‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 19 sur 57 · iO i · texte numérisé non relu

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Fig. i.

(P. 108.) L'auteur répète, contrairement à ce que nous avons déjà dit, que la température est la cause qui agit le plus directement sur la distribution de la vie animale terrestre, et qu'elle exerce, une égale influence sur la vie marine; cependant, lorsqu'on se rend compte de ses divers effets sur la distribution comparée des animaux et des plantes, on. les trouve très-différents. Ainsi les organismes animaux sont con- DOS exister aujourd'hui dans la mer au moins jusqu'à 4500 mètres de profondeur, et aucun végétal ne parait vivre au delà de /ÔU mètres (l). Quoiqu'il soit prématuré d'affirmer que cette limite ne sera pas dépassée par de nouvelles recherches, il nVst pas probable qu* elle s^étende beaucoup au delà, parce quelle est très-voisine de celle qu'atteint la lumière elle-même.

Quant aux deux autres conditions, la distance au-dessus et au-dessous du niveau de la mer, leur influence relative serait faible. Cependant il y a des actions assez prononcées qui ne

(1) L*auteur range sans doute dans le règne animal les diatomacées. les il^'smidiées et autres organismes inférieurs, que nous classons parmi les >^gêtattx. Voy. poUeàf chap. vi.

264 ÉPOQUE UODERNE.

sont pas dues à la température, puisque celle-ci, étant la même à dilTérentes périodes, n'a pas produit les mêmes elTets sur des organismes déterminés. On ne peut pas attribuer non plus CCS derniers à la quantité de pression ou de raréfaction ; car sous les mêmes conditions, à ce dernier égard, les mêmes phénomènes ne se reproduisent pas nécessairement. Aussi, relativement à rOcéan, M. Wallich suppose-t-il que ces effets peuvent élre en rapport avec la quantité de lumière qui exercerait une actioYi prononcée sur la présence ou l'absence de la vie près de la surface de l'eau comme sur certaines formes animales dans l'air. Mais ici, avec des effets aussi différents que dans le premier cas, plusieurs faits importants. montreront que, tandis qu'une certaine quantité de lumière est indispensable à l'accroissement et à la coloration de certaines plantes, elle n'est nullement essentielle au développement ou à la couleur des formes animales de l'Océan.

Pressions P^ur sc rendre compte des pressions qui régnent dans les u mer &^^"^^s profondcurs, continue M. Wallich, il faut se rappeler ei qu'à un mille (1609 mètres) au-dessous du niveau de la mer, * *^ ■ la pression est de 160 atmosphères par pouce fcarré; à 7280 mètres ou quatre milles et demi, elle serait de 750 atmosphères; et l'eau, l'un des corps les moins compressibles, à 20 milles de profondeur, perdrait 1/20 de son volume. Ces données de la physique ont longtemps fait croire que la vie était impossible à de grandes profondeurs ; mais la (frincipale cause d'erreur provenait de ce que l'on introduisait dans la quc.>tion des circonstances étrangères, ou que Ton comparait des faits qui n*étaient point comparables, tels que la vessie natatoire des poissons, Tendurcissement de pièces de bois qui> ramenées de profondeurs de 1800 mètres, avaient acquis la compacité et la dureté de la pierre, la pression exercée sur les grands cétacés, sur des bouteilles hermétiquement bouchées, etc.

En s' occupant des conditions de la vie sous des pressions ilc plusieurs centaines d^atmosphères, l'auteur montre que des changements à cet égard sont possibles sur une très-grande

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écbeiïcy pourvu qu'ils ne soient pas brusques. Les organismes les plus simples sont d'ailleurs les mieux adaptés à. supporter ces changements. Sous ce rapport, Thorome est un des êtres les moins bien partagés de la nature, puisque la diminution de pression d'une demi-atmosphère, en s'élevant dans l'air, ou l'augmentation de 2 ou 3 sous la cloche à plongeur, est tout ce qu'il peut supporter. Mais aussi les parties solides, fluides et gazeuses qui entrent dans son organisme sont en équilibre sous la pression normale et chacun de ces éléments étant susceptible de divers degrés de dilatation et de contraction, la complication même de son organisation est ce qui fait que cet état d'équilibre est plus facilement troublé à mesure que les conditions extérieures s'éloignent de l'état normal.

Dan^ le cas des animaux respirant par des branchies, il n*y a point de gaz, le fluide circulant étant de même ou presque de même pesanteur spécifique que le liquide environnant, *et chaque partie de l'organisme étant complètement accessible à ce Duide soit par sa porosité, soit par une action d*endosmose. L'état d'équilibre est ainsi naturellement maintenu, et Ton conçoit que si le changement de pression n'est pas trop brusque, si les liquides intérieurs peuvent graduellement se mettre en rapport avec la pression du liquide ambiant, il n'en résultera aucun trouble. Or ceci s'applique aussi bien aux animaux qui descendent à de grandes profondeurs qu'à ceux qui, habitant ces dernières, seraient entraînés vers la surface. C'est ainsi que des Ophiocomes, ramenés de 2293 mètres, vécurent encore pendant près d'une heure, après avoir été retirés de

I eau et après avoir éprouvé, durant le temps qu'on remontait la ligne, une pression qui a varié du poids d'une tonne et demie par pouce carré à celui dje 15 livres seulement.

Nous avons insisté sur l'équilibre entretenu, dans la com- Eut

Mlion de l'atmosphère, par la respiration des animaux et proportions

des plantes; dans l'Océan, les conditions sont modifiées sans ga/jan»

^tre absolument changées. On connaît encore imparfaitement }^

II manière doilt l'air se dissout dans l'eau de mer. Il est probable que le phénomène se produit à Paide du mouvement pro-

n.eTA.

duit à la surface par les vents et les courants. Mais, comme'cês actions ne s'étendent que jusqu'à une faible profondeur, la [irésence de Vair, pour alimenter les êtres qui vivent à de trèsgrandes profondeurs, doit être attribuée à une tout autre cause.

Les fluides absorbent constamment les gaz sous toutes les pressions, mais cette propriété s'accroît elle-même avec l'augmentation de pression, de sorte que dans les couches profondes de la mer il doit y avoir plus de matières gazeuses tenues en dissolution ; aussi l'auteur explique-t-il comment il coiiçoit que l'absorption des gaz de Tatmosplièrè par Teau, dans toute sa masse, se produise en raison de la pression que chaque couche supporte, et comment ces gaz, malgré leur densité plus faible que celle du liquide, ne doivent pas remonter vers la surface pour s'échapper. •

(P. 118.) D'après Vogel, 10,000 parties d'eau de la Méditerranée et de l'Atlantique ont présenté 1,1 et 2,25 d'acide carbonique, quantité sans doute très-faible, mais jugée cependant sufTisantc, non-seulement pour retenir tout le carbonate de chaux contenu dans Teau de mer, mais encore cinq fois autant. On a déjà vu que la quantité d*air atmosphérique contenue dans l'eau, et plus particulièrement la pro|K)rtioi) du gaz acide carbonique, s'accroît avec la profondeur, et le tableau suivant des analyses données par M, Bischof complet r<i ce renseignement (l).

DATES ET LOOALlTiS.

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1S36,merduSud.. .

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1837, baie du Bcngah'.

1837, baie du Dcngalc.

1837, océan Indien. .

1837, occan Atlantique.

Man<uie.

(1) Chemical andphyskal geology, trad. angl., vol.I, p. il4.

DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 267

Ainsi sur cinq exemples, dont quatre sont complets, la quantité des gaz contenus dans Teau s'accroît avec la profondeur, mais dans des proportions qui semblent encore n'avoir rien de régulier ni quant à la somme de ces gaz ni quant à chacan d'eux en particulier. Cependant la proportion diacide carbonique croît plus constamment que celle des deux autres, tandis que l'azote décroît notablement dans deux cas, et s'accroît un peu dans les deux autres.

Rappelant les analyses données par Biot, et rapportées par de la Bêche, du gaz contenu dans la vessie natatoire des poissons, M. Wallich fait remarquer avec raison qu'on n'en |H?ut rien conclure pour la composition de l'air contenu dans l'eau, puisqu'il a passé dans le courant de la circulation où les proportions de ses composants ont dû être altérées. La quantité d'oxygène qu'on y trouve doit être plus grande dans les eaux plus profondes que près de la surface, étant plus essentiel à la vie que l'azote, étant en plus grande proportion que ce dernier, et s'approchant aussi plus que lui de la pesanteur spécifique du milieu ambiant, résultat qui se déduit encore des analyses faites à la suite du voyage de circumnavigation de la Bonite^ et dans lesquelles on voit que la proportion de l'azote tend à diminuer avec la profondeur.

Les observations de l'auteur sur la liquéfaction des gaz par la pression n'apportent aucune preuve à ses vues théoriques, et il n a pas non plus d'idées arrêtées sur Torigine des grandes masses calcaires attribuées à la précipitation du carbonate de chaux tenu en dissolution dans les eaux qu au résultat des fonctions vitales des animaux inférieurs. La présence des coquilles, des rhizopodes, en immense quantité, peut, dans certains cas, appuyer cette dernière manière de voir, mais il trouve que les calcaires altérés ne la confirment pas»

La quantité (probablement en moyenne) des substances sa- suh^uncc» Unes signalées par M. Bischof (1) dans les eaux de l'océan Paci- ^]^^^ fique, de l'Atlantique et de la mer d'Allemagne, et déduites «»^^^^ '*

(1) Chemiedandphysical geology, toI. I, p. 379.

mer.

des analyses deBibra, étant de 5,527 0/0, on y a reconnu les proportions relatives suivantes :

Chlorure de sodium 75,786

Id. de magnésium 9,459

Id. de calcium 3.657

Bromure de sodium I,i84

SuKate de chaux 4,617

Id. de magnésie 5,597

D'où il résulte que le carbonate de chaux et la silice, substances qui entrent pour une si grande proportion dans la composition des coquilles et des parties solides des autres invertébrés marins manqueraient ici, ce qui est d'autant plus remarquable, ditM. Wallich, que les phénomènes géologiques dus à la présence de ces substances dans l'eau de mer peuvent être regardés comme les plus importants que l'on ait i considérer. En effet, bien que le carbonate de chaux et la silice semblent être dans des proportions très-faibles relativement à la masse des eaux, ils sont aussi essentiels à l'existence des divers organismes marins que le gaz acide carbonique, qui est encore en moindre quantité dans l'atmosphère, est indispensable aux plantes terrestres. La stiiicture solide des premières est due au carbonate de chaux comme celle des secondes au carbone. Dans les deux cas cependant le besoin et l'emploi de la matière sont équilibrées avec une telle rigueur que, si l'un ou l'autre venait h manquer, il en résulterait une perturbation profonde dans les conditions actuelles de la vie du globe.

