‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 2)Chapitre 30 sur 57 · Î2 PREUVKS DE L'EXISTENCE DE L'HOMME · texte numérisé non relu

Î2 PREUVKS DE L'EXISTENCE DE L'HOMME

été authentiquement trouvé associé à la fois à des traces d'industrie humaine et à des restes de grands mammili^rps éteints (l).

L'examen de cette question qui nous intéresse si vivement, puisqu'elle tend à faire remonter l'arrivée de Thomme sur la terre plus haut qu'on ne le pensait/ appartient par conséquent à l'époque quaternaire, et nous en traiterons, en effet, lorsque nous nous occuperons des dépôts de cet âge. Mais il est arrivé qu'à peu près vers le même temps les archéologues de certains pays découvraient de leur côté de nombreux objets d'industrie humaine, de beaucoup antérieurs à toute tradition écrite, quoique certainement plus récents que les phénomènes diluviens, de sorte qu'il y a pour nous nécessité de connaître les caractères de ces objets travaillés, et surtout les circonstances dans lesquelles ils ont été et sont encore journellement recueillis, afin de pouvoir les comparer et de saisir les relations, s'il en a existé, entre les populations humaines qui auraient été antérieures aux dépôts de transport des vallées cl celles qui sont venues ensuite.

On voit que l'archéologie, la géologie et la paléontologie se trouvent ici sur leurs limites respectives et qu'elles peuvent s'éclairer mutuellement. Nous ne devons donc négliger aucune des ressources que chacune d'elles peut nous offrir pour nous aider à résoudre le problème de l'origine de l'homme et de ses premiers établissements à la surface de notre planète.

Pour cela nous examinerons successivement et comme appartenant encore à l'époque actuelle :

V Les restes d'industrie humaine enfouis dans des dépôls marins aujourd'hui plus ou moins élevés au-dessus de la mer:

^'^ Des amas de débris provenant du modo de nourriture des premières populations du nord de l'Europe;

(1) CeUc leçon est antérieure à la découverte de la màdioire fossile dans le dépôt de Moulin-Quignon» près d'Âbbeviile. Yoy . sur ce sujet : Du terrain quaternaire et de Vanciennelé de Chomme dans le nord de la France. broch. in-S. F. Savy, 1863.

RESTES DMNDUSTRIE HUMAINE. 4i3

S^'Les marais tourbeux du Danemark, dont les périodes de végélations successi?es, distinctes, servent ^de chronomètres oaturek;

l"" Les habitations lacustres de divers pays, et particulièrement de la Suisse;

5* Les ouvrages en terre des peuplades primitives de TAmérique du Nord.

§ 1. EmIm d^iadoslrie humune dan* les taaomoB dépMf marin**

Noos avons déjà signalé des plages soulevées dans la période actudle, le long du littoral des iles Britanniques, de la Suède, de la Méditerranée, de la mer Rouge, sur le pourtour de plusieurs fles de la Nouvelle-Guinée, aux iles Sandwich, sur la plupart des côtes d'Amérique, etc., (antè, p. 306-312). Nous afons même cité des poteries et d'autres objets d'industrie humaine dans des roches de formation moderne, associés avec les coquilles quivivent encore dans le voisinage, particulièrement sur les côtes de l'Afrique septentrionale et de la Grèce. Mais ces preuves de Texistence de Thomme, antérieures à ces dépôts, pouvaient être rapportées à une date historique plus ou moins ancienne, tandis qu'il n'en est pas de même des faits dont nous allons nous occuper et auxquels ne se rattache aucune tradition locale. .

En 1848, M. Robert Chambers publia un ouvrage intitulé Écos« Anciats bords delà mer^ ou preuves des changements de niveau rdatifde la mer et des terres^ ouvrage dans lequel il rassembla de nombreuses preuves à l'appui de son opinion. Il avait constaté, particuFièrementle long des côtes d'Ecosse, l'existence d'un ancien niveau de la mer à 1 3'°,50 au-dessus de son niveau actuel, et de plus un certain nombre 'de niveaux intermédiaires entre ce maximum et celui de nos jours. Peut-être l'auteur s'est'il un peu hâté de généraliser ses vues, mais tout semble concourir à les (aire adopter au moins en principe. Les dépôts de

4i4 RESTES D'INDUSTRIE HUMAINE

sable, de gravier et d,e coquilles modernes qn'on remarque sur beaucoup de poûils du littoral des Iles Britanniques ne pei^neltcnt pas de douter du peu d'ancienneté des cbangements de nivofMdansdiverses localités. Cependant, jusqu'en 1861 on n'avait guère de preuves que ces changements fussent contemporains de rétablissement des hommes dans le pays; ou plutôt on n'avait pas applique à cette idée celles que le hasard avait fournies.

