‹ Introduction à l'étude de la chimie moléculaireChapitre 46 sur 108 · EAU · texte numérisé non relu

EAU

P = H2gram,48 V=117ccub,09 contraction.

ZD

Les recherches auxquelles nous nous sommes livré

sur les volumes réels ou hypothétiques de vapeurs des équivalents des corps simples et composés, nous ont démontré que si l’éther, l’alcool et le sulfide carbonique pouvaient être réduits en vapeur sans contractions moléculaires au moment de leur changement d’état, on obtiendrait pour chacun de leurs équivalents des volumes qui seraient entre eux comme les nombres ciaprès :

1 vol. vapeur d’eau;

6 vol. vapeur d’alcool;

6 vol. vapeur de sulfide carbonique;

12 vol. vapeur d’éther.

Or, on remarquera que les contractions de ces liquides sont sensiblement les mêmes pour chaque volume hypothétique. En effet, la contraction qu’éprouve 1 éq. d’alcool ou de sulfide carbonique, étant divisée par 6, on obtient sensiblement le nombre exprimant la contraction de l’eau pour un même nombre de degrés de chaleur. La contraction de 1 éq. d’éther, étant divisée par 2, produit un quotient qui se rapproche du nombre représentant la contraction de l’alcool et du sulfide carbonique, et cette même contraction de l’éther, divisée par 12^ fait aussi connaître la contraction de l’eau.

Observons toutefois que si les nombres qui représentent la dilatation de l’éther sont un peu trop élevés, cela tient à ce que M. Gay-Lussac n’a pu, à l’époque où il a fait ses expériences sur ce corps, opérer sur de l’éther parfaitement pur, puisque ce n’est que depuis peu d’années que l’on connaît toutes les précautions qu’il faut prendre pour l’obtenir sans mélange d’aldéyde.

Comme des volumes égaux de gaz à égalité de condition renferment des équivalents ou sous -multiples de ces équivalents, la dilatation des gaz est la même pour

tous, comme aussi elle est encore \\ même pour les liquides qui, à leur point d ébullition, renferment des quantités de matières qui sont entre elles comme leurs équivalents; il était donc tout naturel qu’on retrouvât cette même relation dans tous les corps solides et liquides, puisque la dilatation est une propriété essentiellement moléculaire.

Du calorique combiné.

159. Les corps, étant chauffés, peuvent, en se combinant au calorique, éprouver des changements d’état, et ceux de ces états qui sont les plus apparents pour nous, sont l’état gazeux, l’état liquide et l’état solide; mais, indépendamment de ces trois états, il en existe encore d’autres qui ne rentrent dans aucune de ces catégories.

On suppose que dans l’état gazeux les molécules des corps sont tenues à distance par la force expansive du calorique, qu’elles sont plus rapprochées dans les liquides; qu’ainsi elles s’y meuvent moins facilement, et qu’enfin, dans les solides, elles sont plus rapprochées, mais sans être cependant en contact immédiat; car la contraction qu’un solide éprouve lorsqu’on le refroidit, prouve qu’il y a entre ses molécules un intervalle d’autant plus grand , qu’elles peuvent se rapprocher davantage. Conséquemment si par le refroidissement un corps solide peut à la même température se présenter à nos yeux doué de propriétés différentes, il faut nécessairement en conclure que dans cet état il y a des nuances qu’il n’est pas toujours facile de saisir. Le carbone en est un exemple frappant, car il peut se présenter à l’état solide avec des propriétés bien opposées. En effet, l’éclat, la dureté, la densité

et la texture du charbon, peuvent varier suivant les circonstances où il a été mis en liberté. Relativement à la densité dm carbone, nous voyons que, dégagé d’une de ses combinaisons, elle est = à 1,756

à l’état de graphite . = à 2,321

à l’état de diamant . = à 3,55.

On ne remarque pas sans intérêt que la densité du carbone dans ces différents états, est représentée par des nombres qui se rapprochent beaucoup des sous-multiples du diamant , lequel offre la plus grande densité.

