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DE THÉORIE CHIMIQUE

378. Dans les chapitres précédents, en examinant les principaux phénomènes chimiques, nous avons écarté autant que possible les discussions théoriques, ne voulant nous y livrer qu’à la fin de ce travail. Qu’on ne s étonné donc pas qu’elles trouvent place en cet endroit , puisqu’elles ont principalement pour but de justifier,

f • -J ^ que nous avons

emises sur la constitution moléculaire des corps.

S’il est vrai que certaines personnes fassent marcher la théorie avant les faits, tandis que d’autres tiennent compte des faits seulement sans égard pour la théorie, n est-il pas vrai aussi que les faits, qui ne sont point liés et coordonnes, sont aussi dangereux pour la science que le sont les théories isolées qui n’ont aucun fait pour appui? Il y a donc entre ces deux extrêmes une limite intermédiaire qui nous a paru préférable aux deux autres, et que nous nous sommes efforcé de trouver, mais ans laquelle nous n’osons cependant pas nous flatter delre toujours scrupuleusement resté, tant des écarts

de ce genre sont faciles à commettre et passent aisément inaperçus.

Les théories chimiques sont divisibles en deux ordres qu on ne doit point confondre : les unes s’appliquent à la cause qui détermine les actions chimiques; les autres, plus ou moins générales, selon le nombre des faits quelles embrassent, s’appliquent aux phénomènes qui accompagnent les combinaisons chimiques.

Les premières ne doivent point nous occuper; car dans l’état actuel des choses , quel avantage y aurait-il à vouloir prouver que c’est à X affinité plutôt qu’à Y électricité que sont dues les actions chimiques? L’une et l’autre de ces forces sont insuffisantes , puisqu’il faudrait ou les interpréter dans tous les sens ou admettre l’existence d’une classe nombreuse de phénomènes anormaux, ou bien enfin supposer une force auxiliaire occulte ^ la force catalytique > pour pouvoir les envisager comme cause de l’action chimique.

Qu’il y ait une cause qui maintient les corps en équilibre quand ils se trouvent en présence les uns des autres, et que cette cause soit la même que celle qui régit l’univers entier , c’est ce dont il ne nous est pas permis de douter. Mais définir cette cause , la nommer , prouver surtout qu’elle est de tel genre plutôt que de tel autre, cela nous parait tout à fait impossible. Le principe d’attraction , admis pour expliquer lequilibre des corps célestes, ne peut pas se vérifier dans les réactions chimiques , parce que dans celles-ci le mouvement de la matière n’a lieu que sur des parties invisibles; que ces dernières, si elles sont tenues à distance, le sont d’une manière insensible et inappréciable, non-seulement à nos sens , mais aussi à l’aide même des instruments les plus perfectionnés. Aussi toutes les forces particulières que l’on pourrait adopter pour l’explication des phénomènes chimiques seront toujours insuffisantes pour donner la raison de ce nombre prodigieux de phénomènes en apparence opposés, et qui conduisent forcement à admettre le principe chimique suivant : Tout phénomène effectué dans un sens pourra toujours se reproduire dans un sens opposé ^ et cela souvent par le plus léger changement survenu dans les conditions de /’ expérience.

Sans nous occuper de la véritable cause qui déter-

mine Faction chimique, puisque cette question n’est pas susceptible detre résolue, passons en revue les principaux systèmes émis pour l’explication des phénomènes qui accompagnent l’action chimique. Ces systèmes s’appliquent, 1° aux rapports simples qui existent entre les corps lorsqu’ils viennent à se combiner; 2° à la chaleur qui se développe pendant la combinaison; 3° à l’état dans lequel se trouvent les corps dans une combinaison.

Les combinaisons chimiques se font -elles entre des particules pondérables définies ou indéterminées des corps? Telle est la question que se sont faits les chimistes dès le moment où la chimie s’est établie sur des bases solides, sur l’expérience, en un mot. Il serait donc inutile de vouloir chercher, dans une époque antérieure à celle où a paru Lavoisier, des expériences entreprises en faveur de ce principe, puisque c’est à cet illustre chimiste que nous devons de savoir raisonner à l’aide de la balance. Quand on voit ce savant, en parlant des combinaisons du soufre avec l’oxygène, s’exprimer ainsi qu’il suit : « Ces deux acides ont chacun leur degré de « saturation ; le premier constitue l’acide sulfureux > le « dernier constitue l’acicle vitriolicjue sans qu’il y ait au- « cun intermédiaire entre le soufre et l’acide sulfureux ,

« entre l’acide sulfureux et l’acide vitriolique ? et pour « convertir l’un dans l’autre ^ il suffit d’ajouter du prinacipe oxygine à l’acide sulfureux et d’en retrancher à « l’acide vitriolique 1 , » on se demande si réellement, comme on l’a avancé , Lavoisier n’avait pas eu même le pressentiment des proportions définies dans les combinaisons des corps.

Quoique la question qui nous occupe ait fixé trèslongtemps l’attention des chimistes en général , ce

1 Mémoires de V Académie , 1782, p. 533.

OBSERVATIONS GENÉbALES, ETC. 80 1

n’est que depuis une vingtaine d’années qu’elle a paru comme résolue aux yeux d’un certain nombre d’entre eux, et cela parce que le principe des combinaisons définies a été d’abord combattu dans quelques-unes de ses conséquences par la puissante autorité de M. Berthollet. Ce n’est donc qu’après bien des efforts, et surtout, grâce aux travaux de MM. Berzélius, Gay-Lussac, Dalton et Proust, que le principe des combinaisons définies a été généralement admis. Tant qu’il n’a été question que du principe en lui -même, tous les chimistes sont tombés d’accord; mais ils ne l’ont plus été lorsqu’il s’est agi d’évaluer le poids et le nombre relatif des atomes. Il en est qui, partant de l’hypothèse de M. Ampère, d’après laquelle il devrait exister un même nombre d’atomes, dans des volumes égaux de gaz et à égalité de condition, il en est, dis-je, qui se sont efforcés de faire passer les corps à l’état de vapeur, parce que, selon eux, le volume de cette dernière une fois déterminé doit fournir le nombre et le poids relatif des atomes, en exécutant les opérations rapportées à la page 39. Qu’est- il résulté de toutes ces expériences, si ce n’est qu’en supposant même toutes ces évaluations justes, ce que nous sommes loin de croire, ces volumes ne fournissent nullement les nombres , ainsi que les poids relatifs des atomes , mais bien des nombres qui représentent des groupes atomiques ? Si l’on voulait accepter comme vrais les résultats obtenus d’expériences faites dans ce but par MM. Dumas et Mitscherlieh, il ne faudrait rien moins que reconnaître au phosphore un poids atomique, double de celui que nous lui attribuons par d’autres moyens, et au soufre un poids atomique triple. Que deviendraient alors les analogies frappantes qui résultent de la comparaison faite, sous le rapport de la composition, des combinaisons de l’hy-

drogène avec l’oxygène et avec le soufre, des combinaisons de l’hydrogène avec le nitrogène et le phosphore? Au reste, nous avons fait voir (p. 253) que le rapport qui pouvait exister entre la distance des particules de deux corps liquides, cessait d’être le même lorsque les corps se trouvent à l’état de vapeur. Les observations remarquables de M. Dumas sur les carbures hydriques, lesquels ne diffèrent les uns des autres que par des modes différents de condensation; celles non moins intéressantes de ce même chimiste sur les volumes de vapeur d’étlier oxalique et sulfurique , prouvent suffisamment aussi qu’il n’y a que peu de probabilité pour que, à l’aide du volume de vapeur d’un corps, on puisse évaluer exactement le nombre relatif des atomes.

Les chaleurs spécifiques , employées par MM. Dulong et Petit, pour déterminer le nombre et le poids relatif des atomes ( p. 267 ) , ne fournissent pas de nombres plus exacts et plus à l’abri d’une critique que ne le sont les nombres qu'e pourrait nous fournir la vapeur des corps ; car il en est de ces derniers qui , comme l’argent et le plomb, le tellure et le soufre, présentent les analogies chimiques les plus grandes, mais dont les chaleurs spécifiques sont telles, qu’elles conduisent à des poids atomiques, qui sont pour le tellure et l’argent moitié de ceux qu’on leur reconnaît par d’autres procédés. Le tellure, pour être comparable avec le soufre; l’argent, pour être comparable avec le plomb, devraient avoir l’un et l’autre un poids atomique double.

On est parti d’autres considérations pour établir le nombre et le poids relatif des atomes. M. Berthollet a démontré par expérience , que les sulfates ferreux et cuivrique pouvaient s’échanger dans une combinaison et être mélangés en une infinité de proportions, sans que la forme de ces deux sulfates fût changée. De son

côté, M. Gay-Lussac a constaté qu’on pouvait introduire à volonté du sulfate ammonique dans l’alun, sans pour cela changer la forme de l’alun obtenu par le sulfate potassique. En cherchant à savoir en vertu de quelle cause les corps pouvaient ainsi s’échanger, M. Mitscherlich a cru pouvoir l’attribuer à une identité dans la forme des atomes, ce qui le conduisit à poser le principe ci-après : « Le même nombre d’atomes com- « binés de la même manière produit la même forme cris - « talline ; et la même forme cristalline est indépendante a de la nature chimique des atomes > et n’est déterminée « que par le nombre et la position relative des atomes. » On ne peut pas prétendre que ce principe soit vrai dans toutes ses conséquences; car l’on fait cristalliser du nitrate plombique avec du nitrite, sans changer la forme de ces corps, et cependant le premier de ces sels renferme 7 at. et le second 9. On peut faire cristalliser de l’alun sans en changer la forme, en remplaçant le sulfate potassique par le sulfate ammonique. Or, je le demande, dans ces deux derniers sels existe-t-il le même nombre d’atomes ? Dans le sulfate potassique on reconnaît S03K0, c’est-à-dire 6 at., dans le sulfate ammonique SO3, H8 N2 O ou 15 at. Les sulfates cuivrique et ferreux cristallisent de la même manière, et cependant ils n’ont point la même composition, puisque l’un est exprimé par S Fe -h 6H2 O, et l’autre par S Cu -f- 5H2 O.

Si ce principe de M. Mitscherlich était vrai dans l’acception qu’il lui a donnée, l’on ne verrait pas l’hypermanganate barytique Ba0Mn207, qui renferme 1 1 at., cristalliser de la même manière que le sulfate sodique anhydre, SO3 Na O, qui en renferme 6. Je sais bien que pour éluder ces difficultés on a supposé qu’il n’y avait pas de prédisposition dans le groupement de ces derniers, et que, remontant aux éléments, on a arbitraire-

ment doublé l’atome du sodium, pour représenter le sulfate sodique par So08S2, puis, par une équation de chiffre, on a établi une analogie entre ce composé et l’hypermanganate barytique Ba 08Mn2.

Nous croyons qu’on emploierait vainement tous les moyens du même genre pour soutenir la théorie de M.Mitscherlich; car l’expérience prouve, 1° qu’un même corps peut cristalliser avec des formes diverses; 2° que des corps paraissant contenir le même nombre d’atomes, cristallisent d’une manière différente; 3° et enfin que d’autres corps renfermant des nombres d’atomes différents cristallisent cependant de la même manière; il faut donc que l’échange qui se fait entre les corps ne soit pas uniquement dépendant du nombre des atomes, ainsi que l’avait avancé M. Mitscherlich ; d’où l’on doit conclure que ce moyen de déterminer les atomes ne peut s’appliquer que dans quelques cas particuliers. Enfin, il est encore une autre méthode dont on s’est servi pour établir le poids relatif des atomes: elle consiste à faire passer un corps simple, dont on veut connaître le poids atomique, à l’état de composé salin dans lequel il fait fonction d’acide ou de base. Ce composé salin obtenu, on évalue la quantité d’acide et de base, et par la proportionnalité des bases et par celle des acides dans les sels, on détermine le nombre qui doit lui être affecté.

Ce genre de détermination reposerait, d’après M. Dumas, « sur l’existence d’une propriété générale et con- « stante ^ la neutralité > qui rend toujours comparables des « acides * des bases et des sels. » Si les acides avec les bases, et réciproquement les bases avec les acides , pouvaient tous former des composés salins saturés, et s’il était pos sible de découvrir dans leurs sels ce point de neutralisation , il y aurait peu d’observations à faire relativement à ce moyen d’évaluation des poids atomiques.

Mais malheureusement il n’en est point ainsi, et si l’on voulait partir de la neutralité du carbonate potassique pour établir le poids atomique du carbone, on commettrait une grave erreur; car le carbonate saturé renferme deux équivalents d’acide carbonique. Il en serait encore ainsi, si l’on voulait partir de la neutralité pour établir, au moyen du sulfate cuivrique, le poids atomique du cuivre; car on n’atteindrait jamais ce but. Ne perdons point de vue qu’il n’est qu’un petit nombre de bases qui puissent former avec les acides des sels saturés, et encore le nombre de ces acides est-il trèslimité; aussi, ce que l’on prend aujourd’hui pour un équivalent pourra être envisagé demain pour un demi ou pour deux équivalents, suivant que l’observateur s’arrêtera à tel ou tel point de son opération pour établir la neutralité du sel qu’il étudie. Comme les sels neutres sont saturés, acides ou basiques (p. 175), on peut se trouver dans un grand embarras.

379. Chaleur développée pendant la combinaison. Ayant fait une étude particulière de l’action qu’exerce l’oxygène sur les corps, ainsi que de la chaleur qui se développe au moment de la combinaison d’un certain nombre d’entre eux, Lavoisier fut naturellement conduit, par les expériences de Black sur le calorique latent, à émettre une théorie au moyen de laquelle la chaleur qui se dégage pendant la combinaison pouvait être expliquée. D’après Lavoisier, cette chaleur devait être attribuée au changement d’état qu’éprouvent les corps lorsqu’ils entrent en combinaison, et c’est ainsi qu’il se rendait compte du développement de la chaleur produite par la combustion du phosphore dans l’oxygène, chaleur plus intense que celle que produit l’hydrogène, parce que, dans le premier cas, le produit de la combinaison est solide (l’acide phospborique), et

que dans le second il est liquide (l’eau) . Mais de ce que le phosphore est solide et l’hydrogène gazeux, d’après la théorie de Lavoisier, on aurait dû obtenir une plus grande quantité de chaleur avec l’hydrogène qu’avec le phosphore, et cependant c’est le contraire qui a lieu. Des faits assez nombreux ont fait naître du doute sur la valeur de cette théorie, et l’on s’est demandé d’où pouvait provenir la grande quantité de chaleur développée par la combustion des matières inflammables avec le nitrate et le chlorate potassique; car, pour l’explication de ce phénomène , on ne pouvait partir du changement d’état que subit l’oxygène, puisque ce corps existe, à 1 état solide, dans le chlorate et le nitrate potassique.

Cette théorie, d’après laquelle on attribuait au changement d état de l’oxygène la chaleur produite pendant la combinaison , étant insuffisante , on chercha à lui en substituer une autre , qui prit son point d’appui dans les phénomènes électriques. Les effets de la décharge d une batterie électrique; l’électricité développée dans les actions chimiques; la belle expérience de Davy sur 1 incandescence du charbon , établissant dans le vide la communication entre les deux pôles d’une pile; enfin tous ces beaux et admirables résultats attirèrent puissamment l’attention des physiciens et des chimistes, qui cherchèrent à les faire servir à l’explication de la chaleur développée pendant les combinaisons chimiques. M. Berzélius, passant en revue les diverses circonstances où une décharge électrique produit des phénomènes semblables à ceux que l’on obtient par l’effet de la chaleur appliquée directement, se demanda s’il ne convenait pas d’attribuer à une même cause des phénomènes identiques, et partant d’attribuer à l’effet électrique qui a lieu au moment où les corps se combinent toute la chaleur qui se développe. Voici les conclusions aux-

quelles M. Berzélius a été conduit. Il dit « que dans toute « combinaison chimique il y a neutralisation des électri - « cités opposées, et que cette neutralisation produit le feu « de la même maniéré quelle le produit dans les décharges « de la bouteille électrique, de la pile électrique et du ton - « nerre, sans être accompagnée dans ces derniers phéno- « mènes d’une combinaison chimique. »

L’illustre auteur de cette Théorie de la chaleur , dit aussi : « qu’une théorie n est qu’un moyen de se représenter « l’intérieur des phénomènes . » Il ne se dissimula pas les objections qu’on pouvait faire à sa théorie, puisqu’il les signala. Ainsi par exemple, il ne sembla pas possible à M. Berzélius d’expliquer d’après elle le développement de chaleur qui a lieu par la décomposition du suroxyde hydrique au moyen de l’oxyde argenticjue, du chloride et iodide nitreux par le choc. Ce savant termine par des réflexions qui ne peuvent sortir que de la plume d’un homme aussi distingué que lui et aussi véritablement attaché aux intérêts de la science. 11 fait observer « que l’explication qu’il vient de donner du « phénomène de la chaleur, en disant qu’elle provient de la « réunion des électricités , pourrait bien n être pas con- « forme à la réalité. Cependant , dit-il, nous essayerons « de tirer parti de cette hypothèse pour expliquer les diffé- « rents phénomènes qui se présentent, jusqu’ à ce qu on en « propose une autre qui s’accorde mieux avec les faits. »

En résumé, de l’examen des faits et de l’aveu même de M. Berzélius, l’on n’a aucun moyen de s’expliquer le phénomène de la chaleur qui se développe durant les réactions chimiques.

380. Etat des corps dans les combinaisons. Si toutes les combinaisons pouvaient 11’avoir lieu qu’entre deux corps et en une seule proportion, le sujet qui va nous occuper ne pourrait pas faire l’objet d’un examen par-

ticulier; mais comme il en est autrement , et que plusieurs corps peuvent se trouver réunis en plusieurs proportions, nous devons examiner si les différentes combinaisons du manganèse avec l’oxygène par exemple, doivent simplement être représentées par l’union de 1 at. de manganèse combiné avec 1 , 2, 3 at. d’oxygène ou 2 at. de manganèse combiné avec 3, 5 et 7 at. d’oxygène. Cette question sur l’état des corps dans les combinaisons a déjà été traitée indirectement par les fondateurs de la nomenclature chimique, lorsqu’ils ont créé les règles de dénomination des sels en général.

Par la combinaison de l’acide sulfurique avec de l’oxyde cuivrique, on obtient du sulfate cuivrique, c’est-à-dire un sel cristallisé , dans lequel se confondent les caractères physiques de l’oxygène , du cuivre et du soufre, ainsi que de l’eau, qui sert de principe constituant au sulfate cuivrique cristallisé. Convient-il d’admettre que les trois composés: l’acide sulfurique, l’oxyde cuivrique et l’eau, qui ont donné naissance à ce sel, s’y trouvent juxtaposés; ou bien faut-il supposer que, par la combinaison, les éléments de ces trois composés (eau, acide sulfurique et oxyde cuivrique) n’ont plus conservé d’arrangement, et qu’ils viennent se grouper pour former un sel , dans lequel on ne doit plus admettre que de X oxygéné, du cuivre, du soufre et de l’ hydrogène ?

Cette dernière manière de voir, que nous ne pouvons partager, a des partisans, en tête desquels se trouve M. Baudrimont; ce chimiste par des observations géométriques nombreuses, faites sur des cristaux, ainsi que par des considérations mathématiques, a cherché à prouver qu’il y a au moins inutilité d’admettre dans une combinaison, un arrangement entre les atomes des corps élémentaires d’un composé quelconque.

