‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 33 sur 78 · CHAPITRE, V · texte numérisé non relu

CHAPITRE, V

Dans le chapitre précédent nous avons considéré les animaux et les végétaux dans leur répartition actuelle à la surface du globe eC nous avons cherché à nous rendre compte deâ causes de cette distribution ; dans celui-ci nous étudierons Timportance relative du rôle que jouent les diverses classes d'être organisés pour former, par l'accumulation successive de leurs détritus, des couches d'une épaisseur plus ou moins considérables. Ces deux sujets sont donc parfaitement distincts, mais ils sont tous deux égalementimportantspourlesnombrcuses questions île paléontologie généraleet particulière qui viennent s'y rattacher.

Il n^est pas nécessaire de suivre, dans Texamen des sujets que nous avons à traiter actuellement et qui se rapportent au terrain modernCy Tordre du Tableau de la classification de ce terrain, que nous avons donné (antè, p. 156). Ces sujets s'y trouvent très -naturellement liés par les faits géologiques auxquels ils se rattachent, tandis qu'ici, en faisant abstraction de ces faits, ils^ se trouveraient rapprochés sans motifs , sans liaison apparente , et par conséquent d'une manière qui ne s'expliquerait pas. Nous avons donc préféré une disposition plus simple, et qui s'explique d'elle-même : c'est de considérer les êtres organisés de chaque classe suivant leur importance dans la composition des couches sédimentaires. Nous traiterons ainsi successivement dans ce chapitre : 1*» des mollusques ; 2** des polypiers; 3** des radiaires, des annélides et des crustacés; dans le chapitre VI des rhizopodes et des

infusoires ou des organismes inférieurs; et dans le chapitre des végétaux.

§ 1. l>6p6U ooquilHen moderne**

Les restes d'animaux morts provenant de mammiter d'oiseaux, de reptiles et de poissons, les coquilles de mr »1-

liisque^s céphalopodes ou pélasgiens, les acalèphes, les Ap — i î-

sies, les radiaires stellérides, etc., tous les corps flottan^^l-^, en un mot, ne peuvent, dans aucun cas, se déposer naturellK^^ment dans les mers profondes ; car si, au moment même de la mort, quelques-uns d'entre eux se trouvaient plus pesar^Hit^ que le liquide ambiant, les gaz,. qui ne tardent pas à se déiR — ^lopper par suite de la putréfaction, les soulèveraient bienB-^ât et les feraient flotter, de manière que ces corps puiss^!^«:il cire apportés par les marées sur le littoral où le mouvem«^^M^t des vagues les dépose et les accumule. Suivant les caraclcKT^^^s de la côte sur laquelle ils échouent et suivant leur nature p^r^oprc, ils seront conservés ou brisés, et enveloppés dans les s^^^ dinients que ces mêmes vagues y stratifient.

Les plages sableuses, vaseuses, basses ou très-peu in«=^I*nées des golfes tranquilles, sont les conditions les plus favo-:**^* blés à la conservation des débris organiques accumulés airm^*> tandis que les côtes plus ou moins abruptes, rocheuses, co^t^* posées de galets, de cailloux, exposées au choc des vagues sc:^^*" levées par les tempêtes, ne conservent que peu de traces ^^^ débris organiques que la mer y apporte.

Quant aux crustacés, aux annélides tubicoles et arénicol^^» aux mollusques fixés ou sédentaires, aux échinides et aux ^^' lypieiSs, qui vivent sur le fond même de la mer, et le pï ^ grand nombre d'entre eux à une faible distance du rivage -» * n'y a point de raisons pour qu'ils soient emportés dan& *^ haute mer. D'un autre côté, la plupart des causes physique» ^^^ mécaniques qui contribuent à la formation des sédimei^^^J telles que la destruction des roches du littoral et les matièï"^^

DÉPOTS COQOILLIERS MODERNES. 305

tenues en suspension dans les eaux des fleuves et des rivières qui se rendent à la mer, se produisent aussi à peu de distance des terres émergées. On voit que-tout concourt à ce que les restes organiques les plus abondants soient rapidement enfouis. De la sorte les causes tant organiques qu'inorganiques les plus efficaces pour la formation des dépôts de nos jours se trouvent généralement réunies non loin des côtes des continents et des îles.