À l’état solide le soufre peut se présenter sous deux formes différentes, et, par conséquent, avec des densités qui ne sont pas les mêmes. Ce corps à l’état liquide affecte un état physique que ne possèdent point d’autres corps. Chauffé légèrement, il se liquéfie, et reste trèsfluide; chauffé davantage, il devient mou et visqueux comme de la mélasse, et conserve momentanément cet état s’il est refroidi brusquement.

L’état de l’eau dans les brouillards n’est point encore déterminé par les physiciens; mais il est certain qu’elle n’y est ni à l’état liquide ni à celui de vapeur, car dans le premier cas elle ne pourrait pas rester en suspension dans l’air, et dans le second elle serait invisible.

Nous devons donc conclure de ces faits qu’indépendamment des trois états que l’on reconnaît à la matière, qui sont dus aux combinaisons qu’elle forme avec le calorique en différentes proportions, et dont la stabilité est plus ou moins grande , il existe encore des états intermédiaires non encore bien étudiés et qu’il est plus difficile d’apprécier.

Etudions d’abord les cas où nous pouvons suivre les modifications que les corps éprouvent.

Tous les corps solides, sans exception, pourraient être

liquéfiés, si d’une part il nous était donné de produire une chaleur suffisante pour opérer ce changement, et si de l’autre, on était en possession de vases assez réfractaires pour pouvoir les contenir. Le carbone est le seul corps qui jusqu’ici ait résisté à l’action de la chaleur la plus intense que nous ayons pu produire, sans entrer en fusion. Cela tient, d’une part, à ce que le carbone se combinant avec l’oxygène, il ne peut être fondu qu’à l’abri du contact de l’air, et, de l’autre, à ce que tous les vases qui pourraient le renfermer sont plus fusibles que le charbon lui-même.

Tous les corps liquides que la nature renferme, et un grand nombre de ceux que l’on forme dans les laboratoires, peuvent être gazéifiés.

Si l’on avait à sa disposition des corps refroidissants très-énergiques, ou une force mécanique assez puissante, chacun des corps connus pourrait être amené à volonté, d’abord à l’état liquide, puis à l’état solide; mais il n’en est pas ainsi, et la tendance de la matière pour le calorique est quelquefois même si prononcée, que par aucun moyen direct on ne peut lui soustraire assez de calorique pour qu’elle cesse de conserver l’état liquide ou gazeux.

Les corps gazeux qui, à l’abri de l’influence de toute matière étrangère, ne peuvent jamais passer à l’état liquide, sont, parmi les corps simples, l’oxygène, le nitrogène et l’hydrogène.

Les corps qui restent à l’état gazeux à la température et à la pression ordinaires , mais qui peuvent être liquéfiés soit par un abaissement de température, soit par une forte pression, sont, parmi les corps simples, le chlore et le cyanogène.

Parmi les corps composés binaires , ce sont les suivants :

Oxyde nitreux ,

— nitrique ,

— chïorique,

— carbonique; Acide sulfureux,

— carbonique ; Sulfide hydrique ; Sélénide hydrique; Telluride hydrique ; Fluoride borique,

— silicique ;

Chloride borique,

— * cy a nique ,

— hydrique;

Brômide hydrique ;

lodide hydrique;

Cyanide hydrique ;

Phosphure tri-hydrique ;

Arséniure tri-hydrique ;

Nitrure tri-hydrique ;

Carbure bi-hydrique,

-- tetra-hydrique.

Les corps simples et les corps composés peuvent former avec le calorique des combinaisons stables dans de certaines limites de température. Depuis la glace fondante, par exemple, jusqu’au point d’ébullition du mercure , qui bout à 360° centig., on trouve des corps solides et liquides, lesquels, à des degrés compris dans ces deux limites de température, passent à l’état de vapeur et s’y maintiennent. Il en est d’autres qui peuvent se volatiliser à des degrés supérieurs, mais dont les points d’ébullition ou de vaporisation ne sont pas aussi rigoureusement déterminés. Parmi les corps simples qui se trouvent renfermés dans la première catégorie, on trouve :

ÉTAT des corps felatempérature et à la pression ordinaires.

