CHAPITRE VII
§ !• Tourbes et maraîi loarbeax.
H n*y a pas que les restes d^animaux qui contribuent â former des couches permanentes à la surface àp la terre; tout le monde sait que la houille, le lignite, le jâyet ne sont que des détritus plus ou moins altérés et modifiés des végétaux de diverses époques; or, la nature actuelle nous offre encore dans nos tourbières les analogues de ces dépôts plus ou moins anciens. Nous devons donc nous attacher à étudier les conditions dans lesquelles se forme aujourd'hui la tourbe» afin de pouvoir nous rendre compte plus tard de celles qui ont présidé à Taccumulation de ces amas charbonneux, puissants auxiliaires de tant d'industries modernes et de la civilisation elle-même. En outre, la répartition géographique des tourbières à la surface des continents, comparée à celle des grands dépôts de la période . houillère, nous offre des rapprochements d'un certain intérêt, et enfin ces mêmes dépôts de végétaux modernes nous seront un précieux repère pour fixer le commencement de Vépoque actuelle, et la séparer nettement de celle qui l'a précédée.
* Les plantes cryptogames ou phanérogames, monocolylédoncs ou dicotylédones, herbacées ou arborescentes qui croissent librement à la surface du sol, et quelle que soit la nature de ce dernrer, sont, après la mort, dans le cas des animaux qui se trouveraient placés dans lés mêmes conditions, c'est-à-dire que par leur altération et leur décomposition ils ne tardent pas à
rendre à Tatmosphère la plus grande partie des éléments qu'ils lui avaient empruntés, ne laissant à leur place que des détritus comparativement très-faibles de substances organiques, destinées à entrer bientôt, par suite de nouvelles réactions, dans le courant de la vied^autres végétaux. Le terreau ou Thumus ainsi produit ne constitue même, dans les conditions les plus favorables, telles que les forêts vierges du nouveau monde, les parties basses et humides des continents et des grandes iles, que des couches superficielles, très-minces, relativement au temps qu'elles ont mis à se former et qui, dans aucun cas, ne montrent les vrais caractères d'un dépôt solide ou susceptible de se solidifier et d'opposer une certaine résistance aux agents physiques extérieurs.
Pour les végétaux, comme pour les animaux, la première condition pour la conservation delçurs débris et par conséqueot pour qu'ils puissent constituer de véritables couches par leur accumulation, c'est d'être soustraits à Faction directe de l'atmosphère dans des conditions particulières que nous allons examiner.
Ces conditions sont celles qui donnent lieu au piroduit connu de tout le monde sous le nom de tourbe^ mais dont l'origine, le mode de développement et la reproduction ont été l'objet des opinions les plus diverses. Il ne peut entrer dans notre plan de donner ici Thistorique de ces discussions et de ces théories soutenues en Allemagne et dans les pays voisins par Dau, Andersen, Crôme, Wiegmann, Einof, Sprengel, Oberlin, Buchner, Pailliardi, Steenstrup, Lampadius, Forchhammer et Papius, en Hollande par Stevinus et Arends, en Angleterre par Nora, Rennis, Percival, Hunter et Jenyns, en Suisse par Deluc et Wakerling, en France par Renaud de la Plàtrière, etc.; nous dirons seulement qu'on admettait assez généralement que la condition essentielle pour la formation de cette substance était Texistence d'un sol imperméable à l'eau, laquelle ne devait être ni complètement stagnante ni trop rapidement renouvelée. En outre, les végétaux, au lieu de pourrir, devaient éprouver un mode particulier de conservation assez analogue au tannage.
De quelques observations qui nous sont personnelles, dar^i le nord de la France, nous avons conclu que la tourbe peut s^ former avec les débris de toutes sortes de végétaux ; mais ij faut pour cela que les eaux ne soient pas complètement stagnantes, qu'elles ne charrient pas une grande quantité de limon, qu'elles soient peu sujettes à de grandes crues. Il faut en outre qu^elles soient très-peu profondes, que leur mouvement soit très-peu rapide et qu'elles coulent sur un fond argileux ou pou perméable, et non sur des dépôts de transport diluvien de sable, de gravier et de cailloux roulés.
Nous avons fait voir en outre que les vallées essentiellement tourbeuses, telles que celles de PAuthie^ de la Somme, de l'Ailette, de rOurcq, de TEssonne, des petits affluents de lame droite de TOise dans le département de. ce nom, de la Brèche, du Thérain et dç l'Epte au delà, sont plus ou moins tourbeuses dans toute leur étendue, tandis que les vallées proprement dites de rOisc (l), de T Aisne, de la Marne et de la Seine, dont les eaux coulent sur uti diluvium sableux et de cailloux roulés plus ou moins épais et plus ou moins étendu sur leurs bords, ne présentent nulle part de véritable tourbe continue sur des surfaces d'une certaine importance.
Les vallées tourbeuses précédentes perdent leur propriété précisément à leur débouché dans celles qui sont impropres à la production de ce combustible , et Ton reconnaît que leur fond est constitué par la craie, par les argiles des lignites ou parla glauconic inférieure, presque toujours séparée de la craie par une couche imperméable. De plus, ces rivières n'ont que de faibles crues, et lorsqu'elles sortent de leur lit ne déposent pas d épais sédiments sur les surfaces qu^ elles ont momentanément couvertes.
