BF
Silicium . . . .
si’œ
Titane . . . . .
Ti 3 Cl4
Étain
SnîCl4
Antimoine. .
SbCl8
Bismuth. . . .
BiCl2
Chrome. . . .
Cr203Cl*
Les densités précédentes servent quelquefois, lorsqu'on veut comparer une densité obtenue directement par expérience avec celle résultant du calcul , à l’aide de la densité des éléments.
Exemple. La densité de la vapeur d’alcool rapportée à l’air, a été trouvée, par M. Gay-Lussac, égale à 1,6133 ; l’analyse de l’alcool donne les relations C2HG0; or on a :
2 volumes de vapeur de carbone 6 • — d’hydrogène
1 — d’oxygène
Si le carbone, l'hydrogène et Foxygène s'étalent unis sans condensation pour former F alcool, le cal» cul donnerait , comme on le voit, 3,212; mais ce nombre représente, à peu de chose près, la moitié du chiffre expérimental — ~= 1,606.
La formule C2H60 correspond donc à 2 fois la densité de la vapeur d'alcool ; elle représente 2 volumes d'alcool.
II est fâcheux qu on soit dans F usage de rapporter les densités des gaz à Fair qui n'est pas un composé défini. Il vaudrait infiniment mieux prendre l'hydrogène pour terme de comparaison; on verrait alors , dans la plupart des cas, les densités se confondre avec les équivalents, et, pour les corps où il y aurait une différence, on trouverait du premier coup-d’œil les rapports multiples entre les équivalents et les densités.
CJOJSTSTl'fflJTIOaï' €®HF§.
27. La théorie , professée aujourd’hui sur la constitution des corps par la grande majorité des chimistes , a produit d’excellents résultats , on ne saurait le nier; elle a été d’un grand secours, tant qu’il ne s’agissait que de quelques composés peu complexes, ne contenant que deux ou trois éléments , et appartenant à la nature minérale. Elle a permis de classer la plupart de ces corps, et quand il fallut, pour être conséquent, imaginer quelques composés hypothétiques ( des acides anhydres , comme les acides nitrique, hypophosphoreux , oxalique) , ces hypothèses ne parurent point hasardées, en présence des corps nombreux de la même catégorie qu’on avait réellement isolés.
Mais arriva la chimie organique. L’embarras fut grand dès le principe. On s’aperçut bien que la théorie électro-chimique n’y était plus applicable , qu’elle ne prédisait pas une seule métamorphose; mais on crut trancher la difficulté en attribuant aux
substances organiques (aux composés carbonés) une nature particulière, mystérieuse, comme si la distinction établie par nos livres entre la chimie organique et la chimie minérale , était autre chose qu’une subtilité amenée par les besoins de renseignement. On était si convaincu de la constitution électrique double de tout composé chimique , qu’on ne craignit pas, pour expliquer les phénomènes dans le sens de cette théorie, d’inventer toute une armée de corps hypothétiques (a).
La science a ainsi perdu en rigueur; toutes ces hypothèses , souvent contradictoires, toujours arbitraires , y ont apporté une véritable confusion , en la remplissant d’êtres imaginaires, jouissant de tous les attributs des corps réels. Aussi , point d’unité dans l’enseignement de la chimie , point d’harmonie dans les théories, point de contrôle, et surtout point de prévoyance des phénomènes ; et cependant, c’est cette prévoyance qui, en définitive , constitue le but de toutes les recherches du savant.
(a) Voyez mes Comptes-rendus des travaux de Chimie. Année 184G, pag. 133.
Au reste, c’est, ce me semble , réduire la nature à des proportions bien mesquines que de restreindre sa puissance à la création d’un seul type de combinaisons , comme l’admet le dualisme électrochimique. Les types sont certainement plus nom» breux ; mais , ce qui est simple , ce sont les moyens mis en œuvre pour les produire , ce sont les lois des attractions chimiques.
28. La théorie dualistique assigne à priori , à tout composé, une disposition moléculaire semblable, qu’elle déduit d’un petit nombre de métamorphoses (de décompositions ou de recompositions), effectuées par la pile de Yolta.
Mais il n’est pas exact de conclure de ces métamorphoses, c’est-à-dire du mouvement des molécules , sur la position qu’elles occupent dans l’état de repos ou d’équilibre. De ce que deux corps s’unissent directement pour en former un troisième, il ne s’ensuit pas que ce dernier les renferme sous la forme qu’ils affectaient à l’état libre.