Ce genre de question n’étant pas susceptible de démonstration, puisqu’aucune expérience ne peut nous prouver que les éléments d’une combinaison ont tel ou tel arrangement moléculaire, on ne s’étonnera pas que nous ayons adopté celle de ces* deux opinions qui a en sa faveur le plus de preuves expérimentales; celle qui, en quelque sorte, a été tacitement adoptée par les auteurs de la Nomenclature chimique. En effet, quand ces savants ont donné à la combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxyde cuivrique, le nom de sulfate cuivrique j n’ont-ils pas pour ainsi dire reconnu, que dans ce sel il y a de l’oxyde cuivrique uni avec de l’acicle sulfurique? Cette dénomination paraît d’autant plus juste, qu’on ne peut combiner le cuivre avec l’acide sulfurique, et que, si à l’aide de ces deux corps on obtient cependant ce sulfate, ce n’est qu’autant que l’acide sulfurique éprouve une décomposition en cédant de l’oxygène; si l’on obtient encore avec le soufre et le cuivre du sulfate cuivrique ^ ce n’est que lorsqu’on oxyde ces éléments à l’air, et qu’on se place dans les conditions où l’acide sulfurique peut exister. Enfin, si l’on se reporte, 1° à la décomposition de ce sulfate par la chaleur, et à la nature des éléments qui prennent naissance; 2° à sa décomposition par les bases puissantes, qui en déplacent l’oxyde cuivrique, en un mot aux réactions par lesquelles on peut mettre en évidence l’acide sulfurique, ne trouve-t-on pas des preuves nombreuses en faveur d’un arrangement moléculaire? Je sais bien que l’on peut présenter des faits qui paraissent contraires à cette opinion; tel est par exemple le déplacement du cuivre dans le sulfate cuivrique au moyen d’une lame de zinc. Mais de ce qu’un fait (mal étudié peut-être) est contraire à une opinion qui est vérifiée par un grand nombre d’expériences,

est-ce une raison pour la rejeter et pour en adopter une toute opposée? Entre ces deux opinions contraires , Tune admettant un arrangement entre les molécules des corps , l’autre rejetant tout arrangement entre ces dernières, il s’en est* formé une mixte, que partagent des chimistes très-distingués, lesquels admettent dans les atomes des substances organiques, un arrangement, une prédisposition qu’ils rejettent cependant quand il s’agit des substances inorganiques.

Beaucoup de chimistes, comme nous le verrons plus loin, se sont occupés de l’arrangement des éléments dans les substances organiques, et, disons-le, un grand nombre d’entre eux, ne comprenant pas toujours la portée de ces questions, se sont peut-être moins occupés des avantages que la science pouvait tirer de travaux entrepris dans cette direction, que du besoin de présenter quelques faits sous un point de vue nouveau et souvent tellement circonscrit, qu’on se trouve finalement dans la nécessite de créer des théories nouvelles pour chaque phénomène isolé que l’on a étudié; ces théories sont exceptionnelles au point qu’elles s’appliquent à peine aux laits qui leur ont donné naissance; or, je le demande, une marche semblable sert -elle les

intérêts de la chimie P

Selon Lavoisier, l’oxygène, en se combinant avec les différents corps simples, devait former les acides et les bases; mais la découverte de la nature des principes constituants de l’ammoniaque prouva tout ce qu avait d exclusif l’admission de ce principe. Le rôle de 1 ammoniaque , base salifiable très -puissante, ne renfermant point d’oxygène, y était opposé, et cela d autant plus que cette base se combine avec les acides pour donner naissance à des sels comparables à ceux que l’on obtient en combinant les mêmes acides avec

les oxydes potassique, sodique et lithique. Les immortels travaux de Davy nous ayant fait connaître la nature des oxydes alcalins, les prévisions de Lavoisier se trouvaient en quelque sorte vérifiées; l’on fut donc conduit à examiner si dans les sels ammoniacaux il n’y avait pas un métal semblable à ceux que I on peut extraire des oxydes potassique et sodique. A cet effet, on soumit le sel ammoniac à Faction de la pile en présence du mercure, et l’on obtint en dissolution dans ce métal, un composé ayant tous les caractères des métaux, représenté par 4 vol. d’ammoniaque +~ 2 vol. d’hydrogène, et exprimé par la formule H8 N2. Ce composé fut regardé par plusieurs chimistes comme un métal capable de se combiner avec le soufre, le chlore et 1 oxygène, et dont l’oxyde, en se combinant ensuite avec les oxacides, pouvait former des sels. L’existence de ce métal composé permit d’expliquer pourquoi les oxacides ne se combinent avec l’ammoniaque que moyennant le concours de 1 éq. d’eau, tandis que les hydracides s’y unissent tout simplement (p. 24 et 308). Ces observations faites par MM. Ampère, Berzelius et Davy, avaient donc en définitive pour but d assigner aux éléments des sels ammoniacaux un arrangement moléculaire, à l’aide duquel il est possible de les rapprocher des sels potassique, avec lesquels ils ont de si grandes analogies.

La découverte d’un acide ne renfermant point d’oxygène (le sulfide hydrique) fournit en outre un nouvel argument contre la théorie de Lavoisier, argument qui devint plus puissant encore, lorsqu’on découvrit un peu plus tard que plusieurs corps, le chlore, l’iode et le cyanogène par exemple, jouissent, en se combinant avec l’hydrogène, de la propriété de former des acides. Les intéressantes recherches de Davy, Gay-Lussac et

Thénard sur la nature du chlore, ayant fait considérer celui-ci comme un corps simple, le premier de ces chimistes chercha à faire disparaître la singulière anomalie de deux classes d’acides formés les uns par l’hydrogène et les autres par l’oxygène, et, comme s’il eût voulu prouver que l’opinion de Lavoisier était dénuée de tout fondement , il rejeta l’existence des oxacides en ne reconnaissant plus que des hydracides . Ce nouveau point de vue servait à l’éclaircissement de plusieurs faits qui n avaient pas encore reçu d’explication. Alors aucun oxacide n avait pu etre obtenu isolé à l’état anhydre; s il était déplacé, c’était toujours accompagné de 1 éq. d eau. Ainsi 1 acide sulfurique dans son plus grand état de concentration était représenté par S03-j-H2 O. Ëh bien ! Davy en fit le composé SO4 qui combiné avec H2 formait un composé semblable à celui que l’on obtient avec Cl2. Ce dernier, combiné avec H2, forme , comme on le sait, le chloride hydrique. Par cette hypothèse, se trouvait expliquée la cause qui fait qu en traitant un oxyde par l’acide sulfurique, il se dégage 1 éq. d’eau, de même qu’il s’en dégage 1 éq. en traitant le même oxyde par le chloride hydrique. C est aussi par elle qu’on s’expliquait pourquoi un su! late et un chlorure, qui deviennent des composés du même ordre, jouissent l’un et l’autre de l’aspect salin. Un travail de M. Dulong sur l’acide oxalique fut, pour ce savant chimiste, l’occasion de prêter l’appui de son genie à la théorie de Davy sur les hydracides, en fa sant voir que les faits qu’il venait d’oberver ne tiouvaient d explication que par la théorie des hydracides. Mais la découverte des oxacides anhvdres porta

atteinte a cette maniéré d’envisager la constitution moléculaire des acides , et la théorie des hydracides à radicaux simples et composés fut négligée. Ce n’est que

dans ces derniers temps qu elle reparut de nouveau , et toujours sous l’égide d’hommes très-distingués dans la science. M. Dumas qui écrit avec un si rare talent, la présenta1 sous un aspect tellement favorable qu’il ne fallait rien moins que sa propre indécision sur la valeur de celte théorie, pour ne pas adopter celle-ci sans autre examen. Ce chimiste distingué ne trouva de motifs pour rejeter la théorie de Davy et de üulong que dans les combinaisons de l’acide phosphorique avec l’eau; car ces différents acides passant facilement de l’un à l’autre état, il faudrait, dit-il, en les envisageant comme des hydracides, admettre une foule de radicaux hypothétiques M. Dumas insiste sur ce rai¬

sonnement, parce que, à son avis, il n’y a pas d’autres faits à opposer au système soutenu par Davy et Dulong, Ainsi, ajoute -t -il : « la question n'est point irrèvoca- « blement vidée; d'un moment à l’autre il est possible que « cette théorie se rélève triomphante „ appuyée par quel- « que découverte qui lui donnera une force nouvelle. » D’après cela, il n’est pas étonnant que MM. Dumas et Liebig aient tenté de la faire revivre, en publiant sur les acides citrique et tartrique des observations, dans lesquelles ces savants ont cherché à démontrer que les pertes d’eau qui ont lieu en chauffant certains tartrates ou citrates, doivent être attribuées à une réduction opérée au moyen de l’hydrogène de l’acide, et de l’oxygène de la base. En un mot, ils conclurent que les acides citrique et tartrique sont de vrais hydracides, et que l’hypothèse de Davy et de Dulong leur est applicable. Apres ce travail , que ces messieuis fiient. en commun, l’un d’eux, M. Liebig, étendit ses expériences sur un grand nombre d’acides organiques, tou-

1 Leçons sur la philosophie chimique , neuvième leçon.

jours en vue de soutenir la théorie des hydracides. Voici comment il termine son mémoire1: « Cette nouvelle « hypothèse est l’essai d’une nouvelle voie ; conduira - t- « elle au but? qui peut le prévoir? mais je suis pénétré « de la profonde conviction que cette voie conduira qui- « conque la prendra à des découvertes d’une portée vaste ; « l’hypothèse réunit toutes les combinaisons chimiques « en un tout homogène; suivant elle, l’éther et l’cimmo- « niaque , l huile de tere b ent hine et l’ hydrogène phos- « phoré appartiennent à une seule et même série . » Je ne rapporterai pas ici les raisons qui ont été données à la charge et à l’appui de cette théorie; car elles se trouvent trop bien developpees dans les deux ouvrages que je viens de citer; je me bornerai donc à exposer les motifs qui, à mes yeux, semblent devoir la faire i epousseï . Il est un travail de M. Dumas sur \oxamide, qui sous le point de vue théorique est de la plus haute portée pour la science. En effet, en étudiant les phénomènes qui accompagnent la production de ce corps remarquable, nous voyons un composé oxydé, V acide oxalique, perdre 1 vol. d’oxygène, qui sert à brûler 2 vol. d’hydrogène appartenant à l’ammoniaque, de manière que l’on obtient un produit qui est représenté par 1 acide oxalique et l’ammoniaque, moins 2 vol. de vapeur deau, dans lequel il n’existe ni ammoniaque m acide oxalique, composés que l’on peut cependant faire apparaître, en opérant, sous l’influence d’un acide ou d une base, la décomposition de l’eau en présence de loxamide. Eh bien! je le demande, en adoptant 1 hypothèse qui nous occupe en cet instant, comment sei ait-il possible d expliquer ce dégagement d’eau? comment un acide hydrogéné pourrait-il par l’oxygène

1 Annales de chimie et de physique , t. LXVIIÏ , p. 5.

de son radical enlever l’hydrogène de l’ammoniaque ? Enfin, si cette hypothèse était admise, ne faudrait-il pas abandonner le point de vue qui est destiné à jeter la plus vive lumière sur les combinaisons organiques, et laisser inexplicables une foule de phénomènes du même ordre, car beaucoup à' oxacides réagissent sur l’ammoniaque et sur des composés hydrogénés en donnant naissance à des combinaisons correspondantes à Yoxamide.

En représentant l’acide sulfurique concentré par S04-hH2, comment peut -on s’expliquer l’action de cet acide sur le mercure , sur le cuivre et sur le plomb ? On sait qu’il y a dégagement d’acide sulfureux et formation de sulfate ( § 432) ; mais dirait-on que SO4 se combine avec le métal, et que les 2 vol. d’hydrogène dégagés enlèvent de l’oxygène au radical composé SO4, de manière à mettre en liberté l’acide sulfureux? Non certes, car cette explication n’aurait pas le moindre fait pour appui. N’est-ce pas un très-grand pas de fait dans la science, que le renversement de cette barrière qui divisait jadis les composés binaires du premier ordre en composés exclusivement basiques ou exclusivement acides? Or en adoptant la théorie des hydracides à radicaux composés, et en envisageant ceux-ci comme les générateurs des sels, il faudrait ou ne plus envisager comme des sels les combinaisons de l’acide silicique, de l’acide borique avec les bases, ou celle des oxydes entre eux, ou bien enfin, il faudrait admettre qu’à côté de la théorie des composés hydrogénés doit marcher celle des composés oxydés. La théorie que l’on veut faire revivre a donc, à notre avis, le grand défaut de n’être point générale, et par conséquent de mettre dans la nécessité d’avoir, recours à d’autres théories. Mais qu’y a-t-il de plus funeste pour la science, que cette facilité de choisir telle ou telle théorie pour l’explication des phénomènes

que l’on observe? Ainsi', si des circonstances particulières sont un obstacle à ce qu’on puisse constater et étudier un fait de manière à le faire rentrer dans l’ordre des phénomènes généraux, l’expérimentateur s’emparera promptement et sans scrupule d’une des nombreuses théories qui paraissent, avoir été ingénieusement conçues pour venir à son aide.

Lorsque l’on veut se servir des rapports simples qui existent entre les éléments d’un composé pour prouver la justesse de la théorie que l’on veut faire prévaloir, il ne faut point oublier que ces démonstrations n’ont qu’une valeur relative. Le rapport simple, que l’on peut constater en prenant tel ou tel élément d’un composé comme point de comparaison, n’est qu’une conséquence du principe des combinaisons définies. Par conséquent toutes les théories présentent la même simplicité. M. Berzélius nous fait voir que dans les sels il existe un rapport simple entre l’oxygène de l’oxyde et celui de l’acide. Pourrait-il en être autrement? Oui certainement, en repoussant le principe des proportions définies, mais non pas en l’admettant; car, de même que les corps simples se combinent en proportions déterminées pour former des composés définis, de même aussi les composés binaires du premier ordre se combinent en proportions définies pour former des composés du second ordre. Tous les rapports simples que l’on a présentés à l’appui de la théorie des hydracides pourraient tout aussi bien être interprétés en faveur d’une théorie qui serait la négation delà première.

L’action des acides sur l’alcool a fait le sujet de plusieurs travaux entrepris par divers chimistes, au nombre desquels nous devons particulièrement citer MM. Gay-Lussac, Thénard, Desaussure, Schele, Fourcroy et Vauquelin. On savait que par la réaction des

acides sur l’alcool, il se produisait trois genres d’éther bien distincts; l’un de ces genres ne renfermait qu’une espèce représentée par l’alcool moins les éléments de 1 éq. d’eau, c’est lether sulfurique; un autre genre comprenait toutes les espèces formées par les hydracides, lesquelles pouvaient être représentées par les éléments de l’alcool et de l’hydracide employés , moins 2 éq. d’eau ; enfin le dernier genre comprenait les éthers à oxacides, représentés par les éléments de l’alcool et de 1 acide anhydre, moins 1 éq. d’eau.

MM. Dumas et Boulay firent de l’étude des éthers le sujet de deux mémoires1 dans lesquels ces chimistes se sont attachés à démontrer que le carbure bihydrique était une base analogue à l’ammoniaque , et capable, comme telle, de se combiner avec les acides, et de donner naissance à des sels correspondants aux sels ammoniacaux.

D apres ces chimistes l’alcool (C4 H12 O2), devenait un bi-hydrate d’hydrogène carboné (C4 H8-b H4 O2) , correspondant au bi-hydrate d’ammoniaque (H6 N2-f-H4 O2); l ether oxalique (C6H10O4), était un oxalate d’hydrogène carboné hydraté (C4 H8 -h C2 O3 -j- H2 O) , correspondant à l’oxalate d’ammoniaque (H6 N2 -h C2 O3 -h H2 O) ;

1 éther hydro- chlorique (C4 H10 Cl2) l’hydro-chlorate d’hydrogène bi -carboné (C4 H8 -f- H2 Cl2), correspondant à l’hydro-chlorate d’ammoniaque (H6 N2 H- H2 Cl2). Enfin, comme il existait des composés renfermant deux équivalents d’acide jouant le rôle de véritables acides, MM. Dumas et Boulay en firent des sels acides , et c’est ainsi que l’acide sulfo - vinique devint pour eux un bi-sulfate d’hydrogène hi-carboné. C’était, comme on le voit, introduire dans la chimie organique les

1 Annales de chimie et de physique , t. XXXVI et XXXVIÎ.

mêmes principes que ceux qui dirigent depuis longtemps les chimistes dans l’étude de la chimie inorganique, et admettre, en quelque sorte, un certain arrangement entre les molécules des corps. A cette théorie des éthers en succéda bientôt une autre. Le travail de MM. Robiquet et Boutron-Charlard, sur les circonstances de la formation de l’huile d’amandes amères, de l’amygdaline et de l’acide benzoïque, offrit tant d’intérêt, que ce même sujet fut bientôt repris par MM. Woebler et Liebig. Les conséquences auxquelles furent conduits ces derniers, excitèrent une admiration générale; selon eux, l’acide benzoïque n’était point un composé ternaire, mais bien un composé binaire, formé par un corps composé C12 H10 O2 non isolé, qu’ils appelèrent benzoïie lequel devait pouvoir se combiner avec l’oxygène pour former l’acide benzoïque, et avec le soufre ou le chlore pour former un sulfure ou un chlorure benzoïque.

Cette possibilité de faire rentrer l’acide benzoïque dans les composés oxydés du premier ordre, conduisit M. Liebig à la découverte d’une nouvelle théorie des éthers, d’après laquelle ces derniers composés sont toujours comparés aux combinaisons ammoniacales, mais non plus comme le faisait M. Dumas, en reconnaissant à l’ammoniaque le pouvoir de jouer par elle-même le rôle de base, celte propriété basique étant exclusivement réservée à l’oxyde d’un métal composé non encore isolé (l’ammonium). En un mot (C4 H10) devint pour M. Liebig un radical qu’il nomma éthyle et (C4 H10) -f- O l’oxyde correspondant à l’oxyde ammonique N2 H8 O; (C4H10) — j— Cl2 le chlorure correspondant au chlorure ammonique Cl2 H8 N2; (C4 H10) Oh— G l’oxalate correspondant «à l’oxalate ammonique N2H80 + G.

Quantaux composés faisant fonction d’acide, ils furent

envisagés par M. Liebig, ainsi que par M. Dumas, comme des sels acides, capables de saturer une quantité de base égale à la moitié de celle qui serait nécessaire pour saturer l'acide, s’il était libre. Ainsi le composé OH100-f-2S saturerait Ba O, au lieu de 2BaO.

Ces théories, conçues d’abord dans le but d’expliquer la formation des. éthers, ne purent s’appliquer aux faits généraux des corps d’origine organique, auxquels la plupart des chimistes tentèrent inutilement de les faire servir; c’est donc sans doute à cette cause qu’il faut attribuer la multitude de théories qui ont été présentées depuis un certain nombre d’années et dont nous rappellerons ici quelques-unes.

Ainsi, par exemple, M. Berzélius considère l’alcool comme un composé formé de C2H60, ou comme l’oxyde d’un radical C2 H6. Cette manière d envisager l’alcool a en sa faveur un fait physique, qui, selon nous, n’est pas sans importance, et qui pourrait peutêtre un jour faire prévaloir l’opinion de M. Berzélius. L’alcool et le sulfide carbonique sont comparables entre eux par leur dilatation et par le volume de vapeur qu’ils produisent, lorsqu’ils sont employés en quantités qui sont entre elles comme les nombres des deux formules C2 H6 O et C S2.

MM. Zeise et Mitscherlich considèrent l’alcool d’une toute autre manière; ils en font un hydro-base. Le dernier de ces savants, en traitant la benzine (C12 H12) par l’acide sulfurique, obtint un composé qui , outre la benzine, renferme en plus 2 éq. d’acide sulfurique, moins 2 vol. de vapeur d’eau, en un mot, un corps formé aux mêmes conditions que Coxamide avec cette différence qu’il joue le rôle d’acide; ce fait détermina AL Alitscherlich à envisager les acides organiques composés, sous un point de vue différent et vraiment digne de

l'attention des chimistes. M. Malaguti, de son coté, n’a cru pouvoir expliquer les réactions qu’il a été dans le cas d’observer sur les éthers, qu’en assignant à l’alcool une formule toute particulière. Selon ce chimiste, l’alcool ne serait ni un composé C4H8-(-H402 (Dumas), ni un composé C4 H10 O -h H2 O (Liebig), ni un composé 2 C2 II6 O ( Berzélius) , ni un composé C4 H10 O2 -f- H2 (Mitscherlich), mais une combinaison d’hydrate d’hydrure d’aldéhyde, représentée par C4 H6 O -y- H4 -h H2 Ô.

