Tellurates. Peu étudiés
173. Chlorates. La manière dont se décomposent les chlorates par la chaleur, les produits qui en dérivent,
i Voyez Action de la chaleur sur les composés oxydés.
s’expliquent d’une part par le genre de décomposition qu éprouvé l’acide chlorique (§ 162), et de l’autre par l’action que le chlore exerce sur les oxydes.
Tous les chlorates, sans exception, sont décomposés par 1 action de la chaleur , et donnent pour produits , 1° hyper-chlorate, chlorure et oxygène; 2° chlorure et oxygène; 3° acide hyper-chlorique, plus oxyde pour résidu ; 4° chlore, oxygène, oxyde pour résidu; 5° chlore, oxygène, métal.
Les chlorates de la première section , et sans doute aussi quelques-uns de ceux qui sont formés par des bases puissantes, étant portés à un certain degré de chaleur, se décomposent et fournissent de l’oxygène, de l’hyper-chlorate et un chlorure. Si la chaleur est portée progressivement à des degrés plus élevés encore, l’hyper-chlorate subit a son tour une décomposition, laisse dégager une grande quantité d’oxygène, en même temps qu’il y a formation d’un chlorure fixe, qui reste pour résidu.
Des chlorates à bases faibles, et qui sont irréductibles par le chlore, pourront se décomposer en acide chlorique et en oxyde; mais l’acide chlorique distillé passe à l’état d’acide hyper-chlorique et chlore (§ 162). Exemple, chlorate aluminique.
D’autres chlorates, renfermant des bases plus puissantes, mais d une réduction difficile par le chlore, se décomposent à une température telle, que ni l’acide chlorique ni l’acide hyper-chlorique ne peuvent existei , en sorte qu il se dégagé alors du chlore et de l’oxygène : ce sont les chlorates yttrique et céreux. Dans la décomposition des chlorates on ne voit apparaître de métal pour résidu qu’au tant qu’on soumet à l’action de la chaleur un chlorate ayant un radical métallique dont le chlorure ne peut exister sous l’influence de cet agent1.
1 Voyez Action de la chaleur sur les chlorures.
174. Hyper-chlorates. Ce que nous avons dit de la décomposition des chlorates, s’applique à celle des hyperchlorates, ces derniers étant presque toujours des produits de la décomposition des chlorates.
175. Chlorites. Les chlorites, par une élévation de température, se transforment en partie en chlorures, en partie en chlorates, lesquels se décomposent aussi1.
176. Brômates et iodates. Ces genres de sels sont décomposés par la chaleur; mais on ne s’est point suffisamment assuré s’ils passent ou non par des produits consécutifs de l’ordre de ceux qu’on observe dans la décomposition des chlorates. Du reste, ils se décomposent, à peu d’exceptions près, comme les chlorates, avec dégagement d’une grande quantité d’oxygène, et laissent de l’oxyde pour résidu lorsque celui-ci n’est pas de nature à être réduit par l’iode et le brome. Quelques oxydes réductibles par le chlore, le sont aussi par lç brome, et quelquefois par l’iode; en sorte qu’il y a formation de bromures et d’iodures, lorsque l’oxyde est réductible, et enfin le métal est mis à nu , lorsque les iodures ou les bromures métalliques ne peuvent point exister en présence de la chaleur.
177. Phosphates. Tous les phosphates sont stables, excepté ceux dont les oxydes sont décomposables par la chaleur en métal et en oxygène (§ 163 et tableau D).
178. Phosphites. Les phospbites sont tous décomposables par la chaleur, et passent à l’état de phosphates basiques, avec dégagement de phosphure hydrique ou d hydrogène, suivant que la température est plus ou moins élevée; et enfin la décomposition a lieu en métal et en acide phosphorique, si l’oxyde est de nature à ne
1 Voyez ce que nous avons dit (§32) de l’action de la chaleur sur ces composés. Voyez aussi V Action des corps halogènes sur les oxydes.
pouvoir exister sous l’influence d’une température trèsélevée.
179. Hypo-phosphites. Ils sont tous décomposables , sans exception, en formant des phosphates, et rentrent ainsi dans les exemples précédents. Il y a toujours dégagement de phosphure hydrique et d’hydrogène, accompagnés d’une certaine quantité de phosphore.
180. Arséniates. L’acide arsénique est formé indirectement par l’union de l’acide arsénieux avec l’oxygène, conséquemment les seuls arséniates qui puissent résister à l’action d’une température élevée, sont ceux formés par les oxydes de la première section, ou par quelques bases très-puissantes, tels que les oxydes plombique, zincique, cobaltique, niccolique et cadmique. Les autres sont décomposés, et l’on obtient les produits suivants : 1° oxyde, acide arsénieux et oxygène; 2° métal, acide arsénieux et oxygène; 3° oxyde, plus acide arsénieux.
181 . Arsénites . D’une part, le peu d’énergie de l’acide arsénieux, de l’autre le pouvoir dont il jouit de se volatiliser , font que tous les arsénites subissent une décomposition par la chaleur. Ils se décomposent alors, 1° en acide arsénieux et oxydes (les arsénites à bases faibles irréductibles et non décomposables par la chaleur) ; 2° en acide arsénieux, oxygène et métal (les arsénites des oxydes décomposables par la chaleur) ; 3° en arséniate, oxyde et arsenic métallique (les arsénites à bases d’oxydes potassique , sodique et barytique , et dont les arséniates sont indécomposables par la chaleur).
182. Nitrates. L’acide nitrique prend naissance par la combinaison de la vapeur nitreuse N2 O4, avec 1 vol. d’oxygène.
Cette vapeur nitreuse n’est point le produit d’une combinaison directe; par conséquent tous les nitrates,
sans exception, sont décomposables par la chaleur. Les produits de leur décomposition peuvent être prévus , en tenant compte de la constitution de l’acide et de l action que la vapeur nitreuse peut exercer sur les oxydes. Quant aux autres produits, ils pourront toujours être prévus, si l’on a égard aux remarques que nous avons signalées.
Les nitrates étant soumis à l’action d’une température élevée, entrent en fusion et se décomposent en oxydes, en vapeur nitreuse N2 O4 et en oxygène. La chaleur a d abord pour effet de séparer les éléments du nitrate, puis l’acide nitrique ne pouvant exister libre dans cette circonstance, se décompose lui -même en ses éléments. Ce phénomène n’a lieu qu’avec les nitrates anhydres formés par des bases puissantes autres que celles de la première section.
