‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 15 sur 78 · CHANGEMENTS PHYSIQUES, ETC · texte numérisé non relu

CHANGEMENTS PHYSIQUES, ETC

à un moment donné, comme dans la série des temps. Elles seraient complètement insuffisantes pour en rendre compte. Oe n'est pas avec des effets limités à pertains points particuliers que Ton peut s'élever à une véritable synthèse des phénomènes et à l'origine de leur cause. Ces influences bornées ont produit des résultats bornés, mais non pas nécessairement dans le même sens, dans celui du progrès, de l'élévation ou du perfectionnement des cires, comme le présumait le savant paléontologiste de Bonn, qui fut en cela le précurseur d'un naturaliste dont nous étudierons tout a T heure la théorie, car ces influences pouvaient tout aussi bien se manifester par des changements inverses ou de dégradation;

La diversification des êtres organisés soumis à la seule action des causes locales aurait été ici dans un sens, là dans un autre, et sur un troisièine point ces êtres auraient pu rester parfaitement çtalionnaires; or, c'est ce que l'on ne remarque pas. La diversification des types organiques, leur complication ou leurs perfectionnements, l'apparition des uns comme Textinction des autres marchent parallèlement dans les deux règnes, s'avançant toujours dans le même sens et partout en même temps ou à très-peu près. Telles sont les preuves frappantes de Texistence de lois indépendantes des causes locales ou accidentelles et auxquelles la nature organique semble avoir été soumise depuis l'origine des choses, tout en restant plus ou moins dépendante des conditions physiques générales.

C'est ce que Bronn désigne par l'expression de loi du développement progressif indépendant et de loi du développement terripète du règne organique; mais rien n'établit pour nous la distinction bien nette de ces deux résultats ni de leurs causes; aussi les regai*dons-nous comme trop intimement Ués dans l'état actuel de nos connaissances pour essayer de faire la part des uns et des autres.

§ 3. Origine et dittribation det eaux doaoet.

Sans trop nous appesantir sur les conditions chimiques et physiques de la terre à son origine, nous devons cependant cherchera nous rendre compte des divers phénomènes qui ont eu une action directe sur les caractères de Torganisme, soit animal, soit végétal ; or, Tune des circonstances qui ont certainement le plus contribué à la diversité des espèces, des genres et des familles dans les deux règnes, comme nous pouvons en juger aujourd'hui, est la séparation des eaux douces d'avec les eaux salées; aussi remonterons-nous, s'il est possible, à. la cause de cette séparation et tAcherons-nous de déterminer le moment où elle s'est effectuée.

On a remarqué que, dans la distribution actuelle des princi- caractères pales substances minérales, le sodium existait à la fois en grande ^ 'J^f^j.^^ quantité dans les roches cristallines et dans les eaux de la mer. eaux Dans les premières il est uni à Toxygène, dans les secondes au chlore. La presque totalité du chlore que nous connaissons appartient à cette combinaison dissoute dans les eaux de TOcéan. Nous y comprenons naturellement celui qui entre dans la composition des sels gemmes auxquels nous attribuons une origine marine.

On peut donc, sans trop d'invraisemblance, et pour compléter ce que nous avons déjà dit de la composition de l'atmo'sphère {antè^ p. 13), supposer au commencement que le chlore y était combiné avec l'hydrogène et le sodium, comme l'hy* drogène avec l'oxygène, constituant le fonds commun y si Ton peu( s'exprimer ainsi, de la masse océanique actuelle, avec les muriates de chaux, de magnésie, le sulfate de soucie et queU ques autres substances. On a vu quel avait dû être le rôle de l'azote et de l'acide carbonique.

L'abaissement de la température, en condensant les vapeurs conden>aiioii composées de ces éléments, dès que la surface de la terre pcr- y^^H^^

mit qu'elles s'y maintinssent à l'état liquide, détermina la formation dun Océan sans bornes, peu profond, mais parsemé, comme on Ta dit, d'innombrables îlots,, représentant les aspérités de la première jcroûte oxydée de la terre et enveloppés d'une atmosphère épaisse, dense, laissant pénétrer à peine une partie de la lumière solaire. Aussi peut-on dire que cette expression du deuxième paragraphe de la Genèse : La ten^e était informe et tonte nue, les ténèbres cojuvraient la surface de Vabime, V esprit de Dieu était porté sur les eaux^ est une belle image de l'état du globe tel que nous pouvons nous le représenter à ce moment.

