Sur les composés binaires du deuxième et troi
sième ordre et sur les sels. L’arsenic, et particulièrement le phosphore, doivent avoir une action sur un grand nombre de sels, parce que l’oxyde, ou l’acide seulement, ou bien tous deux à la lois, sont attaquables. Mais quels sont ces sels? et quels sont les produits qui en résultent? L est ce que l’expérience ne nous a point encore appris.
Bien que nous sachions que tous les sels constitués par des acides et des bases formés indirectement ou par des bases d’une réduction facile peuvent être décomposés, et que nous ne mettions pas non plus en doute qu’en faisant réagir le phosphore sur un sel, il y a production d’acide phosphorique , nous ignorons cependant quels sont les sels qui résistent à l’action du phosphore, et quels sont les produits qui peuvent naître par l’action de ce dernier agent et par celle de l’arsenic sur les sels.
En taisant passer de la vapeur de phosphore sur du carbonate sodique porté au rouge, M. Dulong a fait voir que le charbon devient libre et que le phosphore s’y substitue clans l’acide carbonique. C’est par cette expérience seule que l’on peut démontrer l’existence du carbone dans l’acide carbonique; elle fait voir en outre jusqu’à quel point les circonstances de l’opération peuvent changer les réactions; car, en parlant de l’action du charbon sur les composés oxydés, l’on voit qu’il détruit l’acide phosphorique, s’empare de tout l’oxygène, et met en liberté le phosphore. C’est même sur cette réaction que repose le procédé pour l’extraction du phosphore, et cependant l’acide carbonique et même l’oxyde carbonique sont tous deux décomposés à leur tour par le phosphore en présence de la soude.
Action du carbone et de V hydrogène.
252. Ces deux corps présentent dans leur manière d’agir de nombreux points de ressemblance qui les distinguent parfaitement des autres corps simples.
Les corps amphydes et haloïdes, ainsi que le phosphore et l’arsenic, nous ont tous offert, en réagissant sur les oxydes, des phénomènes dans lesquels l’oxygène,
CUAP1TKE DOUZIÈME.
venant à disparaître, se trouve, à peu d’exceptions près, lemplace par 1 un ou l’autre de ces corps. Eh bien! le caibone, et surtout 1 hydrogène, ne présentent que très-rarement des phénomènes semblables, parce qu’ils ne jouent qu accidentellement le rôle de corps ( —
253. Sur les composés oxydes métalloïdiques. Le carbone et 1 hydrogéné en contact avec les oxydes métalloïdiques les décomposent tous, à l’exception des acides borique et silicique, qui paraissent ne céder que difficilement leur oxygène à ces deux corps. Les produits qui résultent de ces réactions sont pour l’acide sulfurique et 1 hydrogène, de l’eau et de l’acide sulfureux; pour 1 acide sulfurique et le charbon, de l’acide carbonique et du gaz sulfureux, dans le rapport de 4S:2 C. A une température elevée, l’acide sulfureux éprouve à son tour une nouvelle décomposition, de laquelle résulte du soufre et de l’eau , ou de l’oxyde carbonique et du sulfide carbonique gazeux.
Les acides selénique, tellurique et arsénique sont d abord ramenés par le charbon ou par l’hydrogène a leurs acides en eux, et ces derniers le sont à leur tour aux radicaux mêmes qui leur ont donné naissance. Si les circonstances sont favorables, à mesure que ces acides se trouvent en contact avec le charbon ou l’hydrogène , il y a d’abord oxydation aux dépens de l’oxygène constituant les acides en ique . Or, ces derniers acides étant envisagés comme le produit de la combinaison de radicaux composés avec l’oxygène, c’està-dire comme (As2 O3) ■+ O2 (S) O, Te O2 -4- O, il est évident que l’action du carbone ou de l’hydrogène sur l’oxygène du radical composé ne peut s’effectuer qu’autant que l’oxygène qui se trouve en dehors aura été brûlé. Si ces radicaux sont volatils, la chaleur développée pour effectuer la réaction les volatilise et les
ACTION DES CORrS SIMPLES, ETC.
soustrait à Faction des corps réducteurs. Voilà, pour le dire en passant, pourquoi l’on ne peut réduire immédiatement l’acide arsénique en arsenic métallique, par l’hydrogène et le charbon , en faisant réagir ces corps dans un tube fermé à l’une de ses extrémités, et pourquoi aussi l’on obtient toujours en échange de l’acide arsénieux. Pour réussir à obtenir l’arsenic métallique, il faut faire passer la vapeur d’acide arsénieux, qui se dégage en premier lieu, au travers d’un tube très-étroit, s’il s’agit de Faction de l’hydrogène, ou sur une couche de charbon porté au rouge obscur, si c’est ce dernier corps que Fon fait agir sur l’acide arsénique.
Le charbon et l’hydrogène exercent sur les acides des corps halogènes une action qui n’a pas encore été étudiée de manière à pouvoir préciser exactement les produits qui prennent naissance. Quant à Faction du charbon et de l’hydrogène sur l’acide nitrique, elle consiste presque toujours à le ramener à l’état de vapeur nitreuse. Il est cependant des circonstances dans lesquelles la réduction de l’acide nitrique est poussée plus loin, puisque Fon peut obtenir de l’oxyde nitrique et nitreux, et même du nitrogène. Dans le dernier cas, si les conditions sont favorables, on voit quelquefois l’hydrogène, ainsi que le carbone, se combiner avec le nitrogène qui est mis en liberté, et de l’ammoniaque, H6 IN2, ou du cyanogène, C2N2, prendre naissance.
Les composés oxydés du phosphore sont tous décomposés par le carbone ou par l’hydrogène, et le phosphore est mis à nu.
Le carbone et l’hydrogène ramènent, l’un et l’autre, l’acide carbonique à son radical (l’oxyde carbonique). •Le carbone, agissant sur l’acide carbonique, double le volume de ce dernier gaz, en le transformant en oxyde carbonique. L’hydrogène, en lui faisant subir le même
mode de décomposition, ne change pas le volume du gaz.
La réduction des acides silicique et borique par le carbone et l’hydrogène est encore douteuse; par conséquent nous n’avons pas à nous en occuper maintenant.