Hais, comme le fait remarquer M. Bischof, la grande quantité de carbonate de chaux apportée par les rivières, de même que la formation continue des coquilles et des autres tests d'animaux marins, est la preuve la plus évidente de la préseoie de ce carbonate dans l'eau de mer, et, d'un autre c&té, l'acide carbonique qui s'y trouve également doit constamment dissoudre ce même carbonate lorsqu'il y en a au fond, tantli> que si l'eau est très-loin de son point de saturation par ce

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carbonate, cela vient de la séparation incessante opérée parles animaux testacés. Plusieurs analyses ont d'ailleurs constaté la présence du carbonate de chaux dans Tcau de mer, particulièrement dans le voisinage des côtes, de môme que les analyses d'eaux, prises sous diverses latitudes et dans des mers diiïcrentes, ont fait voir des proportions variables dans les sels contenus.

(P. 124.) Il est digne de remarque que les dépôts calcaires qui se forment aujourd'hui dans une partie considérable de l'Atlantique, et probablement dans tous les grands fonds de' mers, se trouvent généralement très-loin des côtes et toujours dans des eaux profondes, tandis que les polypiers des récifs, qui tirent leur matière calcaire de la même source, se forment à de faibles profondeurs, quoique, par rabaissement du fond, leur base repose à des profondeurs considérables et que les récifs eux-mêmes se trouvent alors isolés au milieu de l'Océan. On ne connaît guère de Paccroissement des polypiers que sa marche graduelle, sujet que nous traiterons ci-après, et, quant à celui des foraminifères, rien n'a encore été déterminé.

M. Wallich s'occupe beaucoup de l'arrivée, de la distribution Suhsunccs et de remploi de l'acide carbonique dans les mers, et nulle 'Z7^ part, dit-il, on ne trouve un dépôt récent résultant de la sur- ^^^^^^ saturatipn de l'eau par le carbonate de chaux. D'un autre côté, 'I y a de nombreuses preuves de dépôts calcaires formés mécaniquement, quelquefois redissous par Peau qui tient l'acide carbonique eti dissolution, de manière que la quantité de petites parties de calcaire amorphe, que l'on rencontre presque constamment, doit être attribuée à des fragments de coquilles désagrégés et laissés après la nouvelle séparation du carbonate de chaux.

lid silice a été reconnue dans toutes les eaux de mer analysées par M. Forchhammer (i), et la plus grande quantité était de 0,5 dans 10,000 parties d'eau pure. Cette substance est insoluble dans Peau, mais elle lui en abandonne quand celle-ci

(H Bifchof, loc.cit., vol. I, p 109.

S70 ePOQUE MODERNE.

contient de l'acide carbonique. Les circonstances favorables à la présence du carbonate de chaux dans l'Océan le sont aussi i celle de la silice. Elle est de même entraînée constamment à la mer par les rivières ; elle fournit la matière de la partie solide des éponges, des polycistinées, des genres voisins d'infusoires et des espèces marines de diatomacées.

Quoique ces corps siliceux soient beaucoup plus petits que les rhisopodes calcaires ou foraminiferes, ils ne laissent pas de former, par leur accumulation, une portion considérable de certains dépôts océaniques. Suivant M. Wallich, les diatomacées ne vivraient pas au delà de 728 à 900 mètres, et ceux que Ion trouve à de plus grandes profondeurs y ont été entraînés.

De ses diverses observations sur les polycistinées, les diato* macées et les foraminifères, il déduit que le carbonate de chaux et la silice existent toujours dans Teau de mer, que la quantité d'acide carbonique s^accrott avec la profondeur, que le pouvoir dissolvant de Teau, relativement à ces deux sub* stances, est dû à la présence de Tacide carbonique. 11 pense aussi que sur le lit des mers profondes, là, où à la surface le carbonate de chaux est en si petite quantité qu'il est inappréciable par les réactifs chimiques, de grands dépôts calcaires se forment néanmoins d'une manière continue, enfiq que si Faccroissement des animaux testacés est en relation directe avec la quantité de matières qui constituent leurs parties solides (les parties molles du sarcode étant composées de protéine ou d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone), on est forcé* ment conduit à admettre que la pression, loin de restreindre le développement de la vie animale aux zones supérieures des mers, peut être regardée conune une des conditions les plus essentielles à son existence dans les grandes profondeurs.

Quant à l'iode, au fluor et à l'acide phosphorique, le premier existe dans les plantes, le second dans leau elle-même, letroi« BÎème dans les corps organisés ainsi que dans Teau.

Le caractère général du lit des mers profondes est d cire moins accidenté que celui des eaux qui le sont peu, mais la

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eoiiche molle que Von a cru recouvrir toute sa surface est loiu d'être constante. C*est aussi une erreur de penser que les chaînes de montagnes, des précipices abruptes et des crêtes rocheuses dentelées n existent pas même où les dérangements volca* niques sont inconnus.

Tous les grands dcpdts calcaires ont des caractères locaux, et cette circonstance ne peut être attribuée au manque de matière calcaire, mais, sans doute, à Tabsence des organismes qui opèrent sa séparation de ses combinaisons.

(P. i 29. ) Quoique la lumière exerce à peine un effet sensible Aaion sur l'extension géographique des espèces marines, elle constitue ^ lumière, un élément important de la répartition bathymétrique dans les zones voisines de la surface. Certaines formes viveift sous le plusvif éclat du jour, d'autres l'évitent; les unes sont indiffca*ntes à ses divera degrés d'intensité, les autres sont sensibles à sa plus légère impression. Ces effets, quels qu'ils soient, sont constants chez tous les individus de la même espèce.

Bien qu*on n'ait jamais prouvé directement que la lumière fùl essentielle à la vie animale, cette opinion a été appuyée par ces deux motifs :• qu'elle est indispensable à la végétation et que la vie animale dépend, dans sa première manifestation, de la vie végétale. Mais cette dernière raison ne s'applique pas nécessairement aux organismes marins les plus inlérieurs. La lumière cesse même à une profondeur où vivent encore des espèces littorales d'un ordre très-élevé. Ainsi on suppose qu'a 235 mètres commence une obscurité complète; cependant beaucoup d'animaux particuliers à la zone profonde des coraux et surtout certains {loissons descendent à des profondeurs de trois à cinq fois plus grandes, c'est-à-dire à 650 mètres au delà des plus faibles rayons de lumière.

Les plantes, telles que nous les connaissons, ne peuvent ^ivre en l'absence de la lumière, et les corps organisés que I on a retirés d'une profondeur plus grande que 900 mètres ont présenté une structure moléculaire différente de celle des pismtes vivant plus près de la surface. Par le manque de lumière il se produit, dit M. Wallich (p. lôO), un phénomène

inverse de celui qui fixe le carbone dans la planle et laisse dégager Toxygène de lacide carbonique..

ComiiiioDs ^^ protophytes appartenant aux eaux les plus profondes la'^vie ^^^^ ^^"^ soumis à une loi particulière^ et l'on peut se demandans der qui est-ce qui joue le rôle des plantes pour purifier Tcau profondeurs, dcs éléments délétères qu*y répandent les animaux, si la végétation et la lumière cessent à la même limite, puis sous quelles autres conditions que des circonstances exceptionnelles la vie animale peut-elle être maintenue sans la vie végétale, pour se prolonger ainsi jusqu'aux plus grandes profondeurs.

La réponse à la première question est facile : les eaux de rOcéan s'emparent de l'acide carbonique exhalé par les animaux, et la quantité de carbonate de chaux qu'il y rencontre suffit pour en convertir, en un composé sans action nuisible, une assez grande quantité pour que le reste soit aussi peu nuisible que le gaz acide carbonique répandu constamment dans Talmosphère. D'un autrecôté, l'oxygène nécessaire est principalement tiré de Tair atmosphérique absorbé par l'eau, car la portion qui en est rejetée par les plantes marines, est sans importance eu égard à la masse de TOcéan. j

Pour la seconde question, l'auteur est obligé d*avoir recours , à un moyen de nutrition à l'égard duquel il n'existe pas de | précédent connu. Dans le plus grand nombre des protozoaires | marins, tels que les foraminifèrcs, les polycistinécs, les acan- I thométrées, les thalassicollidées et les spongidées , on pont supposer que ce procédé, au lieu d^ctre celui par lequel la nutrition est effectuée dans les êtres plus élevés par les fonctions complexes des organes spéciaux, le serait par les organismes les plus simples que qous connaissons, et en Tabscncc de toute disposition ressemblant à une structure particulièrement adaptée à ce but. M. Wallich remet à développer ce sujet dans ses études particulières sur les organismes inférieurs, et se borne à établir ici qu'il n'invoque aucune loi exceptionnelle, mais que, au contraire, la preuve que ces organismes sont doués du pouvoir de convertir les élémentii inorganiques pour leur propre nutrition repose sur la faculté incon-

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testable qu'ils possèdent de séparer le carbonate de chaux ou la silice des eaux qui les tiennent en dissolution. En d'autres termes, si l'on peut démontrer que ces organismes effeetuent la séparation d'éléments inorganiques pour construire leurs coquilles, on est autorisé à croire qu'ils peuvent faire servir à la nutrition même de leurs parties molles les éléments impropres à cette destination, surtout si l'on considère que les éléments qui restent sont précisément ceux qui, lorsqu'ils sont combinés, constituent la protéine de ces mêmes parties molles.

On doit faire remarquer cependant que si le principe que nous avons rappelé plus haut est absolu, si les animaux ne peuvent se nourrir que de matières organiques, le raisonnement, fort ingénieux d'ailleurs, de M. Wallich est sans fondement, ou bien, contrairement à ce qu'il dit, il invoque en réalité pour la nutrition des animaux une loi entièrement nouvelle dans les procédés de la nature. Ici d'ailleurs la difficulté n'existerait que pour ceux de ces organismes qui sont réellement doués de la vie animale ; pour les autres elle consisterait dans Fabsence de lumière.