Tant que dura cet état de choses on conçoit qu'il ne pouvait y avoir d'eau douce permanente ; car, en supposant que l'atmosphère fut déjà assez refroidie el purifiée des substances étrangères tenues en suspension soit à l'état de gaz, soit à l'état de vapeur, l'eau résultant de la condensation retombait toujours dans la mer, ou sur ses ilôts primitifs, ne trouvant encore aucun récipient suffisant pour se conserver. S'il y en avait, leur faible étendue, leur peu de profondeur, l'élévation de la température du fond comme celle de l'air ne permettaient pas à l'eau d'y séjourner ; de sorte que ces étangs et ces lacs des premiers âges de la terre étaient purement temporaires.

Si nous en jugeons par ce que nous connaissons des êtres organisés de la période silurienne, il en fut ainsi pendant un laps de temps énorme, car nous n'y trouvons nulle part de formes animales qui rappellent, je ne dirai pas celles de nos eaux douces actuelles, mais celles que nous connaissons dans les époques tertiaire et secondaire, lesquelles sont d'ailleurs tellement analogues à celles de nos jours, que Ton comprendrait difficilement qu'il en eût été autrement dans les époques antérieures. Toutes les formes paraissent donc être marines et çien dans les produits organiques de ces temps reculés ne trahit l'existence de terres émergées d'une certaine étendue; les premières traces des végétaux qu'on y rencontre sont d'origine aquatique et marine, et celles de la période dévonienne appartiennent à des plantes qui ont vécu sinon dans la mer, du moins

à une bien faible hauteur au-dessus de son niveau ou dans des eaux peu profondes qui n'en différaient guère.

La première condition pour la permanence des eaux douces Premières était donc Texistence de surfaces émergées, assez étendues et ""'^^^J*"*^®* assez élevées, pour que celles qui provenaient de la condensa- ^ura^tif»lion des vapeurs aqueuses de Fatmosphère pussent s*y conserver dans des dépressions sans communication avec TOcéan, et la seconde une température assez basse pour qu'il ne s'y produisit ' plus de vaporisation complète.

Il est probable aussi que dans les premiers temps les vapeurs aqueuses entraînaient une certaine quantité de substances étrangères, et ce ne fut qu'après une succession assez nombreuse de vaporisations et de condensations que Teau se trouva dégagée de ces substances et fut tout à fait douce, de saumâtre qu'elle devait être d'abord. Ce ne fut même que lorsque l'atmosphère eut acquis à peu près la composition que nous lui voyons aujourd'hui , que les vapeurs aqueuses condensées devinrent réellement douces.

Les conditions nécessaires à Texistence permanente des eaux conséquences douces paraissent ne s'être réalisées que déjà assez tard dans rexi^nce l'histoire d&la terre, car ce n'est qu'à l'époque carbonifère ^

' \ \ ®*"* douces.

que nous en observons les effets avec certitude, et sur une ^ande échelle. La végétation de cette époque, d'ailleurs d'une immense durée, dénote une température comparativement encore élevée , une atmosphère humide dans laquelle nous avons supposé une proportion d'acide carbonique de 0,05 à 0,08 de son Volume, et un sol également humide, presque au niveau de la mer y au moins dans beaucoup de cas. Cette végétation, que nous voyons s'être étendue du 80° lat. au 35° sans qu'elle se soit prolongée au delà, dans chaque hémisphère, jusque entre les tropiques, .est un des grands phénomènes organiques de l'histoire de la terre, phénomène qui ne s'est jamais reproduit depuis avec la même généralité ni avec les mêmes caractères. Il a donc fallu, pour qu'il se manifestât, un concours de circonstances bien particulier dans les conditions physiques de la surface de notre planète.