254. Sur les composés oxydés métalliques. Tous les composés oxydés, excepté les oxydes bary tique, strontique, calcique, lithique , magnésique, glucinique, aluminique, thorique, zirconique, sont réduits par le carbone et l’hydrogène. H y a formation d’eau lorsqu’il s’agit de l’action de l’hydrogène, et formation dé oxyde carbonique ou dé acide carbonique quand il s’agit de celle du carbone. I» y a en outre un métal pour résidu; quelquefois, mais rarement, un carbure : ce n’est guère que le fer qui offre ce dernier caractère. Quelquefois aussi le composé oxydé est seulement ramené par le carbone ou l’hydrogène à un moindre degré d’oxydation; mais si le nouveau composé est une base puissante, il pourra retenir l’acide carbonique ou l’eau , et cela de manière à constituer un hydrate ou un carbonate, pourvu toutefois que ces composés salins puissent exister dans les conditions de température oui la réaction a lieu h
Toutes les lois que l’on traite un oxyde RO, réductible par le charbon , et dont le métal décompose l’eau , il y a formation d’oxyde carbonique, et le métal est mis en liberté. Quand au contraire il s’agit de la réduction d’un oxyde ayant la formule R2 O3, RO2, ou d’un oxyde dont le métal ne décompose point l’eau, il v a constamment formation d’acide carbonique. D’après cela on s’explique pourquoi l’oxyde zincique traité par le charbon donne de l’oxyde carbonique et du zinc, tandis que l’oxyde cuivrique fournit toujours de l’acide
1 Voyez Action clc la chaleur sur les carbonates cl les hydrates.
carbonique pur et du cuivre métallique. Eu général on peut dire que toutes les fois que la réduction d’un oxyde se fait à une température inférieure à celle où le métal peut agir sur l’acide carbonique, il y a formation de ce dernier composé, parce que le premier degré d’oxydation du carbone étant l’oxyde carbonique, corps qui joue absolument le même rôle que l’hydrogène, on 11e peut pas admettre sa formation par Faction de 1 at. de carbone sur 1 at. d’oxygène, sans reconnaître qu’incontinent après, cet oxyde carbonique n’enlève à une nouvelle quantité d’oxyde 1 at. d’oxygène, qui lui manque pour se transformer en acide carbonique.
On a publié dernièrement, comme une chose nouvelle , que la réduction des oxydes a lieu par l’oxyde carbonique. Il y a nombre d’années que ce fait est connu ; et depuis plus de cinq ans que le cours de chimie de la Faculté des sciences de Strasbourg m’est confié, je ne crois pas avoir laissé passer l’occasion de faire remarquer l’analogie de l’hydrogène avec ! oxyde carbonique, et même de montrer par de nombreuses expériences combien ressortent ces caractères de ressemblance entre ces deux corps, soit que l’on étudie comparativement la réduction des oxydes par l’hydrogène et par l’oxyde carbonique, soit que l’on examine Faction des métaux sur l’acide carbonique comparativement à celle que ces corps exercent sur Feau.
255. Sur les composés binaires du deuxième ordre . L’action du carbone et de Fhydi’ogène sur les oxy-sels est sans contredit celle qui a été le mieux étudiée. Ces deux corps formant des combinaisons directes avec l’oxygène, dont les produits sont gazeux ou gazéifiables (acide carbonique, oxyde carbonique et eau), on conçoit facilement la tendance qu’ils peuvent avoir à dissocier les éléments d’un sel, et cela d’autant mieux
qu’ils réduisent un grand nombre de composés binaires du premier ordre, ainsi que nous l’ayons constaté un peu plus haut. Ne perdons pas non plus de vue que F hydrogène et le charbon ne forment que rarement des combinaisons avec les radicaux (-j-) , et que, exerçant toute leur action sur l’oxygène d’un oxy-sel, les radicaux de ces derniers peuvent être mis en liberté et se combiner ensemble.
256. Sur les sulfates „ sélëniates et tellurates. Il y a peu de temps encore que l’on admettait que les sulfates soumis à l’action du carbone ou de l’hydrogène ne subissaient que deux ou tout au plus trois genres d’altérations; qu’ainsi les sulfates formés par les oxydes irréductibles de la seconde section étaient transformés en gaz sulfureux , en eau ou acide carbonique laissant un oxyde pour résidu :
A1|6j = Àt + H6°34-BS
2 Ai | CM»" :-<;s
et que les sulfates formes par tous les autres oxydes étaient toujours transformés en eau ou en oxyde carbonique, ou en acide carbonique et en sulfure métallique, ou bien enfin en métal et en soufre, quand ce genre de composé ne peut exister dans les circonstances de l’opération :
R S \C4 CM = oxyde carbonique C4 = ouH804
ou H8 Jet S R sulfure pour résidu.
RS) C2 O4 acide carbonique C2 jS R sulfure pour résidu.
Dans les cas rares où le sulfure ne peut exister, les éléments deviennent libres. Exemple, sulfure d’or .
Les expériences de M. Berthier, et surtout celles de M. Gay-Lussac, ont eu pour résultat de faire voir que les choses ne se passent pas toujours d’une manière aussi simple; et par des opérations directes, le dernier de ces chimistes a prouvé que les produits de cette réaction peuvent être très- variables, suivant que l’on fait agir le carbone sur les sulfates à une haute ou à une basse température.
D’après cela, en soumettant à l’action d’une température brusquement élevée un mélange de carbone et de sulfate zincique ou de charbon et de sulfate cuivrique, l’on obtient dans l’un et l’autre cas du sulfure métallique avec dégagement d’oxyde carbonique lorsqu il s agit de sulfate zincique, et d’acide carbonique lorsqu on fait usage de srdfate cuivrique. M. Gay-Lussac a ensuite fait voir que, lorsque l’on chauffe lentement ces memes mélanges jusqu’au point où la réaction est déterminée, et en maintenant l’expérience à ce degré de chaleur, ces deux mêmes sulfates fournissent des produits essentiellement différents : qu’avec le sulfate zincique on obtient de l’oxyde zincique pour résidu et de l’acide sulfureux et carbonique dans le rapport de 2 : 1 ; qu avec le sulfate cuivrique on obtient du cuivre métallique et des volumes égaux cl’acide carbonique et d’acide sulfureux.