Les coquilles qui vivent dans la vase même ou dans le sable, telles que les Soleiij les Lavignons, les Myes, et mieux encore les coquilles perforantes ou lithophages, telles que les Pholades, les Gastrochènes, les Saxicaves, etc., ne courent aucune chance d'être déplacées après la mort de Tanimal. Les mollusques sédentaires, fixés ou non, peuvent périr soit par Tâge, soit par suite de sédiments meubles que des coups de vents ou de fortes marées étendraient momentanément sur remplacement qu'ils occupent. Des bancs d'Huîtres, par exemple, ont été détruits par cette cause. D'autres coquilles, après la moirt de leurs habitants, sont enlevées par les vagues, poussées sur la côte avec le sable lors des grandes marées, et s'y accumulent péle-méle avec les débris de roches et les cailloux arrangés dans Tordre de leur pesanteur spécifique. Les coquilles peuvent alors se conserver d'autant mieux que, soit au-dessus, soit au-dessous du niveau moyen des eaux, elles sont plus exactement soustraites à l'action de l'air. Ces résultats varient d'ailleurs à chaque pas suivant la nature de la plage, son relief, 1a forme et la composition de la côte, sa direction par rapport a celle de la lame, celle des vents dominants, des courants, etc.

En général les dépôts coquilliers stratifiés par le balancement des vagues et des marées, et qui demeurent submergés, présentent les restes de corps organisés, surtout ceux d'une assez grande dimension placés à plat suivant les lois de la pesanteur. Il n'en est pas de même des accumulations dont nous venons de parler le long du littoral, au-dessus du niveau qu'atteignent les marées ordinaires ; les coquilles y sont entassées péle-méle dans toutes les positions.

Dans les eaux tranquilles ou peu exposées au mouveincnl des tempêtes ou aux grandes marées, il pourra y avoir une accumulation considérable, pendant un laps de temps fort long, de tous les restes de crustacés, d*oursins, de coquilles^ de bryozoaires, d'annélides, de polypiers et de rhizopodes, qui auront vécu sur le fond, remplis ou entourés par le sable ou la vase après la mort des animaux, et ils passeront de la sorte à Tétat fossile, sans cbangement notable dans leur position respective.

Les dépôts coquiliiers qui se forment ainsi de nos jours se Jient intimement, ou mieux ne sont qu'un cas particulier des alluvions sableuses, des deltas, des dunes, des bancs et des plages de galets qui bordent partout les terres émergées. D'un autre côté, il est souvent assez difficile de séparer nettement les dépôts modernes ou de la période actuelle de ceux que nous rangeons dans la période précédente ou quaternaire, d'abord parce que le plus grand nombre des espèces sont communes, et ensuite parce que des phénomiînes de soulèvement des côtes ayant certainement eu lieu de nos jours, Télévalion d'un dépôt littoral au-dessus du niveau actuel des mers n'est pas non plus un critérium certain. Les dépôts de transports diluviens proprement dits épars à la surface des continents et les dépôts lacustres qui les accompagnent parfois nous présenteront moins d^incertitude à cet égard que les atterrissements des côtes. Aussi ne citerons-nous qu'un petit nombre de ceui-ci, qui, par divers motifs, semblent devoir être rapportés à Tépoque moderne.

Sur les côtes d'Islande, des dépôts coquiliiers modernes ont été signalés, et sur la côte nord du Cornouailles, de la Bèth^ cite une roche composée de sable et de débris de coquilles cimentés par de l'oxyde de fer. Elle résulte, comme les duneSi de sables transportés parles vents, et a même, comme celles-di cnglouli des villages entiers que des fouilles ont fait retrouver avec les ossements des cimetières et d'anciennes monnai^^»- Cette roche est tellement solide qu'à New-Kay la falaise qu'^***^ constitue a été creusée, sur divers points, pour y abriter^

DÉPOTS COQDILLIERS MODERNES. 307

bateaux. Elle a été exploitée pour la construction de l'église de Crantock, et elle s'étend sur une longueur de plusieurs milles dans le bois de Fistrel (Quintrel?)

En France, sur les côtes du Calvados, entre Dives et Tembouchure de TOrne, on remarque, de distance en distance, des blocs d'un poudingue composé de cailloux et de coquilles, revêtues encore de leurs couleurs, et réunies par du carbonate de chaux provenant en partie sans doute des débris triturés de quelques-unes de ces coquilles.