^1) Les vastes tourbières de la rive droite de FOise, des environs ^ Gompiègne à Pont-Sainte-Maxence et au delà, ne sont qu'une exception sp* parente; en réalité elles reposent, non pas sur le diluvium de la valiée, mais sur les argiles des lignites, sur la glauconie inférieure ou sur la ctv» de cette petite région que borde ou que recouvre le diluvium seulement dans le voisinagei immédiat de la rivière.
Voyons actuellement quelles sont, d'après les recherches Formation les plus récentes et en nous aidant surtout de Texcellent travail tourbe, de il. L. Lesquereux (l), les circonstances physiques les pins générales dans lesquelles se forme la tourbe, Tàge probable de ses dépôts, les végétaux qui entrent pour la plus grande part dans leur composition, la proportion de leur accroissement, leur répartition géographique à la surface des continents et des il&s, la comparaison de cette répartition avec celle des dépôts houillers et Tanalogic de leur mode de formation, enfin les restes de corps organisés animaux et lès autres objets qu'on y rencontre.
La tourbe, dit M. Lesquereux, peut se former au-dessus et au-dessous de la surface de l'eau, au contact de l'eau douce et au contact de l'eau salée. Elle résulte de Faccumulation des débris de végétaux qui croissent à la surface du sol, dans les eaux des lacs comme sur les pentes des montagnes, dans les bassins peu profonds des vallées Comme sur les rives inondées des fleuves et des rivières.
Les fibres ligneuses du boi^ se conservent, conime on sait, fort longtemps sous Teau, et c'est la partie également ligneuse des plantes herbacées, c'està-dirc celle qui résiste le mieux à l'action décomposante des agents extérieurs, qui entre dans la composition de la tourbe. Elle la. constitue réellement, sans quoi le résultat de l'altération serait, comme à Pair libre, de Thumus ou du terreau. Les Carex^ les Eriophorum^ certaines mousses, etc., sont, malgré leur apparence, composés en gninde partie de filaments ligneux. Au lieu donc d'envisager la tourbe, dit l'auteur, comme le résul&t immédiat d'une sorte de fermentation particulière, il faut l'attribuer à une résistance à ce phénomène ; et cet obstacle essentiel est la présence de l^eau. La tourbe est donc un composé de la partie ligneuse des végétaux dont la fermentation^ et par conséquent la décomposition, sont retardées par la présence et la température de ce liquide.
(1) Quelques recherches sur les marais tourbeux en général, (Mém. de b Soc. des se. natnr. de Neuchâtel, t. III, p. 1; 1845.)
L'auteur distingue ensuite les tourbières immergées et /e$ tourbières émergées^ distinction qui n'est pas toujours bie/? absolue, parce que les tourbières des vallées ne sont immergées complètement que pendant un court espace de temps. Tourbe La tourbe immergée se forme sur les bords de la mer, des immerg . ^^^ ^^ j^ rivières, quand les eaux peu profondes sont calmes et surtout séparées du bassin général par des digues, des dunes ou des atterrissements. Il y en a aussi dans les petits lacsetles étangs des montagnes, où, à la faible profondeur de Teau età son peu de courant, s'ajoute la prësence de végétaux ligneux, surtout des Potamophyles, des joncées, des Presles, des Carex et de YArundo phragnites. Ainsi les marais de rembouchure de TAuthie, sur la côte du Pas-de-Calai^ sont encore presque inaccessibles et couverts de plantes aquatiques d'eau salée et d'eau douce, déposant une tourbe qui doit atteindre dans peu le niveau de l'eau. Le territoire d'Oldenbpurg, autrefois séparé dû reste du Holstein,* tend à s'y réunir par le développement de la tourbe, et le bras de mer qui existait en 1320 sera comblé dans peu, de sorte que la viHemarilime du quatorzièrae.siècle va devenir une cité complètement de l'intérieur.
Lorsque certaines circonstances ont interrompu la formation de la tourbe et que, par suite, le premier dépôt a été recouvert de manie ou d'argile, la tourbe peut se reformer de nouveau, si les conditions lui sont redevenues favorables, et Ton peut avoir dBux couches distinctes de combustible, séparées, comme on en cite des exemples en Hollande et en Suisse. Aux environs de Neuchâtel , une couche de tourbe de 7 mètres de puissance repose sur un lit d'argile de 4'",50, supporté à son tour par une couche de tourbe plus ancienne de 6 mètres, ajanl pour base une argile compacte.
