CHAPITRE III
§ 1. CSaMÎfieatSoii géologique.
Principes Lcs donnécs fouiTiies par la paléontologie entrant pour une gtn rau». ^^.j^j^jg ^^^^ ^^^^ j^g principes de la classification des terrains de sédiment, et le caractère essentiel de ce Cours étant la relation de ces terrains avec les fossiles qu'ils renferment, on conçoit que nous devions examiner la classification géologique qui doit servir de cadre aux sujets que nous avons à traiter. L'espèce d'anarchie ou de confusion qui règne dans cette partie de la science nous oblige à nous y arrêter un instant pour remonter d'abord aux vrais principes qui lui servent de base, jeter ensuite un coup d'œil sur les divers systèmes proposés et motiver enfin le choix auquel nous nous sommes arrêté.
Une classification en histoire naturelle est Tensemble des divisions ou des parties d'un tout et l'ordre dans lequel cc9 parties sont rangées. La terminologie ou la nomendaUirej ce sont les expressions et les mots dont on se sert pour désigner ces mêmes parties.
Les classifications ne sont que des moyens créés pour 8up« pléer à rinsuffisance de nos facultés, lesquelles ne nous permettent pas de saisir à la fois les rapports des divers éléments d'une science, de tout comprendre ni de tout retenir. Ainsi une elassification est toujours quelque chose de plus ou moins artificiel; ce que l'on dppclle classe y ordre ^ famille j genre ne
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peut être considéré que comme des abstractions de notre esprit, plus ou moins en rapport aTec les objets destinés à aider h mémoire. H n'y a point de classiGcation dans la nature où tout est si parfaitement ordonné. Ce n'est, en résumé, qu'un instrument de mnémonique d'autant plus parfait qu'il e&prime mieoi les afBnités naturelles des objets auxquels on l'applique et que ceux-ci ont un plus grand nombre de rapports com^ muns.
La base d'une classification varie suivant le caractère particulier de chaque science. En géologie, la classification n'a point pour base des relations de formes extérieures ni de composition intérieure des corps comme en minéralogie, le nombre, la complication, la ressemblance ou la différence des organes et de leurs fonctions comme en zoologie et en botanique; elle s'appuie sur un tout autre ordre d'idées.
En eiïet, il y a trois éléments essentiels ou trois coordon^ tuse nées indispensables pour la détermination géologique d'un eiasîriMtioa corps, savoir : la composition j\e lieu^ le temps , ou, en d'autres 8*>»ogiqac. termes, sa nature organique ou inorganique, le point du globe où il a été trouvé, le temps où il a été formé. Le premier élément à déterminer ressort de la minéralogie, de la zoologie ou de la botanique, le second, de la géographie physique; le troisième seul ou le temps, indépendant de toutes les autres sciences, est propre à la géologie.
De même que dans l'histoire des états et des peuples, c'est le temps qui doit servir de base à une classification jgéologique, car la géologie n'est autre chose que la chronologie ou l'histoire de la terre. Le temps remplacera donc les caractères tirés des for. mes et des organes dans les corps vivants^ ceux déduits des éléments géométriques ou des propriétés chimiques dans ceux qui ne sont pas doués de la vie; il sera le véritable critérium auquel tout devra être subordonné dans cette classiGcation.
Mais comment mesurer le temps et comment le représenter sans expressions numériques? Un terme relatif peut répondra à la question. Le temps et ses divisions sont exprimés physi-» qnement dans la nature par les diverses roches qu'on y voit
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superposées les unes aux autres. Ces roches sont Timage matérielle, non pas des siècles, ce qui serait trop peu, mais des périodes d'un nombre de siècles variable et indéterminé. Les divisions que nous pourrons établir, d'après leurs divers caractères, dans ces roches ou couches ainsi superposées, représenteront les divisions du temps, en unités et fractions d'inégale valeur, suivant que nous le jugerons nécessaire. La classification consistera alors à nous offrir, suivant leur ordre d'ancienneté, les phénomènes de diverses sortes dont ces roches nous conservent les traces ou qu'elles expriment elles-mêmes et dont l'ensemble peut constituer ainsi un véritable chronomètre delà terre. Nous n'aurons sans doute jamais, parce moyen, Tcxpression absolue du temps, mais nous en aurons une représentation relative et figurée très-suffisante pour les besoins de la science.
Au premier abord, l'application de cette idée semble assez difficile, et, en effet, les Anciens ne paraissent pas lavoir nettement comprise. Nous savons seulement que les prêtres de Mcmphis, en observant le mode de formation du limon de la vallée du Nil, concevaient qu'une partie de la terre avait été déposée de cette manière. Les philosophes grecs admettaient bien aussi, comme on Ta vu, la formation des couches anciennes au fond de la mer, mais l'idée de temps ne pouvait être appliquée à celles-ci ; le sol de la Grèce, de TAsie Mineure^ de l'Italie était peu propre à les éclairer à cet égard.
Il fallait, pour être mis sur la voie, étudier attentivement et d'une manière continue le sol sur lequel nous marchons, comparer, sur une assez grande étendue de pays, les résultats de cette étude, c'est-à-dire constater que la partie de l'écorce terrestre accessible à nos regards se compose d'un certain nombre de couches. pierreuses, de diverses sortes, plus ou moins solides, superposées dans un ordre déterminé. Ce fait reconnu, il s'ensuivait que ces couches avaient été formées les unes après les autres, et que les plus anciennes devaient être celles qui étaient placées le plus profondément. Toute la science était là, et nous avons vu, dans la Première partie du Cours, combien
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de siècles il a (allu pour arrÎTer à la démonstration irréfutable de ce principe.
Ce point essentiel une fois acquis, commencèrent à surgir ces nombreux essais de classification qui devaient nous donner les moyens de représenter graphiquement et synoptiquement les couches de la terre dans leur véritable ordre d'ancienneté, l'établir leurs relations, de rapprocher les unes, d^éloigner les autres, de les grouper, de les diviser, de les caractériser enfin pour les reconnaître, comme on le fait pour les autres corps do la nature.
Si les couches qui composent la partie connue de Técorcc terrestre ptaient continues, partout les mêmes, conservant la. même épaisseur, la même composition minéralogique et renfermant des corps organisés semblables, la constatation de leurs divers caractères une fois faite sur un point quelconque, il ne • serait plus resté qu'à l'appliquer à d'autres; la partie eût donné le tout; c'eût été un étalon de comparaison applicable partout. Mais il n'en est point ainsi, et c'est sans doute l'extrême diversité apparente des couches ou des roches d'un pays à un autre qui a si longtemps empêché de trouver un moyen, pris dans la. nature même, qui permit de les comparer sous le rapport de Tâge ou de leur ancienneté relative.
les premiers essais de classitication ont été, comme on l'a Piemière* vu, très-simples et en même temps très-conformes à la nature. On a distingué les roches primitives cristallines, massives ou non stratifiées, constituant l'axe de plusieurs chaînes de montagnes, et les roches secondaires^ disposées en couches sur leurs flancs et occupant, en outre, les espaces qui les séparent, les caractères comparés de ces deux classes de roches, auxquelles on a aussi donné le nom de terrainS}^ ont fait regarder les premières comme ayant eu à l'origine une fluidité ignée, les secondes comme ayant été déposées dans les eaux, opinion que confirmait la présence de débris organiques marins ou d'eau douce.
