ACIDE
MtTRKt
O'EAD.
OXTCtM.
CAEBO- NIQOr..
AIOTE.
Manque.
(1) Chemical andphysical geology, trad. angl., vol. I, p. 114.
DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 267
Ainsi sur cinq exemples, dont quatre sont complets, la quantité des gaz contenus dans leau s'accroît avec la profondeur, mais dans des proportions qui semblent encore n*avoir rien de régulier ni quant à la somme de ces gaz ni quant à chacun d'eux en particulier. Cependant la proportion d'acide carbonique croit plus constamment que celle des deux autres, tandis que Tazote décroît notablement dans deux cas, et s'accroît un peu dans les deux autres.
Rappelant les analyses données par Biot, et rapportées par de la Bêche, du gaz contenu dans la vessie natatoire des poissons, M. Wallich fait remarquer avec raison qu'on n'en peut rien conclure pour la composition de l'air contenu dans l'eau, puisqu'il a passé dans le courant de la circulation où les proportions de ses composants ont dû être altérées, La quantité d'oxygène qu'on y trouve doit être plus grande dans les eaux plus profondes que près de la surface, étant plus essentiel à la vie que l'azote, étant eiî plus grande proportion que ce dernier, et s'approchant aussi plus que lui de la pesanteur spécifique du milieu ambiant, résultat qui se déduit encore des analyses faites à la suite du voyage de circumnavigation de la Bonite^ et dans lesquelles on voit que la proportion de Pazote tend à diminuer avec la profondeur.
Les observations de l'auteur sur la liquéfaction des gaz par la pression n'apportent aucune preuve à ses vues théoriques, et il n a pas non plus d'idées arrêtées sur l'origine des grandes masses calcaires attribuées à la précipitation du carbonate de chaux tenu en dissolution dans les eaux ou au résultat des fonctions vitales des animaux inférieurs. La présence des coquilles, des rhizopodes, en immense quantité, peut, dans cer- ' tains cas, appuyer cette dernière manière de voir, mais il trouve que les calcaires altérés ne la confirment pas.
La quantité (probablement en moyenne) des substances sa- sui»tanres lines signalées par M. Bischof (4) dans les eaux de l'océan Paci- ""1,^7* fique, de l'Atlantique et de la mer d'Allemagne, et déduites «»«J«ï«
mer.
(i) Chemical andpkysieai geology, vol. I, p. 579.
268 ÉPOQUE HODERNE.
des analyses deBibra, étant de 3,527 0/0, on y a reconnu les proportions relatives suivantes :
Chlorure de sodium 75,786
Id. de magnésium 9,159
Id. de calcium 5.657
Bromure de sodium 1,184
Sullate de chaux 4,617
Id. de magnésie 5,597
D'où il résulte que le carbonate de chaux et la silice, substances qui entrent pour une si grande proportion dans la composition des coquilles et des parties solides des autres invertébrés marins manqueraient ici, ce qui est d*autant plu$ remarquable, dit M. Wallicb, quelles phénomènes géologiques dus à la présence de ces substances dans Peau de mer peuvent être regardés comme les plus importants que Ton ait à considérer. En eHet, bien que le carbonate de chaux et la silice semblent être dans des propoitions très-faibles relativement i la masse des eaux, ils sont aussi essentiels à lexistence des divers organismes marins que le gaz acide carbonique, qui est encore en moindre quantité dans l'atmosphère, est indispensable aux plantes terrestres. La structure solide des premières est due au carbonate de chaux comme celle des secondes au carbone. Dans les deux cas cependant le besoin et remploi de la matière sont équilibrées avec une telle rigueur que, si Tun ou Tautre venait h manquer, il en résulterait une perturbation profonde dans les conditions actuelles de la vie du globe.
Mais, comme le fait remarquer M. Bischof, la grande quantité de carbonate de chaux apportée par les rivières, de même que la formation continue des coquilles et des autres tests d'a« nimaux marins, est la preuve la plus évidente de la présence de ce carbonate dans Teau de mer, et, d'un autre côté, Tacidc carbonique qui s^y trouve également doit constamment dissoudre ce même carbonate lorsquMl y en à au fond, tandis que si Teau est très-loin de son point de saturation par ce
DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 269
carbonate, cela vient de la séparation incessante opérée par les animaux tcstacés. Plusieurs analyses ont d'ailleurs constaté la ^
présence du carbonate de chaux dans Teau de mer, particulièrcraent dans le voisinage des côtes, de même que les analyses d'eaux, prises sous diverses latitudes et dans des mers différentes, ont fait voir des proportions variables dans les sels contenus.
(P. 124.) Il est digne de remarque que les dépôts calcaires
qui se forment aujourd'hui dans une partie considérable de
1 Atlantique, et probablement dans tous les grands fonds de
mers, se trouvent généralement très-loin des côtes et toujours
dans des eaux profondes, tandis que les polypiers des récifs,
qui tirent leur matière calcaire de la même source, se forment
* de faibles profondeurs, quoique,' par l'abaissement du fond,
'cur base repose à des profondeurs considérables et que les ré-
Cïfs eux-mêmes se trouvent alors isolés au milieu de l'Océan.
On ne connaît guère de Taccroissement des polypiers que sa
''ï^'^rche graduelle, sujet que nous traiterons ci-après, et, quant
3 Celui des foraminifères, rien n'a encore été déterminé.
M. Wallich s'occupe beaucoup de l'arrivée, de la distribution Suiwunce* et de l'emploi de l'acide carbonique dans les mers , et nulle ^a^** part, dit-il, on ne trouve un dépôt récent résultant de la sur- ^^^^f^^ saturation de l'eau par le carbonate de chaux. D'un autre côté, *l y a de nombreuses preuves de dépôts calcaires formés mécaniquement, quelquefois redissous par Teau qui tient l'acide carbonique en dissolution, de manière que la quantité de petites parties de calcaire amorphe, que l'on rencontre presque constamment, doit être attribuée à des fragments de coquilles désagrégés et laissés après la nouvelle séparation du carbonate àe chaux.
La silice a été reconnue dans toutes les eaux de mer analysées par M. Forchhammer (l), et la plus grande quantité était de 0,5 dans 10,000 parties d'eau pure. Cette substance est insoluWe dans l'eau, mais elle lui en abandonne quand celle-ci
(0 Bischof, loc. Cit., Yol. I, p 109.
contient de Tacide carbonique. Les circonslauces favorables à la présence du carbonate de chaux dans TOcéan le sont aussi à celle de la silice. Elle est de même entraînée constamment à la mer par les rivières ; elle fournit la matière de la partie solide des éponges, des polycistinées, des genres voisins d'infusoires et des espèces marines de diatomacées.
Quoique ces corps siliceux soient beaucoup plus petits que les rhizopodes calcaires ou foraminifères, ils ne laissent pas de former, par leur accumulation, une portion considérable de certains dépôts océaniques! Suivant M. Wallich, les diatomacées ne vivraient pas au delà de 728 à 900 mètres, et ceux que l'on trouve à de plus grandes profondeurs y ont été entraînés.
De ses diverses observations sur les polycistinées, les diatomacées et les foraminifères, il déduit que le carbonate de chaux et la silice existent toujours dans l'eau de mer, que la quantité d'acide carbonique s'accroît avec la profondeur, que le pouvoir dissolvant de Teau, relativement à ces deux substances, est dû à la présence de l'acide carbonique. Il pense aussi que sur le lit des mers profondes, là, où à la surface le carbonate de chaux est en si petite quantité qu'il est inappréciable par les réactifs chimiques, de grands dépôts calcaires se forment néanmoins d'une manière continue, enfin que si l'accroissement des animaux testacés est en relation directe avec la quantité do matières qui constituent leurs parties solides (les parties molles du sarcode étant composées de protéine ou d'oxygène, d'hydrogène, d'azote et de carbone), on est forcément conduit à admettre que la pression, loin de restreindre le développement de la vie animale aux zones supérieures des mers, peut être regardée comme une des conditions les plus essentielles à son existence dans les grandes profondeurs.
. Quant à l'jode, au fluor et à l'acide phosphorique, le premier existe dans les plantes, le second dans l'eau elle-même, letroi* sième dans les coi'ps organisés ainsi que dans l'eau.
Le caractère général du lit des mers profondes est d'être ttioins accidenté que Celui des eaux qui le sont peu, mais la
DISTRIBUTION BATUYMÉTRIQUE. 271
couche molle que Ton a cru recouvrir toute sa surface est loin d'être conslante. C'est aussi une erreur de penser que les chaînes de montagnes, des précipices abruptes et des crêtes rocheuses dentelées n existent pas même où les dérangements volcaniques sont inconnus.
• Tous les grands dé|)ôts calcaires ont des caractères locaux, et cette circonstance ne peut être attribuée au manque de matière calcaire, mais, sans doute, à Fabsence des organismes qui opèrent sa séparation de ses combinaisons.
(P. 1 29. ) Quoique la lumière exerce à peine un effet sensible Action sur Textension géographique des espèces marines, elle constitue ^ lumière. "Il clément in(iportant de là répartition balhymétrique dans les zones voisines de la surface. Certaines formes vivent sous le P'hs vif éclat du jour, d'autres révitent; les unes sont indiffértîntes à ses divei*s degrés d'intensité, les autres sont sensibles 3 s^ plus légère impression. Ces effets, quels qu'ils soient, sont constants chez tous les individus de la même espèce.
Bien qu'on n'ait jamais prouvé directement que la luniicrc
fût essentielle à la vie animale, cette opinion a été appuyée
par ces deux motifs : qu'elle est indispensable à la végétation
<2t que la vie animale dépend, dans sa première manifestation,
de la vie végétale. Mais cette dernière raison ne s'applique pas
nécessairement aux organismes marins les plus inférieurs. La
lumière cesse même à une profondeur où vivent encore des
espèces littorales d'un ordre très-élevé. Ainsi on suppose qu'à
ï% mètres commence une obscurité complète; cependant
beaucoup d'animaux particuliers à la zone profonde des coraux
<^t surtout certains poissons descendent à des profondeurs de
l»*ois à cinq fois plus grandes, c'est-à-dire à 650 mètres au delà
•Icsplus faibles rayons de lumière.
