DES OXYDES
5. La nomenclature des oxydes a subi des modifications importantes. M. Berzélius, au lieu de placer ayant le nom spécifique des oxydes, des prépositions servant à indiquer les degrés d’oxydation , a donne au radical une terminaison en eux ou en ique qui indique egalement bien ces degrés d’oxydation, et les oxydes se prêtent alors mieux à la dénomination des composes salins. Voilà pourquoi, au lieu de dire protoxyde de cuivre ^ deutoxyde de cuivre > protoxyde de fer ^ peroxyde de fer j il dit simplement oxyde cuivreux * oxyde cuivrique j oxyde ferreux ^ oxyde ferrique > et par suite, au lieu de dire, pour exprimer les combinaisons de ces oxydes avec l’acide sulfurique, sulfate de protoxyde de cuivre sulfate de deutoxyde de cuivre sulfate de protoxyde de fer^ sulfate de peroxyde de fer M. Berzélius se borne à dire sulfate cuivreux ^ sulfate cuivrique ^ sulfate ferreux „ sulfate ferrique .
Quand il y a plus de deux oxydes basiques , ce même chimiste se sert de la particule sus j, ce que 1 on verra par le tableau suivant :
Oxydes formés :
par le manganèse Oxyde manganeux . . • • Mn
et l’oxygène. — manganique . « . Me
par le fer j — ferreux . l e
et l’oxygène. } ferrique . ¥e
par l’urane J — uraneux . Le
et l’oxygène. ( uranique . Or
par le cuivre et l’oxygène.
par l’iridium et l’oxygène.
par le mercure et l’oxygène.
par le potassium et l’oxygène.
par le barium et l’oxygène.
Oxyde cuivreux . .
— cuivrique .
f — irideux . . .
) — sus-irideux .
j — indique. . .
— sus-iridique
( — mercureux
! — mercurique
| — potassique. .
— bary tique . .
ôu
Cu
Ir
ÏF
ïr
ïr
Hg
Hg
Ba
Tous les oxydes sont désignés de la même manière. Avec le palladium , l’osmium , le nickel , le cobalt, l’argent, le bismuth et le calcium, on fait les oxydes palladeux, palladique, osmieux, sus-osmieux, osmique, sus-osmique, niccolique, cobaltique, argentique, bismuthique et calcique.
Il est à regretter que, dans sa nomenclature des oxydes, M. Berzelius n ait pas adopté quelques règles pour Inapplication des terminaisons aux radicaux des oxydes; qu’il nait pas cherché, par exemple, à faire correspondre la terminaison eux ou ique à une composition atomique quelconque; car il en serait résulté une nouvelle relation entre la dénomination et le pouvoir Basique; en sorte que les personnes qui étudient la chimie pour la piemiere fois, ne seraient pas dans le cas de confondre, pour la composition et pour l’énergie, comme base salifiable, l’oxyde cuivrique et l’oxyde mercurique avec 1 oxyde aluminique et l’oxyde ferrique. D’après la terminaison de ces quatre oxydes, on croirait qu’ils sont tous composés de la même manière et doués d’une éner-
NOMENCLATURE CHIMIQUE
gie à peu près semblable; ce qui n’est pas réellement, puisque les deux premiers ^sont formés d’un atome de métal et d’un atome d’oxygène, et que ce sont des bases puissantes , tandis que les deux derniers sont formés de deux atomes de métal et de trois atomes d’oxygène, et que ce sont des bases salifiables faibles1.
Les observations que nous venons de faire sur les oxydes précités , pourraient s’étendre sur un bien plus grand nombre d’oxydes, mais n’ayant pas la prétention de vouloir réformer seul cette partie de la nomenclature, je me borne aujourd’hui à signaler ce point défectueux à l’attention des chimistes , afin que plus tard et d’un commun accord , ils puissent y remédier d’une manière utile aux progrès de la science.
DES SUROXYDES.
Composés binaires clu premier ordre qui ne peuvent jouer ni le rôle d’ acide ni le rôle de base j, et qui, en un motj, sont impropres à concourir à la formation des sels.
6. Un même corps peut, en s’unissant à l’oxygène, donner naissance à un ou deux suroxydes. Dans tous les cas, les suroxydes sont toujours spécifiés par l’application des règles de terminaisons qui ont été appliquées aux acides et aux oxydes.
Il y a, par exemple, un composé du baryum et de l’oxygène, qui, ne se comportant ni comme un acide ni comme un oxyde ou base salifiable, doit porter le nom de sur oxyde bary tique (Ba). De meme il existe une autre combinaison semblable, formée par le cuivre et l’oxygène, qu’on doit désigner par le nom de sur-
1 Voyez Ordre de tendance des bases pour les acides .
oxyde cuivrique (Cu). Enfin deux composés, oxydés du plomb, sont encore dans le même cas, c’est-à-dire qu’ils ne jouent ni le rôle d’acide ni celui de base.
L’un prend le nom de suroxyde plombeux (Pb), et l’autre celui de suroxyde plombique (Pb).
Remarquons que certains corps, en se combinant à l’oxygène, ne donnent naissance qu’à une série de bases ou à une série d’acides, tandis que d’autres produisent à la fois des oxydes et des suroxydes , et quelquefois aussi des oxydes „ des suroxydes et des acides .
EXEMPLES
Le mercure nous présente deux degrés d’oxydation. Comme les composés qui en résultent sont deux bases salifiables, l’un de ces composés doit être l’oxide mercureux (Sg) , et l’autre l’oxyde mercurique (Hg) .
Le chrome a également deux degrés d’oxydation. L’un de ces degrés correspond à une base, et l’autre à un acide : conséquemment nous ayons l’oxyde chrômique (Gr) , et l’acide chrômique (Cr) .
Le cuivre a trois degrés d’oxydation. Deux de ces degrés correspondent à deux bases salifiables, le troisième à un suroxyde : on aura donc l’oxyde cuivreux (Gu) , l’oxyde cuivrique (Cu) et le suroxyde cuivrique (Cu) .
Le plomb a aussi trois degrés d’oxydation. Un seul de ces degrés correspond à une base salifiable; les deux autres, n’étant pas acides, seront nécessairement des suroxydes: on dira donc oxyde plombique (Pb), suroxyde plombeux (Pb) et suroxyde plombique (Pb).
Enfin, le manganèse produit cinq combinaisons distinctes avec l’oxygène. A la rigueur il y en aurait une
NOMENCLATURE CHIMIQUE
sixième ; mais nous n’en ferons pas mention puisqu’elle n’est pas très-bien définie. Parmi ces cinq combinaisons il se trouve deux bases , deux acides et un suroxyde. Les noms qui servent à les exprimer sont :
Oxyde manganeux (Mn) ,
Oxyde manganique (Mn) ,
Acide mcinganique (Mn)
Acide kyper-manganique (Mn) ,
Suroxyde manganique (Mn).