Toi^bo Pour la tourbe émergée^ M. Lesquereux remarque que les énicigéc. Sphaignes renferment, par suite de leurs propriétés hygroscopiques absorbantes très -prononcées, une quantité d'eau telle que ces mousses peuvent s'imprégner d'une aussi grande proportion d'humidité par l'atmosphère que par une nappe d'eau sous-jacenle. Cette sorte de végétation permet ainsi à la tourk
de se Tonner dans des conditions où d'autres végétaux n*en ' produiraient pas, et en particulier le long des pentes supérieures des montagnes. Ces mousses ne se développent point d'ailleurs sous les arbres des forêts, et l'auteur n'a point observé de tourbes émergées dans la composition desquelles les Sphaignes n'entrent comme partie essentielle de la végétation qui les a formées. Dans les tourb.es de la Terre-de-Feu, suivant M. Darwin, le rôle de ces mousses serait i^mpli par YAstelia jmmila et la Vofiaêia magellanica, par cette dernière surtout dont les feuilles nouvelles se succèdent sans interruption autour delà tige; celles du bas pourrissent d'aborJ, et, si Ton suit la racine dans l'épaisseur de la masse tourbeuse, on les voit conserver leur position sous leurs divers états jusqu'à ce que le tout ne forme qu'une seule masse* • * .
Dans les dépôts lourbeux des montagnes on observe une sorte de stratification et des alternances dans leurs caractères qui proviennent de leur plu$ ou moins de développement, par suite de la quantité d'humidité à un moment donné.' On ne remarque pas ces- variations dans les tourbes immergées plus homogènes, s*élevant rarement au-dessu^ de l'eau et dans laquelle les mousses ne croissent pas. Il arrive quelquefois que les deux espèces de tourbe se superposent; c'est lorsque les végétaux ligneux se développent à la surface de la tourbe qui atteint le niveau de l'eau et que les Sphaignes végètent sur leurs détritus. 11 faut pour cela que la température soilr froide ^
comme celle des lacs du nord de l'Europe.
La nature du sol n'a point d'influence sur la formation de la tourbe qui s'accumule sur les roches basaltiques, granitiques, arcnacées, siliceuses, calcaires ou argileuses, mais si sa composition minéralogique ou chimique n'a aucune action à cet égard, nous ne pensons pas qu'il en soit de même de ses ca- « ractères physiques et de son état d'agrégation, comme nous l'avons dit plus haut.
M. Lesquereux ne croit pas qu'on puisse assigner l'époque Ancienneté, à laquelle 'ont commencé à se former los marais tourbeux, mais nous trouverons jlans l'examen de leurs relations strati-
. graphiques, sur certains points, des données suffisantes pour nous fixer à cet égard. On peut d'ailleurs admettre que tous les dépôts de celte nature n'ont pas commencé au même moment; ils se sont formés à mesure que, sur chaque point, les circonstances leur devenaient favorables, et Ton peut supposer qu'il y en a. qui commencent encore à se produire de même que sur d'autres points la fonnation a pu cesser. ÉpawsQur. Certains dépdtsHourbeux aitei^ncnt jusqu'à 18 mètres d'épaisseur, tandis que d'autres n'ont que quelques centimètres; les uns sont presque à Tétat de charbon, les autres montrent encore tous les* Caractères des végétaux qui les constituent. Leur formation 43st, en général, plus lente dans les marais que sur les montagnes, et les tourbes lacustres doivent remonter à une plus haute antiquité, probablement jusqu'après la retraite des eaux diluviennes.
proporUoQ D'après un certain nombre d'exemples étudiés attentivement, „ <*«. on a pu admettre que la croissance première de la tourbe était
l'accroisse- ' ' \ -t nm n i • » i
ment, rarement momdre de 0 ,64 par siècle et que souTent elle a pu atteindre le double ou l'**,28. La tourbe, après avoir été exploiiée, se reproduit certainement, mais d'une manière variable, suivant les lieux et dans un laps de temps sur la durée duquel on n'a pas encore des données bien positives, celles que l'on obtient des exploitants ou des propriétaires étant rarement concordantes. Dans des tourbières de la vallée supérieure de la Somme, que nous avons décrites, on estime qu'il fallait un siècle pour la reproduction d'une couche de 3"',50, ce qui donnerait environ 13 millimètres par an, proportion probablement trop forte.
Flore. L'examen comparatif de la flore des tourbières immergées ou émergées montre qu'il y a une extrême disproportion entre les familles qui y sont représentées. Parmi les mousses, 55 c^ pèces concourent à sa formation ; en y ajoutant les hépatiqueî^f les conferves, les fougères et les presles, on trouve que pla« de 50 espèces de cryptogames composent la grande masse d» dépôts tourbeux émergés. Parmi les phanérogames il y a 36 espèces de monocotylédones, et une vingtaine seulement àt
dicotylédones concourant au résultat commun. Mais il serait difficile de pngiver que ces derniers contribuent essentiellement à la formation du combustible.
Ainsi que nous Tavons dit précédemment pour les marais
tourbeux du nord de la France, il n'y a aucune plante qui s'y
Irouve exclusivement, et aucun phanérogame immergé n*a la
propriété de toujours produire de la tourbe; d'oii l'on doit
conclure que, dans les circonstances favorables, c'est-à-dire
dans les eaux tranquilles et basses où il n'y a ni courant ni
action dissolvante, le ligneux des plantes quelles qu'elles soient
se conserve sous Teau pour constituer la tourbe. Partout oii
ces conditions n'existent pas le ligneux décomposé ne forme
pas de couche de combustible. Aussi les joncs, les roseaux,
les laich'es, lés rubanniers, plantes à feuilles longues, étroites,
dures et tranchantes ()ui renferment beaucoup de ligneux,
et parmi les cryptogames certaines mousses formées pour plus
de la moitié de leur poids de ces mêmes fibres ligneuses, se
montrent partout dans les lieux humides où s^accumule la
tourbe. Quant à la tourbe marine, elle parait surtput formée
de Zostera marina^ de Fuciis' diyitalus, etc. ; les Glaux et les
Salicornes croissent à sa surface.