Les plantes, telles que nous les connaissons, ne peuvent ^^vre en l'absence delà lumière, et les corps organisés que ' on a retirés d'une profondeur plus grande que 900 mètres 0"t présenté une structure moléculaire différente de celle des phntes vivant plus près de la .surface. Par le manque de luw/ere il se produit, dit M. Wallich (p. lôO), un phénomène
inverse de celui qui fixe le carbone dans la plan le et laisse dégager roxygènedeTacide carbonique.
Conditions ^cs protophylcs appartenant aux eaux les plus profondes j^^^J*.^ sont donc soumis à une loi particulière, et l'on peut se demandans der qui est-ce qui joue le rôle des plantes pour puriGer l'eau profondeurs, dcs éléments délétères qu'y répandent les animaux, si la végcr tation et la lumière cessent à la même limite, puis sous quelles autres conditions que des circonstances exceptionnelles la vie animale peut-elle être maintenue sans la vie végétale, pour se prolonger ainsi jusqu'aux plus grandes profondeurs.
La réponse à la première question est facile : les eaux de rOcéan s'emparent de l'acide carbonique exhalé par les animaux, et la quantité de carbonate de chaux qu'il y renconti:^ suffît pour en convertir, en un composé sans action nuisible) une assez grande quantité pour que le reste soit aussi peu niB >sible que le gaz acide carbonique répandu constamment daM^s l'atmosphère. D'un autre côté, Toxygène nécessaire est prince ^' paiement tiré de l'air atmosphérique absqrbé par l'eau, car i* portion qui en est rejetée par les plantes marines est sac^*^ importance eu égard à la masse de l'Océan.
Pour la seconde question, Fauteur est obligé d'avoir recou^C^ à un moyen de nutrition à l'égard duquel il n'existe pas ^Ke précédent connu. Dans le plus grand nombre des protozoair^^^ marins, tels que les foraminifères, les polycistinées, les acar^^' thométrées, les thalassicollidées* et les spongidées , on pei ^^' supposer que ce procédé, au lieu d'être celui par lequel 9- 3 nutrition est effectuée dans les êtres plus élevés par les ionc:^' tions complexes des organes spéciaux, le serait par les org^^' nismes les plus simples que nous connaissons, et en rabscnc::^^ de toute disposition ressemblant à une structure parliculièr^^:^ ment adaptée à ce but. M. WaUich remet à développer «i^^ sujfet dans ses études particulières sur les organismes inf^icrieurs, et se borne à établir ici qu'il n'invoque aucune l «i exceptionnelle, mais que, au contraire, la preuve que cesorçsnismes sont doués du pouvoir de convertir les éléments inorg'aniques pour leur propre nutrition repose sur la faculté inc(^^w-
DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQUE. 275
testable qu'ils possèdent de séparer le carbonate de chaux ou la silice des eaux qui les tiennent en dissolution. En d'autres termes, si Ton peut démontrer que ces organismes effectuent la séparation d'éléments inorganiques pour construire leurs coquilles, on est autorisé à croire qu'ils peuvent faire servir à la nutrition même de leurs parties molles les éléments impropres à cette destination, surtout si l'on considère que les éléments qui restent sont précisément ceux qui, lorsqu'ils sont combinés, constituent la protéine de ces mêmes parties molles.
On doit faire remarquer cependant que si le principe que nous avons rappelé plus haut est absolu, si les animaux ne peuvent se nourrir que de matières organiques, le raisonnement, fort ingénieux d'ailleurs, de M. Wallich est sans fondement, ou bien, contrairement à ce qu'il dit, il invoque en réalité pour la nutrition des animaux une loi entièrement nouvelle dans les procédés de la nature. Ici d'ailleurs la difGculté n'existerait que pour ceux de ces organismes qui sont réellement doués de la vie animale ; pour les autres elle consisterait dans Tabsence de lumière.
(P. 132.) Si Ton essaye, continue l'auteur, d'examiner, sans idées préconçues, les phénomènes physiologiques sous les formes les plus simples de chaque règne, dans une cellule *de Collosphxra et dans une cellule de Navicula^ on trouve que leur limite est empirique et que la distinction entre les deux règnes n'existe pas dans les êtres les plus inférieurs de l'un et: de l'autre. On reconnaît aussi, dans la mise en liberté d'une jiartie de l'oxygène et du carbone de l'acide carbonique, de l'hydrogène de l'eau et de l'azote de Tair, un acte vital regardé j usqu'à présent comme exclusivement propre aux végétaux ; de sorte que le même procédé produit la substance de la coquille et la nourriture, et le dernier anneau de la série (en pourrait, avec plus de raison, dire le premier) proviendrait, non du règne végétal, comme on l'a cru jusqu'à présent, mais bien du règne minéral. «D'un autre côté, ajoute avec « conviction»}]. Wallich, si Ton nie ce résultat ou cette expli-
274 ÉPOQUE UODERNE.
« cation du fait, il ne reste plus qu'à supposer que les êtres « créés les plus inférieurs, qui ont le moins de besoins, ont ici « des organes spéciaux pour remplir des fonctions spéciales, a et que les plus humbles rhizopodes, les plus modestes poa lycistinées peuvent digérer, sécréter, rejeter et penser paro dessus le marché, car pour toutes choses on peut alléguer « le contraire. »
L'auteur, marchant ensuite sur les traces de M. Darwin, trouve que les animaux qui présentent des rudiments des organes de la vision ont dû vivre d*abord dans des milieux plu:» éclairés que ceux où on les trouve actuellement, et que ces organes se sont modifiés en s^accommodantaux nouvelles conditions environnantes. Les Ophiocomes des plus grandes profondeurs de l'Atlantique du Nord sont ainsi semblables à VO. (irantilata des eaux peu profondes, sans présenter cependant la marque ou tache oculaire des Astéries et des Solastéries. En outre, des crustacés, revêtus de vives couleurs, ont été ramenés de 2550 mètres, par M. Torell (l). L'espèce n'a point été déterminée; on peut seulement présumer qu'elle est pourvue d'yeux.
On pensait aussi que l'absence des couleurs vives sur les animaux résultait de la diminution de la lumière, maisM. Wallich, qui semble avoir le privilège d'observer beaucoup mieux que ses devanciers, a des motifs pour croire que, bien que l'intensité de la lumière puisse, réellemonl, produire la vivacité des teintes, son absence n'entraîne pas leur disparition ni même * leur atténuation. Les Astéries ramenées de 2500 mètres présentaient, en effet, d'aussi brillantes couleurs que si elles avaient véc^i dans les eaux peu profondes des zones tempérées, tandis que des individus des mêmes espèces, dragués de 182 à 364 mètres dans les fiords du Groenland occidental, offraient des teintes sombres.
• (P. 134.) De ces faits et d^'autres qu'il rapporte, l'auteur se
(4) The Alhenasmn, 7 déc. 1861. — Le rapport officiel de celle expcdilion scientifique suédoise au Spitzberg ne semble p:is avoir encore élcpa-^ Llié. r
DISTRIBUTION BATHYMÉTRIQDE. 375
confirme dans Vidée que les êtres organisés, trouvés à de grandes profondeurs, proviennent d'espèces qui ont d'abord habité des eaux peu profondes. La couleur est alors un caractère héréditaire, et une espèce moins colorée originairement ne peut pas prendre de teintes plus vives si elle est exposée à * une lumière plus éclatante, et réciproquement. Cependant il convient que chez des animaux transportés des tropiques sous les zones tempérées les couleurs s'affaiblissent.
On voit dans ce qui précède plusieurs contradictions de la part oiijeciionii
deM.Wallicb. Si, par exemple, des animaux provenant de très- *'*'*^*
grandes profondeurs ont des teintes^ aussi vives que ceux des
wnps élevées, on n'a plus de raison pour croire à l'influence
àe la lumière; et si des animaux des zones chaudes, vivement
colorés, perdent une partie de leurs couleurs dans les zones
^mpérées, on peut, au contraire, admettre cette influence.
Dun autre côté, les couleurs des animaux passant des zones
supérieures dans les inférieures auraient été conservées dans
cette dernière station par voie d'hérédité, sans éprouver de
changement à la suite de ce déplacement, tandis que d'autres,
les Ophiocomes, pourvus d'yeux dans les stations supérieures
originaires, se seraient vus privés de ces organes en descendant
<lans les profondeurs où ils leur seraient devenus inutiles.
Kous pensons que ces* incohérences doivent être attribuées à
la précipitation ^ue l'auteur semble avoir mise à rédiger un
travail où les répétitions et le manque de liaison dans les divers
sujets sont si fréquents.
H est vrai que dans le cas des changements de couleurs, M. \YaIlich ne les attribue pas au plus ou moins de lumière, mais à la diminution des fonctions vitales modifiées pour favoriser le changement des conditions normales en des conditions anormales. C'est, comme on le voit, substituer une hypothèse particulière à une autre généralement admise. D'après d'autres exemples de changements de couleurs, et surtout en sen'S inverse, c'est-à-dire des zones tempérées aux zones chaudes, ou des zones froides aux zones tempérées, il est porté à croire que les teintes des plumes des oiseaux, des ailes des papillons et
de Tenveloppe solide des cchinodermes sont aussi pupemcnt
bércditaires que leurs divers organes^ et que, dans des variétés
produites artificiellement, on doit regarder les conditions de
lumière comme de valeur égalQ aux autres conditions secon*
' daires qui produisent leur effet dans le jeu des fonctions
vitales.
