium, le zinc, le cadmium et le cuivre; lesquels produisent tous des composés bien définis cristallisant d’une manière régulière, surtout lorsqu’ils sont unis avec les composés ammonique et potassique.
Ces fluorures et chlorures doubles sont généralement peu stables, parce que pour la plupart ils prennent naissance sous l’influence de l’eau. L’action d’une température élevée les détruit presque tous1.
Outre les composes binaires que nous venons de passer en revue, et qui sont capables de former des combinaisons du second ordre, nous n’avons à citer que les nitrures, phosphures et carbures hydriques, qui tous ont été combinés avec un certain nombre de corps composés.
Le nitrure tri-hydrique (ammoniaque) est envisagé comme étant capable de s’unir directement avec tous les acides. Or, si nous adoptions cette manière de voir, ce serait le cas d’énumérer et d’étudier ici les combinaisons que ce composé peut produire avec tous les composés binaires sans exception. Mais étant du nombre des chimistes qui reconnaissent l’existence de l’am-
1 Voyez Action de la chaleur sur ces sels doubles,
COMPOSÉS FORMÉS PAR l’UNION DES COMP. NON OXYDÉS. 217
monium (H8 N2J , nous n’étudierons l’action de l’ammoniaque que lorsqu’il s’agira d’examiner les phénomènes d’altération qu’elle peut subir en contact avec les différents corps composés.
Le phosphure tri-hydrique se combine avec les brômideset iodides hydriques. La combinaison se fait-elle purement et simplement? ou bien y a-t-il altération? c’est ce que nous ne pouvons décider maintenant.
En ne reconnaissant pas à l’ammoniaque le pouvoir basique, nous sommes naturellement conduit par analogie à le refuser aussi au phosphure tri-hydrique.
Les carbures hydriques qu’on a isolé peuvent former des combinaisons avec un grand nombre de composés binaires métalliques ou métalloïques , mais toujours en subissant des altérations b
Après avoir parlé des combinaisons qui ont lieu, soit par l’union des corps simples entre eux, soit par celle des composés binaires du premier ordre les uns avec les autres, soit enfin par celle des composés binaires du second ordre, il nous reste à compléter cette étude synthétique par celle de l’action de la chaleur sur les différents corps simples ou composés d’un ordre quelconque, en ne confondant point cependant les phénomènes qui en résultent, et qui sont de deux ordres.
Les corps qui sont soumis à son influence peuvent ne point être altérés dans leur constitution chimique , ou bien subir des altérations plus ou moins grandes ; c’est de ces premiers dont nous ferons mention d’abord dans le chapitre suivant.
1 Voyez Composition des matières organiques.
GHAPITBE NEUVIÈME.