L’acide sulfurique anhydre SO5 s’unit directement à l’oxyde deharyum OBa~ pour former du sul- * fate de baryte ; M. Berzélius en conclut que ce dernier renferme
S08-f0Ba8 ,
c’est-à-dire que le sulfate de baryte constitue un édifice double, dont les deux parties sont SOJ et OBa% de manière que l’oxygène s’y trouve engagé sous deux formes particulières. Cette conclusion serait juste , si le sulfate de baryte ne se produisait que par l’acide sulfurique et la- baryte anhydres. Blais qu’on mette en contact de l’acide sulfureux anhydre SO2 et du suroxyde de baryum 02Ba% et i! se produira le même sulfate de baryte. Si l’on admettait le raisonnement de M. Berzélius , il faudrait donc aussi considérer le sulfate de baryte comme une combinaison de
SQ2 J Q2ga2„
Enfin , avec du sulfure de baryum SBa2 et de l’oxygène , on peut encore produire du sulfate de baryte , et ce sel, dans le sens de la théorie électrochimique , serait donc aussi
SBa8+0*.
Quelle est alors la véritable constitution du sulfate de baryte ? Est-ce une combinaison d’acide sulfurique et de baryte , ou d’acide sulfureux et de suroxyde bary tique, ou d’oxygène et de sulfure de baryum ?
M. Berzélius et la plupart des chimistes adoptent de préférence la première opinion , parce que , disent-ils, on peut, par une série de métamorphoses effectuées sur le sulfate de baryte , reproduire l’acide sulfurique et la baryte anhydres. Mais ces chimistes oublient qu’avec le sulfate de baryte on peut aussi bien régénérer l’acide sulfureux et le suroxyde barytique , le sulfure de baryum et l’oxygène, de sorte que cette régénération des corps employés est un argument tout aussi nul que celui qui se fonde sur leur combinaison directe.
La seule chose en dehors de toute controverse , c’est le rapport des poids de soufre, de baryum et d’oxygène contenus dans le sulfate de baryte , quelle que soit la réaction qui l’a produite. En effet , on a :
SG3 4-QBa2 = S04Ba2 SO2 q-02Ba2=S04Ba2 SBa*-f-04 — S04Ba2.
D’ailleurs , si les éléments du sulfate de baryte se trouvent en présence dans les rapports voulus , soit d’une manière, soit d’une autre, on conçoit que la combinaison puisse se former, pourvu qu’on
place ensemble ces éléments dans les circonstances favorables.
29. Un seul et même corps pouvant se produire dans plus d’une métamorphose, les réactions chimiques n’indiquent pas la disposition moléculaire ou la constitution des corps. Elles ne font connaître, d’une manière positive, que de simples rapports numériques entre des éléments hétérogènes.
Sans doute , ce qui différencie les corps , ce n’est pas seulement la qualité ou la quantité des éléments constituants : nous l’avons déjà dit (S) , F ordre dans lequel sont disposées les particules matérielles, joue, dans les phénomènes chimiques, un rôle non moins important que celui qui dérive de la nature et du nombre des composants. Mais les- métamorphoses n’indiquent jamais cet ordre d’une manière absolue. Quand on compare entre elles les métamorphoses de deux composés semblables , par exemple, du sulfate de baryte et du sulfate de chaux , elles ne conduisent qu’à une appréciation relative de l’ordre moléculaire ; elles disent
que :
Si le sulfate de baryte est. ..... . . SG;-j-OBa2 } le sulfate de chaux sera. . . . SO?~f-GCa- ;
oo
ou bien que :
Si le sulfate de baryte est. ....... . SOi+-Sas »
le sulfate de chaux sera. ....... .... SG4-f~Ca?;
etc.
La connaissance de Tordre moléculaire absolu dans un corps suppose évidemment celle de toutes les métamorphoses où il peut se produire. C’est chose impraticable aujourd’hui ; il nous reste encore bien du chemin à faire avant de pouvoir réaliser ce progrès. D’ailleurs, outre les métamorphoses chimiques, il faut aussi étudier les caractères physiques des corps, et notamment les relations qui existent entre leur composition et leur forme cristalline. Ou ne possède à cet égard que des données isolées , précieuses sans doute, mais d’oùl’on ne saurait encore tirer des conséquences générales eo faveur de Tordre moléculaire de tous les corps. Les travaux cristallographiques dont MM. Mitscherïicli , Laurent, H. Kopp ont déjà enrichi la science , font pressentir la solution prochaine de ces questions.