PcniisuncQ 11 s'attactio à démontrer ensuite que les' Astéries et les autres
corps animaux ramenés de plus grandes profondeurs ont été pris
dans les vivants dans leur habitat naturel; il fait voir aussi pourquoi
prorondGurs » »
où les restes d'animaux morts à ces mêmes profondeurs y demeu-
iU ont • 1 « • 1 1
Téru. rent, et pourquoi la faune sous-manne est dans tous le^ cas aussi invariablement fixée au fond des mers que la faune tcrreslre Test à la surface du sol. Les tissus, après la niorl, sont remplis d'un fluide qui fait équilibre au liquide environnant; il y a décomposition, mais non putréfaction, et les éléments peuvent entrer dans de nouvelles combinaisons. Aucune substance gazeuse n^étant retenue sous cette forme dans les cellules ou cavités plus grandes des organes privés de la vie, et le résultat nécessaire de l'action d'endosmose étant de mettre dans un équilibre absolu avec le milieu environnant chaque partie de la structure, aucune diminution de pesanteur spécifique ne peut la faire remonter.
Duiribuiion (P. 157.) Lcs riiizopodcs sout plus OU moins abondants quoique* ^'^'^^ toûtcs Ics uicrs, mais le genre Glpbtgerina peut être oigantsn e, regardé comme essentiellement océanique, car on le Itoutc à proiondcur. toutos Ics latitudes ct à toutes les profondeurs, de 90 à 5460 mètres. Son maximum de développement est dans les plus grandes profondeurs; là il s'étend, comme le sable des côtes, sur dçs centaines de milles carrés, constituant probablement de puissantes couches. 11 parait y avoir une relation intime entre les dépôts de Globigmna et la présence du Gulfstream. Ainsi, entre les îles Féroë et l'Islande, entre celle-ci et Test du Groenland, et dans une grande portion de la ligne directe, entre le cap Farewell et Rockall, les Globigérines abondent dans les sédiments, tandis qu'entre le Groenland et le Labrador ces rhizopodes manquent ou sont peu répandus.
DISTRIBUTION BATHYIIÉTRIQUE. 277
Les dépôts de cette nature ne sont donc point dus au transport par les courants, car ils seraient mélangés de toutes sortes d'espèces provenant des lignes de côtes ou d'autres •parties du lit de la mer.
Dans l'hémisphère Sud, M. Wallich a reconnu des dépôts de rhizopodes sur ie banc d*Âgulhas, au sud du cap de Bonne-Espérance, à 180 mètres de profondeur. Lés Globigérines constituent 75 pour 100 de la masse du dépôt, qui occupe une surface marquée par une ligne dépendant sans doute du courant qui contourne le Cap en venant de Test. 11 ne diffère de ceux du nord de l'Atlantique qu'en ce que les coquilles sont de formes plus délicates, peut-être parce qu'elles habitent de moindres profondeurs.
Le fait auquel l'auteur attache le plus d'importance, à ce qu'il semble, est la découverte d'animaux plus élevés de la série, ramenés de 2293 mètres, à environ demi-distance du cap Farewell et de la côte nord-ouest de l'Islande, ou à 500 milles de la côte du Groenland, 250 de celles de l'Islande, et 400 du banc de Rockall, par 59' 27' latitude N., et 26" 41' Iongitude 0. (voy. pl. 1). En examinant la cavité viscérale d'un de ces radiaires ou Ophiocomes, il y a reconnu une grande quantité de Globigerina plus ou moins brisées, de fragments amorphes, quelques globules jaune clair d'apparence huileuse, plusieurs œufs, de très-petits tubes d'annélides formés de Globigcrincs agglomérées, d'autres composés de divers éléments. A la profondeur de 1585 mètres, le dépôt était formé, presque à parties égales, de matières calcaires,*^ siliceuses, entrant aussi dans la composition des tubes d'annélides.
VOphiocoma giwiulata^ provenant de ces grandes profondeurs, s'observe sur les côtes d'Angleterre, de 18 à 91 mètres au-dessous de la surface, de même sUr celles de la Scandinavie, puis à 364 sur celles du Groenland, et enfin à 2293, comme on vient de le dire, sans qu elle présente de modifications sensibles. La Serpula vitrea^ le Spirorbis natUiloides et les Ophiocomes ou Astéries vivent depuis le cercle polaire jusqu'aux côtes d'Angleterre.
AbaUsement Maintenant ces animaux appartiennent-ils à un centre de do création 'situé à cette dernière profondeur, ou bien sont-ce
' du*Dordr d®s colonies isolées aujourd'hui, dont les espèces seraient originaires d'ailleurs? Telle est la question que s'adresse M. Wallich, et à laquelle il répond en adoptant les idées émises par Ed. Forbes(i) sur les grands changements qui ont affecléla distribution des terres et des mers dans les dernières périodes géologiques. Une portion considérable du lit de la mer, au sud de l'Islande, aurait éprouvé un abaissement très-prononcé, prouvé par la disposition même des terres, la profondeur des eaux et les anciennes cartes qui s'appuient sur des traditions. En sorte, dit-il (p. 1^1),. qu'aucune démonstration d'un abaissement ne peut être plus complète, aucune preuve de la vérité du principe de centres particuliers s'péeifiques n'est plus évidente que la découverte, dans de telles circonstances, d une colonie d'Astéries acclimatées, appartenant à une espèce type de la province boréale, s'étendant du cercle polaire arctique aux lies Britanniques sans éprouver de variations dans ses caractères jusqu'à 364 mètres. L'abaissement général est encore rendu probable par la découverte d*annélides fixées, dont les espèces bien connues pour appartenir à des eaux peu profondes ont été ramenées de 1238 mètres, à demi-distance entre Tlslande et les îles Féroë.
M. Wallich fait remarquer, en terminant cette partie de son travail, qu'il n'a point rencontré d'algues au-dessous de 364 mètres, et que les seules structures végétales ramenées des mers profondes appartiennent aux organismes- les plus inférieurs que nous connaissions, aux diatomacées. Comme on l'a déjà dit, cependant, l'aspect que présentent les frustulcs de ces corps, obtenus au delà de 900 mètres, indiquent, suivant l'auteur, une constitution moléculaire de la matière protoplasmique différant tellement de celle qu'on observe dans les organismes semblables vivant dans des eaux peu profondes, qu'on ne peut pas douter que la vie végétale ne cesse à une
(1 ) Memoin of the geological Survey of Great Britain, vol. I, p. 598.
DISTRIBUTION BATHYBIÉTRKJUE. 279
Ihnile beaucoup plus rapprochée de la surface que la vie animale (p. i54).
Enfin, il résume ses études relatives aux limites bathymétriques de la vie dans FOcéan de la manière suivante :
1° Les conditions qui régnent aux grandes profondeurs, conclusions, quoique différant matériellement de celles qui existent près de la surface, ne sont pas incompatibles avec la persistance de Id vie animale.
2" En supposant que la théorie des centres spécifiques parliculiers soit vraie, la présence des mêmes espèces dans des eaux peu profondes , et à de grandes profondeurs , prouve qu'elles peuvent avoir été transportées dans diverses situations sans en avoir éprouvé de changements.
ù^ Il n'y a rien, dans les conditions qui existent aux grandes profondeurs, pour empêcher que des êtres organisés primitivement pour y vivre ou qui y auraient été acclimatés, ne puissent vivre également dans des eaux peu profondes, pourvu que le passage soit suffisamment gradué ; de sorte qu4l est possible que des espèces qui habitent actuellement à de faibles distances au-dessous de la surface aient vécu auparavant dans les mers profondes.
4* D'un autre côté, les conditions de la surface de TOcéan ne permettent pas qu'après leur mort les êtres organisés descendent au fond quand la profondeur est très-grande, si chaque partie du corps est librement pénétrée ou accessible î»u fluide environnant; et réciproquement, lés conditions qui régnent dans les grandes profondeurs ne permettent pas non plus aux organismes, constitués pour y vivre, de s'élever à la surface lorsqu'ils sont morts.
5* La découverte même d'une seule espèce vivant normale- "lent à de grandes profondeurs prouve suffisamment que ces ^cgions ont leur faune spéciale, et qu'elles Font toujours eue Jans les temps passés, d'où il résulte que beaucoup de couches fossilifères, regardées jusqu'à présent comme ayant été déposées "ans des eaux comparativement peu profondes, peuvent ce- I^ndant l'avoir été à une grande distance de la surface.
obtemtioDs D*après un travail de M. W. King (i) sur les échantillons des I erses. jjjf^j.gp^ fonds de mer explores par un bâtiment de TÉlal charge d* opérer des sondages pour la pose du câble électrique, on n'a pas obtenu de spécimen au delà d*une profondeur de 532 mètres. Entre ce point et 182 mètres, on a partout rencontré à profusion des rhizopodes et autres êtres organisés microscopiques occupant cette vaste plaine située entre Fislande et Terre-Neuve. Tous les sondages ont apporté des coquilles remplies ou couvertes de foraminifères. Les sédiments recueillis sur la côte d'Irlande, entre 466 et 532 mètres, ressemblent, dit Tauteur, à une laitance de poisson, ce qui s'explique par les myriades de Globigerina et de Globulina qu'ils contiennent.
On a trouvé en outre, à 408 mètres, des Pecten^ des Arches et des Pectoncles inconnus dans ces parages. Une Orbicule a été ramenée de 376 mètres, sur le versant oriental de la gfande vallée qui atteint jusqu'à 3 milles de profondeur, et qui court des îles du cap Vert jusqu'à Kerry et au delà, où se relève le plateau télégraphique. Les pentes très-rapides de ce plateau sont également couvertes d'organismes microscopiques, et il en est sans doute de même de sa surface.