Solide. . .

Liquide .

Solide. . .

Liquide .

Corps qui à la pression ordinaire se réduisent en vapeur aux températures ci-après :

Soufre . 316°

Brome . 47°

Iode . Il 5°

Phosphore . 290°

Arsenic . 180°

Mercure . 360°

Ceux des corps simples qui peuvent se volatiliser à des températures supérieures sont :

Solide. . .

Sélénium .

Tellure .

Potassium ....

Sodium .

Zinc .

Cadmium .

Liquide .

Solide. . .

Les corps composés qui peuvent exister à l’état de vapeur aux degrés de chaleur compris entre la limite de 0° à 360, sont :

Acide sulfurique anhydre .... +25°

— sélénieux . indéterminé.

Solide. . . \ — tellureux . indéterminé.

— chrômique . indéterminé.

— osmique . indéterminé.

Oxyde hydrique . 100°

— arsénieux . indéterminé.

— antimonique . indéterminé.

T . . , ( Acide nitrique . indéterminé.

n ( — nitreux . indéterminé.

Parmi les composés sulfurés :

Liquide . | Sulfide carbonique . 45°

Parmi les composés chlorurés, fluorurés et iodurés :

t • • j I Chloride sulfureux et hypo-sulfureux +64°

1 — phosphoreux . -+-72°

— phosphoriquej

— silicique. . . . • [au-dessous de -f- 100°

— antimonique.]

Solide.. . | Chlorure antimonique . indéterminé.

Chloride stannique . 4-120°

— titanique . 4-1 35°

Solide . . .

Liquide .

Liquide .

Solide . . . Chloride cyanique . -4-190°

Liquide . Fluoride hydrique . -j-30°

Parmi les composés carbonés et oxy-carbonés d origine organique :

Solide...! Huile douce de vin . -4-260

Solide. . .

Liquide .

Solide. . .

Liquide.;

Eupiôme . -h 1 69

Liquide . 1 Huile de caoutchouc ........ -4- 90°

(Naplite .

Solide. .. ! Naphtaline . -4-212°

Créosote . * . “F 203®

T . . , . Huile essentielle de citron .... -4- 174°

^îquic e. j moutarde . -4-143°

Huile de pommes de terre ... -4- 131°

Huile de menthe poivrée .... -4- 208°

Huile de térébenthine . -4-156°

Acide acétique . -f-120

— formique . -4-100°

lactique . -4-250°

succinique . . 4- 235

Solide...] __ camphorique . -4-235

— benzoïque . indéterminé,

Benzone . -4-250

Acétone . 4-56

Acide phocénique.J yolatils

au-

— bulhytirique^ dessus de + 100"

caproïque. . .*

— valerianique . 132

Alcool . ^

Éther . ^

Chlorure éthilique . 1 1

Bromure éthilique . indéterminé.

j lodure éthilique . 08^

Cyanure éthilique . ^

Liquide .

Liquide./

Solide...

Liquide .

Solide. . .

Liquide .

{ Suif-hydrate éthilique . . .

Huile des Hollandais .

Nitrite éthilique .

Acétate éthilique .

Acétal .

Formiate éthilique .

Oxalate éthilique .

] Benzoate éthilique .

Succinate éthilique .

Hydrate méthilique .

Iodure méthilique .

Sulfate méthilique .

Nitrate méthilique .

\ Benzoate méthilique .

Oxalate méthilique .

Acétate méthilique .

Chloral .

Chloral insoluble .

Chloro-forme .

les composés salins :

Sulfate hydrique .

Nitrate hydrique . j

variables selon

lod-hydrate oxy- hydrique. .>

les quantités

Chlor-hydrate oxy-hydrique J

d’eau.

Les composés binaires du premier et du second ordre, qui sont susceptibles de se volatiliser à des températures supérieures à celle de 360°, appartiennent en partie à la classe des composés chlorurés et en partie à celle des composés sulfurés.

L’on trouve, en effet, un assez grand nombre de chlorures volatils à une haute température. Nous citerons notamment les chlorures cadmique, zincique, ferrique ,

aluminique, cadmique, mercurique, mercureux, plombique; lessulfures mercuriqueet antimonique.