30. Molécules , atomes. — - Quoi qu’il en soit, et pour simplifier le raisonnement , nous considérons tout corps, simple ou composé, comme un édifice, comme un système unique , formé par V assemblage, dans
un ordre déterminé mais inconnu, de particules infiniment petites et indivisibles 9 appelées atomes. Ce système s’appelle la molécule d’un corps.
Dans la molécule d’un corps réputé simple , les atomes sont similaires ou de même qualité, c’est-àdire que la science actuelle n’y voit aucune différence.
Dans la molécule d’un corps composé , les atomes sont hétérogènes ou de qualité différente.
La matière est indestructible ; elle ne peut pas être réduite à néant. Supposons qu’on la divise par tous les moyens possibles , mécaniques ou chimiques , on arrivera ainsi à une limite devant laquelle toute division ultérieure devra s’arrêter. La particule matérielle qui oppose cette résistance, c’est Y atome.
Si les atomes n’avaient aucune attraction entre eux, il est évident qu’ils flotteraient pêle-mêle dans l’espace; mais, comme cela n’est pas, comme, au contraire , cette attraction ne cesse pas un seul instant d’agir sur eux, comme l’attraction est une propriété inhérente à la matière, il est clair aussi qu’à l’aide de nos moyens de division , même en les supposant le plus parfaits , nous ne pourrons jamais diviser un atome; poussés jusqu’à la limite du possible,
ils ne sépareront de la matière qu’un groupe d’ atomes, ou, comme nous l’appelons, une molécule.
Il est important de faire cette distinction entre les mots atome et molécule, caron les confond souvent dans les ouvrages de chimie. Un atome est indivisible , mais aussi il n’existe pas à l’état isolé ; une molécule est un groupe d’atomes, maintenus ensemble par r attraction de la matière ; ce groupe est divisible par les actions chimiques ou mécaniques dont nous disposons, mais il ne l’est que jusqu’à une certaine limite ; une molécule doit se composer d’au moins deux atomes.
Le carbone est pour nous un corps simple, parce que chaque molécule que nous en séparons, ne nous semble composée que d’atomes similaires , d’atomes de la même qualité ; tandis que, dans l’oxyde de carbone, chaque molécule est composée d’un assemblage d’atomes de deux qualités différentes, d’atomes d’oxygène et d’atomes de carbone.
Ce raisonnement, comme on le voit, n’établit aucune différence entre la constitution d’un corps réputé simple et celle d’un corps composé; et cela doit être , car nous n’avons pas la démonstration mathématique de la nature simple des éléments ré-
putés tels ; les progrès de la science pourraient bien un jour décomposer le soufre , le carbone, les métaux , et démontrer dans leur molécule l’hétérogénéité des atomes.
Si, pour nous le représenter graphiquement, une molécule de carbone était le résultat de l’attraction de 4 atomes sphériques groupés d’une des manières suivantes :
et qu’une molécule d’oxygène représentât un des groupes suivants :
GO
8 ooo
une molécule composée d’atomes dissemblables , d’atomes de carbone et d’atomes d’oxyde , pourrait avoir une des formes que voici :
Dans la combinaison chimique , les molécules échangent donc leurs atomes. Quand le carbone et
1* oxygène se combinent, la molécule de carbone échange un certain nombre d’atomes de carbone contre un certain nombre d’atomes d’oxygène, et réciproquement.
31. La considération des atomes rend parfaitement compte des proportions chimiques. On conçoit , en effet , que , si la molécule de chaque corps simple se compose d’atomes ayant un poids déterminé, ce même poids devra se retrouver n fois dans toutes les combinaisons, n étant un nombre entier.
Les nombres proportionnels donnent évidemment les poids relatifs de ces atomes. Si une molécule d’oxygène se compose d’atomes pesant chacun 16, et une molécule d’hydrogène d’atomes pesant chacun 1, la molécule d'eau, peut, d’après cela, se composer de 1 atome d’oxygène et de 2 atomes d’hydrogène , ou de n fois ce nombre d’atomes. Ici , atomes ou proportions deviennent donc synonymes. Aussi, se sert-on souvent du mot poids atomique, au lieu de nombre proportionnel ou d’équivalent ; mais le sens n’est pas tout-à-fait te même.