Les buttes coquillières de Saint-Michel en THerm, sur la côte de la Vendée, composées principalement à*Ostrea edulis^ avec quelques Myiilus edulis^ Pecteti^ Bucdnum undatum, etc., mélangées de sable, et dont l'élévation maximum au-dessus du niveau de la mer est de 15 mètres, et le développement en longueur de 900 mètres, ont été rapportées à la période actuelle. Il est vrai que les ossements humains qu'on y a découverts paveissent avoir été ensevelis postérieurement à leur formation, et que, d'un autre côté, des recherches plus récentes encore les ont fait attribuer à d'anciens travaux de défense qui remonteraient au neuvième siècle (l). ' Sur la côte orientale de l'ile de Corse, dans la partie nordest de l'étang de Diane, situé au nord de l'embouchure du Tavignano, et qui communique avec la mer, M. Aucapitaine (â) signale une île de 350 mètres de circonférence, et atteignant 25 mètres au-dessus des eaux environnantes, .entièrement composée d'Iluitres (0. edulis et lamdlosa)^ sans aucune apparence d'autre roche, et qui se prolongent sous les eaux autant que la vue peut s'étendre. L'examen attentif de toutes les conditions de ce dépôt ne permet pas à l'auteur de supposer qu'il puisse être dû à unô cause artificielle.

Aux environs de Naples, M. A. Philippi(3) a décrit lesco-

(1) De Quatrefages, Bn^/. Soc, géd. de France, 2' sér,, vol» XIX, p. 933; 4862.

(2) Comptes rendus de i'Acad, des sciences, vol. LIV, p. "810, 1037 et 1065; 1862. - BulL Soc. géoL de France, 2* »ér., yoI. XX, p. 57; 1862.

(3) NeueS'Jahrb. 1837, p. 285.

quilles sub-fossiles de Pouzzoles et d'Ischia, dont toutes les espèces vivent dans la Méditerranée, à l'exception du dlflodonta dilatataj qui est de la mer Rouge. Des dépôts modernes solidifiés sont cités depuis longtemps par Spallanzani, sur les côtes de Sicile, près du gouffre de Charybde; c'est le grès de .Meâsine, équivalent de celui de Livourne, qui a aussi clé rapporté avec plus de raison peut-clre à l'époque quaternaire. Non loin de Venise, au fond de l'Adriatique, est un grès coquillier, à gros grains, consolidé par du carbonate de chaux.

En Morée, le long des îles d'Ipsili et d'IIydra, suivant Boblaye, des fragments de poterie sont reliés aux cailloux par un calcaire spathique. On observe de semblables dépôts sur l«s côtes de TAchaïe, surtout près de Maratonisi, et en génér^^ sur les points où la mer est le plus agitée. Dans Pile de Rhod^^^î un dépôt analogue a montré aussi des fragments de poterS <• M. de Verneuil (i) indique en Crimée un dépôt coquillier tr&^smoderne, qui se continue peut-être encore, et ne renferr^^^^ que des coquilles vivant toutes dans la mer Noire. Sur I ^^ côtes de la Caspienne M. Felkner (2) décrit des accumulatio ^s semblables, composées de conglomérats, de grès et de sabl ^1 des calcaires et des dépôts de sel et de coquilles brisées (Caf ^• diumrusticum^ C. trlquetrum^ Myaedentula^ Mytilus poltjm(^^' phus). Sur la côte de Jaffa, prés Saint-Jean-d*Acre, un grèsc^quillier à gros grains, solidifié par du carbonate de cha» x, forme des récifs dangereux, et toutes les coquilles sont cell^ qui vivent sur le littoral.

La disposition et le mode de formation des bancs de sable et de coquilles, sur les plages du Farsistan et du Khousistan, ceux des côtes, à l'est d\\yac, et les sédiments modernes du delta de la Susiane, qui recouvrent le terrain tertiaire des Apennins de la Perse, ont été décrits par M. Ainsworlh (3).

Les roches qui entourent le golfe de Suez ont aussi été re-

(i) Mém. Soc. géol. de France, 1" série, vol. III, p. 10; 1859. (2^ Ann.duJiourn. des mines de Hmsie, vol. V, p. 545; 1858. (3) hesearches in Assyria, etc., in-8'; 1858.