(P. 132.) Si l'on essaye, continue l'auteur, d'examiner, sans idées préconçues, les phénomènes physiologiques sous les formes les plus simples de chaque règne, dans une cellule de Collosphxra et dans une cellule de Navicula^ on trouve que leur limite est empirique et que la distinction entre les deux règnes n'existe pas dans les êtres les plus inférieurs de l'un et de l'autre. On reconnaît aussi, dans la mise en liberté d'une partie de l'oxygène et du carbone de l'acide carbonique, de l'hydrogène de l'eau et de l'azote de l'air, un acte vital regardé jusqu'à présent comme exclusivement propre aux végétaux; de sorte que le même procédé produit la substance de la coquille et la nourriture, et le dernier anneau de la série (on pourrait, avec plus de raison, dire le premier) proviendrait, non du règne végétal, comme on l'a cru jusqu'à présent, mais bien du règne minéral. «D'un autre côté, ajoute avec « conviction H. Wallich, si Ton nie *ce résultat ou cette expli-

S74 ËPOQUE MODERNE.

a cation du fait, il ne reste plus qu*à supposer que les êlrcs « crées les plus inférieurs, qui ont le moins de besoins, ont ici « des organes spéciaux pour remplir dés fonctions sl^écialcs, a et que les plus humbles rhizopodes, les plus modestes po* « lycistinées peuvent digérer, sécréter, rejeter et penser par- « dessus le marché, car pour toutes choses on peut alléguer « *le contraire. »

L'auteur, marchant ensuite sur les traces de M. Darwin, trouTO que les animaux qui présentent des rudiments des organes de la vision ont dû vivre d'abord dans des milieux plus éclairés que ceux où on les trouve actuellement, et que ces organes se sont modifiés en s'accommodantaux nouvelles con* ditions environnantes. Les Ophiocomes des plus grandes profondeurs de FAtlantique du Nord sont ainsi semblables à FO. tjranulata des eaux peu profondes, sans présenter cependant la marque ou tache oculaire des Astéries et des Solastéries. En outre, des crustacés, revêtus de vives couleurs, ont été ramenés de 2550 mètres, par M. Torell (l). L'espèce n'a point été déterminée; on peut seulement présumer qu'elle est pourvue d'yeux.

On pensait aussi que l'absence des couleurs vives sur les animaux résultait de la diminution de la lumière, mais M. Wallich, qui semble avoir le priviléger d'observer beaucoup mieux que ses devanciers, a des motifs pour croire que, bien que l'intensité de la lumière puisse, réellemenl, produire la vivacité des teintes, son absence n'entraîne pas leur disparition ni même leur atténuation. Les Astéries ramenées de 2300 mètres présentaient, en effet, d*aussi brillantes couleurs que si elles avaient vécu dans les eaux peu profondes des zones tempérées, tandis que des individus des mêmes espèces, dragués de 182 h 564 mètres dans les fiords du Groenland occidental, offraient des feintes sombres.

(P. 154.) De ces faits et d'autres qu'il rapporte, l'auteur se

(1) The Alhenxum, -7 déc. 1861. — Le rapport ofûcicl de celle cxpédiiion scicniiûquc suédoise au S|>itzberg ne semble pas avoir encore été publié.

DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 275

confirme dans Tidée que les êtres organisés, trouirés à de graifdes profondeurs, proviennent d'espèces qui ont d'abord habité des eaux peu profondes. La couleur est alors un caractère héréditaire, et une espèce moins colorée originairement ne peut pas prendre de teintes plus vives si elle est exposée à une lumière plus "éclatante, et réciproquement. Cependant il convient que chez des animaux transportés des tropiques sous les zones tempérées les couleurs s'aRaiblissent.

On voit dans ce qui précède plusieurs contradictions de la part objectioiu (le M. Wailich. Si, par exemple, des animaux provenant de très* *'*""' grandes profondeurs ont des teintes aussi vives que ceut des zones élevées, on n'a plus de raison pour croire à l'influence de la lumière; et si des animaux des zones chaudes, vivement colorés, perdent une partie * de leurs couleurs dans les zones tempérées, on peut, au contraire, adn^ettre cette influence. D'un autre cdté, les couleurs des animaux passant des zones supérieures dans les inférieures auraient été conservées dans cette dernière station par voie d'hérédité, sans éprouver de changement à la suite de ce déplacement, tandis que d'autres, les Ophiocomes, pourvus d'yeux dans les stations supérieures originaires, se seraient vus privés de ces organes ep descendant dans les profondeurs où ils leur, seraient devenus inutiles. Nous pensons que ces incohérences doivent être attribuées à la précipitation que l'auteur semble avoir mise à rédiger un travail où les répétitions et le manque de liaison dans les divei*s sujets sont si fréquents.

Il est vrai que dans le cas des changements de couleurs, M. Wailich ne les attribue pas au plus ou moins de lumière, mais à la diminution des fonctions vitales modifiées pour favo^ riser le changement des conditions normales en des conditions anormales. C'est, comme on le voit, substituer une hypothèse particulière à une autre généralement admise. D'après d'autres exemples de changements de couleurs, et surtout en sens inverse, c'est-à-dire des zones tempérées aux zones chaudes, ou des zones froides aux zones tempérées, il est porté à croire que les teintes des plumes des oiseaux, des ailes des papillons et

de Tenvcloppe solide des échinodermes sont aussi purement héréditaires que leurs divers organes, et que, dans des variétés produites artificiellement, on doit regarder les conditions de lumière comme de valeur égale aux autres conditions secondaires qui produisent leur effet dans le jeu des fonctions vitales. •

Persistance II S attache à démontrer ensuite que les Astéries et les autres c^rps animaux ramenés de plus grandes profondeurs ont été pris dans les vivants dans leur habitat naturel; il fait voir aussi pourquoi

profondeurs ^ ' ■

où les restes d'animaux morts à ces mêmes profondeurs y demeu-

ib ont -in • 1.1

vécu, rcnt, et pourquoi la taune sous-manne est dans tous les cas aussi invariablement fixée au fond des mers que la faune terrestre l'est à la surface du sol. Les tissus, après la mort, sont remplis d'un fluide qui fart équilibre au liquide environnant; il y a décomposition, mais non putréfaction, et les éléments peuvent entrer dans de nouvelles combinaisons. Aucune substance gazeuse n'étant retenue sous cette forme dans les cellules ou cavités plus grandes des organes privés de la vie, et le résultat nécessaire de Taction d'endosmose étant de mettre dans un équilibre absolu avec le milieu environnant chaque partie de la structure, aucune diminution de pesanteur spécifique ne peut la faire r^emonter.

Dt>iribuiiou (P. 157.) Les rhizopodos sont plus ou moins abondants quc^ue* ^'^i^s toutcs Ics mcrs, mais le genre Globigerina peut être organisn.e» regardé comme essentiellement océanique, car on le trouve à proiondcur. toutcs Ics latitudcs ct à toutcs Ics profoudours , de 90 à 5460 mètres. Son maximum de développement est dans les plus grandes profondeurs; là il s'étend, comme le sable des cotes, sur des centaines de milles carrés, constituant probablement de puissantes couches. Il parait y avoir une relation intime entre les dépôts de Globigerina et la présence duGulfstream. Ainsi, entre les iles Féroë et Tlslande, entre celle-ci et Test du Groenland, ct dans une grande portion de la ligne directe, entre le cap Farewell ct Rockall, les Globigérines abondent dans les sédiments, tandis qu'entre le Groenland et le Labrador ces rhizopodes manquent ou sont peu répandu».

DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 277

Us dépôts de cette nature ne sont donc point dus au transmit par les courants, car ils seraient mélangés de toutes sortes d'espèces provenant des lignes de côtes ou d'autres parties du lit de la mer.

Dans rhémisphère Sud, M. Wallich a reconnu des dépôts de rhizopodes sur le banc d'Agulhas, au sud du cap de Bonne-Espérance, à 180 mètres de profondeur. Les Globigériiies constituent 75 pour 100 de la masse du dépôt, qui occupe une surface marquée par une ligne dépendant sans doute du courant qui contourne le Cap en Tenant de Test. Il ne diffère de ceux du nord de TÂtlantique qu'en ce que les coquilles sont de formes plus délicates, peut-être parce qu'elles habiteot de moindres profondeurs.

Le fait auquel Tauteur attache le plus d'importance, à ce qu'il semble, est la découverte d'animaux plus élevés de la série, ramenés de 2293 mètres, à environ demi-distance du cap Farewell et de la côte nord-ouest de l'Islande, ou à 500 milles de la côte du Groenland, 250 de celles de l'Islande, ef iOO du banc de Rockall, par 59** 27' latitude N., et 26** 41' longitude 0. (voy. pi. 1). En examinant la cavité viscérale d'un de œs radiaires'ou Ophiocomcs, il y a reconnu une grande quantité de Globigerina plus ou moins brisées, de fragments amorphes, qudques globules jaune clair d'apparence huileuse, plusieurs œufs, de très-petits tubes d'annélides formés de Globigcrines agglomérées, d'autres composés de divers éléments. A la profondeur de 1585 mètres, le dépôt était formé, presque à parties égales, de matières calcaires, siliceuses, entrant aussi daris la composition des tubes d'annélides.

VOphiocoma granulataj provenant de ces grandes profon* deurs, s'observe sur les côtes d'Angleterre, de 18 à 91 mètres au-dessous de la surface, de même sur celles de la Scandinavie, puis à 564 sur celles du Groenland, et enfin à 2293, comme on vient de le dire, sans qu'elle présente de modifications sensibles. La Serpula vitrea^ le SpirorbU nautiloides et les Ophiocomes ou Astéries vivent depuis le cercle polaire jusqu'aux côtes d'Angleterre.

Maintenant ces animaux appartiennent^ils à un centre de de création situé à cette dernière profondeur, ou bien sont-ee ^ da*noî3?^ do* colonies isolées aujourd'hui, dont les espèces seraient originaires d'ailleurs? Telle est la question que s'adresse M. Wal- ' lich, et & laquelle il répond en adoptant les idées émises par Ed. Forbe8(i) sur les grands changements qui ont affecté la distribution des terres et des mers dans les dernières périodes géologiques. Une portion considérable du lit de la mer, aa sud de rislande, aurait éprouvé un abaissement très-prononcé, prouvé par la disposition même des terres, la profondeur des eaux et les anciennes cartes qui s'appuient sur des traditions.

En sorte, dit-il (p. 151), qu'aucune démonstration d'un abaissement ne peut être plus complète, aucune preuve de la vérité du principe de centres particuliers spécifiques n'est plus évidente que la découverte, dans de telles circonstances, d'une colonie d'Astéries acclimatées, appartenant à une espèce type de la province boréale, s'étendant du cercle polaire arctique aux iles Britanniques sans éprouver de variations dans se» caractères jusqu'à 364 mètres. L'abaissement général est encore rendu probable par la découverte d'annélides fixées, dont les espèces bien connues pour appartenir à des eaux peu profondes ont été ramenées de 1238 mètres, à demi-distance entre l'Islande et les iles Féroë. •

M. Wallich fait remarquer, en terminant cette partie de son fravail, qu'il n'a point rencontré d'algues au-dessous de 364 mètres, et que les seules structures végétales ramenées des mers profondes appartiennent aux organismes les plus inférieurs que nous connaissions, aux diatomacées. Comme on l'a déjà dit, cependant, Taspect que présentent les fnistulcs de ces corps, obtenus au delà de 900 mètres, indiquent, suivant l'auteur, une constitution moléculaire de la matière protoplasmique différant tellement de celle qu'on observe dans les organismes semblables vivant dans des eaux peu profondes, qu'on ne peut pas douter que la vie végétale ne cesse à une

(1 ) Memairs of the geological Survey of Great Britam, vol. I, p. M^.