La flore des tourbières de l'Europe parait être à peu près la niême partout. Vers le nord, dit M. Lesquereûx, apparaissent cependant quelques mousses rares, dans le Jura, la Palu- ^ellasqtmrrosa et suviouihs Splachnitm. Quelques arbustes changent; ainsî VEricavulgaris est remplacé parl'E. tetraliXy les Airelles, YArbutus urva-ursi^ ÏEmpetnim nigniniy qui dans le Jura ne croissent que dans les lieux élevés non tourbeux.
Quelques tourbes marneuses renferment une si grande quantité de débris de coquilles fluviatiles et terrestres qu'on a peine quelquefois à la faire brûler. Toutes les espèces vivent encore à la surface du sol ou dans les eaux voisines. Quant aux insectes des fosses tourbeuses, et particulièrement Jes coléoplères fort nombreux, aucun n'appartient exclusivement à ces endroits. Les Colymbètes ou DtftUcuSy les Gj/riwiw, les Hydrophiles y vivent' comme dans toutes les es^ux tranquilles. Leur
présence et celle des coquilles dans la tourbe expliquent cow^. ment les analyses de celle-ci ont montré qu'il y avait des substances d'origine animale telle que l'ammoniaque. Distribution La géographie des marais tourbeux est, comme le dit fort grapt^que bien M. Lesquereux, un sujet intéressant par toutes les toarbîèn». questiohs qui s'y rattachent, et dont cependant il semble que personne ne se soit occupé jusqu'à présent.
. On peut remarquer d'abord qu'il existe un rapport entre l'étendue et la profondeur des dépôts tourbeux d'une part, la température et l'humidité des contrées où ils se trouvent de l'autre.
En Europe, continue-t-il, la région des tourbières s'élend du revers nord des Alpes et des Pyrénées jusqu'aux latitudes septentrionales où cesse la végétation des plantes irgneuses. Elle commence ainsi vers le 45" ou le 46**, et plus au sud on n'en rencontre pas. Les exemples qu'on pourrait y citer sont des marais situés sur des montagnes où la température est celle des pays du Nord. Dans le midi de la France et dans les Pyrénées il n'y a de tourbe que sur les montagnes; dans les Alpes, les vallées en renferment jusqu'à 2600 mètres d'altitude.
Dans l'hémisphère sud, la région des tourbes paraît s'arrêter à des limites correspondantes. Ainsi, suivant M. Darwin, il n'y a pas encore dé tourbe dans l'île de Chiloé par 41* et 42", qi\oiqu'il y ait beaucoup de marais, mais elle est fort abondante dans les îles Chonos, à 5° plus au sud. C'est dans les îles Malouines, par 52** latitude méridionale, que la' tourbe acquiert le plus de développement en surface et en profondeur. H est digne de remarque que c'est en Irlande, sous la même latitude septentrionale et sous la même température moyenne, qu'on rencontre aussi la plus grande quantité de marais tourbeux. .^ L'Irlande, dit M. Lesqûereux, n'est, comme les îles Malouines, qu'une vaste tourbière.
Au delà des zones froides d'une part et tempérées de l'autre • il n'y a donc point de véritable tourbe, et la température moyenne la plus favorable à sa formation est de 6° à 8* cent C'est précisément celle de l'Irlande et des île$ Malouines ou
Falkland, c'est aussi celle des hautes vallées du Jura où les dépôts sont si nombreux et si puissants. Lorsqu'on s'avance ensuite vers le N. Tactivité de la végétation diminue, les marais gagnent en étendue par la disposition du sol, mais la tourbe est de moins en moins épaisse.
On peut conclure de ces faits que la température du globe n'a pas. sensiblement changé ou ne s'est pas réchauffée d'une manière bien prononcée depuis les dépôts diluviens, et si, pendant la période quaternaire, la température de l'Ecosse, par exemple, s'était abaissée et étendue jusqu'aux iles Madères, on devrait, suivant M. Lesquereux, trouver quelque part, dans le midi de l'Europe, des dépôts tourbeux contemporains de cet abaissement de température, et c'est ce qu'on n'observe, pas.
Mais à l'époque où l'auteur écrivait on ne se faisait pas une idée bien nette de l'étendue de la période quaternaire ; pn n'y voyait que le transport des blocs, des cailloux roulés, etc., et la destruction des grands mammifères, c'est-à-dire la On même ou une partie de cette période. Mais en réalité rabaissement de température supposé n'a rien d'incompatible- avec le caractère négatif invoqué, car il n'a eu qu'une faible durée relative, insuffisante pour donner Heu à de puissants dépôts tourbeux, lesquels, s'ils avaient eu lieu, auraient encore pu être enlevés et détruits par les phénomènes diluviens qui ont exercé leurs actions dénudantes précisément dans la même zone.