Peu après, un système de couches qu'on n'avait pas distingué d'abord, quoique très-considérable, fut constaté entre le
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lerratn primaire et le terrain secondaire, et on le désigna sous le nom de terrain intermédiaire ou de tramition. Une autre classe de dépôts ayant été reconnue plus récente que le terrain secondaire, on la désigna par l'expression de terrain tertiaire. Ces quatre termes constituent toute Técononric du système de classification simple et rationnel des fondateurs de la géologie positive, système que tous les efTorts réunis des novateurs peu réfléchis de nos jours n'ont heureusement pas encore détruit.
cuMifimioM On comprend qu'une classiGcation géologique doive être faite par les hommes qui ont étudié la nature au point de vuo spécial de l'arrangement des roches entre elles, de leurs relations dans les plaines, les collines, les plateaux et les montagnes, qui ont constaté à la fois leurs caractères minéralogiques, leur extension géographique et les corps organisés qu'elles renferment, qui se sont assurés qu*elles ont été déposées dans les eaux, qui se sont rendu compte enfin des diverses sortes d'accidents qu'elles ont éprouvés ou des modifications qu'elles ont subies ; mais on conçoit moins qu'un tel travail puisse être exécuté par tout autre que par des géologues pratiques. Cependant on voit bon nombre de ces prétendues classifications des terrains proposées par des personnes plus ou moins étrangères à la géologie, dont le genre d*étitde ne leur donnait aucune autorité pour une œuvre dont les résultats sont par conséquent sans valeur. On pourrait distinguer, d'après les principes qui leur servent de base ou qui ont guidé leun auteurs, cinq sortes de classifications géologiques* Viné- \jQg classifications que nous appellerons minéralogiques sont
celles dans lesquelles l'étude particulière des roches, au point de vue de leur composition et de leurs caractères physiques, a surtout préoccupé les auteurs. Ces savants ont apporté une grande attention et un soin minutieux à l'analyse des diverses masses qui constituent Técorce solide de la terre, mais le résultat définitif, même à leur point de vue, ne pouvait conduire a aucun véritable principe de classification naturelle, même pétrographique. Excepté les roches simples ou composées
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d*one seule cspcce mincTale, les autres sont des mélanges en toutes proportions et à tous les états d'un plus ou moins grand nombre de minéraux, de sorte qu'au delà de certaine caractéristique générale pour chaque espèce, l'analyse, la spécification et la dénomination n'ont plus d'utilité réelle, si ce n'est dans Tindustrie ou dans les arts,, et ne représentent aucune unité scientifique, absolue, déterminée; le but est dépassé parce qu'on ne s'est pas rendu compte de la limite à laquelle, par sa nature même, cette étude devait s'arrêter.
Or les personnes qui , de ces classifications des roches^ considcrées dans leurs caractères propres et indépendammenf de leur âge, ont voulu passer k des dassifications de terrains sans avoir fait de longues recherches stratigraphiques comparées, ont communiqué à ces classifications le caractère de leurs études favorites. Ces prétendus tableaux de la composition de Técorce du globe ne donnent qu'une idée générale, .vague, fort imparfaite de la réalité, parce qu'elles ne résultent pas d'un examen assez détaillé des relations des roches en place. La considération des fossiles y est d'ailleurs complètement négligée ou n'y figure que pour mémoire, et l'arrangement systématique des matériaux, comme l'harmonieuse consounance des expressions, ne peut masquer le vide profond qui apparaît dès que l'on veut en faire usage; c'est une sorte de roman de la nature.
Un des savants qui ont le plus contribué à enrichir les collections du Muséum d'histoire naturelle, à y introduire un orr dre parfait pendant sa longue administration et dont nous nous honorerons toujours d'avoir été le disciple,'a, pendant quarante ans, perfectionné une classification des roches qui peut être considérée comme un modèle du genre ; mais sa classifi' Mtion des terrains a subi l'influence de ses préoccupations |)êtrographiques , et malgré laMiaute autorité du professeur elle n'a jamais pu être appliqbée sur le sol ; elle présente en eiïet tous les inconvénients que nous venons de signaler. • L. Corâier, quoique n'ayant pas cessé de voyager jusqu'à ses dernières années, appartenait toujours à l'école de de Saussure, deDolomieu, de Ramond, de la Métherie, etc., pour qui les
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caraclèros stratigrai)lii(]ues ôtaiont encore quelque chose d'assez obscur et de mal compris dans ses dêlails. Ce vénérable savant, dont nous déplorons la perte récente, était le dernier représentant de cette pléiade (pii eut son éclat, mais qui devait s'effacer devant cette autre école plus rationnelle dont Alex. Krongniarl et M. d'Omalius d'Ilalloy furent en France les premiers chefs. Zooio-ujues, Les classifications dues à des zoolo«iis(es qui se sont occilpés de fossiles offrent un mélange insuflisant et incomplet de certaines données géologiques avec tout ce que leurs auteurs ont pu rassembler de noms de Ibssilt s qu'ils distribuent dans la séiie des terrains, suivant les renseignements qu'on leur a fournis ou leurs idées personnelles. Parmi ces savants, les uns n'admettent pas que les espèces puissent passer de l'une de leurs divisions dans l'autre ou se trouver dans deux à la fois; d'autres, plus tolérants, pcunietlent le passageà travers un certain nombre de celles-ci ; enlin (piel(|nes-uns ne mettent aucune op|>osition à la continuation ou à la réa)>parition des espèces à des niveaux géologiques assez différents. Il va sans diie que lorsipi'un dépôt, quelque considérable qu'il soit, ne reiderme point de fossiles, il n'en est tenu aucun compte, n en est de même des phénomènes physiques qui ont eu lieu pendant la formation de ces dépôts, des caractères niinéralogiques des roches, de leur puissance, de leur développement géographi(pie , des actions dynamiques qui les ont alTectces, de leur mélamoiphisuie, etc.
Si ces prétendues classiliralions reposaient au moins sur une élude a|)profondie et conq)arative de tous les débiis organiques, animaux et végétaux, il en résulterait une masse de documents intéressants et utiles à d'autres égards; mais chacun prétend établir la sienne d'après le résultat de ses recherches personnelles, av( c le> éléments toujours inconq)lets de sa spécialité, bornée à telle ou telle* clisse. C'est ainsi qu'on a cru pouvoir proposer une classih'cation j>artielle avec des restes de manmiifères terrestres, animaux qui n'ont pas vécu dans le milieu où se sont dé|)osées les couches qui les renferment, qui ont été accumulés par places par des phénouiènes locaux
sans aucune corrélation nécessaire enlrc eux, toujours plus ou moins disséminés, manquant sur de grandes étendues d'une même couche et souvent dans des pays entiers. Telle est la classification exposée par M. P. Gervais (l), qui établit, avec cette seule considération, dans le terrain tertiaire inférieur de la France, trois divisions désignées par les noms de orthocène^ éocène et protcèue, deux dans le terrain tertiaire moyen et deux dans le supérieur, auxquelles il faut peut-être' ajouter la période de r homme (holocèné). Classification et terminologie, l'une n'était pas plus admissible que l'autre.
Il y a trente ans, une classification partielle, fondée sur un principe différent et sur une autre classe de fossiles, celle des mollusques, avait été appliquée aussi aux terrains tertiaires par MM. Cb. Lyoll et Deshayes. Ces savants avaient admis qu'il existait, dans les divers dépôts de cette époque, une certaine proportion déterminée d'espèces ayant encore leurs analogues vivants dans les mers actuelles, et que cette proportion était d'autant moindre que les couches étaient plus anciennes. Ils trouvèrent, en comparant environ 3000 espèces fossiles et 5000 espèces vivantes que la proportion de celles-ci par rapport à celles-là était dc51/2®/o *^*^s ^^* couches les plus basses, de 17 "/o 4«'^ns celles qui venaient au-dessus, et de 55 à 50 7o <}ans les plus élevées. Cette proportion devenait 90 à 95 7o ^^^^ '^s dépôts Icâ plus récents que nous appelons aujourd'hui quaternaires. La commodité de ce moyen pour apprécier l'âge relatif d'une couche tertiaire sur un point quelconque frappa vivement les géologues et les paléontologistes, et,- sans qu'on se rendit bien compte de la valeur réelle du procédé, il eut un grand succès. Mais nous avons fait voir qu^il ne supportait point une analyse rigoureuse et iious reproduisons.ici ce que nous avons déjà écrit à ce sujet. U va sans dire que pour les zoologistes qui n'admettaient pas qu*unc seule espèce tertiaire ait son analogue t'ans la faune actuelle, ce mode d^appréciation était complèten:enl nul.