M. Dumas, appliquant la théorie de l'hydrogène carbone comme base de l’alcool, a été conduit à envisager comme de véritables alcools le camphre , l’indigo et l’acétone, et cela, parce que chaque volume de vapeur de ces corps renferme un demi -volume d’oxygène. On est en droit de douter de la justesse de ces applications, du moins pour ce qui concerne l’acétone, car nous devons à M. Dumas lui-même un excellent tra¬

vail sur ce corps, dans lequel ce savant s’est particulièrement attaché à prouver, au moyen du chlore, que l’acétone ne renferme pas d’hydrogène à l’état d’eau. Or celte opinion basée sur des faits est entièrement contraire à celle qu’il a énoncée depuis avec M. Kane sur la constitution de l’acétone.

M. Dumas, ne pouvant appliquer la théorie de l’alcool à toutes les matières organiques, parce qu’elles ne renferment pas dans leurs équivalents les volumes d’oxygène représentant 2 éq. d’eau, M. Dumas, dis-je, créa des radicaux composés d’une autre espèce que ceux qu’adopta M. Liebig pour l’acide benzoïque. C14 H10 O2 , qui pour ce dernier chimiste est un radical, lequel, combiné avec 1 vol. d’oxygène, forme l’acide benzoïque, n’en est point un pour M. Dumas, qui fait de C14 H10 le benzogène j nouveau radical s’unissant avec 3 vol. d’oxygène pour former l’acide benzoïque. En un mot ,

M. Dumas envisage Cn H10 comme un corps simple, susceptible de se combiner avec plusieurs proportions d’oxygène, de chlore, de soufre, etc.

M. Dumas ne s est point arrêté là dans l’exposition de ses vues théoriques; car dans plusieurs circonstances d a cherché à démontrer qu’il est possible d’admettre une foule d’autres arrangements entre les éléments des substances organiques. Nous ne le suivrons pas dans les excursions qu’il a faites dans le champ des hypothèses, mais nous nous permettrons seulement d'observer qu en agissant ainsi, ce célèbre chimiste donnait, sans s en douter, de l’importance aux opinions contraires à toute espèce d’arrangement, opinions qu’il s était autrefois attaché à combattre. M. Dumas est partisan d’une prédisposition entre les éléments dans les substances organiques; car c’est à lui qu’est due une partie de la gloire de cette découverte importante. Eh bien ! quand il veut s’attacher à prouver qu’il y a une foule d’hypothèses à adopter sur l’arrangement des éléments, n’est-ce pas comme s’il reconnaissait avec ses adversaires qu’il n’y en a aucune?

Les théories de MM. Dumas et Liebier sur les éthers ont déjà été présentées tant de fois, que nous ne trouvons pas nécessaire dp les exposer ici de nouveau. Qu’il nous suffise de dire qu’elles nous paraissent inapplicables, 1° parce que, d’après elles, on envisage l’alcool et les éthers comme des composés salins, à base d’un radical inconnu, ou de l’oxyde de ce même radical, ou bien enfin à base d’hydrogène carboné, et que dans aucun de ces prétendus sels on ne retrouve le caractère constaté ordinairement dans les composés que l’on est dans l’habitude d’envisager comme des sels. Ainsi, par exemple, quand on met de l’acide oxalique en présence de la quinine, on forme de t’ocra-

late de quinine , dans lequel on retrouve immédiatement tous les caractères de l’acide et de la base de ce sel. Il n’en est plus de meme lorsque l’acide oxalique se trouve en combinaison à l’état d’éther, car dans ce cas , ^e'n’est cju’en détruisant l’éther que les caractères de l’acide oxalique reparaissent, comme s’il y était dans le même état où on le retrouve dans l’oxamide . 2° Parce que^ quelle que soit la base que l’on admette dans les éthers, elle ne peut plus . étant isolée , servir à reformer de nouveau tous les composés que l’on obtient en traitant directement l’alcool. 3° Parce que les circonstances dans lesquelles se produisent les deux bases des éthers C4 H10 O, ouC4H8, sont en opposition directe avec ce principe le mieux établi de la chimie: une base n’est jamais déplacée que par une autre base ; or ces dernières ne se produisent que sous l’influence des acides. 4° Enfin parce que dans l’une comme dans l’autre de ces théories on admet qu’il y a de l’eau dans l’alcool , tandis que d’après nos propres expériences, il y aurait au nombre des principes constituants de ce corps , de l’oxyde carbonique, que l’on peut mettre en liberté en oxydant l’alcool d’une manière incomplète , l’hydrogène étant brûlé en premier lieu. Faisons encore une observation qui prouvera peut-être que ces théories ne doivent point être considérées comme des vérités acquises à la science: c’est qu’après une lutte opiniâtre entre MM. Dumas et Liebig, qui a valu à la chimie la découverte de faits importants, ces savants se sont rapprochés d’opinion , puis se sont éloignés de nouveau. Mais tandis que M. Dumas se rendait à l’hypothèse des composés oxydés , ce qu’indique du moins le choix des formules qu’employa dès lors ce chimiste, M. Liebig reprenait tacitement la place qu’avait occupée M. Dumas, et devenait le défenseur de la théorie des

hydracides à radicaux composés, au moyeu de laquelle on réunit en un seul genre de combinaison, les acides et les bases.

A. côté de ces théories particulières appliquées aux substances organiques, M. Laurent en a présenté une, qui, selon lui, aurait sur les précédentes l’avantage d’être générale1. D’après ce chimiste, toutes les combinaisons organiques dériveraient d'un hydrogène carboné 3 radical fondamental y qui souvent n’y figure plus, mais qui y est représenté par un radical dérivé , renfermant autant d’équivalents que le radical fondamental en contenait lui-mème. Dans ces hydrogènes carbonés, le rapport des nombres des atomes de carbone est à celui des atomes d’hydrogène :: 7, }, f, |, ~ , etc., et

dans une même série ces rapports peuvent être multipliés par 2, 3, 4, etc. C’est là la base, le fondement de la théorie de M. Laurent. Ce chimiste ajoute que tous ces radicaux sont neutres , mais que lorsqu’ils sont combinés, sans perte d’hydrogène, avec l’oxygène, le soufre et le chlore, ils produisent des acides, et qu’au contraire soumis à une influence déshydrogénante, s’ils perdent une certaine quantité d’hydrogène, ils conservent toujours leur neutralité, quelles que soient d’ailleurs les quantités d’oxygène et de chlore qui viennent remplacer l’hydrogène enlevé; car M. Laurent admet que ces radicaux, à moins d’être détruits, doivent constamment conserver le même rapport entre leurs équivalents. Enfin ce chimiste reconnaissant comme vraie la théorie des substituXions de M. Dumas , soutient que par l’examen de la composition d’un corps dont le radical est modifié, il est possible de remonter par la pensée au radical fondamental qui lui a donné nais-

1 Théorie de matières organiques ( Annales de chimie et de physique),

l. LXI, p. 125.

sance. M. Laurent s’est servi de cette théorie comme d’un guide , auquel tut ou tard, il retirera, nous n’en doutons pas, une partie de la confiance qu’il s’était plu à lui accorder. À notre avis, cette théorie a le grand défaut de se prêter trop facilement aux suppositions; ainsi, s’il se présente plusieurs manières d’envisager la formule d’un corps, M. Laurent peut par une multiplication ou par une division, choisir le nombre qui convient le mieux à la série d’idées qu’il s’est faite, quitte à se rectifier lorsque l’expérience viendra lui en montrer la nécessité. Cependant, comme il peut se présenter des cas où l’expérience ne viendra pas redresser les erreurs auxquelles aurait conduit cette théorie, il nous semble imprudent de s’y fier.

M. Longchamp a présenté une théorie qui lui est propre, et d’après laquelle les sels ne renferment ni l’acide , ni la base qui ont servi à les former. Dans le sulfate plombique par exemple, S03-f Pb O, il n’y aurait plus ni oxyde plombique, ni acide sulfurique, car le composé serait représenté par S02 + PbO2. Il en serait de même du sulfate manganeux S03-f-MnO, qui, ne renfermant plus, ni acide sulfurique, ni oxyde manganeux, serait un composé de suroxyde manganique MnO2 et d’acide sulfureux SG2. On peut dire que la plupart des faits sont en opposition directe avec cette manière de voir; car l’acide sulfureux ne peut pas plus exister en présence du suroxyde plombique qu’en présence du suroxyde manganique, sans passer à l’état d’acide sulfurique.

Peut -on certifier que dans le sulfate cuivrique il existe réellement de l’oxyde cuivrique et de l’acide sulfurique? que dans le cyanure potassique il y a du cyanogène et du potassium? Non certes, et cependant les dénominations que nous donnons à ces composés de-

vraienl faire croire qu’il en est ainsi. Pourquoi cela? si ce n’est parce que cet arrangement de mots , qui pourrait être envisagé comme une simple supposition , nous met sur la voie des conditions à réaliser pour la formation de ces corps composés , et nous fait pressentir la plupart de leurs propriétés. Ainsi en admettant que du cyanogène se trouve uni au potassium dans le cyanure potassique, nous en tirons la conséquence que la formation de ce composé ne peut avoir lieu qu’en mettant directement ou indirectement le cyanogène en présence du potassium. La dénomination que nous donnons au sulfate cuivrique et le sens que nous y attachons nous indiquent à l’avance que ce sel s’obtient avec l’oxyde cuivrique et l’acide sulfurique. Si l’expérience venait nous démontrer qu’on peut l’obtenir par l’acide sulfurique et le cuivre , nous conclurions avec raison que cela ne peut être arrivé que par la fixation d’une certaine quantité d’oxygène provenant d’une source quelconque , de l’acide sulfurique par exemple, qui aurait été décomposé partiellement. Qu’on avance en outre que le sulfate cuivrique prend naissance par l’action du soufre sur le cuivre , nous dirons que cela n’a lieu qu’en présence de l’oxygène et dans des circonstances où l’acide sulfurique peut se former. Si l’on passe maintenant aux phénomènes de décomposition qu’on peut faire éprouver à ces composés , on verra qu’ils ne seront pas moins bien prévus. L’eau et l’acide sulfurique en contact avec le cyanure potassique fournissent du sulfate potassique et du cyanide hydrique, c’est-à-dire que dans cette circonstance l’eau se décompose comme si le potassium était libre; celui -ci s’empare de l’oxygène, et l’hydrogène se combine au cyanogène pour former du cyanide hydrique.

En soumettant le sulfate cuivrique à l’action de la

chaleur, des corps simples, des bases, des acides et des sels, toutes les réactions qui en résultent justifient les suppositions vraies ou fausses que l’on a faites relativement a I arrangement des éléments de ce sulfate. Je dirai plus; c'est que toutes ces réactions nous font en quelque sorte une obligation d’admettre un arrangement, une prédisposition dans les éléments qui composent le sulfate cuivrique et le cyanure potassique, bli bien! ce que Lavoisier avait fait pour les sels, nous essayâmes de le iâire pour tous’ les composés, et nous publiâmes à cette occasion un mémoire sur l’État moléculaire des corps , qui fut adressé à L Académie des sciences le 11 mai 1835.

Sans vouloir reproduire ici toutes les raisons qui nous ont engagé à faiie ce travail, nous ne laisserons point échapper l’occasion de répondre à l’accusation dont il a été 1 objet. Dans ses leçons de philosophie chimique laites au collège de France, M. Dumas s’expliqua au sujet cl un travail de M. Laurent, ainsi que sur le mémoire dont il vient d’être question; voici comment il se résume 1 : « Dirai-je qu’on doit admettre ces hypothèses ?

« Je ne le crois pas, on a trop peu de raisons a faire valoir « en leur faveur. Évitons soigneusement les suppositions « gratuites . » L’autorité de M. Dumas nous fait un devoir e faire appel d’un pareil jugement. Que cet habile chimiste examine attentivement tous les phénomènes es mieux établis de la chimie inorganique, et il se convaincra que non-seulement il y a arrangement comme dans la chimie organique, mais encore que celui-ci n est point arbitraire; qu’ainsi il y a des raisons à faire valoii en faveur de cette hypothèse, à laquelle n’est pas p us applicable le second chef d’accusation. En effet

3 Ce mémoire se trouve imprimé dans les Annales de chimie el de physique, t. LX, p. 113.

eu disant que l’acide sulfureux est le radical des acides sulfurique et hypo-sulfurique, et que 2 vol. de ce radical composé se combinent avec 1 vol. d’oxygène pour former le premier de ces acides, et que 4 vol. d acide sulfureux s’unissent avec 1 vol. d’oxygène pour former l’acide hypo-sulfurique, qu’y a-t-il donc de gratuit en ce qui concerne ces acides? Ne se forment-ils pas l’un et l’autre par l’oxydation de l’acide sulfureux? Ne se décomposent - ils pas aussi l’un et l autre dans les éléments qui leur ont donné naissance? Enfin les combinaisons auxquelles iis donnent lieu, ne présentent- elles pas des caractères tels qu’on est toujours obligé de tenir compte de la composition de ces acides, laquelle ne doit point être représentée par du soufre et de l’oxygène , mais par de l’acide sulfureux et de l’oxygène? Nos suppositions sont-elles donc gratuites lorsque nous avançons que l’acide nitreux est formé* de 4 vol. d’oxyde nitrique, combinés avec 1 vol. d’oxygène; que l’acide nitrique résulte de l’union de 4 vol. N2 O4 avec 1 vol. d’oxygène; que l’acide chlorique est formé de 4 vol. Cl2 O4 avec 1 vol. d’oxygène; que l’acide manganique résulte de la combinaison de 2 vol. Mn O2 combines avec 1 vol. d’oxygène; que les acides chrômique, tungstique, molybdique, résultent de l’union de 2 vol. de radicaux composés avec 1 vol. d’oxygène? Dans tout ce qui a été avancé dans ce mémoire il n’y a rien, ce nous semble, qui ne soit appuyé directement ou indirectement par

l’expérience.

En voyant que tous les acides sont formés par 1 union d’un radical compose avec 1 vol. d oxygène, ne devions-nous pas remarquer que la capacité de saturation des acides est proportionnelle à 1 oxygéné combine avec le radical composé, de même que pour les bases cette capacité de saturation est proportionnelle à la quantité

d oxygène combinée avec un radical supposé simple? Nous avons dit que l’oxygène combiné avec un radical composé pouvait être remplacé par tout aulre corps jouant le même rôle que lui, et nous avons pour appui les laits publiés jusqu’à ce jour. On voiten outre dans ce mémoire, que le principe de l’isomorphisme, tel qu’il est défini, n’est pas à l’abri de graves objections. Il est un fa i (.bien établi , c’est que le nitrate et le nitrite plom- Jique cristallisent de la même manière. Or, dans cet exemple, la relation de forme ne coïncidant pas avec une même relation entre les atomes, le principe se îiouve en défaut; ce qui est au reste assez généralement reconnu même par les partisans de l’isomorphisme.

lus loin nous fîmes voir pourquoi certains composés nom point encore été obtenus, et quelles sont les raisons qui pourraient faire penser que certains d’entre eux ii i existent point réellement. Enfin, depuis la publication de ce travail, avons-nous dévié de la route que nous nous y étions tracée? Des faits son t-ils venus protester contre notre manière de voir? Nullement, car. au contraire, ils l’ont confirmée; ce qui prouve quelle

était basée sur l’expérience, dont nous croyons ne nous ell e jamais écarté.

En établissant que le suroxyde manganique se combine avec l’oxygène pour former l’acide manganique que acide arsénieux se combine avec l’oxygène pour former de l’acide arsénique, ce sont des déductions drees de l’expérience même, et l 'hypothèse est du côté 1 C ccüx CI11* admettent que dans ces mêmes acides, il se tiouve du manganèse, ainsi que de l’arsenic combine, avec l’oxygène. Si l’on nie que dans l’acide man- &amque il y a 2 vol. de suroxyde manganique; que dans l’oxyde plombique il y a 2 vol. de plomb, nous ayons a opposer à nos adversaires que des résultats

d’expériences indirectes; nous dirons: la densité nous prouve que si ces corps pouvaient être vaporisés, ils produiraient l’un et l’autre 2 vol. de vapeur; ainsi donc, sous ce dernier rapport, l’hypothèse que nous soutenions ne serait pas purement gratuite. Enfin peutêtre reconnaîtra-t-on, en passant en revue les observations auxquelles nous avons été conduit dans ce travail , qu’on n’y a pas combiné vaguement des formules. On peut voir par ce mémoire que c’est vers la théorie des volumes, qui est toute d’expérience, que se dirigea d’abord notre attention; mais nous nous y trouvâmes bientôt arrêté par une difficulté inhérente au sujet. Il n’y a qu’un petit nombre de corps qui puissent être réduits en vapeur, comment donc parvenir à représenter à l’état de gaz, ceux qui ne sont pas susceptibles d’être gazéifiés? Telle est la question que nous essayâmes de résoudre, et l’on verra par la manière dont elle est traitée (p. 254 et suivantes), jusqu’à quel point nous avons atteint le but que nous nous étions proposé. Dès ce moment nous envisageâmes les combinaisons sous un point de vue tout à fait nouveau. Nous appelâmes binaires les combinaisons que l’on obtient avec deux corps seulement; et, considérant la combinaison du soufre avec l’oxygène comme une espèce de corps simple, quoique pouvant être décomposé, nous vîmes dans l’acide sulfureux un corps composé analogue au cyanogène et qui, à ce titre, peut se combiner avec l’oxygène et les différents corps dans des circonstances qui lui sont propres. Enfin, chaque fois que les corps se combinent en plusieurs proportions, il y a d’abord un composé qui se forme, et celui-ci se combine ensuite à titre de corps particulier > de corps élémentaire ^ avec l’un ou l’autre des éléments qui lui ont donné naissance.

La première conséquence que l’on puisse tirer de cette manieie de voir, cest que les condensations sont simples au moment de la combinaison ; ce qui au reste résulte en quelque sorte de l’observation que nous avons faite (p. 252), que dans le passage d’un corps à letat de vapeur il y a des contractions moléculaires qui suivent toujours une progression régulière. L’éther par exemple devrait produire 12 vol. de vapeur, l’alcool et le sulfide carbonique 6, et cependant ces trois gaz n’en produisent que 2. Interrogeons de nouveau l’expérience à ce sujet.

*2 vol. hydrogène... H-lvol. oxygène = 2 vol. vapeur d’eau '.

2 vol. oxyde carbonique-hl vol. oxygène = 2 vol. acide carbonique

2 vol. oxygène . -4- 1 at. soufre . . . = 2 vol. gaz sulfureux 2.

2 vol. gaz sulfureux. . ..-i-i vol. oxygène=2 vol. vap. d’ac. sulfurique1.

4 vol. N20? . . 4-2 vol. oxygène = 4 vol. vapeur nitreuse K

2 vol. niliogène . 4- 2 at. carbone . = 2vol. cyanogène ^ .

2 vol. hydrogène . 4-1 al. soufre . . .=2 vol. sulfide hydrique K

2 vol. hydrogéné . 4-1 at. sélénium. =2 vol. séléniure hydrique K

2 vol. hydrogène. . 4-lal. tellure. . .=2 vol. telluride hydrique K

2 vol. chlore . -+-Cr 0- . = 2vol. chlde oxy-chrômique.