DISTRIBUTION BÀTHYMÉTRIQUE. 279

limite beaucoup plus rapprochée de la surface que la vie animale (p. 154).

Enfin, il résume ses études rclatiTCS aux limites bathymc* triques de la vie dans TOcéan de la manière suivante :

1* Les conditions qui régnent aux grandes profondeurs, Conriusioi». quoique différant matériellement de celles qui existent près de la surface, ne sont pas incompatibles avec la persistance de la vie animale.

2* En supposant que la théorie des centres spécifiques particuliers soit vraie, la présence des mêmes espèces dans des eaux peu profondes , et à de grandes profondeurs , prouve qu'elles peuvent avoir été transportées dans diverses situations sans en avoir éprouvé de changements.

y 11 n y a rien, dans les conditions qui existent aux grandes profondeurs, pour empêcher que des êtres organisés primitivement pour y vivre ou qui y auraient été acclimatés, ne puissent vivre également dans des eaux peu profondes, pourvu que le passage soit suffisamment gradué ; de sorte qu'il est possible que des espèces qui habitent actuellement à de faibles distances an-dessous de la suriace aient vécu auparavant dans les mers profondes.

4* D*un autre côté, les conditions de la surface de TOcéair ne permettent pas qu'après leur mort les êtres organisés descendent au fond quand la profondeur est très-grande, si chaque partie du corps est librement pénétrée ou accessible au fluide environnant; et réciproquement, les conditions qui rc'gnent dans les grandes profondeurs ne permettent pas non plus aux organismes, constitués pour y vivre, de s'élever à la î^urfacc lorsqu'ils sont morts.

5* La découverte même d'une seule espèce vivant normalement a de grandes profondeurs prouve suffisamment que ces régions ont leur faune spéciale, et qu'elles l'ont toujours eue dans les temps passés, d'où il résulte que beaucoup de couches fofisilileres, regardées jusqu'à présent comme ayant été déposées dans des eaux comparativement peu profondes, peuvent cependant Vavoir été à une grande distance de la surface.

oiiMmtions D*après un travail de M. W. King (i) sur les échantillons des ivcrscs. jj£f^j,gjj^g f^jjjjg jg j^gj. explorés par un bâtiment de l'Élal

charge d'opérer des sondages pour la pose du câble électrique, on n'a pas obtenu de spécimen au delà d'une profondeur de 532 mètres. Entre ce point et 182 mètres, on a partout rencontré à profusion des rliizopodes et autres êtres organisés microscopiques occupant cette vaste plaine située entre Fislande et Terre-Neuve. Tous les sondages ont apporté des coquilles remplies ou couvertes de foraminifères. Les sédiments recueillis sur la côte dlrlande, entre 466 et 552 mètres, ressemblent, dit l'auteur, à une laitance de poisson, ce qui s'explique par les myriades de Globigerina et de Globulina qu'ils contiennent.

On a trouvé en outre, à 108 mètres, des Pectetij des Arches et des Pectonclcs inconnus dans ces parages. Une Orbicule a été ramenée de 376 mètres, sur le versant oriental de h grande vallée qui atteint jusqu'à 3 milles de profondeur, et qui court des iles du cap Vert jusqu'à Kerry et au delà, où se relève le plateau télégraphique. Les pentes très-rapides de ce plateau sont également couvertes d'organismes microscopiques, et il en est sans doute de même de sa surface.

Laplace pensait que les plus grandes profondeurs des mers ne devaient guère dépasser les montagnes les plus élevées, et jusque dans ces derniers temps ces vues ne semblent pas avoir été intirmécs, les profondeurs au delà de 8000 à 9000 mètres étant encore fort incertaines. Suivant M. Airy, on pourrait déterminer les profondeurs des mers par la hauteur, la largeur et la vitesse des vagues. C'est ainsi que, d'après la hauteur comparée atteinte par les vagues sur la côté du Japon et celle de la Californie, le 23 décembre 1854, à 9*" 45', on a pu conclure, la pression augmentant d'un peu plus d'une atmosphère pr 10 mètres d'eau, que la profondeur moyenne de l'océan Pacifique entre ces deux points était de 3930 mètres ou pivs de 4000 mètres, comme on l'a dit ci-dessus. Celle de la Médi-

(i) Le Moniteur universel, 10 janvier 1863.

DISTRIBUTION BATIIYMÉTRIQUE. 28i

terranée ne dépasse guère 5500 mètres, celle de rAtlantique tôt comprise entre 2000 et 6000 mètres.

M. Maury attribue aux organismes les plus inférieurs la fonction de 'distiller l'eau de mer, d'en extraire Texcédant des sols qu'apportent les fleuves et les rivières, et de maintenir ainsi l'équilibre dans le degré de salure des mers.

Dans l'automne de 1860, M. M'Clintock recueillit, entre le Groenland et Tlslande, à 2300 mètres, une Astérie vivante, revêtue de couleurs éclatantes, et dont la cavité intestinale ren« Tormait des Globigerina. Des mollusques et des crustacés auraient été ramenés vivants de profondeurs aussi considérables dans la baie de Baflin. Dans la Méditerranée, Tenveloppe en ;nitta-percha d^un câble électrique placé sur le fond, à 109 et 127 mètres, a été perforée par le Xylophaga dorsalis^ espèce que, dans la rade de Brest, on trouve dans les traverses des ancres perdues (i).

On voit donc, comme nous le disions en commençant cette Ronarque seclion, que ces recherches très-récentes, dues à quelques observateurs, et le plus grand nombre d'entre elles à un seul, demandent à être contrôlées et étendues à d'autres mers d'une manière suivie. Ce ne sera que lorsqu'on possédera de trèsnombreux matériaux, recueillis avec toutes les précaulions possibles, que Ton pourra hasarder quelques généralités, et cs^^yer de s'élever à une loi de distribution des êtres organisés dans les mers. Jusque-là nous devons nous borner à enre- M^er les faits avec réserve quant aux conclusions à 'en tirer. C'est ainsi que des expériences toutes récentes ont montré que des poissons et des crustacés ne pouvaient supporter sans périr une pression égale à celle qu'exerce l'eau de la mer à la profondeur de 3620 mètres (2).

i\} Revue des Deux Mondes, vol. XLIII, p. 704, 1845.— Deep Sea Somdinçs in theNorth Atlantic océan, par le lieut. J. Dayman.

(2) Expériences failes à rentrepdt de \Vharf-road, à Loudres. (Yoy. Les Mtmdes, toI. H, août 1863, p. 5.)

générale.

§ 7. Dîftribtttîon def TègèUnz à U surfuie de U terre*

Quoique, à beaucoup d'égards, la botanique soit la plus avancée des sciences naturelles, sous le rapport de la distribution des végétaux à la surface de la terre, aucune loi bien générale ne semble avoir été aperçue; les exceptions à certains principes sont si nombreuses que ceux-ci disparaissent pour ne laisser que de faibles traces là où Ton croyait avoir saisi d*abordquelque résultat précis. L'abondance des matériaux accumulés, la diversité des points de vue, l'inégale connaissance que Ton a des flores dans des pays différents ne permettent en effet aucun de ces aperçus systématiques qui plaisent à l'esprit, à cause de leur simplicité et de leur clarté, mais que Texainen plus attentif et plus complet de la nature ne justifie pas toujours. Il sufBt, pour s'en convaincre, de lire la Géographe botanique raisonnée^ qu'a publiée M. Alph. de Candolle,en i 855, juste un demi-siècle après Y Essai sur la géographie da plantes d'Alex, de Humboldt (i).

Dans cet ouvrage, le plus complet que nous possédions sur ee sujet, écrit avec une connaissance parfaite de la matière, dans un excellent esprit d'analyse, on voit combien le safan^ auteur a de peine à formuler çà et là et avec beaucoup de

(1) Essai sur la géographie des p/ani^s, accompagné d'un taUeau pltjsiquc des régions équiiioiialcs, fondé sur des Die5un*s excculées depuis le iU* degré lai. S. pendant les années 171)9-1803, 1 vol. in-i*. aTeccarlr. Paris, 1805-1807.— Éd. allemande, Tubin<;en, i80X. ln-i% Vienne, 1811. — Sur les lois qu'on observe dans la distribution des formes végétales, • in-8% Parii, 1816. — Ann. de chim. et dephys,, xo\. I, p 225, 1816. - Dedistributionegeographica plantarumsecundwn cœli temperiemetalti-^ ttulinem montium Prolegomena, avec pi. Lutetix Parisiorum et Lnbeck, 1817, 1 vol. in-8% avec carte. — Voy, aussi ; Tableaux de la Nattire» vol. II.

résene quelques généralités déduites de ses prodigieuses recherches. (Test qu'il semble en effet que plus on approfondit b nature, plus on envisage ses produits sous diverses formes, et plus les différences que l'on croyait d'abord si tranchées s'affaiblissent . Aussi ne pouvons-nous mieux faire que de renvoyer le lecteur à cet excellent travail, qu'il consultera avec fruit, et auquel nous emprunterons seulement quelques citations pour iDonlrer à quoi se réduit théoriquement ce que Ton sait aujourd'hui à cet égard. Remarquons d'ailleurs que les considérations de M. Âiph. de Candolle ne portent que sur les plantes phanérogames. Les cryptoga/nes, malgré leur haute importance dans l'économie générale de la nature, puisque, pendant un laps de temps énorme, ils régnèrent presque seuls sur la terre, sont complètement omis, leur étude ne paraissant pas être assez avancée sous le rapport de leur distribution géographique pour conduire à des résultats de quelque valeur au point de vue où nous devons nous placer. Cette lacune ôte, on le conçoit, à ce livre une partie de l'intérêt qu'il pourrait avoir pour nous*

« La géographie botanique, dit le savant genevois, doit t avoir pour but principal de motHrer ce qui^ dans la distrit butUm actuelle des végétaux^ peut sexpligtier par les cofii diUons actuelles des climats^ et ce qui dépend des condi^ ■ lions antérieures. En lui assignant ce but élevé, elle concourt, I avec l'histoire des êtres organisés fossiles (paléontologie) et c avec la géologie proprement dite, à la recherche de l'un des « plus grands problèmes des sciences- naturelles, que dis-je? « des sciences en général et de toute philosophie. Ce prot blèroe est celui de la succession des êtres organisés sur le « globe; il est assurément d'un ordre très^éle\é(l). »

Ce n'est guère que dans le livre troisième de Touvrage, où Tauleur traite des considérations sur les diverses contrées de la terre au point de vue de la végétation qui les recouvre, que ' le paléontologiste pourra recueillir des faits qui se rattachent

(1) ùéoçraphie botanique raisonnée, préface, p. m, toL 1, 1855*

particulièrement a ses études, surtout à partir de la section 4 du chapitre sxii, où M. de Candolle s'occupe de la comparaison des %one$ équatoriales^ tempérées et polaires^ sous le point de vue (les familles dominantes (i ) .