La tourbe s'observe dans l'ouest de la France, depuis les landes de la Gascogne jusqu'en Belgique, dans les dépressions du sol où régnent les conditions que nous avons indiquées ; niais c'est surtout sur le littoral de la mer du Nord qu'elle prend un accroissement particulier. Toute la Hollande repose sur un sol tourbeux, et les sondages comme les puits exécutés sur ses divers points montrent toujours plusieurs couches de cette substance, séparées par des lits plus ou moins argileux, indiquant les changements de niveau relatif survenus pendant la succession du phénomène général. Celui-ci s'observe sans discontinuité depuis le Zuydcrzée jusqu'à l'embouchure de l'Elbe, sur une largeur de 20 à 25 lieues à partir de la côte.
Les provinces du nord de la Hollande, rOveryssel, Drenthe, la Frise orientale et occidentale, puis Groningij^^ Osnabnick, Oldenbourg, Brème, toutes ces provinces et ces villes riches et populeuses paraissent occuper une surface conquise sur la mer par Taccroissement lent mais continu des ^ • marais tourbeux. La presqu'île du Jutland offre partout sur
ses rivages de grandes étendues de sol tourbeux. Danemark Suivant Dau, les anciens lacs de Snodstrupet de Store, dans iiesvoisincs. I^ Holstciu, sont aujourd'hui comblés sur une grande étendue; le milieu seul est encore à découvert, mais la surface de l'eau diminue chaque année. Les bords ^u Grubersee sont couvcrls de prairies établies sur la tourbe, et au milieu s*élèvent uue multitude de petites iles, couvertes de roseaux, qui corobleroot bientôt ce golfe, où des vaisseaux naviguaient il y à quatre siècles. L*île de Seeland, en Danemark, n'a pas moins de 20,000 arpents de sa surface en tourbe, et celle de Bornholm en est presque entièrement formée. Dans la Lithuanicle même observateur signale des dépôts de cette substance qui ont 12 à . 15 mètres de profondeur et qui s'élèvent de la même quantité au-dessus des plaines et des eaux environnantes.
Dans son mémoire sur l'invasion du Hêtre en Danemark, M. C. Yaupell (i) rapporte des faits intéressants que nous croyons devoir reproduire ici et dont la connaissance nous sera ulile pour certaines parties du chapitre suivant.. Il examine successivement les forêts sous-mannes^ les tufs caladres et les tourbières^ tif^ois sortes de dépôts d'origine végétale qui se rattachent les uns aux autres.
Les forêts sous^m^rines des côtes de la Scanic, de File i^ Fionie, de la côte orientale du Jutland sont plus communes encore sur celles de Schleswig. Les arbres y sont enfouis dans une vase argileuse marine. La carte d'Âusten montre pfl^ toutj des deux côtés de la Manche, de ces amas de végétaux qui tendent à prouver que les îles Britanniques tenaient au Continent à Une époque peu ancienne* Dans le canal deKodalt
(i) Ann, des ScUncts naturetles, 4' série» Botanique, vol. Yn;i85Î'
en JuUand, et sur d'autres points du Danemark, les bois qui les constituent sont le Bouleau d*abord, puis le Chêne et le Pin. Ils sont surmontes de dépôts coquilliers jusqu'à 5 et 6 mètres au-dessus de Teau, tandis que ceux de la Manche sont au-dessous de ce niveau, circonstances qui prouveraient un soulèvement dans le premier cas et un abaissement dans le second.
Les tufs calcaires sont constitués non plus par des arbres, mais par des feuilles encroûtées de carbonate de chaux. L'Érable et le Chêne, le Saule, le Bouleau et. le Pin y dominent. Dans les tufs de Lund sont des feuilles d Orme, de Pin, d'Aune, de Noisetier et de Saule (Salix eaprxa^ aurita et repens).
Les tourbières existent surtout entre Copenhague et Elseneur. a Aucun pays d'Europe ne possède des accumulations séculaires « de végétaux qui se prêtent aussi bien aux recherches, soit « que Ton ait pour but de connaître les plantes dont la tourbe « est formée, soit qu'on se propose de découvrir, parles débris « des arbres qui s'y trouvent, quelles espèces croissaient sur a les collines environnantes, à Tépoque où les bassins mareo cageux se comblaient par la réunion des plantes qui s'y con- « vertissaient en tourbe. » La quantité des troncs d'arbre morts y est prodigieuse, et, quoique, depuis trente ans, ils aient été exploités par millions, leur nombre ne semble pas avoir dimi^ nué. Cependant ils n'ont point contribué à la formation de la tourbe, uniquement duc aux cypéracées et aux mousses. Les diverses essences d'arbres ne sont point d'ailleurs toutes con^ temporaines; on peut y reconnaître une certaine succession, ainsi que l'a constaté M. Stecnstrup pour les tourbières des en* virons de Copenhague.