32. ïsomérie. — Toute molécule étant formée par un groupe d’atomes , ceux-ci peuvent différer, non-seulement par la qualité et parla quantité,
mais encore par la manière dont ils sont disposés, coordonnés, dans la molécule. Les figures précécédentes font comprendre que , dans une molécule composée d’atomes similaires-, ceux-ci peuvent être rangés de plusieurs manières , les uns par rapport aux autres ; il en est de même , à plus forte raison, des atomes hétérogènes.
La notion de l’ordre moléculaire permet de définir avec précision on grand nombre de phénomènes, inexplicables à F aide des seules notions de qualité et de quantité ; je veux parler de Yisomérie , de
la métamérie et de la polymérie.
Beaucoup de corps, très-différents par leurs propriétés, ont identiquement la même composition. Ainsi, l’acide lactique, le vinaigre ou acide acétique , le sucre de raisin, donnent à l'analyse exactemeot les mêmes proportions de carbone, d'hydrogène et d’oxygène ; le gaz de l’éclairage , l’essence de roses, plusieurs huiles grasses renferment aussi les mêmes proportions de carbone et d’hydrogène; le diaspore et F alumine précipitée contiennent les mêmes quantités d’aluminium, d’oxygène et d’eau, et cependant l’un est insoluble dans les acides concentrés , tandis que l’autre s’y dissout aisément.
L’éther formique de l’alcool et l’éther acétique de l’esprit de bois ont encore la même composition; mais l’un donne , par les alcalis , de l’alcool et du formiate, et l’autre, de l’esprit de bois et de l’acétate; le cinabre est rouge et cristallisé, le sulfure de mercure précipité est noir et sans texture cristalline : ce sont là ce qu’on appelle des corps isomères (irjo[X£pYiç, composé des mêmes parties).
Dans la théorie atomique, l’isomérie peut provenir de deux causes. Ou les molécules isomères renferment le même nombre d’atomes , mais groupés dans un ordre différent ; alors elles sont métamères (la particule pezcc indiquant la transposition). Ou les molécules isomères ne contiennent pas. le même nombre d’atomes, et, dans ce cas, l’une ne renferme que la moitié, le tiers ou le quart de la somme des atomes de l’autre ; elles sont alors appelées polymères ( Tiolupeprig , composé de parties multiples).
Quelques exemples feront comprendre le sens de ces mots. L'éther formique de l’alcool et l’éther acétique de l’esprit de bois donnent, tous les deux, à l’analyse, les rapports C3HG02 = 2 volumes de vapeur ; ils renferment , sous le même volume , les
mêmes proportions, c’est-à-dire le même nombre d’atomes, de carbone, d’hydrogène et d’oxygène» Mais ces éléments ne sont pas groupés de la même manière dans les deux éthers ; si Y on représente ce groupement ,
dans le premier, par. (C2K\ CH202) ,
il sera dans le second. ......... (CH2, C2H402).
Le premier, en fixant les éléments de l’eau , donne de l’alcool C2H60 et de l’acide formique CU.'O" , et F autre fournit, par la même métamorphose, de F esprit de bois CIFO et de l’acide acétique C2H402.
Dans les corps polymères , il y a bien le même nombre relatif d’atomes , mais le nombre absolu est différent. Telles sont les combinaisons suivantes de carbone et d’hydrogène :
= 2 volumes.
Le gaz déliant C2H4 et les huiles grasses liquides
C4H8,C6H12,C12H2\ etc>? donnent à panalyse les
mêmes proportions de carbone et d’hydrogène ; mais, sous le même volume , l’huile C12H24 renferme 6 fois plus d’atomes que le gaz déliant; l’huile CTI8 en contient 2 fois plus, etc.
Il en est ainsi encore de l’acide acétique C2JLO% de l’acide lactique C6H1206, et du sucre de raisin C12H24012. Ce sont aussi des corps polymères.
Les caractères différents du diaspore et de l’alumine précipitée, du cinabre rouge et du sulfure de mercure noir, sont aussi le résultat d’une métamérie ou d’une polymérie.