Les résultats obtenus par M. Gay-Lussac prouvent évidemment en faveur de la manière dont nous envisageons les combinaisons en général. D’après cette opinion, les produits que l’on obtient par l’action du charbon sur un sulfate ne résulteraient nullement de la réduction de ces sels, mais bien de celle d’un corps dérivé d’un sulfate, composé qui prendrait naissance
par faction du gaz sulfureux sur l’oxyde. Du point de vue où nous nous sommes placés, un sulfate composé binaire du deuxième ordre est formé par deux éléments déjà composés, dont l’un a pour radical un corps simple et l’autre un corps composé — (S h- O) H- (RO). L’acide sulfurique est représenté comme une combinaison d’acide sulfureux et d’oxygène; l’oxyde comme une combinaison de 2 R -|- O ou de R+O. Or, le charbon venant à agir sur un sulfate, il est évident que son action ne peut se porter que sur l’oxygène, mais tantôt en réduisant premièrement la base et l’acide ensuite, tantôt en réduisant simultanément la base et l’acide, et tantôt enfin en réduisant d’abord l’acide et après lui la base. Dans le premier cas, quelles que soient les conditions , il y a réduction de l’oxyde et de l’acide, comme si l’un et l’autre étaient libres. Conséquemment le métal est mis en liberté, et il y a dégagement d’acide carbonique et d’acide sulfureux. Dans le troisième cas, qu i est celui où le charbon porte d’abord son action sur l’acide sulfurique, en le faisant passer à l’état d’acide sulfureux, il y a à examiner quelle est l’action que ce radical composé peut exercer sur l’oxyde du sulfate dans les circonstances mêmes où il devient libre, et deux cas peuvent se présenter : 1° L’acide sulfureux devenant libre par la décomposition de l’acide sulfurique au moyen du charbon, ne peut, dans cette occasion, se trouver en présence de l’oxyde du sulfate sans reagir sur lui et sans former une combinaison; exemples, les sulfates alcalins. 2° L’acide sulfureux devenant libre par la décomposition de l’acide sulfurique, peut, selon les conditions de température, agir sur l’oxyde du sulfate ou être sans action sur lui. Si les conditions de température sont telles que l’acide sulfureux soit sans action sur l’oxyde, celui-ci reste pour résidu ou est réduit à
son tour s’il est de nalure à l’être. Si au contraire les conditions de température sont favorables à l’action de l’acide sulfureux sur la base du sulfate, il y a formation d’un composé, lequel résiste par lui- même à l’action d’une très-haute température, et est transformé en sulfure par l’action du charbon. Quant au cas où il y a réduction simultanée de l’acide et de la base, il rentre absolument dans celui que nous venons d’étudier. A une température même très-basse, les oxydes alcalins et l’oxyde plombique absorbent l’acide sulfureux, et forment des produits qui sont fixes à une haute température. Les sulfates de ces bases doivent produire des sulfures par l’action que le charbon exerce sur eux, et c’est en effet ce qui a toujours lieu.
A une température rouge sombre pour l’oxyde cuivrique, et rouge seulement pour l’oxyde zincique, l’acide sulluieux i eagit sur ces oxydes et forme des composés stables; d’où il suit que les sulfates zincique et cuivrique mélangés avec du charbon et portés brusquement aux degrés de chaleur indiqués, doivent donner naissance à des sulfures, parce que dans ces conditions de température l’acide sulfureux, nepouvanl devenir libre, se combine avec l’oxyde en présence duquel il se trouve. Le compose qui en résulte par une action ultérieure du charbon, passe à l’état de sulfure.
Lorsque ces mêmes sulfates, mélangés avec du charbon, sont chauffés lentement jusqu’au point où la décomposition commence à s’opérer, l’acide sulfureux qui prend naissance est mis en liberté. Le sulfate cuivrique donne du cuivre métallique pour résidu, parce que son oxyde se réduit à un degré de chaleur voisin de celui où 1 acide sulfurique est réduit dans les mêmes circonstances. Le sulfate zincique, au contraire, peut fournir pour résidu de l’oxyde zincique ou du zinc. Si, après avoir
opéré la réduction de l’acide sulfurique et expulsé tout l’acide sulfureux, on porte le mélange à une température suffisante pour que la décomposition de l’oxyde zincique puisse avoir lieu, on obtient du zinc métallique. Onn’obtiendrait au contraire que de l’oxyde zincique, si l’on restait dans les conditions de température où la réduction de l’acide sulfurique a eu lieu , parce qu’il existe une grande différence entre les degrés de température auxquels se réduisent l’acide sulfurique et l’oxyde zincique, lorsque ces deux corps se trouvent combinés ensemble. Les sulfates dont les oxydes se réduisent avec une extrême facilité, doivent, quelles quesoient les conditions de température, donner naissance à un métal et à du gaz sulfureux et carbonique, et c’est précisément ce qui a lieu avec les sulfates argentique et mercurique.
M. Gay-Lussac explique d’une autre manière la différence de résultat que produit une chaleur plus ou moins intense sur un mélange de sulfate et de charbon, et voici ce qu’il en dit1 : «Si la chaleur se propageait rapidement dans le mélange de sulfate de cuivre et de carbone, il paraîtrait indifférent de les chauffer modérément ou fortement ; le résultat serait le même. Pour arriver en effet à une chaleur intense, il faut passer par une chaleur plus faible, celle qui a donné du cuivre métallique et des volumes égaux d’acide sulfureux et d’acide carbonique; conséquemment, le mélange de sulfate de cuivre et de carbone étant intime , la réaction serait complétée en un instant , tout le soufre se serait dégagé sous forme d’acide sulfureux et une chaleur plus intense ne trouverait plus rien à produire. Mais comme la chaleur, quoique intense, ne pénètre que lentement le mélange et successivement d’une couche à l’autre ,
1 Annales de physique et de chimie , I. LXIII , p. 437 et 438.
il arrive que la première couche, la plus extérieure, est décomposée, que les suivantes ne le sont pas encore. Quand la seconde couche arrive à la température de décomposition , la première l’a déjà outre-passée; le gaz sulfureux que produit la seconde, rencontrant du cuivre métallique et du carbone à une température plus élevée, se décompose par la double affinité du soufre pour le cuivre et de l’oxygène pour le carbone; le sulfate se décompose ainsi successivement de couche en couche et passe à l’état de sulfure ou de sous-sulfure. »
Nous pensons que M. Gay-Lussac eût modifié sa manière de voir, s’il avait tenu compte de l’action qu’exerce l’acide sulfureux sur l’oxyde; car, si, comme il l’admet, la formation du sulfure dans la réduction d’un sulfate par le charbon était subordonnée à la décomposition du gaz sulfureux par le métal et le charbon, il faudrait de toute nécessité qu’il y eût dans tous les cas dégagement d’une certaine quantité d’acide sulfureux, puisque ce neserait que par l’action de ce der¬
nier acide et celle du charbon que l’acide sulfureux, provenant de la décomposition d’une couche de mélange plus éloignée du foyer de chaleur, serait décomposé et transformé en gaz carbonique et en sulfure. Or, cela n’a évidemment point lieu avec les sulfates alcalins et le sulfate plombique, qui passent entièrement tous deux à l’état de sulfure sans perdre de soufre.
Quelques sulfates, et notamment le sulfate plombique, peuvent éprouver des décompositions de la part du charbon, dont les produits varient, non pas seulement d’après les degrés de chaleur auxquels on soumet les mélanges , mais bien encore par les proportions de charbon employées. Dans ce que nous avons dit plus haut, nous avons toujours supposé le charbon en quan¬
tité suffisante pour enlever tout l’oxygène du sulfate,
tant celui appartenant à l’acide que celui qui appartient à la base. Au contraire, dans les phénomènes que nous allons étudier, la quantité de charbon est insuffisante, et dès lors il y a nécessairement une certaine quantité de sulfate qui n’éprouve aucune action de la part du charbon ; ce sulfate peut en exercer une sur le sulfure qui s’est formé. Que l’on admette, par exemple, que 1 éq. de sulfure plombique se trouve mélangé intimement avec 1 éq. de sulfate plombique, et que le mélange soit porté à une température suffisamment élevée, ces deux composés se détruiront réciproquement, et de S Pb-b SPb
, . i (S2 O4 ou 4 vol. gaz sulfureux, on obtiendra 9 , , , T ** ir„„
jPb2 ou 2 eq. de plomb métallique.