On peut voir que dans toutes ces combinaisons le volume du compose résultant de la combinaison est égal à 1 un ou à l’autre des éléments qui lui ont donné naissance. Faisons remarquer que toutes les fois que les deux corps sont gazeux , la condensation est d’un tiers de volume, et que c’est toujours celui des gaz qui occupe le plus grand volume, qui représente après la combinaison le volume du gaz composé. D’après cela on conçoit la possibilité de suivre les condensations qu’éprouvent les éléments d’un composé, alors même qu’on ne peut point arriver aux éléments binaires qui le composent.

1 = au vol. de l’E (4-).

2 — au vol. de l’E (— ).

On aurait ainsi pour l’ammoniaque :

2 vol. nilrogène-t-2v. hydrog.=4 v. sans condensation 1er composé

4 vol. N2 H2 4-2 v. hydrog.=4v. avec condensalionde 2e composé.

4vol. N2H4 4-2 v. hydrog.=4 v. avecconder.sation de I. 3e composé.

4 vol. N2 H& 4-2 v. hydrog.==4v. avec condensationde 1.4e composé.

Bien que tous ces composés n’aient pas été isolés, ce n’est point une raison pour en nier l’existence; car l’on rencontre un grand nombre de combinaisons dans lesquelles ils sont représentés.

Ce que nous venons de dire de l’ammoniaque, s’applique à toutes les combinaisons de l’hydrogène avec le phosphore, l’arsenic et le carbone. Il était donc intéressant de chercher à connaître ces condensations lorsque les corps étaient à l’état solide. Pour cela nous calculâmes le volume de 1 éq. d’un corps, en prenant 100 gr. d’oxygène pour unité, et en faisant l’applica-

tion de la formule - ” V. On trouve que le volume de sulfate hydrique, qui contient S -h H2 O , est sensi¬

blement, . . — 336 c. c.

En substituant à l’eau 1 éq. d’oxyde barytique, on obtient le sulfate barytique,

dont le volume . . . . = 336 —

En substituant à l’oxyde barytique 1 éq. d’oxyde strontique on obtient le sulfate

strontique, dont le volume . = 336 —

En substituant l’oxyde calcique à l’oxyde strontique, l’on obtient du sulfate calcique, dont le volume . = 336 —

L’acide nitrique anhydre n’ayant point encore été obtenu à l’état libre, nous ne pouvions connaître le volume qu’il occupe. L’on ne connaît qu’imparfaitement l’acide nitrique hydraté N2 O5 H- H2 O, cependant la

comparaison que l’on peut faire des nitrates, prouve qu il est encore possible d’établir quelques rapprochements entre ces sels.

Le volume de 1 éq. nitrate plombique . .—448 c. c

Le volume de 1 éq. nitrate barytique . =448

Le chlore va donner lieu à d’autres rapprochements.

Le volume de 1 éq. chlore liquide . —336c c

En substituant au calorique latent, qui maintient le chlore à l’état liquide :

1 éq. de baryum, l’on obtient le chlorure barytique, dont le vol. =336 c. c. 1 éq. de strontium, l’onobtientle chlorurestrontiq.,dontle vol. =336 —

1 éq. de sodium, l’on obtient le chlorure sodique , dont le vol. =336 —

D’après ces exemples il semblerait que le volume d une combinaison est déterminé dans chaque cas par 1 élément ( — ), puisque c’est son volume qui continue à représenter celui du composé qui a pris naissance. On serait d’autant plus porté à l’admettre, qu’en examinant quel est le volume des bases qui se substituent dans les sulfates, on voit que le volume de l’oxyde barytique est — à 224 c. c. ou au volume de l’E (+) ; que le volume de l’oxyde strontique est = à 168 c. c.; que le volume de l’oxyde calcique est — à 112, 48 c. c.; que le volume de l’oxyde hydrique est — à 1 12, 48 c. c.

On voit donc que des volumes de base bien différents peuvent se substituer, sans que pour cela le volume du corps composé soit changé, ce qui est, il faut le dire, très-difficile à expliquer. Cependant, il pourrait bien se faire qu’en réalité ces volumes de bases fussent les mêmes; on pourrait, par exemple, admettre que des quantités déterminées de calorique tiennent les molécules de chaux, de strontiane et d’eau à une ciisïance convenable pour que les volumes de ces bases puissent remplir l espace qui leur est réservé dans la combinaison. Cette supposition serait d’autant plus admissible, quelle permettrait d’expliquer le dégagement de chaleur

qui a lieu au moment où l’on combine l’acide sulfurique avec une base; celui qui a lieu lorsqu’on combine le sulfate calcique avec l’eau; ce dernier composé viendrait s’ajouter au volume de chaux en se substituant au calorique latent. ‘

Cependant, si l’on fait varier l’élément (+) de ces combinaisons en choisissant pour cela des corps dont le volume de l’équivalent est plus grand , ou bien en associant l’eau aux bases dont il vient d’être fait mention , on observe de notables variations dans le volume des composés; exemples:

Le vol. de 1 éq. de chlorure potassique , . . = 448 c. c.

— de 1 éq. de chlorure ammonique. . = 448 —

de 1 éq. de sulfate potassique . — 448

— de 1 éq. de nitrate potassique . — 672 —

— de 1 éq. de sulfate calcique hydraté

(gypse) . =448 -

L’iode présente un phénomène remarquable dans ses combinaisons :

Le vol. de 1 éq. d’iodure potassicjue . = 672 c. c.

— de 1 éq. d’iodure plombique . = 448

— de 1 éq. d’iode . . = 336

Il semble résulter des différents exemples que nous venons de présenter relativement au volume clés équivalents : 1° Que, à mesure que l’élément (+) ou ( — ) d’une combinaison vient à changer, le volume de la combinaison peut varier, alors même que ce sont des atomes qui se substituent les uns aux autres; fait duquel on pourrait inférer que les atomes, en entrant dans une combinaison, n’y occupent pas un espace identique, quoique en nombre supposé égal. Ainsi, le volume de l’éq. du potassium et celui de l’écp de l’ammonium seraient plus grands cpie le volume du sodium, puisque

les volumes clés équivalents des chlorures potassique et ammonique sont de 448 c. c., tandis que le vol. de 1 éq. de chlorure socliquc est de 336 c.c. Le vol. de 1 éq. d’oxyde potassique serait plus grand que celui de 1 éq. d’oxyde bary tique, puisque le vol. de 1 éq. de sulfate potassique égale 448 c. c., lorsque celui du sulfate bary tique n’est que de 336 c. c. Les volumes des équivalents du potassium et du plomb ne sont point les mômes dans leurs combinaisons, puisque le vol. de 1 éq. d’iodure potassique est de 672 c. c., et que celui de l’iodure plombique est de 448 c. c. 2° Qu’alors même que des corps sont supposés renfermer le même nombre d’atomes, les substitutions opérées dans une combinaison ne peuvent avoir lieu indifféremment avec tous les corps, de manière à conserver au composé la même forme cristalline. Les volumes des équivalents de trois d’entre eux (sodium s potassium ^ plomb) ne sont point les mêmes. Or, d’après cela, à moins d’admettre que des équivalents ayant des volumes divers puissent affecter la même forme cristalline, on voit que la relation qu’on a voulu établir entre le nombre des atomes qui existent clans une combinaison et la forme cristalline de cette dernière n’est point admissible. 3° Que si le volume d’une combinaison change par la substitution d’un corps, le volume qu’elle affecte de nouveau n’est point indéterminé, et que le volume des corps composants et le volume du composé sont en relation simple l’un par rapport à l’autre. En représentant par 2x56 c. c. le vol. de 1 éq. d’eau, les volumes de toutes les combinaisons sont représentés par 56 c. c. X 1 , 2, 4, 8, etc., ou 3, 6, 12, etc. D’après cela, si la substitution d’un corps simple ou composé dans une combinaison peut en changer le volume sans que celui-ci cesse d’être en rapport simple avec lui, il faut que tous les corps simples ou composés

aient des volumes qui soient à celui de l’eau : :l : 2 : 4 : 8 , etc., et de plus que la combinaison des éléments d’un composé se fasse dans les mêmes rapports. Ces observations nous conduisent naturellement à examiner quelle peut être la cause qui détermine l’isomorphisme des corps; car il y a sur ce sujet des faits tellement bien établis, qu’ils ne peuvent être l’effet du hasard. On sait qu’il y a identité de forme entre les aluns; que ces derniers renferment du sulfate alu mi nique, ou des sulfates ferrique ou chrômique; qu’il y a identité de forme entre les oxydes ferrique, chrômique et aluminique; entre les sulfates magnésique, zincique, ferreux, cobaltique et niccolique; et, en ce qui concerne ces derniers, on sait encore qu’ils peuvent, ainsi qu’un grand nombre de corps, cristalliser sous deux formes toutes différentes, lorsqu’ils sont exposés à d’autres conditions de température. Les équivalents des chlorures potassique et ammonique, ceux des nitrates plombique et barytique, présentant les uns et les autres des volumes égaux, nous avons pensé que quelque chose de semblable peut avoir lieu pour les corps qui ont une forme identique. On verra qu’en effet cette supposition n’était pas sans fondement; car

le vol. de 1 éq. d’oxyde aluminique AL .

— de 1 éq. d’oxyde ferrique Fe .

— de 1 éq. d’oxyde chrômique €r . .

— de 1 éq. de (S Mg -f7H) .

— de 1 éq. de (S Zn -f- 7 H) .

— de 1 éq. de (S Fe -f- 6 H) .

— de 1 éq. de (S K -f- S3 Al -

— de 1 éq. de (S K ~{-S3-Gr-f-

Faut-il, d’après ces données, admettre que tout corps dont l’équivalent aura le même volume, doit affecter

83G ' CHAPITRE DIX-IICITIÈME.

la meme forme cristalline? Cette conclusion ne serait point juste, puisque les corps ne sont pas également impressionnables à l’influence de la chaleur; que les uns absorbent du calorique et diminuent de volume (eau et argent); que les autres, au contraire, augmentent de volume en absorbant du calorique. On conçoit donc que l’équivalent d’un corps puisse présenter le même volume, mais à des conditions physiques différentes, conditions qui doivent avoir une influence notable dans la forme cristalline de ce corps, puisque celle-ci parait être tout à fait dépendante de& conditions de température dans lesquelles un cristal prend naissance. Des expériences faites par M. Savart prouvent qu’il y a des axes de plus ou moins grande élasticité, et, d’après les calculs de M. \ oltz, il existerait des axes d’inégale conductibilité produisant des dilatations différentes sur les axes d’un cristal.

Ce qui précède semble confirmé par les exemples suivants :

Forma primitive .

* Le vol. de 1 éq. d’acide arsénieux. As = 336c. c. octaèdre.

— deléq. d’oxydeanlimoniq.Sb =336 — pyramiderhomboïdale.

— de 1 éq. d’oxyde cuivreux. Gu=168 — octaèdre.

— deléq. de sulfure cuivreuxf?U= 168 — pyramiderhomboïdale.

— de 1 éq. de sulfure argentique. =224 — octaèdre1.

— de 1 éq. de carbonate calcique. =224 — pyramiderhomboïdale.

Ces comparaisons prouvent clairement qu’il ne suffit pas que deux corps occupent le même volume pour qu’il y ait identité dans leur forme cristalline; et en remontant à la cause qui détermine l’isomorphisme des

1 C’est sans doute par erreur que M. Dumas dit dans sa Philosophie chimique j p. 289, que les sulfures argentique et cuivreux sont isomorphes, les équivalents de ces corps n’ayant ni le meme volume, ni la même forme primitive.

oxydes aluminique, chrômique et ferrique, on voit qu’elle est liée à celle de leurs propriétés chimiques, lesquelles ne peuvent se concevoir autrement, qu’en admettant aussi une identité dans ce que l’on appelle les propriétés physiques de ces corps. Ainsi les oxydes chrômique, ferrique et aluminique, soumis à l’action de la chaleur, se comportant de la même manière, du moins dans une limite de température fort étendue , doivent donc être isomorphes. Cette observation s’applique également aux sulfates ferreux , manganeux et zincique, quand on les chauffe dans la limite de température où ils peuvent exister sans perdre de leur eau. On peut inférer de là que l'isomorphisme des corps n est pas nécessairement en relation avec le nombre d’atomes , et si j dans certains cas , il y a identité de forme entre deux ou plusieurs corps , c’est que , sous une unité de volume, ces corps ont certaines propriétés physiques comparables . Les acides sélénique et sulfurique sont isomorphes, 1° parce qu’ils sont le résultat de la combinaison indirecte de 2 vol. d’un radical composé avec l’oxygène; 2° parce que ces deux volumes de radicaux composés contiennent l’un et l’autre 2 vol. d’oxygène combinés avec 2 vol. hypothétiques de vapeur de soufré et de sélénium (p. 258), ce qui, comme de raison, doit établir l’identité de leurs propriétés chimiques. Si l’on trouve maintenant que les acides chrômique et rnatiganique sont isomorphes, c’est parce qu’ils résultent de la combinaison indirecte de 2 vol. radicaux composés avec 1 vol. d’oxygène.

Les acides arsénique et phosphorique, étudiés dans leurs combinaisons avec les bases sous l’influence de l’eau, présentent des composés isomorphes. Cette relation ne peut plus exister dans les combinaisons qui ont lieu sous l’influence du feu , parce qu’alors les

acides pliosphorique et arsénique ne sont plus chimiquement comparables , l’un ayant pris naissance di rectement , et l’autre indirectement (§§ 39 et 40).

La température exerçant une grande influence sur la forme cristalline , l’on est conduit à examiner si le dimorphisme et le polimorphisme ne sont pas des propriétés inhérentes à la nature de certains corps. Les corps que nous considérons comme élémentaires, parce qu’ils n’ont pu être décomposés, ainsi que les corps composés, sont inégalement impressionnables à l’action du calorique; c’est un fait que l’on reconnaît sans en pouvoir pénétrer la cause. Pour certains composés cependant, cette cause parait en quelque sorte définie; ainsi, lorsque dans une combinaison binaire du second ordre, il se trouve que l’un des éléments est volatil , cette combinaison est généralement très-impressionnable à l’action de la chaleur. On remarque aussi que, selon les circonstances , il existe entre les molécules une force d’inertie, qui fait qu’un corps ayant changé d’état ne repasse pas toujours immédiatement à l’état qui lui est propre, eu égard aux conditions physiques où il se trouve placé; car plusieurs corps présentent le phénomène si bien connu de l’eau sur le fer rouge, ainsi que celui de l’eau qui reste liquide à plusieurs degrés au-dessous de zéro sans se congeler. On comprendra dès lors que les corps les plus impressionnables à l’action du feu doivent être ceux qui présentent le plus communément ces phénomènes de dimorphisme; et c’est ce qu’on observe particulièrement dans le soufre, l’acide arsénieux, le sulfure et l’iodure mercurique, dans le carbonate calcique et dans les sels hydratés, c’est-à-dire dans les corps qui éprouvent par la chaleur de notables changements. L’arragonite chauffée se transforme en carbonate spatliique* et cela en augmentant de vo-

lume. Les sels en dissolution dans i’eau affectent une forme bien différente, suivant que leur cristallisation s’effectue à telle ou telle température. Des sels , qui ont la même forme primitive, mais avec des modifications dans les formes secondaires, peuvent, selon les circonstances, recevoir l’une ou l’autre de ces modifications, que l’on remarque surtout dans les sulfates zincique, çobaltique, ferreux et magnésique. En faisant cristalliser ces sels ensemble, on voit que, lorsque l’un d’eux domine dans la dissolution, la forme cristalline du sel complexe qu’on obtient se rapproche toujours de celle qui est propre au sel dominant dans la dissolution. Ce fait peut s’expliquer en se rappelant que les liquides ne sont comparables, dans leurs dilatations, qu’à leur point d’ébullition; or, comme ce point n’est pas toujours le même, et que les dissolutions salines entrent en ébullition à des degrés de température différents, on conçoit que, la dilatation étant proportionnelle au nombre de molécules, la présence du sel dominant dans une dissolution doit avoir pour effet de mettre les corps qui la composent à des points équidistants de température, de confondre leur dilatation avec celle du corps dominant, et partant aussi leurs formes cristallines.

Il nous reste à examiner maintenant quel est le rapport que suivent les corps dans leurs combinaisons en volume. Relativement aux combinaisons gazeuses, on ne peut douter qu’elles ne se fassent dans un rapport simple; car il suffit de se reporter aux exemples qui ont été présentés p. 830, pour se convaincre que les rapports les plus simples s’observent entre les éléments d’un composé, surtout en admettant une prédisposition entre les éléments. Il en sera de même, jusqu’à un certain point, des combinaisons des corps solides. En

effet,. si des mêmes volumes de gaz ou de vapeur pouvaient renfermer, comme on le suppose, des mêmes nombres d atomes, il est évident que le rapport qui existe entie les combinaisons des corps gazeux serait encore le même, si ceux-ci étaient à 1 état solide; mais comme nous lavons dit plus haut, il n’en est pas tout à fait ainsi; car les corps, en passant à l’état de gaz, subissent des contractions moléculaires. Néanmoins, comme il est établi (p. 834) que, lorsque le volume de l’équivalent d’un corps vient à changer, c’est toujours dans un rapport simple , ce dernier doit continuer d exister. L expérience prouve en effet que les combinaisons se font de telle manière que les volumes, solides ou gazeux, des éléments qui constituent un composé, sont entre eux :: 1:1, 2:1, 4:1, 4:2; enfin dans un rapport dont les nombres qui servent à l’exprimer appartiennent toujours à l’une ou à l’autre des deux progressions (p. 257). Aussi en recherchant quelle est la quantité d eau qui peut se trouver combinée aux differents corps avec lesquels elle forme des composés solides ou des dissolutions saturées, on trouve que :

168 c. c. d’oxyde aluminique se combinent avec 336 c, c. d’eau ou 3X112. 168 — d’oxyde ferrique 168 — d’oxyde chrômique 448 — de nitrate strontique 1 336 — de chlorure sodique 336 — de chlorure barytique 448 — de chlorure potassique 448 — de nitrate barytique 448 — de nitrate calcique 448 — de nitrate sodique 448 — de chlorure ammonique 672 — de nitrate potassique — de sulfate sodique 336 — de chlorure calcique

1 H règne beaucoup d’incertitude sur la véritable constitution du nitrate strontique.

observations GÉNÉRALES , ETC. 841

Dans toutes ces combinaisons Ton voit qu’il existe réellement des rapports simples entre les éléments d’un composé, que celui-ci soit solide ou en dissolution saturée.

Les nombres que nous donnons ici ne sont que des approximations ; car pour avoir le caractère de précision que réclame ce genre de recherches, il faudrait avoir toutes les données nécessaires pour corriger exactement les résultats d’une analyse, au moyen de laquelle on passe aux volumes; il faudrait, en un mot, tenir compte de la dilatation du sel et de l’eau pour tous les degrés de température auxquels la dissolution s’opère; car nous ne devons pas perdre de vue qu’il est telle dissolution saline qui bout à 104 degrés, et telle autre qui bout à 130 degrés. Enfin il' est une autre cause qui peut s’opposer à ce qu’on saisisse ces rapports simples : la chaleur apporte de grandes modifications dans le volume des sels, et partant dans le pouvoir qu’ils ont de se dissoudre dans l’eau ; en sorte que , suivant que l’on opère sur des sels qui ont subi l’action de la chaleur, ou sur ceux qui ont été à l’abri de son influence, on arrive à des degrés de solubilité différents. En fondant du nitrate barytique qui a subi la fusion ignée sans éprouver de dé composition , et en le comparant avec une portion du même sel non chauffé, on voit que le nitrate barytique fondu est beaucoup plus soluble que celui qui ne l’a point été.