(1) C(nnpu$ rendus de PAcad. des sciences^ vol. XXXIV, p. 516; 1852.
<5l CLASSIFICATION CÉOLOGIOIÎK.
c Pour mieux juger les questions de ce genre, on pour- « raît les présenter sous la forme suivante : soit a le nombre* « des espèces connues d'un dépôt tartiaîre dont on veut délcr- « miner Tàgé; A le nombre total ou absolu des espèces qu*il a renferme ; b le nombre des espèces connues dans les mers c actuelles ; B le nombre absolu de toutes les espèces qui y 6 vi?ent ; c le nombre des espèces reconnues communes à a u et &, ou au dépôt tertiaire et à la faune actuelle ; C le nombre A absolu des espèces fossiles qui ont encore leurs identiques a viTantes. Ces six quantités pourront être mises sous la « forme j, g. g. Dans ces nombres fractionnaires, tous les nu- (( mérateurs sont connus, mais les dénominateurs ne le sont « pas, et C, qui est le nombre cherché et non pas f , quantité « Variable dont on se sert à tort, ne sera obtenu que lorsque
« les rapports ^ et ^ le seront eux-mêmes. Dans ces expres- <c sions, les numérateurs sont incessamment variables. Si, en a effet, j^ = 2' P^r ?""te de nouvelles recherches il pourra « devenir j» puis ^> puis ^^ et enfin , si Ton arrive à connaître « tous les fossiles du dépôt tertiaire, on aura a = A. 11 pourra a en être de même pour g; mais la proportion ne croîtra pas
a nécessairement dans le même rapport.* Ainsi, si ^ = j^j^^
« on pourra obtenir successivement ^ = iôô ^ Ï5ô ^ ïôô' ^* « ainsi de suite. Mais peut-être n arrivera-t-on jamais à avoir (f •» =r B, condition cependant indispensable pour avoir c = C, « c'est-à-dire le rapport exact ou le nombre absolu des cs- M pèces du dépôt tertiaire qui vivent encore. A cette con- « ilition seule, la partie numérique de la question sera résow lue ; mais il restera ensuite à apprécier les causes d'erreurs c; résultant de la bonne ou mauvaise détermination des os- « pèces.
a De son côté, M. Agassiz a également fait voir que, zoologi- « quement, la méthode, en apparence si simple et si facile, « des nombres proportionnels était artificielle et devait être
GLASSIFIGÀTION GÉOLOGIQII]!:. 135;
R abandonnée (i). On sait de plus que, pour ce savant, aucujio. c espèce , fossile , même des formations tertiaires les' moins a anciennes, n'aurait son identique dans les mers actuelles (2).. c Ainsi la méthode serait non-seulement artificielle, mais en- « core établie sur une base absolument fausse. Nous sommes H loin d'admettre des assertions aussi absolues, et nous ne les « reproduisons que pour faire voir le peu de solidité de a certains principes sur lesquels on voudrait asseoir la- « géologie eUe-mémc ^5). »
Cfô dassifications zoologiques^ lorsqu'elles sont générales, ont encore des inconvénients plus graves, c'est que, l'importance d'un système de couches ne dépendant ni de sa puissance ni de son extension géographique, les divers termes de la série des terrains sont tous égaux pour Toeil, et disposés en colonne linéaire continue. Par conséquent, comme nous le disions tout â l'heure, les roches sans fossiles connus y sont omises jusqu'à ce qu'on y en ait découvert. On exagère ensuite l'importance de petites couches ou de petites localités chères aux collecteurs de fossiles , et l'on érige en étage un banc de quelques mètres d'épaisseur, connu seulement sur le territoire de quel* ques communes, et qui représente, dans la série linéaire, une unité de même valeur qu'un système de strates de 10,000 mètres de puissance répandus dans les cinq parties du globe. La classification d'Alcide d'Orbigny a tous les inconvénients inhéroQts àce principe. Celle de 6. Bronn, quoique beaucoup plus modeste, n'échappe pas non plus tout à fait à la critique. Ces classifications sont comme des romans historiques pour les* quels les auteurs empruntent à l'histoire les faits qui leur conviennent et y ajoutent ce que leur propre fonds leur fournit.
Ces deux premières sortes de classification n'ont jamais, on
(\) lamographie d£s coquilles tertiaires réputées identiques avec des (ipéees vivantes. Nouv. Mém, de la Soc. helv. se. nat., vol. YIF, p. ô. Neochâtel, 1845.
(2) Neu. Jahrb. 1843, p. 88.
(5) Hiu, despragrés de la Géologie, vol. II, p. 520, 1849.
iSG CLASSIFICATION GÉOLOGIQUE.
le conçoit, produit de travaux géologiques sérieux, ni straligraphiques ni cartographiques ; leurs applications o^ pu servir seulement dans quelques généralisations ; on peut y puiser des documents, mais rien de plus. L'une exagère l'importance des caractères minéralogiques ou pétrographiqucs, Tautre celle des fossiles ; toutes deux ont le tort d'être trop exclusives. Elles ont aussi toutes deux une apparence de simplicité qui fait îHusîon au premier abord et les rend commodes dans l'application superficielle de la science ; aussi les zoologistes et les minéralogistes les adoptent'-ils volontiers dans leurs travaux, tandis que les géologues doivent les rejeter comme reposant sur des principes faux ou incomplets.
riivkique» Une troisième sorte de classification plus rationnelle et ingcoina"iciue4 finimeut plus utile est celle qui repose sur Tobservation directe du terrain, sur la détermination en place des rapports d'ancienneté des diverses roches entre elles. Elle résulte des seules considérations stratigraphiques, physiques ou géométriques, et exige l'étude la plus approfondie et la plus attentive des superpositions, des inclinaisons, des directions des couches, de tous les accidents qui peuvent induire en erreur sur leurs véritables relations. Sauf quelques méprises, quelques omissions, que ce genre d'observation ne permet pas toujours d'éviter, on doit reconnaître qu'il est le fondement le plus solide de toute bonne géologie. Aussi ces classifications nous représenteraient-elles.assez bien les dironiqties du moyen âge qui demandent encore qu'une main habile, en les ulilisant, en y ajoutant certaines considérations prises dans un autre ordre d'idées, vienne les compléter et leur imprimer un caractère plus systématique dans leur ensemble. La plupart des travaux géologiques officiels des divers Ëtats de l'Europe ont d'abord été exécutés, à très-peu près, à l'aide de ces seuls principes, et la carte géologique de la Belgique^ par Â. Dumont, en offre l'application la plus complète.