Le long des bords de la Clyde, à Glasgow, on remarque une sorte de terrasse, parfaitement nivelée, de largeur variable et à T'^fSS au-dessus de la haute mer. Elle est composée d'argile alluviale, de vase, de sable avec des. lits de coquilles. C'est évidemment un dépôt d'estuaire, de sorte qu'on est en droit d'en conclure que le fit de la rivière et ses borda ont été élevés depuis sa formation, et, dit M. Geikis (i), si Ton trouve enfoui dans ce dépôt, sans aucune apparence de dérangement, des traces de l'industrie humaine, on sera autorisé à croire que l'élévation est contemporaine de l'homme.

Eh bien, depuis 80 ou 90 ans, 18 canots ont été retirés de ce dépôt, et quelques-uns mêmes sous les rues de la ville en faisant des fondations. Les découvertes les plus importantes eui^cnt lieu lors de l'agrandissement et du creusement du port. On en tira 12 qui, à deux exceptions près, étaient faits chacun avec un tronc de chêne ; 2 avaient été creusés au moyen du feu, d'autres a l'aide d'instruments grossiers, tels que des haches en pierre. Quelques-uns, qui avaient été travaillés, évidemment avec des outils en fer, permettaient de suivre Ic^ progrès de la construction de ceâ canots depuis les temps les plus barbares jusqu'à un certain degré de civilisation.

La profondeur moyenne à laquelle ces barques se trouvaient au-dessous de la surface du sol était de 5"*,76, et elles étaient à 2'",12 au-dessus des plus hautes marées de nos jours. Li dernière que l'on ait retirée de ce dépôt était sous l'emplacement d'un ancien hôtel de la ville, à G"*, 70 au-dessus de la plus haute marée de la rivière. Elles étaient toutes à plus dt*

(1) Quart. Joum. ged. Soc. ofLondùn, vol. XVÏII, p. Si8; IW».

DANS LES AI^CfENS DEPOTS VARINS. 4tô

100 mètres en arrière de l'ancien bord de cetle-ci et entourées d'une masse de sable épaisse et divisée en lits minces*

Deux de ces canots ^ient construits a^ec des planches; celui qui était le plus perfectionné dans toutes ses parties avait 5*,46 de long sur l'^^SS de large; lorsqu oii le découvrit, il était renversé la quille en dessus et la proue tournée Ters la rivière. Les planches étaient fixées à la membrure par des chevilles, et sans doute par des clous de métal dont les trous étaioit carrés et dont on voyait encore Tempteinte de la tétc à la surface du bois, mais tous avaient disparu. Celles des chevilles qui restaient étaient d'ailleurs fort ingénieusement travaillées et fixées. Quelques objets d'industrie ont été recueillis au fond de ces bateaux.

De la place qu'ils occupaient on ne pouvait pas conclure absolument ni leur contemporanéité ni leur ancienneté relative, à cause des circonstances très-variables de leur enfouissement dans un golfe où, comme Tembouchure de la Clyde, le mouvement des grandes marées déplace souvent les vases et les sables do fond avec les objets qu'ils renferment. Mais d*après leurs caractères, on peut juger que la plupart de ces barques appartiennent à l'époque primitive où les hommes de ces contrées n'avaient pas encore appris à travailler les métaux et ne connaissaient que les instruments de pierre les plus grossiers, tandis que quelques-unes datent d'une époque sans doute plus récente où déjà le bronze et le fer étaient employés.

Un bateau trouvé à Boukton, en 1853, dans les mêmes circonstances, avait la forme des galères de l'antiquité, et des restes de morceaux de liège qui étaient au fond ont fait penser à Tauteur que ce pouvait être un bâtiment venu des bords du. Tibre ou des côtes d'Italie. Néanmoins le soulèvement de tout i^estuaire de la Clyde, à 7 mètres au-dessus des plus hautes marées, est un fait évidemment postérieur à l'établissement de l'homme dans le pays.

Sur la c&te orientale de l'ile, dans le firth de Forth, on observe une zone d'alluvion soulevée, semblable à celle de la Clyde; c'est particulièrement la plaine appelée Carse de Falkirk

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