DEUXIEME PARTIE
La première partie a été entièrement consacrée à l'établissement des bas(^s sur lesquelles repose la théorie des atomes. Tout y a été démontré a priori comme urie conséquence nécessaire de l'existence même des atomes; et l'on a pu voir que, partout, les faits coïncidaient avec les idées préconçues.
Dans Ja deuxième partie, nous suivrons une marche tout-à-fait opposée; nous partirons de la connaissance des fiiits pour remonter à l'existence des atomes.
L'ordre adopté pour celte deuxième partie ne diffère pas sensihlemeni de celui qui a été suivi par tous ceux qui ont écrit sur la théorie atomique jusqu'à ce jour : seulement, nous avons donné les élémens nécessaires pour que tout puisse être com()ris l'acilemeut ; et les propositions sont enchaînées de telle manière, que celles qui précédent n'auront jamais besoin de celles qui suivent pour être entendues.
§ XVII. A. La densité d'un corps étant exprimée par un poids déterminé sous un vo-
lume donné, ou, plus généralement encore, la densité étant le rapport du poids au volume , il en résulte que, sous des volumes égaux, les densités des matières semblables sont comme leurs poids, et TJi'ce versa.
B. La densité ne variant pas, les poids sont en raison directe des volumes.
C. Les poids étant fixes, les volumes sont différens pour des densités différentes; mais plus les volumes sont grands, plus les densités sont petites, et plus les volumes sont petits, plus les densités sont grandes; c'est-à-dire que différentes matières étant d'un poids égal, cellelà sera plus dense qui aura le plus petit volume. Or, il en résulte que les densités sont en raison inverse des volumes, et vice vei'sâ.
D. On obtient la densité d'un corps en divi-
sant son poids par son volume : de là ^ = D.
Il suit de ce qui précède que l'on connaîtra le volume d'un corps en divisant son
poids par sa densité : de là :=r- = V.
E. Le poids d'un corps sera donc égal au produit de sa densité par son volume : D x V z^P(0.
(i) Les exemples qui viennoiil d'être demies sont
A l'étude ue la ciiiMiL. 8g
F. Nous admettons, sans discussion, que le volume des atomes est le même pour tous.
Il suit de la :
1° Que les poids atomiques expriment les densités relatives des atomes, et que par conséquent d = p;
2° Que le nombre des atomes dans les masses croît comme le volume réel de ces masses , et que v •=: n.
Cela étant, on peut appliquer aux atomes
ce qui a été dit pour les densités : , don-
^ * poud
nera v = n. De même — =: p, et p x n = P.
(Voyez les signes.)
§ XVIII. A. A l'aide des données qui pré-
on ne peul plus faciles à compieiidre poui- quiconque
sait raridime'tique ; car, en posant le premier de cette
\Y manière, P ,^ > on voit que P est divitlende , que V
est diviscui- et que D est c[uotient. Comme on fait la preuve de la division par la multiplication, D X V doit reproduire P; mais V X I^ = D X Y- On peut donc
poser la division ;unsi : 1* ^^ — ; donc t- = D , et
go INTRODUCTION
cèdent, il est possible de résoudre quelques problèmes relatifs aux atomes :
1° Puisque le poids de la matière appartient aux atomes, et que le poids d'une masse n'est que celui de tous les atomes qui la constituent , en divisant un poids quelconque de matière simple par celui de l'atome qui la représente, on aura pour quotient le nombre des atomes.
Cela peut se prouver par l'équation — =: -r- •
mais -y- = V = n. (Voyez ci-dessus.)
L'opération inverse pourra être faite; c'està-dire que, connaissant le nombre des atomes, on pourra trouver le poids de la masse qu'ils forment; chose si simple, qu'elle n'a pas besoin de démonstration : ce sera n x p = P.
Voici quelques exemples relatifs à ces deux cas : soit une combinaison formée sur loo parties de 7,17 d'oxigène et de 92, 85 de plomb. On aura les nombres relatifs des atomes d'oxigène et de plomb en divisant le premier de ces nombres par le poids atomique de l'oxigène
et le second par celui du plomb. Ainsi -^
= 0,07^7 et T§^8 = 0,0717. 'Les deux quotiens étant égaux, et exprimant le nombre d'atomes, n'est-il pas évident que dans l'oxide
A L ÉTUDE DE LA CHIMIE. Qî
de plomb, qui vient d'être pris pour exemple, il y a autant d'atomes de plomb que d'atomes d'oxigéne (i) ?