Dynamiques. Une idée, qui put séduire d'abord quelques bons esprits, fut de prendre pour base de la chronologie de la terre la succession, supposée bien constatée, des phénomènes dynamiques
ijai ont acddenté çà et là, plus ou moins irrégulièrement, sa surfiure.Mais c^était partir d*un principe faux, car si ces mêmes phéDomènes sont soumis, dans leur distribution superficielle, â certaines lois géométriques, ce qui peut être, le plus simple eiamen fait ?oir qu'ils ne sont soumis à aucune règle dans le temps, que de grandes portions de celte superficie n'en ont pas ressenti pendant des laps de temps énormes, tandis que sur d'autres ils se sont répétés dans un temps relativement assez court.- En outre, dans Tordre physique pas plus que dans l'ordre politique, des instants de perturbations, de troubles, de violence ne peuvent servir de dates pour une chronologie régulière, et il serait tout aussi illogique de vouloir marquer les âges de la terre par les accidents que certaines parties de sa surface ont éprouvés, que la chronologie d un peuple par les révolutions, les émeutes et autres circonstances fortuites qui ont momentanément interrompu la marche de son existence normale. Ce principe n'ayant d'ailleurs pas été exposé dans un traité méthodique ni dans une classification générale de la science, mais seulement dans dci applications particulières et accessoirement à la terminologie ordinaire, nous n'en parlons que pour mémoire.
Nous sommes ainsi conduit à chercher ailleurs le principe de la chronologie de la terre, c'est-à-dire dans ce qui est régulier. Comme nous évaluons le temps paf le cours des astres, Jl but le chercher ici dans ce qui est le produit naturel et constant de sa vie propre, dans la succession des phénomènes normaux de sa surface et non dans les accidents produits par des causes internes et indépendantes des lois qui régissent ces mêmes phénomènes.
Or, cette indépendance avait été d'abord méconnue; on indcpeoavait cru à une sorte de solidarité entre les accidents physi- phénomène ques qui avaient leur cause' à Tintérieur et les changements «^y"**™**»""* survenus à l'extérieur dans les produits de la vie; il y avait biologique». entre ces deux ordres de faits, si difTérents quant à leur origine, une apparence de relation qui pouvait séduire au premier abord. Mais lorsqu'on vint à comparer les terrains des
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pays les plus tourmentés et les plus accidentés da globe avec ceux des pays où ils n'ont éprouvé aucune perturbation, on observa que dans les deux cas la succession des couches était parfaitement la même, et que, dans tous deux aussi, la succession des corps organisés que ces terrains renferment était tout à fait comparable.
Ce sera donc dans cette succession des corps organisés, dont nous verrons les espèces en rapport avec l'ancienneté relative des couches, que nous devrons chercher les lois naturelles de la succession de ces dernières dans les pays les plus éloignés de ceux où nous les. aurons étudiées d'abord. Nous reproduirons ici quelques passages que nous avons donnés ailleurs, et qui pourront, tout en confirmant ces vues, faire mieux sentir leur importance fondamentale pour la classification des terrains de sédiment et démontrer une fois de plus, s'il était nécessaire, l'erreur profonde où l'on est resté si longtemps sur les soi-disant rapports entre les révolutions physiques du globe et la destruction des animaux et dès végétaux à sa surface.
« La faune d'une formation qui finit différant moins de la « laune de celle qui la suit immédiatement que de celle de « ses premiers dépôts, il n'y a pas de motifs suffisants pour « attribuer à une cause violente, purement physique, la diflea rcnce des corps organisés de deux formations ou sous*divia sions consécutives, car pendant la durée de chacune d'elles « il s'est aussi opéré des changements non moins prononcés. « Pour admettre l'influence exclusive des causes violentes ce perturbatrices, il faudrait que ce fut l'inverse qui eût eu « lieu (i).
«Les intermédiaires qui viennent relier zoologiquement * « des termes géologiques fort éloignés les uns des autres, et « avec lesquels on n'est encore parvenu que rarement à faire « coïncider quelques phénomènes physiques^ d'une étendue « bornée dans un sens ou dans l'autre, montrent qiieceui[-ci
• (I) HisL des progréê de la géologie, vol. Y, p. 1; 1853.
8 n'entrent réellement pour rien dans le résultat général des « transformations successives des types organisés; autrement e il y aurait des hiatus ou, comme on Ta dit, des lacunes;
• celles que Ton avait cru reconnaître disparaissent, au con-
• traire, à mesure que les études palcontologiques et strati- « graphiques deviennent plus complètes.
il Si les changements physiques qui ont eu lieu sur une « faible étendue, soit à la surface du sol émergé, soit au fond t des mers, étaient la seule cause de ceux que l'on obser\'C a dans lorganisme, on ne voit pas pourquoi ces derniers sefl raient partout dans le même sens et partout aussi contem- « porains et corrélatifs.
I Si des soulèvements plus ou moins étendus n'ont agi que « suivant des fuseaux de la sphère terrestre, après l'un qucl- « conque de ces phénomènes, les modifications organiques « qu'il a pu occasionner ne se seront produites que dans un ■ certain espace soumis à son influence, et, partout au delà, « la faune qui existait aura continué à se perpétuer jusqu'à ce & qu'un autre phénomène du même genre soit venu lui impriff mer à son tour une influence analogue. Mais cette dernière I ne s'étant pas propagée non plus jusqu'à la zone modifiée a par le premier soulèvement, celle-ci a dû continuer à pré- « scnter les caractères que ce premier soulèvement lui avait « fait prendre, et ainsi de suite (l); de sorte que les faunes, « considérées dans leur ensemble, au lieu de se correspondre, « à un moment donné, sur tous les points du globe, et de se « modifier en même temps et de la même manière, offriraient
(i) Noos ne posséderons sans doute jamais les données nécessaires pour apprécier ï cet égard T influence d'un soulèvement quelconque, car il fauterait connaître, outre sa direction et son étendue en longueur, la curface qu'il a arfoctce, réiévalîon à laquelle cette surface a été portée sur ses ùi' v(it pointe, enfin la vitesse du mouvement; mais il est facile de voir que iOD effet a àù être très-rcstreint, et que, relativement h la loi qui régit la «Kcession générale des êtres organisés» cette influence est comparable à ce que nous avons dit du mëIamoi*phisme de contact par rapport au meta* Durphisme en gfand. (Ibid.f p. 3).
(( au géologue un enchevêtrement continuel de caractères et do « variations qui ne s'accorderaient nulle part. Que le seule- « vcmcnt se soit étendu sur tout un gran4 cercle de la «phêrc « ou sur une portion seulement, Tobjection reste d'ailleurs a la nicme.
(c Une autre conséquence probable de l'influence exclusive « qu'auraient eue les mouvements brusques et violents, cest « que, par cela même qu'elle était plus ou moins limitée, il « dçvrait se retrouver, dans quelques-unes des mers actuelles, K des représentants des formes anciennes, tels que les trilo- « bitos qui se seraient perpétués pendant le règne des Am- « monites, des Bélemnites, des rudistes, etc., et, outre que « les faunes auraient persisté plus longtemps sur un point « que sur d'autres, on devrait apercevoir, comme on Pa déjà a dit, dos retoui*s à des faunes antérieures, déterminés par « des circonstances analogues de température, de profondeur « d*eau, de courants marins, de nature du fond, -etc. Mais « loin de là, une formation étudiée sur les divers points où ff se déposaient dans le même moment des sables, des ar- « giles, des marnes ou des calcaires, offre toujours l'applica- « tion de la même loi ; les formes organiques ne sont nulle « part interverties, et, sans être spécifiquement identiques, « les types principaux, ou le faciès, en un mot, de la base, « du milieu et des derniers dépôts de cette formation, sont « partout comparables.