Lorsqu’on calcine un nitrate hydraté dont l’oxyde est, au contraire, à base faible, il se dégage une certaine quantité de nitrate hydrique ( acide nitrique hydraté ).
D’autres nitrates hydratés se décomposent en acide nitrique, vapeur nitreuse, oxygène et métal pour résidu. Cet effet dépend de l’action qu’exerce la chaleur sur l’oxyde. Enfin, il est des nitrates, comme ceux à bases d’oxydes de la première section , qui ne se décomposent plus de la même manière. Au lieu d’obtenir avec ces nitrates de la vapeur nitreuse, on a d’abord un dégagement considérable d’oxygène, ce qui ne peut s’expliquer qu’en admettant la décomposition de l’acide nitrique en N2 O4 -h O. Mais le radical composé N2 O4, agissant sur l’oxyde RO, reproduit une certaine quantité de nitrate et un composé N2 O4 R, d’après l’équation :
N2 O4 R 1 éq. d’un composé1.
N2 O4 4- O 4- RO: 1 éq. nitrate.
En faisant agir la vapeur nitreuse sur l’oxyde barytique, on obtient un composé du même genre que le précédent.
Ce premier composé N204 4- R étant formé, se décompose à son tour en suroxyde RO2 -f- N2 O2 qui devient libre, et plus tard , ou immédiatement, si la température est suffisamment élevée, le suroxyde se décompose, et l’on obtient pour résidu l’oxyde RO.
M. Thénard a constaté, par des expériences bien précises, qu’en calcinant le nitrate barytique, on obtient du suroxyde; mais qu’en même temps il se trouve toujours du nitrite, ou ce que nous représentons par
183. Nitrites. Les nitrites étant le produit de l’action du feu sur les nitrates, sont plus stables que ces derniers, quoique décomposables, comme nous venons de l’établir.
184. Silicates et borates. Tous les silicates et borates résistent à l’action du feu, sauf ceux dont la base est réductible par la chaleur seule. Observons cependant que, tandis que des oxydes isolés se décomposent avec la plus grande facilité, ces mêmes oxydes supportent une température incomparablement plus élevée , lorsqu’ils sont à l’état de silicates ou de borates.
185. Carbonates. L’état élastique de l’acide carbonique isolé, fait qu’étant en combinaison avec les oxydes , il est si peu retenu par les bases, que l’on voit tous les carbonates se décomposer par la chaleur, excepté les carbonates barytique, potassique, sodique, lithiqueet strontique, qui résistent à une certaine température,
i Ces composés sont ordinairement désignés sous le nom de nitrites .
s’ils sont à l’abri de la vapeur d’eau. Dans le cas où ils se trouvent en contact avec celte vapeur, ces cinq carbonates subissent une décomposition.
La composition moléculaire de l’acide carbonique, sa stabilité en présence des températures les plus élevées, la décomposition qu’il éprouve de la part des corps qui peuvent lui enlever de l’oxygène, permettent de se rendre facilement compte des produits qui résultent de la décomposition des carbonates, laquelle a lieu de trois manières différentes.
La première comprend les cas les plus nombreux et les plus simples de décomposition des carbonates; ceux enfin où l’oxyde qui existe dans les carbonates devient libre et met l’acide carbonique en liberté.
La seconde ne présente que peu d’exemples de décomposition, puisqu’elle ne s’observe qu’avec les oxydes capables de passer à un degré supérieur d’oxydation. Dans ce cas , il y a formation d’un oxyde supérieur à celui qui existait dans le carbonate, et réduction de l’acide carbonique , puisqu’il passe à son radical , l’oxyde carbonique.
La troisième s’observe avec tous les carbonates dont les oxydes sont décomposables par la chaleur, fl y a alors un métal pour résidu, dégagement d’oxygène, provenant de l’oxyde qui a subi une décomposition par la chaleur, et enfin dégagement de l’acide carbonique du carbonate.
186. Bi-carbonates. Par l’action d’une température très-peu élevée, tous les bi-carbonates passent à l’état de carbonates, et se comportent alors comme ces derniers.
187. Hydrates. L’eau est un composé formé directement; mais sa tendance à passer à l’état de fluide élastique, même sous l’influence d’une basse température, et son peu d’énergie ( — ) , font qu’elle ne produit de
ACTION 1)E LA CHALEUR SLR LES C.jlU’S.
composés stables qu’avec un petit nombre de bases, qui se trouvent être précisément les mêmes que celles qui restent en combinaison avec l’acide carbonique.
Les seuls hydrates stables sous l’influence de la chaleur, sont donc les hydrates barytique, potassique, sodique, lithique et strontique. Tous les autres sont décomposés à des températures peu élevées; quelquesuns même le sont à des degrés voisins du point d’ébullition de l’eau. Faisons remarquer que les hydrates qui résistent à l’action de la chaleur, sont décomposables lorsqu’ils se trouvent en présence de l’acide carbonique1 .
Les produits de la décomposition des hydrates sont toujours de l’eau et de l’oxyde, excepté le cas où l’oxyde (ou la base) est réductible.
188. Chromâtes. L’acide chrômique est produit par la combinaison indirecte de CrC)2 avec O; en sorte que, conformément à la règle relatée (§ 164), les chromâtes doivent être décomposahles par la chaleur, excepté ceux formés par des bases puissantes et indécomposables par ce même agent.
Les bi-chrômates sont tous décomposables par la chaleur; mais les uns ne sont que ramenés à l’état de chromâtes neutres par la décomposition de la moitié de l’acide chrômique qu’ils renferment, tandis que d’autres se décomposent entièrement si le chrômate neutre ne peut exister sous l’influence de cet agent.
Les produits de la décomposition des chromâtes et des bi-chrômates par la chaleur sont faciles à prévoir.
En effet, l’acide chrômique ne jouissant que de peu de stabilité, aucun chrômate ne se décompose dans ses éléments, acide et base ; mais si la décomposition a lieu, ell e se lait toujours comme si l’acide chrômique et sa
1 Voyez Action de l’eau sur les carbonates , et réciproquement.
base étaient libres. Ainsi l’on a : dégagement d’oxygène, et pour résidu l’oxyde ehrômique et un oxyde; dégagement d’oxygène, et pour résidu de l’oxyde chrômique et un chrômate neutre (exemple : bi-chrômate potassique) ; dégagement d’oxygène appartenant à la base ainsi que celui qui provient de l’acide ehrômique, et pour résidu de l’oxyde ehrômique et un métal (exemple : chrômate mercurique).