Ainsi, après avoir mentionné* la famille des légumineuses comme dominant entre les tropiques, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, où elle se trouve ordinairement, dans la proportion de 10 à 12 0/0, quelquefois 16 (Saint-Thomas des Antilles) et même 17 au Congo, par rapport aux autres phanérogames, puis les graminées, les composées, les orchidées, les cypéracées, les nibiacées, les mélastoinacces, les euphorbiacées, les urticées, les scrophulariécs et d'autres familles moins importantes, l'auteur remarque que, pour compléter ce sujet, il faut noter l'abondance des fougères, si frappante dans les régions chaudes et humides, surtout dans les îles. Ainsi, à Java, les espèces de cette famille sont égales, en nombre, à 0,16 du chiffre des phanérogames; dans les îles de la Société, le rapport est 0,20; à l'île Maurice, 0,26; aux îles Gallai agos, 0,12 ; dansTile de l'Ascension, 0,08. Évidemment, dans ces iles, les fougères usurpent la place d'une des familles principales de phanérogames, et cela aussi bien par la grandeur des individusque par le nombre des espèces. Dan» nie de Juan Fernandez, dans la zone extra-tropicale australe, les fougères dépassent en nombre toutes les familles des plianérogames et les composées aussi, ce qui est très-digne de remarque, ajoute M. de Candolle, cette dernière famille étant une des plus récentes qui ont apparu sur la terre, et l'autre la plus ancienne, au moins dans Thémisphère Nord. Aussi se demande-t-il si les composées n'auraient pas appani d'abord dans l'hémisphère austral, ce que pourrait conBrmer leur abondance au Cap, en Australie, dans l'Amérique du Sud et les lies humides d'Auckland et de Juan Fernandez.

De la comparaison des légumineuses, des composées et des graminées dans les régions boréales et australes, l'auteur con-

(I) Géogr. botanique raisonnée, vol. II. p. 1238.

dut plus loin (p. 1240) : 1^ que les légumineuses craignent surtout l'absence de la chaleur ; les composées, le froid et l'huroidité ; les graminées, la sécheresse ; 2<^ que des causes anté* ricures à l'ordre de choses actuel ont amené, dans chaque grande division du ^obe et dans quelques localités (certaines îles), une augmentation ou une diminution des chiiïres proportion* oels des espèces de chaque famille dont le climat de notre époque ne rend pas compte.

(P. 1276.) Le nombre des espèces tend à augmenter lors* qu'on s'avance des pôles vers Téquateur, mais il faut faire la part des circonstances locales, telles que la sécheresse^ qui, au Sinai et en Egypte, rend la flore très-pauvre. Il en serait de même dans le Sahara, au Sénégal, et probablement en Perse, dans le Caboul, la Californie inférieure, etc. D'un autre côté, la présence des chaînes de montagnes (Algérie, Inde, Mexique) annule VeRet de la sécheresse naturelle du pays, et il en est de même dans T hémisphère austral.

En comparant les grandes divisions du globe, M. de Can- Comparaison dolle s^cxprime ainsi : a Dans l'état actuel des connaissances, principales « il est impossible de comparer le nombre des espèces dans du globe. « l'Amérique septentrionale et dans une étendue égale de Tan' ■ cien monde, dans l'Amérique méridionale et en Afrique, etc. \ « mais le sentiment général des botanistes descripteurs peut i fournir une sorte d'appréciation.

« L'Amérique parait avoir plus d'espèces qu^une étendue « correspondante de l'ancien monde. Cela s'explique par la di- « rection générale des chaiqes de montagnes du N. au S., « direction qui produit, sous chaque latitude, des conditions de Q climat différentes. Éyidemment, les Alpes, les Pyrénées, « TAllas, le Caucase, THiroalaya, qui s'étendent de TE. à TO., « ne peuvent pas offrir Timmense diversité de conditions phyt siques de la chaîne des Andes, qui passe du 58^ degré de lait titude^N. au 54* degré de latitude S., en offrant, sous la « plupart de ces degrés, toutes les hauteurs possibles entre la « mer et les neiges perpétuelles. La chaîne des Alléghanies et les « chaînes côtièrcs de la Guyane et du Brésil présentent un peUt

<c des tnêmcs avantagés datrs la partie orientale du continent c( amcriciàin. On peut dire qu'en Amérique, sous chaque lati- « tude, se trouvcnt.toutes les hauteurs, ce qui est bien loin « d'exister dans les autres parties du monde. Ace point dcTue «^ très-général, il n'est pas surprenant que TAmérique soit plus a riche en espèces différentes, pour une surface égale.

« L'Afrique est pauvre en espèces dans toute son étendue, « excepte à son extrémité méridionale. L'absence de hautes 0 montagnes couvertes de neiges en été, la sécheresse dans les « plaities du nord, Tuniformité de conditions physiques dans a la région équatoriale, expliquent le nombre assez faible des a espèces dans la plus grande partie de ce vaste continent. Â q Textrémité australe c'est autre chose. L'abondance extraor- ^ dinaire des espèces du Cap ne coïncide pas avec des diver- « sites bien grandes de climats. Les montagnes de celte'région « ne portent pas des neiges perpétuelles; il y a de vastes étena dues desséchées, et, sur le littoral, il ne semble pas que Thua midité et la tômpéralure varient d'une manière sensible. La « Nouvelle-Hollande, qui est, sous ce point de vue, dans des < circonstances analogues, ne présente pas une variété d'esa pèces aussi grande. Je croirais donc à une influence antéa rieure, c'est-à-dire à des causes géologiques, en Tertu des* « quelles cette végétation dû Cap serait la continuation d'une a flore très-riche, d'une flore liée autrefois à une diversité de « climats plus grande qu'aujourd'hui ou à quelque végétation a d'iles et de continents voisins qui auraient disparu, après a avoir elercé longtemps une influence. Peut-être le nombre « de milliers d'années depuis lequel certaines régions se « trouvent hors de la mer,, et présentent des conditions de cli* « mat favorables aux végétaux, est-il la cause qui explique leur a richesse actuelle quand les conditions de notre époque ne « suffisent pas? Je laisse aux géologues de discerner laquelle a de ces hypothèses est la plus vraisemblable. 11 me' suffit de « leur indiquer les phénomènes de géographie botanique dont « les circonstances actuelles du globe ne peuvent pas rendre « suffisamment compte. »

Les îles ont-elles moins d'espèces, à surface égale, que les vëgéuuon continents? Cette question avait été résolue en sens opposé par divers botanistes. M. de CandoUe, en la reprenant, considère d'abord les iles rapprochées , soit dès continents , soit des grandes lies jouant le rôle de continents, puis les petites ilcs fort éloignées des terres, et enfin de grandes iles et archipels qui se trouvent éloignés de toutes terres, comme les iles Sandwieb, les Açores, la Nouvelle-Zélande, elc. « En résumé, < dit-il, les iles éloignées des terres, excepté celles de la région c boréale, ont moins d'espèces qu une surface égale, dans des I conditions analogues, sur les continents . ou près des conti- « nents. L'appauvrissement extraordinaire de quelques petites t iles s'explique en outre, soit par une formation ignée ou a madréporique, soit par l'absence d'abri contre les vents de i mer ou contre un soleil trop ardent. Dans tout cela, les faits « s'accordent avec les prévisions du simple bon sens, car on ff peut exagérer la facilité de transport des graines à travers t l'Océan, mais il faut bien admettre une difficulté quel- « conque a la diffusion des espèces par cette voie^ 11 en résulte « que les iles sont exposées à perdre des espèces, comme les I pap continentaux, mais qu'elles ont moins de chances de « les voir se remplacer ou se rétablir par une influence exté«-

« Heure. »

Le nombre probable des espèces de phanérogames ^ aussi Nombre protoqué le^ spéculations du savant botaniste de Genève, mais, ^ ^J au lieu de partir des espèces décrites, d'estimer les omissions et p^'^^'^ les espèces à découvrir, ou bien de considérer les régions les unes après les autres et d'en apprécier les* flores par les collections et autres documents pour arriver à un chiifre probable de ^'ensemble, il a pris pour base un mode d'appréciation tout diiïérent* n avait fait voir que la surface moyenne qu'occupe une espèce de phanérogame est d'environ -—ô ^^ '^ surface émergée du globe ou 45,500 lieues carrées. Or, si l'on considère TAllemagne conmie une région géographique moyenne qui peut être prise comme terme de comparaison, cette région ayant fourni 2500 espèces, les 116 ou 117 régions du globe, dont la sur'-

Dirition

des surfaces terrestres

en

régions

natarelles.

face terrestre est de 6,825,000 lieues carrées, donncraicnl 290,000 espèces de phanérogames ; et, toutes réserves faites, on peut admettre, dit M. de Candolle, le nombre 250,000 espèces, en conservant à cette dernière expression le sens que lui donnait Linné. Pour se faire une idée de laccroissement des connaissances botaniques dans cette direction, il suffit de se rappeler qu'en 1820 Pyrame de Candolle estimait h 120,000 le nombre des phanérogames de tout le globe.

Après avoir examiné les diverses opinions émises par les bo* tanistes sur la manière de diviser les surfaces terrestres en régions naturelles, l'auteur, opposant ces opinions les unes aux autres, montre que leur discordance ne permet pas de croire qu'elles reposent sur de vrais principes, et Aussi, dit- « il, je liens les divisions du globe par régions, proposées « jusqu'à présent, pour des systèmes artificiels, en grande d partie. Les règles en sont trop arbitriaires et les régions ob- (c tenues ne sont ni semblables dans la majorité des livres, « ni reconnues par le consentement du plus grand nombre des « botanistes. » (P. 1305.) Le chapitre xxvi comprend « un aperçu des végétations de des v^étaux (Uvers patjs au point de vue de V origine probable de leurs chaque pays. espèceSj de leurs genres et de leurs familles. » Ici M. de Candolle invoque les hypothèses émises par Ed. Forbes, en 1845, par M. Ch. Martins, en 1848, et par M. llookcr, sur les migrations des plantes avant 1 ère moderne et par suite de changements dans les climats, les reliefs et la distribution difTérenlc des terres émergées dans Touest de l'Europe, comme nous le dirons tout à l'heure. Aussi M. de Candolle attend-il beaucoup des recherches géologiques et paléontologiques futures pour décider une partie des questions qui se rattachent à rcriginc des espèces. Vorigine probable des végétations actuelles considérées au point de vue des genres et des familles qui les eompo«^i^ lui suggère les réflexions suivantes, qui rentrent dans Tordre des idées que nous traitons actuellement; aussr les reproduirons-nous dans toute leur étendue.