Qu’on ait, au contraire, 3 éq. de sulfate plombique 3 S Pb et 1 éq. de sulfure Pb S , on obtiendra pour résidu d’une calcination :
4éq. d’oxyde plombique. . . 4Pb 4éq. d’acide sulfureux . 4 S
Il est évident d’après cela qu’en chauffant 2 eq. de sulfate plombique 2 S Pb avec 2 éq. de charbon, 1 eq. de sulfate perdant ses 4 vol. d’oxygène, doit être transformé en sulfure PbS; en sorte que les 4 vol. C2CP étant dégagés, on aura en présence SPb-f-SPb, lesquels, réagissant les uns sur les autres, produisent à leur tour du gaz sulfureux et du plomb métallique. Si, au lieu de ces proportions de charbon et de sulfate, l’on emploie 4 éq. de sulfate plombique, 4 SPb, pour 2 éq. de charbon, il y aura 1 éq. de sulfate réduit et 1 éq. de sulfure plombique formé ; il ne restera donc plus en
ecl- su ure> Mais ces deux composés
O SUIIca tG* |
ne pouvant rester en contact , se détruisent mutuelle-
ment, et les proportions dans lesquelles ils se trouvent sont telles qu’ils se transforment en gaz sulfureux et en oxyde, lequel reste pour résidu.
Il est encore d’autres particularités que nous ne pouvons passer sous silence. Ainsi le sulfate ferreux se décompose par le charbon, en donnant pour résidu de l’oxyde ferrique ; c’est parce que le premier effet de la chaleur est d’oxyder la base aux dépens de l’oxygène de l’oxyde, et qu ensuite la réduction s’effectue comme s’il s’agissait du sulfate ferrique.
257. Sur les chlorates brôrnates et iodales . Tous ces sels, sans exception, sont décomposés par le carbone et par l’hydrogène; mais tantôt leur décomposition porte sur l’acide seulement, et tantôt, lorsque la base est d’une réduction facile, elle se fait simultanément sur la base et sur l’acide. Ces genres de sels cèdent si facilement leur oxygène au carbone et à l’hydrogène , qu’il suffit souvent d’un léger choc pour en déterminer la décomposition. Ce sont particulièrement les mélanges de chlorates potassique et argentique avec le charbon qui se décomposent spontanément par le choc. Les mêmes sels avec une matière organique, riche en charbon et en hydrogène, détonnent avec la plus grande facilité, et voilà pourquoi les produits de leur décomposition n’ont pu être bien étudiés.
258. Sur les phosphates et les arséniates. L’action du carbone et de l’hydrogène sur ces deux genres de sels n’est point la même; ce qu’il était aisé à prévoir, puisque les acides qui les constituent ne prennent pas naissance dans des circonstances semblables, l’un se formant directement et l’autre indirectement. Comme il importe de ne pas les confondre, commençons par étudier l’action que le carbone et l’hydrogène exercent sur les phosphates.
Les combinaisons de l’acide phosphorique avec les bases ne se comportent pas toutes de la même manière avec le charbon et l’hydrogène : Faction de ces deux derniers corps sur les phosphates varie suivant que la base de ces sels est facilement réductible, qu’elle est irréductible ou d’une réduction extrêmement difficile, ou bien enfin suivant que la base ou l’acide domine dans le sel. Ainsi verrons-nous tous les phosphates acides, les phosphates neutres se décomposer par le charbon et par l’hydrogène, et produire de l’eau ou de l’oxyde carbonique et du phosphore, en même temps que l’on obtiendra pour résidu un phosphate basique.
En faisant usage de phosphate à base irréductible ou difficilement réductible , ce phosphate n’éprouve aucune altération. 11 est transformé en phosphore métallique, si l’oxyde appartient au nombre de ceux qui se réduisent facilement; conséquemment les seuls phosphates qui résistent à Faction du carbone et de l’hydrogène sont les phosphates basiques > formés par les oxydes alcalins ou terreux. On voit encore ici l’influence de la combinaison sur les propriétés des composés, et la raison qui fait employer le bi -phosphate calcique pour opérer l’extraction du phosphore. L’on comprend aussi pourquoi il y a des fabricants de phosphore qui ajoutent au mélange de bi-phosphate et de charbon une certaine quantité d’acide silicique, pour obtenir une plus grande quantité de phosphore.
Les arséniates, avons-nous dit, se comportent autrement que les phosphates en présence du charbon et de l’hydrogène. En effet, tous les arséniates sont détruits sous l’influence de ces deux agents. L’acide arsénique étant le produit de la combinaison indirecte de l’acide arsénieux avec l’oxygène, sa décomposition est plus facile que celle de l’acide phosphorique. Les pro-
(laits qui prennent naissance peuvent être prévus, si l’on tient compte de la constitution moléculaire de l’a* eide arsénique, car il est évident que la première action de ces corps doit avoir pour effet de ramener l’acide arsénique à l’état d’acide arsénieux. Or, comme les arsénites ont peu de stabilité en présence de la chaleur, il doit se dégager de l’acide arsénieux , à moins que ce composé ne rencontre, à une température convenable, une certaine quantité de charbon ; car alors il passe à l’état d’arsenic métallique, en perdant tout son oxygène. Dans ce que nous venons de dire , nous n’avons pas admis la réduction de l’oxyde qui se trouve en présence. Quand elle a lieu , il y a à examiner si la température est supérieure ou inférieure à celle où l’acide arsénieux est réduit. Dans le premier cas il y a formation d’arséniure ; dans le second , dégagement d’arsenic , et le métal reste pour résidu ou tout au plus associé à une faible quantité d’arsenic.
Les phosphites soumis à l’action du charbon présentent deux ordres de phénomènes : le premier est dépendant de l’action que la chaleur elle-même exerce sur eux; le second lient plus particulièrement à la présence du charbon. Si l’on chauffe un phosphite mélangé avec du charbon , le premier effet de la chaleur sera de faire passer le phosphite à l’état de phosphate , par l’expulsion d’une certaine quantité de phosphore; et à partir de ce point, l’on ne peut que se référer à ce qui a été dit au sujet de l’action du charbon sur les phosphates.
Il nous semble même probable que le dégagement de phosphore que l’on obtient en chauffant un phosphate avec du charbon , est dû à la décomposition de l’acide phosphoreux , lequel prend naissance par la réduction de l’acide phosphorique; car nous ne pou-
vous admettre la réduction complète d’un composé sans reconnaître aussi qu’il doit passer lui-même par les composés inférieurs qui lui ont donné naissance.