2** Pour convertir en poids la composition atomique de l'oxide de plomb, on observera qu'il contient un atome d'oxigéne et un atome de métal, et que les poids de ces atomes sont entre eux y, loo l 1294,498.
Si donc on veut transformer ces poids en centièmes, il suffira de suivre attentivement cette formule ; 0 -♦- Pb ; 100 II 0 : x = 7,17 (2) ; mais si 100 p. d'oxide de plomb renferment 7,17 d'oxigéne, le reste sera du plomb. Donc 100 — 7,17 = 92,85 = plomb.
Le sesqui-oxide de fer, sur cent parties, contient 69,^34 de fer et Soj^ôô d'oxigéne : 69,34 de fer , divisés par le poids atomique du fer,
339,20 , donnent 0,204 > ^^ 'TÛ^^^^>^^^y ^^^^ 0,204 l o,3o6 II 2 l '5 : donc, la formule du sesqui-oxide de fer sera représentée par Fe'
(i) Il faut bien faire attention qu'il n'est ici question que du rapport numérique des atonies et non de leur nombre réel, puisqu'on ne le connaît pas. (§ VI. C.)
(?.) Au lieu des signes O -f- Pb et 0, on prendra les nombres qu'ils représentent.
Q2 IJNTKOUUCTIOIS
La composition en ccnlièmes se rétablirait comme la précédente.
5° Toutes les fois que l'on voudra connaître le rapport numérique des atonies entrant dans une combinaison dont la composition sera exprimée en poids, il faudra diviser chaque poids de matière simple par celui de l'atome correspondant : les qaotiens seront entre eux comme les nombres d'atomes.
Pour avoir le rapport le plus simple possible, il faudra trouver le plus grand commun diviseur par les méthodes ordinaires, et diviser chacun des poids par ce nombre : les quotiens indiqueront ce que l'on cherche.
Si, en opérant ainsi, on obtenait des demiatomes, il faudrait doubler la formule; si l'on obtenait des tiers d'atomes, il faudrait la tripler, etc. Cela ne peut être autrement, puisque les atomes sont insécables.
B. Les formules chimiques adoptées par M. Berzélius sont loin d'être toujours la plus simple expression des combinaisons ; car, admettant que les sels renferment un acide et ime base tout formés, la molécule basique étant déterminée, celle de l'acide le devient nécessairement, Givice versa. Soit la molécule basique = A, la quantité d'acide qui pourra la saturer donnera le poids de celle molécule; Tacide
A l'étude de l.\ chimie. 95
ciùique, par exemple, dans sa plus simple expression, serait représente par C, H, 0; mais la somme des poids de ces trois molécules n'est que le quart du poids de l'acide qui peut
saturer A. O, H% 0^ représentera donc la molécule d'acide citrique.
Nulle autre considération ne peut porter à croire que la molécule de cet acide renferme O, H^ 04 : car cette molécule fût-elle C, H, 0, il faut que les élémens se séparent pour se grouper autour de A, 0; et dans ce cas, c'est purement et simplement admettre les équivalens.
G. Pour trouver le nombre des atomes entrant dans ces prétendues molécules, on détermine la capacité de saturation de l'acide^ c'està-dire que l'on cherche le poids qu'il en faut pour saturer une molécule de base. On divise ce poids par la formule la plus simple donnée par l'analyse, et Ton multiplie le nombre de chacun des atomes qu'elle représente par le quotient que l'on obtient. Par exemple, soit à déterminer la formule de l'acide citrique, on chterche combien il en faut pour saturer 0 Pb. Le ])oids obtenu étant divisé par la somme des poids des atomes de la formule C II 0, qui est b plus simple expression à laquelle on puisse
g4 INTRODUCTION
lamenor l'acide en question, on verra qu'elle en contient quatre fois autant; on multipliera donc chaque atome par 4? et l'o^ aura C'^ ,
S'il arrivait que des atomes fussent alFeclés d'exposans, on multiplierait également ces exposans par le nombre obtenu au quotient : dans le cas précédent H" aurait donné H^
§ XIX. A. Les équivalens chimiques indiquant les rapports des quantités pondérales de matières qui peuvent se substituer les unes aux autres dans les combinaisons (§ IX. B.), n'indiquent également que des nombres qui offrent un rapport simple avec les poids des atomes; mais quand ils apparîiennent à des corps isomorphes, ils deviennent l'expression réelle des poids atomiques. Ils pourraient cependant en être des multiples : dans ce cas, le poids auquel on les comparerait serait lui-même multiple, et par un même nombre. Par exemple, l'équivalent de chlore = 442)65o, et ce poids est exactement le double du poids de l'atome ; si on le compare à l'équivalent ^e l'iode qui est isomorphe avec le chlore, on a i57g,5oo, qu'il faut aussi diviser par deux pour avoir le poids atomique de l'iode-
B. En ne considérant pas les équivalens comme des nombres déterminés d'avance, mais
A l'étudr de la chimie. g5
comrnt; des nombies donl le rapport seulement existe, l'équivalent d'iode comparé au chlore pris en quantité telle que son poids soit celui qu: est adopte pour son atome , l'équivalent 4'iode , (lisons-nous , sera aussi le poids de l'atome de ce corps.
