‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 34 sur 78 · DÉPOTS COQUILLIERS MODERNES. SU · texte numérisé non relu

DÉPOTS COQUILLIERS MODERNES. SU

Le phénomène d'encroûtement, qui s'observe particulièrement sur certaines plages, en rapport peut être avec le voisinage des volcans, ne pourrait cependant pas être exclusivement attribue à des émanations d*acide carbonique, car nous verrons les dépôts de carbonate de chaux se former à la surface des corps organisés dans des conditions tout à fait différentes.

Quelquefois des amas considérables de coquilles d'Huitrés, de Cardium ou de quelques autres espèces édules, ont été pris pour de véritables dépôts marins naturels, et n'étaient que les débris rejetés par d'anciens habitants des mollusques •dont ils se nourrissaient. Tels sont ceux qu'a signalés M. Yanuxem sur plusieurs points des côtes des États-Unis et ceux dont nous aurons occasion de parler plus loin sur les côtes du Danemark.

Dans l'Amérique du Sud, le long des côtes de Payta, M. E. Chevalier (l) signale un conglomérat coquillier solide encore en voie de formation, et composé de fragments de phyllades, de grains de quartz et de grandes Huîtres.

Parmi les roches modernes. Tune des plus curieuses est le calcaire du Moule ou Môle à la Guadeloupe, dans lequel des squelettes de Caraïbes enchâssés et cimentés ont été cités comme des fossiles humains d'une époque ancienne. La roche est blanche, compacte, formée de fragments de coraux et de coquilles marines et même terrestres, telles que le Bulimus gua- (lalupeiuiSj agglutinés par un ciment calcaire qu'Alex. Brongniart attribuait à une source minérale sous-marine (2).

A Saint-Domingue, la plaine des Cayes semble avoir été lormce ainsi ; des débris de poteries et d'industries humaines s'y renconirent jusqu'à une certaine distance dans les terres. I^'île d'Anastase, sur la côte orientale de la Floride, vis-à-vis du poit de Saint- Augustin, qui a plus de 3 lieues de long et élevée

(1) Voyage autour du monde de la corvette la Bomtê. Minéralogie et

(2) Voy, sur ce sujet : Cuvier, Discours sur les révolutions de la sur face du globe, p. 138, nota.

seulement de 4 mètres au-dessus de la mer, est composée d'vo agrégat de coquilles marines réunies par un ciment spathique. La roche est divisée en couches minces, séparées par des lits de coquilles non consolidées. Il s'en trouve parmi celles-ci beaucoup d'entières, qui ont conservé leurs couleurs et dont les analogues vivent dans les eaiix voisines. Les parties dures de la roche sont fort recherchées pour les constructions, à cause de leur solidité, de leur légèreté et de leur résistance au choc des projectiles de guerre. Plusieurs édifices publics de Saint- Augustin en sont construits (i).

Dans l'ile de Sainte-Croix , M. J. Hovcy (2) a signalé des couches composées de coraux et de coquilles brisées rejetées par les vagues et agglutinées par un ciment calcaire. Toutes les coquilles vivent encore sur la côte et ont conservé leurs couleurs. Ces couches, qui renferment d'ailleurs des débris d'industrie humaine, reposent sur les strates redressés du terrain ancien de Tile. On en observe de semblables à la Barbade et à la Guadeloupe.

Il est à remarquer que ces formations récentes et surtout les dépôts calcaires ou ceux qui, composés de matières arénacées ou caillouteuses, sont cimentés par du carbonate de chaux assez abondant, s'observent sur les côtes des régions chaudes du globe entre les tropiques ou dans leur voisinage; sur le pouf' tour de la Méditerranée, ce sont des grès consolidés; maisplu^ au nord, ces phénomènes paraissent être fort rares.

A la Nouvelle-Hollande, dans la baie des Chiens-Marins, on signale un calcaire rempli de coquilles qui vivent sur la plage et qui ont présenté quelque analogie avec celles du calcaire grossier de Paris, sans doute à cause de la présence du genre Crassatelle et de la C. ptUchrUy qui a quelque ressemblance avec la C. tumida.

(\) Huot, Notùfeau Cours élémertlaire de géologie, vol. I; p. 519.— L. Dielz, Joum.oftheAcad, of Philadelphia, 1824. (2)i4mer./(wir/i., vol. XXXV, p. 64, 1858.

§ 2. Hat et réoîft de Polypien.

Nous ayons rappelé, dès le cororaencement du Cours, celte ExposiUon. pensée si juste de Laraarck, que Fimportance des êtres organisés, dans la composition des couches de sédiment, est inverse à la fois de leurs dimensions et de la place qu'ils occupent dans la série zoologique; aussi, après avoir insisté sur le rôle, la distribution et le développement relatif des animaux marins, et en particulier des mollusques conchylifères dans les mers actuelles, les lacs et les rivières, ou dans les eaux salées, sauraàlres ou douces (antè^ p. 234-237), il nous reste à montrer que des organismes plus inférieurs occupent une place plus imjortante encore dans la constitution des sédiments modernes. Comme CCS mêmes organismes paraissent n'avoir pas été moins mnltipliés dans la plupart des périodes géologiques que de nos jours, il est essentiel de se rendre compte des conditions dans lesquelles ils se développent pour parvenir à former, à eux ^Is, des roches meubles ou solides d'une grande épaisseur et d'une grande étendue.

Les constructions élevées par le travail incessant des polypes, pour construire des îles au milieu de TOcéan ou des récife le 'ongdescontinenU;, ont de tout temps attiré vivement Tattention des marins, dont ils entravaient la navigation, en la rendant souvent très-dangereuse, et celle des naturalistes qu'ils inléressaient par la singularité de leur développement. Cependant, jusque il y a 30 ou 35 ans, aucune étude suivie de ces masses calcaires organiques n'avait permis de résoudre les questions si complexes qui se rattachent à leur formation. Ce n'est que par le concours des savants adjoints aux divers voyages de circumnavigation, entrepris dans ces derniers temps, que nous avons acquis de précieuses données sur Tun des phénofliêncs biologiques les plus curieux de la nature actuelle, et celui qui peut-être se produit sur la plus vaste échelle dans des conditions bien déterminées. Nous nous en occuperons

nous-mcme avec d'autant plus d'intérêt que Texamen des couches anciennes pourra nous présenter des résultats plus ou moins analogues à ceux dont nous allons parler.

On a vu que la zone torride indo-pacifique, comprenant vers son centre la région super-torridc de M. Dana, était la plu> grande étendue continue des mers où la température de la surface ne s'abaisse pas au-dessous de 23" 53 cent. C'est aus i la région où se développent avec le plus d'activité et de force les polypes coralligènes, dont les générations successives cmifient les massifs rocheux les plus considérables. Aussi sera-ce dans cette vaste étendue que nous les étudierons particulièrement, puisque là seulement nous pourrons, à raided*inuc* nieuses explications, nous rendre compte d un des résultats b plus extraordinaires des fonctions vitales chez les animaux inférieurs (l).

Mais nous ferons précéder ce tableau général de reiamea particulier d*un point situé dans TAtlantique, sur la limite extrême, vers le nord, de la grande zone thermontétrique des . polypiers, et qui a été l'objet du premier travail suivi, exécute dans une bonne direction ; nous voulons parler du petit archipel des îlesBermudes, décrit avec soin par M. R. Nelson \i). Iles a Les Bermudes, dit le savantnavigaleur, forment un groupe

« d'iles comprises dans un espace de 15 milles sur 5, et ence tourécs d^un anneau sub-elliptique de récifs de coraux, qui « a 25 milles de long sur 13 de large. La direction dugnnd r< axe de cette ellipse est N. E., S. 0. Le point le plus élevé (( est situé à Touest d'IIarrington et atteint 80 mètres ilalli- « tudc. L'aspect des hauteurs est celui de collines de sable, el c( leur teinte est celle de la craie. Toutes les iles sont foruiéeà a de roches calcaires, résultant de Tagglutination de coquilles

( 1 ) On ne doit pas oublier que tous les polypes couslruisant des vRsss^t des tiges ou des lames calcaires, soit amples, soit agglomérées, sont exclusivement marins et ne vivent même pas dans les eaux saumâlres.

(2) Transact. Geol. Soc. of LondoUy 2' sér., vol. V, p. 105; i840. !>« cxtruils de ce mémoire avaient été donnés en 1834. — Hi$l. des progrc^ àe la géolofjie, vol. I, p. 361; 1S47.

« et de polypiers brisés. La roche est tantôt meuble, tantôt € dure, compacte, susceptible de poli, et ses diverses variéa lés sont associées sans aucun grdrc de superposition.

<c Le fond du bassin, au milieu duquel se trouvent lesiles, a consiste en bancs de coraux qui n^affleurent au-dessus de la a basse mer que dans les marées du printemps, et en sable a calcaire associé à du calcaire crayeux semblable à celui qui « forme la roche des îles. Celles-ci sont couvertes d'une terre « rouge, sèche, contenant de la matière végétale, et dont Té- « paisseur est de 0"*,50. L'ensablement ou Tobstruction des « passages entre les iles ou dans les ports continue toujours, « cl, jusque dans ces derniers temps, on a eu des preuves de « celle action incessante.

« La Vetius pennsylvanica paraît être Tune des coquil'es les

« plus répandues dans ces roches jnodernes. Un banc qui en

« est entièrement formé se voit dans la carrière où l'on a ex-

« ploité les matériaux de la jetée. A Saint-Georges, ce banc se

« continue l'espace de 4 milles avec une épaisseur de 1"*,60,

« et il est placé à 2 mètres au-dessus de la mer. La Scu-

« tella quinqueforis et le Turbo pica y abondent, aussi bien

« que dans les couches les plus dures; et dans ces dernières,

« on a trouvé un gros bloc composé de Meandrina areolaîa

« avec des Mytilus, desSerpulcs et des Millépores. On a recueilli,

« dans les cavernes, des ossements d'oiseaux et même des œufs

« enveloppés de carbonate de chaux, ainsi que des Hélix. Une

« boucle de jarretière et une boîte ont été retirées d'un cal-

« Caire dur, situé au fond d'une caverne, et renfermant aussi

« la Smlella quinquefomy remplie de carbonate de chaux

« comme les précédentes, et VAgaricia undata. En un mot,

« colle roche, dans laquelle des os de tortue ont été également

«découverts avec. toutes les coquilles qui vivent encore sur

« les côtes voisines, est une sorte de coral rag de 1 mètre à

« 1'",2d d'épaisseur et en voie de consolidation progressive.