Les arsénites peuvent être réduits en arsenic et métal ou en arséniure, suivant le degré de température où la réduction de l’acide et de l’oxyde s’opère, ainsi que suivant celui où l’arsénite cesse d’exister par l’effet de la chaleur.
259. Sur les nitrates. Tous sont décomposés par le charbon et l’hydrogène. C’est à cette propriété que sont dus les effets de la poudre. Mais quels sont les produits qui prennent naissance dans ces réactions? C’est ce qui n’a point pu être déterminé d’une manière rigoureuse. Ils doivent varier suivant les proportions respectives de nitrates et de matières combustibles, et suivant que le mélange est chauffé brusquement ou qu’il est porté progressivement à une température de plus en plus élevée , comme l’a fait M. Dulong. Ils peuvent varier encore suivant que, dans les mêmes circonstances, la base est ou n’est pas réductible, et, dans ce dernier cas, suivant qu’elle est capable de se combiner avec l’eau ou l’acide carbonique, qui peuvent alors se former. Les réactions qui se passent sont de nature très-complexes; car le premier effet du charbon et de l’hydrogène a toujours lieu, en ramenant l’acide nitrique à l’état de N2 O4. Ce composé étant de nature à rester en présence de la base, et étant capable de réagir sur le charbon, il y a une action secondaire à laquelle en succède une autre, et ainsi de suite, en passant par tous les composés oxydés du nitrogène inférieurs à l’acide nitrique, et qu’il serait bien important d’étudier et de connaître.
260. Sur les borates et les silicates. La décomposition des borates et des silicates par le charbon et l’hydrogène ne doit guère avoir lieu que par l’action que ces corps
exercent sur les bases de ces sels, car leurs acides résistent à l’action du charbon et de l’hydrogène. Quant à la réduction qui peut s’opérer sur les oxydes, l’expérience ne nous a pas encore appris quels sont tous les oxydes qui peuvent être réduits , quoique sous l’influence des acides borique et silicique.
261. Sur les carbonates et les hydrates . Ce que nous avons dit (§ 234) du rôle passif que jouent l’acide carbonique et l’eau en présence des oxydes , nous dispense en quelque sorte de traiter encore maintenant de l’action qu’exercent le charbon et l’hydrogène sur les carbonates et les hydrates; car, à cela près des produits qui peuvent naître de l’action du charbon et de l’hydrogène sur l’acide carbonique ou de celle du premier de ces corps sur l’eau, le charbon et l’hydrogène se comportent avec les hydrates et les carbonates comme si leurs oxydes étaient libres.
262. Sur les oœy-sels formés par les acides métalliques . Ils doivent tous, sans exception , être décomposés par 1 hydrogène et le charbon. Quant à la nature des produits qui pourront prendre naissance, il faut étudier comment se réduisent les éléments isolés de ces composés.
Les acides chrômique et manganique sont facilement ramenés à un degré inférieur d’oxydation, mais difficilement à leurs radicaux. L’acide antimonique est au contraire facilement ramené à son radical, l’ antimoine „ et peut ainsi donner naissance à des antimoniures, tandis que l’on ne connaît pas encore de chrômures. Conséquemment, en tenant compte des produits qui peuvent naître de l’action du charbon et de l’hydrogène sur les éléments d’un de ces sels, c’est-à-dire sur son acide et sa base, et en tenant compte aussi de l’action qui peut s’exercer entre les radicaux mis en liberté, il
est toujours facile de se faire une idée juste des phéno mènes qui se passent; néanmoins, je le répète, ce genre d’action reste encore en partie à étudier.
263. Action du bore et du silicium. L’action que le bore et le silicium exercent sur les composés oxydés du Pr emier et du deuxième ordre n’est point connue; mais elle est concevable si l’on songe à l’énergie avec laquelle ils retiennent tous deux l’oxygène qui y est combiné , circonstance qui permet d’admettre qu’ils doivent produire un grand nombre de décompositions.
Action des métaux sur les composés oxydés.
264. Si les composés oxydés métalloïdes faisaient tous fonction d’acide, si ceux-ci existaient tous à l’état anhydre, si l’eau enfin n’avait aucune participation aux phénomènes qui se produisent dans leur contact avec les métaux, il nous serait facile de généraliser cette action. Dans la destruction d’un de ces composés par un métal, nous aurions simplement à examiner si le métal en s’oxydant donne naissance à une base ou s’il produit un acide, et deux cas pourraient se présenter: dans le premier, une portion de l’acide, en cédant au métal de son oxygène, serait ramené à son radical composé, et le métal oxydé s’unirait avec la portion d’oxyde qui n’aurait subi aucune décomposition pour former un sel; dans le second cas, l’acide serait détruit en totalité, et le métal oxydé resterait libre. Mais, comme l’eau apporte de grands changements dans les produits de ces réactions , changements qui sont tels qu’avec de l’acide sulfurique, du zinc et de l’eau, on obtient de l’hydrogène et du sulfate zincique, tandis qu’avec l’acide sulfurique concentré et du zinc on obtient de l’acide sulfureux et du sulfate zincique, il faut nécessairement
que l’on examine préalablement et d’une manière toute particulière l’action des métaux sur l’eau.
265. Action des métaux sur L’eau, . L’action des métaux sur l’eau a présenté à M. Thénard un caractère très-important pour la classification des métaux1. Il a constaté, par des expériences rigoureuses, qu’un certain nombre de métaux sont sans action sur l’eau, même au degré de chaleur le plus intense , et que d’autres au contraire la décomposent, mais à des degrés de température bien différents : ainsi le potassium, le sodium, le lithium, le barium, le strontium et le calcium la décomposent à la température ordinaire ; le magnésium, le glucinium et l’aluminium à un degré de chaleur compris entre 100 et 200 degrés; le fer, le zinc, le cadmium, le manganèse et l’étain décomposent l’eau à la chaleur rouge. Dans l’action qu’un métal exerce sur l’eau , deux cas peuvent se présenter : le métal s’emparant de l’oxygène de l’eau peut donner naissance à une base sa! [fiable puissante, capable de s’unir avec une portion d’eau non décomposée et de former un hydrate :
2 H2 O -f- K — K H2 0 + 2 vol. d’hydrogène qui deviennent libres.
Le métal qui, en s’oxydant, ne donne naissance qu’à une base faible, s’oxyde purement et simplement de la manière suivante :
1 Voici les groupes donnés par M. Thénard :
Métaux qui décomposent Veau à la température ordinaire. Potassium, sodium, lithium, barium, strontium et calcium.
Métaux qui décomposent l’eau à la température de 100° et de 200°. Magnésium, glucinium, yttrium et aluminium.
Métaux qui décomposent l’eau à la température rouge. Manganèse, zinc, fer, étain, cadmium, cobalt et nickel.
H2 O -H Zn = Zn O -h 2 vol. d’hydrogène qui deviennent libres.