Les corps qui s’offrent à nous à letat solide peuvent, comme nous l’avons déjà dit, se combiner au calorique et passer à letat liquide. Mais comme les corps, tant simples que composés ne sont pas comparables entre eux, nous les diviserons en corps fusibles à la température rouge ou au-dessous, et en corps infusibles ou qui n’entrent en fusion qu’à une température supérieure à celle du rouge. Il est des corps composés qui, étant portés à une certaine température, changent d’état, mais ne subissent aucune décomposition. D’autres soumis à l’action de la chaleur , subissent un changement d’état, mais ne peuvent exister qu’autant qu’on les chauffe jusqu’à un certain degré. Ces derniers corps ne devant pas être confondus avec les précédents, nous les signalerons au moyen du signe **

Les corps simples fusibles au-dessous de la chaleur rouge, sont:

Soufre ....

Sélénium. .

Iode .

Tellure. . . .

Phosphore.

Potassium .

Sodium . , .

Zinc .....

Plomb. . . .

Bismuth . .

Magnésium Cadmium . .

Antimoine..

Baryum . . . .

température peu élevée.

rouge naissant.

Les corps composés fusibles à la température et au-dessous , sont *.

Acide arsénieux,

— phosphorique,

— borique ;

Oxyde potassique;

Hydrate potassique ;

Oxyde sodique;

Hydrate sodique;

Oxyde plombique ,

— bismuthique;

Sulfure phosphoreux ,

— arsénieux ;

— potassique ,

— sodique ,

— lithique ,

— antimonique ,

— plombique ,

— bismuthique ,

— argentique ;

Fluorure potassique ;

Chlorure sodique ,

— lithique ,

— calcique ,

— plombique ,

— argentique.

Enfin , tous les alliages formés par les métaux sont eux-mêmes fusibles.

Parmi les composés salins, ce sont les :

Nitrates potassique *,

— sodique *,

— barytique *,

— strontique *,

Nitrates calcique *,

— argentique * ;

Sulfate potassique;

Bi-sulfate potassique * plus fusible que le sulfate; Chlorate potassique *,

— sodique * ;

Phosphate potassique . . . }

— sodique . (et le plus grand nombre des

— plombique...; bi-posphates ;

— • bismuthique. J

Borate potassique . )

— sodique... et e Plus §rancl nombre des

— plombique. ! borales et surtout des bi-

— bismuthique . ) borateS’

Chrômate potassique ,

— sodique ;

Tungstate potassique ,

— sodique.

Les composés d’origine organique fusibles sont :

Sucre . à -f- 1 20° * ;

Acide acétique *,

— benzoïque *,

— succinique *,

— margarique *,

— stéarique * ;

Cire *;

Graisse *;

Stéarine *;

Cétine*.

Les corps simples et composés qui n’entrent en fusion qu’à des degrés de chaleur supérieurs à celui de la chaleur rouge, sont :

Argent Cuivre. . . .

Or .

Aluminium

Glucinium

Corps simples.

moins fusible que le carbure de fer.

difficile à fondre.

Fer S130° W

Cobalt . à une température inférieure.

Pour les autres métaux, voyez le tableau E.

Les alliages et les combinaisons de ces mêmes métaux n’entrent en fusion qu’à une température excessivement élevée, à moins que leurs composés binaires ne renferment, comme éléments électro-négatifs, le fluor, le chlore, le brome et l’iode, ou ne soient des composés du second ordre, formés par les acides borique ou phosphorique , ou bien enfin par les oxydes potassique, sodique, plombique ou bismuthique.

Nous avons dit, au commencement de ce chapitre, que les corps sont susceptibles d’éprouver des changements d état d’un autre ordre que ceux qui se manifestent à nos sens par le passage des corps de l’état solide à l’état liquide ou gazeux, et que ces changements sont nécessairement dus à l’action du calorique. Entrons dans quelques développements à ce sujet, avant que d’envisager dans leur ensemble les phénomènes qui se passent au moment où ces changements s’opèrent.