Dans la décomposition des chromâtes au moyen de la chaleur, on n’observe point d’oxyde passant à un degré supérieur d’oxydation , parce que les bases qui produisent des réactions de ce genre ne peuvent exister en combinaison avec l’acide ehrômique, celui-ci étant immédiatement détruit.
189. Vanadates. Lesvanadates se comportent sensiblement comme les chromâtes , avec cette différence cependant qu’ils jouissent d’une plus grande stabilité et résistent mieux à l’action d’une haute température. L’oxyde Y, qui peut exister à une haute température, est ordinairement le produit que l’on obtient de la décomposition des vanadates, s’il ne forme pas lui-même avec les bases de ces sels un composé Va 4- RO ou bien un vanadite.
190. Manganates et hyper -man garnîtes. Les hypermanganates sont tous décomposables par la chaleur, en passant à l’état de manganates, dans le cas où ceux-ci peuvent exister; mais dans le cas contraire ils se décomposent comme si l’acide et la base étaient libres.
Les manganates qui peuvent résister à l’action d’une température élevée, sont ceux formés par les oxydes K, Na, Li, Ba, Sr, Ca; les autres, en se décomposant, donnent des produits analogues à ceux que l’on obtient en calcinant isolément les éléments du manganate.
191. Tungstate. L’acide tungstique est le produit de 1’union directe de W O2 avec 1 vol. d’oxygène; conséquemment tous les sels qu’il peut former résistent à l’action d’une température élevée, si toutefois la base est indécomposable par la chaleur, ou si sous cette influence elle n’est pas de nature à passer à un degré supérieur d’oxydation en enlevant une certaine quantité d’oxygène à l’acide tungstique.
192. Mo/y bdates. Ces sels sont très-peu étudiés; mais ils paraissent se comporter de la même manière que les tungstates.
193. Les antimoniales et antimonites sont peu étudiés aussi, mais ils semblent résister à une température assez élevée.
194. ColumbateSj aiuminates ^ iitanates s glucinates y etc. Tous ces sels sont indécomposables par la chaleur, quand les bases qui les constituent ne peuvent point subir de décomposition par cet agent.
Action de la chaleur sur les sels hydratés et les sels
doubles .
195. Le premier effet de la chaleur sur les sels hydratés simples ou doubles consiste à expulser l’eau qu’ils renferment, laquelle devient libre par quantités atomiques, si l’on a la précaution de soumettre ces sels au degré de chaleur auquel ils abandonnent la première partie de l’eau qu’ils sont dans le cas de céder.
Lorsqu’après celte première perte d’eau on fait subir aux sels l’action d’une température plus élevée, ils perdent de nouveau une certaine quantité d’eau, et ainsi de suite jusqu’à dessiccation complète si dans cette circonstance le sel lui-même n’éprouve pas de décomposition.
Les températures auxquelles les sels abandonnent leur eau sont très-variables, car quelquefois l’eau se dégage à une température bien inférieure à celle de son ébullition; c’est pourquoi certains sels hydratés ne s’obtiennent qu’à une température très-basse, à 0° par exemple.
D’autres fois ces sels retiennent l’eau à une température supérieure à 100°. En thèse générale, on peut dire que les sels qui, exposés à l’air humide, ont la propriété de se résoudre en liqueur (ce qui les a fait appeler déliquescents) , n’abandonnent l’eau à laquelle ils sont unis qu’à une température au-dessus de celle de l’eau bouillante.
Lorsque les sels hydratés simples ou doubles ont perdu leur eau par l’action de la chaleur , ils se comportent alors comme il a été dit dans les paragraphes précédents au sujet de chacun des genres de sels en particulier, en tenant compte toutefois de la nature des acides et du rôle que peuvent jouer, par rapport à l’un ou à l’autre, les deux bases d’un sel double.
Le sulfate sodique hydraté, ayant été assez chauffé pour perdre toute l’eau à laquelle il était uni , ne pourra plus éprouver d’autre décomposition par l’action de la chaleur.
Le sulfate aluminico-potassique devrait être décomposé en acide sulfurique, alumine et sulfate potassique; mais l’oxyde aluminique pouvant jouer le rôle d’acide, et l’acide sulfurique étant formé indirectement et de nature à passer à des éléments gazeux , le sulfate potassique éprouve une décomposition de la part de l’oxyde aluminique, de l’acide sulfureux et de l’oxygène, qui deviennent libres, et l’alumine s’unit avec l’oxyde potassique pour former de l’alu minate potassique. Nous pouvons énoncer les cas suivants de décomposition:
1° Sels simples ou doubles pour résidu, el dégagement d’eau;
2° Produits de la décomposition d’un sel simple ou des éléments d’un sel double, et dégagement de vapeur d’eau ;
3° Produits de la décomposition d’un sel , et action du produit sur le sel qui n’éprouve par lui -même aucune altération, et dégagement de vapeur d’eau.
Action de la chaleur sur les composés sulfurés métalloï -
dicjues et métalliques.
196. L’action de la chaleur sur les composés sulfurés est sensiblement la même que celle exercée par cet agent sur les composés oxydes. Il n y a que quelques exceptions que nous aurons soin de faire remarquer.
Parmi les composés sulfurés métal loïdiques, tous ceux correspondants aux composés obtenus par 1 oxygène se comportent de la même manière, excepté le sulfide tel lureux, qui n’est point stable el se décomposé en ses cléments, tandis que l’acide tellureux résiste à 1 action de la chaleur.
Les sulfides pliosphorique et phosphoreux n’ont pas non plus le même degré de stabilité.
Les composés sulfurés métalliques ont la plus grande ressemblance avec les oxydes fixes , car ces dei niei s ont leurs sulfures fixes correspondants. Les suroxydes sont décomposables en oxyde et en oxygène ; les sullures qui leur correspondent se décomposent egalement en sulfure et en soufre, à l’exception des sur-sulfures des métaux alcalins. Enfin , l’on a vu des oxydes décomposés en oxygène et en métal, et les sullures correspondants ont les mêmes propriétés, puisqu’ils se décomposent en métal et en soufre, excepté les sulfures argenlique et
mercurique. Ces deux exceptions cessent d’avoir leur valeur, quand on se rappelle que l’oxyde argentique est stable sous l’influence d’une température élevée, et qu’il ne perd l’oxygène qui le constitue que par un abaissement de température.
Le sulfure mercurique cesse d’être stable sous l’influence de la chaleur , si on le fait passer au travers d’un tube en porcelaine chauffé au rouge. Chauffé dans un matras, il se sublime, parce que dans cette circonstance son point d’ébullition est inférieur à celui où ses éléments se dissocient.