Laplace pensait que les plus grandes profondeurs des mors ne devaient guère dépasser les montagnes les plus élevées, et jusque dans ces derniers temps ces vues ne semblent pas avoir été infirmées, les profondeurs au delà de 8000 à 9000 mètres étant encore fort Incertaines. Suivant M. Airy, on pourrait déterminer les profondeurs des mers par la hauteur, la largeur d la vitesse des vagues. C'est ainsi que, d'après la hauteur comparée atteinte par les vagues sur la côte du Japon et celle de la Californie, In 23 décembre 1854, à Q*» 45', on a pu conclure, la pression augmentant d'un peu plus d'une atmosphère par 40 mètres d'eau, que la profondeur moyenne de l'océan Pacifique entre ces deux points était de 3930 mètres ou près de 4000 mètres, comme on Ta dit ci-dessus. Celle de la Hédi-
(1) Le Moniteur unù^sei, 10 janvier 1863.
DISTRIBUTION BATIIYMÉTRIQUE. 28i
tcrranée ne dépasse guère 3500 mètres, celle de FAtlantique est comprise entre 2000 et 6000 mètres.
M. Haiiry attribue aux organismes les plus inférieurs la fonction de 'distiller l'eau'demer, d'en extraire l'excédant des sels qu'apportopt les fleuves et les rivières, et de maintenir ainsi l'équilibre dans le degré de salure des mers.
Dans 1 automne de 1860, M. M'Clintock recueillit, entre le Groenland et Tlslande, à 2300 mètres, une Astérie vivante, revêtue de couleurs éclatantes, et dont la cavité intestinale renfermait des Globigerina. Des mollusques et des crustacés auraient été ramenés vivants de profondeurs aussi considérables dans la baie de Baflin. Dans la Méditerranée, Tenveloppe en gutla-percha d'un câble électrique placé sur le fond, à 109- et i27 mètres, a été perforée par le Xylophaga dorsalis, espèce que, dans la rade de Brest, on trouve dans les traverses des ancres perdues (i).
On voit donc, comme nous le disions en commençant cette Remarque section, que ces recherches très-récentes, dues a quelques observateurs, et le plus grand nombre d'entre elles à un seul, demandent à cire contrôlées et étendues à d*autres mers d^une manière suivie. Ce ne sera que lorsqu'on possédera de trèsnombreux matériaux, recueillis avec toutes les précautions possibles, que Ton pourra hasarder quelques généralités, et essayer de s'élever à une loi de distribution des êtres organisés dans les mers. Jusque-là nous devons nous borner à enregistrer les faits avec réserve quant aux conclusions à en tirer. C'est ainsi que des expériences toutes récentes ont montré que des poissons et des crustacés ne pouvaient supporter sans périr une pression égale à celle qu'exerce l'eau de la mer à la profondeur de 3620 mètres (2).
{\) Revue des Deux Mondes, toI. XLIII, p. 704, 1843.— DeepSea Soundifigs in the^orth Atlantic océan, par le lieul. J. Dayman.
(2) Expériences faites ii 1 entrepôt de Wharf-road, à Loiidccs. (Yoy. Les Mmdes, vol. Il, août 1863, p. 5.)
générale.
§ 7. DîttrîbutîoB det végétaiiz à la tuilfioe de la terrea
Quoique, à beaucoup d'égards, la botanique soit la plus avancée des. sciences naturelles, sous le rapport de la distribution des végétaux à la surface de la terre, aucune loi bien générale ne senihb avoir été aperçue; les exceptions à certains principes sont si nombreuses que ceux-ci disparaissent pour ne laisser que de faibles traces là où Ton croyait avoir saisi d'abord quelque résultat précis. L'abondance des matériaux accumulés, la diversité des points de vue, l'inégale connaissance que Ton a des flores dans des pays différents ne permettent en effet aucun de ces aperçus systématiques qui plaisent à Tesprit, à cause de leur simplicité et de leur clarté, mais que rexaiuen plus attentif et plus complet de la nature ne justifie pas toujours. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire la Géographie botanique raisonnéCy qu'a publiée M. Alph. de Candolle,en \ 855, juste un demi-siccle après X Essai sur la géographie des plantes d'Alex, de Humboldt (i).
Dans cet ouvrage, le plus complet que nous possédions sur ce sujet, écrit avec une connaissance parfaite de la matière, dans un excellent esprit d'analyse, on voit combien le savant auteur a de peine à formuler çà et là et avec beaucoup de
(1) Essai sur la géographie des plantes, accompagné d'un Ubleau physique des régions cquinoxiales, fonde sur des mesures exéculées depuis le lu* degré lat. S. pendant les années 1799-1805, 1 vol. in- 4*, avec carte, Paris, 1805-1807.— Éd. allemande, Tubingen, 1808. ln-4% Vienne, 1811. — Sur les lois qu'on observe dans la distribution des formes végéudG, în-8% Paris, 1816. — Ann. de chim. et dephys., vol I, p 225, 1816. - Dedislribntionegeographica plantarumsecnndnm cœti temperiemetaltitU'Iinem montium Prolegomena^ avec pi. Lutelix Parisiorum et Lûbed. 1817, 1 vol. in-8% avec carie. — Voy. aussi ; Tableaux de la Naturtt vol. [f.
résenre quelques généralités déduites dé ses prodigieuses recherches. C'est qu'il semble en effet que plus on approfondit la nature, plus on envisage ses produits sous diverses formes, et plus les différences que Ton croyait d'abord si tranchées s'affaiblissent. Aussi ne pouvons-nous mieux faire que de renvoyer le lecteur à cet excellent travail, qu'il consultera avec fruit, et auquel nous emprunterons seulement quelques citations pour montrer à quoi se réduit théoriquement ce que l'on sait aujourd'hui à cet égard. Remarquons d'ailleurs que les considérations de M. Âlph. de Candolle ne portent que sur les plantes phanérogames. Les cryptogames, malgré leur haute importance dans l'économie générale de la nature, puisque, pendant un laps de temps énorme, ils régnèrent presque seuls sur la terre, sont complètement omis, leur étude ne * paraissant pas être assez avancée sous le rapport de leur distribution géographique pour conduire à des résultats de quelque valeur au point de vue où nous devons nous placer. Cette lacune ôte, on le conçoit, à ce livre une partie de l'intérêt qu'il pourrait avoir pour nous.
a La géographie botanique, dit le savant genevois, doit « avoir pour but principal de montrer ce gi/i, dans la dUtri- « buiion actuelle des végétaux^ peut s expliquer par les cou- « dilions actuelles des climats^ et ce qui dépend des condi- « iions antérieures. En lui assignant ce but élevé, elle concourt, « avec l'histoire des êtres organisés fossiles (paléontologie) et « avec la géologie proprement dite, h la recherche de Tun des
* plus grands problèmes des sciences naturelles, que dis-je? ^^^ sciences en général et de toute philosophie. Ce pro-
* «lèrne est celui de la succession des êtres organisés sur le *S'oIje; il est assurément d'un ordre très-élevé(l). »
^^ n'est guère que dans le Livre troisième de l'ouvrage, où 'tuteur traite des considérations sur les diverses contrées de « terirc au point de vue de la végétation qui les recouvre, que c paléontologiste pourra recueillir des faits qui se rattachent
^ ' ^^ographie botanique raisonnée, préface, p. xn, voL 1, 1855*
particulièrement à ses études, surtout à partir de la section 4 du chapitre xxii, où M. de Candolle s'occupe de la comparaison des %ones équatorialeSj tempérées et polaires^ sous le point de vue (les familles dominantes (i).
Ainsi, après avoir mentionné la famille des légumineuses comme dominant entre les tropiques, dans l'ancien comme dans le nouveau monde, où elle se trouve ordinairement, dans la proportion de 10 à i2 0/0, quelquefois 16 (Saint-Thomas des Antilles) et même 17 au Congo, par rapport aux autres phanérogames, puis les graminées, les composées, les orchidées, les cypéracées, les rubiacées, les mclastomacées, les euphorbiacées, les urticées, les scrophulariées et d'autres familles moins importantes, l'auteur remarque que, pour compléter ce sujet, il faut noter l'abondance des fougères, si frappante dans les régions chaudes et humides, surtout dans les iles. Ainsi, à Java, les espèces de cette famille sont égales, en nombre, à 0,16 du chiffre des phanérogames; dans les iles de la Société, le rapport est 0,20; à l'île Maurice, 0,26; aux îles Gallai agos, 0,1 2 ; dansFlle de l'Ascension, 0,08. Évidemment, dans ces iles, les fougères usurpent la place d'une des familles principales de phanérogames, et cela aussi bien par la grandeur des individus que par le nombre des espèces. Dans Tile de Juan Fcrnandez, dans la zone extra-tropicale australe, les fougères dépassent en nombre toutes les familles des phanérogames et les composées aussi, ce qui est très-digne de remarque, ajoute M. de Candolle, cette dernière famille étant une des plus récentes qui ont apparu sur là terre, et l'autre la plus ancienne, au moins dans Thémisphère Nord. Aussi se demande-t-il si les composées n'auraient pas appani d'abord dans l'hémisphère austral, ce que pourrait confirmer leur abondance au Cap, en Australie, dans l'Amérique du Sud et les iles humides d'Auckland et de Juan Fcrnandez.'
De la comparaison des légumineuses, des composées et dos graminées dans les régions boréales et australes, l'auteur con-
(I) Géogr. botanique raUonnée, yoI. Il, p. 1258.
dut plus loin (p. 1240) : 1*^ que les légumineuses craignent surtout l'absence de la chaleur ; les composées, le froid et Tliuraidilc; les graminées, la sécheresse; 2^ que des causes antérieures à Tordre de choses actuel ont amené, dans chaque grande division du globe et dans quelques localités (certaines îles)) une augmentation ou une diminution des chiffres proportionnels des espèces de chaque famille dont le climat de notre époqnc ne rend pas compte.
(P. 1276.) Le nombre des espèces tend à augmenter lorsqu'on s'avance des pôles vers Téquateur, mais il faut faire la part des circonstances locales, telles que la sécheresse, qui, au Sinaï et en Egypte, rend la flore très-pauvre. IV en serait de TRcmedansle Sahara, au Sénégal, et probablement en Perse, dans le Caboul, la Californie inférieure, etc. D'un autre côté, la présence des chaînes de montagnes (Algérie, Inde, Mexique) annule l'effet de la sécheresse naturelle du pays, et il en est de même dans Thémisphère austral.
