‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 14 sur 78 · CHANGEMENTS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS PHYSIQUES

théories modernes ont singulièrement abuse. La véritable loi de la succession des êtres doit être assignée à une tout autre cause ; elle est fonction du temps et non de Tespace.

Quant à cet autre principe déduit par Bronn (p. 551), qu'il y a décroissance du nombre des genres et des espèces en un lieu, tandis que la diversification des faunes et des flores se manifeste dans différentes zones, et que les changements et la réduction des formes sont plus rapides vers les pôles que vers Téquateur, on peut dire que la première partie reste à démontrer. SMl y a parmi les végétaux et les animaux actuels des familles telles que les cryptegames vasculaires, les palmiers, les liliacées, les cycadées, les cupressinécs, les cactées et les magiîoliacées, ou les oiseaux-mouches, les perroquets, les singes, etc., propres aux régions chaudes du globe, on n'en p'eut pas conclure que la température détermine seule des types organiques particuliers; car dans les deux règnes certains genres ont des espèces qui vivent sous les tropiques et d'autres sous les zones tempérées et même glaciales. 11 y a d'ailleurs pour les animaux caniassiers^ insectivores, frugivores et herbivores, une relation nécessaire avec les productions végétales des pays, et, par suite, entre eux.

Or.>gr:^.hio Lcs Hiassifs cristalUns anciens sont peu nombreux, peu éten- ]i dro^raihic ^"* ®' P®" élevés, tandis que les hautes chaînes de montagnes ont été formées à des époques comparativement récentes, comme on en juge par les roches sédimentaires plus ou moins redressées sur leurs flancs. On peut en déduire que les bassins des mers étaient à Torigine moins profonds qu^ils ne le sont devenus depuis, que l'es surfaces continentales étaient. moins étendues et les îles basses très-nombreuses, de sorte que la sur» face du globe devait offrir Taspect d'un immense archipel. Par suite d'émersions successives^ les continents se formèrent, et les ridements de Técorce terrestre, quelles qu'en aient été la cause ou les causes, constituèrent les chaînes de montagnes.

Les courauts marins, résultant du mouvement général de la rotation de la terre, d'abord assez réguliers, devinrent, par suite des nouvelles terres émergées qui modifiaient leur direc-

tion, de plus en plus irréguUers, variant à chaque modification des contours de ces terres. Or, de pareils changements apporte^ dans la profondeur des eaux, rélcvation, les formes et Télenduo des terres, durent affecter les animaux qui peuplaient les j)remières, comme Textension et les reliefs plus prononcés des secondes établirent à leur surface un régime nouveau et de nouvelles stations pour les animaux et les plantes. Ce régime produisit les eaux douces des lacs, des marais, des tourbières, les eaux saumàtres des caspienncs et des cours d^eau de plus en plus étendus. A ces nouvelles conditions de la vie ou habitats correspondirent des familles, des genres et des espèces d^animaux et de végétaux, organisés suivant des types particuliers en rapport avec ces mêmes conditions.

Il se forma des dépôts dont les caractères, également particuliers, étaient en relation avec ces causes. Ce furent des marnes, des calcaires lacustres accompagnés de silice, des dépôts sableux,* argileux, limoneux, caillouteux, torrentiels ou d*eau tranquille. Toutes ces modiGcations hydrographiques, topographiques et, par suite, météorologiques , durent {nanifester leur influence sur les caractères des faunes et des flores, modification^forl lentes sans doute de part et d'autre et néanmoins continues, si Ton en juge par leur comparaison atten^ tive.

M. Hopkins (i), Tun des savants anglais qui se sont occupés avec le plus de talent des applications de la physique à la théo«rie de la terre, a pensé que si un affaissement du nord de l'Europe permettait au Gulf-stream de passer au nord de TA» sie, la Sibérie pourrait Jouir d*un climat presque aussi tempéré que celui de TEurope septentrionale, et il ajoute qu'il serait de nouveau possible que les Éléphants et les Rhinocéros vécussent là où leurs os et même leurs cadavres entiers gisent actuellement dans un sol glacé.

Mais les plaines de l'extrémité nord-est de l'Europe et de l'Asie, qui sont actuellement sous 1^ neiges pendant plus de la

(i) London geol. Journ., vol. VllI, p. 24-55; 1S52.