Les rapprochements que nous venons de faire entre les oxydes et les sulfures seront peut-être rejetés par les chimistes qui , ayant adopté sans examen les expériences publiées, il y a peu de temps, sur les sulfures, en ont admis la décomposition par la chaleur.
M. Fournet a démontré, par de nombreuses expériences, que la plupart des sulfures étant chauffés, fournissent des produits évidents de décompositions partielles; mais jamais il n’a pu prouver, non-seulement une décomposition complète, mais pas même une décomposition un peu avancée du sulfure qu’il soumettait à l’action de la chaleur. Or, comme il est de l’essence de toute action chimique d’avoir lieu dans des conditions physiques déterminées, il est évident qu’il ne pourrait y avoir de décomposition partielle, qu’autant qu’il y aurait production de nouveaux composés entre la partie du sulfure qui est restée intacte, et celle qui a subi une décomposition. Comme ce n’est pas de cette manière que se comportent les sulfures, il faut rechercher la cause de leur décomposition anormale, dans les conditions mêmes ou l’on a expérimenté.
Nous nous permettrons de dire ici qu’il nous semble
que l’on n’a pas suffisamment tenu compte de la nature des vases dont on s’est servi et de l’influence quelle pouvait exercer sur les composés; influence qui, quoique faible, peut déterminer des actions consécutives plus importantes qu’on ne le suppose d’abord.
Toutes les fois qu’on atteint le degré de chaleur où les éléments d’un corps cessent de pouvoir exister, il y a décomposition; elle est toujours complète si l’on prolonge suffisamment la durée de l’expérience. Rien de semblable n’a lieu lorsqu’on chauffe les sulfures, car de très-faibles proportions de ces composés subissent seules une décomposition, et, à partir de ce point, si 1 on prolonge l’expérience, la décomposition n’augmente pas d’une manière appréciable.
Lorsqu’on expérimente sur des produits de differents ordres, on ne doit pas perdre de vue les reactions qui ont lieu nécessairement par l’équilibre qui s’établit entre le composé que l’on soumet à l’expérience, et la nature du vase que l’on emploie, si ce dernier est de matière composée.
Action de la chaleur sur les sulfo-sels.
197. Les produits qui peuvent résulter de l’action de la chaleur sur les sulfo-sels se déduisent naturellement de ce que nous avons dit de l’influence de cet agent sur les sulfures et les sulfides.
Action cle la chaleur sur les composés séléniés et tellurés .
198. On ne connaît encore qu’un très-petit nombre de ces composés; en sorte que l’étude de l’action que la chaleur exerce sur eux laisse beaucoup a desirer. Néanmoins, ce que l’on sait déjà des phénomènes de
décomposition que la chaleur fait éprouver à ce genre de composés, prouve clairement qu’ils peuvent être calqués sur l’action que le calorique exerce sur les oxydes et les sulfures, avec cette différence toutefois que les séléniures et les tellurures correspondant aux oxydes décomposables par la chaleur, sont stables ou ne se décomposent que très-difficilement.
A ction de la chaleur sur les composés formés par les corps
halogènes .
199. Composés métalloïdiques. Toutes les combinaisons formées directement par l’union des corps halogènes avec les métalloïdes sont stables sous l’influence de la chaleur (tableau D).
200. Composés métalliques. Les corps halogènes , se combinant directement avec presque tous les composés qu’ils forment avec les métaux, résistent pour la plupart à l’action d’une température élevée, s’ils ne se trouvent en présence de l’eau. Ceux, en petit nombre, qui se décomposent; se transforment toujours, 1° en chlore, brome et iode qui se dégagent, et en un nouveau chlorure, bromure etiodure, qui restent pour résidu (chlorure manganique) ; 2° en chlore, brome et iode, qui se dégagent, et en un métal qui reste pour résidu.
Les composés des corps halogènes qui se décomposent le plus facilement sont ceux formés par les métaux dont les oxydes sont eux-mêmes décomposables. Il faut cependant en excepter les composés du mercure, de l’argent et de l’osmium qui sont stables, de même que le sont, dans de certaines conditions de température, quelques composés de l’iridium et du rhodium.
On ne doit pas non plus perdre de vue que les com-
posés qui jouissent de la plus grande stabilité, sont les fluorures, chlorures, bromures et iodures.
Le chlorure cuivrique peut perdre une certaine quantité de chlore, et passer à letat de chlorure cuivreux, de même que nous avons vu l’oxyde cuivrique perdre une certaine quantité d’oxygène, et passer à letat d’oxyde cuivreux.
Action de la chaleur sur les composés binaires du second ordre > formés par les composés binaires des corps halogènes.
201. Nous avons signalé l’existence de composés résultant de l’union des fluorides, chlorides, brômides et iodides avec les fluorures, chlorures, bromures et iodures. En général, ces composés anhydres sont stables en présence de la chaleur : les exceptions portent, 1° sur ceux qui renferment un composé formé indirectement ou de nature à ne pouvoir exister isolément sous l’influence de la chaleur; 2° sur ceux dont les éléments ont l’un pour l’autre une tendance trop faible, et diminuée encore par la propriété que possèdent un grand nombre de composés fluorés, chlorurés, brômés et iodurés, d’exister à l’état de fluides élastiques (§ 159).
Tous ceux de ces composés du second ordre qui ont pour bases les chlorures, bromures, iodures aurique, platinique, rhodique et palîadique, sont décomposables.
Des décompositions bien plus nombreuses encore peuvent avoir lieu sous l’influence de l’eau, parce qu’alors il y a altération, formation d’un composé oxydé1
1 .Voyez Altérations que Veau fait éprouver aux composés des corps halogènes .
et production d’un hydracide aux dépens de l’hydrogène de l’eau décomposée et du corps halogène.
Action de la chaleur sur les composés phosphores
et arséniés .
202. Composés métalloïdiqucs. Le peu de tendance du phosphore et de l’arsenic à former des combinaisons qui d’ailleurs n’ont lieu qu’indirectement , fait que leurs composés ne jouissent que de peu de stabilité.
Les phosphures et arséniures hydriques, qui sont les seules combinaisons dans lesquelles le phosphore et l’arsenic jouent le rôle d’élément ( — ) , sont destructibles par la chaleur et laissent un dépôt de phosphore ou d’arsenic, accompagné d’un dégagement d’hydrogène.