En comparant Tes grandes divisions du globe, M. de Can- Comparaison dolle s^cxprime ainsi : a Dans l'état actuel des connaissances, principales « il est impossible de coniparer le nombre des espèces dans du^giX*. « l'Amérique septentrionale et dans une étendue égale de Tan- « cien monde, dans l'Amérique méridionale et en Afrique, etc.; « mais le sentiment général des botanistes descripteurs peut « fournir une sorte d'appréciation.
« L'Amérique paraît avoir plus d'espèces qu'une étendue « correspondante de l'ancien monde. Cela s'explique par la di- «reclion générale des chaînes de montagnes du N, au S.,
* direction qui produit, sous chaque latitude, des conditions de
* climat différentes. Evidemment, les Alpes, les Pyrénées,
* l'Atlas, le Caucase, Tllimalaya, qui s'étendent de TE. à l'O., ^ ïic peuvent pas offrir l'immense diversité de conditions phy-
* siques de la chaîne des Andes, qui passe du 58* degré de la- ^ titude N. au 54*" degré de latitude S., en offrant, sous la
* pliipart de ces degrés, toutes les hauteurs possibles entre la « nier et les neiges perpétuelles. La chaîne des AUéghanieset les
* chaînes côtièrcs de la Guyane et du Brésil présentent un peu
(( des mémos avantages dans la partie orientale du continci « américain. On peut dire qu'en Amérique, sous chaque « tude, se trouvent toutes les hauteurs, ce qui est bien loi a d'exister dans les autres parties du monde. A ce point de vi <c très-général, il n'est pas surprenant que l'Amérique soit ph « riche en espèces différentes, pour une surface égale.
« L'Afrique est pauvre en espèces dans toute son étendui « excepte à son extrénfiité méridionale. L'absence de haui « montagnes couvertes de neiges en été, la sécheresse dans 1 « plaines du nord, l'uniformité de conditions physiques dai <i la région équatoriale^ expliquent le nombre assez faible d a espèces dans la plus grande partie de ce vaste continent. A « l'extrémité australe c'est autre chose. L'abpndance extrao:i-— « dinaire des espèces du Cap ne coïncide pas avec des div^x-a sites bien grandes de climats. Les montagnes de cetle'régi <3ii a ne portent pas des neiges perpétuelles; il y a de vastes ét^cm- « dues desséchées, et, sur le littoral, il ne semble pas que l'imu- (c midité et la température varient d'une manière sensible. I^s « Nouvelle-Hollande, qui est, sous ce point de vue, dans des « circonstances analogues , ne présente pas une variété d"^ ^s- « pèces aussi grande. Je croirais donc à une influence an to- « rieure, c'est-à-dire à des causes géologiques, en vertu d^^- « quelles cette végétation du Cap serait la continuation (]*vin« a flore très-riche, d'une flore liée autrefois à une diversité de « climats plus grande qu'aujourd'hui ou à quelque végétation « d'îles et de continents voisins qui auraient disparu, après « avoir exercé longtemps une influence. Peut-être le nombre « de milliers d'années depuis lequel certaines régions ^^ « trouvent hors de la mer, et présentent des conditions de cli- <c mat favorables aux végétaux, est-il la cause qui explique leur (( richesse actuelle quand les conditions de notre époque ne « sufGsent pas? Je laisse aux géologues de discerner laquelle a de ces hypothèses est la plus vraisemblable. 11 me suffit de « leur indiquer les phénomènes de géographie botanique dont « les circonstances actuelles du globe ne peuvent pas rendre a suffisamment compte, d
Les îles ont-elles moins d'espèces, à surface égale, que les Vcgéution conlinenls? Celte question avait été résolue en sens opposé par divers botanistes. M. de Candolle, en la reprenant, considère d^abord les iles rapprochées, soit des continents, soit des grandes iles jouant le rôle de continents, puis les petites îles fort éloignées des terres, et enfin de grandes îles et archipels qui se trouvent éloignés de toutes terres, comme les îles Sandwich, les Açores, la Nouvelle-Zélande, elc. « En résumé, « dil-il, les îles éloignées des terres, excepté celles de la région « boréale, ont moins d'espèces qu'une surface égale, dans des « conditions analogues, sur les continents ou près des centime nents. L'appauvrissement extraordinaire de quelques petites «* îles s'explique en outre, soit par une formation ignée ou c< madréporique, soit par l'absence d'abri contre les venis de « mer ou contre un soleil trop ardent. Dans tout cela, les faits «K s'accordent avec les prévisions du simple bon sens, car on « peut exagérer la facilité de transport des graines à travers •ï rOcéan, mais il faut bien admettre une difficulté quel- « contjue à la diffusion des espèces par cette voie. Il en résulte « que les îles sont exposées à perdre des espèces, comme les « pays continentaux, mais qu'elles ont moins de chances de « les voir se remplacer ou se rétablir par une influence exté- « rieure. »
Le nombre probable des espèces de phanérogames a aussi Nombre provoqué les spéculations du savant botaniste de Genève, mais, ^ de"*^^' 3u lieu de partir des espèces décrites, d'estimer les omissions et i'*»»»»'^^^ lesespèces à découvrir, ou bien de considérer les régions les unes 3près les autres et d'en apprécier, les flores par les collections et autres documents pour arriver a un chilfrc probable de Tensem- Ue, il a pris pour base un mode d'appréciation tout différent. Il avait fait voir que la surface moyenne qu'occupe une espèce de phanérogame est d'environ -^ de la surface émergée du globe ou 45,500 lieues carrées. Or, si l'on considère l'Allemagne comme une région géographique moyenne qui peut être prise comme terme de comparaison, cette région ayant fourni 2Ô0O espèces, les 116 ou 117 régions du globe, dont la sur-
Division
des surfacrs lerrcslrcs
en
régions
naturelles.
face terrestre est de 6,825,000 lieues carrées, donneraient 290,000 espèces de phanérogames ; et, toutes réserves faites, on peut admettre, dit M. de CandoUe, le nombre 250,000 espèces, en conservant à cette dernière expression le sens que lui donnait Linné. Pour se faire une idée de Taccroissement des connaissances botaniques dans cette direction, il suffit de se rappeler qu'en i820 Pyrame de Candolle estimait à 120,000 le nombre des plianérogames de tout le globe.
Après avoir examiné les diverses opinions émises parles botanistes sur la manière de diviser les surfaces terrestres en régions naturelles, Tautcur, opposant ces opinions les unes aux autres, montre que leur discordance ne permet pas de croire qu'elles reposent sur de vrais principes.. « Aussi, ditce il, je tiens les divisions du globe par régions, proposées « jusqu\à présent, pour des systèmes artificiels, en grande « partie. Les règles en sont trop arbitriaires et les régions ob- « tenues ne sont ni semblables dans la majorité des livres, « ni reconnues par le consentement du plus grand nombre des « botanistes. » (P. 1305.) Le chapitre xxvi comprend « mm aperçu des végétations de des végétaux (Uvers poys au point de vue de Vorûjine probable de leurs chaque pays, espèces^ de leuvs genres et de leurs familles. » Ici M. de Candolle invoque les hypothèses émises par Ed. Forbes, en 1815, par M. Ch. Martins, en 1848, et par M. Hooker, sur les migrations des plantes avant 1 ère moderne et par suite de changements dans les climats, les relifffsct la distribution diflerenlc des terres émergées dans l'ouest de TEurope, comme nous le dirons tout à l'heure. Aussi M. de Candolle attend-il beaucoup des recherches géologiques et paléontologiques futures pour décider une partie des questions qui se rattachent à Tcrigine des espèces. Vorigine probable des végétations actuelles considérées an point de vue des genres et des familles qui les corn- ;;o«^i}t lui suggère les réflexions suivantes, qui rentrent dans Tordre des idées que nous traitons actuellement; aussi les reproduirons-nous dans toute leur étendue.
(P. 1536.) « Il est impossible, en effet, dit le savant bota-
Ori};inc
DISTRÎBDTfON DES VÉGÉTAUX. 289
a nislc, de ne pas sentir une influence mystérieuse, inexplica-
a ble, celle de la distribution première des classes, familles,
« genres, espèces, races, en un mot, des formes plus ou moins
a analogues, au moment de leur apparition. Chaque groupe a
« un centre géographique plus ou moins étendu ; chaque
« terre, excepté de petites îles dont les végétaux paraissent
a avoir été détruits par des volcans et des régions qui sont
« sorties récemment de la mer, présente dos formes caracté-
a ristiques. Nous ne pouvons nullement nous figurer un état
tf de choses dans lequel chaque groupe aurait été réduit à un
«t seul individu, et alors même la situation première de Tin-
a dividu aurait entraîné d'immenses conséquences au travers
a des époques géologiques. Qu'on examine un pays ou un
ff autre, une époque ou une autre, ce sont. toujours des mil-
<c liards de végétaux plus ou moins différents qui s'offrent à
« nos yeux ou à notre imagination, et ils sont groupés géo-
a graphiquement, comme ils le sont au point de vue de leurs
abonnes et de leurs qualités physiologiques.