« Après avoir observé la décomposition des coquilles et des « polypiers, depuis les moins calcarifères jusqu'aux masses de « Méandrines et d'Âstrées, non^seulement en place, mais en-

« corc dans tout ce qu*ont produit les travaux exécutés sous la a cloche à plongeur pour rétablissement des parapets de l'ara senal, M. Nelson n'hésite pas à attribuera ce qu'il nomme (( la craie des Bermudes la même origine que les divers bancs a de pierre, plus ou moins solides, qui constituent les lies « elles-mêmes. Seulement, ceux-ci résultent de raccumulation <r de fragments brisés mécaniquement, tandis que la roclieou (c pâte crayeuse est duc à la destruction, par une longue subc( mersion, du tissu membraneux qui pénétrait toute la masse (' et qui abandonne alors la matière calcaire retenue dans ses « mailles. Celle-ci, en se précipitant, forme cette substance « blanche et tendre, analogue à la craie, qui se trouve au fond <K des anses et des golfes, mélangée de sable coquillicr,.de a beaucoup de polypiers, de coquilles bien conservées et de « masses considérables de Méandrines et d' Astrées. Ces masses, (t soit encore intactes, soit dans un état de décomposition plus « ou moins avancé, ont certainement vécu, puis sont mortes « sur les lieux mêmes.

« Les récifs formés par des Serpules sont distincts de ceux « qui sont dus à des polypiers, e) les uns comme les autres a constituent une sorte de ceinture autour d'un centre qui est, 0 ou le sommet d'une roche, ou la base d*unc colline.

« La surface ondulée des iles parait être le résultat du pas- « sage de grandes masses d^eau ; mais les petites chaînes d'ilôts, « dont les couches sont presque toujours horizontales, ne se- « raient pas dues au même phénomène, et leurs couches ne « s'étendaient pas au delà de l'espace qu'elles occupent actuela lement. Au sud du groupe, les récifs de Serpules sonlparal- « lèles à la côte, dont ils s'éloignent à une dislance deoOà a 500 mètres. D'ailleurs, M. Nelson pense que ces îles ont dû « être soumises à plusieurs submersions locales, résultant de « rinfluence de volcans éloignes; mais il n'admet pas qu elles a aient été soulevées du fond de la mer. Elles ont dû se former « par rétablissement des coraux, au sommet d'un rocher sousa marin plus ou moins étendu. Les parties mortes depuis long' « temps sont brisées et entassées par les vagues et les vents,

a et ce mode de formation se continue jusqu'à ce que des iles « entières résultent de la réunion de ces couches dues au . ff concours des forces organiques, chimiques et mécaniques. « Les polypiers, dont les germes sont transportés avec d'autres • matières, se fixent indifTéremment sur le premier corps a qu*ils trouvent, et, par leur croissance, leur multiplication <( et leur mort, contribuent^ la stabilité et à la permanence « de la colonie qu'ils ont fondée. )>

Passons actuellement à Touvrage le plus complet que nous Recherchc« possédions encore sur les travaux des polypes, considérés au || ^^in. point de vue de Tobservatioii directe et des^ idées théoriques «7uxquelles ils ont donné lieu. Noiis y rattacherons les recher- chcs dues à d'autres savants et qui ont été faites à peu près dans le même temps. Cet ouvrage est celui* qu*a publié M. Ch. Darwin, en 1842, sous le titre de Structure et distribution des récifs de coraux (i). L'auteuç, qui faisait partie de l'expédition scientifique du vaisseau le Beagle^ a parcouru et observé, de 1852 à 1854, un grand nombre de groupes d'îles épars dans VOcéan, entre la côte occidentale de TAmérique du Sud el la côte orientale d'Afrique, et l'examen qu'il a fait en même temps de beaucoup d'îles volcaniques comprises dans le mémccspace donne un grand poids aux opinions qu*il a émises sur les unes et les autres et à la théorie générale qu'il en a déduite. •

On nomme ties ^agouns , ou, suivant l'expression des habitants de rOcéanie, atolls, des îles circulaires ou des groupes d'iles formés exclusivement par les polypiers ou coraux. Les barrières de récifs, en anglais barrier reefs, sont des récifs ou rochers qui ont la même origine, mais qui entourent des iles ordinaires, ou longent la côte des continents, à une certaine distance en mer, se maintenant au-dessous de son niveau et laissant ainsi un canal plus ou moins profond entre eux et la terre ferme. Les côtes de récifs ou récifs frangés {fringing reefs), toujours peu étendus, bordent immédiatement les côtes au lieu

(\)The structure and distribution o[ coral lieefSf in-8% ayec carlcf Londres, 4843.

Atolls ou ics bgoun^

Ma FORMATION DES COUCHES FOSSILIFÈRES.

d*en ctre séparés par un canal parallèle. Examinons successivement ces trois dispositions particulières qu'affectent les masses de polypiers et voyons quel peut être le principe commun d'o A elles dérivent.

Les caractères particuliers des atolls ont de tout temps frapp>^ les navigateurs. Ainsi, dès 1605, François Pyrard, de LavaJ^ disait : « C'est une merveille devoir chacun de ces atollon^s «environné d'un grand banc de pierre tout autour, n'y ayarm^ « point d'artifice humain. » *

La fig. 2 ci-dessous peut donner une idée de la forme 'gé^ — ' nérale des atolls, quoiqu'ils soient rarement aussi réguliers^-- Elle représente l'île.de la Pentecôte dans le Grand Océan du Sud^

.Fig. 2.

Fig. 3.

Daus ce profil de TatoU des Cocos (fig. 5), situé au sud de Sumatra, la ligne A indique le niveau de la basse mer. En A la profondeur est de 45 mètres et la distance horizontale de ce point au bord du récif B est de 200 mètres. Ce bord, découvert à la basse mer, est une sorte de bourrelet saillant offrant des aspérités semblables à celles que l'on voit plus avant en mer, au-dessous de son niveau. C'est une surface plane formée par la roche -de polypiers, et que recouvre la haute mer qui vient battre contre la banquette D composée de fragments de coraui»

îles et récifs de polypiers. 310

A partir de la crête E, dont les fragments meubles ne sont atteints que par les vagues des grandes marées et dont les parties les plus élevées, de 2 à 4 mètres, sont recouvertes de végétalion, la surface s'abaisse en pente douce vers la lagune intérieure F, dont Teau se maintient au niveau» de la mer extè. rieurc.

Les polypes ou zoophytes coralligènes doivent être toujours submergés ou recouverts par la lame. Leur exposition directe à k lumière du soleil, même pendant un temps très-court, suffit pour les faire périr ; aussi n'est-ce que lors dés très-basses marées que Ton peut atteindre les limites de la zone où ils vivent et par conséquent les observer en. place,

M. Darwin a trouvé cette partie accessible du récif presque composition entièrement composée de Porites, conslituant de grandes masses ^^ ^^ irrégulièrement arrondies comme celles des Astrées, de 1°*,20 ^« à 2"*,40 de large, sur une épaisseur un peu moindre et séparées les unes des autres par de petits canaux. Le Millepora complanata {Palmipora^ td., Blainv.), moins important, forme (les plaques verticales épaisses, se pénétrant réciproquement et produisant une masse alvéolaire dont les feuillets extérieurs sont seuls vivants. D'antres polypiers brancbus se montrent en grand nombre dans les cavités des Porites et des Millépores qui seuls peuvent résister au choc violent des vagues.

Dans le profil précédent de Tatoll des Cocos on remarquera Ptoûi que le fond, à partir du bord extérieur, s'abaisse doucement jusqu'à une profondeur de 45 mètres ; mais au delà la pente augmenté rapidement et atteint bientôt 45**.

De 18 à 22 mètres de profondeur au delà du point que l'on a pu observer directement lors des basses eaux de Téquinoxe, le fond très-inégal parait être occupé par de grandes masses de polypiers vivants semblables à ceux du bord. Les Millepora ulcicornis et corytnbosa^ avec une Astrée, forment plus loin le bord extérieur de la bande de récifs. Au- dessous de 56", 50 le fond est alternativement composé de sable et de polypiers. A . 365, 548, et 658 mètres de distance horizontale de la ligne des brisants on a rencontré des fragments de polypiers non lamel*'

SSa FORMATION DES ICOUCIfES^ FOSSILIFÈRES.

lifères ; ceux de coquilles étaient rares, et, à la distance de 2200 mètres une sonde de 2134 mètres n a pas rencontré le fond ; de sorte que la pente du massif couronné de polypiers est plus rapide que celle d'aucun cône volcanique* Iles La largeur totale du récif circulaire ou de l'anneau qui con*

parasita», gjjj^ç l'atoll varie de 250 à 500 mètres. Sa surface est uniforme outrès-faiblement inclinée vers la lagune intérieure qu'il circonscrit. De petites iles parasites se- forment sur les réd^, à 200 ou 500 mètres de leur bord extérieur, par Taccumulation des fragments rejetés pendant les grandes tempêtes. Lear largeur ordinaire est de 400 mètres, et leur longueur, trèsvariable, atteint quelquefois plusieurs kilomètres. "Elles s'élcTent . de 2 à 3'",25 au-dessus de là haute mer et sont composées de fragments de coquilles, de polypiers, d'oursins, plus ou moins roulés, pénétrés de calcaire spathique et fortement cimentés par la même substance en une roche solide, généralement blanche, çà et là -colorée par de Toxydc de fer, très-dure et sonore sous le choc du marteau. •

Lagune. ^^ ^^^^ ^^ ^^ laguue intérieure qu'entoure le récif est occupé par de la vase ; c'est un véritable champ de coraux vivants et morts, dont les nombreuses espèces, branchuespourla plupart, diffèrent complètement de celles de l'extérieur. Les Mëandrines y forment aussi de grandes masses arrondies reposant sur le fond. Parmi les autres polypiers dominent trois espèces voisines des vrais Madrépores, le Seriatopora subtdata^ deux Porites et un polypier voisin des Ëxplanaires, mais ayant des étoiles sur* les deux faces de ses lames ou expansions foliacées. Les réci£s intérieurs sur lesquels les polypiers se développait sont irréguliers et caverneux ; ils ne présentent pas, conmie les autres, une surface solide, plane, de roche composée de polypiers morts, et leur dureté est moindre. Dans un laps de dix années, un canal qu'on y avait creusé pour le passage d'un petit bâtiment a été presque comblé par l'accroissement des polypiers. Les sédiments de la partie profonde de la lagune, qui offrent d'abord un aspect crayeux, ressemblent à du sable fin, lorsqu'ils sont bien séchés.