203. Composés métalliques . L’action de la chaleur sur ces composés n’est point suffisamment établie; elle mérite donc un nouvel examen. On sait cependant que les composés de phosphore et d’arsenic qui ont pour bases des métaux alcalins sont stables; que la plupart des autres sont décomposables par la chaleur, et ramenés à des degrés de phospliurations ou d ' arséniurations moindres; qu’enfin quelques-uns sont même décomposés en métal et en phosphore ou en arsenic qui se dégage.
Action de la chaleur sur les composés du nitrogène.
204. Composés métalloïdiques. Bien qu’aucun composé du nitrogène avec les métalloïdes ne puisse être obtenu directement, il paraîtrait cependant, d’après les expériences de MM. Rose et Soubeiran, qu’il existe des combinaisons stables, résultant de l’union du nitrogène avec le phosphore et avec le soufre. Si cela était,
la règle générale que nous avons établie , qu’un composé indirect ne présente jamais de stabilité, serait en défaut. Or il nous semble qu’il ne peut en être ainsi , et que ces composés doivent renfermer les corps N2 H2 ou N2 H4: il serait donc bien important de reprendre les expériences de ces chimistes, afin d’être définitivement fixé sur la véritable composition des corps qu’ils ont étudiés.
205. Carbures. Tous ceux qui sont formés directement sont stables et n’éprouvent point de décomposition de la part de la chaleur.
200. Alliages. Tous les alliages résistent à l’action de la chaleur, à moins qu’ils ne renferment du mercure ou un métal assez volatil qui, en raison de cette propriété, se dégage. Les alliages peuvent encore se décomposer par la chaleur, lorsqu’ils sont formés par un métal trèsfusible et un métal qui l’est moins; car en chauffant un alliage de ce genre sur un plan incliné, à une température un peu supérieure à celle où le premier de ces métaux entre en fusion, celui-ci s’écoule, et alors se produit le phénomène connu sous le nom de liquation. Le corps le moins fusible reste sur le plan incliné, tandis que le corps fusible s’écoule.
Dans tout ce que nous avons dit de l’action de la chaleur sur les corps composés, il n’a pas encore été fait mention des composés du cyanogène, ni de ceux qui résultent de l’union de l’ammoniaque avec les différents acides , parce que, d’une part, le cyanogène et l’ammoniaque, étant de nature composée et formés indirectement, sont destructibles par la chaleur, et parce que, de l’autre, le cyanogène se comporte comme un corps simple analogue au chlore et l’ammoniaque avec un équivalent d’eau comme une hase, laquelle devient comparable aux oxydes potassique, sodique, etc. Il suit de
là que la présence de ces composés clans une série de combinaisons doit rendre toute généralité, si ce n’est impossible, du moins très -difficile à établir, et cela surtout en raison des nombreuses exceptions qui se présentent. Ce sont ces motifs qui nous ont déterminé à étudier isolément ici les composés qui nous occupent.
Action de la chaleur sur les composés du cyanogène.
207. Le cyanogène ne produit de composés binaires stables qu’avec les métaux alcalins. Toutes les autres combinaisons qu’il forme sont destructibles par l’action d’une température plus ou moins élevée , et leur décomposition, variable en ses produits, peut donner, 1° ou un métal et du cyanogène; 2° ou un carbure, du nitrogène et du cyanogène; 3° ou enfin un composé qui, relativement au cyanogène, est plus riche en nilrogène et qui joue en outre le rôle d’un nouveau corps halogène.
Les cyanures doubles sont toujours décomposables par la chaleur, comme s’il s’agissait des cyanures simples; mais ils ne le sont que partiellement, s’ils renferment au nombre de leurs principes constituants un cyanure alcalin.
Tous les composés oxydés du cyanogène, sans exception, sont décomposables par le calorique : les uns le sont facilement, d’autres n’éprouvent de décomposition que sous l’influence d’une température élevée. Les produits de leurs décompositions peuvent toujours être prévus, si l’on tient compte de la nature des éléments du cyanogène; car l’un d’eux, le nitrogène, ne peut former aucune combinaison sous l’influence de la chaleur, et l’autre, le carbone, peut au contraire se combiner avec l’oxygène: par conséquent la présence du
charbon devient un élément de destruction dans un composé renfermant de l’oxygène.
Action de la chaleur sur l’ ammoniaque et les sels
ammoniacaux.
208. Dans le § 81 nous avons constaté que l’ammoniaque se forme indirectement; d’où il suit qu’étant chauffé, ce composé doit être détruit. Ainsi, en le faisant passer au travers d’un tube en porcelaine, chauffé au rouge , il subit une décomposition totale, et se transforme en nitrogène et hydrogène, dans le rapport de 1 vol. de nitrogène pour 3 d’hydrogène.
Cette décomposition de l’ammoniaque par la chaleur occupe une place importante dans l’histoire de la chimie; car ce fut elle qu’on opposa à la théorie de Lavoisier sur l’alcalinité et l’acidité des substances, propriétés qui ne sont pas toujours dues à la présence de l’oxygène, comme le pensait ce célèbre chimiste (§ 13, tableau B) . Nous avons fait voir que l’ammoniaque s’unit avec les oxacides et les liydracides, pour donner naissance à des sels dont la composition peut recevoir des interprétations différentes. Ainsi dans un cas on peut admettre la combinaison pure et simple de l’ammoniaque avec l’acide; dans l’autre, si c’est un oxacide, un équivalent d’eau H2 O est indispensable à la constitution du sel. Dans ces deux cas, en étudiant l’action de la chaleur sur les composés ammoniacaux, on doit toujours tenir compte de la réaction que l’un des éléments, l’hydrogène, peut faire éprouver aux acides auxquels l’ammoniaque est unie.
Les composés salins ammoniacaux résultent de l’union :
1° De l’ammoniaque H6 N2 avec les fluoride, chloride ,
brômide, iodide, sulfide, sélénide et telluride hydriques, de manière à former les composés H2 R2 h- H6 N2, ou H2 R r H6 N2. Or, comme il n’y a aucune raison pour que R se porte plutôt sur l’hydrogène de l’ammoniaque que sur l’hydrogène auquel il est uni, des combinaisons de ce genre doivent résister à l’action de la chaleur, tant que le composé n’éprouve pas une température rouge, parce que dans ces circonstances l’ammoniaque étant décomposée par elle-même, le sel ammonique l’est aussi à son tour.