« Ainsi les formes qui ont une fois disparu ne se montrent « plus ; leur rôle est accompli ; elles font place à d'autres qui « disparaissent à leur tour, et si Linné a dit avec raison : Katura « 9101) facit saltus, on peut dire également: Non retrait nalura^ « Nous voyons ces types naître, se développer, puis s'éteindre « en même temps, sous toutes les latitudes, sous tous les mé- « ridiens, ou seulement influencés, dans les périodes les plus « récentes, par des zones isotbermes plus ou moins com|ta- « râbles à celles de nos jours. Mais que les couches soient « concordantes sur des é|)aisseurs de huit à dix mille mètres, 9 comme dans rAnicrique du Nord, ou que celles du même
CLASSIFICATION GÉOLOGIQUE. m
. âge nous offrent des discordances à divers niveaux, comme . dansrouest de l'Europe, qu'elles soient horizontales comme . en Russie, ou «bien redressées, plissées, tourmentées de . mille manières, comme en Belgique et dans les Hes Britan- « niques, les changements survenus dans les animaux, depuis «la faune silurienne jusqu'aux derniers sédiments carboni- « feres, n'ont été ni plus lents ni plus rapides; toujours et « partout la nature organique semble avoir marché du même i pas, insouciante en quelque sorte de ces accidents de l'é-
* corce terrestre qui, quelque^grands qu'ils nous paraissent, « ont été cependant trop faibles pour l'atteindre, trop limités < pour troubler ses lois.
«Si, d'une part, les données géométriques, accumulées
• chaque jour, puis fécondées et systématisées par de sérieuses . méditations et d'élégantes formules, viennent ouvrir un « nouvel et vaste horizon aux spéculations les plus élevées sur « la physique du globe, de l'autre les données paléontolo- « giques se multiplient également, et, sans suivre une direo- « Uon parallèle et concordante, viennent prouver l'indépen-
• dance générale des deux ordres de phénomènes. Or les « résultaU paléontologiques paraissent être ceux dont la con- « stance et l'universalité ont le plus contribué à établir la re- « laUon des dépôts dans l'espace et leurs différences dans le « temps.
« Sans doute des soulèvements et des abaissements fort « lente de portions plus ou moins étendues du fond des mers, « des changements de direction des courants, modiflant la « température et les sédiments, ainsi que d'autres causes lo- « cales extérieures qui agissent encore sous nos yeux, quoique « difficilement appréciables, vu le peu de durée des termes « de comparaison dont nous disposons, ont apporté des clian- « gemente corrélatife dans les êtres.organisés ; mais, s'il n'y « avait paseu un principe indépendant de ces mêmes causes « séculaires, il en serait résulté, comme des causes instan- •tanées dont nous venons de parler, que les familles, les *
* genres, les espèces même auraient pu se perpétuer indéfi-
142 CLASSIFICATION GEOLOGIQUE.
t( niment par des déplacements ou migrations, tantôt sur un « point, tantôt sur un autre, et, comme depuis le premier dén veloppement de Torganisme il y a toujours eu des eaux à la « surface du globe, les familles, les genres et les' espèces n'au- « raient pas été successivement remplacés dans le même or^re, « et pour «ainsi dire en même temps, de telle sorte qu'à un « moment donné les diverses mers nourrissaient des animaux « comparables.
« 11 semble donc, en résumé, que les phénomènes pby« « siques, soit lents et graduels, soit brusques et d'une grande « énergie, qui n'ont cessé de modifier le relief de la terre, « ayant été locaux, irréguliers et accidentek, ont amené « parmi les êtres organisés des changements très-bornés aussi, a dont on peut souvent tracer encore les limites et déter- « miner le plus ou moins d'importance, mais qu'ils n'ont « pu être la cause des modifications continues, régulières et « générales qu'ont éprouvées ces mêmes êtres depuis les pre- « miers âges géologiques jusqu'à nous, qui voyons se défi velopper, non pas sans doute le dernier terme de cette fx longue série, mais celui que l'accroissement particulier de « l'espèce humaine devait caractériser. » CiiMflcation Enfin la dernière sorte de classification, «jui sans doute doit m^ihodiquo. gjpç regardée comme l'expression la plus approchée do la vérité, est celle dans laquelle on emploie, non pas tel ou tel principe à l'exclusion de tel autre, mais tous les éléments fournis par l'examen direct du sol. Ces classifications apportent avec elles, comme preuve de leur exactitude, des coupes stratigraphiquesiîaturelles, nombreuses, détaillées, verticales et horizontales, indiquant les rapports des couches d'un pays pris comme terme de comparaison , puis des cartes géologiques montrant Tétendue superficielle des divisions étabUes par les coupes; ^et en dernier lieu des listes de fossiles indiquant leur distribution dans chaque couche, et par conséquent la nature et Tiraportance des rapports de celles-ci, de même que les •motifs qui doivent déterminer le géologue à les réunir ou à les séparer* C'est ce qu'on pourrait appeler, pour suivre le même
ordre de comparaison, la classilicaiion méthodique ou Yhistoire critique et philosophique de la terre.
En résumé^ toute classification géologique établie sur un seul principe soit miner alogique, soit paléontologiquej soit fkysique ou dynamique^ restera toujours incomplète en un point ou en un autre de ses applications.
Les quatre divisions que nous avons vues établies d'abord, dans la série géologique des terrains, devinrent bientôt insuffisantes par suite des recherches multipliées qui obligèrent d'y introduire des sous-divisions de plus en plus nombreuses, de sorte que les mots terrains primitifs^ de transition^ secondaire et tertiaire ne durent plus être rogardés que comme des cadres ou divisions de premier ordre que Ton pouvait conserver sans inconvénient, parce qu'ils permettaient autant de sous-diviâons que Texigeaient les besoins des nouvelles découvertes.
En laissant ici de côte les roches dites primitives, soit grani* citMificaiion toïdes,soit porphyroïdes ou schisteuses, toujours plus ou moins * ^^ cristallines, les produits ignés de divers âges, et ne considérant que les roches d'origine sédimentairc, certaines, renfermant ou non des débrb organiques, on peut disposer ces dernières, soit sur une seule colonne, les unes au-dessous des autres en série continue dont tous les termes sont supposés égaux, soit au contraire réunies ou associées suivant leurs rapports naturels. Ces associations sont sous-divisées elles-mêmes tantôt sur un point, tantôt sur un autre, d'après leurs caractères stratigraphiques, pétrographiques ou palcontologiques prédominants. Cette dernière disposition dichotomique des terrains en divisions de second ordre appelée formations j puis de celles-ci en groupes éi de ces derniers en étages, établit avec les classifications des autres sciences naturelles une analogie d'accord avec les faits et qui ne forcQ aucune des relations observées dans des pays différents. En outre, l'introduction d'un nouveau terme à tel ou tel niveau ne change rien à l'ensemble du reste, tandis que dans une série linéaire il trouble toute la série, soit au-dessus, soit au-dessous. Cette dernière d'ailleurs n'est qu'une abstraction
qai pouvait venir seulement à Tesprit d'un paIépntologi8te« exa-»
gérant Timporlance des fossiles aux dépens de tous les autres caractères et sans s'apercevoir qu'il donnait de la série géologique, non pas une représentation naturelle ly méthodique, mais une véritable caricature dans laquelle la butte Montmartre par exemple, se trouve égaler le mont-Blanc ou, ce qui revient au même, le calcaire grossier de Paris représente une unité aussi bien que le système carbonifère ou le système silurien.
Les anciennes classifications de MM. A. Boue, Alex. Brongniart, d'Omalius d'Halloy, Conybeare,de la Bêche, Lyell, etc., reposent toutes sur le principe dichotomique, comme celles de la carte géologique de la France, de la nouvelle carte géologique d'Angleterre, des cartes de TAllemagne, de l'Amérique du Nord, etc. C'est aussi celle que nous avons adoptée nous-méme depuis longtemps, et que nous n'avons aujourd'hui aucun motif pour changer.
§ a. NomenoUiiire ou terminologîe.
De même que nous venons d'indiquer les principes sur lesquels reposent les différentes classifications géologiques, de même nous dirons ici quelques mots des nomenclatures ou terminologies destinées à les exprimer et qui sont encore plus variées.