(P. 1356.) « Il est impossible, en effet, dit le savant bota*

Origine

« nistCy de ne pas sentir une influence mystérieuse, inexplicaff ble, celle de la distribution première des classes, familles, 4 genres, espèces, races, en un mot, des formes plus ou moins

analogues, au moment de leur apparition. Chaque groupe a « un centre géographique plus ou moins étendu ; chaque a terre, excepté de petites iles dont les végétaux paraissent c avoir été détruits par des volcans et des régions qui sont • sorties récemment de la mer, présente des formes caractéa listiques. Nous ne pouvons nullement nous figurer un état « (le choses dans lequel chaque groupe aurait été réduit à xin « seul individu, et alors même la situation première dé Tin- « dividu aurait entraîné d'immenses conséquences au travers c des époques géologiques. Qu*on examine un pays ou un ff autre, une époque ou une autre, ce sont toujours des mil- « liards de végétaux plus ou moins différents qui s'offrent à c nos yeux ou à notre imagination, et ils sont groupés gco- « graphiquement, comme ils le sont au point de vue de leurs i formes et de leurs qualités physiologiques*

« En s'exprimant ainsi, j'en conviens, on raconte des faits; « on n'essaye aucune explication, même hypothétique. Ce n'est « pas une manière d'avancer. Mais, du moment où Ton veut « scruter les circonstances particulières de chaque groupe et « (le chaque contrée, on se voit relancé dans un champ par « trop indéfini d'hypothèses.

a Les groupes naturels se sont-ils succédé dans un ordre « déterminé, soit dans le monde en général, soit pour chaque « pays? c'est-à-dire, dans la série des milliers de siècles déjà « écoulés depuis la création de végétaux, les plantes phané- « rogames sontrclles venues après les cryptogames, les dico- « lylédones après les monocotylédones, les composées après « d'autres familles, etc.? Celte évolution a-t-elle eu lieu simul- « tanément dans tous les pays, ou sur chaque terre, après une « certaine durée de ses espèces? Telles senties immenses ques- « tiens qu'il est aisé de soulever et impossible de résoudre dans « Tétat actuel des connaissances. Le peu de données que l'on « possède contribue souvent à vous faire flotter d'une hypothèse

« à une autre. Ainsi, quand on* voit des îles comme Juan- « Fernandez et Sainte-Hélène, peuplées essentiellement de deui <( catégories de formes, les unes très-anciennes dans le monde a (les fougères), les autres récentes (les composées et les camts panulacces), presque sans intermédiaires, on se demande si la « création des formes végétales aurait été suspendue longtemps <f dans ces îles, et si les composées auraient paru dans ces rék gions distantes, comme en Europe, au moment de Topoque « tertiaires, par une cause générale et non locale (i).

(1) La flore des iles éloignées des continents, dit M. R. A. Philippi', offre ce caractère particulier d'être pauvre en espèces et d*en posséder un certain nombre qui lui sont propres. Celte circonstance est une preuve que Ton peut invoquer à Tappui des centres de création distincts. Les flores primitives des îles très-écariées n*ont pu, en effet, s*ctendrc d*aucun côté pour s> propager ni recevoir d*accroissement du dehors.

La flore de Tile de Juan- Fernandez, située k 150 lieues k Touest delà côte du Chili, ile volcanique dont Tallilude maximum atteint environ 1000 mètres, en offre un exemple frappant. Les 457 espèces de plantes vasculaires qu*elle possède sont réparties dans 43 familles, ce qui donne en moyenne 5 espèces par famille. La flore correspondante du Chili comprend 3000 espèces, appartenant k 130 familles ou 23 espèces en moyenne. Les fougères de Juan-Fernandez, au nombre de 36, forment les 26,3 0/0 du total de sa flore, les svnanthérées 23 ou 46 0/0, et 40 espèces do graminées 7 0/0. Au Chili les fougères ne forment que 3,50/0 au lieu de 20, lessynaotbérées 21 0/0, les graminées 8,5 0/0, les légumineuses 7,5 0/0. Ces dernières ne présentent qu'une espèce k Juan-Fernandez, et en outre beaucoup de familles du Chili manquent dans cette ile.

La prédominance des fougères sur les autres plantes est, comme on la dit, un caractère commun k toutes les îles de l'Océanieet qui justifie bien Topinion que nous avons sur Tétat de la surface de la terre k ré()oque houillère.

81 espèces de Juan-Fernandez ou plus de la moitié du total n'existent pas sur le continent le plus voisin et sont propres k cette ile. 6 de ces espèces qui manquent au Chili se retrouvent : 1 k la Nouvelle-Zélande, 1 an Pérou, 4 en Europe (Anlhoxanlum odoratum), 1 aux Indes orientales avec 2 fougiTrf.

La proportion des arbres et des arbrisseaux y est très-considérable ; il y en a 50 espèces ou 50 0/0 du total. Des labiées et dos ombelliferes arborescentes augmentent Tétrangeté de cette flore, et, ce qui est plus extraordioa rc encore, ce sont des chicoracées en arbre (liea) et des- Gunnera aussi arU>rcscentes. Enûn, Tancienne existence du bois de santal, que Ton trouve partout k Tclat de bois mort sans qu*il y ait nulle part aucun pied vivant, est encore une particularité bobniquede cette ile.

' Ann,des se. nattireUet, i* série, vol. Vil, p. 87; 18û7.

- < D^un autre eôté, en voyant la richesse des formes végétales « dans certaines régions émergées et non dévastées depuis a plusieurs époques géologiques, dans des pays même isolés « ou presque isolés, comme la Nouvelle-Hollande et le Cap, on « est tenté de croire à une évolution régulière de formes de « plus en plus compliquées, sur chaque surface terrestre, in- 8 dépendamment de ce qui arrive ailleurs. On penche encore « plus vers ce système lorsqu'on voit, en zoologie, que les c espèces éteintes dune région ressemblent souvent aux espèces « qui ont succédé dans la même région ; que, par exemple, la ff Nouvelle-Hollande se distinguait par des marsupiaux, et le « Brésil par des Tapirs, rongeurs, singes, etc. , dans les «[ époques antérieures comme à la nôtre ; que les quadrumanes « fossiles d'Amérique ont le système dentaire des quadrumanes ff actuels de cette partie du monde, et les quadrumanes fossiles « d'Europe le système dentaire de ceux de l'ancien monde à a l'époque actuelle. Enfin, la distribution de certains groupes a dans une partie du monde seulement, comme les stylidiées « à la Nouvelle-Hollande et pays voisins, les cactacées en Amé- « rique, etc., et l'extension des groupes caractéristiques d'un « continent sur des iles indépendantes, qui en deviennent en « quelque sorte des annexes, à ce. point de vue.dea genres ou « des familles, comme les Gallapagos de l'Amérique, Sainte- « Hélène de l'Afrique, tous ces phénomènes font présumer une i loi d'évolution ou plutôt de créations locales, selon laquelle « chaque flore ou faune dépendrait, jusqu'à un certain degré, « de celle qui a précédé. Le lien entre les êtres organisés suc- 0 cessifs d'une même partie du monde nous échappe, à nous « qui repoussons l'idée d'une transformation d'une famille dans a une autre, d'un genre dans un autre, même d'une espèce « véritable dans une autre (p. 1093 et suivantes); mais Tétudc « des faits géographiques et pàléontologiques nous ramène à « l'idée d'un lien, c'est-à-dire d'un rapport de cause à effet entre « les êtres organisés d'une époque dans une région et ceux qui « ont suivi dans là même région, à moins que, par des circon- ^ stances locales; ils n'aient été importés de régions voisines^

m ÉPOQUE MODERNE.

a En définitive, la loi primordiale des faits est dans la créaa tion et dans la distribution première des groupes qui ont Cl paru successivement; les modifications secondaires viennent « des communications et séparations de surfaces terrestres ou .(( des altérations de climats qui ont pu avoir lieu, à la suite « d'abaissements et d^élévations des terrains, pendant la série « immense des événements géologiques.

<x La marche régulière de la science devrait être : i* de cona stater au moyen de la distribution géographique des groupes « et de l'influence des conditions extérieures, ce qui s'explique a par lescirconslances actuelles; T do chercher dans les autres « phénomènes ce qui peut s'expliquer par des causes seconu dairesdans chaque partie du monde et à chaque époque; ce 5° de déduiro de là ce qui constitue la loi principale de snccc cession et de distribution géographique des êtres organisés.

« Je me suis efforcé dans cet ouvrage d'étudier le premier ^ point, en ce qui concerne les végétaux. Le second dépend ce du progrès graduel de la géologie et de la paléontologie. Le M troisième est le dernier mot de la science, qui ne sera peut* « être jamais prononcé, à cause de l'insuffisance de nos moyens ce d'observation et de l'arrivée tardive de l'homme sur le c( théâtre des phénomènes qu'il voudrait comprendre et expli- Ci quer. »

Conclusion Ei^Qn nous reproduirons encore les Condmions générales de M. de CandoUe, qui complètent le tableau des faits botaniques actuels en se coordonnant d'une manière heureuse avec les données géologiques etpaléontologiques les mieux constatées aujourd'hui.