Nous avons raisonné dans l’hypothèse où l’ammoniaque et les chlorides et brômides hydriques continuent d’exister dans le composé. Mais, même en admettant l’existence de l’ammonium , nous ne trouverions pas de raison pour que les choses se passassent autrement : R6 N2 h~ H2 R ou H6 N2 -+- H2 R2 = (H8 N2) + R ou (118 N2) 4- R2, c’est-à-dire des combinaisons analogues au sulfure potassique (K) S, ou au chlorure potassique (K) Cl2; composés que nous avons vus exister à une très-haute température , et qui doivent par conséquent être stables à une température assez élevée.
2° De l’ammoniaque avec tous les composés binaires formés par les corps halogènes, les fluorides, chlorides, brômides, iodides métalloïdiques et métalliques, ainsi qu’avec les fluorures, chlorures, iodures, bromures métalliques.
En chauffant ces composés, il peut y avoir en même temps destruction partielle ou totale de l’ammoniaque et du composé binaire auquel elle est unie, parce que l’hydrogène de l’ammoniaque peut se combiner au corps électro-négatif du composé : par exemple, un chloridc et un chlorure peuvent être détruits l’un et l’autre, et alors le chlore, se combinant avec l’hydrogène, forme du chloride hydrique. Le nitrogène et le radical du
chloride ou du chlorure deviennent libres, à moins que la réduction de l’ammoniaque ne soit incomplète; circonstance dans laquelle il se forme des combinaisons nouvelles, soit entre le nitrogène et le radical simple du chloride , soit entre N2 H2 ou N2 H4 et le radical simple ou composé du chloride ou du chlorure.
En calcinant le composé que l’on obtient par l’action du chloride phosphoreux ou phosphorique sur l’ammoniaque, M. Rose a découvert un corps renfermant du phosphore et du nitrogène. M. Soubeiran, en faisant de semblables expériences , a obtenu avec le chloride sulfureux un composé dans lequel il n’a trouvé que du soufre et du nitrogène (§55).
Si l’on calcine des combinaisons de ce genre dont le radical est un métal , c’est ce dernier que l’on a pour produit de la calcination, parce que, comme nous l’avons établi § 104 , le nitrogène ne se combine que trèsdifficilement avec les métaux.
3° De l’ammoniaque avec les oxacides, ces derniers pouvant être anhydres ou hydratés.
11 n’existe de véritables oxy-sels ammoniacaux qu’autant qu’ils renferment au nombre de leurs principes constituants un équivalent d’eau. On a alors pour formule générale de toutes ces combinaisons H8N20 -f- A. Lorsqu’on fait agir l’ammoniaque sur un oxacide anhydre, il y a formation d’eau et combinaison de R1 avec H4 N2. Ce nouveau composé devient libre ou se combine avec l’eau (H2 O) , produite par l’union de 2 vol. d’hydrogène appartenant à l’ammoniaque et 1 vol. d’oxygène appartenant à l’acide.
L’action de la chaleur sur les oxy-sels ammoniacaux a quelquefois pour effet d’enlever les éléments des 2 éq.
1 Par R on entend le radical simple ou composé, qui, uni à 1 vol. d’oxygène, constitue l’acide A.
d’eau, et alors ou a les composés H4 N2 4- R; d’autres fois, et c’est ce qui arrive le plus fréquemment, il y a destruction de l’ammoniaque et de l’oxacide : celui-ci, perdant de l’oxygène , passe tantôt à un degré inférieur d’oxydation, pour former une nouvelle combinaison avec une portion de l’ammoniaque, ou ne forme pas du tout de combinaison; tantôt cet oxacide perd la totalité de son oxygène pour repasser au radical qui lui a donné naissance.
Enfin , l’ammoniaque et l’oxacide, se détruisant réciproquement, pourront donner des produits en relation avec la nature et la composition de l’oxacide employé.
L’oxaîate ammonique H8 Y2 O 4- (C202 4- O) se transforme, étant chauffé, en (H4N24- C202) 4- H402.
Le sulfate ammonique chauffé se transforme partiellement en SH4 N2 ou même en nilrogène et sulfite ammonique.
Le séléniate ammonique chauffé donne naissance à du nitrogène et à du sélénium.
Le nitrate ammonique soumis à l’action de la chaleur se transforme en eau et en oxyde nitreux , parce que ses éléments peuvent satisfaire à cette double décomposition (p. 109).
Enfin, les oxy-sels ammoniacaux obtenus par des oxacides formés directement et irréductibles par l’hydrogène même au rouge sombre, se décomposent d’une manière très-simple. L’acide devient toujours libre, et l’ammoniaque se décompose comme si elle était chauffée isolément, avec cette différence cependant qu’elle ne subit de décomposition complète qu’à une température supérieure à celle où l’ammoniaque se fût décomposée, si elle eût été chauffée libre.
L’ammoniaque peut former des combinaisons parti-
ACTION DE LA CHALEUR SUR LES CORPS. Ol i
culières avec les oxydes métalliques b Ces combinaisons se détruisent en donnant naissance a des produits qui ne sont point connus, les décompositions étant si rapides qu’il n’a pas encore ete possible de les etudiei .
Action de la lumière sur les corps.
209. La lumière présente tant de rapport avec le calorique, qu’il est peu d’actions chimiques obtenues par le premier de ces agents qui ne puissent également avoir lieu au moyen du second. Lavoisier a parfaitement démontré tous les points de ressemblance qui existent entre ces deux fluides, et en même temps il s’est demandé si la lumière est une modification du calorique ou si c est le calorique qui est une modification de la lumière. l\e pouvant résoudre cette question , qui n’est pas encore décidée aujourd’hui, Lavoisier, tout en distinguant la lumière du calorique, n’en convient pas moins qu’ils ont des qualités communes et qu’ils produisent en partie les mêmes effets.
Si le cadre de cet ouvrage nous permettait d’entrer dans quelques détails à ce sujet, nous exposerions ici les intéressantes expériences deM. Biot sur la polarisation circulaire, ainsi que celles qu’il a faites conjointement avec nous sur le même sujet. Contraint de nous restreindre dans des généralités, nous nous bornerons à énoncer les lois de la polarisation circulaire établies par M. Biot, et à rappeler les principaux phénomènes qui ont été observés.
On sait, d’après les expériences de M. Arago, qu’en faisant passer un rayon simple de lumière, réfléchi spéculairement à travers une lame de cristal de roche
J Voyez Action de l'ammoniaque sur les oxydes.
ClIAPiTRE NEUVIÈME.
perpendiculaire à Taxe, les rayons colorés composant la lumière simple sont plus ou moins déviés du plan de polarisation primitif et qu’il s’y passe un phénomène connu sous le nom de polarisation circulaire » En cherchant par des expériences les lois de ces phénomènes, M. Biot a obtenu les résultats suivants:
1° Les déviations qu’une même épaisseur de cristal imprime aux différents rayons colorés dont la lumière blanche se compose, croissent avec la réfrangibilité en raison inverse du carré de longueurs des accès.