Avec le nitrate strontique maintenu pendant longtemps en fusion, sans lui faire éprouver de décomposition, on peut constater des phénomènes dignes du plus grand intérêt. Ce sel forme avec l’eau plusieurs hydrates , qui sont distincts les uns des autres pai la propriété dont ils jouissent, d’ètre efïlorescents ou de ne point éprouver d’altération à l’air. Deux de ces hy-

tirâtes sont surtout remarquables : l’un par la grande dimension de ses cristaux , qui paraissent appartenir a 1 octaèdre oblique; l’autre par le pouvoir dont il jouit, et que ne possède pas le premier, d’être efïlolescent, et de cristalliser en octaèdre régulier, quoique renfermant 4 éq. d’eau.

Lorsque l’on examine les combinaisons que forment les gaz avec les différents corps solides et liquides, on obsei ve des rapports egalement simples; c’est ce que nous nous proposons de démontrer, quand nous aurons accumulé un assez grand nombre d’expériences. A l’appui de ce que nous avançons, nous rappellerons queDalton avait déjà annonce ce rapport simple, qui fut contesté plus tard par M. Théodore de Saussure. Mais à l’époque ou le dernier de ces savants publia ses expériences, on il avait pas encore observé que l’acide sulfureux se dilate d une maniéré très-inégale en raison de sa grande coërcibilite; on ne connaissait pas non plus les combinaisons que produit ce gaz, ni celles du chlore avec l’eau; par conséquent il n’est pas étonnant que les résultats des expériences de ces deux savants également célè-

bies, se soient trouves contradictoires dans quelques points.

Les corps d origine organique, étant formés , aux conditions physiques près, de la même manière que les corps appelés inorganiques, les rapports simples observes dans les combinaisons de ces derniers doivent se constatei egalement dans les premiers. Nous sommes d autant plus porté a le penser, que des substances bien etudiees, telles que le sucre, la fécule, la manni te, etc, se transforment, par les modifications qu’on leur fait subir, en des produits plus simples, qui sont toujours definis. Lorsqu’on examine les composés qui ne i enferment que deux éléments, on voit qu’une in-

finité de composés rentrent dans Tune des progressions régulières auxquelles sont soumises les combinaisons inorganiques» Ainsi Ton connaît maintenant une foule de combinaisons d’hydrogène avec le carbone , qui sont toutes représentées par C2 H2, C3H6, C2 H4,C4H4, G8 H16, C12H24, C16H32, etc. Si au lieu d’être formé par deux éléments, le composé d’origine organique en renferme trois ou quatre, il se présente de grandes difficultés ; car il ne suffit pas de trouver un rapport simple entre un élément constitutif des matières organiques et inorganiques, mais il faut, si les combinaisons sont régies par une progression régulière, qu’elles présentent dans leurs éléments, ainsi que cela existe pour les composés du charbon avec l’hydrogène, des rapports tels qu’ils puissent toujours être représentés par les nombres des progressions :r 3:6: 12, ou :2:4:8: 16: 32:64.

En suivant la marche qu’a adoptée M. Berzélius, il n’est point difficile d’établir un rapprochement entre la composition des corps organiques et inorganiques. Les combinaisons binaires de ces derniers peuvent toujours être exprimées par R2 O, R2 O2, R2 O3, R2 O*, R2 0J, R2 O7, ou par RO, RO2, RO3. M. Berzélius fait les suppositions suivantes : (C0 H5) est un radical, et 2 (C3 H5) -4- O5 — l’acide lactique, qui serait le correspondant de 1 acide nitrique 1N2-+- O5; (C5H3) est un radical, et2(C5H3) 4-05zz l’acide pyromucique, qui serait le correspondant de l’acide lactique et de tous les acides formés par R2 4- O5; (C3 H4) est un radical, et 2 (C3 H4) -4-07 = l’acide malique correspondant à l’acide hypêr-manganique, qui a pour formule Mn207. Enfin, comme il est dit page 821 , suivant l’une des théories de M. Dumas on aurait : (C14 Hlu) un radical, le benzogène, et (C14 H10) -b O2 = le benzoïîe, radical correspondant de N2 O2, qui ne

fait pas fonction d’acide , et C14H104- O3 = l’acide benzoïque, correspondant de l’acide nitreux N2 -4- O3.

Si cette opinion, précisément celle que s’était formée Lavoisier dans ses premières expériences sur les substances organiques1, a un bon côté, en ce sens qu’elle est basee sur les analogies, et qu’en conséquence elle cii consent , en quelque sorte, le cercle des suppositions gratuites que l’on pourrait faire relativement à la quantité d’oxygène supposée renfermé dans un composé binaire, il faut aussi convenir qu’elle rend, pour ainsi dire, insaisissables les rapports simples qui peuvent exister entre les principes constitutifs des matières organiques. En effet, si on adopte cette manière de a ou poui un certain nombre de corps, il n’y a pas de laison pour qu on ne 1 applique à tous les composés appartenant au même ordre de combinaison. Ainsi donc, en supposant exactes les analyses et les poids atomiques, nous aurions pour exprimer les acides ci-après :

2 (C3^P3)+ 05 acide

oléique.

2 (G9 H15) -f- O3 — caproïque.

2 (C4 H5) -f- O3 — butyrique.

2 (C2 H2) -j- O4 — succinique.

2 (C8 H7) -f- O3 — camphorique.

2 (C3^ H3) -f- O5 — gallique.

1 1 est difficile, comme on en peut juger par ces exem-

« Le vinaigre étant un acide , l’analogie conduisait seule à conclure « qu’il contenait de l’oxygène ; mais cette vérité est prouvée de plus par «des expériences directes. Premièrement, le vin ne peut se convertir « en vinaigre qu’autant qu’iPa le contact de l’air, et qu’autant que cet « air contient du gaz oxygène. Secondement, cette opération est accora- «pagnée d une diminution du volume de l’air dans lequel elle se fait,

« et celte diminution de volume est occasionnée par l’absorption du gaz <( oxygène. Troisièmement, on peut transformer le vin en vinaigre, en

« 1 oxygénant par quelque autre moyen que ce soit» (Lavoisier t Ier p. 159). ’

pies, cle reconnaître clans ces composés des rapports simples entre Fhydrogène et le carbone, et cependant, dans une infinité de circonstances, ces corps se transforment en des produits fixes , dans lesquels on observe des rapports très-simples. Ces derniers ressortiront-ils mieux en envisageant la composition des corps d’origine organique, comme l’a fait M. Laurent? C’est ce que nous allons voir en établissant quelques comparaisons. Pour éviter toute confusion, au lieu d’exprimer par 76,44, comme nous l’avons toujours fait, le poids atomique du carbone , nous nous servirons momentanément de celui qu’a employé M. Laurent, et qui est égal à 38,22. M. Laurent admet l’existence de plusieurs séries de radicaux, renfermant un grand nombre de corps, qui évidemment ne rentrent pas dans les vues simples que nous cherchons à faire prévaloir. Ce chimiste établit, par exemple, une série où le carbone et Fhydrogène sont : : C10 : H7; une autre : : C5 : H4; et une autre : : C5 : H2. Il est d’autres séries, à la vérité, dans lesquelles M. Laurent reconnaît un rapport très -simple; telles sont les suivantes :

Mais si nous examinons comment ce prétendu rapport simple s’établit, nous voyons que c’est en divisant le poids atomique d’un corps par un nombre convenablement choisi, et dès lors cette simplicité disparaît; car nous ne pouvons admettre, ainsi que le pratique M. Laurent, qu’il soit possible de diviser arbitrairement les nombres d’atomes admis dans l’équivalent d’un corps. Par exemple, ce chimiste représente le cinnamène (C36H18), le benzogène (C28H14), le benzène (C24H12) par C2 H , parce qu’ils sont divisibles, le premier par 18, le second par 14, et le troisième par 12.

Mais faisons remarquer à M. Laurent que le camphre, qui, d’après lui, a pour radical C40 H28, conduit indirectement, en passant par l’acide camphorique , à un composé C16H16; que l’acide cinnamique, qui dériverait du radical C36H18, conduit néanmoins au composé C32 H16; enfin que les acides margarique et oléique, dérivant des radicaux C35 H70, conduisent d’une manière indirecte aux composés C16H32 et C32H64.

En adoptant le principe des proportions définies , les suppositions du genre de celles qu’a faites M. Laurent sont à notre avis inadmissibles, parce quelles sont en opposition directe avec ce principe. Les corps simples se combinent en proportions définies; les composés auxquels iis donnent naissance réagissent les uns sur les autres, en formant toujours des composés définis. Nous nous expliquons sans autre démonstration (car c’est une conséquence forcée) que du chlorure barytique et du sulfate argentique, employés d’équivalent à équivalent, donnent naissance à du sulfate barytique et à du chlorure argentique définis; les éléments les plus simples étant définis, les plus compliqués doivent l’être aussi, et réciproquement. Eh bien! en partant de la manière de voir de M. Laurent, on arrive à une conséquence opposée: des corps composés, dont les éléments ne présentent aucun rapport simple, donneraient cependant naissance à des composés plus simples et dont les éléments suivent une progression régulière.

D’après les réflexions précédentes, on conçoit que, pour les corps d’origine organique, nous ayons cherché tous les moyens de mettre en évidence les relations simples qui, selon nous, paraissent ressortir de l’examen de la composition des corps inorganiques, considérés sous le point de vue moléculaire. Mais ce que

l’on ne comprendra peut-être pas aussi bien, ce sont toutes les difficultés dont le sujet est hérissé.

L’ordre de composition auquel appartient un corps, la détermination exacte de son équivalent, sont les questions sur lesquelles il nous importe le plus d’être fixé, et celles aussi dont la solution est la plus difficile. Nous reconnaissons un grand nombre d’acides d’origine organique, que beaucoup de chimistes envisagent comme les oxacides de radicaux composés. Mais quels sont les moyens que nous avons pour établir que ce sont des radicaux comparables au soufre, à l’arsenic, au phosphore, qui en s’oxydant donnent naissance aux acides sulfurique, arsénique, etc.? On définit comme radical , une substance qui dans une série de combinaisons se présente toujours avec la même composition; or, suivant que nous ferons subir à la substance tel ou tel genre de réaction , nous sommes dans le cas de conclure à l’existence de radicaux de nature essentiellement différente. Supposons, par exemple, qu’on veuille se servir de l’action qu’exerce l’acide nitrique concentré sur l’amidon, pour arriver à découvrir son radical, il est évident qu’on en trouverait un tout autre que si l’on employait à cet effet le même acide étendu d’eau; car les produits de l’action de ces deux acides (l’un concentré, l’autre étendu) ne supportent aucune comparaison (Braconnot et Felouze). Avec l’acide nitrique étendu , l’on est dans le cas de confondre le radical de l’amidon avec celui du sucre, parce qu’en définitive, après avoir dissous la fécule à chaud dans l’acide nitrique étendu, celui-ci a d’abord pour effet de produire du sucre, et ce n’est que par une action ultérieure que le sucre en s’oxydant se transforme en acide oxalique et oxalydrique. Cette proposition n’est-elle pas rendue évidente encore par les belles et intéres-

santés recherches qu’ont faites MM. Wœhler et Liebig sur l’acide urique, et par lesquelles ces célèbres chimistes font voir que les agents oxydants, venant à varier, ou le meme agent, avec des proportions d’eau differentes, conduisent actes reactions diverses? Enfin, estil des faits qui puissent nous rendre plus scrupuleux sur cette question, que les expériences de MM. Robiquet et Boutron-Charlard, sur l’huile d’amandes amères et de moutarde?

En admettant que l’étain, au lieu d’être un corps simple, lût un corps composé, nous serait- il possible de suivie les reactions que l’on obtient avec ce métal en le tiaitant par l acide nitrique étendu, ainsi que cela est rapporté à la page 429, et de conclure que c’est effectivement un radical? Non certes; or, si le même corps, en contact avec un acide plus ou moins étendu d’eau, donne naissance à des produits essentiellement différents, lequel de ces produits doit-on choisir pour en extraire le véritable radical? Nous n’avons à cet égard aucune donnée rigoureuse. Sera-t-il plus facile de dire que les acides benzoïque, acétique et camphorique, sont des composés binaires du premier ordre faisant fonction d’acides? Pas davantage; car toutes les définitions que nous pourrions donner du mot acide sont sujettes à des objections. En effet , qu’on veuille définir un oxacide : un composé binaire du premier ordre (— ) qui peut se combiner avec un autre composé binaire du premier ordre ( + ) pour former un sel, on pourra objecter qu’un acide se combine avec un sel (§217), qu’une base puissante peut remplacer un acide dans une combinaison saline, que de l’oxyde plombique peut être combiné avec l’oxyde calcique, enfin qu un composé salin peut s’unir avec une base et se comporter absolument comme un acide. Ainsi donc, alors même que l’on est parvenu à former une

combinaison d’un corps A avec une base puissante, on n’en peut pas conclure avec certitude que ce corps A est un acide, et vice versâ. Admettons par hypothèse que S* O37 H48 K est un corps sui generis d’origine organique, nous trouverions que ce composé est un acide jouissant de peu de stabilité et se combinant avec l’oxyde ferrique, pour former un sel en perdant 3 H2 O. Nous verrions ensuite, qu’on peut substituer à cet oxyde, 1 oxyde chromique, qu’enfin à ce dernier on peut aussi substituer î’oxyde aluminique, et que l’on obtient toujours la même combinaison, puisque le sel qui en résulte, toutes circonstances égales d’ailleurs, n’est point saturé et que la forme cristalline de ce sel est constamment un octaèdre régulier. De pareilles substitutions ne nous feraient-elles pas prononcer hardiment que ce corps sui generis est un acide saturant 3 at. de base, et que les atomes étant insécables, le nombre impair d’atomes d’oxygène qui existent dans la formule est une raison de plus pour l’adopter? Eh bien! à quoi serait-on conduit, si cette supposition était fondée, si ce n’est, à envisager comme combinaison du premier ordre un composé appartenant réellement au quatrième ordre? Les moyens par lesquels on peut reproduire l’alun ne nous permettent pas de commettre une pareille erreur, tandis qu’avec les composés d’origine organique nous pouvons y tomber à chaque instant, et sans nous en apercevoir. De ce que le sucre se combine avec l’oxyde plombique, faut-il en conclure que c’est l’oxyde d’un radical? Nullement; car il n’y a pas plus de raison pour qu’il en soit ainsi, qu’il y en aurait à envisager le nitrate plombique comme étant formé de N2Pb--|-06, ou comme l’oxyde d’un radical ( N2 Pb) -f- O6, pai 'ce qu il se combine avec l’oxyde plombique pour former le composé N2 Pb 4- O6 4- PbO

En comparant les volumes des composés binaires inorganiques du premier ordre avec ceux dont on veut admettre l’existence en chimie organique, on s’aperçoit qu’on ne peut que très -difficilement conclure à une complète analogie entre les uns et les autres; car le volume de l’équivalent de ces prétendus composés oxydés du premier ordre est souvent plus grand que celui d’un composé salin, meme le plus élevé parmi les sels inorganiques anhydres. On trouve, par exemple, que:

1 éq. d’acide benzoïque . — 2688 c. c.

1 éq. d’acide succinique . = 672 —

1 éq. d’acide acétique . = 672 —

1 éq. de sulfate potassique . — 448 —

Ces comparaisons physiques permettant d’élever des doutes sur l’existence de semblables composés binaires, nous dûmes voir s’il n’était pas possible de représenter la composition des corps organiques, tout en respectant ces relations physiques, trop importantes pour être négligées. L’existence des carbures hydriques, étant généralement reconnue , nous semble un fait de la plus haute portée pour la science, surtout en se plaçant au même point de vue que M. Dumas. Ce savant chimiste dit que les mystères de la chimie organique sont dévoilés par l’existence de ces carbures, formés dans les mêmes proportions, et ne différant qu’en ce que, sous le même volume, il peut se rencontrer des quantités de carbone et d’hydrogène multiples dans l’un , de ce qu’elles étaient dans l’autre de ces carbures. Le nombre prodigieux de ces carbures hydriques formés dans tant de circonstances diverses, la simplicité de leur composition, la manière dont ils se comportent avec les oxacides, tout enfin dans ces corps était fait pour attirer notre attention et pour nous donner ridée de les faire servir à une théorie générale des matières orga-

niques. Examinant d’abord les altérations que ces dernières peuvent éprouver de la part des agents inorganiques, du chlore, des acides et surtout des acides sulfurique et nitrique, nous fûmes conduit à reconnaître que toutes les substances ne se comportent pas semblablement en présence de l’acide nitrique ; que les unes ne sont point altérées par cet acide; que les autres le sont totalement ou en partie seulement, et que parmi celles qui sont altérées, les unes se transforment en entier en acide oxalique, que d’autres ne subissent cette transformation que partiellement, une autre portion étant transformée en résine. Nous vîmes, par exemple, que les acides tartrique, citricpie et acétique ne s’altèrent pas aussi facilement par l’acide nitrique qu’on l’avait admis, et qu’on peut même, sans les altérer, les faire bouillir avec cet acide concentré, puisqu’ils ne se décomposent qu’autant que la température s’élève au point de les faire brunir. Les acides gallique et pyrogallique, traités par l’acide nitrique, se transforment en grande partie en acide oxalique, et sont accompagnés d’un produit de nature résineuse. L’acide oxalique, que l’on obtient en altérant ainsi l’acide gallique, représente sensiblement les deux septièmes du carbone de ce dernier. Le sucre, la mannite, la gomme, lasalicine donnent de l’acide oxalique, qui est toujours accompagné d’un autre produit. L’action de l’acide sulfurique sur le sucre, sur la gomme, sur la fécule, sur l’alcool, sur la salicine, sur l’esprit de bois, nous lit voir que l’oxyde carbonique fait partie de ces substances, et en effet il suffit de les chauffer avec un excès d’acide sulfurique pour en dégager de l’oxyde carbonique. Nous conclûmes de ce fait qu’une portion de l’oxygène qu’on rencontre dans l’équivalent de ces corps, ne doit pas être envisagée comme étant à letat d’oxygène, et que

par la même raison, une certaine quantité de carbone doit s’y trouver à l’état d’oxyde carbonique, queceluici y figure comme radical oxalique ou tout autrement. L’essentiel pour nous était de reconnaître la présence de l’oxyde carbonique.

Des corps, comme l’alcool et son dérivé, l’acide acétique, se comportant d’une manière très -différente, et ne pouvant pas, d’après les raisons que nous avons données, les envisager comme des oxydes, nous devions chercher un caractère au moyen duquel on pût les distinguer. Ce caractère nous crûmes le trouver en comparant l’alcool à l’ammoniaque et l’acide acétique aux acides organiques composés. L’expérience prouve, relativement à ces derniers, que toutes les fois qu’une substance est soumise à l’influence d’un acide, si celui-ci entie dans cette substance pour 1 éq., elle conserve son caractère (exemple, l’éther oxalique), tandis que quand 1 acide y figure pour 2 éq. , la substance devient acide. Les composés organiques en général nous parurent être des hydrogènes carbonés analogues à l’ammoniaque. Ainsi C2-f- H2-j- H2-b H2+ H2 correspondraient àN2-f H2 -f-H2 + H2-f-H2, qui par des combinaisons successives opérées d’équivalent à équivalent peuvent constituer une série de combinaisons, dans lesquelles l’hydrogène n’est jamais multiplié par un facteur plus élevé que 8; de même que, dans les combinaisons inorganiques, on n’en connaît pas de plus élevées que celles du quatrième ordre. Il nous sembla en outre que C2H2 peut se trouver dans des conditions physiques telles, que son équivalent n’est plus représenté par G2 H2, mais par (C4H4) ; ce dernier, pouvant à son tour subir une nouvelle modification, est représenté par C8 H8, etc. Le raisonnement que nous faisons pour G2 H2 est applicable à C2 H4, C2 H8, et ainsi de suite.

Enfin . C2 H4

peut se combiner avec . C1 H2

et former le composé . C3 H6

qui est un corps complexe; de manière que le composé qui suit la progression 3:6:12:24 n’est réellement que la combinaison de deux corps dont les nombres appartiennent à la progression : 2 : 4 : 8 : 16.