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moitié de Tannée, et privées de lumière pendant deux mois, ne

produiraient pas pour cela une végétation susceptible ^'alimenter une pareille population. C*est une erreur que d'attribuer à Taction seule duGulf-dtream l'abaissement d slignes isothermes . sur les côtes de TEurope occidentale, et il y a, pour celles delà Norvège en particulier, deux causes dont les effets s\'ijoutcnt pour y déterminer une température comparativement douce. Cet abaissement tient surtout à la direction des vents dominants qui tendent à faire participer cette région dcTOuest à l'uniformité plus grande de la température de TAtlantique, avantage qui diminue à mesure que Ton s'avance vers TEst, à travers l'ancien continent, et dont ne jouirait pas l'Asie septentrionale, quand même le Gulf-stream suivrait ses côtes au lieu de se replier au Sud.

M. Dana (l) a appliqué le même raisonnement aux côtes occidentales de l'Amérique centrale, en supposant un affaissement de sa partie Sud et une émersion un peii plus étendue de l'Afrique méridionale. L'élévation de la température due à cette cause ne serait pas moindre de 10'' à 12^.

D'un autre côté, l'élévation et l'agrandissement des 'masses continentales en a rendu les climats plus extrêmes, indépendants des zones géographiques, plus secs, plus chauds en été, plus froids en hiver, en même temps que Téloignement et la diminution des surfaces océaniques affaiblissaient Tinfluence égalisante dont nous parlions tout à Theure. oiiftcrvations Le savant auteur de V Index palxontologicus se met ensuite a **'7c**^ traiter, sans aucune transition, des glaces polaires, et des neiges G. Brom. perpétuelles, de la fonte des anciens glaciers des Alpes, etc. Un pareil sujet méritait bien quelques recherches eçi traitant de la climatologie ancienne, et il importait de s'assurer à quel moment cet état de choses avait pu commencer.

Si Ton prend en considération les caractères généraux des

roches des dernières formations secondaires et ceux des fossiles

. jurassiques et crétacés rencontrés sous des latitudes fort élevées

(1) Amer. Joum, de Silliman, vol. XVI, p. 59l', 1854.

SURVENUS DANS LES CONDlTIOi^S DE LA VI-E. 29

dans le nord de TAsie et de TAmcrique, de 60**. à 75**, il paraîtra peu probable que les mers polaires fussent couvertes de glaces même temporaires pendant ces périodes, et à plus forfe raison pendant celles qui les avaient précédées ; aussi sommesnous porté à croire que Texlstence de glaces permanentes dans le voisinage des pôles ne remonte pas au delà de Tépoque tertiaire.

Les chaînes de montagnes isolées, comprises entre les cinquantièmes degrés de latitude N. et S. et couronnées de neiges perpétuelles, sont toutes peu anciennes quant à leur grande élévation, qu'elles ont atteinte pour la plupart depuis Tère crétacée, par conséquent pendant l'époque tertiaire. Ainsi, Tinfluence des glaces polaires, comme celle des neiges perpétuelles sur la diversité des climats et sur les changements qu'ils éprouvent dans le cour» d'une année, en un point quelconque de la surface de la terre, est un phénonù'me relativement peu ancien.

Avec l'époque tertiaire commence, au point de vue organique, un ensemble de faits nouveaux dont les formations secondaires n'offraient point d'exemples, ou pendant lesquelles se manifestaient seulement des tendances encore mal caractérisées vers un ordre de choses différent. Des familles entières et des genres avaient cessé d'être représentés, tels que les céphalopodes a cloisons persillées, les Bélemnites, les rudistes, les Ananchytes, etc., tandis que d'autres genres ou familles et même des classes apparaissent pour la première fois, tels que les mammifères terrestres placentaires et les vrais dicotylédones. C'est à ce qu'il semble le changement organique, à la fois le plus considérable et le plus brusque, que nous ofiTre la série des terrains, et tout porte à croire qu'il a coïncidé avec quelque modification profonde dans les conditions climatolo-' giques ou mieux orographiques et hydrographiques de la surface de la terre.

Mais ce ne sont point évidemment les petites causes locab s, quelque multipliées qu'on les suppose, invoquées par Bronn (p. 555 et suivantes), qui ont amené ces changements généraux

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