Enfin, l’on a déjà vu que tous les métaux qui, isolés, ne décomposent l’eau qu’à une température elevée, peuvent, en présence d’un acide, la décomposer à la température ordinaire.
Le zinc, le fer et le manganèse, en contact avec l’eau et l’acide sulfurique, s’oxydent aux dépens de l’oxygène de l’eau, et il y a formation de sulfate, d’après la formule H20-f-R+ S = (RS) H- 2 vol. d’hydrogène qui deviennent libres.
C’est la présence de l’eau dans les acides, l’action qu’elle exerce elle-même sur les métaux, qui complique les phénomènes que l’on observe lorsque l’on met les métaux en contact avec les composés oxydés metalloïdiques, et nous oblige à distinguer l’action d’un métal sur un acide, suivant que celui-ci se trouve anhydre ou hydraté, et que, dans ce dernier cas, les quantités d’eau
ne sont point les mêmes. L’acide sulfurique S -h H2 O est sans action sur le zinc à la température ordinaire. Pour que cette action se détermine, il faut ajouter une quantité d’eau égale à 6 H2 O. M. Delarive, à qui l’on doit d’intéressantes observations sur ce sujet, a fait voir que cette quantité d’eau correspond précisément au mélange d’eau et d’acide sulfurique , lequel mélange est le meilleur conducteur de l’électricité.
L’acide nitrique en contact avec les métaux se comporte de manières bien différentes. Cet acide, le plus
concentré NH20, est sans action sur le fer et l’étain;
étendu d’eau , de manière à être représenté par N -f- 3 H2 O, il agit énergiquement sur les métaux en présence desquels il était d’abord sans action. Il y a production de vapeur nitreuse, d’oxyde nitrique et nitreux, et enfin
de nitrogène, et tout cela dans des rapports qui varient suivant les différents degrés de chaleur auxquels la réaction s’opère. Dans ces circonstances, l’étain s’oxyde évidemment aux dépens de l’oxygène de l’acide nitrique, puisque les éléments de celui-ci se dégagent à l’état gazeux.
L’acide nitrique plus étendu d’une densité = 1,10, agit encore d’une autre manière sur l’étain; car ce métal disparaît sans dégagement d’aucun gaz. Les éléments de l’acide nitrique se retrouvent tout entiers dans la liqueur, où on les rencontre en partie à l’état d’acide nitrique, et en partie à l’état d’ammoniaque ; en un mot, l’on retrouve dans la liqueur du nitrate ammoniaque et du nitrate stanneux. Si dans cette réaction il s’est formé de l’ammoniaque , ce ne peut être que par la décomposition de l’acide nitrique à l’aide de l’hydrogène de l’eau décomposée. Singulière action que celle durant laquelle un premier phénomène conduit à reconnaître la décomposition de l’eau, et qui démontre par le second phénomène la recomposition de ce liquide aux dépens de ses éléments primitivement
dissociés. Des résultats non moins curieux s’observent
avec l’acide nitrique et les métaux-, et M. Schœnbein nous en fait connaître de très-intéressants1.
En plongeant un fil de fer dans de l’acide nitrique, il est instantanément attaqué; il n’est plus attaquable, si on l’a chauffé préalablement à la lampe à alcool, ou si on l’a plongé dans de l’acide nitrique concentré, ou enfin si on le met en contact avec un fil de platine.
Ce fil de fer ainsi rendu passif, peut être plongé sans s’altérer dans l’acide nitrique, qui primitivement l’avait attaqué.
1 Bibliothèque universelle de Genève , juin 1837.
D’où peuvent provenir d’aussi étranges phénomènes? Ont- ils tous une seule et même cause? ou bien clépendent-ils de plusieurs causes différentes? Pourquoi la chaleur produit-elle sur le fer une action en toilt semblable à celle qu’exerce sur ce même métal l’acide nitrique concentré et le platine? et pourquoi suffît-il que l’acide sulfurique soit mélangé d’une certaine quantité d’eau pour avoir une action sur le zinc? et comment se fait-il enfin que des quantités d’eau tant soit peu différentes puissent déterminer entre l’acide nitrique et l’étain des réactions si opposées? A l’aide d’un multiplicateur on a étudié les phénomènes électriques qui se passent au moment où ces réactions bizarres ont lieu , et l’on a constaté l’existence de courants électriques qui se font tantôt dans un sens et tantôt dans un autre; on les a envisagés comme la cause qui détermine ces phénomènes. Mais ces courants n’en sont-ils pas plutôt l’effet? S’il en est ainsi, quelle idée devonsnous nous faire de cette cause, en partant des doctrines actuellement admises en chimie?
11 nous semble que les partisans de l’électricité et ceux de l’affinité, principe des actions chimiques, doivent ici, comme lorsqu’il s’agit de l’explication des phénomènes de décomposition de l’eau oxygénée, avouer l’insuffisance de la doctrine qu’ils soutiennent, pour l’explication de ces phénomènes.
Etablissons maintenant les différents modes d’action qu’exercent les mélaux sur les acides. 11 y a combinaison directe d’un composé oxydé avec un métal; nous avons déjà dit (§ 26) que l’acide sulfureux peut former des combinaisons directes avec le zinc et le fer sous l’influence de l’eau. Ce même acide en contact avec le potassium et le sodium, se combine avec eux, et forme des composés représentés par S -f- R. L’oxyde carbo-
nique en contact avec ces deux métaux se comporte de la même manière, et forme des composés dont l’étude laisse encore quelque chose à désirer.
11 peut y avoir aussi décomposition du composé oxydé, ou en totalité ou partiellement : en totalité , lorsque le composé oxydé n’est point de nature à jouer le rôle d’acide, ou lorsqu’en jouant ce rôle il ne peut se combiner avec l’oxyde métallique dans les circonstances physiques de la réaction ; partiellement , lorsque le composé oxydé fait fonction d’acide et se combine avec l’oxyde métallique qui prend naissance. L’acide carbonique est altéré par tous les métaux qui décomposent l’eau ; 1 vol. d’oxygène est enlevé par le métal et 2 vol. d’oxyde carbonique sont mis en liberté. Mais comme il n’y a qu’un petit nombre de carbonates stables (§ 185), sous l’influence de la chaleur, lorsque ce sont les métaux de ce genre de carbonates qui agissent sur l’acide carbonique, ce dernier n’est décomposé qu’en partie. Dans le premier cas l’on obtient CO + O 4- R = RO -f-CO, ou 2 vol. d’oxyde, carbonique qui deviennent libres; dans le second, 2 (CO-f-O) +R - (RO CO2) -4- CO, ou 2 vol. d’oxyde carbonique qui sont mis en liberté.