2° Ce rapport est sensiblement le même dans toutes les substances qui exercent ce genre d’actions, en exceptant l’acide tartrique.
3U Pour chaque substance, la déviation du plan de polarisation d’un même rayon simple est proportionnelle à l’épaisseur de la plaque, ce qui produit une véritable rotation.
4° Si l’on interpose dans le trajet d’un rayon polarisé deux substances douées de propriétés rotatoires contraires, la seconde défait en tout ou en partie la rotation que la première avait imprimée au plan de polarisation des rayons; et, selon quelle est moins, ou plus, ou également épaisse, elle laisse subsister un excès de la rotation primitive, ou donne elle-même un excès dans son sens propre, ou enfin détruit complètement la rotation que la première avait imprimée au rayon. Cette compensation se produit également avec des substances solides, liquides ou gazeuses, placées successivement ou même mêlées, pourvu quelles n’agissent point chimiquement les unes sur les* autres.
5° Pour chaque substance, l’arc de déviation est proportionnel au nombre des molécules qui se trouvent dans le trajet du rayon lumineux, indépendamment de l’intervalle plus ou moins considérable que l’on peut
établir accidentellement entre les particules de la substance, en modifiant leur aggrégation. M. Biot a confirmé ce résultat de deux manières, 1° en suivant une substance, l’essence de térébenthine, depuis 1 état solide, en combinaison avec l’acide cbloride hydrique, jusques et y compris l’état de vapeur; 2° en formant des dissolutions de sucre de canne de proportions diverses, et montrant qu elles assignent toujours au sucre le même pouvoir de rotation moléculaire , lorsqu’on a égard à la longueur du trajet et à la densité.
De ces faits M. Biot a conclu que l’action clés corps sur un rayon polarisé était une propriété moleculaiie, et que par le sens qu’elle affectait ou 1 intensité de son pouvoir, elle devenait une condition caractéristique de l’état moléculaire actuel d’un corps. Par là M. Biot a démontré :
1° Que l’essence de térébenthine est constituée différemment de l’essence de citron ;
2° Que le camphre des laurinées diffère du camphre
des labiées;
3° Que la gomme, le sucre de cannes, de raisin, de fécule et la mannite diffèrent essentiellement.
La polarisation circulaire ayant ainsi donné à M. Biot un caractère sensible, qui imprime une condition actuelle de l’état moléculaire des corps dans lesquels on peut en reconnaître l’existence, il était intéressant de suivre les applications d’un pareil indice dans les réactions chimiques, où la substance soumise aux expériences éprouve des modifications successives, dont on pouvait ainsi espérer d’observer l’accomplissement et les progrès. Pour cela, il fallait évidemment que la substance soumise aux agents chimiques possédât la propriété rotatoire en vertu de sa constitution propre avant l’intervention de ces agents, et quelle continuai de la
posséder, seulement avec des variations d’intensité ou de sens, dans toutes les transmutations qu’ils lui feraient subir. Ces conditions se trouvent parfaitement réalisées dans la sérié des modifications que la fécule, la gomme arabique, le sucre de canne et le sucre de lait éprouvent sous l’influence prolongée des acides étendus.
En conséquence nous avons choisi cet ordre de phénomènes pour sujet de nos observations, et nous avons vu, M. Biot et moi :
1° Que la fécule et la dextrine, en se transformant en sucre par l’acide sulfurique, changent de pouvoir rotatoire; et que celui-ci diminue dans le rapport de 66° à 42, ou bien dans celui de 66° à 25, si l’on prolonge l’action de l’acide sur ces substances.
2° Que le sucre de lait, en se transformant par les acides en sucre fermentescible, change également de pouvoir rotatoire, mais qu’au lieu de diminuer, comme dans le cas précédent, il y a une augmentation dans le rapport de 16 à 20.
3° Que le sucre de cannes peut se transformer en sucre de raisin par l’action de tous les acides, pourvu que ces derniers soient employés dans le rapport de leur équivalents. Cette transformation est accompagnée d’un changement dans le pouvoir rotatoire. C’est ainsi qu’une dissolution de sucre de canne, ayant une force rotatoire = à 42° vers la droite, qui serait transformée en sucre de raisin, ne manquerait plus que 15° vers la gauche.
4° Qu’enfin la gomme subit également une modification de la part des acides étendus d’eau, et que cette modification est accompagnée d’un changement dans le pouvoir rotatoire. Une dissolution de gomme douée d’un pouvoir rotatoire = 12° vers la gauche, acquiert un pouvoir rotatoirede 22° vers la droite. Peut-il être des expériences
plus intéressantes pour le chimiste que celles qui lui permettent de suivre, à l aide d’un prisme, les alterations chimiques qu’éprouvent les substances soumises a 1 influence de divers agents, et de distinguer les corps qui se confondent par tous les caractères apparents , que l’analyse élémentaire ne peut pas même nous aider à reconnaître? Qu’y a-t-il enfin de plus remarquable que ces réactions brusques , dans lesquelles on voit qu à des degrés de température compris entre 23° et 27 , le sucre de canne se transforme subitement en sucre de raisin , par l’influence de l’acide sulfurique , et que sous 1 influence du même agent, mais entre 95° et 100°, la fécule passe subitement aussi à l’état de sucre d’amidon.
Il est à regretter que M. Biot n’ait pas détermine le pouvoir rotatoire des corps, en prenant des quantités de chacun d’eux, qui fussent entre elles comme les nombres exprimant les équivalents chimiques des corps; car il en serait évidemment résulté de nouveaux rapprochements entre la composition moléculaire des corps et la propriété dont quelques-uns jouissent de dévier inégalement les rayons de lumière polarisée. En déterminant le pouvoir rotatoire des liquides, il aurait ele mieux, à notre avis, de les prendre à leur point d ébullition ou à des points équidistants, puisque alors seulement les liquides sont comparables entre eux. Le pouvoir rotatoire d’un corps est en rapport avec sa densité, et celle-ci varie avec la température et d’une manière inégale, puisque la dilatation des liquides n’est point la même pour tous et qu’elle est proportionnelle aux molécules: on voit donc qu’il est difficile, pour ne pas dire impossible, d’établir des relations bien rigoureuses entre le pouvoir rotatoire des corps et leur composition moléculaire, si l’on ne prend les précautions que nous venons d’indiquer.