Les anciennes forêts du pays, surtout celles du Jutland^ étaient composées d'un mélange de conifères et d'arbres à feuilles caduques, parmi lesquels le Bouleau était le plus commun. Puis vint le Chêne. Le Pin silvestre, le Tremble, le Saule, le Noisetier, l'Orme et l'Érable n'avaient, comme aujourd'hui, qu'une importance secondaire. L'Auile, le Bouleau et une seconde espèce de Pin croissaient dans les marais. Le Ilétre manquait alors tout à fait, tandis qu'aujourd'hui
il domine dans toutes les forets du pays. Il manque également dans les tourbières, les tufs calcaires et les forèU sous-marines. Le Pin, qui, au contraire, n*appartient plus à la flore danoise, était très-commun dans les tourbières. On sait qucleHélre n'existe pas non plus dans les tourbières de Hollande, d* Angleterre et de Normandie, régions dans lesquelles il s^est répandu en venant de l'Europe centrale.
« Ainsi, dit M. Vaupell, au commencement de la période géologique actuelle TAllemagne septentrionale, le Danemark, les Pays-Bas, TAngleterre et le nord de la France étaient couverts de Bouleau, de Pin et plus tard de Chêne. Ces arbres se disputèrent longtemps la suprématie avant que le Hêtre luimême prit part à la lutte. Ce ne fut que lorsque le sol fut devenu moins humide, peut-être par suite des travaux de rhomme, et qu'il eût été suffisamment fertilisé par les détritus des végétations antérieures, que le Hêtre commença à se montrer. Ses progrès furent lents d'abord, mais chaque siècle en augmenta la puissance. Son domaine est aujourd'hui fort étendu et il s'accroîtra encore jusqu'à ce qu^il ait atteint ces contrées stériles ou marécageuses où il ne saurait vivre et qui seront le dernier asile des Pins et des Bouleaux. »
On a vu que les tourbières émergées avaient ordinairement une plus grande épaisseur que celles qui se trouvent sous l'eau ; la température la plus favorable à leur développement , continue M. Lesquereux, est, dans ce cas, une moyenne annuelle de 5" à 8^ cent., et Ton eh trouve rarement là où cette movenne dépasse 10^. Le développement est en raison du plus ou moins d'humidité de Tatmosphère. « Les montagnes et les vallées de a l'Irlande, les chaînes de l'Europe centrale, les Cévennes, les « Vosges, le Jura, la Forét-Noire, le H^rz, les Alpes même a nous offrent de ces marais tourbeux émergés, et beaucoup « sans doute sont encore inconnus. »
Nous n'avons point à nous occuper ici de Tinfluence des marais tourbeux sur l'origine des sources, sur la température et la salubrité de l'air, non plus que sous les points de vue chimique, économique, industriel ou technique, mais les rela-
mode rormaiion
t^ions qui existent entre les divers combustibles minéraux, soit fossiles, soit modernes, ont suggéré à M. Lesquereux des rernarqucs dont nous croyons utile dereproduire ici celles qui se i-allachent directement à l'objet de nos études.
Les amas de combustibles végétaux n ont pu être formés ongine que de deux manières, soit par des dépôts que Tauteur appelle ^ '^J^ ejciérleurs et accidentels^ et que nous croyons mieux désignés Hesdépou en les appelant dépôts par voie mécanique^ soit par l'entasse- combusuwM ment successif de végétaux qui ont crû et sont morts sur les ^•^'^'""*lieux mêmes où on les trouve enfouis. Toutes les tourbières sont dans ce dernier cas.
Les dépôts de ligniles tertiaires comme les houilles secondaires ne seraient en général que le résultat du charriage des végétaux par les grands cours d'eau, ou réunis et entassés par quelques circonstances fortuites, locales, d'une durée phis oo moins limitée. Les véritables dépôts houillers de la péri ode carbonifère auraient été, au contraire, formés à la ipanîcre des tourbes actuelles, ce que M. Lesquereux s'attache à démontrer par les caractères des végétaux des uns et des autres.
Les cryptogames, en effet, dominent dans tous deux ; les phanérogames monocotylédones viennent ensuite, et les dicolyléclomes ne paraissent entrer pour rien dans la composition de ces dépôts; niais on peut remarquer que, si les cryptogames composent en grande partie la tourbe comme la houille, il y a cependant i celte différence essentielle, relalivement à ce que nous dirons \ loulà l'heure, que ceux de la tourbe sont propres aux zones froides ou tempérées et que ceux de la houille appartiennent, I au contraire, à des formes essentiellement tropicales, de sorte qu à Tépoque. houillère les dépôts qui se formaient d*unc manière analogue à la tourbe pouvaient se produire avec des conditions de température et des végétaux qui actuellement ne donnent plus lieu à de la tourbe, puisqu'il ne s'en forme pas sous les tropiques, régions où se développe seulement la végétation la plus analogue à celle du terrain houiller. ^ un autre côté, il y a entre ces dépôts, si éloignes dans le
temps, des rapports qui ont pu échapper à un botaniste, roanz^ qu'un géologue n'aurait pas négligés : c'est que, de mênie qu' zil y a des tourbières de montagnes, des tourbières de plain^^^ ou lacustres et des tourbières marines, de mêmeiljad^^s houilles formées loin de la mer, à une plus ou moins gran(3« élévation et exclusivement lacustres, et d'autres qui se soEit déposées dans le voisinage immédiat des eaux salées ou darB s ces eaux elles-mêmes.