Les acides sulfurique, sélénique et tellurique, qui sont les produits de la combinaison indirecte des acides sulfureux, sélénieux et tellureux, sont altérés par tous les métaux, excepté par l’or, le platine, le rhodium, l’iridium et le tungstène. Un vol. d’oxygène se porte sur le métal et l’oxyde, tandis que les radicaux composés deviennent libres. L’oxyde résultant s’unit, s’il est capable de faire fonction de base, avec une portion d’acide, qui ne subit aucune décomposition et forme un sel neutre ou un sel acide (§ 111). Si, au contraire, l’oxyde joue le rôle d’acide, il devient libre. Le plomb,
le cuivre, l’argent et le mercure sont attaqués, à l’aide de la chaleur, par l’acide sulfurique concentré. En s’oxydant , ils donnent naissance à des bases salifiables; conséquemment l’on a des sulfates d’après la formule R-j-2S-|-Aq = R S -f- 2 vol. de gaz sulfureux qui deviennent libres. Comme en traitant l’eau par le potassium , l’on obtient de K H- 2 H2 O , K -f- H2 O -f~ 2 vol. de gaz hydrogène. Parmi ces sulfates, il en est qui font fonction de base, d’autres, d’acide. Les premiers se dissolvent dans l’acide sulfurique, les seconds y sont insolubles. Comme base, le sulfate argentique est soluble dans l’acide sulfurique, et le sulfate cuivrique, comme acide, est insoluble dans le même acide.
Le molybdène et l’étain s’oxydent, en donnant naissance aux acides molybdique et stannique.
L’acide nitrique est également altéré par tous les métaux qui décomposent l’acide sulfurique. Quelquefois, au moment de la réaction, on voit apparaître le radical de l’acide nitrique, la vapeur nitreuse ; mais comme celle-ci peut exercer' une action oxydante, ou bien se combiner directement au métal en présence duquel elle se trouve, elle passe à un degré inférieur d’oxydation, c’est-à-dire à l’état d’oxyde nitrique, lequel, si la température s’élève, passe lui-même à l’état d’oxyde nitreux et même à celui de nitrogène. Quelques métaux, tels que l’argent et le plomb, traités par l’acide nitrique, fournissent constamment de l’oxyde nitrique et un nitrate , d’après la formule 3 R -f- 4 N2
O5 -i Aq = 3 R N Aq -1- N2 O2 ou 4 vol. oxyde nitrique; mais, suivant que l’on opère sur de l’acide plus ou moins délayé , le cuivre peut aussi fournir de l’oxyde nitreux et même du nitrogène. Quand on voit ainsi l’acide nitrique perdre 3 , 4 et même 5 vol. d’oxygène,
on se demande si ces réductions ne sont point dues à l’hydrogène; car on concevrait plutôt la décomposition de la vapeur nitreuse, de l’oxyde nitrique, et même celle de l’oxyde nitreux par l’hydrogène que par le cuivre. En supposant qu’il en fût ainsi, il faudrait à la vérité attribuer au cuivre une propriété qui ne lui a été reconnue dans aucune circonstance, celle de décomposer l’eau sous l’influence de l’acide nitrique.
Pendant longtemps on a refusé au cobalt et au nickel le pouvoir de décomposer l’eau sous l’influence d’un acide, tandis que maintenant cette propriété leur est reconnue. Personne ne met en doute le pouvoir que possède le zinc d’opérer Sa décomposition de l’eau sous l’influence de l’acide sulfurique étendu; cependant nous savons, d’après des expériences faites dans notre laboratoire, que du zinc parfaitement pur et distillé peut être conservé intact en présence de l’acide sulfurique étendu , mais aussi que la plus faible quantité d’arsenic combinée avec ce métal le rend immédiatement attaquable. Serait-il donc plus extraordinaire que le cuivre présentât une particularité du même ordre? Si la limite de l’altération de l’acide nitrique était Foxyde , nitrique, il ne serait nullement nécessaire d’admettre la présence de l’hydrogène pour passer sans intermédiaire de l’acide nitrique N2 O5 à l’un de ses composés inférieurs, l’oxyde nitrique N2 O2. En effet, un acide étant le produit de la combinaison directe ou indirecte d’un radical composé avec 1 vol. d’oxygène, la décomposition de cet acide par un corps qui lui enlève de l’oxygène, doit se faire dans les éléments qui lui ont donné naissance. Or, l’acide nitrique étant égal à 4 vol. (N2 O4) radical composé -f- 1 vol. d’oxygène, sa décomposition par un métal (radical simple) doit se faire par le déplacement du radical composé et par la combi-
naison de 1 vol. d’oxygène avec le radical simple; mais ce radical composé étant isolé, on a à examiner la manière dont il se comporte avec les corps qui se trouvent en sa présence. Dans le cas particulier qui nous occupe, c’est l’eau qui se trouve en contact avec la vapeur nitreuse, et l’on sait que l’un et l’autre ne peuvent exister ensemble , parce qu’il y a décomposition de la vapeur nitreuse et formation d’oxyde nitrique (N2 O2) , lequel se dégage en même temps que l’acide nitrique reste en dissolution dans l’eau , d’après la formule 3 N2 O4 = (N6 O12) -h Aq , ce qui produit 2 N2 O5 — (N4 O10) -f- Aq -f- W O2 ou 4 vol. d’oxyde nitrique. D’après cette manière de voir, déduite de l’expérience même, on connaît la cause du dégagement de l’oxyde nitrique de tous les métaux qui sont en contact avec lui , et l’on n’a pas besoin de supposer que cela tient à ce que les nitrates, pour se constituer, ont besoin de trois atomes de base; mais, je le repète, ce qu’il y a de difficile à expliquer, c’est comment, par le seul effet d’une élévation de température, l’acide nitrique passe à l’état d’oxyde nitreux et ce dernier à l’état de nitrogène.
L’action des métaux sur les composés oxydés des corps halogènes n’a point encore été bien étudiée. La manière dont agissent le chlore, le brome, l’iode et l’oxygène sur tous les métaux , fait penser que ces derniers, à peu d’exceptions près, doivent attaquer les composés oxydés des corps halogènes, et qu’il peut se former des chlorures, chlorides, bromures, brômides, iodures et iodides , parce que les radicaux des acides clilorique, bromique, etc., seront mis en liberté.
L’acide arsénique anhydre est décomposé par tous les métaux qui s’unissent directement avec l’oxygène , et il est ramené tantôt à letat d’acide arsénieux, radical
de l’acicle arsénique, et tantôt à l’état d’arséniure et même d’arsenic métallique.
L’acide phosphorique est décomposé par le potassium , le sodium , le fer et le manganèse; il y a formation de phosphate et de phosphure. L’acide borique est décomposé par le potassium et le sodium , et il y a formation de borate potassique et sodique, en même temps que le bore devient libre, parce que, ne se combinant point avec ces métaux, il ne peut former avec eux des borures.
L’acide siîicique n’est attaqué que très-difficilement par les métaux. Quand sa décomposition a lieu, c’est toujours un siliciure qui en est le résultat.
Action des métaux sur les composés oxydés métalliques.