Les Holoturies se fixent en grand nombre sur les niasses de Desiniciion polypiers Vivants. Elles sont en telle quantité que beaucoup de j^i-^p^^ navires sont frélés^pour la Cbine avec des chargements de Trepanfjj qui est une des espèces les plus abondantes. Elles en consomment un grand nombre, et leur action, jointe à celle d'autres animaux, tend à détruire et à désagréger une partie des masses pierreuses qui' se réduisent en vase fine, ce qui apporte une limite naturelle à Taccroissement de ces mêmes masses. Cet accroissement pour le remplissage de la lagune est excessivement lent, et les sédiments qui pourraient s'y accumuler sont tr^s-faibles, au milieu d'une eau limpide et loin de toute terre élevée. Cet atoll des Cocos est d'ailleurs de dimen* sîons moyennes et de forme régulière.

Cette esquisse de ses caractères peut être appliquée, dit Profondeur "M. Darwin, à presque toutes les îles circulaires de même origine ^^^^^^ dans Tocéan Pacifique et autour desquelles la mer est sans fond, ^^^^^ à quelques centaines de mètres des bords des récifs. Néan^moins il cite beaucoup* d'exceptions; ainsi, autour des îles Basses tous les sondages ont rencontré des bancs d^ coraux. Autour de l'atoll de Noël (Ghristmas)^ décrit par Cook, la pente H également très-faible ; aussi la bande qui entoure la lagune a-Uelle une largeur exceptionnelle de 5 kilomètres. Cette bande est composée de terrasses ou de digues successives de coraux et de coquilles brisées comme sur les rivages. Dans les atolls des Maldives et des îles Chagos les sondages ont atteint des sables qui auraient une pente de 55", mais qui reposaient sans doute sorune roche solide.* Dans les îles Basses la pente est beaucoup moindre auï extrémités des atolls les plus allongés que sur leurs parties latérales, ce qui est conforme aux reliefs des chaînes de montagnes ordinaires.

Dans ce dernier archipel la profondeur des lagunes varie de Profondeur iO à 76 mètres, et dans le groupe des Marshall de 60 à 70, ,,ij^^ Dans les atolls des Maldives elle est de 90 et même deflS mètres ; /e fond est occupé par un sédiment uniforme, presque hori-

, , , . < . * j i. ' * ^ Canaux

zontal ; c est généralement une sorte de boue crayeuse. et portions

Rarement il y a plus de 2 ou 3 Canaux, s'ouvrant dans la ^l""^

lagune et assez profonds pour donner passage à un vaisseau. Les grands atolls des Maldives sont remarquables par le nombre de ces canaux. Dans cejui de Stidavia, par exemple, on en compte jusqu'à 42. Dans les atolls de la partie nord de iWchipd les portions de récifs qui séparent les canaux , au lieu d*ètre droites, (orment elles-mêmes des anneaux ou atolls secondaires en miniature. Sur la côte deTatoU Tilla douMatie, qui a 88 milles de long sur 20 de large, les anneaux du bord sont généralement allongés ; plusieurs ont de 3 à 5 milles de diamètre. Ceux de rinlérieur de la lagune sont moindres et la profondeur de la lagune particulière de ces petits récifs annulaires est de 10 à 14 mètres.

Ces anneaux s'élèvent brusquement de la plate-forme ou banc sur lequel ils sont placés. Leur bord extérieur est toujours occupé par des coraux vivants et Tintérieur est une surface plane sur laquelle s'accumulent les fragments avec du sable. En résumé ces petits atolls ressemblent en tout aux , grands, si ce n'est qu^ils reposent sur une base peu profonde, et qu'au lieu d*étre irrégulièrement disséminés ils sont réiiois sur une plate-forme dont les bords sont grossièrement circulaires. II n'y a point de récifs annulaires lorsque les canaux sont étroits ou peu nombreux. Les polypes, lorsqu'ils agissent librement, auraient donc toujours une tendance à élever leur construction en forme d'anneaux, soit grands soit petits.

Ainsi ces grands atolls des Maldives représentent un vaste disque concave, sableux, s'élevant rapidement d'une mer sans fond, avec un espace central occupé par des bassins ovalaircs de rochers madréporiques, et son bord est symétriquement frangé par des masses présentant en petit la même disposition, atteignant la surface de la mer, quelquefois couvertes de végétations et renfermant chacune un petit lac d'eau limpide* On pourrait donc donner à ces grands atolls, qui en comprennent d'autres plus petits, le nom iïatolls composés^ p«^ opposition aux atolU simples, formés d'un seul anneau. Aiou» Dans, certains atolls, tels que ceux des Chagos, au sud des *' Maldives, aucun récif n'atteint la surface de Teau. Ces fl^

mWHMTWf.

forment un groupé composé d'un certain nombre d'atolls ordinaires, de quelques récifs annulaires qui ne sont point surmontés d*îlots et de plusieurs bancs en forme d'atolls fout à fait submergés ou t fleur d'edu. Parmi ces derniers, le grand banc de Chagos proprement dit, dont le profil est représenté fig. • 4, est de beaucoup le plus large et diflere de tous les autres par sa structure.

Niveau actuel de la mer.

liiiiiSiiiillll

Fig. 4.

Son gran^ll axe est de 90 milles géographiques et le plus petit de 70. Le centre est un fond plat, vaseux, de 80 à 100 mètres de profondeur et entouré de bancs de sable disposés en cercle. Il y a peu de coraux vivants, et ils sont recouverts moyennement sur les bords de 12 mètres d*eau. Le tout est bordé extérieurement par une digue étroite de roche solide dont la pente est très-rapide en dehors, où la profondeur de la mer est inconnue. Ce grand banc de Chagos parait n'être qu'un atoll à moitié submergé. On ne concevrait point, en effet, qu'une telle disposition se fut formée sous ^'eau, tandis qu'il suffit d'abaisser le niveau de la mer jusqu'à la ligne ponctuée pour avoir le profil d'un atoll ordinaire, la ligne ponctuée inférieure représentant l'ancien fond de la lagune.

Des trente-deux iles qui composent Tarchipel des îles Basses, DîméoiioDs la plus longue a 30 milles et la plus petite à peine un mille, ^toiî» Beaucoup ont une forme allongée, comme l'fle de Bow, qui a 30 milles de long sur 6 de large. Dans l'archipel des Marshall plusieurs atolls dépassent ces dimensions. Dans les Maldives il y en a qui atteignent jusqu'à 88 milles géographiques avec une largeur variant de 20 à 9 milles et demi. Dans les Marshall certains atolls sont réunis par une ligne de récifs, comme Tile MentchicoIT, qui a 60 milles de long. La largeur moyenne des récifs annulaires est d'environ 400 mètres.

rarrifTCs Les barrières de récifs qui entourent plus ou moins cornrécifs, plélement des iles ou longent des portions de continent ont la forme générale et la structure des atolls. Les iles Gambier, d'Oualan (Ualan de la carlB) et plusieurs autres montrent qu*au delà dû récif qui les environne la mer csVsans fond. Sur la côte occidentale de la Nouvelle-Calédonie, le capitaine Kent, h une distance de deux longueurs de vaisseau du récif, n'a pas trouvé le fond avec une sonde de 500 mètres. Les barrières de* récifs occuperaient alors Ics^ bords d'un plateau à pentes abruptes, comme Panneau des atolls borde vers le haut les pentes abruptes d'une montagne isolée. A TaitHa largeur du récif est fort irrégulière, mâts autour des iles Vanikoro et Gambier elle est très-constante. Ordinairement le récif s'abaisse vers la lagune longitudinale qui le sépare de Tile comme vers la lagune centrale des atolls. Vanikoro présente à cet égard une disposition particulière, le récif se terminant à l'intérieur commeune hiuraille de 15 à i4 mètres de hauteur. Suivant Chamisso, il en serait de même des atolls des iles Marshall. DiiUiice Dans Tarchipel de la Société la plupart des récifs se trouvent rédL. (dacés à i mille ou 1 mille 1/2 de la côte. Les montagnes cen- • traies sont entourées d'un sol plat, souvent marécageux, fonaé d'une sorte d^alluvion, de 1 à 4 milles de largeur, composée de détritus de polypiers de la lagunoy mêlés à des fragments de roches de l'intérieur de Tile. A Hogoleu, dans l'archipel des' Çardines, le récif est éloigné des hautes iles qu'il entoure, de 20 milles sur le côté sud, de 5 à Test et de 14 au nord. La . . ;. : profondeur des lagunes, allongées ou latérales, placées ainsi entre le littoral et le récif, est à peu près la même que celle des lagunes centrales des atolls.

Bauieur L'élévaliou dcs Iles, ainsi entourées de récifs, est très-vacaractères Hable. Taïti atteint 2155 mètres au-dessus de la nier, Maurua 'Ïeïïî2^r 245, Aituaki 109j Manouai 15 seulement. La nature minéralogique ou géologique du sol ne l'est pas moins, quoique dans beaucoup de cas il soit^volcanique. Quelques îles n'offrent que des roches madréporiques calcaires ; d'autres, comme la Noovelle-Calédonie, sont de roches primaires. Tantôt il n'y^

qu'une seule ile entourée de récifs, cooime celle d^Eiméo, dans l'archipel de la Société, tantôt il y en a deux comprises dans la même enceinte de polypiers, comme Taha et Raiatea. Le récif (le Gambier entoure-4 iles principales et plusieurs petites. Enfin, celui d'Hogoleu circonscrit une douzaine de petites îles éparses dans une grande lagune intérieure.