DÉPÔTS COOUILLIERS MODERNES. 309

gardées par Newbold(i) comme de l'époque actuelle. Elles atteignent jusqu'à 20 mètres au-dessus de la mer, et sont composées de débris de coquilles, de radiaires et de polypiers vivant sur la côte voisine. Cosséir et plusieurs autres villes sont bâties sur ces couches, soulevées lentement par un mouvement qui se continuerait de nos jours. Sur la côte occidentale, à 1 ou 2 mètres au-dessus de Teau, ces accumulations recouvrent un banc de polypiers, et ont offert des os de chameaux.

En Algérie, ditM. Renou (2), les dépôts marins se continuent aussi sur les côtes et donnent en quelques points des signes certains de mouvements du sol à des époques géologiques récentes, et même depuis la domination romaine. Il est d'ailleurs fort probable que ces mouvements se produisent aujourd'hui comme par le passé. Les plus anciens de ces dépôts sont ceux des environs de la Galle; de la plaine de Bône, de la Mitidja, des plaines qui environnent Mostaganem et Oran. Aux portes de Bône, sous la terre végétale et des débris de matériaux romains, est une couche d'argile grise, avec des coquilles marines aussi fraîches que sur la plage. Le. sable, agglutiné par un ciment calcaire, donne un grès empâtant des fragments de poterie. A Test de la Galle, ce dépôt est à 7 ou 8 mètres audessus de la mer et s'étend jusqu'à une lieue dans la terre. Un sable fin, avec Cardium edule^ se voit sur le bord des salinesd'Arzéou, et dans la province d'Oran, le relèvement ne serait pas moins de 75 à 80 'mètres.

La plaine de la Mitidja, bien que dépourvue de ces coquilles modernes, serait cependant de notre époque, suivant le même observateur. Les grès de Philippeville se forment encore et ont enveloppé des briques et des pierres de taille romaines. Ils sont placés à 2 mètres au-dessus du niveau de la mer. Plusieurs des changements de niveau indiqués par M. Renou,

(1) On the geology of Egypte, etc. (Proceed. GeoL Soc of Londan, Tol. Ul, p. 782.)

(2) Ann, des Mines, AT sér., vol. IV, p. 554.

comme ayant eu lieu à l'époque actuelle, dépassent cependant beaucoup en amplitude ceux qui ont été constates avec une certaine précision.

Suivant MM. Webb et Berthelot (i), des oolithes aussi parfaitement caractérisées que celles des couches jurassiques de France et d'Angleterre se forment journellement eut les plages de la grande Canaric, de Ténériffe, de Fortavcntura, de Lanccrote, de Madère, etc., dans la partie exposée à Taction des vents alises. Les débris de coquilles sont agglutinés par du carbonate de chaux. La roche, blanc-jaunâtre et compacte lorsqu'elle est uniquement formée de coquilles, devient très-po- . reuse lorsque, par Faction des vents, elle est mélangée de sable et de débris volcaniques. Elle est alors employée comnfe pierre à filtrer dans toutes les Canaries. Dans Pintéricur des terres, l'agglutination du sable enveloppe aussi des coquilles terrestres, et surtout VHelix sarcostoma^ mais la roche n'a plus alors aucun caractère oolithique.

Sur divers points des côtes de lîle de rAscension, M. Darwin (2) a remarqué d'immônses accumulations de débris de coquilles et de coraux blanc-jaunâtre mélangés de particules volcaniques. A quelques pieds de profondeur, ce sédiment moderne a déjà acquis assez de solidité pour être employé dans la bâtisse; quelquefois même il se divise en feuillets de texture compacte et sonore sous le choc du mar' teau. Cette cimentatioh rapide, par du carbonate de chaux, s'opère d'une année à l'autre, et la pierre acquiert la densité du marbre. Les fragments de roche volcanique épars sur la plage s'encroûtent également de carbonate de chaux.

A l'ouest de Simons'town, au cap de Bonne-Espérancp, Clarke-Abel (3) décrit un ban considérable élevé de 30 roèlres au-dessus de la mer, et composé de coquilles et de sables accumulés par les vents de S.-E.

(1) Hist. nalur. des Canaries, vol. II» p. 365; 1839. (â) Geological observations, etc., in-8*; Londres, 1844. (3) Voyage en Chine, p. 307.

Page 1