Un caractère commun à la houille et- à la tourbe plus impo:rtant encore, et que n'offrent point les Hgnites secondaires ou tertiaires, c'est la continuité et le paralléHsme des couches l^ plus minces sur d'immenses étendues, tandis que les aulr^^ amas charbonneux sont plus ou moins discontinus, quoiq«-ie souvent à un même niveau , et très-variables à ce nive-^u dans leur composition, leur épaisseur et les alternances av^^c d'autres couches de nature différente, et cela à de petites d mstancos. Ces derniers caractères sont d'ailleurs parfaitement ^n rapport avec les variations et les irrégularités des circonstanczs^ mécaniques sous l'empire desquelles nous supposons qu^ la plupart de ces amas de végétaux ont été accumulés.
Mais un rapprochement ingénieux que Ton doit à M. Lcsqi:i«reux, c'est que les zones superficielles ou géographiques, dstws lesquelles est renfermée' la formation des tourbes actuelles dans les deux hémisphères, sont à peu près les mêmes qve celles de la formation des matières combustibles des temps anciens. A mesure qu'on descend vers le sud de l'Europe les dépôts houillers disparaissent ou sont peu puissants. Dans l'Europe occidentale, on ne voit plus de hbuille en dehors des limites où la tourbe cesse de se' produire aujourd'hui, et dans le Nord on remarqueque les couches de charbon diminuenld'é- «I^i paisseur, quoique le système auquel elles appartiennent prenne une grande extension horizontale, et les marais tourbeux de la i «c zone glacée, sur des surfaces immenses, n'offrent à peine que I ^ quelques pouces de véritable tourbe. La vraie région de la 1 i? tourbe serait donc la même que celle de la houille! Des faits Ë'^^ analogues s'observent dans le nouveau continent, et, dans l^
rhémisphère sud comme dans rhémisphère nord, la houille pas plus que la tourbe n'a clé rencontrée entre les tropiques/
Souvent des observateurs ont mentionné comme des dépôts tourbeux des amas de bois, plus ou moins anciens et plus ou moins altérés, passant au lignite, en formant des couches limitées et dues par conséquent à une tout autre cause que la véritable tourbe. Nous pensons qu*un eiamen attentif de semblables dépôts suffira toujours pour les faire reconnaître. .
Quant à chercher, dans la distribution plus détaillée des dépressions occupées par la tourbe, des rapports avec la forme des anciens bassins houillers, c'est, suivant nous, aller au delà des faits réellement connus, car les reliefs des continents ont clé trop modifiés entre les deux périodes pour qu'on admette la justesse de certaines vues que Taccord de quelques faits isolés ne suffit pas à démontrer.
Quoi qu'il en soit, on peut dire qu'à aucune autre époque nous n'observons de phénomènes absolument semblables, par leur généralité et par leurs caractères propres, à ceux que nous dévoilent, sur des échelles sans doute bien différentes, soit dans l'espace, soit dans le temps, la période houillère et la période actuelle, que Ton pourrait, avec presque autant de raison ^ appeler la période tourbeuse et plutôt que Yère des duneSj comme on a proposé de la désigner. En effet, les dunes de sable, qui sont particulières aux côtes et dans certaines conditions, sont un phénomène de tous les temps, puisqu'elles résultent de causes physiques qui ont dû se produire dès qu'il y a eu des terres d'une certaine étendue et des plages de sable ; ensuite ce phénomène est propre à quelques points du littoral; enfin il n'a aucun caractère organique. qui puisse servir à le faire reconnaître pour le classer dans la série des. âges.
L'ancienneté des dépôts tourbeux remonte, suivant toute Aqwiio probabilité, comme celle des dunes, au commencement de la ^^^ période attuelle, et nous avons, pour appuyer celte opinion, >" le fait général que, malgré leur position si fréquente dans les de» dépressions du sol, au fond des vallées, le long des plages *^*^^**'*^'*
iOi TOURBES ET MARAIS TOURBEUX.
basses qui bordent la mer, nulle pari ils ne sont recouver*^ par les dépôts de transport diluviens ou quaternaires mér^ les plus récents. C'est là un caractère stratigraphique essent^ et qui lève toute incertitude à cet égard. • A en juger par leur mode de formation et par la pcoporlîoj de leur accroissement, un des auteurs que nous avons cités Xp^ fait remonter à 6000 ans , sans doute pour mettre ce cliifîre d'accord avec de vagues données historiques ou traditionnelles; mais il nous semble plus naturel, et plus conforme à cciles déduites de Tobservation directe, de dire, avec M. Lesquercui, et sans avoir la prétention de fixer un chiffre même approximatif, que la formation de la tourbe date de Tèrô actuelle et qu'elle a dû commencer dans les régions indiquées, après la cessation des derniers phénomènes diluviens. Le développement de la tourbe ne peut pas d*ailleurs servir de chronomètre absolu, à cause de sa variabilité suivant les lieux, les conditions physiques^ la nature de la végétation, etc.