Quant à Tétendue en longueur des barrières de récifs, Étendue U. Darwin cite celle de. la côte occidentale de la Nouvelle-Ca- r&?f. lédooie, qui a 400 milles de long, celle de la côte orientale de lAustralie, qui se prolonge, presque sans interruption, sur lOOO milles, ou 400 liei\ps, se maintenant à 20, 50,50 et 60 milles de distance de la côte. Le bras de mer qui la sépare de celle-ci est de 20 à 50 mètres de profondeur et son fond est de sable. En dehors du récif les eaux èont, au coniraite, Ir^-profondes. -

L^s récifs frangés ou côtes de récifs, qui bordeât immédia- . Récif» teinenl une île ou une portion d'île, pourraient être confondus '""k®*avec les barrières de récifs, s'ils n'en différaient que par leur moindre largeur; mais cette circonstance, qu^ils bordent immédiatement la côte, au lieu d'en être séparés par un canal ou lagune plus ou moins profonde, et continue, prouve qu'ils sont en rapport direct avec la pente du sol sous-marin, et leur d^nne un caractère tout à fait distinctif des barrières.

« En avant et autour des récifs, dit M. Couthouy (i) , on observe pa^rfois une succession de terrasses ou plateaux dont le plus extérieur est à 22 ou 27 mètres de profondeur et même davantage; sa largeur varie de 30 à 50 mètres. Il incline vers la haute mer et bientôt on ne trouve plus le fond. C'est sur ces terrasses et sur le bord le plus élevé que les coraux sont le plus nombreux, le plus variés et présentent les couleurs lés plus vives. Ce sont des amas de groupes orangés, "violets, rouges, cramoisis, verts, pourpres, blancs, jaunes, mélangés confusément, de 5 à 7 mètres de hauteur, formés de polypiers branchus, eomme d'élégants arbrisseaux, ou étendus comme des

l^) Bostm Joum. ofNalur. Hisiary, vol. IV, p. 66, 1844.

mousses, comme des lichens, et qui sont parcourus par des milliers de poissons revêtus aussi des couleurs les plus éela* tantes. »

Les récifs qui entourent File Maurice offrent un bon exemple de récifs frangés. lis la circonscrivent complètement, excepte sur quelques points où la pente est trop rapide. Les polypiers se trouvent à une certaine distance de te côte, parce que celle-ci est très-plate, et au delà de leur ligne la pente est toujours très-faible. En avant de Tembouchure des rivières et des ruisseaux il y a un étroit passage dépourvu de polypiers. Ces récifs côtiers ont une largeur de 50, à 100 mètres; leur surface est presque unie, dure, rarement découverte à la basse mer.

Autour de Tile Bourbon, les polypiers construisent, sur le fond volcanique et inattaquable par les lames, des mamelons détacbés qui, d'après M. Siau (i), s'élèvent à 2 ou 3 mètres et sont le travail de plusieurs générations. Ces mamelons, appelés ptftés de eorauXy tantôt se joignent, tantôt laissent entre eux des vides qui se remplissent de sable et de gravier. Ces pâtés d'inégales hauteurs, ne constituent qu'un ensemble de montioiles entassés, d'une roche grise, compacte, très-dure, que le choc des vagues ne peut entamer.

Les récifs côtiers existent le long du littoral oriental de TAfrique et du Brésil, et leur dimension, comme leur structure, dépend du plus ou moins d'inclinaison du sol sous-marin et de l'impossibilité où sont les polypes de vivre au delà d'une profondeur déterminée ; d'où il résulte que lorsque les eaux sont très-profondes, comme dans le golfe Persique et l'archipel des Indes orientales, les récifs ne sont plus continus, mais épars çà et là à des distances plus ou moins considérables.

Les polypiers croissent plus vigoureusement en dehors qu'en

.dedans des récifs; ceux-ci sont plus élevés au bord externe

qu'au bord interne, ce qui leur donne une certaine rtesem-

(1) Comptes rendus de C Académie des sciences, vol. XII, p. 770, <84i.

blance^avec les atoHs, dont ils diffèrent d'ailleurs sous tous les autres rapports.

Les îles Bermudes, par 33° lat. N,, sont le point le plus msiribuiion éloigné de Téquateur où les récifs paraissent exister, et leur ^^^^^^ présence à cette latitude a même été attribuée à l'influence du conditions Gulf-slream. Dans l'océan Pacifique, les îles de Loo-choo, si- déveioppcluécs par 27** lat., au nord-est de l'île Formose, ont des ré- "^°'* cifs sur leurs côtes, et il y a un atoll au nord- ouest de l'archipel des Sandwich par 28*^30 lat. N. Dans la mer Rouge, les récifs se développent par 30** lat. N. . DansThémisphère sud, les polypiers ne s'écartent pas autant des mers équatoriales, car on n'en connaît pas au delà des tropiques. Cependant les îles Houtmans Abrolhos, sur la côte occidentale de l'Australie, par 29** lat., sont formées de zoophytes. Suivant M. Dana, les récifs sont compris entre 28** lat. N. et S. Cependant il y en a, près de Madère, à Porto-Santo, ou • 'a température descend en hiver 14**, 44. Sur la côte occiden- ^lede TAmérique, la zone des coraux est réduite à 16** de lat. en largeur, et sur celle d'Afrique à 12 degrés, tandis que dans 'e milieu de l'océan Pacifique la zone a 56 degrés de large, fil elle en a 64 delà côte d'Asie à celle de la Nouvelle-Hollande. les courants extra-tropicaux, comme ceux des îles Gallapagos, se trouvent sur les côtes occidentales des deux continents, ^u nord et au sud de Téquateur, et les courants inter-tropicaux P<iuvent être tracés de même sur les côtes orientales ; aussi la ^one des coraux est-elle resserrée sur la côte ouest et plus élargie sup la côte opposée. Lai distribution si irrégulière en apparence d^s coraux et des îles qu'ils forment résulterait seulement de 1^ disposition des courants chauds et des courants froids.

Le voisinage des roches volcaniques, regardé comme favol'able au développement des polypiers, ne paraît pas être une circonstance aussi importante qu'on le pensait, car nulle part les bancs de coraux ne sont aussi développés que le long des . côtes de la Nouvelle-Calédonie et du nord-est de l'Australie, où les roches appartiennent au terrain primaire. En outre, les plus JSrands atolls, teU que les îles Maldives, Chagoa, Marshall, Gil*

328 FORiMATION DES COUCHES FOSSILIFÈRES.

bert ot leà ilcs Basses, ne laissent voir d'autres roches quècell^ que constituent les polypiers eux-mêmes.

M. Darwin fait remarquer que toute la côte occidentale ^^ l'Amérique, au nord et au sud de l'équaleur, de même que I ^^ îles Gallapagos, n'olfre point de bancs de polypiers, inalj: ^® l'élévation de la température. Dans le voisinage de ces dernièi^^ îles, du 16 septembre au 20 octobre, la température a varié ^3^^ 14** 44 à 20°; cet abaissement seraitdu au courant froid mér:'*»dional qui longe la côte d'Amérique et qui maintient Teau ^ 15** 56 au lieu de 18** 89. La température moyenne de Veau c^Sc la mer, autour des îles Basses et des atolls de TaUi, quoiqu^e plus éloignée de Téquateur, s*est trouvée de 25°, la plus faib ayant été 24° 44; de sorte qu'une différence de 5° dans la len pérature moyenne et une de 10° dans les lempéralures extréru«^«s suffisent pour empêcher le développement des polypiers qui co^^struisent les récifs.

Partout où la température ne s'abaisse pas au-dessous c:sH)e 24° 44, suivant M. Couthouy, les poTypiers peuvent se dévelo^B)-

per dans la Polynésie, mais on voit qu'ils s'étendent en réali ^'é

bien au delà ; ainsi les Astréesde la baie de Port-Jacksôn y so Jil dans des eaux plus profondes, dont la température, enl — w 15° et 20°, est inférieure à celle de l'Océan où abondent les i récifs. Cette dernière n'est évaluée^ qu'à 18° 89 par M. Dait -a, comme on l'a vu, au lieu de 24° 44. Mais il est probable qu ^" y a ici quelque erreur d'interprétation.

La proximité des volcans en activité ne nuit point à l'exS ^' tence des récifs, puisqu'on en observe sur les côtes del' î'e d'Hawaï, Tune des îles Sandwich. Toute la côte occidentale c3e rAfrique est au contraire sans récifs, et il en est de même i^ îles Sainte-Hélène, de l'Ascension, du Cap Vert, de Saint-Pai-il, de Fernando-Norona, quoique formées de roches volcaniques semblables à celles de l'océan Pacifique. On vient de voir ^^ • outre qu'il y en avait à Madère.

Les Bermudes sont les seules îles raadréporiques de to^^ le centre de l'océan Atlantique, circonstance que l'on nep^^ attribuer à l'abjsence du carbonate de chaux, puisque sur ^^^'

côtes de File de l'Ascension des couches de cette nature se forment journellement. '

M. Hovcy (1) a décrit les récifs de coraux qui forment une ceinture autour de l'ile Sainte-Croix. Il en est dé mênie autour de Cuba où les bancs sont interrompus çà et là par des canaux qui permettent aux navires d* entrer dans les ports. Le calcaire est également abondant à Santiago et aux lies du Cap-Yert, où il constitue des couches tertiaires soulevées.*

La disposition des lignes isocrymes de M. Dana pourrait très* bien rendre compte de l'absence des récifs de polypiers sur les côtes occidentales de rAfrique, par le peu de largeur de la zone torride, et il en serait de même de la côte occidentale de TAmérique ; mais on s'explique moins aisément leur absence dans la partie centrale et sud de la province zoologique caraïbéenne, qui a une si grande largeur et que parcourt de l'O.-N.-O.à l'E.-S.-E. réquateur de chaleur. On doit y supposer des conditions orographiques peu favorables du sol sous-marin et Tabscnce des phénomènes dynamiques qui semblent concourir aux résultats observés ailleurs.

Nous avons dit que les Holoturies et certains grands poissons se nourrissaient des parties les plus tendres des polypiers ; les polypcîs se nourrissenti à leur tour^ d'autres organismes plus petits, dont la diminution Qula disparition, par une cause quelconque, peut amener celle des coraux eux-mêmes. Les condi-^ tions qui déterminent par conséquent la formation des récifs sur certaines côtes peuvent être très-complexes et tout à fait inexplicables dans l'élat de nos connaissances, et des changements dans les conditions des mers, inappréciables pour nous, pourraient détruire tous les récifs de coraux d'un certain espace et les faire apparaître dans un autre, sans que nous puissions assigner la cause de ces changements.

On a déjà dit que la partie du récif la plus favorable à Faccrois- Aceroisso-

senient des polypiers était son bord exlérienr, que les vagues ^I^pien. battent constamment. Les coraux vivants ne forment point ail- Ci) Amer. Joum, de Silliman, vol. XXXV/p. 64; 1838.