Un corps étant chauffé, peut subir des changements d’état qui ne se manifestent plus que par des modifications survenues soit dans ses propriétés physiques, soit dans ses propriétés chimiques.

Ces modifications qui sont la preuve d’un changement d’état moléculaire, sont perceptibles à nos sens :

1° Par un changement de couleur;

2° Par la densité qui peut augmenter;

3° Par la fusibilité ;

4° Par la texture ou la forme;

5° Par la manière dont se comporte un corps par rapport aux autres-;

6° Et enfin par un changement survenu dans la capacité de saturation.

Passons successivement en revue ces divers genres de changement d’état.

Il est plusieurs corps qui , chauffés jusqu’à un certain degré, peuvent perdre une de leurs principales propriétés physiques , la couleur: ainsi, Y oxyde zincique de blanc qu’il est à la température ordinaire, se colore peu à peu en jaune, par l’effet d’une haute température.

L acide kypo-nitrique à une température de — 22° est incolore; mais porte à quelques degrés supérieurs, il se colore, et passe par une série de nuances qui se déve loppent à mesure que la température s’élève.

L 'oxyde mer curique > porté progressivement à une température inférieure à celle où il se décompose, change de couleur; de rouge orangé devient violacé, et conserve cette dernière couleur pendant tout le temps qu il se trouve soumis à l’influence calorifique.

L’iodure mercuric/ue est rouge. Porté à une température suffisamment elevée, il perd sa couleur primitive et devient jaune. Dans ce nouvel arrangement moléculaire, il peut passer à l’état liquide ou à celui de vapeur.

Le soufre chauffé se fond à 1 07°. A ce degré de chaleur il est très-liquide, et affecte une couleur jaune serin. Chauffe davantage, l’intensité de sa couleur augmente, et, en passant au rouge, il finit par devenir rougc-brun très-intense.

Nous pourrions citer ici un très-grand nombre de corps simples et composés, dont la couleur varie avec les conditions de température auxquelles on les soumet, faire voir que tantôt l’intensité de la couleur augmente avec la température, et que tantôt c’est le contraire, c’est-à-dire que la couleur, foncée d’abord, devient plus claire par une élévation de température, et qu’enfîn la couleur peut quelquefois rester stable sous l’influence même d’une température élevée. Le soufre, par exemple, étant soumis à l’action de la chaleur, conserve pendant un certain temps, à la température ordinaire, la couleur qu’il affecte; mais peu à peu il repasse à son état ordinaire.

On a admis généralement que le calorique accumulé sur un corps a pour effet d’éloigner les molécules les unes des autres. C’est en partant de cette supposition que l’on a été conduit à la découverte de l’instrument le plus précieux que nous ayons pour évaluer la chaleur; nous voulons parler du thermomètre.

Cependant cette règle n’est pas tellement générale qu’il ne soit possible d’y trouver quelques exceptions. Ainsi l’eau, comme nous l’avons fait remarquer, augmente de densité, lorsqu’elle est portée de son point de fusion à -h 4°. L’eau n’est pas le seul corps qui présente un phénomène de ce genre, ni celui qui l’offre avec le plus d’intensité. L’argent, chauffé et porté au rouge, entre en fusion, et augmente aussi de densité, car son volume à l’état liquide est moindre que celui qu’il occupait à l’état solide. Si, au moment où il est sur le point de se solidifier, on vient à mettre un sphéroïde de ce métal fondu au contact de l’air froid, les surfaces en contact avec le milieu refroidissant venant à se solidifier, conservent au sphéroïde la forme qu’il avait étant fondu. Or, si, comme nous l’avançons, far-