266. Tous les métaux qui se combinent directement avec l’oxygène détruisent les composés qui ont pris naissance indirectement, et les ramènent à leurs radicaux simples ou composés. L’on sait que le potassium et le sodium décomposent tous les oxydes, excepté les oxydes alcalins et terreux.
Il serait important de connaître l’ordre de tendance des métaux pour l’oxygène ; mais malheureusement nos connaissances sur ce point sont bien restreintes, et nous ne savons pas même nous expliquer les faits les plus simples qui se passent sous nos yeux. Ainsi nous voyons l’oxyde ferrique, traité par le potassium, fournir de l’oxyde potassique et du fer pur; l’oxyde potassique, traité par le fer, produire à son tour du potassium et un composé oxydé du fer. De même, nous avons vu précédemment l’oxyde ferrique réduit par l’hydrogène, celui-ci se combiner avec l’oxygène, pour constituer de l’eau, et ce dernier liquide être à son
tour décomposé par le fer, qui lui enlève l’oxygène et met l’hydrogène en liberté.
Il serait bien à désirer que l’on pût établir un tableau où les métaux seraient rangés dans l’ordre de leur plus grande tendance à s’unir avec l’oxygène; mais c’est chose difficile, pour ne pas dire impossible, à réaliser dans l’état actuel de la science. Nous devons cependant à M. Thénard une classification des métaux, qui, envisagée sous un certain point de vue, a déjà pu rendre et rendra encore, sans aucun doute, de grands services aux personnes qui étudient la chimie.
Action des métaux sur les sels.
267. Il faut envisager l’action des métaux sur les sels, suivant que ceux-ci sont anhydres ou qu’ils se trouvent sous l’influence de l’eau. S’ils sont anhydres, l’action d’un métal n’a fieu que par le concours d’une température élevée, et peut être prévue en partie, 1° par l’action que le métal exerce sur l’acide et sur la base, lorsque les deux éléments du sel sont isolés ; 2° par le rôle basique que doit jouer le nouveau composé oxydé qui prend naissance.
Jusqu’à présent il n’y a guère que l’action du potassium, du sodium, du fer et du cuivre sur les sels anhydres qui ait été étudiée , et l’on a toujours vu s’opérer des réductions plus ou moins comparables à celles que l’on obtient avec le carbone.
Si les sels sont hydratés, ils éprouvent des altérations nombreuses de la part des métaux , soit parce que ceux-ci peuvent réduire la base en totalité, en précipitant le métal, soit parce qu’ils peuvent ramener l’oxyde ou l’acide contenu dans le sel à un moindre degré d’oxydation. Ainsi, par exemple, tous les sels
ferrique, stannique, manganique, mercurique et uranique peuvent être ramenés par leurs métaux respectifs à l’état de sels ferreux, stanneux, manganeux, mercureux et uraneux : le nitrate plombique est ramené à l’état de nitrite par l’action du plomb métallique. Quant à ce qui est des réductions totales de l’oxyde, nous ne croyons pouvoir mieux faire qu’en plaçant ici le tableau qui se trouve dans l’important ouvrage de M. Thénard (t. ÎII, p. 29), tableau dans lequel sont désignés les sels altérés par les métaux, ainsi que les noms de ces derniers.
SELS
SELS
dont les dissolutions sont irréd uctibles par les métaux.
dont les dissolutions sont réductibles par
certains métaux.
Sels des deux premières sections.
— de manganèse.
— de zinc.
— de fer.
— de cobalt.
— de chrome.
— de titane.
— d’urane.
— de cérium.
Sels d’étain .
— d’arsenic .
— d’antimoine. . .
— de bismuth. . . .
— v de plomb .
— de cuivre .
— de tellure .
!" Réduits par le zinc, l le fer et tous ceux/ qui précèdent.
Sels d’argent
(Réduits par le fer, le zinc, le manganèse , le cobalt et tous ceuxqui précèdent l’argent.
eu
— de palladium
— de rhodium
— de platine .
— d’or .
— d’osmium. .
— d’iridium. .
— CJ
ec
eu
rfl
ITJ
Le métal ajouté précipitant celui qui est à l’état salin, ce dernier se présente sous différents états, lesquels varient suivant les circonstances, qui jusqu’ici n’ont point été, à notre avis, suffisamment appréciées. Le métal se précipite ou à l’état cristallin, ou sous forme de poudre terne, qui ne possède aucunement
l’éclat métallique. Enfin, la nature de l’acide qui constitue le sel peut apporter quelques modifications dans l’action du métal sur ce dernier composé. Le sulfate cuivrique, par exemple, existe en présence du plomb sans éprouver d’altération, tandis que l’acétate cuivrique, au contraire, est décomposé par lui , et le cuivre métallique en est précipité.
Dans la précipitation des métaux de leurs dissolutions salines, l’état de ces liquides, leurs réactions alcalines ou acides peuvent exercer aussi une grande influence. Les sels d’or et de platine, si aisément précipités par une lame de fer, cessent de l’être lorsque la dissolution est chargée de chlore ammonique et qu’elle est alcaline. Les sels de cuivre, qui sont aussi précipités avec tant de facilité par le fer, ne le sont plus par cet agent, lorsque, dans la dissolution, l’on ajoute du chlorure ammonique et de l’ammoniaque. J’ai conservé pendant longtemps des lames de fer parfaitement bien décapées dans des dissolutions cuivriques de cette nature.
On peut, sans comprendre d’abord la première action d’un métal sur une dissolution saline dans laquelle un autre métal se trouve précipité, s’expliquer cependant l’action ultérieure de ce métal, en admettant que le métal précipité vient, en se déposant sur le métal précipitant, constituer l’élément d’une pile. Cette pile, agissant sur l’eau, en opère la décomposition, et alors, par des actions consécutives, l’hydrogène se porte sur l’oxyde qui se trouve à l’état salin, le réduit, en lui enlevant son oxygène, tandis que l’autre élément, l’oxygène, porte son action sur le métal précipitant, l’oxyde, et ensuite se combine avec l’acide pour produire un nouveau sel. A l’occasion de la précipitation des métaux de leurs dissolutions salines, je crois utile de signaler ici une observation faite dans le temps par Lavoisier,
dans son travail sur la précipitation des métaux les uns par les autres. Ce célèbre chimiste a étudié avec beaucoup de soin les quantités necessaires de chaque métal pour en déplacer un autre qui se trouve à l état salin. Or, en adoptant le nombre que Lavoisier assigne au plomb, pour que ce métal puisse déplacer 1 argent renfermé clans un sel, on trouve qu’il est au nombre représentant l’argent précipité sensiblement dans le rapport de 1294,50 : 651. Il est fâcheux que l’auteur n’ait pas donné le détail des expériences par lui entreprises; car ce serait le seul moyen d’expliquer les différences qui existent entre ses résultats et ceux qui ont été obtenus sur le même sujet par d’autres chimistes, et notamment par M Gay-Lussac.