Ces deux cas d’isomérie se présentent également dans les corps simples. Le charbon noir et le diamant sont tous les deux du carbone; mais la molécule de l’un renferme , ou plus d’atomes que l’autre , ou le même nombre d’atomes différemment groupés.
Les différentes modifications du soufre appartiennent encore à la même classe de phénomènes. Si l’on fait fondre le soufre au-delà de 160°, il s’épaissit, et si alors on le refroidit brusquement, il reste mou, rouge-brun et transparent; on peut l’employer, dans cet état, pour prendre des empreintes de médailles, de cachets, etc. Comment expliquer ces propriétés autrement que par une différence de groupement dans la molécule du soufre soumis à l’action de la chaleur?
Le phosphore présente des particularités semblables.
M. Berzélius désigne Fis-omérie chez les corps simples par le mot allotropie.
33. Isomorphisme. — Les corps de constitution semblable ont souvent la même forme géométrique ; ils sont, comme on dit, isomorphes. Il existe, par exemple , une série de carbonates cristallisant sous les formes dérivant d’on rhomboèdre, dont les angles sont sensiblement les mêmes ; les voici :
C03(Ca2) , spath d’Islande,
rhomboèdre de 105°5f
C03(CaMg) , dolomie
C03(Mg2) , giobertite
C03(Mn2) , diallogite
CQ3(Fe2), sidérose
C03(FeMg) , pistomésite
C03(Feplg^), mésitine
C03(Fe{Mgf) , breunérîte
C03(Zn2) , smilhsonite
La similitude de forme (a) de
ces minéraux <
si grande, qu’il est souvent difficile de les distinguer sans le secours de l’analyse.
Chose plus singulière, les substances isomorphes^
(a) Les commençants pourront consulter le petit Précis de M. Laurent, pour toutes les notions de cristallographie nécessaires à l’étude de fa chi mie.
ayant à peu près la même solubilité, cristallisent ensemble en toutes proportions, si bien qu’il est quelquefois impossible de les séparer par cristallisation. Les aluns sont dans ce cas. Si Ton prend des cristaux d’alun à base d’ammonium , et qu’on les plonge dans une solution saturée d’alun à base de potassium, ils y croîtront régulièrement par couches parallèles ; de cette solution, qu’on les porte dans une autre d’alun à base d’ammonium et l’on obtiendra ainsi des cristaux très-réguliers, composés de couches de nature différente. Si l’on mélange les deux solutions , les cristaux y croîtront en s’assimilant indistinctement les molécules de l’un et de l’autre alun, et se trouveront enfin formés d’éléments différents dans des proportions fort variables.
Ce résultat tient évidemment à ce que les molécules des deux espèces d’alun ont la même forme, et sont sans doute animées des mêmes forces : il est alors indifférent, pour l’accroissement du cristal, qu’il s’approprie une molécule de l’un des sels, ou une molécule de l’autre.
Ces faits , observés pour la première fois par Gay-Lussac , ont reçu une grande extension par
les travaux de M. Mitsclierlicli , à qui l’on doit la plupart des séries isomorphes aujourd’hui connues. Je vais en citer les principales:
lre Série :
2e Série :
3e Série :
4e Série :
5e Série :
6e Série :
7e Série :
Les sulfates, les séléniates , les manganates et les chromâtes à même base.
Les phosphates elles arséniates à même base.
Les chlorures , les iodures , les fluorures et les bromures à même base.
Les sels de Ba, Sr et Pb du même genre.
Les sels de K , Am et Na anhydres du même genre.
Les sels de Mg, Zn , Mn , Fe, Co , Ni, Cu du même genre , et renfermant la même eau de cristallisation.
Les sels de 0/3, Mn/3, Al/3, Fe/3 du même genre.
34. Plusieurs corps, tels que le soufre, le carbonate deCa, se rencontrent quelquefois sous deux formes entièrement incompatibles.
Le soufre naturel, ou cristallisé dans le sulfide carbonique, se présente en octaèdres à base rhombe , dérivant du système prismatique rectangulaire droit; tandis que le soufre cristallisé par fusion affecte la t forme de prismes obliques à base rhombe, forme qui ne saurait être ramenée à la précédente.
Le carbonate de Ca se rencontre tantôt en rhomboèdres ou en cristaux dérivés d’un rhomboèdre ( spath d’Islande ) , tantôt en prismes droits à base rhombe ( arragonite ) , et cette dernière forme est incompatible avec les formes du système rhomboédrique.