L'examen des restes d'animaux fossiles rencontrés jusqu'à ce jour dans les tourbières vient de tout point confirmer cette manière de voir. Les restes de mollusques terrestres, fluviatiles, lacustres ou marins ^appartiennent tous à des espèces vivant encore dans le pays; ce sont des Bulimes, desLimnécs, des Succinées, des Planorbes, des Paludines, des Valvées, des Cyclades, des Héliees, des Clausilies, des Maillots, avec des graines, des noisettes, des bois de dicotylédones et de conifères, etc. Il en est de même des insectes. Parmi les restes de vertébrés, -ce sont des ossements de Hérisson, de Taupe, de Chien, de Loutre, de Castor, de Sanglier, de Cheval, de Cerf, de Chevreuil, de Bœuf, d'Aurochs, de Renne et d'Ours, suivant les diverses localités. Quelques-unes de ces espèces cependant ne vivent plus aujourd'hui sur les lieux mômes ; ainsi le Castor trouvé dans les tourbières du département de TOiscct de celui de la Somme n'est plus connu dans le pays, et est même très-rare dans la vallée du Rhône.
Une espèce de Cerf ou d*l^^lan, désignée par Cirvicr sous le nom de Cerf à bois gigantesque (Cervus megaceros^ Cerf des
TOURBES ETBIARAIS TOURBKUX. 405
tourbières, ou Megaceros hibernicus)^ n*appartient pas réelle* ment à Tépoque actuelle. Lorsque Fon compare avec soin les détails donnés sur les gisements où ces restes ont été rencontrés, on voit que c'est toujours, non pas dans la tourbe, mais dans une marne blanche placée au-dessous, et cela en Irlande, où il a été d'abord observé aussi bien qu'en Ecosse et dans le Yorkshire. Sur le continent, tant en France qu'en Allemagne et en Italie, il n\i jamais été cité dans les tourbières, mais bien dans les dépôts de transport quaternaires des vallées, quelquefois même avec des restes d'Éléphant. Aussi Cuvicr a-t-il eu raison de dire, en parlant des débris de ce Cerf, que leur situation était exactement la même que celle des ossements de rËléphant fossile, et Ton sait, en effet, que près de Sévran, dans la foret de Bondi, des restes de ces deux grands mammifères ont été trouvés ensemble.
On rencontre aussi fréquemment, dans les parties récentes des tourbières des vallées, des débris.d'industrie humaine, des vases, des poteries, des armes, des monnaies anciennes, des médailles, etc.
Ainsi, par leur disposition géographique, leurs relations stra- Résumé, ligraphiqucs, l'intégrité de leurs caractères physiques partout, comme par les débris d'animaux et les restes d'industrie humaine qu'elles renferment, nous avons tout lieu de croire que les tourbières sont postérieures aux dépôts quaternaires et appartiennent à l'époque actuelle. 11 existe à la vérité, fin Danemark, des tourbières surmontées par des dunes, mais cette circonstance prouve seulement que ces dernières ont envahi les marais tourbeux, comme elles envahissent de nos jours des villages entiers et les terres cultivées qui se trouvent dans la direction de leur mouvement.
Nous avons vu, à peu d'exceptions près, les restes d'animaux produire dans la mer des dépôts de quelque importance; à lasurface des continents et des îles, ce sont seulement les végétaux qui donnent lieu à des couches de quelque épaisseur. Dans le premier cas, ce soni les organismes les plus inférieurs qui concourent le plus efficacement à ce résultat; dans le second,
400 DISTINCTION DES ÉPOQUES MODERNE ET QUATERNAIRE, ce sont généralement aussi les plantes les plus simples qu forment les couches de combustible ; et ce que nous déduisoc — ^^ ici des phénomènes actuels peut s'appliquer encore à tout^c?»^ les périodes de l'histoire de la Terre.
§ 2. DiflmoUon des époques moderne et qualernaîre*
Nous ferons suivre Texposé des phénomènes organiques de Tépoque actuelle de quelques réflexions sur la nécessité <3c conserver sa distinction et sa séparation d*avec celle qui 1 si précédée immédiatement.
Quelques zoologistes, ne tenant aucun compte desphérm^mènes physiques si remarquables, si complexes, et en mér'vc temps si particuliers et si généraux de l'époque quatemai^^? ne prenant en considération qu'un côté de la paléozoolog-Sc, celui naturellement dont ils s'occupent, ont cru pouvoir d vrc que cette époque n'existait pas comme distincte de répo<|^ uc moderne. Raisonner ainsi, c'est, suivant nous, méconnaîtra ^ la fois les principes que nous jugeons par les faits avoir p:«sidé à la succession graduelle des êtres dans le temps et les résultats des causes dont ces principes sont indépendants.
Pour nous qui cherchons à voir dans la série des âges de la nature quelque chose de plus que de simples questions à* espèces animales ou végétales, nous trouvons précisément Aans l'organisation de cette époque le degré d'analogie que Ton pouvait lui assigner a priori par la place qu'elle occupe entre le terrain tertiaire supérieur et le terrain moderne. Elle nous montre sans doute plus de ressemblance avec ce qui nous entoure que les dernières faunes et les dernières flores tertiaires, etcela devait être, car les différences sont en raison des temps, et par conséquent d'autant moins prononcées que ceux-ci sont plus rapprochés. Mais se fonder sur ces analogies, sur des identités mômes que nous reconnaissons pour réunir les deux
époques en une seule, c'est une erreur aussi manifeste que si I