‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 50 sur 78 · AU RESTES DUNDUSTRIE HUMAINE · texte numérisé non relu

AU RESTES DUNDUSTRIE HUMAINE

le célèbre auteur du Système sUuHen est porté à regarder Tilc de Gothiand comme ayant éprouvé une élévation assez prononcée depuis l'époque actuelle, et même depuis un petit norobrc de siècles. Les habitants, à la vérité; attribuent ce changement de niveau à rabaissement de la mer, et non au soulèvement de Tile, mais on sait combien il est facile, dans ce cas, de prendre un efTet pour l'autre (i).

M. Mnrchison rappelle ensuite que M. Niisson a trouvé, atdessous de 3 mètres de tourbe, près d'Ystadt en Scanie, un squelette de Bos unis ou primigenim^ dont les cornes étalent profondément ensevelies dans l'argile bleue sous-jacente. Il y avait dans la même couche des ossements de l'Aurochs, qui vit encore dans la Lithuanie, de Daims et d'autres maromiieres terrestres. Un trou qui pénétrait obliquement à travers la première, la seconde et même la troisième vertèbre lombaire de l'Urus a été reconnu par M. Niisson pour avoir été fait avec la pointe d'un javelot d'un ancien aborigène. Ainsi l'homme se trouverait contemporain d'animaux perdus et d'autres qui existent actuellement, et les marais qui renferment ces débris auraient été recouverts de gravier et de sable depuis cette même époque.

M. G. Bischof (s), àMa suite de ses recherches sur la cause des volcans, des tremblements de terre et des sources thermales, a essayé d'y rattacher les soulèvements contemponÛDs tels que ceux dont nous nous occupons. M. Berzelius avait cm que les vides produits entre la croûte solide du globe et le noyau liquide, par suite du refroidissement de la masse, pouvaient donner lieu à des plissements et à des courbures de certaines portions de cette croûte qui s'élèverait ainsi d'un côté et s'abaisserait de l'autre ; mais le savant chimiste de Bonn fait voir, contrairement à l'opinion de son illustre confrère de Stockholm, que les masses solides peuvent être soulevées très-

(1) Quart. Joum. geoL Soc. ofLondon, nov. 18^, p. 363.

(2) On the natural history of volcanoi, etc. {Edinb. new phil Joum., vol. XXVI, n* 5, janvier 1839).

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lentement par le même agent qui élève les laves liquides dans les cheminées volcaniques. Cet effet peut' se continuer encore après que l'action de la. vapeur a cessé, et cela par suite de Texpansion qu^occasionnerait le calorique dégagé de la vapeur pendant sa condensation. Si Ton suppose, par exemple, que sous la Scandinavie Técorce de la terre ait une épaisseur de 139,840 pieds et que son expansion par la chaleur soit dans le même . rapport que dans la poterie, une augmentation de température d'environ 2^,9 R. pendant 100 ans suffira pour produire une expansion de 4*',26 dans une couche de Fépaisseur supposée, ce qui est la proportion indiquée pour le soulèvement. En outre, le sol de la partie de la Scandinavie qui s'élève est formé par le granité, tandis que celui de la *Scanie qui s'abaisse est occupé par les couches crétacées. Le granité de Bornholm, quoique situé en face de la côte de Shoneu qui s'abaisse, ne s'élève pas moins que celui dq nord. L'idée d'attribuer à la différence de conductibilité et de dilatabilité des roches les oscillations du sol avait été déjà proposée plusieurs années auparavant.

§ 2. ^dlilienm6ddîiigs du Daneiqarlu

De ces divers témoignages de l'industrie humaine trouvés Age» enfouis dans les dépôts marins de l'ouest de l'Europe avant debronTo ces soulèvements si récents, passons à ceux que les premières |H)pulations des îles du Danemark ont laissés à la surface même du sol émergé alors.

D'après les recherches qui ont été faites dans les tumtdi ou anciennes sépultures du Danemark, dans des amoncellements de restes d'animaux, dont les hommes se nourrissaient, et de l'examen des tourbières du même pays, il est résulté une prodigieuse quantité de produits de l'industrie des premiers habitants du pays, lesquels, étudiés, comparés et arrangés par les archéologues, forment^ à Copenhague un des plus curieux musées

de fer.