D’après cette manière de voir, l’alcool étant formé de O H12 O2, est représenté par C2 (H12C202)16, c’est-à-dire que 4 vol. d’oxyde carbonique, corps isomorphe avec l’hydrogène, remplacent dans l’alcool 4 vol. de ce dernier gaz , de manière que le composé est représenté par le rapport C2: H16. Ceci admis, si un oxacide est en contact avec l’alcool, celui-ci se comportera avec l’oxacide comme le fait l’ammoniaque. On sait que ce dernier composé N2 H4 4- H2 étant en contact avec R 4- O ou R' 4- O, il y a dégagement de H2 O, et formation d’un composé N2 H4 4- R. Or, le produit de l’action d un oxacide sur 1 alcool , en tant qu’il y a formation d’un éther neutre, est représenté par la formule moléculaire de l’alcool, moins 2 vol. d’hydrogène, remplacés par l’équivalent du radical composé de l’oxacide, qui a cédé 1 vol. d’oxygène aux 2 vol. d’hydrogène de l’alcool. C’est ce que quelques exemples feront comprendre.

La formation de l’é-iC2 f H12 C2 O2) î6-j-S-f-0 ther sulfatique est/ ^ ' ' ‘~

représenté par. . J — H2 — O OU— 1 éq. d’eau.

— :C2 (H10 C2 O2 S) 16 ou l’éther sulfatique.

Celle de l’éther oxa-(C2 (H12C202)164-ë-b O

liquo par . I — H2 - O ou — I éq. d’eau.

= C2(Hi0C2O2€)16 ou l’éther oxalique.

Celle de l’éther ni.p(H12^02)16+N+0

treuxPar . —H2 — Oou — léq. d’eau.

— C2(H1(,C202N)16 ou l’éther nitreux.

Ainsi envisagés , ces trois éthers ne contiendraient plus ni alcool, ni acide sulfurique, ni acide oxalique, ni acide nitreux; de même que dans l’oxamide, il n’existe plus ni ammoniaque, ni acide oxalique, mais seulement les éléments nécessaires pour reproduire ces corps au moyen de l’eau en présence d’une base salifîable.

L’éther oxalique . . C2 (H10 C2 O2 G)16

en contact avec . H2 O H- K

donne de l’alcool . . . C2 (H12 C2 O2)16

et € + K ou de l’oxalate potassique.

De même que l’oxamide . N2 (H4 G)6

en contact avec . H2 O -f- K

donne de l’ammoniaque . N2 H6

et G K ou de l’oxalate potassique.

Ces alcools, modifiés par la perte de 2 vol. d’hydrogène, remplacés par les radicaux composés de l’oxacide, peuvent s’unir avec un nouvel équivalent d’acide, et former un composé particulier faisant fonction d’acide. Si , par exemple, C2 (H10 C2 O2 S) 16 est combiné avec S O3, il y aura formation d’acide sulfo-vinique (C2(H10C2O2S)16-|- SG3), composé que, d’après la théorie de M. Liebig, l’on envisage comme du bi-sulfate d’éther. Nous ne dirons rien de l’état dans lequel se trouve ce nouvel équivalent d’acide sulfurique , si ce n’est que nous avons des présomptions pour croire qu’il n’y existe plus à l’état de S 02-f-0, puisqu’on ne retrouve pas dans l’acide sulfo-vinique les caractères de l’acide sulfurique. Sans pouvoir nous prononcer définitivement à ce sujet,

nous devons cependant avouer que les difficultés qu’il présente sont les memes que quand il s’agit de décider quel est le rôle que joue l’eau dans les oxy-sels ammoniacaux.

L’éther sulfurique , dont la composition est exprimée par C4 H10 O, est considéré par nous comme un carbure hydrique complexe, dans lequel 2 vol. d’hydrogène sont remplacés par 2 vol. d’oxyde carbonique; en un mot, nous nous le représentons comme formédeC3 (H10CO)12. Nous avons dit page 819 qu’il nous paraissait probable que l’opinion de M. Berzélius , au sujet du poids atomique de l’alcool , prévaudrait un jour; car beaucoup de raisons nous font penser que l’alcool a réellement pour formule C (H6 CO)8, et non pas G2 (H12C202)16, ce qui ne change rien aux rapports simples dont nous cherchons à constater l’existence. La composition complexe que nous reconnaissons à l’éther Sulfurique est une nouvelle preuve en faveur de l’opinion de M. Berzélius; car elle fait voir que l’alcool, du moins dans une de ses parties, est totalement changé dans l’éther sulfurique, et ne peut ni former, ni donner naissance aux mêmes produits dérivés auxquels on est conduit en traitant l'alcool directement.

D’après l’opinion généralement admise, l’éther sulfurique serait le produit d’un simple déplacement. Nous pensons, au contraire, que c’est le produit d’une altération, que l’on connaît à peine, malgré les nombreux travaux qui ont été entrepris sur ce sujet. Ce qui a fait admettre un simple déplacement dans la préparation de l’éther sulfurique, o’est que, dit-on, plusieurs corps avides d’eau donnent naissance à de l’éther, et qu’avec l’éther sulfurique on peut reproduire de l’alcool en passant par l’acide sulfo-vi nique. A ces raisons l’expérience nous permet de répondre , aux uns : faites usage

d’alcool absolu (produit qu’il n’est pas très-facile de se procurer) ; aux autres : Employez de l’éther bien purifié, et vous verrez si, en prenant des poids donnés d éther sulfurique bien purs, vous obtiendrez un poids correspondant cl’alcool.

Nos observations sur ce sujet se borneront là , afin de ne pas nous engager dans une discussion trop longue et superflue, puisque nous allons essayer de traiter, à 1 aide de la théorie qui nous est propre, quelques fails susceptibles de recevoir par elle une explication plus en haï monie avec les idees les plus généralement admises en chimie.

L’éther oxalique représenté par C2 (H1ü C2 O'2 -G)16 étant calciné avec du potassium, pourra-t-il céder de 1 oxygène à ce métal ? Non, sans doute, puisqu’il n’en contient pas. Sera-ce donc de l’hydrogène ou du carbone ? Pas davantage, puisque l’un et l’autre de ces corps n ont point encore ete combinés directement avec le potassium. Lether oxalique ne pourra donc céder à ce dernier corps que de l’oxyde carbonique, qui est le seul de ses éléments qui forme une combinaison directe avec le potassium. Un équivalent de ce métal enlève 1 éq. ou 2 vol. d’oxyde carbonique, de manière qu’il leste un compose qui a conserve la forme moléculaire de l’alcool, et qui est représenté par C2(H10C3 O3)16, composé que M. Ettïing appelle X éther carbonique , parce que cette première formule peut se traduire par celleci : C4 H10 O + CO2.

L éther oxalique en contact avec l’ammoniaque sous l’influence de l’eau est décomposé : C2 (H10 C2 O2 G)16

et donne naissance à . C2 (H12 C2 O2)16

ou à de l’alcool et à de foxamide (G -}-N2H4) . En opérant

sous l’influence de l’eau, Poxamide étant insoluble et l’éther oxalique très-peu soluble, il ne peut y avoir action de ces deux corps l’un sur l’autre. Si l’opération se fait dans d’autres circonstances, le contraire peut avoir lieu. L’on voit en effet, en opérant sous l’influence de l’alcool qui dissout l’éther oxalique (C2 (H10 C202-G)16,, que ce dernier étant en contact avec H2 (N2 H4) ou de l’ani moniaque, il y a d’abord formation d’alcool C2 (H12C202) 16 et d’oxamide (W H4 ë.) Ce dernier composé, s’unissant ensuite avec 1 éq. d’éther oxalique, donne naissance à Yoxaméthane (C2 (H10C2 O2 ë) 16 -|- N2 H4 -G.)

On considère ce sel comme un oxalate double d’hydrogène carboné et d’ammoniaque. Mais ce composé possède- 1 -il le caractère des sels? et d’ailleurs sa composition permet -elle une pareille supposition? Pour qu’il fût réellement un oxalate double, suivant la théorie de M. Liebig, il faudrait que C4H10O+ë fût uni avec (N2 H8 Oë), ce qui produirait le composé C8H1808N2, tandis que l’analyse donne C8H1406N2.

L’alcool traité par le chloride benzoïque est transformé immédiatement en éther benzoïque, et cela par l’action qu’exerce le chlore sur l’hydrogène.

Ainsi l’alcool . C2(H12C2 O2)16

en contact avec . Cl2 Bz

on obtient le composé . C2(H10C2O2Bz)16

ou de l’éther benzoïque avec dégagement de Cl2 H2. Cette réaction nous permet de nous rendre compte de l’action analogue qu’exerce le chloride oxy-carbonique (C-bCl2)

sur l’alcool. Ce dernier . C2 (H12C2 O2)16

en contact avec . Cl2 C

on obtient le véritable éther carbonique C2 (H10C2O2C)16 qui, se combinant avec un second équivalent de chlo-

ride oxy - carbonique , donne naissance au composé (>' (H10C2O2C)16-bCCl2, ou à l’éther désigné par M. Dumas sous le nom d 'éther chlor-oxy-carbonique . En traitant cet éther par l’ammoniaque, il est détruit; car l’hydrogène de cette base enlève le chlore. En effet , l’éther chlor-oxy-carbonique. C2 (H10 C2 O2 C)î6-f- C Cl2 en contact avec l’ammoniaque. N2 H4 H- H2

on obtient . C2 (H10C2O2C)16-hCN2H4

ou l ur cl liane j et Cl2 H2 combiné avec l’excès d’ammoniaque. Ici l’on voit que N2H4-|-C, ou le carb-amide^ joue dans l’uréthane le même rôle que Yoxamide dans l’oxaméthane.

D après cette manière de voir, il n’est donc point nécessaire de faire de i’urèthane un carbonate double d’hydrogène carboné et d’ammoniaque; cette remarque n’est pas sans importance, car ce composé, ainsi qu’on peut s’en assurer, ne renferme ni acide carbonique, ni ammoniaque, ni alcool, et ce n’est, que sous des influences particulières que ces corps peuvent être régénérés. Mais nous en faisons le composé correspondant à l’oxaméthane; dans lequel üoxamide y est remplacée par le carbamidej l’éther oxalique par l’éther carbonique proprement dit, de cette manière les anomalies disparaissent.

L’action que le chlore exerce sur l’alcool et les éthers a fixé d’une manière particulière l’attention des •chimistes. M. Dumas a cru pouvoir s’en servir , ainsi que de celle qu’exerce l’oxygène sur les mêmes corps, pour représenter l’arrangement des éléments dans les substances organiques. Il a donc formulé ces réactions pour en faire un corps de doctrine, qu’il désigna d’abord sous le nom de théorie des substitutions , et plus tard sous celui de théorie métaleptique.

Si le besoin de rendre hommage à la vérité nous fait

dire en ce moment que c’est à M. Dumas qu’appartient l’honneur d’avoir proposé , le premier , une voie au moyen de laquelle on peut étudier les phénomènes compliqués auxquels donne naissance l’action d’un agent quelconque sur les substances organiques , le même motif nous oblige à développer ici toute notre pensée sur la manière dont cet habile chimiste s’est servi de cette théorie. Disons d’abord qu’il ne fallait rien moins que le prestige que faisaient naître les vues développées par M. Dumas, pour ne pas être incontinent frappé des étranges conséquences auxquelles elles conduisaient ce savant. Quand il dit, par exemple, que l’acide oxalique ne peut être représenté que par C2 O3 -h H2 O , parce que l’acide oxalique se transforme en acide carbonique par l’action d’un agent oxydant, en perdant 2 vol. d’hydrogène qui ne sont point remplacés, n’est-ce pas reconnaître une chose matériellement impossible , puisqu’il faudrait supposer que l’hydrogène de l’eau pût être, brûlé deux fois? Ce principe ayant été appliqué par M. Dumas à la décomposition de plusieurs corps, la composition moléculaire de ceux-ci recevra probablement plus tard quelque modification. Cet illustre chimiste a aussi cherché à démontrer que chaque volume d hydrogène, qui disparaît d’une substance par l’influence que le chlore exerce sur elle, est toujours remplacé par un volume égal de ce dernier agent; il dit en un mot, que le chlore se substitue à 1 hydrogène dans toutes ses combinaisons. Or c’est un fait qu’il nous est impossible de reconnaître avec M. Dumas; nous admettons bien avec lui le déplacement d’un corps par un autre corps; mais quand M. Dumas soutient que le chlore est isomorphe avec l’hydrogène , qu’il érige en principe que les corps peuvent etre totalement changés dans leur constitution élémentaire sans

varier dans leur composition moléculaire, nous croyons devoir repousser cette théorie comme étant contraire à l’expérience; elle est dangereuse dans son application, en ce quelle dispense en quelque sorte l’expérimentateur de tenir compte, dans une réaction, de l’action qu’exercent les premiers produits qui se forment, sur ceux qui n’ont point encore été altérés.

L’hydrogène est-il le correspondant du chlore? Non; car les combinaisons de ces corps constituent des composés très-différents. Le chlore donne ordinairement naissance à des acides , et l’hydrogène à des bases. En conséquence dans les réactions que nous allons examiner nous ne reconnaîtrons point au chlore le pouvoir de remplacer l’hydrogène.

L’alcool C2 (H12 G2 O2)16 soumis à l’action du chlore , perd 4 vol. d’hydrogène, et il doit en être ainsi, si réellement la composition des corps est régie par une progression régulière. Si l’on pouvait admettre qu’il y a seulement 2 vol. d’hydrogène enlevé, il faudrait que le composé C2 (H10C2O2)14 pût exister, ce qui est impossible d’après notre manière de voir. En enlevant à l’alcool 4 vol. d’hydrogène, on obtient le composé C2 (H8 G2 O2)12, l’aldéhyde, qui est évidemment un corps complexe. Le chlore , continuant d’agir sur l’alcool , enlève successivement l’hydrogène , jusqu’à ce que, d’après ce qui a été dit à la page 540, le rapport du carbone et de l’hydrogène soit:: G2: H2; mais au fur et à mesure que l’hydrogène est enlevé , l’oxyde carbonique se trouve aussi en contact avec le chlore, et comme il est prouvé que ces deux corps se combinent dans le rapport de 2 vol. d’oxyde carbonique et de 2 vol. de chlore, les 4 vol. d’oxyde carbonique existant dans l’alcool absorberont 4'vol. de chlore, de manière à former le composé G Cl4. De son coté (C2 H2)

s’unit aussi avec 2 vol. de chlore pour former le composé (C2H2) Cl2, lequel se combine ensuite avec € Cl4 et forme lec/i/<9r<2/(C4H2Cl602), représenté par C2H2C12h~GCP. Nous ne nous dissimulons pas combien cette interprétation laisse à désirer lorsqu’il s’agit d’expliquer l’action qu’exercent les bases sur le chlora! , lequel est transformé par elles en formiate et en chloroforme. On ne peut se rendre compte de cette action qu’en admettant que H2 O s’est combiné avec l’oxyde carbonique et a déplacé les 4 vol. de chlore. Nous partirions de la théorie des substitutions, que cette difficulté ne serait point levée ; seulement il y aurait en sa faveur une relation entre l’hydrogène enlevé et le chlore qui a été absorbé. En effet, la première action du chlore conduira à l’aldéhyde. En continuant d’agir, l’action de ce corps ne s’arrêtera que lorsque le carbone et l’ydrogène seront :: G2: H2; par conséquent si sur l’aldéhyde C2(H8C202)12 on fait réagir le chlore en admettant la

substitution de . — H6-y-Cl6

on obtient par cette réaction. . C2(H2C202C16)12

chloral correspondant à l’aldéhyde. Expliquerait- on mieux ainsi la possibilité de repasser au chloroforme et à l’acide formique? Pas davantage.

L’alcool soumis à l’action du chlorure de chaux doit il produire du chloral; ainsi qu’on en obtient, en traitant l’alcool par le chlore seul? Il suffit de se reporter à la composition de l’acide chloreux et de se rappeler la facilité avec laquelle il se décompose pour prévoir théoriquement qu’il ne peut en être ainsi. En effet, l’acide chloreux, étant à la fois agent oxydant et chlorurant, agira par son chlore sur l’hydrogène, et par son oxygène sur l’oxyde carbonique. Son action sur l’hydrogène cessera toujours d’après le même principe,

lorsque le carbone sera à l’hydrogène ::C2:H2. Ainsi

donc l’alcool . ; . . . G2 (H12 C2 O2)16

en contact avec du chlorure de chaux, il y aura de l’hydrogène et de l’oxyde carbonique enlevés . — tïîü — C202

en sorte qu’on obtiendra . C2 H2 -f Cl6

ou du chloroforme et de l’acide carbonique.

L’éther sulfurique étant représenté par C3 (H10CO)12 est un composé complexe. Traité par le chlore, il doit donner d’autres produits que ceux auxquels on arrive par l’alcool ; mais dans aucun cas il ne peut conduire au chloral; c’est du moins ce que prouve l’expérience.

AI. Malaguti a publié sur ce sujet des observations fort intéressantes. Il est seulement à regretter pour nous que le travail de ce chimiste ne soit publié que sous forme d’extrait, ce qui en empêche en quelque sorte la critique. Néanmoins il nous a semblé que dans l’étude qu’a faite Al. Alalaguti de l’action que le chlore exerce sur les éthers, des produits lui ont échappé; ce fait établi pourrait rendre son hypothèse sur l’alcool au moins hasardée.

Il faut bien se prémunir contre la tendance qui nous est naturelle à tous, de représenter nos idées par des formules. Un grand penseur disait de la médecine : l’art qui tue et l’art qui guérit sont deux choses; apprenez donc à les distinguer. Cette sentence peut trèslaien être appliquée aux formules chimiques; car il en est qui expriment des équations de fait : celles-là sont au profit de la science; quant à celles qui ne sont que des équations de chiffre, elles compromettent l’avenir de la chimie. Ce n’est pas que nous ayons la prétention de croire que les formules que nous avons employées soient les véritables : telle n’est pas notre pensée ; seu-

OBSERVAT IOIS S GENERALES, ETC. 803

lement il nous semble que, dérivant toutes d’un même principe, elles peuvent avoir sur les autres l’avantage d’être plus généralement applicables : de plus, en précisant l’état des éléments , elles permettent aussi de suivre l’action d’un agent sur les substances organiques comme on le fait quand il s’agit de substances inorganiques.

Quoique, d’après ces faits, nous ne puissions pas admettre l’hypothèse de M. Malaguti, ce n’est pas dire que les résultats qui sont formulés par cet habile chimiste, soient en opposition avec notre manière de voir; car, bien au contraire, ils en sont une confirmation, ainsi que pourra s’en assurer M. Malaguti lui-même, si dans les éthers il ne voit plus des sels, mais des amitiés, et si, au lieu de se laisser guider par la théorie des substitutions, il tient compte de l’action que le chlore peut exercer sur les combinaisons qui se trouvent en présence. C’est en nous servant de l’action du chlore et de l’action combinée du chlore et de l’oxygène, cjue nous avons pu nous représenter la composition des produits organiques, laquelle a été formulée et présentée à l’Académie le 30 octob?'e 1837.