Dans bien des cas, on adopte les équivalens comme poids atomiques , sans autre considération. (Voyez §XVIII. B, C.)
§ XX. Les proportions multiples sont un bon guide pour déterminer le rapport des atomes. Elles ne peuvent en indiquer le nombre que d'une manière relative, c'est-à-dire par comparaison avec d'autres corps; par exemple: dans les oxides de fer, pour une même proportion de< ce métal, les quantités d'oxigéne sont entre elles comme 6, 8, g qui donnent ces formules : F'^ 0'^ Fe'^ 0^ Fe*^ 0^. Quelques considérations ayani fait connaître que le protoxide de fer est isomorphe avec le monoxide de calcium pour lequel ou a adopté Ca 0, ces trois formules deviennent Fe 0, Fe^ 0', Fe^ 0\
Les proportions multiples ont indiqué le rapport des quantités d'oxigéne; mais, par des considérations d'un ordre différent, une seule formule ayant été trouvée, les autres en ont découlé immédiatement. Pour les combinaisons
q6 INTRODUCTION
(le l'azote et de l'oxigèiie, celui-ci devient en volume ou en poids, pour une quantité constante du premier, comme les nombres i, 2, 3, 4> ^ ' ^^^^ ce cas, la théorie des volumes indique que, pour un atome d'oxigéne, il y a deux atomes d'azote; cette quantité étant constante pour toute la série d'oxigéne, les formules deviennent dans leur plus simple expression, 0 Az% 0 Az, 0^ A% 0' Az, 0^ Az% et sont formées dans le même rapport que leurs correspondantes 0 Az% 0' Az% 0^ Az% 0^ Az% 0^ Az\
§ XXI. L'isomorphisme est une des parties de la chimie qui offre les meilleures indications pour déterminer les nombres des atomes; ces nombres indiquera facilement leur poids , lorsqu'on sait combien il y en a dans une quantité déterminée de matière.
En effet, si l'on sait que le protoxide de fer peut être remplacé, dans un carbonate, par les oxides Ca -^ 0 , Ma -j- 0, Mn -f- 0, etc., sans en faire chanfjer la forme, on pensera avec raison qu'ils sont composés d'un même nombre d'atomes, et leurs poids atomiques seront entre eux comme les quantités pondérales de matières qui peuvent se substituer, en saturant une égale quantité d'acide carbonique. Le poids de l'un d'eux étant déter-
A l'étude de la chimie. gy
miné , il sera très - facile de trouver les autres.