« Au moyen âge, avons-nous dit (l), la chimie naissante, a sous le nom d'alchimie, avait donné aux métaux les noms (( des dieux de la mythologie, et l'astronomie les avait reportés « dans le ciel pour désigner les planètes et les constellations; « de même aussi les premiers géologues classificateurs vouluce rcnt faire descendre une seconde fois tout l'Olympe sur la f( terre. Mais le temps des allégories est passé; laissons le vieux « Saturne ainsi que ses enfants et leur gracieux cortège de <x nymphes et de tritons; une science dans l'âge mur doit « éviter d'employer des expressions symboliques quelque in- (c génieuses qu'elles soient. »
(1) Hisl. de$ progrès de la géologie, vol. I, Introduction, p. xnt; 1847.
Nous avons vu qu'à la fin du dernier siècle les deux partis £*«">«» àt$ qui divisaient la géologie théorique s'étaient ranges, l'un sous leminoiogies le sceptre de Pluton et adoptait aussi le patronage de Vulcain, l'autre sous le trident de Neptune. Par suite on avait donné et Ton donne encore le nom de roches plutoniennes ou vulca^ mennes à celles dont on attribuait Torigine au feu, et le nom (le roches neptuniennes à celles qui se sont déposées sous les eaux. Mais ce fut plus tard qu'Alex. Brongniart, convoquant pour ainsi dire tout TOlyrope à ses travaux de paléontologie et de géologie et parcourant en divers sens le Jardin des racines grecques, donna la nomenclature à la fois la plus mythologique et la plus hellénique. Ces emprunts faits à un autre ordred'idées et à une langue ancienne ne pouvaient servir que pour les di- Tisions de premier, de second et de troisième ordre ; pour délies d'un moindre degré, mais les plus importantes, parce qu'elles étaient les plus réelles, il fallait en revenir aux dénominations vulgaires, minéralogiques, pétrographiques ou autres, déjà consacrées, de sorte que le cadre seul était empreint d une certaine harmonje par ses éléments étrangers à la science. Tout le reste était parfaitement discordant et hétérogène, écueil contre lequel sont aussi venues échouer toutes les tentatives faites depuis. Cette terminologie, un peu prétentieuse, eut en France un petit nombre d'imitateurs contemporains, mais au dehors elle n'eut aucun succès.
Us terminologies formées seulement de racines grecques, dans des vues systématiques d'harmonie, de consonnance des mots employés soit dans le sens propre, soit dans un sens figuré, avec tout autant de prétentions à la symétrie, ne sont ni plus heureuses, ni plus exactes, ni plus commodes. Elles introduisent sans aucune nécessité, dans la science, des mot^ d'une langue où Ton n en trouve aucun qui s'y rattache ou qui ait jamais été employé dans le sens qn'on lui attribue. Les géologues anglais ne sont pas, à cet égard, restés en arrière de ceux du continent, et ils ont apporté, à diverses reprises, des réminiscences de leurs études classiques dans le domaine delà géologie.
Vers 1850, sir Ch. iyell, persuadé que le terrain tertiaire
représentait une période qui n'avait rien de commun avec tout ce qui l'avait précédé, en considéia la partie inférieure comme Taurore d'un nouveau jour et lui imposa le nom dVocéti^ (aurore récente); sa partie moyenne reçut le nom de miocène ou de moins récente, et la partie supérieure celui de pliocène ou plus récente. Le sens de ces expressions était aussi en rapport avec la proportion supposée des espèces de coquilles fossiles, qui dans chacune de ces trois divisions avaient encore leurs analogues vivants. Mais l'un des inconvénients de cette nomenclature partielle s'est bientôt révélé ; elle s*est trouvée incomplète ; des dépôts plus récents encore ont été reconnus ; il a fallu dédoubler le mot p/ioc^n^ et forger les expressions hybrides de vieux pliocène^ de nouveau pliocènej en les couronnant d'un postpliocènej qui toutes répugnent au bon sens comme au bon goût. D'ailleurs où était l'utilité d'une prétendue nomenclature systématique qui ne se rattache à rien de ce qui est au-dessous, et ne sert qu'à rendre plus choquante ou plus hétérogène encore la classification générale dans laquelle on l'intercale ensuite. C'est aussi en Angleterre ou du mojns par un célèbre géologue de ce pays, sir B. I. Murchison, que le mot attiique (dépourvu ou privé d! animaux) a été introduit en l'appliquant aux roches sédimentairès les plus anciennes dans lesquelles on n'avait pas trouvé de fossiles. Mais d'abord ces roches pouvaient renfermer des plantes, ce qui rendait le sens du mot sinon inexact, du moins contraire à l'idée qu'on y attache généralement; ensuite il était possible qu'on vint à y découvrir des restes d'animaux, et alors il devenait complètement faux ; enfin, une expression impliquant un caractère négatif, qui peut cesser d'être vrai d'un moment à l'autre, et qui en outre peut s'appliquer avec tout autant de raison à une roche d'un âge quelconque, ne peut pas être assignée à un système de couche en particulier sous peine de confusion ou d'erreur manifeste. Mais M. Dana (l) a poussé plus loin à cet égard le dédain de toute logique car il dit : The term c< azoic » as hère used im-
(1) Manual of.'Geoiogy, p. 145; 1865.
plia absence of life but not neeessarily of the lowest grades, ' supposant d'abord que Texpression azotque signifie absence de la yie, et admettant ensuite la possibilité que des organismes inférieurs, soit végétaux, soit animaux aient existé pendant ces dépôts asunqUes. D'ailleurs on peut dire, en principe, «fu'un caractère négatif est toujours mauvais, puisque c'est Vabéenee même de caraetère.
On mot qui a prévalu aussi, appuyé sur Tautorité de l'érai* nent auteur du système silurien, est celui de palxototque {unimaux anciens, et non organismes ou êtres anciens*, comme on le traduit quelquefois). Cet adjectif ajouté au mot terrain comprend Tensemble des dépôts que nous continuons de désigner par l'expression de ten-ain de transition ou intei^nédiaire. Tout adjectif, pour être admis dans une nomenclature, doit pouvoir être joint aux divers substantifs qu'elle renferme ou peut renfermer ; or, si Ton peut dire une roche ou une eonehe jmlzozoique, c'est-à-dire renfermant des animaux anciens, on ue paît pas dire une plante palxowique; ce serait un non-sens; or, la flore en général, comme tous les végétaux en particulier du terrain de transition, se trouve dans ce cas.
M. J. Phillips, adoptant le même mot et voulant rendre plus uniformes les autres grandes divisions, compléta la série dans le même sens en proposant le mot mésozoïque (animaux de milieu) au lieu de secondaire, et celui de cainozolque (animaux récents) au lieu de tertiaire, que M. Dana a changé récemment en céuozdique. Or, ces mots sont sujets à la même objection que palxozotque, parce qu'ils ne sont pas applicables aux restes des végétaux de ces deux terrains et qu'on ne peut pas plus dire une plante des animaux récents qvLîtne plante des onimaux anciens; aussi ont-ils été changés par Bronn en paléolithique, mésolithique et cénolithique, qui sont certainement plus exacts dans l'application.
En Allemagne, indépendamment des dénominations locales, et suffisamment justifiées que nous y avons vues naître, on a introduit plus récemment les mots oligocène et néogène, le pren^ier appliqué par M. Beyrich à la base du terrain tertiaire
moyen, le second par les géologues de Vienne par opposition à éocène^ ce qui est au-dessus de cette dernière formation et qui se divise en ancien et nouveau néogène (dlteren und jungeren neogenai BUdnngen, Nàum.). C'est le néocène, Bronn.