Il existe un corps qui dans sa composition peut être représenté par de l’acool , dans lequel 2 vol. d’oxygène sont remplacés par 4 vol de soufre; en un mot G4 H12 O2 devient C4 H12 S2, c’est le mercapian . Dans la théorie de M. Liebig , ce composé , représenté par C4H10S-l-H2S, est anormal; il l’est encore dans la théorie de M. Dumas, où il est représenté par C4H8+H2S-f-H2S, et cela, parce que, mis en contact avec de l’oxyde mercurique, il y a formation de 2 vol. de vapeur d’eau. Le mercure qui entre dans la combinaison en formant un nouveau composé, serait, d’après M. Liebig, un sulfure double S Hg -f- S H10C4. D’après la théorie de M. Dumas, il devrait être représenté par S Hg + H2 S -4- H8 C4

ou par du sulfure mercurique, uni avec du suif-hydrate d’hydrogène carboné. Jusque-là il n’y a rien que de conforme aux faits; et même le dégagement d’eau au moment de l’action, paraît être une preuve de plus en faveur de l’existence du sulfide hydrique. Dans ce composé, les difficultés apparaissent lorsque, interrogeant l’expérience, celle-ci démontre que le mercaptan est régénéré en traitant le mercaptate mercurique par le sulfide hydrique. Ce dernier corps n’ayant pu sulfurer le mercure, celui-ci l’étant déjà, il faut donc supposer que ce sulfide a déplacé de ce composé le sulfure mercurique. Or, ces deux manières d’envisager le mercaptan n’ont pas plus de vraisemblance l’une que l’autre. Ne reconnaissant pas d’eau dans l’alcool, nous fûmes conduit à admettre que dans des circonstances où le mercaptan prend naissance, CO est réduit par H2 S, de manière à former le composé CS, qui est au sulfide carbonique ce qu’est l’oxyde carbonique à l’acide carbonique. Nous avons même dit (§117) que ce sulfure carbonique se produit dans des circonstances comparables.

Or, l’alcool . C2 (H12 CO CO)16

étant soumis à l’action de H4S2, il doit

se former H4 O2, ainsi que le composé C2 (H12 CS CS)16

et alors peut s’expliquer l’action de

l’oxyde mercurique . O Hg

lequel produit du mercaptate mercu-

rique représenté par . C2(H10CSCSHg)16

et 1 éq. d’eau (H2 O) se dégage.

Nous pûmes donc découvrir et nous expliquer pourquoi ce mercaptate mercurique . . . C2 (H10 CS CS Hg)16

en contact avec . H2 S

le mercaptan était régénéré , car le mercure n’étant point sulfuré, le mercaptan . C2 (H12 CS CS)16

reprenait naissance au moyen des 2 vol. d’hydrogène abandonnés par le soufre, lequel s’unissait au mercure.

L’alcool traité par le potassium abandonne 2 vol. d’hydrogène, et l’on obtient une combinaison représentée par C4Hî0O-bK, dans laquelle on admet l’existence de l’éther. Si cette combinaison existe réellement, pourquoi ne l’obtient-on pas directement avec l’éther sulfurique et l’oxyde potassique anhydre? et pourquoi est-ce toujours de l'alcool qu’on en retire, et non pas de l’éther? L’action qu’exerce le potassium sur l’alcool, bien loin de prouver, comme on l’a admis, l’existence de l’eau dans ce liquide, établit au contraire, selon nous , un nouveau rapprochement entre l’alcool et l’ammoniaque anhydre. On sait en effet, d’après les travaux de MM. Gay-Lussac et Thénard, qu’en chauffant cette dernière base avec du potassium , elle perd de l’hydrogène. On sait enfin, d’après M. Dumas, qu’il en résulte un véritable amidure de potassium, qui en contact avec l’eau, régénère l’ammoniaque.

L’alcool . C2 (H12 C2 O2)16

étant traité par le potassium . -h K — H2

2 vol. d’hydrogène se dégagent, et l’on

obtient . C2 (Hî0C2O2K)16

ou un composé ne renfermant ni alcool ni éther. L’alcool potassié, mis en contact avec l’eau, il se produit de l’oxyde potassique et de l’alcool , parce

que . C2 (H10C2 O2 K) 16

étant en contact avec . H2 O

il y a formation d’alcool . . . C2 (H12 C202) 16 alcool -h KO

Par les exemples rapportés page 528 , on voit qu’il est possible d’établir des relations entre une foule de composés. Ainsi en partant de la composition moléculaire de la fécule, on peut, en passant par le sucre, ar-

river à tous les éthers sans que la forme moléculaire des composés soit changée.

Nous allons rapporter ici les formules cle quelques corps, auxquelles, d’après les expériences que nous avons faites, nous croyons pouvoir accorder une certaine confiance.

Acide acétique . C4H303 4-H20 = C2 (H^CO)8 4- C02-hH'20

— benzoïque . C^H^OS-t-H'^O = C12(H12CO)12 -+-C024-H20

— camphorique. . . CI0H14O3-f-H'2O = G8 (H14CO)16 4-C024-H20

— butyrique . C8H1003 +H20 = C6 (II10CO)12 -+-C02-f-H20

— caproïque . C*8 H30O3+H2O = C^HSOCO)32 +C02+ H20

— succinique . C4H403 +H20 = G2 (H2CO)4 -+-C02-t-H20

— gallique . C7H303 h-H20 = C3 (H3C303)12-t-C02-t-H20

— cinnamique C18H1403-f-H20 = C16(H14CO)16 H-C02-t-H20

— lactique . C6Hlc05 H-H20=C2 (H8C404)i6+H20-t-H20

Tous ces acides soumis à l’action d’une base s’y combinent en perdant 1 éq. d’eau , qui est remplacé par 1 éq. de base. Chauffés libres ou sous l’influence de bases anhydres, ces acides perdent 1 éq. d’acide carbonique ou 1 éq. d’eau quand il s’agit de l’acide lactique. L’on obtient alors des carbures hydriques 1 , dans lesquels 2 vol. d’hydrogène sont remplacés par 2 vol. d’oxyde carbonique, corps isomorphe avec l’hydrogène. Ces composés ne font point fonction d’acide, deux seulement peuvent en jouer le rôle, lorsqu’ils se trouvent en contact avec 1 éq. d’eau : ce sont les composés C3 (He C3 O3)12 et (C2 H4 C404)16, qui se forment, le premier en chauffant l’acide gallique, et le second en chauffant l’acide lactique. Ce qui prouve que ces composés ne font point fonction d’acide , c’est que l’acide gallique en présence de la chaux fournit également bien le prétendu acide pyro - gallique. Ces carbures définis renfermant de l’oxyde carbonique, soumis à l’action de l’eau et d’une base salifiable puissante, après

1 Les composés de ce genre sont désignés par les noms de camphrone , benzone , acétone , etc.

ou avant leur isolement , sont toujours décomposés par l’eau, et il y a formation d’acide carbonique, au moyen de l’oxyde carbonique et de l’oxygène de l’eau , ainsi que d’un nouveau carbure ne renfermant point d’oxyde carbonique. Ce carbure présente toujours le même rapport dans ses éléments, à moins que sa formule ne soit exprimée par des nombres complexes, ou que, l’action de l’eau n’ayant lieu qu’à une température élevée , il ne se décompose en deux carbures définis, accompagnés quelquefois d’hydrogène (p. 528) . C’est par cette raison que l’acide camphorique, calciné avec de la chaux hydratée, donne naissance au carbure C8 H16, l’acide succinique au carbure C2H4, l’acide benzoïque au carbure C12 H12, l’acide caproïque au carbure C16 H32, mais différent de celui que fournit l’acide camphorique, car il est solide. Les acides butyrique et gallique conduisent à plusieurs carbures.

Nous nous abstiendrons de parler des autres substances organiques, jusqu a ce que, fixé sur leur véritable composition, ainsi que sur leurs propriétés, nous puissions à leur sujet présenter un ensemble de faits capable de justifier la nomenclature que leur composition semble réclamer, et que nous nous proposons de publier un peu plus tard. Faisons remarquer dès à présent, qu’un certain lien unit toutes les substances organiques. L’alcool C2 (H12C2 02)16 soumis à une influence oxydante, ne peut perdre que de l’hydrogène; il finit donc par passer à l’état d’acide acétique représenté par C2 (H6 CO)8 CO2, qui sous l’influence de la chaleur se change en acétone C2 (H6 CO)8, et cela en perdant 1 éq. d’acide carbonique. Il devient alors un nouvel alcool C4 (H12C2 02)16, dans lequel C2 est remplacé par C4; or le raisonnement que nous venons de faire au sujet de Yalcool proprement élit s’applique

à Yalcool acétone. En admettant encore les mêmes causes agissantes, on se trouve ramené à un troisième alcool C8 (H12C202)16, et ainsi de suite. Maintenant en ne perdant pas de vue que l’acide acétique en présence de l’eau peut , dans des circonstances favorables, passer à l’état de carbure tétra-hydrique (p. 527), en abandonnant 4 vol. d’acide carbonique au moyen de 1 éq. d’eau décomposée, on se trouve avoir un nouveau composé C2H8, lequel , en contact avec un acide, concourt à la formation de composés du genre des amides, ou bien des acides sulfo et phospho-vinique et sulfo-benzique; car l’on sait que C12H12 + 2 S se transforme en C12H10 S-f-S ou en acide sulfo-benzique, que C3 (H10 CO)12 -f- 2 S se transforme à son tour en C3 (H8COS)12-j-S ou acide éthionique, lequel doit être complexe, puisque le carbure qui lui a donné naissance l’est lui-même. Nous le répétons encore, dans ces acides composés, que nous trouvons dans la nature ou que nous obtenons par l’art, nous ne savons aucunement dans quel état se trouve 1 équivalent d’acide; tout ce que nous pouvons dire, c est qu il y a dans tous les composés de ce genre un élément qui s’y trouve dans un état physique différent. Ce fait nous semble applicable à toutes les combinaisons en général. Peut-on assurer que dans l’acide benzoïque (C12 (H10 CO)12 CO2) l’acide carbonique existe tout formé, parce que le dégagement en a lieu par le seul effet de la chaleur en présence d’une base salifiable puissante? Non, certes, puisqu’il nous est démontré que 1 vol. d’oxygène peut être enlevé à l’acide benzoïque et remplace par 2 vol. de chlore, et qu’en conséquence nous devons prévoir le déplacement de 1 éq. d’oxygène, qui paraît y exister dans un état particulier.

En soumettant à une étude spéciale les acides orga-

niques, M. Liebig obtint de la calcination de leurs sels plombique et argentique un dégagement d’eau tel, que ce savant chimiste envisagea ces acides comme des sels acides à base d’eau. Il proposa donc de changer le poids atomique de ces corps, ou de les envisager comme des hydracides. Voici pour l’acide gallique les résultats auxquels est conduit M. Liebig. Cet acide cristallisé, desséché à 100 degrés, est, dit-il, formé de C7H605; combiné avec l’oxyde plombique, il forme le composé C7 H6 O5 h- Pb, connu sous le nom de gallate plombique. Mais en chauffant ce sel, M. Liebig trouva qu’à 100

degrés il dégageait H^, et que sa formule devait être représentée par C14 H10O9-b2Pb. Chauffé à 150 de-

r il 2 r)

grés , le même'sel formerait le composé C7 H203 -f- j q

Ce chimiste, ayant mis l’acide gallique en combinaison avec un excès d’oxyde plombique, obtint un composé

C7H203-f-[pj^Q qui, d’après le point de vue où il s’était placé , ne devait lui laisser aucun doute sur la véritable formule de 1 acide gallique et sur le pouvoir dont jouit cet acide de former des sels bi-basiques.

Si l’opinion de M. Liebig était fondée , la formule que nous avons assignée à l’acide gallique, et le principe duquel nous sommes parti pour l’établir, seraient complètement faux. Aussi , lorsque le travail de ce savant parut, nous ne pûmes nous défendre d’une certaine inquiétude. Afin d’être fixé sur la valeur des conséquences . auxquelles était conduit M. Liebig, nous nous livrâmes à l’étude des acides tartrique, racémique et citrique, et ce fut pour nous l’occasion de découvrir des faits intéressants. En. employant d’autres bases que celles dont s’était servi M. Liebig, nous arrivâmes à des ré-

snltats différents, et nous découvrîmes bientôt la cause des réductions qu’il signalait, en constatant des déplacements très -remarquables. L’argent et le plomb, par exemple, qui ont la même forme moléculaire que 1 hydrogène, peuvent se substituer à ce dernier corps et entrer dans une combinaison sans en changer la forme. Voyons si, à l’aide de ce fait, nous pouvons expliquer les résultats obtenus par M. Liebig. Le gallate plombique (C3 (H6 G3 O3)12 4- CO2 4- Pb) chauffé à 100 degrés , donne lieu au dégagement de 1 éq. d’eau et au composé C3 (H4 C3 0° Pb) 12C02. Ce dernier s’unissant avec (C3 H6 G3 O3) 12 CO2, qui n’a point éprouvé de décomposition , forme le composé G34 H10 O9 4-- Pb (Liebig) ; mais ce compose, chauffe à 150 degrés, le second équivalent qui n’a point été décomposé en raison de la combinaison dans laquelle il était engagé, ne peut pas continuer d’exister; en sorte qu’une nouvelle réduction, semblable à la première, nous amene en définitive au composé

C'5 (H4 C° 0° Pb)12 CO2. L’acide gallique mis en com

binaison avec un excès d’oxyde plombique produit, après une dessiccation complète, un sel jaune représente par G7 H- O0 4 2 PbO et que nous formulerons par

G3 (H2 G3 O3 Pb2)32 + CO2. Il est clair que de toutes ces

combinaisons on peut retirer de l’acide gallique; il suffit pour cela de les traiter par le sulfide hydrique.

Si, par exemple .

est en contact avecH2Sx2 —

C3+ (H2 C3 O3 Pb2)12 CO2

il y a formation d’acide gal-

bque . C3 (H6 G3 O3)12 CO2

et dépôt de sulfure plombique == 2SPb.

L’acide gallique ne se reproduit plus, lorqu’on emploie un agent qui ne restitue pas l’hydrogène. Ces observations donnent, comme on le voit, l’explication des

phénomènes en apparence anormaux, que M. Péligot a constatés, en combinant le sucre avec de l’oxyde plombique. On voit aussi, d’après ce que nous venons de dire, que l’hydrogène enlevé d’une substance organique peut y être remplacé par du plomb et de l’argent, qui sont isomorphes avec lui, et que ces métaux, à leur tour, sont remplacés par de l’hydrogène. C’est de cette manière que sont régénérés les produits organiques.

Le principe des combinaisons binaires successives entre deux corps nous conduisit naturellement à examiner si, lorsqu’un composé (A B) se combine avec l’un ou l’autre de ses éléments, A ou B, ces derniers, dans les nouvelles combinaisons auxquelles ils donnent lieu, en s’unissant au composé, s’y trouvent dans le même état physique, c’est-à-dire avec le même volume et renfermant la meme quantité de calorique. Telle fut l’élude à laquelle nous nous livrâmes, et bientôt de nombreuses expériences nous démontrèrent, que nonseulement un corps peut jouer deux rôles dans le même composé , mais encore qu’il est susceptible de s’y rencontrer dans des états physiques différents. L’oxygène combiné avec l’acide sulfureux dans l’acide sulfurique ne s’y trouve pas au meme état que dans l’acide sulfureux, radical de l’acide sulfurique. L’oxygène qui est combiné avec l’eau dans l’eau oxygénée, n’y est point dans l’état où ce même oxygène se trouve en combinaison avec l’hydrogène à l’état d’eau. Nous trouvâmes aussi que l’oxygène combiné avec l’oxyde bary tique, pour constituer le suroxyde, est accompagné d’une quantité de calorique sensiblement double de celle qui est nécessaire pour maintenir l’oxygène libre à l’état de gaz. Quand on met l’oxyde nitriqueen contact avec l’oxygène, ce dernier disparaît sans qu’il y ait un dégagement sensible de chaleur; il en est encore ainsi, lorsqu’on met

la vapeur nitreuse en contact avec l’oxygène dans des circonstances convenables, pour que l’acide nitrique puisse piendre naissance. Si dans ces combinaisons l’oxygène se fixe sur un corps sans abandonner le calorique latent, qu’il cède dans plusieurs autres circonstances, il faut bien reconnaître que les combinaisons de ce corps peuvent avoir lieu à d’autres conditions. La chaleur qui se développe au moment de la combinaison de certains corps, est souvent plus grande que celle qui devrait être le résultat du changement d état qu ils subissent. Or, les faits rapportés plus haut paiaissant indiquer la cause de cette chaleur, nous aurions pu boi nei là nos recherches sur celte importante question , si le calorique, agent étroitement lié avec. 1 électiicite, qui joue elle-même un très-grand rôle dans les phénomènes chimiques, ne nous eût imposé l’obligation de rechercher la relation de ce fait (la fixation

du calorique) avec les résultats les plus généraux de la chimie.

Si dans plusieurs occasions, lorsqu’il s’agissait de remonter à la cause qui détermine un phénomène chimique, nous nous sommes prononcé avec une certaine réserve, c’est que consciencieusement il nous était impossible de traiter ces questions avec plus d’assurance. Pour pouvoir reconnaître que l’affinité ou l’électricité est la cause des phénomènes chimiques, ne faudraitil pas que ces forces s’appliquassent à tous les phénomènes, et fussent définissables dans leur puissance? Oi c est ce qui n a pas lieu. Peut-on, en partant de 1 affinité, îeunir les phénomènes si remarquables de 1 eau oxygenee au nombre des réactions ordinaires de la chimie : L act ion si mystérieuse des corps poreux sur les gaz, se range-t-elle dans les phénomènes de l’eau oxygénée ou dans les phénomènes chimiques ordi-

naires? ou bien doit-on la considérer comme appartenant au domaine de la physique?

L’affinité, telle qu’elle a été définie, est cette force qui unit des corps hétérogènes pour former de nouveaux corps sut generis.

Beaucoup de corps s’associent à l’eau et à d’autres liquides sans perdre de leurs propriétés essentielles ; on peut donc se demander si l’union de l’eau avec le sulfate sodique doit être attribuée à l’affinité ou à toute autre cause. La même question peut être faite au sujet des gaz, tous capables, comme on le sait, de se dissoudre dans les liquides. L’affinité étant admise comme force qui porte les molécules hétérogènes à s’unir, il faudra en admettre une seconde, la cohésion ^ qui favorisera 1 union des molécules de même nature. Ces deux forces seront donc successivement mises en jeu. Mais sera-t-il facile d’en mesurer la puissance? Selon les circonstances, l’eau , les acides carbonique et sulfurique, les oxydes potassique et barytique étant en présence, ce sera l’acide sulfurique ou l’acide carbonique qui se combinera avec l’oxyde barytique (§ 234). L’eau, l’acide carbonique, et les oxydes potassique et calcique étant en présence, dans certaines circonstances, ce sera tantôt l’oxyde calcique, tantôt l’oxyde potassique qui se combinera avec l’acide carbonique. On alléguerait vainement que ces différences doivent être attribuées à l’influence de la force de cohésion, puisque le sulfate et le carbonate barytique sont insolubles, et que le carbonate et l’oxyde calcique le sont également.

La cohésion est, dit- on, la force qui unit les molécules de même nature, et l’on pense qu’elle balance par sa puissance les effets de la force expansive. Mais par tous les rôles qu’on'lui fait jouer, ne devrait-on pas dire plutôt qu elle est l’auxiliaire complaisant à l’aide du-

quel tout devient explicable en chimie. Chauffe-t-on une dissolution d’acétate aïuminique, c’est, dit-on, la cohésion qui développe sa puissance et qui fait déposer 1 oxyde alumînique; mais cette puissance est annulée dès que la liqueur se refroidit, car alors l’alumine se redissout. C’est aussi à la cohésion que l’on attribue la formation du sulfate calcique au sein d’une dissolution; mais, s’il en est ainsi, comment se faitil que deux dissolutions, l’une de nitrate calcique et l’autre de sulfate sodique, toutes deux étendues d’eau, puissent se trouver en présence sans qu’il y ait formation de sulfate calcique? Les effets de cette prétendue foi ce ne se manifestent donc que par l’influence de l’agent qui est envisagé comme propre à l’annuler; en un mot, la chaleur détermine la précipitation du sulfate calcique, qui prend alors naissance. Cette force n est pas moins en défaut, lorsqu’on examine les effets de son action sur un, corps isolé; c’est elle qui devrait réunir les molécules d’eau, et cependant on peut enlevei a I eau de la vapeur a tous les degrés de température, car il suffit pour cela de faire varier la pression. A. la chaleur rouge, d’autres phénomènes se manifestent, et la cohésion, qui, d’après les idées reçues, devrait alors avoir perdu tout son empire sur les molécules deau, 1 aurait au contraire repris, puisque dans cet état 1 eau ne se réduit point en vapeur.