C'est pour de semblables déterminations qu'il faut bien remarquer que des corps de formes semblables peuvent avoir des compositions très - différentes , et qu'en général l'isomorphisme ne peut se rapporter qu'aux combinaisons qui, ayant la même forme, peuvent être exprimées par le même nombre d'atomes, les élémens de l'eau y compris, s'ils en font partie. (Voyez § XL C , D, E. )
§ XXII. Les gaz se combinant entre eux dans des rapports très-simples, relativement à leurs volumes, on a été conduit à admettre que sous des volumes égaux à la même pression et à la même température, ils contenaient le même nombre d'atomes. C'est une pure supposition que l'on a faite; mais elle est appuyée par un grand nombre de considérations telles que : i" leur combinaison en volumes qui sont eu rapports simples; 2° leur égale capacité pour le calorique, sous des volumes semblables; 5" leur dilatation qui paraît ne trouver de bornes que dans une action extérieure , comme la résistance opérée par les parois des vases et la pression atmospliérique, etc. ; d'où l'on peut conclure que cette action étant étrangère aux atomes, doit être égale pour tous, quelle que
goit leur nature: c'est au reste ce qui est prouvé par les expériences de Mariotle. (Voyez
Lorsque l'on considère les volumes de vapeurs des corps volatils qui se combinent, îes rapports ne sont pas aussi simples; mais ils ne s'éloignent jamais des proportions que l'on peut supposer exister entre les atomes; toutefois , il faut bien remarquer que Visomérie parait pouvoir affecter les corps simples à l'état de vapeur comme à l'état solide.
Bans tous les cas, les gaz simples et permanens indiquent des nombres égaux d'atomes sous des volumes semblables. Mais les vapeurs indiquent, tantôt des atomes, iode; tantôt des multiples d'atomes, soufre, phosphore; tantôt des sous-multiples d'atomes, mercure.
Les gaz simples contenant le même nombre d'atomes sous des volumes égaux, il en résulte que leurs densités sont entre elles comme leurs poids atomiques. L'oxigène qui existe à l'état gazeux étant pris pour ternie de comparaison, il suffit d'une simple proportion pour trouver les poids atomiques des corps de cette nature.
1,1026 étant la densité de l'oxigène, et 100 son poids atomique, un gaz simple quelconque étant G, on a
1,1026 ; joo ,•; G ; x.
A l'étude de la. chimie. 99
C'est ainsi q\ie l'on déterminera les poids atomiques de l'hydrogène et de l'azote.
§ XXÏII. Nous avons déjà fait remarquer ( § XI, G 5° ) que le soufre se présente sous plusieurs états trés-dilFérens : i** mou et presque noir comme du caout-chouc, lorsqu'il a été coulé sous l'eau après avoir été élevé à la température de 23o° environ j 2° solide, sous forme d'octaèdres symétriques, comme le soufre cristallisé naturellement et celui que l'on obtient dans la préparation du sulfure de carbone; 3" solide et .sous forme de prismes obliques; 4"^ ^^ couleur jaune lorsqu'il est liquifié par une chaleur qui ne dépasse pas 120°, et de couleur rouge foncé lorsqu'elle s'élève au dessus; 5° enfin, à l'état de vapeur dont la densité = 6, 6. Le soufre, quoique simple par sa nature, possède donc des atomes qui peuvent se grouper de différentes manières. C'est un fait dont il est impossible jusqu'à présent de se rendre compte ; mais c'est un fait bien constaté qui permettrait de. douter de la simplicité de ce corps plutôt que d'être révoqué» Mais si le soufre, à la température ordinaire, peut exister sous trois états différens , il est encore possible qu'à une température élevée, ses atomes ne soient pas entièrement séparés, mais groupés pour former des molécules. On
lOO INTRODUCTION
est efFecdvement conduit à cette supposition quand on considère que, si l'on admettait la densité 6,6 comme étant celle du soufre simple, il deviendrait beaucoup plus difficile et même impossible de se rendre compte du groupement des atomes dans les combinaisons qu'il peut former avec différens corps, comme la plupart des métaux, etc.
Il faut donc bien remarquer que Yisomérie ne permet pas que l'on admette sans examen les poids des vapeurs comme étant entre eux proportionnels à ceux des atomes.
g XXlV. 11 est des analogies cliimiques qui sont si frappantes, qu'elles peuvent être aperçues par les moins clairvoyans. Il s'en faut de beaucoup qu'elles soient à dédaigner pour la détermination du nombre des atomes; ces analogies ont presque toutes été confirmées par Tisomorphisme. Ainsi, l'analogie qui existe entre le chlore, le brome et l'iode, est tout-àfait incontestable : si l'on découvre une nouvelle combinaison de chlore, on en trouve une de brome et une d'iode, qui peuvent être exprimées par le môme nombre d'atomes. L'isomorphisme du bore et du silicium n'a point encore été constaté; mais il ne paraît pas douteux qu'on le trouvera, et l'analogie qui existe entre ces deux corps çt leurs combinaisons jie laisse
A l'Étude de la. chimie. ioi
pas le moindre cloute que l'acide silicique renferme le même nombre d'atomes que l'acide borique anhydre. Le soufre et le sélénium ont également une analogie remarquable.