Action de V électricité sur tes corps .
210. Il est peu de decouvertes qui aient excité plus d etonnementet provoqué plus d’enthousiasme que celle de \ olta. Ce célèbre physicien, en faisant connaître sa pile et les effets merveilleux qu’elle produit, eut le don d attirer sur elle et de fixer pour bien longtemps l’attention de tout le monde savant. Maintenant encore chacun veut répéter ses expériences ; on les varie de mille façons, soit en opérant sur des corps différents, soit en changeant la forme et les dimensions des appareils, et presque tous croient leurs efforts couronnés de succès. Alors même que l’étude des actions électriques ne peut nous conduire qu’à des hypothèses, cellesci se présentent avec des caractères qui séduisent et entraînent. C’est ainsi que parmi les expérimentateurs les uns ont cherché dans l’action du fluide électrique la raison de l’existence de certains êtres, tandis que d autres, plus enthousiastes et plus hardis, ont cru trouver dans le même agent le moteur universel de la nature.
Avec les immortelles découvertes de Davy, sur les effets de la pile, naît une théorie des phénomènes chimiques d après laquelle ces phénomènes sont tous dus à 1 électricité.
Les corps électrisés de noms contraires s’attirent, et les corps électrisés de même nom se repoussent. Cetle théorie si simple, si facile à saisir, fut bientôt adoptée par les physiciens et les chimistes; mais quelques-uns la modifièrent, au point de confondre, comme effels d une même cause, les phénomènes de cohésion et d’affinité. Il est enfin quelques chimistes qui ne voient que des neutralisations d’électricité dans les phénomènes physiques qui accompagnent les combinaisons.
Ainsi, tout devient expliquable au moyen du fluide électrique, et dans leur confiance exclusive en ce moyen de recherche, il s’est même trouvé des chimistes qui ont accusé Lavoisier d’avoir, par son talent et l’influence de sa doctrine, détourné la science des voies de progrès qui lui étaient ouvertes.
Ce n’est point à moi qu’il appartient de venir justifier ce grand homme des reproches peu mérités qui lui ont été adressés; ses travaux d’ailleurs, par le cachet dont ils sont empreints, y répondent suffisamment , et d’autant mieux que les découvertes qui se font de nos jours sur les phénomènes électriques ont presque toujours pour résultat d’appuyer et de rajeunir les opinions de Lavoisier.
En jetant un coup d’œil rapide sur les plus importantes et les plus récentes de ces découvertes, on remarque, 1° que la quantité d’électricité est en rapport avec les équivalents chimiques ; 2° que l’électricité voltaïque n’est point due à un simple contact, mais bien à une action chimique; 3° que l’électricité produit tous les phénomènes physiques que la chaleur fait éprouver aux corps ; 4° que la chaleur développée dans les corps les rend électriques; 5° que les produits de décomposition qu’éprouvent les corps qui sont soumis à l’action d’une pile, ne sont le plus souvent que le résultat de décompositions consécutives; 6° et qu’enfîn il semble certain qu’il n’existe pas deux matières ou deux fluides électriques.
Les résultats de toutes ces expériences opèrent donc un rapprochement entre l’électricité et le calorique. Or, quelle était la pensée dominante de Lavoisier, pensée qui apparaît encore dans tous ses travaux? Aetait-elle pas que le calorique joue un grand rôle dans tous les phénomènes chimiques? que ceux-ci n’ont jamais lieu
sans qu’il y ait des changements plus ou moins faciles à saisir dans la température des corps? Quelles sont ses opinions relativement à la manière dont ce fluide agit sur les corps? Admet-il des combinaisons arbitraires? C’est lui-même qui va nous répondre.
« On conçoit , dit-il , que chaque mixte , chaque com- « biné a sa proportion de fluide igné qui lui est propre, « une espèce de point de saturation exact ; car la loi de sa- « turation paraît être générale dans toutes les combinai- « sons physiques et chimiques. »
Si l’on veut savoir quelle est la part qu’il accorde à l’influence de la chaleur dans les phénomènes chimiques, on n’a qu’à lire les réflexions suivantes, qui se trouvent à la fin de son travail sur les dissolutions des métaux dans l’acide nitrique.
«On voit donc que plus on approfondit la chimie, «plus les résultats simples en apparence deviennent «compliqués; nous ne connaissions que deux ou trois « forces qui avaient lieu dans la dissolution des métaux, « et il s’en trouve aujourd’hui un plus grand nombre. « Ces forces sont :
« 1° L’action de la chaleur, qui tend à écarter les mo- « lécules de l’eau et à les réduire en vapeur ;
« 2° L’action de cette même chaleur, qui tend à désu- « nir les principes de l’acide nitreux et à le convertir « en substances gazeuses ;
« 3° L’action de cette même chaleur sur les principes « constitutifs de l’eau ;
«4° L’action de cette même chaleur qui diminue «l’affinité d’agrégation du métal, et tend à en écarter «les parties;
« 5° L’action réciproque du gaz nitreux et du prin- « cipe oxygène;
«6° Leur action combinée sur l’eau;
« 7° L’action cln métal sur le principe oxygène de l’a- « cicle et sur celui de l’eau;
« 8° L’action de l’acide sur le métal ou plutôt sur « l’oxycle métallique.
«Connaître l’énergie de toutes ces forces, parvenir à « leur donner une valeur numérique, les calculer, est le « but que doit se proposer la chimie : elle y marche à « pas lents; mais il n’est pas impossible qu’elle y par- « vienne. »
Lavoisier dit plus loin :
« J’espère que la lecture de ce mémoire fera entre- « voir la possibilité d’appliquer l’exactitude du calcul « à la chimie; mais avant tout, il faut des données certai- « nés qui puissent servir de base , et c’est à quoi je vais « m’attacher. »
Par ce que je viens de dire de l’électricité, on verra que je ne suis pas du nombre de ceux qui expliquent tout par elle, comme si elle était la cause première et unique de tous les phénomènes naturels. J’avouerai même qu’il m’a souvent semblé qu’on en faisait abus, en s’en servant commodément pour l’explication de phénomènes plus ou moins bien observés.
Les faits nombreux qu’il y aurait à présenter et à discuter pour pouvoir nous prononcer entre les différentes opinions qui ont été émises au sujet de l’électricité dans la manière dont elle agit sur les corps, ne peuvent trouver place ici. Nous renvoyons le lecteur au précieux Traité de l’électricité et du magnétisme * publié par M. Becquerel.