En substituant l’électricité à l’affinité, l’incertitude disparait-elle? Certes non, et au contraire il naît des doutes sur la nature de la cause même que l’on veut faire servir à l’explication des phénomènes chimiques. Savons-nous si l’électricité est une modification du calorique, ou si le calorique est une modification de l’électricité ? Par la chaleur nous développons de l’électric^é, par 1 électricité nous développons de la chaleur.

Quant à l’explication des phénomènes chimiques au moyen de l électricité, rien de plus facile : les corps sont tantôt E. (-b) , tantôt E. (— ■) , et alors, si l’eau est décomposée par le fer,, cela devient tout simple : le fer est plus E. (-(-) que ne l’est l’hydrogène; il s’empare donc de l’oxygène, et l’hydrogène est mis en liberté : mais l’oxyde de fer, à son tour, est réduit par l’hydrogène, il se forme de l’eau, et le fer est mis à nu. Comment expliquer ces phénomènes contradictoires? On change la valeur relative des signes, et l’on raisonne à son aise.

À nos yeux, l’affinité et l’électricité n’ont pas seulement le défaut de ne pouvoir servir à l’explication des phénomènes chimiques les plus généraux, mais encore elles ont celui de mettre dans la nécessité de séparer les phénomènes du même ordre, puisque, par l’une comme par l’autre de ces forces, on ne doit point confondre l’union des molécules similaires avec celle des molécules hétérogènes.

Est-il absolument nécessaire , nous sommes-nous demandé, de distinguer les phénomènes d’attraction, et d’attribuer les uns à la cohésion et les autres à l’affinité? Nous étions d’autant plus en droit de nous faire cette question, qu’en 1826, elle avait déjà été abordée par M. Thénard dans une de ses leçons au collège de France. Ce savant professeur , plaçant sous les yeux de son auditoire des échantillons de glaces polies, soudées par le seul effet d’un contact immédiat, dit à cette occasion, après avoir examiné le fait sous toutes ses faces, qu’il serait possible qu’un jour on confondît les phénomènes dus à la cohésion avec ceux attribués à 1 affinité, l’attraction , d’après la belle observation de M. Clément (la soudure de deux lames déglacés) , paraissant dépendre uniquement de la juxtaposition des surfaces similaires. L’intérêt que ce phénomène pouvait offrir

par lui-même, augmenta encore par les remarques que nous fûmes dans le cas de faire sur les combinaisons des corps en volumes déterminés; en sorte que, reconnaissant à la chaleur le pouvoir de produire des contractions et des dilatations, nous recherchâmes si les opérations par lesquelles on parvient à combiner les corps, n’ont pas en définitive pour effet de donner aux corps que l’on veut combiner, le volume qu’ils doivent avoir pour occuper l’espace qui leur est réservé dans les composés dont ils doivent faire partie. Plus tard cette opinion nous sembla en quelque sorte confirmée par l’examen des causes qui paraissent déterminer l’isomorphisme des corps, et finalement nous crûmes remarquer que dans toutes les actions chimiques il n’y avait au fond à étudier que des phénomènes purement physiques, en un mot, des changements dans les dimensions des corps. Si nous nous hasardons à énoncer aujourd’hui une opinion si contraire aux idées reçues jusqu’à présent, c’est que nous ne voyons pas la possibilité d’expliquer autrement les quantités définies de chaleur absorbées ou dégagées, soit durant ce qu’on appelle le changement d’état des corps, soit par l’effet de leurs, combinaisons.

INous avons déjà dit que nous ne pouvions nous prononcer sur la nature de la force qui porte les corps à s’unir ; mais nous n’avons point nié l’existence, de cette force, démontrée d’ailleurs par l’expérience; elle sera unique pour nous et désignée sous le nom à' attraction. Cette nouvelle manière d’envisager la combinaison des corps étant susceptible d’être exposée par des propositions, nous allons présenter ici ces dernières en les appuyant de quelques développements.

Première proposition. La combinaison ou la juxtaposition des molécules résulte simplement du change-

ment d’état physique des corps , opéré par l’influence qu’ils exercent les uns sur les autres. La permanence de ce nouvel état dépend de la température et de la pression.

Deuxième proposition . Tout changement survenu dans l’état physique d’un corps est dû à une combinaison dont l’un des éléments est nécessairement un corps impondérable.

Troisième proposition . La combinaison se fait avec ou sans le concours de la chaleur, et au moment où elle s’opère, il peut y avoir dégagement ou absorption de chaleur; s’il n’y a ni absorption ni dégagement de chaleur, les combinaisons n’ont que peu de stabilité.

Quatrième proposition. Les combinaisons sont toutes binaires, et elles se font dans des rapports tels, que les nombres qui expriment les volumes de leurs éléments appartiennent toujours à l’une ou à l’autre des progressions suivantes :

: : 1 : 2 : 4 : 8 : 1 6 : 32 : 64 : 1 28 ou : : 3 : 6 : 1 2 : 24 : 48, etc.

Quand le volume d’un corps pondérable n’a pas les dimensions voulues pour entrer dans la combinaison, il les acquiert au moyen du calorique ou de l’eau. Les quantités relatives de calorique absorbé ou dégagé sont entre elles comme les nombres ci-dessus1.

Cinquième proposition . Les deux états extrêmes de la matière sont l’état solide et l’état gazeux. La combinaison en proportion définie du calorique avec le corps solide produit le corps gazeux ou la vapeur. La combinaison en proportion définie d’un corps solide avec

1 Celte proposition n’est que la reproduction de celle que nous avons publiée ( Compte-rendu de V Institut, octobre 1837, n° 18). L’on peut voir que les résultats obtenus par M. Dulong , sur la chaleur développée pendant la combinaison, en sont la confirmation.

un certain nombre dequiyalenls de vapeur produit le corps liquide, dans lequel la vapeur est toute formée.

Tous les gaz sont condensables par l’influence des corps solides et liquides, tantôt sans variation de température, tantôt avec absorption, tantôt enfin avec dégagement de chaleur. Toutes les combinaisons possibles sont dépendantes de ces divers genres d’absorption. Les gaz carbonique, ammoniac, etc., sont absorbes par le charbon en proportions définies, sans dégagement, ni absorption de chaleur. Ces gaz, dans les composés auxquels ils donnent naissance , conservent la plupart de leurs propriétés : aussi une diminution de pression, une élévation de température, ont toujours pour effet de détruire des combinaisons de ce genre. À celles-ci s’en rattachent un grand nombre d’autres, et particulièrement les dissolutions des sels dans l’eau pouvant s’effectuer sans développement de chaleur.. Nous y rattachons l’état liquide des corps, et nous trouvons dans cette manière de voir l’explication de quelques phénomènes physiques remarquables. Le point d’ébullition des corps est essentiellement différent (§ 159) ; ce qui nous semble devoir être attribué à ce que ces combinaisons étant dépendantes de la chaleur et de la pression, elles ne pourraient être détruites au même degré de température qu’au tant qu’il y aurait identité entre tous les corps : or, comme cela n’a pas lieu ainsi, le point d’ébullition est donc le terme, où, sous une pression atmosphérique donnée, la combinaison du corps solide avec sa propre vapeur cesse d’exister. L’eau à l’état liquide est un composé défini de glace et de vapeur. Sous la pression ordinaire, l’existence de ce composé n’est possible qu’entre les degrés de température compris depuis la glace fondante jusqu’à son point d’ébullition, qui sous la pression de 0,76 a lieu, comme

on le sait, à 100 degrés. Il en résulte donc, que l’eau à l’état liquide étant une combinaison de vapeur d’eau et de glace, on peut enlever la vapeur et détruire ainsi celte combinaison par un abaissement de pression, comme on détruit par ce même moyen la combinaison du charbon avec le gaz chloride hydrique ou ammoniac. Cette interprétation nous permet de tirer une autre conséquence, que nous ne devons point passer sous silence : c’est que la vapeur d’eau et la glace exercent, l’une et l’autre, sur nos organes une sensation très-vive, dépendante de la tendance qu’elles ont à se mettre en équilibre de température. La combinaison de la vapeur d’eau avec la glace a pour effet la neutralisation, comme aussi une neutralisation a lieu par l’acide sulfurique avec l’oxyde potassique.

Les combinaisons qui rentrent dans ce groupe doivent, dans leurs éléments, présenter des rapports d’autant plus simples que la température est plus élevée. Or c’est précisément ce qui a lieu. Les sels hydratés contiennent d’autant plus d’eau, qu’ils cristallisent à des températures plus basses (sel marin) , et ils en contiennent d’autant moins que la cristallisation s’est opérée à une température plus élevée (borate sodique).

Les belles observations de MM. Thénard et Dulong (p. 245) ont fait connaître l’action que des corps poreux peuvent exercer sur des gaz, et ces savants ont été portés à conclure que cette action absorbante dépend de la texture et de la température; car on voit des corps qui, comme le verre pilé, n’agissent qu’à une température élevée. Nous citerons encore l’oxyde barytique, lequel, mis en contact avec l’oxygène à la température ordinaire, est sans action sur ce gaz; tandis qu’à une température élevée, mais déterminée, et qui ne doit pas dépasser certaines limites, l’oxygène est

absorbé, ainsi qu’une quantité de chaleur égale à celle que renfermait l’oxygène avant d’être mis en présence de l’oxyde barytique. Cette chaleur se fixe -t- elle sur l’oxyde barytique, ou bien sur l’oxygène? Nous verrons que ce ne peut être que sur ce dernier corps. En effet, quand le suroxyde barytique est traité par un acide sous l’influence de l’eau, l’oxygène (calorifié) abandonne l’oxyde barytique pour se combiner avec l’eau et former l’eau oxygénée. Celle-ci est décomposée sous l’influence de la chaleur, de la même manière que le suroxyde barytique, lequel, comme on le sait, est décomposé à une température élevée, en oxygène et en oxyde barytique. Cette décomposition est essentiellement dépendante du volume que les corps affectent sous l’influence de la chaleur. Ce qui semble surtout le prouver, c’est que pour faire l’oxygène (calorifié) , on ne peut substituer à l’oxyde barytique les oxydes strontique et calcique, bases dont les volumes des équivalents diffèrent tous les uns des autres (p. 832).

Les phénomènes que présentent l’eau oxygénée, sontils explicables et rentrent-ils dans les phénomènes généraux ? C’est ce que nous allons examiner, et d’abord ne perdons pas de vue que l’eau oxygénée renferme de l’eau et de l’oxygène calorifié. En contact avec des corps qui ont une grande force de condensation sur les gaz , ou qui sont d’excellents conducteurs de la chaleur, l’eau oxygénée ne peut point exister. L’on observe , en effet , qu’elle est décomposée par l’éponge d’or, de platine, d’argent, par l’oxyde argentique, l’oxyde mercurique, le charbon, etc., c’est-à-dire par tous les corps très-impressionnables à l’influence de la chaleur ou qui exercent une action spéciale sur les gaz. Elle est décomposée aussi par toutes les bases salifiables, parce que celles-ci opèrent de véri tables déplacements. A l’eau , qui est combinée avec

l’oxygène calorifié , se substituent les bases, et ainsi se forment clés suroxydes correspondants au suroxyde barytique; mais comme les oxydes nont pas tous le même volume ou le sous-multiple de ce volume, ces suroxydes renferment, outre l’oxygène calorifié, une certaine quantité cl’eau.

Par ces raisons on comprend que les acides qui sont à base d’eau, que les sels eux-mêmes, en tant qu’ils ne peuvent pas faire fonction de base, doivent être sans action sur l’eau oxygénée. Si donc celle-ci se décompose, ce sera par les composés qui sont aptes à s’unir avec l’oxygène; tels sont, par exemple, les acides sulfureux, sélénieux , arsénieux et phosphoreux. On voit d’après cela que nous faisons de l’oxygène, combiné avec l’agent de la chaleur, un corps spécial „ prenant naissance dans des conditions physiques qui lui sont propres; de même que le mercure s’unit avec" l’oxygène] dans des conditions fixes de température, hors desquelles le composé est détruit. Ce corps spécial (l’oxygène calorifié) peut entrer en combinaison avec plusieurs corps (-f-) et former une série de composés. L’existence d’un composé de ce genre ne nous permet-il pas d’en prévoir de correspondants? et les phénomènes si remarquables du soufre et du phosphore en fusion à différents degrés de chaleur, les changements de couleur que les corps subissent suivant les conditions physiques de température où ils se trouvent placés, ne sont-ils pas autant de faits qui rentrent dans ce genre de combinaisons?

Dans les acides manganique, hyper - manganique, chrômique, sulfurique, sélénique, un volume d’oxygène s’y trouve calorifié; mais y est- il dans le même état que dans l’eau oxygénée? C’est une question à laquelle nous ne pouvons répondre maintenant.

Il est des phénomènes qui fixent depuis longtemps

l’attention des physiciens et des chimistes. Certains sels, en se dissolvant dans l’eau, produisent un abaissement de température, que l’on a voulu expliquer par l’application du principe suivant, envisagé comme général: Tout corps qui passe de l’état solide à l’état liquide ^ ou de ce dernier état à celui de gaz „ doit produire un abaissement de température . Une foule de corps, en se dissolvant dans l’eau , produisent une élévation de température, au lieu d’un abaissement. Dans ce cas, l’on peut dire que c’est l’eau à son maximum de concentration qui s’est combinée avec le sel , et partant qu’il y a eu dégagement de toute la chaleur qui servait à élever la température de l’eau de 4 degrés jusqu’à celui où l’on a expérimenté. Que nous admettions cette définition pour expliquer, par exemple, la chaleur qui se développe, lorsqu’on met le chlorure calcique anhydre en contact avec l’eau , ce ne sera pas une raison pour reconnaître que le chlorure calcique hydraté ne produit du froid en se dissolvant dans l’eau, que parce qu’il passe de l’état solide à letat liquide; car si ce phénomène d’abaissement de température était réellement dû à un simple changement detat, on ne remarquerait pas de si notables différences dans le pouvoir refroidissant des corps, qui, en se dissolvant dans l’eau, produisent du froid, et on ne pourrait pas non plus constater un abaissement de température en mélangeant avec de l’eau une dissolution saline. On sait, d’après les expériences de MM. Berthollet et Gay-Lussac, qu’une dissolution de nitrate ammonique à 16 degrés et d’une densité = à 1,302, mélangée avec de l’eau dans la proportion de 44 gr. 05 : 35 gr. 76 produit un abaissement de température de 4°, 95, et que la densité de cette dissolution, au lieu detre = à la moyenne, c’est-à-dire à 1,151 , se trouve égale à 1,159. Ainsi, il y a absorption

de chaleur et condensation; par conséquent, dans cette circonstance, l’abaissement de température n’est point dû au passage d’un corps solide à l’état liquide. Nous croyons, d’après nos propres expériences, que cet abaissement de chaleur est proportionnel au pouvoir absorbant du sel pour la vapeur. Rappelons-nous que l’eau est une combinaison de vapeur et de glace, en sorte qu’une dissolution saline ou un sel peuvent disputer à la glace le pouvoir de s’unir avec la vapeur , s’y combiner et condenser enfin cette dernière , comme le charbon condense le cbîoride hydrique et le sulfide hydrique; il s’opère ainsi un déplacement, qui met en liberté une certaine quantité d’eau ou de glace.

Passons des deux genres de réaction que nous venons d’examiner à celui où il y a dégagement de chaleur. Les combinaisons de cet ordre sont toujours les plus stables, parce que l’état physique des corps y est complètement changé, et qu’enfin les combinaisons se font toujours avec condensation. Ces combinaisons , opérées sous l’influence du calorique, les corps qui les constituent sont moins impressionnables à l’action de cet agent, lequel, d’après notre manière de voir, est celui qui a la plus grande influence sur les phénomènes chimiques. On dira, peut-être, que cette proposition est fausse en s’appuyant sur ce que, le chlore et l’hydrogène s’unissant à volumes égaux et sans condensation, il y a cependant dégagement d’une grande quantité de chaleur. Cela est vrai, quand il est question de ces deux corps gazeux; mais cette objection n’a plus de valeur, lorsqu’on mesure les corps à l’état liquide. 4insi, le volume du chlore et celui du chloride hydrique étant les mêmes à l’état liquide, il doit y avoir eu par la combinaison du chlore avec l’hydrogène une condensation égale à celle du volume d’hydrogène.

Les gaz en contact avec les corps solides peuvent combiner à des degrés de température plus ou moins élevés. Prenons l’oxygène pour exemple. Ce corps se combine avec le phosphore, à une température peu élevée; elle est plus élevée quand il se combine avec le soufre, et plus élevée encore en se combinant avec le charbon. L’action, une fois commencée sur un point , se propage sur tous les autres, si toutefois l’oxygène est en quantité suffisante, et l’on observe un phénomène semblable à celui d’une bougie , qui , étant allumée, continue à brûler. Quel est l’effet de la chaleur dans cette circonstance? pourquoi faut-il donc chauffer les corps jusqu’à un certain point pour parvenir à les combiner avec l’oxygène? Les corps n’ayant pas un égal pouvoir absorbant, on pourrait croire que la chaleur a pour effet de développer ce pouvoir; il nous semble plus rationnel d’admettre que la chaleur détermine la formation d’une certaine quantité de vapeur, laquelle resterait unie au corps solide jusqu’à ce que l’oxygène, disputant au corps solide le pouvoir qu’il a de s’unir avec sa vapeur, se combinerait avec celle-ci, en abandonnant, ainsi que la vapeur, la chaleur qui les constituait tous deux à l’état de fluides élastiques. Le calorique accumulé sur un corps qu’il rend vaporisable, peut immédiatement , en devenant libre, reconstituer une quantité proportionnelle de vapeur, et ainsi de suite jusqu’à combustion complète de ce corps. Maintenant, que des corps ne dégagent pas des quantités de chaleur en rapport avec l’oxygène employé, mais que ces quantités soient multiples, cela nous parait naturel , puisque nous admettons qu# le calorique peut se combiner en plusieurs proportions avec l’oxygène ainsi qu’avec les différents corps.

La plupart des combinaisons rentrent dans le genre

de celles qui viennent de nous occuper, et en les étudiant on verra quelles se réduisent à des questions de température. Pourquoi en effet faut-il des quantités déterminées d’acide sulfurique et d’eau, pour que cette dernière soit décomposée par le zinc? Pourquoi l’eau est-elle indispensable dans les réactions chimiques? Pourquoi les doubles décompositions salines se fontelles tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, et cela par le seul fait qu’il se trouve en présence de ces sels des proportions d’eau différentes? Si ce n’est que l’eau, par la vapeur qu’elle contient, vient fournir la chaleur nécessaire aux combinaisons qui doivent s’effectuer. Pourquoi enfin la pile peut-elle déterminer des décompositions si nombreuses? N’est-ce pas parce que c’est l’agent 'calorifique le plus puissant?

Si réellement les opérations chimiques se réduisent à de simples questions de juxtaposition suivie ou non d’équilibre de température entre les corps et de changements dans les dimensions de leurs masses; si les effets de ces opérations peuvent être calculés; si les propriétés physiques des corps sont étroitement liées à celles qu’à tort ou à raison, on appelle propriétés chimiques; si enfin en partant du principe des combinaisons binaires et successives entre les corps, on parvient à grouper en un seul faisceau tous les phénomènes qui se manifestent au contact des corps, je le demande, y a-t-il témérité de notre part à penser et à dire que la chimie n’est en définitive qu’une des branches de la physique, et qu’elle ne s’en distingue que par la spécialité de ses opérations?

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