550 FORHATrON DES COUCHES FOSSILIFÈRES.

leurs de masses solides un peu considérables. C*est là que se trouvent les Aslrces, les Porites, les Millèpores, etc. MM. Quoy et Gaymard avaient émis des doutes à cet égard, mais il est certain que les pFus grandes masses fleurissent là où elles sont le plus exposées aux flots.

Les fonds de sable mouvant sont défavorables aux polypiers, et les sables mélangés de vase apportée de rinlcricur des terres par les cours dVau sont plus nuisibles encore que l'eau douc.e à leur développement. Aussi les voit-on former deux murs abruptes de chaque côt^ du canal dont le fond e^ vaseux.

On a vu ccmiment les principales espèces de polypiers étaient disposées dans Tatoll des Cocos; à Tile Maurice, le genre Madrépore est dominant, et au-dessous de la zone des coraux massifs est un lit de Sériatoporcs.

On n'avait sur T accroissement des polypiers que des donDées assez vagues et incomplètes lorsque le savant, aux recherches duquel nous empruntons ces détails, reconnut que la proportion de ce même accroissement dépendait à la fois des espèces qui construisent les récifs et de diverses circonstances accessoires. Il cite particulièrement les expériences directes de M. Allan, qui a planté des polypiers sur la côte orientale de Madagascar et qui a pu observer leur développement pendant uiie partie de Tannée. Il déduit des faits nombreux (fa'û a constatés lui-même et de ceux quMl a recueillis : 1^ que des masses de rochers, d'une épaisseur considérable, ont été certainement formées dans la période actuelle par Taccroissement successif des polypiers et l'accumulation de leurs détritus ; T que' l'augmentation individuelle ou particulière de cha({ue polypier, £omme celui des récifs, à la fois en dehors ou horizontalement et en hauteur, dans des conditions favorables, est assez rapide lorsqu'onr le compare aux oscillations du niveau de la croûte terrestre bu à une mesure de temps plus pré* cise, mais moins considérable, comme le nombre des an^ nées.

La proportion ordinaire de Taccroissetnenl des madrépores

braodius ne dépasse pas, dit M . Dana (i), un pouce et demi par an , et, comme leurs rameaux sont écartés, cela ob ferait pas plus de 1/2 pouce d'épaisseur de masse solide sur toute la surface couTerte parle madrépore. Par suite de leur porosité même, cette quantité se réduit à 5/8 d'un pouce de matière compacte.

Il faut remarquer, en outre, que de grands espaces en sont dépourvus; Iqs sables provenant de la partie détruite des polypiers sont entraînés ou disséminés par les courants'dans les grandes profondeurs où il n'y a pas de polypiers vivants, et la surface occupée par ceux-ci n'est pas de plus de 1/6 de toute la région coralligène, ce qui réduit les 5/8 précédents à 1/16. Les coquilles et les autres débris organiques peuvent entrer pour 1/4 dans la production totale par rapport aux polypiers: de sorte que, tout considéré, Vaccroissement moyen d'un récif ne doit pas dépasser annuellement 1/8 de pouce. Quelques récifs ayant jusqu'à 608 mètres d'épais^ur (2000 pieds), celle-ci, à raison de 1/8 de pouce ou S millimètres par an, aurait exigé, pour se former, un laps de 192000 ans.

A West-Key, au sud-ouest du cap méridional de la Floride, M. E. B.Hunt (s) a observé sur un fond de 5",50 d'eau, qui avait été nettoyé en 1846, une Méandrine qui, dans l'espace de 11 années, avait atteint un rayon de 6 pouces ou 0'°,15, ef une forme sphérique, ce qui donnerait ^ de pouce par an. Si l'on évalue à 1/5 la porosité du polypier, on arrive à un accroissement de la masse solide de — de pouce, quantité presque égale à celle de 5/8 déduite ci-dessus. Une Oculine a crû à la même place, pn 1 2 ans, de 9 pouces de haut sur 1 2 de large, ou 5/4 de pouce par an.

Sur les côtes de l'île Maurice, le bord du récif est formé de Profondeuri Madrepora corymbosa et jwcilifera , qui descendent jusqu'à '^"vi^î^i^** 16 et 50 mètres avec deux espèces d'Astrées ; à la partie infé- ^^ voi^v^en, rieure est le banc de Sériatopores (S. subulata affinis) . De 50 à 40 mètres, le fond est de sable et couvert de Sériatopores ; à

(1) ManualofGeologyt p. 591; 1863<

(2) Dana, toc. cit.^ p* 752.

40 mètres, on a rencontré des fragments de Madrépore^ et peut-être le M. focilifera^ qui vivrait ^insi depuis la surface jusqu'à ce point. Entre 40 et 66 mètres, le fond était de sable, et la sonde rapportait de grandes caryophyliée3. A 1 72 mètres de profondeur et à une distance horizontale d'une demi-lieue du récif, le fond était de sable calcaire avec des cailloux de rocli<es volcaniques. Dans ces mers, les bancs de coraux ne se forment pas au delà de 40 mètres.

Suivant MM. Quoyet Gaymard, les Astrées, qu'ils considère i^l comme constituant le plus de récifs, ne vivent pas au delàiA^ 8 à 10 mètres. Le Millepora alcicornis s'étend de la surface ^ 24 mètres ; les Madrépores et les Sériatopores jusqu'à 40. JL^ Sideropora scabra (Poriles^ td., Lam.) vit à 34 mètres. D^^ masses considérables de Méandrines ont été ramenées ^V^ 32 mètres sur les bancs de Bahama, et 31. Couthouy encite ju-^s** qu'à 40 mètres. Une Caryophyllie a été retirée de 160 mètr^^** par 33° lat. S. Mais c'est le seul genre de polypier laraellifèir:^ qui, suivant l'auleur, s'étendrait au delà des tropiques. Ain^ -^i on en a rencontré par 60* lat. N., et dans l'hémisphère su^SiJ, dans les eaux profondes qui entourent la Terre-de-Feu. On ^ vu que dans la Méditerranée trois Turbinoliens avaient él^Vé trouvés vivants à plus de 2000 mètres.

Parmi les polypiers qui ne forment pas de récifs soUde^^j M. Darwin cite lès Cellaires trouvées à 380 mètres, les Gorgones à 320, le corail à 200, les Bétépores de 80 à 200 ; les Escares, qu^S» comme les précédents, sont des bryozoaires, vivent à 60 mètres^^ ; les Millépores de 60 à 188, les Cellépôreèà 80, Içs Sertulair^ss à 80, les Tubulipores à 1 88; de sorte que tous ces genres viveir^t à de plus grandes profondeurs que ceux qui forment des r^^cifs, et les conditions de température et de lumière nécessaires^ à leur existence sont comprises dans des limites beaucoup fimsms variées et plus étendues.

SuivantTtf. Dana (l), toutes les espèces qui forment des récifs : les Madrépores, les Millépores, les Porites, les Astrées, 1 ^s

(5) /Hd.,p.Gl9.

ILES ET RÉCIFS DE PcflYPIERS. 355

Méandrines, ne croissent pas au delà de ^^5 mètres de profondeur; les Dendrophyllies et quelques autres genres qui descendent plus bas contribuent peu à leur formation. Les polypes ne Tivent point d*ailleur$ dans Tîntérieur de la masse; il nVa que la partie extérieure qui soit réellement vivante et sur une très* faible épaisseur. Les Porites et quelques espèces d'Âstrées, de Madrépores et de Pocillopores semblent continuer à vivre un peu au-Bessus du niveau des basses marées, et, contrairement à ce qu'avait cru M. Darwin, peuvent supporter, sans en être incommodés, l'impression directe de la lumière solaire.

M. Dana (i) estime aussi l'épaisseur des récifs de polypiers plus grande qu'on ne l'avait crue. Ainsi, à trois quarts de mille de distance de l'île Clermont-Tonnerre , le récif fut encore constaté à 600 mètres de profondeur. A la distance de 7 milles, une sonde de 4800 mètres ne toucha pas le fond. Autour des îles Gambier, le récif a 560 mètres d'épaisseur, à Taïti, 76, autour des iles Fidji, de 600 à 900 mètres.

Les polypiers qui forment des récifs dans la mer Rouge ont roiypîen été lobjet d'études particulières de la part de MM. Ehrenberg et- ^wg^ Heroprich. De i823 à i825 ces savants ont visité iSO localités différentes de ce long golfe et réuni iiO espèces de polypiers, dont 2 seulement se retrouveraient dans là Méditerranée, sur la côte la plus voisine de celle de la Libye.

La mer Rouge diffère des autres mers intérieures et de DistnbuUon l'Atlantique en ce que toutes ses côtes sont bordées de rochers * ° " *' plats, presque toujours à fleur d'eau. Ces bancs sont recouverts de polypiers, disposés d'une manière continue, le long du lit- . toral ou sur des lignes parallèles. C'est sur la côte arabique, de Tor à Comfuda, qu'abondent surtout les polypiers. Dans la partie la plus profonde de la mer, entre Djedda, sur la côte d'Asie, et Cosséir, sur celle d'Afrique, ils ne forment^ point de bancs, et il en est de même dans tous les endroits oàles eaux ont une grande profondeur, tandis que tes points peu profonds en présentent beaucoup. L'abondance des coraux sur la côte

334 FORMATION ^S GOUGUliiS FOSSILIFÈRES.

d'Arabie s*accorde avec une plus grande quantité d'iles de ce côté el aTec les preuves plus nombreuses aussi d'éruptions volcaniques, qui manquent de Cosséir à Massava.

Les- bancs de polypiers se maintiennent entre 1 et 4 mètres au-dessous de la surface de Tcàu, et, au lieu d'être un peu plus élevés du côté extérieur ou le plus exposé à la lame, on les voit souvent s'abaisser en pente douce du côté de la mer. Les polypes n'élèvent d'ailleurs ni atoll^i barrièresde récifis au-dessus des eaux. Près du bord extérieur du banc de zoophytes, la profondeur de la mer est de 200 mètres et même davantage. Ces bancs, non toujours contigus à la câte, forment souvent, à une distance de plusieurs milles, des bandes étroites et parallèles.