gent fondu est plus dense que l’argent solide, une tension devra s’exercer à l’intérieur d’une manière assez puissante pour vaincre sur un point la résistance que lui oppose la couche du métal solidifié; et la matière encore liquide jaillira alors par le point qui offre le moins de résistance. C’est de cette manière que nous nous représentons le phénomène du rochage, observé si fréquemment par les essayeurs d’or et d’argent, quand ils procèdent à la détermination du titre de ces matières précieuses par la voie sèche. L’explication que nous venons de donner du rochage a des faits en sa faveur. En effet, le calcul nous ayant fait voir que la densité reconnue par expérience à l’argent, est moindre que celle qu’indique la théorie, nous avons fait rocher à dessein des sphéroïdes d’argent dans le fourneau à coupelle, parce qu’il nous semblait qu’en ajoutant à la densité de l’argent le poids du métal projeté, on devait se rapprocher du nombre indiqué par le calcul ; ou bien encore que le poids de la matière totale devait être à celui de la matière séparée de la partie rochée, comme le nombre représentant la densité calculée à celui de la densité déterminée par l’expérience.

La densité calculée est = à . 12,06

Celle obtenue par expérience . 10,47

La moyenne de plusieurs expériences faites sur des boutons d’argent qu’on a fait rocher avec intention , nous a donné le nombre suivant :

Poids du sphéroïde avec la matière rochée . 955

Poids du sphéroïde dégagé de la matière rochée . 887

Ces nombres 955 et 887 sont entre eux 10,47 : 11,95.

| Ce dernier chiffre 1 1 ,95 se rapproche beaucoup, comme ] on le voit, de 12,06.

Si cette preuve d’une augmentation de densité de

i argent par 1 effet de la chaleur, pouvait laisser encore quelque inceiliîude, le fait que nous allons citer serait de nature à entraîner la conviction.

Lorsqu’on soumet des lingots d’argent à l’action de la chaleur, en vue d’en opérer la fusion, on peut toujouis remarquer que les portions de lingots qui fondent les dernières viennent flotter à la surface du bain. Le même phénomène s’observe encore, si, à un bain d aigent en fusion , 1 on ajoute un lingot du même métal, cai celui-ci surnagera tant qu’il ne sera pas fondu.

Le chlorure argentique présente la même particularité; convenablement chauffé dans un tube de verre ferme a 1 une de ses extrémités, le chlorure argentique entre en fusion; si, lorsqu il est arrivé à ce point, on le laisse lefioidir, il se dilate et augmente tellement de volume, qu il se produit un jet de matière quelquefois égal au tiers de la longueur de la colonne du chlorure argentique fondu.

Le bismuth fondu présente aussi une densité plus grande qu a l’état solide.

Ne î emai que-t-on pas de même qu’à mesure qu’on fait subir au charbon l’action d’une température élevée, il se contracte, et qu alors, par sa densité du moins, il se rapproche du diamant.

Si Ion opéré la fusion du nitre sans faire éprouver de décomposition à ce sel , il y a contraction de volume. La preuve qu’il en est ainsi, c’est que pendant le refroidissement, la surface du bain devient convexe.

Le p^romètre de Wedgewood a été construit sur la propriété que possède l’argile d’éprouver une contraction par l’effet de la chaleur.

Les faits que nous venons de citer doivent suffire pour constater que la chaleur peut avoir pour résultat de faire éprouver aux corps qui en subissent l’action un change-

meut dans leur densité, laquelle doit êlre nécessairement en relation avec leur arrangement moléculaire.

Fusibilité . Un corps exposé pendant un certain temps à l’influence calorifique, perd peu à peu la propriété qu’il avait de fondre. Ce changement s’observe particulièrement dans les corps composés.

Tout le monde sait que le verre devient d’autant moins fusible, qu’il est chauffé plus longuement. On a expliqué ce phénomène, en l’attribuant à la perte d une certaine quantité d’oxyde potassique et d’oxyde sodique, composés qui figurent au nombre des bases du verre. Je ne puis adopter celte opinion, puisqu’il est des faits qui prouvent, au contraire, que cette parti cularité tient à un autre arrangement moléculaire, résultant de l’action de la chaleur; je citerai, pour exemple, que quand on fait un mélange de silice, d’alumine et de carbonate de soude, atome pour atome, et qu’on soumet ce mélange à l’action de la chaleur, on peut, suivant qu’il est chauffé brusquement ou plus ou moins lentement, en opérer là fusion complète, ou bien rendre cette matière presque infusible.