§ XXV. Les formes cristallines doivent être mises au rang des données générales qui peuvent servir à déterminer le nombre des atomes qui font partie d'une combinaison : on a vu (§ XL F.) que les formes pouvaient conduire à trouver des nombres multiples, qu'il est inutile d'exprimer dans les formules chimiques, mais qui appartiendraient à des forniiules cristallographiques. La chimie n'ayant besoin que des rapports des élémens, on les exprime souvent par les formules les plus simples possibles. Ces formules simples se trouveront toujours facilement en essayant de diviser la formule cristallographique par différens nombres ; le plus grand diviseur donnera l'expression de la plus petite (gXVIIL A. 5°).
Ce genre d'examen présente de telles difficultés, qu'il faut avouer qu'il est plus utile pour confirmer une formule que pour la trouver.
§ XXVL Le calorique spécifique des corps simples fournit d'excellentes indications pour trouver les poids des atomes; car il résulte d'expériences faites par MM. Dulong et Petit, qu'il est toujours j)ossible d'admettre des poids
atomiques qui soient tels, que le calorique spécifique de chaque atome soit proportionnel à son volume; or, en reconnaissant que le volume des atomes est semblable pour tous , chacun de ces atomes aurait aussi une égale capacité pour la chaleur.
Supposons un instant que les poids relatifs des atomes soient tels, que le calorique spécifique soit réparti également chez chacun d'eux : on pourrait facilement trouver la relation qui existe entre les nombres exprimant le calorique spécifique pour chaque espèce de matière, sous un poids déterminé j car, dans ce cas, le calorique spécifique est égal à v ( § XVII ) ; mais nous avons vu que
— = v (§ XVIII). Il résulte de là que p x v
ou calorique spécifique, doit reproduire P; mais rendant P invariable, si le calorique spécifique est égal au volume des atomes , p X c sp doit donner un nombre constant; c'est ce qui a lieu. La moyenne des nombres représentant P, trouvée par MM. Dulong et Petite 0,3755 que nous multiplierons par 100; parce qu'ils avaient adopté i et non 100 pour poids de l'oxigéne ; 0,5765 x 100 = 57,55.
Ce nombre pourra nous servir pour le choix des poids des atomes; car étant divisé par un
A l'étude de la, chimie. ïp^
poids atomique quelconque, il devra donnev le calorique spécifique appartenant au corps qu'il représente et vice versa; mais ce ne sera qu'une simple approximation , car les poids définitifs doivent toujours être déterminés avec la plus grande précision.
§ XX VIL II existe des combinaisons, soit oxigénées, soit sulfurées, que l'on nomme intermédiaires, tel est, par exemple, l'oxide de manganèse 0^ Mn% que l'on regarde commp étant formé de i particule OMn-i- i autre particule 0" Mn. Ces oxides se nomment aussi surcomposés; et, en suivant la môme manière de voir, on pourrait les appeler bi-binaires.
Si l'on considère l'histoire de la chimie, si l'on examine la manière dont les faits se sont accumulés les uns sur les antres , on trouve lïis causes qui ont pu modifier les opinions pour arriver à de telles considérations ; mais si l'on examine les faits tels qu'ils sont, sans prévention, sans hypothèse aucune, il est impossible d'y rien comprendre. Aussi ne donné-je point ce paragraphe pour enseigner les moyens de déterminer de pareilles combinaisons, mais simplement pour faire voir que les bases sur lesquelles on s'appuie, n'ont pas la moindre cohérence; et que partout on ne rencontre que
contradiction : preuve évidente que l'on est dans une mauvaise voie.