Eu résumé, on voit que ces essais de terminologie avec des racines grecques n'ont pas été faits avec toute l'attention nécessaire pour entrer dans un travail scientifique, méthodique et rationnel, où chaque mot doit exprimer nettement la pensée, être toujours à sa place et construit suivant les règles de la grammaire. Lor^ même que ceux que nous venons de rappeler auraient ces avantages, ils seraient encore inutiles, puisqu'ils ne font qu'augmenter le nombre des synonymes qui existent déjà, et accroître la confusion sans remédier à aucun des inconvénients actuels (i).
L'un des plus émincnts géologues dos États-Unis, M. U. D. Rogers, a divisé en quinze parties la série des dépôts de transition delà Pennsylvanie en leur assignant des noms qui indiquent les divers moments de la journée* ou le cours du soleil depuis primai, auroral, matinal , levant , surgent, etc., jusqu'à «^vr/, qui désigne le terrain houiller; de sorte que, dans cette nomenclature allégorique, la plus luxuriante végétation qui ait peutêtre jamais couvert la terre aurait vécu précisément après le coucher du soleil.
Les terminologies dans lesquelles on emploie des noms de lieux pour désigner certains termes de la série géologique sont sans doute préférables aux nomenclatures mythologiques, grec-
(I ) On peut citer, comme un exemple de cette logomachie polyglotte, Penlemble de dépôts que nous continuons à désigner sous le nom de formation tertiaire moyenne^ et dans lequel on peut établir toutes les divisions qu*eiîgc chuque locjilité. La formation miocène, simple d'abord, pour H. Lyell,se divisa bientôt en infMeure, moyenne et $upérieure; |K>ur ses successeurs, elle représente les étages tongrim et fatunien d'Alc. d*Orbigny» dont Tun devient Y oligocène pour M. Beyricfa, Tsiutre restant tiiiocène. Ce dernier se transforme , pour un géologue suisse , en Tonçrien^ Aquitanien, Mayencien, Helvétien et Œningien. Les niènies dépôts ont été compris aussi dans les dénominations de mollasse, de néogène, de néoeéne, et ainsi de suite.
NOIIENCLÀTURE OU TERMINOLOGIE. t49
ques et allégoriques, pourvu que ces noms de pays ne s'appliquent qu'à des divisions ou sous*divisions d'une certaine importance et qui n'auraient pas encore été désignées autrement; mais, comme on l'a dit depuis longtemps, les expressions les plus insignifiantes sont souvent les meilleures.
Aux inconvénients que nous avons déjà signalés dans les classifications linéaires, il s'enjoint ordinairement un autre qui résulte de ce que à chaque terme de la série, désigné par une dénomination locale ou autre, on ajoute un numéro d'ordre de 1 à X, ce qui empêche toute întercalationT ultérieure d'^uh nouveau terme dans la série, sans déranger la numération dé ceux qui sont au-dessus ou au-dessous. La classification proposée par Aie. d'Orbigny en est un exemple. Il en est de même des nomeuclatures alphabétiques dans lesquelles les divisions sont désignées par des lettres au lieu de chiffres, ainsi que l'a fait M. Barrande pour les terrains anciens de la Bohême. Car aucun nouveau terme ne peut être inséré non plus entre deux lettres consécutives sans qu'on ait recours à ces artifices de notation, exposants ou autres, qui jettent de suite de la confusion dans la terminologie générale et sont une cause fréquente d'erreurs. *D*ailleurs, si une classification est étendue et un peu détaillée, elle exigera plus de signes qu'il n'y a de lettres dans l'alphabet et le même inconvénient se reproduira.
La disposition dichotomique que nous avons vue généralement adoptée et avec toute raison exige encore que l'on se rende compte de la valeur et du sens des mots qui expriment les diverses associations de sujets , sans quoi il en résulte une confusion ou des non-sens fort étranges, comme ceux-ci, que nous trouvons dans le tableau du Manuel de M. Lyell (i).
La série des couches fossilifères y est divisée en deux grandes classes : PaIxoTi&ique et Néozolque (animaux anciens, animaux nouveaux ; on doit supposer qu'il y a un substantif sous-enteodu : formation ou. terrain renfermant des...). Si nous considérons seulement le terrain néozoïque, nous verrons qu'il
W Manuel de Géolope élémenlaiie, trad. française, ^ol. I, p. 175, i 850.
se divise en mésoxolque et caino%oique, c'est-à-dire que le terrain renfermant des animaux nouveaux se divise en deux autres termes, l'un à animaux moyens^ l'autre à animaux récents. Ce terme à animaux récents comprend à son tour quatre termes, désignés par de simples adjectiCs : éocène^ aurore récente ; miocène^ moins] récente; pliocène^ plus récente, et posttertiaire; enfin, ces quatre termes en renferment huit autres, qui sont les huit prerçières unités géologiques de la série, et composés de ces mêmes mots auxquels sont ajoutés, soit avant, soit après, une préposition ou des adjectifs qui indiquent leur âge relatif ou leur position relative.
Conçoit^n une succession de mots dans laquelle aucun d^eux n^est compris dans celui qui le précède ou qui le suit, et qui sont associés de manière à ne présenter aucun sens lorsqu'on vient à les mettre les uns au bout des autres pour saisir leurs rapports. Que dirait-on d'un botaniste ou d'un zoologiste qui remplacerait les mots classe^ ordre, famille, genre et espèce par des expressions sans aucune relation quant à leur sens propre, ni quant à leur sens figuré, et qui ne présenteraient aucun ordre les- uns relativement aux autres?
Le Traité de Géognosie de M. F. Naumann, précieux par le choix comme par le nombre des matériaux qui y sont condenses, est aussi le plus complet que la science possède relativement à la classification et à la terminologie ; on pourrait même dire qu'il est trop complet, car, après avoir conserré comme base générale celle de Werner et laissé dominer dans tout le cofbrs de l'ouvrage la nomenclature allemande dont les éléments ont été introduits successivement, l'auteur y a ajouté un certain nombre de dénominations nouvelles qui lui sont pro. pies et a employé, en traitant des pays étrangers à rAllemagne, celles qui y ont été proposées à diverses époques ; de sorte que le Lehrbuch der Géognosie représente en réalité toutes les classifications et les nomenclatures de quelque importance introduites dans la science depuis quatre-vingts ans (i).
(i) Noos avoua, il est vrai» suivi cette marche dans quelques pirtiesd^
Ce n'est point, on le conçoit, résoudre la question, c'est l'éluder. Quoique le savant professeur ait procédé avec beaucoup d'attention dans l'énuméralion des faits, qu'il ait comparé avec iofiniment de soin les divers horizons partout où ils ont été signalés, il n'en doit pas moins résulter pour les élèves, auxquels le livre est naturellement destiné, les plus grandes difficultés à suivre la description de chaque sujet qui change de nom en passant d'une région dans une autre. Le géologue instruit lira ffiiDs doute l'ouvrage de M. Naumann avec beaucoup d'intérêt et de fruit, mais cela ne suffit pas; un traité a une autre mission qu'il ne peut accomplir qu'à la condition d'être simple et eiairdans son style, méthodique et naturel dans l'arrangement des idées et des faits (i).
TBiitoire des progrès de la géologie; mais, outre que cela nous est arrive trèt-nremeot. notre excuse se trouvait dans le but et la nature mtoe de notre travail.