Cette propriété est si bien reconnue, que lorsqu’un fourneau est nouvellement construit, on conseille de le chauffer lentement et longtemps, de n’élever que progressivement la température, et cela parce que la chaleur ainsi conduite a pour effet de rendre les briques infusibles. C’est par la même raison que, pour obtenir des briques réfractaires, on fait usage de débris d’anciennes briques qui ont déjà éprouvé le changement d’état physique que nous signalons.

L’étude que nous avons faite de l’air chaud employé i dans les hauts fourneaux pour le traitement des minerais de fer, nous a convaincu que la cause qui influe 1 le plus sur les résultats obtenus est essentiellement

liée à la fusibilité des silicates; celle-ci est plus grande dans les fourneaux à air chaud, parce que les fondants arrivant sur le point du fourneau qui est porté à la plus haute température, éprouvent une fusion brusque. Le fer, dans celte opération, est immédiatement mis à nu, et s’unit facilement avec le carbone, qui lui est nécessaire pour constituer la fonte.

Texture. La chaleur fait subir à de certains corps un changement d’état moléculaire, perceptible à nos yeux par une modification dans la forme cristalline ou la texture.

Le verre qui, comme nous l’avons dit, perd sa fusibilité par l’action d’une température prolongée, acquiert en même temps une texture nouvelle, qui est une seconde indication du changement d’état que lui fait éprouver la chaleur. La matière cpii le composait estd’abord amorphe ; mais elle contracte peu à peu un autre arrangement moléculaire, et des cristaux réguliers se forment sans que le verre passe à l’état liquide.

Le soufre fondu, abandonné à lui-même, cristallise par le refroidissement. Les cristaux isolés qui en résultent affectent une forme régulière, incompatible avec la forme du soufre obtenu d’une dissolution de sulfide carbonique du soufre cristallisé, que l’on trouve dans le voisinage des volcans.

Le sulfate niccolique peut se déposer au sein de sa dissolution concentrée; il affecte alors une forme régulière qui lui est propre; mais suivant que sa cristallisation s’effectue à tel ou tel degré de température, les formes cristallines de ce sel n’ont entre elles aucun point de ressemblance.

L’arragonite et le spath d’Islande constituent les deux types de la chaux carbonatée. L’arragonite chauffée prend la forme du spath; par conséquent ces deux

formes de la chaux carbonatée sont dues à Felïel d’une élévation de température.

Enfin, l’acide arsénieux étant chauffé, entre en fusion et constitue une masse vitrifiée, transparente, qui devient peu à peu opaque, etc.

Il est présumable qu’à mesure qu'on étudiera plus attentivement la matière, une foule de corps présenteront des particularités de ce genre.

Le charbon mis en contact avec certains gaz, particulièrement avec ceux qui sont les plus solubles dans i’eau, les absorbe en les condensant, et les fait passer à un état encore inconnu. Cette propriété est en relation avec la porosité du charbon , qui sera d’autant plus grande, que le carbone n’aura pas subi l’action d’une très-haute température.

La propriété que possède le carbone, de condenser les gaz, se retrouve dans un grand nombre de corps simples et composés.

Dœbereiner ayant fait voir que le platine en éponge a le pouvoir d’enflammer un mélange d’hydrogène et d’oxygène, MM. Dulong et Thénard démontrèrent bientôt après que cette propriété n’était pas inhérente au platine seulement, mais qu’un grand nombre de substances simples et composées la possédaient aussi , quoique à des degrés de chaleur différents. Tout ce que l’on a appris depuis sur ces importants phénomènes prouve que tous les corps sont aptes à condenser les gaz avec une énergie d’autant plus grande, que les corps condenseurs n’ont pas subi l’influence d’une haute température. Ainsi, par exemple, le platine laminé ne pos- I sède qu’une action insensible, tandis que l’éponge de platine provenant de la calcination du chlorure platinico-ammonique en a une assez grande, et que le noir de platine (platine obtenu par la réduction du sel

plalinico-sodique au moyen de l’alcool) possède au plus haut degré la propriété d’enflammer le mélange détonnant, d’hydrogène et d’oxygène.