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d^antiquités qui se puissent voir. MM. Thomsen, Niisson, Luir^^, et plusieurs autres savants, par la comparaison attentive ^^^e tous ces matériaux et des divers gisements d^où ils provenaiei^^/ ont cru y distinguer les résultats de trois âges de civilisati^EDA diiîérents et successifs, caractérisés chacun par là principal le substance employée dans la confection des instruments, outi 9^, armes, ornements, etc., jet ils ont désigné le premier ou le pi ^^ ancien de ces âges sous le nom à'âge de pierre^ celui qui lui a succédé sous le nom d^âge de bron^Cy le troisième sous celui d'âge de fer, et le quatrième daterait de Tintroduction du christianisme dans le pays.

Mais hâtons-nous de faire remarquer que tout en étant successifs, ces âges ne peuvent être comparés à des périodes géologiques, non-seulement à cause de leur faible durée, mais surtout parce qu'ils sont relatifs à tel ou tel pays, et que dans de$ pays différents ils ne se correspondent point quant au temps. Un peuple pouvait en être encore à Tâge de pierre pendant qu'un auti*c avait atteint Tàge de bronze, et un troisième Tâge de fer. C'est ainsi qu'aujourd'hui que nous pourrions, pour suivre la même expression figurée, appeler notre époque Tàge du platine et de l'aluminium, il y a encore des populations sauvages qui en sont à l'âge de pierre.

Dans cet âge de pierre, antérieur à toute tradition historique, à toute expression de la pensée traduite par des signes ou caractères alphabétiques, phonétiques ou hiéroglyphiques, âge qui doit le plus nous occuper, parce que c'est celui qui se rapproche aussi le plus des temps géologiques, les hommes n employaient encore aucun métal ; les os d'animaux sauvages, les cornes, les pierres et surtout les silex, diversement taillés, en tenaient lieu. On en faisait des instruments tranchants dd première nécessité et des armes offensives. Là découverte du feu dut amener l'introduction du bronze, composé de 9 parties d^ cuivre et de 1 d'étam. Il resle encore à expliquer commenli^ dernier métal, connu et exploité sur si peu de points en Eu^ rope, a pu être sitôt répandu, qu'on le retrouve partout dan^ cet alliage.

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Nous verrons que dans rAmérique du Nord un âge de cuivre aurait précédé l'âge de bronze, ce qu'explique la grande quantité de minerais de cuivre connue aujourd'hui dans ce pays. Quoique le fer soit de tous les métaux usuels le plus répandu dans la natnre, la réduction de ses minerais exige des • traitements plus compliqués qui n'ont pu être trouvés qu'à une époque de civilisation avancée.

Dans la Séeiande, les lies de Fyen, de Moen, de Samsoe, dans Kjôkkenmddle Jutland, le long du Lumfjord, du Mariagerfiord, etc., dit ''^^*' M. de Morlot (i), se trouvent des amas de coquilles marines, pris d'abord pour des bancs formés naturellement au fond d? la mer, mais qui sont en réalité les restes de mollusques et d'autres animaux dont se nourrissaient les premiers habitants du pays. Cette origine est démontrée par les débris d'industrie grossière qu'on y trouve disséminés. Ces amas ont reçu le nom expressif de Kjôkkejimôddings composé de* deux mots danois, kjôkken, qui veut dire cuisine, et môddingSj rebuts, restes, ordures. C'est à M^r. Forchhammer, Worsaœ et Steeustiiip que sont particulièrement dues les recherches dont ces* singuliq-s amas ont été l'objet.

On ne les observe guère que le long des liords et des bras de mer où Taction des vagues est faible. Ils sont généralement placés sur le bord même de Teau ; quelques-uns cependant en sont actuellement à 2 milles de distance, soit qu'il y ait eu un soulèvement de la plage depuis leur formation, soit qu'ils s^étendissent réellement jusque-là.

L'épaisseur des Kjokkenmôddings varie de 1 mètre à 1"*,60; quelquefois elle atteint 3 mètres. Leur longueur est parfois de plus de 500 mètres, et leur largeur varie de 50 à 65 mètres. L'intérieur n'offre aucun caractère dé stratiGcation; quelquesuns montrent des matériaux roulés, disposés par lits et prouvant ainsi des invasions locales et temporaires de la mer. Le charbon et les cendres trouvés dans ces amas proviennent^ en grande partie, de Zostera maritima.

(1) Bull, de la Sùc. wmdoise des se, naiur., vol. Vl, n*46, p. 265, man 1860.