(P. 1339.) ce La végétation actuelle est la continuation, aa a travers de nombreux changements géologiques, géograaphiques, et plus récemment historiques, des végétations li antérieures. La distribution des végétaux, à notre époque, ff est donc intimement liée à l'histoire du règne végétal.

a Heureusement, pour expliquer les faits actuels, il n'est ir pas nécessaire d'adopter une opinion sur les hypothèses les « plus obscures .de la cosmogonie et de la paléontologie, par

exemple, sur le mode de création des espèces, sur le noii]b.re (les individus de chaque espèce à l'origine et sur leur distributioa primitive. lia géographie botanique peut indiquer certaines probabilités, appuyer certaines théories à cet égard ; mais les circonstances principales de la distribution actvielle des végétaux dépendent de causes moins anciennes et moins obscures. Il sufGt pour les comprendre d'admettre, ce qui est probable d'après un ensemble de faits et de raisonnements, que les êtres organisés de diflerenles formes héréditaires (classes, familles, genres, espèces, races) ont paru en dUTérentes régions à des époques variées, les plus simples probablement les premiers, le? plus compliqués ensuite; que chacun de ces groupes a eu communément un centre primitif d'habitation plus ou moins vaste; quil a pu, pendant toute la durée de son existence, devenir plus commun ou plus rare, prendre une habitation plus étendue ou plus restreinte, selon- la nature physiologique dos plantes qui le composent,* les moyens de propagation et de diffusion dont elles sont douées, l'absence ou la présence d'animaux qui les attaquent, la forme et retendue des surfaces terrestres, la nature des climats successifs dans chaque pays et les moyens de transports qui résultaient de la position des mers et des surfaces terrestres; que beaucoup de ces groupes ont cessé d'exister, tandis que d'autres ont paru, en nombre supérieur, du moins i^i l'on compare l'époque actuelle avec les époques les plus anciennes ; enfin , que l'époque géologique récente, dite quaternaire (celle qui a précédé l'existence de l'homme en Europe et qui a suivi les derniers soulèvements des Alpes), a duré plusieur» milliers d'années, pendant lesquels des changements géographiques et physiques importants sont arrivés en Europe et dans quelques pays voisins, tandis que d'autres régions de la terre ne changeaient pas ou éprouvaient d'autres modifications.

« Ces principes de géologie et de paléontologie réduits, comme on voit, à des termes très-généraux et bien peu contestables, suffisent pour expliquer les faits de géographie

294 ÊrOQUE MODERNE.

a .botanique, ou du moins pour donner la nature de Pexplicat( tion, que les progrès de plusieurs sciences devront ensuite a compléter.

« Les phénomènes les plus nombreux, les plus importants, « et quelquefois les plus bizarres de la distribution actuelle « des végétaux s'expliquent par ces causes antérieures ou par a une combinaison de ces causes antérieures et de causes plus <x anciennes, quelquefois primitives. Les causes physiques et m géographiques de notre époque ne jouent qu'un rôle trèsce secondaire. J'ai montré qu'en partant du fait originel, ima possible à comprendre, ou plutôt à expliquer, de la création a de chaque forme dans un certain pays, aune certaine époque, a on peut ou Ton doit expliquer principalement par des causes « subséquentes, antérieures à notre époque : 1** l'aire (ou surce face d'habitation) fort inégale des familles, genres et espèce:^ tt (chap. vu, p. 474) ; 2^ la disjonction d'habitation de quelques « espèces (chap. x, p. 995) ; 5*^ la distribution actuelle des « espèces d'un même genre et d'une même famille dans Vlia* a bitation du genre et de la famille; 4*^ les dissemblances de c( végétation entre des pays maintenant analogues de climat ou . « rapprochés sans être contigus, et les ressemblances entre c( des localités ou des pays fort éloignés (chap. xxvi, p. 1310l, a sans communications possibles aujourd'hui.

« 1^8 seuls phénomènes qui s'expliquent au moyen des c< circonstances actuelles sont : 1° la délimitation des espèces, a et, par conséquent, des genres et des familles, sur chaque 0 surface terrestre où elles existent ; 2* la distribution des in- « dividus d'une espèce dans le pays qu'elle occupe; 3* Tori- « gine géographique et l'extension des espèces cultivées; 4Mes « naturalisations d'espèces et le phénomène inverse d*une raa reté croissante; 5** les disparitions d'espèces contemporaines <c de l'homme.

«t On le voit, les causes primitives et antérieures à nous sont a encore prépondérantes; mais l'activité croissante do l'homme a les efiace tous les jours, et ce n'est pas un des moindres mé- (X rites de notre civilisation moderne de constater une mulli-

ff tude de faits, dont nos arrière -neveux n^auront plus de « preuve matérielle visible. »

Les explications que nous venons de voir M. de CandoUe nypoiiiè>c emprunter, sans discussion bien approfondie, aux idées théoriques d'Ed. Forbes, sur la présence de certaines formes végétales actuelles dans les lies Britanniques comme l'avait fait aussi M. Wallich (mitèj p. 277), nous engagent à reproduire ici noire analyse du travail du savant naturaliste anglais, laquelle, pour d'autres motifs, eût été mieux placée à la description du lorrain quaternaire," ainsi que nous Favons dit dans le second volume de V Histoire des progrès de la géologie. Nous suivrons la marche que l'auteur a adoptée, en distinguant touiofois dos résultats de lobservation directe que nous sommes tout disposé à admettre quelques considérations qui nous paraissent de nature a soulever des objections sérieuses.

« En supposant la diffusion des êtres de certains centres ff primitifs, Ed. Forbes pense que les agents ordinaires de « transport tels que les cours d*eau terrestres et les courants ff marins, les vents,les animaux, et, en dernier lieu, Tinflucnce • (le rhomme, ne suffisent pas pour rendre compte, dans le «pîus grand nombre des cas, de la ressemblance de ceilaines « flores locales très-éloignées aujourd'Ifui les unes des autres; « aussi s'est-il proposé de démontrer qu'il y avait eu autrefois, i entre ces diverses régions, des communications successivefi ment établies par des oscillations du sol, puis rompues en- « suite, ce qui n'est d'ailleurs que le développement de l'idée « déjà formulée par M. Wilson.

« Les végétaux des Iles Britanniques se groupent en cinq «.flores distinctes, dont quatre sont concentrées dans des pro- « vinces déterminées, et la cinquième, qui occupe exclusivce ment uni grande surface, s'étend aussi plus loin en se mêlant « avec les quatre autres. La première de ces flores est la plus « restreinte et se trouve confinée dans les districts montagneux ff (le Touest et du sud-ouest de T Irlande. Elle est caractérisée « par des espèces peu fécondes, et le point le plus rapproché tt de l'Europe, d'oii elle semble provenir, serait le nord de

f< TEspagne. Il ne parait pas y avoir de faune ou d'association « d*anjmaux correspondant à cette flore.

« La seconde flpre, celle du sud-est de l'Irlande et du sud- « ouest de l'Angleterre, comprend un certain nombre d'espèces « qu'on ne trouve point ailleurs dans les Iles Britanniques; a mais elle est dans un rapport intime avec celle des îles de la a Manche et des parties voisines de la France. Quelques coa quilles terrestres afTcctent une distribution correspondante.

« Dans le sud-est de l'Angleterre, où la craie est particu- « lièremcnt développée, les végétaux de la troisième flore « montrent un grand nombre d'espèces communes à ce district a et aux côtes opposées de la France. Les caractères de la faune « entomologique sont en rapport avec l'existence de cette flore, « et il en est de même des coquilles terrestres conflnées à ce a district, ou s'élendant très-rarement au delà.

c( Les plantes des monlagnes d'Ecosse, qui • composent la « quatrième flore, sont peu nombreuses au sud, dans le Kor- « thumberland et le pays de Galles, mais elles sont toutes îdcn- « tiques avec celles des cliaines du nord, telles que Tes Alpes « Scandinaves, où Ton trouve en outre associées avec elles des (Y espèces qui ne se montrent pomt dans les Iles Britanniques, a Les formes alpines diminuent progressivement du N. au S , « et la même distribution parait exister pour la faune de la rc« « gion montagneuse.

« Enfm la cinquième flore, soit seule, soit associée aux « autres, est identique avec celle de l'Europe centrale et occidcn- « taie ou flore geitnaniquej et la faune qui l'accompagne diroi- « nue en s'avançant vers le N. et vers TO.

« Ce n'est qu'après le dépôt de Targile de Londres ou du a terrain tertiaire inférieur que les migrations des plantes et <c des animaux dont on vient de parler peuvent |ivoir coni- « mencè, la température ayant auparavant favorisé le déve- « loppement d'êtres organisés très-différents. Ces migrations « doivent aussi avoir eu lieu avant l'apparition de Tliomme, « car les tourbières, composées de débris des vastes forêts « qui) pendant les temps historiques les plus reculés, occu«

« paient une grande partie de la surface actuelle des Iles Bri- II tânniques, recouYrent les marnes d*eau douce avec Cervus a mgacerosj etc., lesquelles surmontent a leur tour les dépôts ff tertiaires pleistocènes formant le Ut soulevé de la mer lors « de la période glaciale (i) .

(Pendant l'époque quaternaire (post-pHocène) , la plus « grande partie de la flore et de la faune des Iles Britanniques « émigra du continent sur ce lit élevé de la mer glaciale, «Les animaux, comme les végétaux des types germaniques, « montrent, par leur distribution dans Test de TAngleterre, c aussi bien que par leur rareté à mesure qu'on s'avance vers «ro. et leur absence en Irlande et en Ecosse, la réalité du I point de départ qui leur est assigné.

« La quatrième faune émigra du nord, pendant Vépoque f ^lacialcy lorsque TÉcosse, le pays de Galles, une partie de 9 rirlandeet certains groupes d'iles étaient entourés de glace. « La mer était alors beaucoup plus étendue, et les»montagnes « actuelles n'étaient que des iles sur les côtes desquelles fleu- B rissaient les plantes d*un caractère sub-arctique. Lorsque le 8 Fond de la mer fut soulefé, ces iles devinrent des montagnes, e une nouvelle population de végétaux, et d'animaux occupa « cette surface nouvellement émergée, et les plantes de Vépoque B gJadale se maintinrent dans la partie élevée des montagnes.

« Dans ce qui précède, le savant zoologiste anglais n'a point B tenu compte du fait le plus certain de l'époque quaternaire, 8 ou plutôt il semble avoir pris la période des glaces pour « celle de la faune arctique; mais le phénomène des stries a « dû se produire dans le moment des grandes glaces supposées, " cl il est antérieur à la flore et a la faune arctiques. Alors les « terres étaient plus élevées qu'elles ne Font été pendant « l'existence des coquilles arctiques, où un abaissement mit fi sous l'eau les stries et les surfaces polies qui avaient été « faites au-dessus. On conçoit difficilement que les végétaux

(1) Dans tout son Iravail, Ed. Forbes regarde comme démontrée Texis^ Iflice d'une période de glaces.

298 ÉPOQUE JilODERNE

« aient pu se propager au loin, soit lorsque tout le pays était « sous la glace ou la neige, soit lorsque ensuite il a étérecou- (( Tert d*cau en très-grande partie. Dans l'un et Taulre cas, les « circonstances devaient élre peu favorables à de telles migra- « tiens. L'hypothèse de Forbes se trouverait donc en cont< Iradiction avec les déductions les plus probables, savoir, que c( les terres étaient plus élevées pendant la formation des stries et que pendant le dépôt des coquilles arctiques dont le soulèvc- « ment résulte d'un troisième phénomène postérieur aux deux a autres, et rien ne prouve que depuis lors le fond de la mer a ait été plifô à découvert qu'il ne l'est aujourd'hui.