En suivant la marche progressive de la chimie , on voit que dans les premiers temps de la découverte des proportions définies , quoique combattues par le génie de BerthoUet , on avait cru que les rapports qui existent entre les élémens des combinaisons binaires, étaient excessivement simples, et comme on a connu 0 Mn et 0^ Mn , 0 Fe et 0' Fe% avant 0^ Mn^ et avant 0'*Fe% le premier- oxide 0^ Mn^ a été écrit sOMn -+• 0^ Mn, c'est-à-dire comme une combinaison formée de deux molécules de protoxide de manganèse, et d'une molécule de binoxide; le second, 0'* Fe% a été regardé comme étant formé par la réunion de 0 Fe et de 0^ Fe\ Mais quelle différence existe-t-il donc entre 0^ Mn^ et 0^ Fe^? Aucune autre que celle qui est déterminée par la nature du manganèse ou du fer; et en adoptant entièrement la théorie électrochimique, euseigne-t-elle quelque chose qui dénote que 0^ Fe^ soit 0 Fe -+- 0^ Fe' plutôt que 2 0 Fe -4- 0^ Fe, et que 2 0 Mn -H 0' Mn ne soit pas 0 Mn -H 0^ Mn'? Non bien certainement; car, quoique 0' Fe ne soit pas connu, il est impossible d'affirmer qu'on ne le découvrira pas, et l'on ne peut pas plus affirmer que, dans la réunion que l'on
A l'étude de la. chimie. io5
pourrait faire de 0 Fe -H 0^ Fe% les molécules ne prendraient pas un autre arrangement.
Dans la série si simple d'oxidation du vanadium 0 Va, O'Va, O^Va; pourquoi, dans cette manière de voir, 0' Va, ne serait-il p^as
^— t ? qui oserait affirmer que 0^ Mn'
ne serait pas 0" Mn •+- 0 Mn?
Tout ce qui vient d'être dit est indépendant des doutes que l'on peut élever sur la théorie électrochimique, et si l'on ajoute à cela ce qui
a été exposé § XI , on ne sera pas étonné
de ne point trouver ici les moyens que l'on peut employer pour savoir si un oxide peut être représenté de telle ou telle manière. Pour moi, tant que la formule n'indiquera pas le groupement des atomes, tant qu'elle ne sera pas cristallographique, il me semble qu'il sera sage de l'écrire comme il a été dit § XII. G.
Ce sujet doit être fécond en applications, il doit surtout avoir une grande influence sur la nomenclature. Quels que soient les travaux que j'ai entrepris pour l'amener à se prêtera toutes les théories, quelque profonde que soit ma conviction dans cette manière de voir, j'attendrai pour les publier. Ce n'est point d'un seul coup que l'on renverse un vieux chêne: son âge fera bientôt plus que mes elforls, que je croirai
n'avoir point été vains, s'ils peuvent contribuer au moindre avancement de la chimie, soit en l'établissant sur des bases immuables , soit en faisant naître une discussion qui portera ses fruits.
C'est à tort que l'on prétend que tous les travaux théoriques sont futiles; ce sont eux qui constituent une science. Ce n'est qu'à l'époque du phlogistique que la chimie prit naissance, et nous avons déjà dit que la manière d'écrire les formules, inventée par M. Berzélius , avait rendu plus de services à la chimie , que la découverte de dix corps nouveaux. En effet, cela n'a-t-il pas permis, par la facilité avec laquelle on en fait usage, d'expliquer des faits qui peut-être nous seraient toujours restés inconnus ?
A L ETUDE DE L.i CHIMIE. 10/
RÊSUIVIÉ DE LA DEUXIÈi\IE PARTIE.
Les équivalens, seuls, sont quelquefois admis pour poids atomiques : potasse , soude. (§ XVIII, C ). Quand les corps sont isomorphes, leurs équivalens représentent directement les poids des atomes. (§ XIX, B.)
Les proportions multiples servent pour déterminer les nombres relatifs des atomes, dans une série de combinaisons formées par des corps dont la nature ne varie pas. Pour cela il faut que la formule d'une de ces combinaisons soit déterminée d'avance. (§ XX.)
La détermination des poids atomiques par les densités des gaz simples ne souffre pas d'exception ; mais on en admet pour les densités des vapeurs, à cause de l'isomérie. (§ XXII et § XXIII.)
Les analogies chimiques sont de la plus haute importance, quand on ne les considère pas sous un seul point de vue. (§ XXIV.)
Les formes cristallines qui n'ont point encore une grande valeur à cause du petit nombre de recherches, pourront en avoir une immense par les travaux à venir. (§ XXV.)
Le calorique spécifique, qui paraît être une propriété inhérente aux atomes, doit être un sûr guide ; il semble pourtant présenter une
contradiction relativement au cobalt, dont un oxide est isomorphe avec un de ceux du fer.