Sobfiiratain. Laformc dos récifs résulte de la constitution géologique de la côte et du fond. Partout où cette base â pu être atteinte, M. Ebrenberg a reconnu qu'elle consistait, soit en produits volcaniques soit en un calcaire très-dur, quelquefois poreux et tendre, évidemment composé de fragments d'animaux marins agglutinés, mais distincts des coquilles et des coraux qui vivetit au-dessus. Les îles volcaniques peu élevées de Ketumbul, de Hàkel et de Gebel-Taer, vers le sud de la mer Rouge, sont entourées de coraux. Les bancs de polypiers qui recouvrent la surface de toutes les roches, depuis le milieu du golfe de Sock, sont composés surtout de Madrépores, de Rétépores, de Niltépo- • res, d'Astrées, de Favia^ de Caryophyllies, de Héandrines, de Pocillopores, de Stephatwcora^ avec une multitude de coquilles, de Fungies, d'Holoturies, d'Actinies, d'anoélides, etc.

couciutiras. Les conclusions de M. Ebrenberg, relativement au mode de formation et à l'accroissement des bancs de polypiers dans la mer Rouge, diffèrent essentiellement de celles que MM. Nelson, Darwin, Coutfaouy et Dana ont présentées pour ceux des grandes mers du globe.

En effet, d'après le savant zoologiste de Berlin, il n'y aurait pas de masses formées-par l'accroissement graduel de diverses générations les unes sur les autres., dépassant la hauteur qu'une branche seule de la même espèce pourrait atteindre. « Presque toujours, dit-il, en écartant les branches de coraux,

on trouve le calcaire solide qui constitue la base des montagnes et de la plupart des iles. L'accroissement des bancs serait plutôt le résultat du travail de Tanimal en particulier el de sa lanaille que de la superposition de couches successives dues à plusieurs générations. De même que les plantes et les bois morts, 'es polypiers n'augmentent pas la masse de toute leur hauteur, comme si de nouveaux animaux croissaient sur les anciens, mais ^ulement de quelques pieds de détritus qui représentent à la /bis des milliers d'années écoulées et des milliers de générations éteintes. » Diaprés cette manière de voir, les polypiers <^<itribueraient en quelque sorte davantage à protéger et à couvrir les îles qu'à les élever et à les étendre.

Déplus, les coraux vivants ne se développeraient pas au nnilieu des branches ou parmi d'autres coraux vivants, et cette répulsion, ajoute M. Ehrenterg, serait opposée à celte opinion que nous venons de voir soutenue par d'éminents naturalistes, que des générations accumulées constituent les iles de l'océan Indien, car rien de semblable n'a lieu dans la mer Rouge, aucune de ses îles ne serait dans une période d'accroissenaent réel ; toutes, au contraire, tendent à se détruire, et les coraux par leur revêtement les protègent contre cette défçradation. Les bancs de polypiers ne sont que l'agrégation de I niasses détruites après la mort des animaux; de sorte que dans I ^ bassin on ne pourrait constater nulle part que le travail des i Polypes ait relevé le fond, obstrué des passes, etc.

Si maintenant nous comparons Fimmensité de l'espace que comprennent les recherches des naturalistes et des navigateurs (tançais, anglais et américains, la variété des circonstances qu'ils ont pu apprécier, depuis la côte orientale de TAfrique - jusqu'aux plages du nouveau monde, la grandeur de l'échelle I ^r laquelle s'y opère la construction des récifs et l'énergie f vitale dont paraissent être doués ces milliards de petits animaux r luttant sans cesse contre les flots d'un océan sans bornes et ssm fond ; si Ton compare, disons-nous, ces diverses circonstances avec celles du petit bassin resserré de la mer Rouge, on «era porté à regarder les résultats de ces dernières comme une

• 3à6 FORMATION DES COUCHES FOSSILIFÈRES.

exception locale, plutôt que comme la règle, exception que la disposition des lieux expliquerait très-bien, ainsi que la difTérence des espèces. ^

néciCt Les récifs de polypiers de la Floride différent entièrement .

Floride, dussi, suivaut M. Agassiz (i), de ceux du Grand Océan. Ilsconslituent plusieurs lignes parallèles, disposées entre la terre ïermz de la presqu'île et le Gulf-stream.Us sont dirigés à l'ouest, vers le golfe du Mexique, et les principaux, occupés par les polypiers ^i^ants, sont situés entre les Keys et le Gulf-stream lui-même. D^autres dépôts de sable fin et de yase s'accumulent autour des Keys, ou entre ces îlots et là terre ferme par l'action des marées et des courants. On a donc, à partir de la côte, un canal peu profond, quelquefois de quelques mètres seulement, puis la ligne des îlots ou Keys élevés de 3, 4 ou 5 mètres au-dessas de la mer, enfin au delgi le récif principal. Ce dernier, du cap Floride à West-Key, présente des polypiers vivants jusqu'à une profondeur de 50 à 55 mètres. Les plus rapprochés de la surface sont les Madrépores (Af. palmata)^ dont les branches étendues, palmées et entrelacées dans toutes les directions, ne descendent pas à plus de 5 ou 4 mètres; au-dessous vivent les Méandrines et plus bas encore les Astrées.

Lorsqu'un récif a atteint son maximum de hauteur ou le niveau de la mer, des matériaux meubles s'accumulent au-dessus de gros blocs de polypiers, rejetés par les vagues, et sont réduits en fragments, en sable ou eh gravier qui se déposent en couches plusou moins régulières, souvent présentant les caractères d'une stratification torrentielle très-compliquée, dont les éléments sont cimentés ensuite en une roche solide et compacte par des infiltrations de carbonate de chaux. Lorsque les matériaux réunis sont en gros fragments la roche constitue une brèche, mais lorsque la cimentation ne s'exerce que sur les petits fragments réduits en grains, on a un calcaire d'aspect oolithique. En outre, des lits minces ou des veines de calcaire compacte

(I) Proceed. of the amer, assoc. for theadtxmcementof science,^. 81. Fifth mtet. , Washinglon, 1 851 .

s'observent dans les masses à structure oolithique, et Ton voit une sorte d'encroûtement superficiel revêtant toutes les roches, suivant leurs inégalités et qui ne peut se former que dans les tempêtes, ou lors des grandes marées, mais non sous une nappe d'eau permanente. Les roches oolithiques, bréchoïdes ou compactes de West-Key paraissent être d'ailleurs assez rares dans les grands récifs de Tocéan Pacifique.

D'innombrables coquilles perforantes , et des vers marins . non moins abondants, qui s'établissent dans les parties mortes, contribuent aussi beaucoup à la destruction des masses de polypiers qui ont atteint la surface.

La circonstance que les principaux Keys et la côte même de la Floride, formés successivement, s'élèvent à la même hauteur au-dessus du niveau de la mer, prouverait, suivant M. Agassiz, que le sol sur lequel repose le grand récif placé en avant n'a éprouvé aucun changement de niveau. L'uniformité des autres îlots de la même région, par rapport à la surface de la mer, établit également que, dans toute son étendue, elle a étéstationnaire depuis que les polypiers ont commencé à croître sous cette latitude.

L'origine de la ligne courbe que suit le récif autour de la pointe méridionale de la Floride, sur une longueur de 1 20 milles, a été «attribuée, par le capitaine Hunt (i), au transport des sables de polypiers provenant des récifs de l'est et entraînés par le courant du Labrador. Cette barrière aurait alors la même cause que les sables siliceux accumulés plus au nord, sur la côte d'Amérique, et dont nous parlerons ci-après. Entre ce récif et la côte de la presqu'île, un fond de sable pur composé de débris de polypiers a été atteint à 40 mètres, et il ne serait pas impossible qu'un abaissement ait contribué à ce résultat.

Quant à une distribution plus générale des polypiers dans Di:»tribuUon les raers actuelles, M. Dana Ta résumée de la manière suivante, j^f "oiypîer dans son important travail sur la structure et la classification dans les

^ mers

des zoophytcs, publié en 1846 (p. 319). Les espèces appar- actuelles. (I) in Dana, Manual ofGeology, appcndix F, p. 752, 1863.

tenant aux familles des Astrées, des Madrépores et des Genmipores sont, à peu d'exceptions près, limitées aux mers de coraux et ne descendent pas au delà de 40 mètres de profondeur. Les caryophyllidéés s'étendent de l'équateur à la zone froide, et quelques espèces descendent à des profondeurs de 400 mètres et même davantage. Les alcyoniens parcourent une aussi grande étendue et remontent probablement plus haut > encore, vers les pôles, comme nous Tavons vu précédemment fourV Alcyonum arboreum^ dans la zone la plus basse de l'océan Arctique. Les Hydroideœ^ que Ton rencontre de Téquateur aui régions polaires, abondent particulièrement dans les zones tempérées.

Les coraux sont en outre distribués suivant certains centres ou lieux particuliers. Les espèces des Indes occidentales ou de la mer des Antilles ^nt propres à ces régions, et aucune d'entre elles ne peut être indentifiée avec celles des Indes orientales et de l'océan Pacifique. Les parties centrales de ce dernier semblent avoir aussi leurs espèces particulières, et l'on peut établir comme un fait général, dit M. Dana, que beaucoup de polypiers se trouvent limites, dans leur développement, à de petites étendues. Sur 306 espèces recueillies dans les Indes orientales et l'océan Pacifique, 27 seulement sont communes aux deux mers, et il n'y en aurait aucune entre le Grand-Océan et l'Atlantique.

• Carte Nous ne pouvons mieux résumer la distribution géogra-

^ ^^^ * phique des îles et des récifs de polypiers qu'«n mettant sous M. Darwin, les yeux du Iccteur une traduction exacte de la carte, si intéressante et si originale à la fois, que M. Darwin a jointe à son ouvrage et dont il a bien voulu autoriser spécialement la reproduction (voy. ci-après pi. 3). On y voit, en effet, représentés, par des teintes difTérentes, les îles lagouns ou atolls, les barrières de récifs et les récifs frangés, ce qui permet de se rendre compte immédiatement de l'importance relative de ces diverses manifestations du même phénomène. C'était aussi une idée heureuse que de réunir dans un même cadre et de mettre, en qudque sorte, en regard une grande partie des produits les plus re-

marquables des forces physiques internes du globe, représentes par les volcans en activité, et ceux de ses forces organiques externes, représentés par les constructions des polypes (i).