(1) Remarquons en passant que la plupart des traités de géobgie sont rédigés sous deui influences qui n*ont rien d'éclectique et qui les rendent généniemcnt inférieurs à ceux des autres sciences. Ils sont écrits suivant ' la iilées ou b direction pnrticuHère des études de Tauteur, puis d'après les aractèfes géologiques dominant des pays où ils sont publiés. C'est ainsi qu'un traité de géologie italien, suisse, allemand, belge, français, espagnol, aogbis ou américain portera Temprieinte du pays où il est né, et ceb au dé- Irimeat de la science des autres parties du globe ; il est destiné à l'usage de telle ou telle localité et h répandre les opinions ou les découvertes per- KnoeUes de Tauteur et de ses amis. Nous pourrions citer bon nombre d'aemples de ces soi-disant Traités, Manuels, etc.» où ce petit système est pous<»é jusqu^à ses dernières limites, où la surface de la terre est absorbée dans b description sommaire de quelques centaines de myriamèlres carrés et où lu ncocedes géologues des cinq parties du monde se trouve concentrée dans une ttole tète, celle de Fauteur. Nous ajouterons, pour ne pas cesser détre juste, que, relativement aux Traités de géologie et eu égard à Tétat général de la science, la France est aujourd'hui au-dessous de ce qu'elle était il y a vinglfinq et trente ans, et qu'elle est fort en arrière de ce qui a été publié dans tes deniers temps en Allemagne, en Angleterre et en Amérique.
U va sans dire qu'il n'est point ici question de ces productions hybrides, li Dombreoses de nos jours, dont les auteurs, sans avoir fait aucune étude pratique sérieuse des sciences dont ils parlent, montrent néanmoins une «suraace qui impose aux lecteurs peu instruits sur ces matières et répan- «icnt amai des idées dusses, soutent oontradicioireB ou incomplètes.
15i NOMENCLATURE OU TERMINOLOGIE.
La diversité des points de vue a sans doute de graves inconvénients, comme on vient de le dire, mais chacun d'eux repose au moins sur une donnée scientifique dans chaque sorte de classification, tandis qu'il y a une source d'erreurs qui n'a réellement aucune excuse possible. Elle consiste à se servir tantôt d'expressions et de mots différents, mais non équivalents ni synonymes, si ce n est peut-être dans la pensée de Tauleur, pour désigner une même chose ou une même idée, d'ailleurs bien déterminée, tantôt de la même expression ou du même mot pour des choses ou des ordres d'idées tout à fait distincts.
Nous prendrons pour exemple le mot terrain^ qui est un de ceux dont on a le plus étrangement abusé. Ainsi, dans le même ouvrage, on lira tantôt le terrain jurassique^ tantôt la formation jurassique; plus loin, le terrain secondaire^ puis le (^rraîn corallien^ et enfin ce même mot appliqué à une couche accidentelle de quelques mètres d^épaisseur et de quelques kilomètres d'étendue. Plusieurs personnes emploient le pluriel et disent les terrains jurassiques y ce qui n'a plus de sens. Nous pourrions .en citer enfin qui, aprèç avoir divisé le terrain jurassique en foi^mationSj et les formations en étages^ subdivisent de nouveau ces étages en terrains! Que penserait-on de l'esprit philosophique d'un zoologiste ou d'un botaniste qui se servirait du root classe^ tantôt au pluriel, tantôt au singulier, ici dans son acception la plus large, là pour les mots ordre^ famille^ genre et même espèce^ et qui dirait indifféremment les oi^dres des quadrumanesj les ordres des chéiroptères^ etc., ou bien la classe des mollusques^ l'ordre des brachiopodeSy le genre Térébratnle et la classe de la Terebratula biplieata? On voit combien sont méconnus par les géologues les principes les plus élémentaires de la méthode, puisqu'on donnerait ainsi à une fraction, quelquefois infiniment petite, non-seulement la même valeuf qu*à l'unité, mais encore qu'à un multiple de l'unité. Tcnninoîogic Le langage géologique ne semble pas devoir prétendre de ' ^ ' longtemps à la régularité systématique des terminologies loologiques et botaniques, étant composé de roots tirés de la plupart des langues modernes, de noms de localités, d'expressions
NOMENCLATURE OU TERMINOLOGIE. i53
leclmiques ou même populaires, sans étymologie connue, et qui ne pourraient être remplacés par d'autres sans de graves iacoovénients. Aussi nous sommes-nous borné à faire un choix dans ce qui existe déjà et à rendre la nomenclature la pliis simple possible en employant les mots les plus usités, les plus vulgaires même, soit français, soit étrangers, ou techniques, rejetant la plupart des expressions tirées de la mythologie ou des langues anciennes, les associations hybrides de prépositions latines avec des noms modernes, les adjectifs dérivés do sub^ stantifs, les substantifs formés à leur tour aux dépens des adjectifs, et la plupart de ces mots introduits chaque jour sans nécfêsité, puis adoptés sans réflexion.
Aussi pourrions-nous dire avec un savant botaniste qui continue noblement le nom glorieux qu'il porte : ce Une satisfaction « que j*ai éprouvée a été de n'introduire aucun terme nouveau. < Bien plus, il m'a été possible de renoncer sans inconvénient « à deux ou trois expressions techniques dont je m'étais servi « autrefois, et je Tai regardé comme un progrès (i). »
Nos divisions principales se rapporteront aux mots roche^ tnrain^ formation^ grmpe et étagCy qui auront chacun un sens fixe et déterminé, indiquant des sous-divisions de moins en moins importantes. Les mois assise^ couche on nappej banc ou ilTQle et lit exprimeront de même des sous-divisions du mot étage. Afin d'éviter des répétitions trop fréquentes, le mot époque sera synonyme de tenain^ ou employé dans un sens plus restreint pour désigner le temps pendant lequel s'est formé un ensemble de couches déterminées; il en sera de même du mot Bérie. Système et i)ériode seront synonymes de formation. Le itïoi dépôt sera pris dans une acception générale pour désigner la réunion des couches qui se sont produites pendant une époque, une période, ou bien dans un espace limité.
En résumé, dans celte nomenclature, l'écorce minérale du globe comprend detix classes de roches : les roches sédimen-
(1) Alph. de CandoUe, Géographie botaniqueraiionnée, vol. I, préface,
iM CLASSIFICATION GÉOLOGIQUE GÉNÉRALE.
tmres et les roches ignées ou pyrogènes. Les roches de sédiment se divisent en six terrains^ qui sont les terrains moderne^ quaternaire, ternaire^ secondaire j intermédiaire ou de transition^ et primaire. Chaque terrain ou époque se subdivise en formationSj systèmes ou périodes^ les formations en groupes^ et ceux-ci en étages (i). EnGn Tétage a pour sous-divisions les assises^ les couches ou nappes, les bancs ou strates et les lits» Les roches ignées sont aussi classées d'après leur ftge, connu ou présumé, et leurs caractères minéralogiques.
Ainsi la classification et la terminologie géologiques que nous adoptons, réduites à leur expression la plus simple, seront représentées de la manière suivante.
CLASSIPICATIOM OAOLOCIQOI ointfiklE.
TItfeAlM fOllVATIO»
OU 00 OROOfU. ttànê,
ÉPOQOES. PÉRIODES.
moderne, quateroairc.
iiopérieure.
moyenne, inférieure.
f -délacée.
jurassique.
SU
( triatiquc.
I penriiennc.
intermédiaire j carbonifère.
ou ( déronienne.
\ de iranailion. 1 ûlurienne.
caïubrienne (provisoire).
ROCHES I pri,||3^e^ . j granité, gneissi micaschistes (anciens)» Me; roches iGvtes \ ' * ( volcaniques et éniplives de tous les âges.
(1) Quelques auteurs divisent les étages en groupes, ce qui nous parait former un confre-sons i vident; car le mol étage ne renferme aucune idée collective ou de pluralité, tandis que lo mot groupe exprime, au contraire, la réunion de plusieurs unités dont la valeur doit être aussi détenniaée.