On serait donc tenté d’admettre qu’un même corps puisse avoir deux formes différentes. Mais cette conclusion n’est pas rigoureusement exacte , car le carbonate de Ga rhomboédrique diffère par certains caractères du carbonate prismatique. Celui-ci, en effet, ne se laisse plus cliver en rhomboèdres, n’a plus la même dureté , est plus dense , se comporte autrement au chalumeau , et n’agit pas de la même manière sur la lumière , etc. Il y a donc ici un véritable cas d’isomérie. Les deux modifications du soufre correspondent aussi chacune à des caractères physiques différents.
On donne le nom de corps dimorphes , aux substances isomères qui cristallisent ainsi sous deux formes incompatibles.
Souvent les sels, en cristallisant dans beau, présentent, suivant les circonstances de température ou d’évaporation, des formes entièrement incompati-
blés ; mais ce ne sont pas toujours des cas de di~ morphie. Elles peuvent tenir à des quantités différentes d’eau de cristallisation, fixées par les sels, et ceux-ci constituent alors des composés véritablement différents.
35. Volume atomique. — On a cherché , depuis long-temps , une relation entre la composition des corps, et leur densité à l’état solide. Cette densité est sujette à tant de variations , qu’on n’est pas encore arrivé à des résultats bien certains. Il faut faire exception toutefois en faveur des corps isomorphes, pour lesquels M. Hermann Kopp (a) a trouvé des résultats remarquables. Ce physicien a constaté que , dans les corps isomorphes d’une constitution analogue , les poids spécifiques sont proportionnels aux poids atomiques .
Si l’on représente cette relation par
p étant le poids atomique et d le poids spécifique, Tes corps isomorphes donnent sensiblement la même valeur pour v. Je dis sensiblement , car il existe
(a) Annal, de chim. et dephys. , 2e série , tom. LXXV, pag. 406,
toujours de légères différences entre les angles des substances isomorphes , soit naturellement , soit par l’effet des températures différentes où les densités ont été prises, et qui modifient ces angles par l’inégale dilatation des axes.
v porte le nom de volume atomique.
Voici une série d’oxydes GM' isomorphes , cristallisant dans le système régulier , où cette inégale dilatation n’a pas lieu. Ils donnent des valeurs assez rapprochées :
Feroligiste (martite) .
0(Fe/32)
Fer magnétique. . . .
0(Fe/3|FeG
Gahnite
OfAlpjJZn1)
Spinelle
0(Al/34MgG
Fer chromé
0 (Crj3|Fej3}Al(3|) . . . .
Francklinite
0(FeiZniFe/3|Mn|3}) .
(Voir plus bas (39) pour la signification de /3. )
Ï1 n’y a entre ces volumes atomiques que de légères différences, provenant de ce qu’on n’a pas, dans le calcul des formules, tenu compte des métaux renfermés en petite quantité dans les minéraux. Il est excessivement rare qu’un minéral soit chimiquement pur ; comme la présence de la plus faible quantité d’une substance étrangère en modifie tou-
jours le poids spécifique, ou ne saurait évidemment obtenir un nombre rigoureusement exact , en divisant par le poids spécifique le poids atomique de la substance supposée chimiquement pure.
Il ne faudrait pas cependant croire que tous les corps , cristallisant dans le système régulier, aient le même volume atomique. L’existence des corps polymères prouve que des oxydes peuvent fort bien cristalliser dans ce ! système , et renfermer néanmoins un nombre d’atomes différent. Leur volume atomique n’est alors plus le même.
A l’appui de cette assertion , je citerai l’oxyde cuivreux et l’oxyde ou anhydride arsénieux , cristallisant tous les deux dans le système cubique. Si Ton calcule le volume atomique de ces oxydes , en ramenant leur formule à l’expression OM2 , on trouve pour l’uii 23,6, et pour l’autre 18,0. Ces nombres représentent sensiblement des multiples par 2 et par f du volume atomique des minéraux précédents. C’est comme si l’on avait :
(OM2) dans les minéraux cités.. ]
2( OM2) dans l’oxyde cuivreux. . . / pour le même volume, f (OM2) dans l'anhydride arsénieux 1
Sous le même volume, l’oxyde cuivreux contiens
drait donc 2 fois , l’anhydride arsénieux f fois le nombre des atomes renfermés dans les autres oxydes.