En résumé, un corps qui, dans un état donné, peut condenser un gaz, perd toujours cette propriété par l’effet de la chaleur.

Ce même agent liait éprouver à cer tains corps des changements qui deviennent évidents par de notables modifications dans leurs propriétés chimiques.

Les oxydes stannique, chrômique, aluminique et ferrique, ayant été préparés dans des circonstances convenables, se trouvent associés avec une certaine quantité d’eau , et se dissolvent alors très-facilement dans des acides choisis à cet effet. Lorsque ces oxydes sont chauffés, ils perdent leur eau; portés à un certain degré de chaleur, ils deviennent tout d’un coup plus ou moins incandescents, et à partir de ce point, ils ont perdu la propriété de se dissoudre dans les acides, et ne peuvent même plus la recouvrer que dans des circonstances particulières, où l’eau leur est présentée dans un état convenable.

Le sulfate calcique se combine avec l’eau: si l’on chauffe ce sel à un degré convenable, il abandonne cette eau, mais en conservant la propriété de la reprendre. Il perd au contraire cette précieuse propriété si la température est poussée trop loin.

Contentons-nous de ces exemples, pour établir en thèse générale que les corps soumis à l’action de la chaleur peuvent perdre momentanément leurs propriétés chimiques', pour en contracter de nouvelles.

Enfin , la chaleur produit encore sur les corps un autre changement d’état, rendu évident par la différence qui existe dans leur capacité de saturation. Un sel hydraté étant chauffé, perd une certaine quantité ou

la totalité de l’eau qu’il contenait d’abord. Si plus tard il vient à se combiner de nouveau avec elle , ce ne sera plus dans les mêmes proportions; elles seront ou moindres ou plus grandes , mais dans tous les cas les nombres exprimant cette différence suivront toujours une progression régulière.

Maintenant que nous avons passé en revue les changements d’état des corps qui sont apparents ou nonapparents , et dus l’un et l’autre à l’influence du calorique , il convient que nous examinions ces premiers changements dans ce qu’ils ont de plus essentiel , en établissant autant que possible quelques relations entre les effets calorifiques et la matière sur laquelle on les observe, celle-ci étant envisagée d’une part sous le point de vue de l’ordre de combinaison auquel elle appartient, s’il s’agit d’un corps composé, et de l’autre sous celui des rapports pondérables ou des équivalents chimiques.

Commençons par l’examen des phénomènes qui ont lieu au passage des corps à l’état gazeux, ou réciproquement de celui-ci à l’état liquide et solide.

Tous les corps qui passent à l’état gazeux absorbent une certaine quantité de chaleur, qu’ils rendent latente: en repassant de ce dernier état à l’état liquide ou solide, ils dégagent précisément la quantité de chaleur qu’ils avaient d’abord absorbée. Or, si nous recherchons quelle est la quantité de chaleur nécessaire pour que chaque corps puisse subir ce changement d’état , et quel est le rapport qui peut exister entre cette quantité et le volume de vapeur que fournit un corps, nous trouvons que tous : deux sont en relation immédiate avec les équivalents chimiques, ceux-ci produisant des volumes déterminés de vapeur. En effet, en prenant les résultats directs des i expériences des physiciens et des chimistes les plus habiles, on trouve que le volume de vapeur que produi-

sent les équivalents de chaque corps, en partant de 100 gr. d’oxygène pris pour unité, est sensiblement égal à 70 litres de vapeur à 0 temp. et 0,76 de pression, ou à un multiple de ce nombre par 2 ou 4, c’està-dire = 140 litres ou 280. Les nombres qui s’en écartent le plus se rencontrent presque toujours dans des corps dont on a pris la densité de la vapeur par le procédé deM. Dumas, et la différence est toujours en moins.

Quelques densités observées par M. Gay-Lussac conduisent à un nombre un peu plus élevé que 70 lit. C’est au reste ce dont on pourra juger par le tableau suivant :

NOMS DES CORPS

FORMULES

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