«c En s'exprimant ainsi, j'en conviens, on raconte des faits; a on n'essaye aucuneexplication, même hypothétique. Ce n'est a pas une manière d'avancer. Mais, du moment oii l'on veut « scruter les circonstances particulières de chaque groupe et d de chaque contrée, on se voit relancé dans un champ par a trop indéfini d'hypothèses.
a Les groupes naturels se sont-ils succédé dans un ordre cr déterminé, soit dans le monde en général, soit pour chaque « pays? c'est-à-dire, dans la série des milliers de siècles déjà « écoulés depuis la création de végétaux, les plantes phané- « rogames sont-elles venues après les cryptogames, les dicotf tylédones après les monocotylédones, les composées après a d'autres familles, etc.? Cette évolution a-trclie eu lieu simuler tanémentdans tous les pays, ou sur chaque terre, après une « certaine durée de ses espèces? Telles sont les immenses ques^ c( tiens qu'il est aisé de soulever et impossible de résoudre dans a l'état actuel des connaissances. Le peu de données que l'on « possède contribue souvent à vous faire flotter d'une hyplhèse
« à une outre. Ainsi, quand on voi( des îles comme Juan- « Fernandez et Sainte-Hélène, peuplées essentiellement de deux « catégories de formes, les unes très-anciennes dans le monde « (les fougères), les autres récentes (les composées etlescam- « panulacées) , presque sans intermédiaires, on se demande si la u création des formes végétales aurait été suspendue longtemps « dans ces îles, et si les composées auraient paru dans ces réa gions distantes, comme en Europe, au moment de Tcpoque « tertiaires, par une cause générale et nqn locale (i).
(1) La flore des îles cloigtiées des conlinents, dit M. R. A. Philippi*, oiïre ce caractère parliculier d'âlrc pauvre en espèces et d*en posséder un certain nombre qui lui sônlproprcs. Celte circonslafice est une preuve que Ton peut invoquer à Tappui des centres de création distincts. Les flores primilÎTes des lies très-écartées n'ont pu, en efîel, s'étendre d'aucun côlc pour s'y propager ni recevoir d'accroissement du dehors.
La flore de l'île de Juan-Fcrnandcz, située à 150 lieues à l'ouest delà eôte du Chili, ile volcanique dont l'aKilude maximum atteint environ iOOO mètres, en offre un exemple frappant. Les 157 espèces de^pbnlcs vasculoires qu'elle possède sont réparties dans 43 familles, ce qui donne «n moyenne 5 espèces par famille. La flore correspondante du Chili comprend 5006 espèces, appartenant à 150 familles ou 25 espèces en moyenne. Les fougères de Juan-Fernandez, au nombre de 56, forment les 26,5 0/0 du total de sa flore, les svnanthérées 25 ou 16 0/0, et 10 espèces de gniiniuê€s 7 0/0. Au Chili les fougères ne forment que 5,50/0 au lieu de 26, lessjnanthcrées 21 0/0, les graminées 8,5 0/0, les légumineuses 7,5 0/0. Ces dernières ne présentent qu'une espèce h Juan-Fernandez, et en outre beaucoup de familles du Chili manquent dans cette île.
La prédominance des fougères sur les autres plantes est, comme on la dit, un caractère commun h toutes les îles do l'Océanieet qui justifie bien l'opinion que nous avons sur l'état de la surmce de la terre à l'époque houillère. '
81 espèces de Juan-Fernandez ou plus de la moitié du total n'existent pas sur le continent le plus voisin et sor^t propres h cette ile. 6 de ces e^'ces qui manquent au Chili se retrouvent : 1 à la Nouvelle-Zélande, 1 au Pérou, 1 en Europe (Anlhoxantum odoralum)^ 1 aux Indes orientales avec 2 fougcros.
La proportion des arbres et des arbrisseaux y est très-considérable ; il j en a 50 espèces ou 56 0/0 du total. Des labiées et dos ombellifôrcs arborescentes augmentent Tétrangeté de cette flore, et, ce qui est plus extraordinaire encore, ce sont des chicoracées en arbre (Rea) et des Gunnerawja&\ arborcsceutes. Enfm, l'ancienne existence du bois de santal, que l'on trouTC partout à Télat de bois mort sans qu'il y ait nulle part aiucun pied virant, est encore une particularité botanique de cette ile.
• Ann, des se. naturelles, 4« série, vol. Vil, p. 87; 1857.
« D^un autre côté, en voyant la richesse des formes végétales « dans certaines régions émergées et non dévastées depuis a plusieurs époques géologiques, dans des pays même isolés a ou presque isolés, comme la Nouvelle-Hollande et le Gap, on « est tenté de croire à une évolution régulière de formes de « plus en plus compliquées, sur chaque «surface terrestre, ina dépendamment de ce qui arrive ailleurs. On penche encore a plus vers ce système lorsqu'on voit, en zoologie, que les a espèces éteintes d'une région ressemblent souvent aux espèces « qui ont succédé dans la même région ; que, par exemple, la « Nouvelle-Hollande se distinguait par des marsupiaux, et le « Brésil par des Tapirs, rongeurs, singes, etc. , dans les a époques antérieures comme à la nôtre; que les quadrumanes 9 fossiles d'Amérique ont le système dentaire des quadrumanes « actuels de cette partie du monde, et les quadrumanes fossiles a d'Europe le système dentaire de ceux de l'ancien monde à c( Tépoque actuelle. Enfin, la distribution de certains groupes a dans une partie du monde seulement, comme les stylidiées ff à la Nouvelle-Hollande et pays voisins, les cactacées en Âmé- « rique, etc., et l'extension des groupes caractéristiques d'un a continent sur des iles indépendantes, qui en deviennent en « quelque sorte des annexes, h ce point de vue des genres ou « des familles, comme les Gallapagos de l'Amérique, Sainte- « Hélène de l'Afrique, tous ces phénomènes font présumer une a loi d'évolution ou plutôt de créations locales, selon laquelle a chaque flore ou faune dépendrait, jusqu'à un certain degré, « de celle qui a précédé. Le lien entre les êtres organisés suc- « ccssifs d'une même partie du monde nous échappe, à nous « qui repoussons l'idée d'une transformation d'une famille dans « une autre, d'un genre dans un autre, même d'une espèce « véritable dans une autre (p. 1U93 et suivantes); mais l'étude « des faits géographiques et paléontologiques nous ramène à « l'idée d'un lien, c'est-à-dire d'un rapport de cause à effet entre « les êtres organisés d'une époque dans une région et ceux qui « ont suivi dans la même région, à moins que, par des circon- ^ stances locales, ils n'aient été importés de régions voisines.
293 fiPOQUE MODERNE.
a En définitive, la loi primordiale des fails est dans la créa- « tion et dans la distribution première des groupes qui ont a paru successivement; les modifications secondaires viennent « des communications et séparations de surfaces terrestres ou « des altérations de climats qui ont pu avoir lieu, à la suite c( d'abaissements et d^élévations des terrains, pendant la série a immense des événements géologiques.
« La marche régulière de la science devrait être : l'* de cona stater au moyen de la distribution géographique des groupes « et de rinfluencc des conditions extérieures, ce qui s* explique a par les circonstances actuelles; 2^ de chercher dans les autres c( phénomènes ce qui peut s'expliquer par des causes seconc( dairesdans chaque partie du monde et h chaque époque; « y de déduire de là ce qui constitue la loi principale de suca cession et de distribution géographique des êtres organisés.
c( Je me suis efforcé dans cet ouvrage d'étudier le premier « point, en ce qui concerne les végétaux. Le second dépend a du progrès graduel de la géologie et de la paléontologie. Le a troisième est le dernier mot de la science, qui ne sera peuta être jamais prononcé, à cause de Tinsuflisance de nos moyens c( d'observation et de Tarrivée tardive de Thomme sur le « théâtre des phénomènes qu'il voudrait comprendre et explic< quer. »
Conclusion Enfin nous reproduirons encore les Concbmons générales de M. de Candolle, qui complètent le tableau des faits botaniques actuels en se coordonnant d'une manière heureuse avec les données géologiques etpaléontologiques les mieux constatées aujourd'hui.
(P. 1539.) «( La végétation actuelle est la continuation, au a travers de nonibreux changements géologiques, géograc< phiques, et plus récemment historiques, des végétations t< antérieures. La distribution des végétaux, à notre époque, « est donc intimement liée à l'histoire du règne végétal.
« Heureusement, pour expliquer les faits actuels, il n'est « pas nécessaire d'adopter une opinion sur les hypothèses les ft plus obscures de la cosmogonie et de la paléontologie, par
générale.
f( exemple, sur le mode de création des espèces, sur le nombre . « des individus de chaque espèce à Torigine et sur leur distrio bution primitive. La géographie botanique peut indiquer u certaines probabilités, appuyer certaines théories à cet égard ; B mais les circonstances principales de la distribution actuelle « des végétaux dépendent de causes moins anciennes et moins « obscures. Il suffit pour les comprendre d'admettre, ce qui « est probable d'après un ensemble de faits et de raisonnc- « menls, que les êtres organisés de différentes formes hérédi- « taîres (classes, familles, genres, espèces, races) ont paru en « différentes régions à des époques variées, les plus simples « probablement les premiers, les plus compliqués ensuite; que « chacun de ces groupes a eu communément un centre primitif ^ d'habitation plus ou moins vaste; qu'il a pu, pendant toute
* Ja durée de son existence, devenir plus commun ou plus
* «"are, prendre une habitation plus étendue ou plus restreinte, « selon la nature physiologique des plantes qui le composent, ^ 'es moyens de propagation et de diffusion dont elles sont « douées, l'absence ou la présence d*animaiix quHes attaquent, *< la forme et l'étendue des surfaces terrestres, la nature des ■ climats successifs dans chaque pays et les moyens de trans- « ports qui résultaient de la position des mers et des surfaces « terrestres; que beaucoup de ces groupes ont cessé d'exister,
* ^ndis que d'autres ont paru, en nombre supérieur, du moins ' ^1 l'on compare l'époque actuelle avec les époques les plus
* anciennes ; enfin , que l'époque géologique récente, dite " ^'^aternaire (celle qui a précédé Texistence de l'homme en
* Europe et qui a suivi les derniers soulèvements des Alpes), *^ duré plusieurs milliers d'années, pendant lesquels des
* changements géographiques et physiques importants sont
* arrivés en Europe et dans quelques pays voisins, tandis que
* ^ autres régions de la terre ne changeaient pas ou éprou-
* baient d'autres modifications.