Avec une végétation qui annonce la présence des eaux douces et des eaux sauniâtres, quelques animaux respirant Pair en nature, des reptiles, des insectes, des mollusques terrestres, tous encore en bien petit nombre à la vérité, prouvent aussi une modification dans sa composition et une adaptation à des fonctions physiologiques qui auparavant n'aurait pas été possible. Si les calculs approximatifs dont nous avons indiqué les résultats pouvaient être admis et que l'atmosphère de la période houillère ait perdu 36 millièmes de son volume en acide carbonique, on conçoit que les périodes suivantes se soient ressenties d'une semblable perturbation dans les conditions de la vie, comparées à celles qui les avaient précédées.

Cetle fixation dans l'intérieur de la terre d'une partie Constitutive de son atmosphère, à un moment donné ou mieux pendant une période dont nous avons déjà cherché à apprécier la durée (an/é. Impartie, p. 323, noia), est une circonstance sur laquelle nous avons appelé ci-dessus l'attention et sur laquelle on ne réfléchit peut-être pas assez. Le résultat accompli par la seule intervention des forces végétales porte à se demander s'il entrait dans le plan général de la nature, ou bien s'il n'est qu'un fait particulier, non essentiel à son harmonie, surtout lorsque l'on considère la pauvreté relative des faunes et des flores qui lui ont immédiatement succédé.

A-t-il fallu que Téquilibre se rétablît par l'arrivée successive de nouvelles quantités de carbone, comme il en vient encore aujourd'hui de l'inlérieur? ou bien a-t-il fallu attendre le développement graduel de nouveaux cires en rapport avec ces nouvelles conditions? L'affaiblissement sensible, ou l'appauvrissement général des forces organiques, remarqué depuis longtemps pendant l'ère permienne et triasique, comparé à l'exubérance de la vie pendant la période carbonifère qui rivait précédée et la période jurassique qui l'a suivie, peut appuyer Tune et l'autre hypothèse.

Quoi qu'il en soit, ce n'est pas non plus un fait moins curieux, comme nous l'avons déjà dit (antè^ p. 19), que le rôle qui semblait être destiné à l'homme dans cette question d'éco-

nomie générale de la nature physique. Que faisons-nous en effet, surtout depuis un siècle et que feront ceux qui viendront après nous, si ce n'est de puiser sans cesse à ces sources de carbone retenues aujourd'hui dans la terre? Un jour viendra sans doute où, par notre intermédiaire, l'atmosphère sera rentrée en possession de l'acide carbonique dont la végétation houillère l'avait privée. Quelles seront les conséquences du rétablissement de l'ancien état de choses? C'est ce dont nous n'avons pas à nous préoccuper, nous qui n'avons à étudier que le passé; mais ce qui nous paraît probable, c'est que l'homme mettra moins de temps à consommer cette réserve que la nature n'en a mis à l'accumuler.

Si nous continuons à suivre l'accroissement des eaux douces suUe à la surface de la terre, nous n'en trouverons longtemps des i-accroiM-témoignages authentiques que dans les restes de plantes, Texis- "*"' ^®* tence de certaines familles d'insectes lors du dépôt du lias, puis, vers le milieu de la formation jurassique, dans des couches que caractérisent des mollusqves d'eau douce. Vers la fin de celte période et le commencement de la suivante, ces caractères deviennent de plus en plus prononcés; mais c'est arvec l'époque tertiaire, et surtout pendant la période tertiaire moyenne, qu'ils prennent une importance réelle, luttant dans leur extension avec les dépôts marins et alternant fréquemment avec eux. Les eaux douces ont pris réellement alors possession des continents, et ce ne sont pas seulement des restes de végétaux et d'animaux qui nous le prouvent, mais des dépôts de caractères particuliers, non moins remarquables par leur épaisseur que par l'étendue des surfaces qu'ils occupent.

Dans la production des couches d'eau douce, les calcaires jouent un très-grand rôle et souvent aussi la silice; mais dans l'un ni dans l'autre cas on ne peut regarder ces substances que comme ayant été apportées de l'intérieur de la terre, plus ou moins directement; de sorte que ce sont des dépôts plutôt chimiques que mécaniques, et dans lesquels, sauf pour les schistes siliceux et les terres à diatomacées, l'action vitale n'a point été, comme pour les calcaires marins^ un intermédiaire agis-

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