L'examen minéralogique et chimique des produits calcaires Caracièrei des polypes y a fait reconnaître, par M. Dana, de la ma- roche», gnésie, sous forme de carbonate, et en asisez forte proportion pour qu'il leur attribuât rorigine de beaucoup de calcaires magnésiens. Il y a aussi reconnu de l'acide phosphorique dans la proportion de 9 à iO 0/0, du phosphateide chaux sous forme d'apatite, du fluor en plus grande quantité que Taçide ppspfao* rique, de la silice à l'état soluble, probablement uni à la chaux et découverte par M. Sillimaïi.

La roche de polypiers qui constitue les récifs est un calcaire blanc, solide, à grain fin, souvent aussi compacte que certains calcaires marbres secondaires, à cassure conchoïde ou esquilt leuseet sonore sous le marteau. Par places, c'est un conglomérat ou une brèche composée de petits fragments de polypiers, fortement cimentés par du carbonate de chaux..Quelquefoi8 on n'y aperçoit point de traces de corps organisés, si ce n'est quelques coquilles empâtées çà et là dans la roche. Enfin , celleci est aussi composée de polypiers en place, dont les intervalles sont remplis par les fragments de ceux qui ont été détruits. L'eïtérieur d'une île de coraux, sur quelques centaines de mètres de largeur, est la seule partie propre à leur accroissement; tout le reste se compose de portions mortes. Des sables, des détritus de coquilles et de polypiers agglutinés contribuent encore à la formation des récifs. Des bancs de sable et de gra^- ^er, assez étendus, bordent les côtes dans l'espace compris entre les marées, ou bien, poussés par les vagues et les vents, ''s peuvent former sur le littoral de petites collines de 20 à 25 mètres de hauteur, de la même manière que se forment les dunes de nos côtes. Les sables résultant des détritus de pa-

(0 ^ous devons renvoyer à Touvrage lui même pour une plus ample «ïplicalion de celle carie, et particulièrement au chap. vi, p. Hfl, el^h

340 FORNàTION DES GOUGUES FOSSILIFÈRES. ,

lypiers constituent des pointes avancées dans la mer, tandis que la partie des polypiers réduite à Tétat de boue ou de vase fine s'observe dans les lagunes peu profoi^des où les eaux sont peu agitées.

Un fait remarquable est l'absence presque totale de resles organiques reconnaissables dans beaucoup de parties de ces récits. Les sables accumulés au-dessus d'eux sont également sans fossiles. Dans une seule circonstance les détritus de polypiers se sont présentés sous l'aspect de véritable craie (Darwio, lie d'Houden).

La cimenlation du sable provenant de la destruction des polypiers, le long de la côte et au-dessus du niveau de la mer, s'observe dans tous' les récifs et c'est le procédé général de la nature pour former les roches solides que nous voyons constituer ces massifs.

Théorie ^e^ couditious particulières qui ont dû produire et profonluuou Nuisent encore de nos jours les caractères singuliers des atolUy ^ des barrières et des récifs ordinaires de polypiers, ont préoccupé tous les navigateurs aussi bien que les naturalistes qui les ont étudiés dans ces derniers temps, et ils ont cherché à se rendre compte surtout de la contradiction apparente que leur accroissement continu semble présenter avec la nécessité des circonstances indispensables à leur existence.

Do l'extrémité orientale des iles Basses à Textrémité nordouest des iles Marshall, c'est-à-dire sur un espace de plus de 4000 milles de long sur 200 à 300 de large, i'archipel des Carolines, qui a 480 milles sur 100, enfin, ceux des Maldives, des Laquedives et des Chagos, formant ensemble une chaioe de 1500 milles de long, toute cette immense surface deTocêan Pacifique et de l'océan Indien, disons-nous, ne renferme que d'innombrables Iles dont aucune ne dépasse la hauteur à laquelle les 'actions combinées des vagues et des vents peuvent accumuler des matières solides. Sur quels fondements alors ces récifs et ces îles de coraux ont-ils été construits? Car on conçoit qu'au-(lc?sous de chaque atoll ces fondements devaient, dans l'origine, se trouver nécessairement à une profondeur

déterminée, indispensable au développement des polypiers coralligènes.

Les formes et les dimensions d'un grand nombre d'atolls ne permettent pas à M. Darwin de leur assigner pour base un cratère de volcan, ni d'admettre cette explication de Chamisso, que les espèces de polypiers les plus considérables par les dimensions qu'elles atteignent, préférant l'effet du ressac des vagues, les parties extérieures d'un récif, en s'élevant d'une base sous-marine, doivent atteindre les premières la surface et former par conséquent un anneau avec une dépression centrale.

Suivant le célèbre voyageur anglais, la plupart des grands atolls doivent reposer sur la roche même. Mais, peut- on admettre, continue-t-il, que de larges sommets de montagnes existent sous chaque atoll, précisément à la même profondeur, sur des étendues aussi considérables, sans qu'aucun de ces* sommets s'élève au-dessus de l'eau? Où trouverait-on, en efîef, à la surface des continents une chaîne de quelques centaines de milles seulement, dont tous les sommets ne différeraient que de 40 ou 60 mètres? La difficulté resterait d'ailleurs à peu près la même si l'on supposait que les polypiers pussent ^ivre à une plus grande profondeur.

On vient de dire que dans la mer Rouge, suivant M.'Ehrenberg, lorsque des récifs sont soulevés, les parties saillantes ^nt aussitôt détruites par les vagues, ce qui se conçoit par la nature même des polypiers ; mais il ne peut en être ainsi pour la base des atolls, car le soulèvement et la destruction d*une île encroûtée de coraux donnerait lieu à une surface plane ou légèrement bombée et non à une surface profondément concave, et Ton apercevrait sur quelques points la roche fondamentale, comme cela a précisément lieu dans la mer Rouge. Pour résoudre cette difliculté,* M. Darwin suppose que la base des atolls a été amenée à la position exigée pour le développement des polypiers par suite d'abaissements. Pendant cet enfoncement graduel, les polypes se sont trouvés dans des circonstances favorables à la construction des bancs, et attei-

gnaient la surface au fur et à mesure que chaque ile disparaissait. Les coraux continuant à croître au-dessus mainteaaient ainsi en apparence le même niveau relatif de la masse. Oa conçoitalors quedes espaces très-considérables, dans les parties centrales et les plus profondes des mers soumises à cette action, soient remplis d'îlots madréporiques dont aucun ne s'élèverait plus haut que ne peuvent être portés les détritus amoncelés par les vagues^ et néanmoins ils auraient été formés par des coraux qui exigeaient absolument pour vivre un fond solide et une faible profondeur d*eau. Quant aux preuîes directes de rabaissement, elles seraient, on le conçoit, bien difficiles à trouver, si ce n^est dans des pays depuis longtemps civilisés, ce qui précisément n'a pas lieu dans ces divers archipels, et cela d'autant plus qu'il s'agit d'un mouvement qui tend à faire disparaître les points sur lesquels il s'exerce.

iiii'^''

Fig. 5. — Ile ancienne ou substratum.

aa. Bord extérieur du récir primitif au niveau de la mer. — bb. Côtes de l'Ile da<>^ ''^ même temp&. — a'a'. Bord extérieur du réiif après son élévation, réâ>ultant. l'accroissement dea polypiers {)endant une pério<le d'abaissement. — ce. La^*'^^, ou canal entre le récit cl les côte:» de l'Ile entourée de nouveau. — b'b^. Noav^^^ cdtes de l'ile. — (fa". Pords extérieurs du récit formant actuellement ua aloU- " c'. Lagune de l'atoll nouvellement formé.

En partant de simples récifs frangés aa dont la dispositi^^ S'explique d'elle-même, puisqu'ils reposent sur ta roche ^^ constitue une île ancienne servant de base ou substratum, on voit que si l'on suppose l'abaissement graduel dont nous avon^ parlé, ilarrivera un moment où, d'après les principes exposés^ '* largeur du récif permettra la formation des lagunes latérale ou canaux fc, parce que la barrière a'a' sera constituée p^^ les détritus des masses de polypiers rejetés par les vagues, q*** formeront ainsi une digue plus ou moins continue. Cclle-<^*» après la complète disparition du sommet de l'île représerm^^

dans la figure par des hachures verticales,* constituera Tanneau du nouvel atoll a!'cl'^ de même que les canaux réunis formeront la lagune centrale au-dessus du sommet d de cette même île.

Pour donner une représentation graphique exacte du phénomène, il aurait fallu que les trois phases que nous avons choisies pour fixer les idées fussent coordonnées à côté Tune de Vautre, par rapport au niveau de la mer supposé constant; la nécessité de les exprimer par une seule figure a obligé de les représenter l'une au-dessus de l'autre, et par conséquent de faire changer le niveau de la mer. II faut donc renverser, par la pensée, le sens direct de la figure et admettre que c'est le sol de Vile qui s'est abaissé successivement, conformément à ce qu'exige la théorie. D'un autre côté il était plus conforme à la réalité de placer les figures l'une au-dessus de Tautre.

Ainsi ces trois fades des récifs de polypiers résultent néces-sairement de la transformation successive d'une forme dans l'autre pendant le phénomène de l'abaissement, et si, au lieu d'une île ou d'un point isolé que nous avons supposé dans cet exemple et qui nous a donné en définitive un atoll, nous avions supposé que ce fût la côte d'un continent garni de récifs simples, rabaissement aurait produit ces immenses barrières madréporiques des côtes de l'Australie , de la Nouvelle-Calédonie, etc., c'est-à-dire qu'il se serait arrêté à la seconde phase du phénomène.

M. Darwin a apporté diverses preuves à l'appui de son hypothèse, non pas des preuves aussi directes, aussi positives que celles qui résulteraient d'observations longtemps contiuuées avec soin sur un même point, ou justifiées par des mesures géométriques, comme on l'a fait dans d'autres pays pour certaines côtes, mais qui ont du moins un grand caractère de probabilité. Ainsi, il a remarqué que les atolls montrent encore, dans leur disposition générale, la forme ou la direction des terres autour desquelles leur base de polypiers à dû être établie. Dans l'océan Pacifique du Sud, les trois principaux groupes sont dirigés N.O., S.-E. comme presque toutes les

terres de cette partie du globe ; dans celui du Nord, les îles Caro- Unes s'appuient contre les atolls nord -ouest des iles Marshall, de la même manière que la ligne E. , 0. des iles Céram à la Nouvelle- Bretagne s'appuie à la Nouvelle^Irlande. Dans Tocéan Indien, les iles Laquedives et les atolls des Maldives s* étendent presque parallèlement à la chaîne des Ghates. Il y a de plus un grand rapport entre la forme générale et la disposition des atolls et celles des iles ordinaires ; tous sont allongés dans le sens des groupes dont ils font partie. Une série d'atolls comme ces archipels serait donc la traduction à la surface des réciis sousmarins qui supportent les atolls eux-mêmes.