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Les coquilles qui les constituent sont, suivant leur abondance, YOstrea edulis^ le Cardium edulCj le Mytilus edtdis et la Littorina littoreaj qui servent encore aujourd'hui de nourriture à Thomme. Les individus sont constamment adultes. 1^ Bucdnum undatum^le B. reticidatum^ la Venus ptdlastra soni plus rares, ainsi qu*une coquillp terrestre, VHelix nemoralis, VOstrea edulis a disparu de tout Tintérieur du Catégat, circonstance attribuée à la diminution de la salure de Teau depuis cette époque, et dans laquelle aujourd'hui les Carditm et les lÂttorina offrent une taille moindre que ceux des Kjôkkenmûddings.

Les restes de poissons y sont assez fréquents (Harengs, Cabillaux, Limandes, Anguilles), ainsi que ceux d'oiseaux terrestres et aquatiques (Coq de bruyères. Canard, Oie), mais il n'y en a point de Poules, d'Hirondelles, de Moineaux, ni de Cigognes. Le grand Pingoin, qui y a laissé des traces, n'existe plus dans le pays.

• Partout on trouve avec ces restes des ossements de Ceris, d^ Chevreuils, de Sangliers dont se nourrissaient aussi les habitants. Ceux d'Urus^ de Castor, de Phoques y sont également fréquents. Le Castor a depuis longtemps disparu du pays, ^^ rUrus, qui, suivant l'auteur, serait le Bos jyrimigeniuSy ^^ tout à fait éteint. Des restes de Loup, de Renard, de Lynx, ^^ Chat sauvage, de Marte, de Loutre s'y rencontrent encore, ^^ le Chien aurait été le seul animal réduit à l'état de domestici^ chez ces peuplades primitives.

On a remarqué que les têtes des os longs manquent toujours^ et l'on ne trouve ni côtes ni vertèbres; des os de la tête» il ne reste que la mâchoire inférieure, circonstance qui, suivant M. Steenstrup, prouverait que ces portions d'os sont celles que les chiens n'ont pu détruire. Un autre caractère particulier que présentent ces os, c^est qu^on les a fendus dans leur longueur pour en extraire la moelle, très-recherchée comme . le mets le plus délicat.

Des armes ou instruments grossiers fabriqués avec des silex, substance très-répandue dans les couches crétacées du pays.

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avec des os et des bois de Cerf, sont les restes d'industrie les pins communs dans ces accumulations de débris d'animaux. Ces témoins, laissés par les premières réunions dMiûmmes qui ont vécu sur les cMes du Danemark, s'observent avec les mêmes caractères de l'autre côté de T Atlantique, sur les rivages des États-Unis (1), aussi bien qu'à l'extrémité opposée du nouveau continent à la Terre-de-Feu où, suivant M. Ch. Darwin (2), les naturels vivent aujourd hui conune ces populations primitives du Nord. Un dépôt de coquilles, d'une tout autre origine et beaucoup ])lus récent, puisqu*il appartient à l'ère bis* ' torique, est celui que signale M. Aucapitainc dans la partie sud du port de Saïda, l'ancienne Sidon,.en Syrie. Il est entièrement formé de Murex brandaris^ tous brisés près du canal, et qui étaient recueillis pour l'extraction de la couleur pourpre si renommée et Tune des branches de l'industrie du pays. (Journ. de conchyUolofjiej vol. IIl, p. 393; 1863.)

Ce qui distingue les Kjôkkénmôddings des dépôts coquiUicrs naturels, c'est que leurs coquilles sont presque toutes adultes, n'appartiennent qu'à un petit nombre d'espèces, les mêmes partout, et à celles que l'on mange encore aujourd'hui, sans qu'elles en offrent les divers âges et les variétés, et sans qu'elles soient associées avec d'autres espèces et un mélange de sable et de gravier, comme on l'observe toujours dans les dépôts formés par la mer. On peut aussi supposer que ces amas indiquent l'emplacement ou le voisinage des habitations.

Les hommes de ces temps reculés étaient donc exclusivement pécheurs et chasseurs, vivant comme ceux de Textrémitc de VAmériquc méridionale de nos jours. Les armes en pierre les mieux travaillées ont été trouvées dans les anciens tom- • beaux, et la forme des haches différait un- peu suivant les pays. On y trouve encore des pierres d'une forme qui fait présumer qu'elles devaient être lancées avec une fronde.

{]) Vanuxem, Amer, Journ., vol. XLI, p. 468. — Lyell, A second vint, etc., vol. I, p. 338; H, p. 106, 115; 1850. (2) Journ. of researches, p. 228; 1840.

