Periodates . — Lorsqu’on fait passer du
chlore dans la solution d’nn mélange d’iodate alcalin ( Na, K) et d’alcali caustique , il se produit un periodate ou oxi-iodate qui se précipite par l’évaporation du liquide :
I03(Xa)4-0(NaH)q~Cl2=Cl(Na)4-Cl(H)-l-ï0HNa).
Les periodates sont peu solubles ou insolubles dans l’eau. Ils dégagent de l’oxygène par la calcination , et se convertissent en iodures.
L’équiperiodate de Na précipite les sels de Ba , Ca, Pb etAg, en donnant des sous-periodates , en même temps que le liquide devient acide. Le précipité formé par les sels de Ag est jaune , et se colore par l’eau bouillante en rouge foncé.
Tous les periodates sont fort solubles dans l’acide nitrique étendu.
Série du Carbone.
141. Le carbone forme un nombre immense de composés, connus sous le nom collectif de substances organiques. Les produits si variés de la végétation et de la vie animale renferment toujours du carbone
associé à l’hydrogène , à l’oxygène, à l’azote. Quelquefois aussi le soufre, le phosphore , les métaux , etc., y sont contenus.
On croyait autrefois que l’azote était le partage exclusif des substances d’origine animale ; mais il n’existe aucune différence réelle entre la chimie animale et la chimie végétale. En considérant le grand nombre de principes végétaux qui renferment de l’azote , on peut même dire que cet élément est plus fréquent dans les plantes que dans les animaux. Au reste, les mots chimie animale et chimie végétale ne désignent que des chapitres particuliers de la chimie appliquée à la physiologie.
Les lois de combinaison des composés organiques sont identiquement les mêmes que celles des séries précédentes : on y rencontre aussi des acides , des sels , des anhydrides, des alcaloïdes , des amides, dont les propriétés sont entièrement semblables à celles des composés correspondants de la nature minérale. Les définitions restent les mêmes ; nous n’avons rien à y changer. Seulement , outre les fonctions chimiques qu’on rencontre dans les séries minérales , les combinaisons carbonées peuvent en remplir d’autres, qui n’ont jusqu’à présent pas d’ana-
iogues dans ces dernières. Ainsi, les alcools , les aldéhydes, les éthers, les glycérides, sont des composés, qui , d’après leur délinition même , ne peuvent appartenir qu’à la série du carbone.
Ce qui démontre , d’ailleurs , que la chimie organique n’est pas différente de la chimie minérale , c’est la reproduction artificielle d’un grand nombre de substances d’origine végétale ou animale, à l’aide des mêmes agents de décomposition employés dans les autres séries.
Aujourd’hui le chimiste n’extrait plus des fourmis l’acide que ces insectes sécrètent et qui porte leur nom ; il trouve plus d’avantage à le préparer avec le sucre , la fécule ou la gomme. Rarement il extrait encore des oxalis ou des rumex l’acide oxalique employé dans la fabrication des toiles peintes; car le sucre, la fécule ou la gomme peuvent le lui fournir plus promptement et à meilleur compte. Avec le sang , la corne ou la chair , il fabrique des cyanures, et avec ceux-ci l’urée , ce principe dont l’extraction directe de l’urine exige des opérations si longues et si repoussantes. Avec la cire, il peut faire l’acide de la graisse d’homme et de mouton, l’acide du succin, l’acide contenu dans le beurre
rance. Avec le succin et l’acide nitrique, il obtient le camphre des laurinées. Le chimiste peut aussi transformer en sucre la fécule , le bois, la gomme , le principe amer des saules ; en essence d’amandes amères , en acide benzoïque, le blanc d’œuf, la fibre musculaire , la colle-forte ; en acide butyrique , le sucre; en essence d’ulmaire, le principe cristallisabîe des saules et des peupliers.