D'un autre côté, les récifs frangés ou qui bordent immédiatement .les côtes des terres émergées sont restés stationnaires, et même un certain nombre d'entre eux ont été soulevés. A l'ile Maurice, à Bourbon, à Timor, à la Nouvelle-Guinée, dans les iles Mariannes, dans l'archipel des Sandwich, etc., il y a eu des soulèvements à une époque récente, comme le prouvent les lits de coquilles modernes portés à des niveaux que la mer n'atteint plus aujourd'hui. L'espace entier qui occupe la mer Rouge aurait éprouvé un mouvement semblable suivi d'un abaissement, et plusieurs des iles des Amis ne sont que d'anciens atolls qui auraient été soumis à des oscillations du même genre. DîHiribaiion Si l'on compare la distribution relative des atolls et des bardeTaioîfu ï**ères de récifs d'une part avec celle des récifs simples de l'autre, Cl des on trouve que les premiers, supposés en rapport ou dus à un de rédh avec abaissement des massifs qui les portent, occupent des espaces récifofrangé.s gréographiquos distincts de ceux des seconds qu'on suppose avoir éprouvé ou éprouver encore des mouvements inverses ou de soulèvement, et qu'ils se trouvent précisément dans la région où existent les volcans en activité.

Ainsi, dit en terminant M. Darwin, cet espace compris entre la côte orientale de l'Afrique et la côte occidentale de T Amérique nous présente un vaste et magnifique tableau des mouvements que l'écorce terrestre a subis dans cette période si récente de la vie du globe. Nous voyons d'immenses surfaces s'élever avec des matières volcaniques qui s'échappent de toutes parts à ira-

vers les fissures de son enveloppe, tandis que des espaces non

moins grands s'abaissent lentement, sans manifestation de

produits volcaniques, et' nous devons être certains que cet

abaissement n'a pas été moins considérable en profondeur

qu'en surface, pour avoir enseveli sous les eaux chacune de .ces

montagnes, au-dessus desquelles les atolls se montrent encore

aujourd'hui comme des monuments nouveaux, couronnés de

verdure et constatant leur ancienne existence.

Ces vues de M.Darwin ont été adoptées dans leur généralité par les deux naturalistes voyageurs qui, dans ces derniers temps, ont le plus observé cet ordre de phénomènes de notre époque, par MM. Couthouy etDana, tous deux attachés à l'expédition scientifique américaine de circumnavigation que commandait le capitaine Wilkesl Ces vues, en effet, sont les seules qui peuvent rendre compte du niveau général que présentent les îles de coraux, et, d'un autre côté, il est impossible que les polypiers aient jamais pu construire des bancs à plus de 36 ou ^0 mètres au-dessous de la surface des mers. Or, on sait que ces bancs descendent à une beaucoup plus grande profondeur. En tirant une ligne E.-S.-E. de la Nouvelle-Irlande aux îles de la Société et aux îles Gambier, on trouve au nord, et à quelques exceptions près, dit M. Dana (l), des îles exclusivement ïïitidréporiques, tandis qu'au sud, ce sont, en général, des îles basaltiques, élevées, bordées de récifs très-élendus dans le voisinage même de la ligne dont on vient de parler. De plus, les Mes placées vers le nord sont fort petites, souvent même elles ^nt réduites à des points, tandis que près de la ligne elles ont jusqu'à 30 et 40 milles de long.

Conformément à la théorie, les atolls, au fur et à mesure

qu'ils s'abaissent, deviennent plus petits, se réduisent à un

simple rocher et disparaîtront tout à fait si la proportion de

Vabaissement est plus rapide que celle de l'accroissement des

polypiers. Or, il y a sous l'équateur un grand espace presque

libre, depuis les îles de la Société jusqu'aux Sandwich, d'où

WAtntrJoum., vol. XLV, p. 131; 4845.

Ton pourrait induire d'après l'auteur, que le phénomène de l'abaissement y a été plus rapide et de plus longue durée qo'au sud, où les lies sont grandes et nombreuses. L*abaissement se serait manifesté dans Tocéan Pacifique du SO"" lat. N. au 3' lat. S., et peut-être au delà ; il aurait été plus rapide entre les tles Sandwich et l'équateur, puis, diminuant graduellement d'intensité au S.-O. le long de la ligne précédente E.-S.-E., il n*était déjà plus assez prononcé pour submerger beaucoup de sommets de montagnes, et plus au sud son effet était encore moindre.

Les mers de la côte nord-ouest de laNouyelle-HoUandenous montrent par leurs réciSs un abaissement contemporain, et Fauteur estime à 15 millions de milles carrés l'étendue de Tespace soumis à cet abaissement dans le Grand-Océan et dans quelques parties occidentales des Indes. Il fait observer ensuite que la région du plus grand abaissement est dirigée de TO.-N.-O. à TE.-S.-E., ainsi que Pavait dit M. Barprin.

Les lies Sandvirich, toutes volcaniques, sont disposées suiTant leur ancienneté relative probable du N.-O. au S.-E., et c'est en effet vers l'extrémité sud-est du groupe que se trouvent les volcans encore en activité. Dans les îles des Navigateurs, ce serait rinverse, et peut-être en est-il de même dans les iles delà Société, circonstance en rapport avec le phénomène d'abaissement qui s'est produit dans l'espace intermédiaire. Date L'époque à. laquelle ces changements ont eu lieu et celle à li-

l'abaisMment quollc ils out cossé ne pouvont être déterminées d'une manière précise ; mais diverses considérations portent l'auteur à les regarder comme remontant à la fin de l'époque terliaire; peutêtre le soulèvement des dépôts de cet âge, le long des Andes et dans l'Amérique du Nord, pourrait-il avoir contre-balancé l'abaissement du lit de l'océan Pacifique. Mais M. Dana semble supposer ici que Télévation des Andes est un phénomène unique, d'une date très-récente, tandis que Ton pouvait ad' mettre a priori^ quand même les observations de ces derniers temps ne Teussent pas surabondamment prouvé, qu'il y a eu dans les Cordillières, comme dans toutes les grandes chaînes,

des soulèvements très-complexes à des époques très-différentes, suiyant la même direction, même pendant Tépoque tertiaire. Peut-être le mouvement auquel il fait allusion serait-il seulement celui ou Tun de ceux qui ont élevé, le long des côtes du Pérou et du Chili, les dépôts de coquilles modernes à 100, 200 et 300 mètres au-dessus du niveau actuel de l'Océan ?

Les objections faites jusqu'à présent aux vues théoriques que obserTationt Hous venons d'exposer n'ont pas une très-grande force et nous paraissent inutiles à reproduire. Nous ne voyons d'ailleurs aucune nécessité pour que ce qui se manifesterait aujourd'hui, sous des conditions particulières, donnant lieu à ces résultats si singuliers, ait dû se passer de même et occasionner des effets semblables à une époque géologique plus ou moins rapprochée, n ne s'agit point ici d'une loi générale de la nature, mais de phénomènes particuliers.

Si sur quelques points des mers dé l Europe occidentale il existait, pendant la période jurassique, dés ilotis roadtéporiques comparables à ceux des mers équatorialcs de nos jours, nous n'en trouvorfs guère d'exemples dans la période triasique qui l'a précédée, non plus que pendant les périodes crétacée et tertiaire qui l'ont suivie, et Ton peut même dire que les données que nous possédons, sur la distribution et sur les produits des polypiers coralligèties des diverses époques géologiques, n'ont encore constaté, du moins avec certitude, dans aucune formation un développement aussi extraordinaire de roches exclusivement dues à l'action des polypes.

En effet, l'existence de bancs de coraux continus ou de groupes d'iles réunies sur 400 et 500 lieues de long, une largeur de 25 à 30, et une épaisseur connue de 90, 100 mètres et davantage, se présentant avec de^ caractères généraux toujours comparables du 33^ lat. N. au 25^ lat. S. , sur un espace égal aux trois quarts de la circonférence de la terre, depuis l'ile de Madagascar et les côtes voisines de l'Afrique jusqu'aux archipels de la Société, l'existence d'un pareil résultat, disons-nous, semble tenir à un concours de circonstances qui tic s'est pas nécessairement présenté à toutes les époques, mais

qui donne aux produits organiques de nos mers équatoriales un caractère extrêmement remarquable sur lequel nous avons dû insister.

Aussi labsence de ces récifs, à telle ou telle période deFlmtoire de la terre, ne peut-elle, suivant nous, infirmer, comme quelques personnes le prétendent, le raisonnement de M. Darwin, et, jusqu'à ce qu'on propose une hypothèse qui explique mieux des faits aussi extraordinaires, nous accepterons celle -d, parfaitement compatible avec ce que nous savons de la flexibi* lité et de la mobilité de Técorce terrestre.

§ 3. Radîairesi annélidet et enutacèf.

Dans la classe des i*adiaires, dont les formes sont si riches et. si variées, les débris d'échinides, malgré leur abondance, n ont qu'une iaible importance dans la composition des roches actuelles comme des roches anciennes, sauf quelquefois par Taccumulation des baguettes de Cîdaris et des genres voisins. Parmi les stellérides, quelques Astéries ont laissé de nonibreux débris ou osselets de leurs rayons dans quelques dépôts tertiaires ; mais ce sont les crinoîdcs qui^ pendant la formation jurassique, pendant le dépôt du muschelkalk, celui du calcaire carbonifère et de quelques sédiments plus anciens, ont joué un rôle presque égal à celui des polypiers de nos jours.

Actuellement, cette famille, qui étaitVune des plus fécondes des mers secondaires et intermédiaires, n'est plus représentée que par deux espèces appartenant à deux genres très-difTérents. La plus remarquable, qui rappelle tout à fait des formes secondaires, particulièrement du lias, est YEncrinus caput Meiusx, Lam.,ou Peiitacrinus captitJtf<?du5«, fort rare jusqu'à présent, et dont le petit nombre des échantillons que l'on connaît dans les collections proviennent tous des mers profondes des Antilles. Quant à la seconde espèce qui constitue le genre Holoptts^ d'Ûrb., le seul individu connu pnlvient aussi des mémefl

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