^ Ces principes de géologie et de paléontologie réduits,
* Comme on voit, à des termes très-généraux et bien peu con-
* ^^stables, suffisent pour expliquer les faits de géographie
294 ËrOQUE IIODERNË.
a botanique, ou du moins pour donner la nature de Texplica- <t tion, que les progrès de plusieurs sciences devront ensuite. « compléter.
« Les phénomènes les plus nombreux, les plus importants, c( et quelquefois les plus bizarres de la distribution actuelle « des végétaux s'expliquent par ces causes antérieures ou par « une combinaison de ces causes antérieures et de causes plos a anciennes, quelquefois primitives. Les causes physiques et a géographiques de notre époque ne jouent qu'un rôle très- « secondaire. J'ai montré qu'en partant du fait originel, ima possible à comprendre, ou plutôt à expliquer, de la création a de chaque forme dans un certain pays, à une certaine époque, (( on peut ou Ton doit expliquer principalement par des causes a subséquentes, antérieures à notre époque : V l'aire (ou surce face d'habitation) fort inégale des familles, genres et espèces c( (chap. vn, p. 474) ; 2"* la disjonction d'habitation de quelques « espèces (chap. x, p. 993); 3** la distribution actuelle des « espèces d'un même genre et d'une même famille dansl'ha- « bitation du genre et de la famille ; 4** les dissemblances de « végétation entre des pays maintenant analogues de climat ou c< rapprochés sans être contigus, et les ressemblances entre « des localités ou des pays fort éloignés (chap. xxvi, p. 1310), a sans communications possibles aujourd'hui.
« Les seuls phénomènes qui s'expliquent au moyen des c( circonstances actuelles sont : 1^ la délimitation des espèces, a et, par conséquent, des genres et des familles, sur chaque 0 surface terrestre où elles existent ; 2** la distribution des in- « dividus d'une espèce dans le pays qu'elle occupe; 3* l'ori- « gine géographique et l'extension des espèces cultivées; 4Mes (( naturalisations d'espèces et le phénomène inverse d'une i^ « reté croissante; S"" les disparitions d'espèces contemporaines « de l'homme.
a On le voit, les causes primitives et antérieures à nous sont a encore prépondérantes; mais l'activité croissante de l'honiffic a les efface tous les jours, et ce n'est pas un des moindres mé- (c rites de notre civilisation moderne de constater une multi-
a liidc de faits, dont nos arrière-ncveiix n^auront plus de c preuve matérielle visible. »
Les explications que nous venons de voir M. de Candolle Hypoih*>e emprunter, sans discussion bien approfondie, aux idées théoriques d'Ed. Forbes, sur la présence de certaines formes végétales actuelles dans les Iles Britanniques comme Tavait fait aussi M. Wallich [antè, p. 277), nous engagent à reproduire ici noire analyse du travail du savant naturaliste anglais, laquelle, pour d'autres motifs, eût été mieux placée à la description du terrain quatemaire,'^ ainsi que nous Pavons dit dans le second volume de V Histoire des progrès de la géologie. Nous suivrons la marche que l'auteur a adoptée, en distinguant toulefois des résultats de Tobsenation directe que nous sommes tout disposé à admettre quelques considérations qui nous paraissent de nature à soulever des objections sérieuses.
< En supposant la diffusion des êtres de certains centres « primitifs, Ed. Forbes pense que les agents ordinaires de « Iransport tels que les cours d*eau terrestres et les courants « marins, les vents, les animaux, et, en dernier lieu, l'influence « de riiomme, ne suffisent pas pour rendre compte, dans le « pins grand nombre des cas, de la ressemblance de certaines « flores locales très-éloignées aujourd'hui les unes des autres; « aussi s'est-il proposé de démontrer qu'il y avait eu autrefois, « entre ces diverses régions, des communications successive- « ment établies par des oscillations du sol, puis rompues en- « suite, ce qui n'est d'ailleurs que le développement de l'idée
• « ^h formulée par M. Wilson.
« Les végétaux des Iles Britanniques se groupent en cinq « flores distinctes, dont quatre sont concentrées dans des pro- ^ vmccs déterminées, et la cinquième, qui occupe exclusive- « ment une grande surface, s'étend aussi plus loin en se mêlant
• " avecles quatre autres. La première de ces flores est la plus
* restreinte et se trouve confinée dans les districts montagneux
* Je l'ouest et du sud-ouest de l'Irlande. -Elle est caractérisée
* par des espèces peu fécondes, cl le point le plus rapproché
* de l'Europe, d'où elle semble provenir, serait le nord de
« TEspagne. Il ne parait pas y avoir de faune ou d'association « d'aîûmaux correspondant à cette flore.
(( La seconde flore, celle du sud-est de l'Irlande et du sud- « ouest de l'Angleterre, comprend un certain nombre d'espèces « qu'on ne trouve point ailleurs dans les Iles Britanniqi»^; a mais elle est dans un rapport intime avec c«lle des îles de la a Manche et des parties voisines de la France. Quelques coa quilles terrestres afîectent une distribution correspondante.
a Dans le sud-est de l'Angleterre, où la craie est particua lièrement développée, les végétaux de la troisième flore « montrent un grand nombre d'espèces communes à ce district a et aux côtes opposées de la France. Les caractères de la faune « entomologique sont en rapport avec l'existence de cette flore, a et il en est de même des coquilles terrestres conGnées à ce « district, ou s'étendant très-rarement au delà.
« Les plantes des montagnes d'Ecosse, qui composent h « quatrième flore, sont peu nombreuses au sud, dans le Kora thumberland et le pays de Galles, mais elles sont toutes idcn- « tiques avec celles des chaînes du nord, telles que les Alpes a Scandinaves, où Ton trouve en outre associées avec elles des « espèces qui ne se montrent point dans les Iles Britanniques, a Les formes alpines diminuent progressivement du N. au S , (( et la même distribution paraît exister pour la faune de la rc« <( gion montagneuse.
« Enfin la cinquième flore, soit seule, soit associée aux « autres, est identiquç avec celle de TEurope centrale et occidcn- « taie ou flore geimanique, et la faune qui l'accompagne dirni- « nue en s'avançant vers le N. et vers l'O.
« Ce n'est qu'après le dépôt de l'argile de Londres ou du a terrain tertiaire inférieur que les migrations des plantes et « des animaux dont on vient de parler peuvent avoir com- « mencé, la températitfe ayant auparavant favorisé le déve- « loppement d'êtres organisés très-différents. Ces migrations « doivent aussi avoir- eu lieu avant l'apparition de riiomme, « car les tourbières, composées de débris des vastes forêts, a qui, pendant les temps historiques les plus reculés, occu-
« paient une grande partie de la surface actuelle des Iles Bria lanniques, recouvrent les marnes d*eau douce avec Cervus « megaceroSy etc., lesquelles surmontent à leur tour les dépôts « tertiaires pleistocènes formant le lit soulevé de la mer lors «de Isi période glaciale (i) .
cr Pendant l'époque quaternaire (post-pliocène) , la plus « grande partie de la flore et de la faune des Iles Britanniques « énnigra du continent sur ce lit élevé de la mer glaciale, « Les animaux, comme les végétaux des types germaniques, « montrent, par leur distribution dans Test de l'Angleterre, « aussi bien que par leur rareté à mesure qu*on s'avance vers «rO. et leur absence en Irlande et en Ecosse, la réalité du « point de départ qui leur est assigné.
« La quatrième faune émigra du nord, pendant Yépoque
9 glaciale^ lorsque l'Ecosse, le pays de Galles, une partie de
« l'Irlande et certains groupes d'îles étaient entourés de glace.
« La mer était alors beaucoup plus étendue, et les montagnes
« actucHcs n'étaient que des îles sur les côtes desquelles fleu-
« lissaient les plantes d*un caractère sub-arctique. Lorsque le
« fond de la mec fut soulevé, ces îles devinrent des montagnes,
« «ne nouvelle population de végétaux et d'animaux occupa
« celte surface nouvellement émergée, et les plantes de V époque
^ i^ociale se maintinrent dans la partie élevée des montagnes.
« Dans ce qui précède, le savant zoologiste anglais n'a point
^= tenu compte du fait le plus certain de l'époque quaternaire,
" ou plutôt i{ semble avoir pris la période des glaces pour
• celle de la faune arctique; mais le phénomène des stries a
* dii se produire dans le moment des grandes glaces supposées, '^ ^t il est antérieur à la flore et à la faune arctiques. Alors les ■ terres étaient plus élevéas qu'elles ne l'ont été pendant " ' existence des coquilles arctiques, oii un abaissement mit ^ sous l'eau les stries et les surfaces polies qui avaient été " feites au-dessus. On conçoit difficilement que les végétaux
(') Dans tout son travail, Ed. Forbes regarde comme démontrée Teiis* ^ce d'une période de glaces.
« aient pu se propager au loin, soit lorsque tout le pays ét-^i « sous la glace ou la neige, soit lorsque ensuite il a été recou « vert d'eau en très-grande partie. Dans l'un et Taulre cas, les c( circonstances devaient cire peu favorables à de telles mi^ra- « tiens. L'hypothèse de Forbes se trouverait donc en con- « tradiction avec les déductions les plus probables, savoir, que « les terres étaient plus élevées pendant la formation des stries « que pendant le dépôt des coquilles arctiques dont le soulèvc- « ment résulte d'un troisième phénomène postérieur aux deux « autres, et rien ne prouve que depuis lors le fond de la mer « ait été plus à découvert qu'il ne Test aujourd'hui.
c( Comme le sud de l'Irlande et de l'Angleterre, continue « l'auteur, n'étart point submergé pendant Tépoque glaciale, « les trois autres flores ont pu y venir avant, pendant ou après « cette époque. La troisième, qui est la plus étendue, occupa « la surface crayeuse du Kent, circonstance d'ailleurs fortuite, « quant à la nature du sol, car elle n'est pas essentielle à « l'existence des espèces. Ces végétaux venaient du nord-ouest « delà France, et la formation du détroit marquerait l'insUint « de leur isolement. Si, comme cela est probable, la rupture (c des couches a été effectuée avant la destruction de la grande a plaine germanique qui favorisa la migration de la cinquième « flore, nous pouvons, dit Forbes (p. 546), regarder la flore du « Kent comme très-ancienne, et peut-être même antérieure à h « seconde, celle du Cornouailles, du Devonshire,du sud-est de a rirlande, des îles de la Manche et de l'ouest de la France, a laquelle a un caractère plus méridional que la troisième.