Ces métamorphoses si curieuses s’effectuent presque toujours par des procédés semblables. Le chimiste les détermine en soumettant des molécules complexes, renfermant un grand nombre d’atomes de carbone , d’hydrogène et d’autres éléments combustibles, à une décomposition partielle, ayantpour effet d’en éliminer une certaine quantité de carbone, d’hydrogène ou d’azote , sous forme d’eau, d’acide carbonique ou d’ammoniaque. Il simplifie ainsi les molécules carbonées, en les scindant en deux ou en plusieurs autres molécules. Les agents qui provoquent cette scission , sont généralement l’acide nitrique , la potasse caustique , le chlore sous l’influence de l’eau, l’acide chromique, et la plupart des autres corps oxygénants.
Dans ces métamorphoses, la chimie suit donc une
marche opposée à celle delà végétation. Là, l’acide carbonique , l’eau , l’ammoniaque se réunissent en groupes plus complexes , pour former la matière ligneuse , les huiles grasses , les substances sucrées , les essences , ou les substances albuminoïdes destinées à l’entretien du règne animal.
Sans doute , le chimiste peut aussi , dans un petit nombre de cas , compliquer les molécules carbonées , et en réunir deux ou trois pour en former une seule; mais ce mode de recomposition, d’une réussite rare, est loin d’être aussi pratique que le procédé inverse, par lequel on scinde quelquefois une molécule complexe en dix, vingt ou trente molécules plus simples. Aussi, ne faut-il pas s’étonner que la chimie ne sache pas produire la matière cérébrale, ni les principes du sang, ni d’autres substances aussi complexes , puisque c’est avec elles précisément et les agents de combustion que s’obtiennent , dans nos laboratoires , les substances moins carbonées ou moins hydrogénées , c’est-àdire, des molécules d’une constitution plus simple.
Voici un exemple qui fera mieux comprendre notre idée. La molécule de la cire peut se représenter par
soumise à Faclion de l’acide nitrique, elle donne une série de composés moins carbonés et moins
hydrogénés , tels que :
L’acide margarique. ......... C17H3402,
L’acide subérique. ..... ..... C8H1404,
L’acide adipique . ... C6H10OL
L’acide succinique ........ . . C4H604.
Ces produits , soumis à Faction de la potasse fondue,
donnent :
L’acide valérianique €ÿIïi0Os*
L’acide acétique G2H402,
L’acide formique CH202.
Ces derniers, à leur tour, fournissent par Fintermédiaire de Fammoniaque :
L’acide hydrocyanique. CHN
L'urée CH4N20 ;
enfin, sousFinfluence de Foxyde de cuivre et dune chaleur rouge , tous ces corps donnent du gaz carbonique CO9 et de l’eau OH2.
Voilà donc un grand nombre de molécules plus simples, produites avec la cire. Mais, s’agit-il de refaire la cire avec Facide margarique ou succi-
nique , avec l’acide hydrocyanique ou l’urée ; s’agitil de fixer de nouveau sur ces molécules simples le carbone ou l’hydrogène enlevés à la cire sous forme d’eau ou de gaz carbonique , la chimie actuelle est entièrement impuissante. Les végétaux possèdent encore seuls le secret de reconstituer une molécule si complexe avec les produits de sa combustion.
142. Comme les combinaisons du carbone sont bien plus nombreuses que celles des séries précédentes, il est nécessaire de les disposer dans un certain ordre, qui indiquent ces relations entre les molécules complexes et les molécules plus simples. Il est avantageux d’en construire une espèce d’échelle , où les corps sont disposés dans l’ordre de leur simplicité, où, par conséquent, les molécules les plus complexes occupent les échelons supérieurs, en descendant progressivement vers la base formée par les produits ultimes de toute combustion , eau et acide carbonique. On constate alors des rapports très-remarquables entre certaines combinaisons différemment composées, mais présentant les mêmes fonctions chimiques.
Notons ces combinaisons d’une manière uniforme, en représentant les corps volatils par le même nom-
bre de volumes, et les composés fixes qui en dérivent, par des formules semblables (a).
Sur un échelon on trouve, par exemple, les corps
suivants :
esprit de bois ou alcool méthylique ( 2 vol.).
gaz méthylène.
acide formique.