« Comme le sud de l'Irlande et de l'Angleterre, continue a l'auteur, n'était point submergé pendant l'époque glaciale, « les trois autres flores ont pu y venir avant, pendant ou après a cette époque. La troisième, qui est la plus étendue, occupe (( la surface crayeuse du Kent, circonstance d'ailleurs fortuite, a quant à 4a nature du sol, car elle n'est pas essentielle à c( l'existence des espèces. Ces végétaux venaient du nord-oue^ a de la France, et la formation du détroit marquerait Tiostant (c de leur isolement. Si, comme cela est probable, la rupture a des couches a été effectuée avant la destruction de la grande a plaine germanique qui favorisa la migration de la cinquième (c flore, nous pouvons, dit Forbes (p. 546), regarder la Ooredu « Kent comme très-ancienne, et peut-être mén^e antérieure à U (c seconde, celle du Cornouailles, du Devon8hire,du sud-est de « rirlande, des îles de la Manche et de l'ouest de la France, <i laquelle a un caractère plus méridional que la troisième.

« Nous avons déjà vu que les données géologiques et zoolo- « giques se réunissaient pour placer la séparation de l'.AngK*^ « terre du continent à l'époque de la destruction de la faune « des grands mammifères, c'est à-dire à la fin du phénonièiic (f qui accunmla le drift^ ce qui s'accorderait peu avec l'ancienil neté que M. Forbes attribue à cette rupture, relativement A u une plaine émergée dont rien^ gcologiqueroent, liydrogra- « phiqucmcnt ni orographiqueraont^ ne nous révèle rcxislcnce.

a Les caractères géologiques des districts occupés par la

DISTRIBUTION DES VÉGÉTAUX. 29a

< seconde flore sont en rapport avec les restes d'une grande c barrière détruite qui marquait aussi la limilc sud de la mer

< glaciale. Mais quelle est cette grande barrière invoquée par « l'auteur? Serait-ce la chaine de collines des North-Down, « dont nous avons déjà parlé? En outre, la limite septentrionale e de la deuxième flore, représentée par une teinte rose sur la « carte, pi. vi, ne coïncide certainement <ivec aucun caractère i physique ni géologique du sol de la France et de TAngle- • terre. Le bord de la mer glaciale n'est point en rapport avec « celle limite supposée, car, ^auf Texception que nous avons « signalée, le phénomène erratique du nord ne se voit point « nettement au sud d'une ligne tirée de Tembouchure de la c Tamise à Dusseldorf. L'examen comparatif Mu relief, de la

■ disposition et de la puissance relative des dépôts tertiaires et c plus récents, tels que nous les avons déjà recherchés, et tels f que nous les indiquerons ci-après plus complètement, no ^ « nous parait donc pas justifier les suppositions de Forbes.

« La première flore, celle de Touest de Tirlande, renferme « des plantes propres à la grande péninsule de l'Espagne et du i Portugal, et principalement aux Asturies, ou qui y sont très- « répandues, et, comme sa présence ne peut être expliquée « par des courants marins ni aériens, pour les premiers à cause « de leur direction et pour les seconds à cause de l'espèce des i graines transportées, le savant naturaliste admet qu'à une

< époque plus ancienne que celle des flores précédentes il y

■ avait une relation géologique (gèological union)^ ou un voi- « binage très-rapproché de Touest de l'Irlande avec le nord « de ^Espagne, et (pie la flore des terres intermédiaires était ^ le prolongement de telle de la péninsule. Enfin la destruc- « tion de ces terres serait antérieure à la période glaciale*

« Après avoir rappelé les caractères de la faune tertiaire > moyenne (mîocè;ie) (p. o48), en supposant la communication « de la Méditerranée avec l'Océan, entre Montpellier et Bor«

< deaux, ce dont nous n'avons encore aucune preuve, tandis * qu'il existe des raisons négatives du contraire, Forbes dit « que ce n'est pas à ce moment qu'il place la jonction des

c( Asturies et de l'Irlande, mais qu'ayant observé dans la Lycic i( des dépôts tertiaires moyens à 1800 mètres d'altitude, le lit « de celle grande mer miocène semble avoir été uniformément a élevé dans le centre de la Méditerranée et l'ouest de FEu- « râpe, ce qui, suivant toute probabilité, a dû être Tépoque « du rapprochement des Asturies et de l'Irlande. Ici encore, « nous regrettons de ne trouver ni dans l'orographie actuelle a de cette partie de l'Europe, ni dans les caractères stratigra* (( phiques des dépôts, non plus que dans les formes que Ton « peut attribuer aux anciens bassins tertiaires par la direction « des couches, rien qui confirme l'existence de cette surface « émergée. Le prolongement possible de certaines portions de « terre vers l'Ot, telles que les pointes du Cornouaiiles et de a la Bretagne, ne donne aucune probabilité pour uneémersioo « aussi générale que celle qui est supposée. L'exemple cité « sur les pentes du Taurus est purement local et n'est point i( applicable à l'ouest de TEurope, ou les couches tertiaires « moyennes marines ne dépassent pas 150 mètres d'altitade, a et cela depuis le Norfolk jusqu'au pied des Pyrénées, comme a en Espagne, en Portugal et aux Açorcs. Il faudrait admettre « en outre un abaissement subséquent dont Forbesne parle pas, « non plus que de l'époque à laquelle il aurait eu lieu. Quant 0 h l'argument fort ingénieux tiré du grand banc de fucus de <c l'Atlantique, il repose sur une connaissance trop incom* (( plète encore du fait lui-même pour être d'une valeur réelle. « Au point de vue botanique, peut-être eât-on désiré de (c voir démontrer d'abord que les circonstances extérieures « sous lesquelles vivent aujourd'hui les cinq flores de la Grande- « Bretagne, telles que la latitude, l'altitude, la température, « les vents, 1 humidité ou la sécheresse, l'exposition, la nature a du sol, le plus ou moins d'éloignement delà cdte, etc., etc., (f sont tout à fait insuffisantes pour expliquer leurs divers enf( ractèrcs;or, cette partie importante de la question ne semble a pas avoir été abordée par Ed. Forbes. La géographie des pian* a (es, telle qu'elle a été fondée par son illustre auteur et telle « qu'elle est étudiée par ses continuateurs, entre autres par

DISIRIBUTION DES VÉGÉTAUX. 301

cH. Cfa. Martins et M. Alph. de Candolle, n'est pas une spdc culation abstraite ; c'est la conséquence d'une multitude de « circonstances physiques dont il faut apprécier Timportance I relative. On sait en outre que les plantes ont des circonscri-» I plions géographiques très-différentes; ainsi, il y en a que Ton « rencontre sur des étendues de 25"" en latitude et sur de beauf a coup plus considérables en longitude, tandis que d'autres n'oc-^ > cupent que des zones extrêmement restreintes dans les deux « sens; il eût donc été utile d'étudier souç ce rapport les cinq i Dores anglaises. Le rayonnement des plantes d'un centre n'est t pns non plus bien prouvé, et Ton peut se demander, par «exemple, quel est le centre originaire d'où auraient rayonné t les espèces communes à TAmérique du Nord et à l'Europe « occidentale. Cette idée nous parait d'ailleurs avoir été pré- « sautée d'une manière plus philosophique par M. A. Richard, « lorsqu'il a dit : a Peutrétre un examen plus attentif prouve* « rait-il que ces points de départ, dont le nombre, quoique I assez grand, est cependant limité, correspondent à des épo« « ques diverses du soulèvement des différents points de la « surface du sol (i). n

< Ed. Forbcs établit plus loin (p. 350) que l'identité épécirn 8 que, sur une certaine étendue, de la flore et de la faune d'un ft pays avec celles d'un autre, dépend à la fois de ce que les « pays font ou ont fait partie d'un même centre spécifique, ou « bien de ce qu'ils ont tiré leurs animaux et leurs végétaux par « transmission, au moyen de la migration sur une terre con- * linuc ou très-voisine, migration favorisée, dans le cas des «Qores alpines, par le transport sur les glaces flottantes. < L'identité de la flore alpine du centre de l'Europe avec celle t de l'Asie centrale est aussi attribuée à l'époque glaciale et « aux phénomènes qui s'y sont produits; mais à cet égard on « ne possédé pas de preuves géologiques plus positives que « pour plusieurs des assertions préccdeiïtes, et rien ne constate « que la mer de l'époque glaciale se soit étendue jusqu'au

(l) Nouveaux Éléments de botanique, p. 523, in-8. Paris, 1846.

a centre de l'Asie. On sait que les blocs erratiques et les stries « n'ont encore été signalés ni dans l'Oural, ni dans TAltaî, et « à plus forte raison au sud de ces chaînes et dans lés \astes « plaines qui les séparent.

<c Les dépôts argileux avec blocs et lits de coquilles arctiques (< seraient, d'après Tauteur (p. 352), contemporains de la flore <c venue du nord, ce qui justifie notre observation précédente, « car ces dépôts se sont formés après les grandes glaces, alors « qu'il y avait moins de terres émergées qu'aujourd'hui. Puis « il recherche la distribution des mollusques qui vivent actuel- « lement sur les côtes des Iles Britanniques et les suit dans a les mers éloignées où ils ont des représentants. 11 fait voir a que les animaux rayonnes ont une distribution analogue à « celle des mollusques ; et, quant à Thistoire de celte faune « considérée dans son ensemble, il est porté à penser qu'elle a peut avoir eu quelques représentants dès l'époque crétacée « et dans la période tertiaire inférieure ; mais ce n'est que dans « la période tertiaire* moyenne que les analogies deviennent « réellement remarquables.

« Nous avons cru devoir discuter quelques-unes des hypo- R thèses étnises par le savant naturaliste anglais, parc« qu'il (( nous a paru nécessaire dé faire sentir les inconvénients qu'il a y avait à vouloir rendre compte de faits encore inexpliqués (K dans une science (la géographie botanique), en empruntant ce à une autre science (la géologie) des suppositions créées a pour ainsi dire en vue de ces explications mêmes, et qui ne d sont point suffisamment justifiées. Nous sommes loin de c( penser que ces apergus si ingénieux ne puissent mettre sur a la voie de découvertes intéressantes et même que plusiairs a d'entre eux ne soient fondés ; mais, nous le répétons, les d preuves tirées de la géologie ont besoin de s'appuyer sur des « données plus certaines que celles qui ont été invoquées (i). »

(1) Histoire des progrés de la géologie, vol. Il, p. 128-157; 1848.

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