« Nous avons déjà vu que les données géologiques etzooloet giques se réunissaient pour placer la séparation de l'Anglt*- I « terre du continent à l'époque de la destniction de la faune « des grands mammifères, c'est à-dire à la fin du phénomène « qui accumula le dnft^ ce qui s'accorderait pesu avec l'ancien- « neté que M. Forbes attribue à celte rupture, relativement a « une plaine émergée dont rien, géologiquemcnt, hydrogra- « phiquemcnt ni orographiquement, ne nous révèle Texistcnce*
« Les caractères géologiques des districts occupés par '^
a seconde flore sont en rapport avec les restes d*une grande « barrière détruite qui marquait aussi la limite sud de la mer « glaciale. Mais quelle est cette grande barrière invoquée par a Tauteur? Serait-ce la chaîne de collines des North-Down, a dont nous avons déjà parlé? En outre, la limite septentrionale a de la deuxième flore, représentée par une teinte rose sur la « carte, pi. vi, ne coïncide certainement avec aucun caractère a physique ni géologique du sol de la France et de TAngle- « terre. Le bord de la mer glaciale n'est point en rapport avec a celle limite supposée, car, sauf l'exception que nous avons a signalée, le phénomène erratique du nord ne se voit point « nettement au sud d'une ligne tirée de l'embouchure de la a Tamise à Dusseldorf. L'examen comparatif du relief, de la c disposition et de la puissance relative des dépôts tertiaires et c plus récents, tels que nous les avons déjà recherchés, et tels a que nous les indiquerons ci-après plus complètement, ne « nous paraît donc pas justifier les suppositions de Forbes.
a La première flore, celle de Touest de l'Irlande, renferme « des plantes propres à la grande péninsule de l'Espagne et du « Portugal, et principalement aux Asturies, ou qui y sont trèsa répandues, et, comme sa présence ne peut être expliquée « par des courants marins ni aériens, pour les premiers à cause « de leur direction et pour les seconds à cause de l'espèce des « graines transportées, le savant naturaliste admet qu'à une o époque plus ancienne que celle des flores précédentes il y a avait une relation géologique (geological union), ou un voia sinage très-rapproché de Touest de l'Irlande avec le nord ce de l'Espagne, et que la flore des terres intermédiaires était a le prolongement de celle de la péninsule. Enfin la destruc* « tion de ces terres serait antérieure à la période glaciale.
« Après avoir rappelé les caractères de la faune tertiaire « moyenne (miocène) (p. 548), en supposant la communication ff de la Méditerranée avec l'Océan, entre Montpellier et Borm deaux, ce dont nous n'avons encore aucune preuve, tandis « qu'il existe des raisons négatives du contraire, Forbes dit H que ce n*est pas à ce moment qu'il place la jonction des
« Asturies et de Hrlande, mais qu'ayant observé dans laLyoîc « des dépôts tertiaires moyens à 1800 mètres d'altitude, le lit « de cette grande mer miocène semble avoir été uniforméinont « élevé dans le centre de la Méditerranée et l'ouest de TEuc( rope, ce qui, suivant toute probabilité, a dû être l'époque a du rapprochement des Asturies et de l'Irlande. Ici encore, « nous regrettons de ne trouver ni dans l'orographie actuelle « de celte partie de l'Europe, ni dans les caractères slratijra- « phiques des dépôts, non plus que dans les formes que l'on « peut attribuer aux anciens bassins tertiaires par la direction « des couches, rien qui conGrme l'existence de cette surface. « émergée. Le prolongement possible de certaines portions de (c terre vers l'O., telles que les pointes du Cornouailles el de « la Bretagne, ne donne aucune probabilité pour uneémersion « aussi générale que celle qui est supposée. L'exemple cité c( sur les pentes du Taurus est purement local et n'est point <( applicable à l'ouest de l'Europe, où les coucher tertiaires (« moyennes marines ne dépassent pas 150 mètres d'altitude, « et cela depuis le Norfolk jusqu'au pied des Pyrénées, comme a en Espagne, en Portugal et aux Açores. 11 faudrait admelire « en outre un abaissement subséquent dont Forbcs ne parle pas, « non plus que de l'époque à laquelle il aurait eu lieu. Quant 0 à l'argument fort ingénieux tiré du grand banc de fiicus de « l'Atlantique, il repose sur une connaissance trop inconi- « plète encore du fait lui-même pour être d'une valeur réelle* « Au point de vue botanique, peut-être eût-on désiré de a voir démontrer d'abord que les circonstances extérieures a sous lesquelles vivent aujourd'hui les cinq flores de la Grande- « Bretagne, telles que la latitude, l'altitude, la température, « les vents, 1 humidité ou la sécheresse, l'exposition, la nature « du sol, le plus ou moins d'éloignement de la côte, etc., etc., a sont tout à fait insuffisantes pour expliquer leurs divers ca- « ractères ; or, cetle partie importante de la question ne seno W^ a pas avoir été abordée par Ed. Forbes. La géographie des plan- « les, telle qu'elle a été fondée par son illustre auteur et telle « qu'elle est étudiée par ses continuateurs, entre autres p^^ ,
DISIRIBUTION DES VÉGÉTAUX. 301
«M. Cl). Marlins et M. Alpli. de Candolle, n*estpas une spc- «culalion abstraite; c'est la conséquence d'une multitude' de « circonstances physiques dont il faut apprécier Timportance « rclalive. On sait en outre que les plantes ont des circonscri- « plions géographiques 1res -différentes; ainsi, il y en a que Ton « rencontre sur des étendues de 25*" en latitude el sur de beau- « coup plus considérables en longitude, tandis que d'autres n'oc-
* cupent que des zones extrêmement restreintes dans les deux «sons; ii eût donc été utile d'étudier sous ce rapport les cinq « Oores anglaises. Le rayonnement des plantes d'un centre n'est « p^s non plus bien prouvé, et l'on peut se demander, par « exemple, quel est le centre originaire d'où auraient rayonné « les espèces communes à l'Amérique du Nord et à l'Europe «occidentale. Cette idée nous paraît d'ailleurs avoir été pré- « senlce d'une manière plus philosophique par M. A. Richard, « lorsqu'il a dit : a Peut-être un examen plus attentif prouve- « raiuil que ces points de départ, dont le nombre, quoique « assez grand, est cependant limité, correspondent à des épo- « qnes diverses du soulèvement des différents points de la «surface du sol(l). »
« Ed. Forbes établit plus loin (p. 350) que l'identité spécifi- " *li*o, sur une certaine étendue, de la flore el de la faune d'un
* pays avec celles d'un autre, dépend à la fois de ce que les ^ pays font ou ont fait partie d'un même centre spécifique, ou
* "ien de ce qu'ils ont tiré leurs animaux et leurs végétaux par
* ^»*ansmission, au moyen de la migration sur une terre con- ' ^inoe ou très-voisine , migration favorisée, dans le cas des
* flores alpines, par le transport sur les glaces flottantes.
* l-'identité de la flore alpine du centre de l'Europe avec celle
* "G l'Asie centrale est aussi attribuée à l'époque glaciale et
* ^'>x phénomènes qui s'y sont produits; mais à cet égard on " ^^ possède pas de preuves géologiques plus positives que ^ pour plusieurs des assertions précédentes, et*rien ne conslîrie ^ que la mer de l'époque glaciale se soit étendue jusqu'au
'm Nouveaux Éléments de botaniquCy p. 525, in-8. Paris, 1846.
ZOr ÊPOQUK MODERNE.
« centre de l'Asie. On sait que les blocs erratiques et les stries a n'ont encore été signalés ni dans l'Oural, ni dans rAltaï, et « à plus forte raison au sud de ces chaînes et dans les castes a plaines qui les séparent.
c( Les dépôts argileux avec blocs et lits de coquilles arctiques « seraient, d'après l'auteur (p. 552), contemporains de la Dore « venue du nord, ce qui justifie notre observation précédente, « car ces dépôts se sont formés après les grandes glaces, alors « qu'il y avait moins de terres émergées qu'aujourd'hui. Puis «( il recherche la distribution des mollusques qui vivent actuel- « lement sur les côtes des Iles Britanniques et les suit dans « les mers éloignées où ils ont des représentants. Il fait voir c( que les animaux rayonnes ont une distribution analogue à « celle des mollusques ; et, quant à Thistoire de cette (aune « considérée dans son ensemble, il est porté à penser qu elle « peut avoir eu quelques représentants dès l'époque crétacée « et dans la période tertiaire inférieure ; mais ce n'est que dans « la période tertiaire moyenne que les analogies deviennent « réellement remarquables.
« Nous avons cru devoir discuter quelques-unes des hypo- « thèses émises par le savant naturaliste anglais, parce qu'il « nous a paru nécessaire de faire sentir les inconvénients qu'il « y avait à vouloir rendre compte de faits encore inexpliqués « dans une science (la géographie botanique), en empruntant (c à une autre science (la géologie) des suppositions créées a pour ainsi dire en vue de ces explications mêmes, et qui ne « sont point suffisamment justifiées. Nous sommes loin de « penser que ces aperçus si ingénieux ne puissent mettre sur « la voie de découvertes intéressantes et même que plusieurs « d^entre eux ne soient fondés ; mais, nous le répétons, les a preuves tirées de la géologie ont besoin de s'appuyer sur des « données plus certaines que celles qui ont été invoquées (!)• »
(1) Hisloire des progrés de la géologie, vol. II, p. 128-157; 1848.