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Les tombeaux sont des espèces de chambres formées par d^énormes blocs de pierre. Les cadavres y étaient placés assis, le dos appuyé contre la paroi. Il y en avait quelquefois plusieurs dans la même pièce, et le tombeau était recouvert de grandes dalles au-dessus desquelles on amoncelait de la terre. La base de ce monticule était ensuite entourée d'une rangée de pierres (i). Les crânes de ces populations étaient très-arrondis, ressemblant a ceux des Lapons de nos jours, avec Tarcade sourcilière plus avancée. Comme chez les Groenlandais actuels, les incisives ne se croisaient pas en mangeant à la manière des autres peuples, mais se rencontraient en se superposant simplement.

Les races de Tâge de pierre durent être soumises et ert partie remplacées par des nations plus civilisées venues d'Orient, et qui, au lieu d'ensevelir leurs morts, les brûlaient el recueillaient les ossements dans des urnes funéraires. Aussi trouve-t-on beaucoup de squelettes du premier âge et point du second. La petitesse de 1q main chez les hommes de l'âge de bronze est constatée par la dimension de la poignée des armes, semblable à celle des Indous actuels. Les tumulus n'ont plus aussi les dimensions de ceux de l'âge de pierre; ce sont des amas de terre ou de petites pierres recouvrant les restes des cadavres brûlés, enfermés dans des vases en poterie avec des objets de métal. Avec la population de l'âge suivant ou de fer, Içs animaux domestiques se multiplient, l'agriculture se développe et l'industrie se manifeste par des produits particuliers.

Ces divisions, on le conçoit, sont surtout relatives au pays que Ton considère et n'ont point partout des limites ni des caractères absolus correspondants. Ces phases ont été plus rapides ou plus lentes dans un pays que dans un autre; ainsi nous verrons qu'en Suisse les animaux domestiques étaient connus dès l'âge de.pierre,/iue dans la Scandinavie le bronze aélc plus rare et le fer découvert plus tôt qu'en Danemark, etc.

(i) Lubbock, Nalur. hisL rtview, n- 4, p. 489; 1861. Trad. par Al|>h. Milfie Edward?, Ann. desac. nalnr.^ i' scr., vol. XVII ; 1802.

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§ 3. Haraît toorbem du l>aimeauirlE (l)«

Dans un mémoire public dès 1842 par M. Steenbtnip (2), ce savant a distioguc, parmi les amas tle végétaux qui remontent aux premiers temps de la période ^ actuelle en Danemark, et en prenant en considération les circonstances de lieux ou de leur emplacement, puis leur étendue et leur composition 'intérieure :

V Les Kjacrmoses ou Engmoses (fleidemoor, allem.), ou marais de prairies ; 2"* les LynmoseSj Svampmoses ou Hocimoses (Heidmoorj allem.), marais à Bruyères ou hauts marais; 5"* les SkovmoseslWalmoorj allem.) ou marais à forêts.

Les Kjaefynoses ou marais de prairies occupent les parties inférieures des larges vallées, le long des cours d'eau et bordent souvent les lacs et les côtes basses. lU sont formés surtout de plantes herbacées, de roseaux avec quelques itiousses. Certaines parties sont au-dessoua de Teau, d'autres au-dessus. Ils sont moins profonds que les autres amas de ce genre et leur épaisseur est de l'",60 à 4 mètres.

Les Lynmose^, marais à Bruyères ou hauts marais, s'étendent souvent dans de vastes jplaincs. Formés au-dessus de Peau par des Sphaigties et des Hyjmumj ils ont de 2'",60 à 5 et 4'",50 de profondeur, et Unissent par être envahis par les bruyères.

Les Skovtnoses ou marais à forêts, les plus curieux de ces différents dépôts, occupent des dépressions dans les sédiments quaternaires. Ils ont jusqu^à 10 mètres de profondeur et même

(1) ribtts traîloDS ici de ce sujet à cause de ses relations avec les divers 4çéS dont noQ8 avons parle et avec ce qu'il nous reste encore h en dire, sans qnoi nous eussions dû mentionner ces dépôts en parlant de la tourbe» dont ils ne sont que des modifications locales.

(2) JHém. deCAcad. des ?c. de Copenhague , vol. IX; de Morlol. BtU de la Soc, vaudoUe, vol. Vf, p. 263; 18C0.

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