NOTIONS PRÉLIMINAIRES
donne un corps claviforme, dont la partie renflée correspond au côté buccal de la coquille, et la partie atténuée, souvent subbilobée, à Tespace dans lequel se trouvaient les siphons. La forme constante du moule de la cavité prouve ainsi que la cot quille pouvait s'y mouvoir avec une certaine liberté.
Les moules des trous sont cependant modifiés à leur surface suivant les caractères de la roche perforée. Si, par exemple, celle-ci est un polypier, on pourra compter sur le moule ses lamelles qui se traduisent par des saillies caractéristiques- Tels sont les moules des trous de Lithodomes des calcaires blancs de la Guadeloupe, ceux du LithodomtÂS amygdaloides^ d'Orb., des couches néocomiennes inférieures de la Haute- Marne, du L. lilhophayuSj Cuv., du terrain tertiaire moyen de la Cilicie, à la surface desquels on reconnaît des empreintes à' HeliastraMi, etc.
Les moules des Lithodomes sont souvent fort allongés, et quelquefois atténués à l'extrémité antérieure. Lorsque Tanimal s'est enfoncé profondément dans la roche, Textrémité supérieure de Texcavation qui correspond aux siphons produit un moule en forme d'appendice étroit et très-prolongé. Si, après Topération du moulage, les parois de la roche perforée viennent à disparaître, il ne reste plus que les moules des trous constituant alors des séries ou des agglomérations de corps en massue sans aucune trace extérieure d'organisation. Les calcaires néocomiens avec Lithodomes d'Âmance (Aube), les calcaires avec P/io/a^ Comue/iana, d'Orb., desCrouttes (Aube) en olTrent des exemples.
Le plus ordinairement, lorsque l'animal a creusé son trou dans du bois, il ne reste que la partie extérieure de celui-ci, celle qui comprenait les siphons, et les moules isolés des trous apparaissent comme de petites massues. La. Pholas subcylindrica^ d'Orb., du gault de Novion (Ardennes) en offre un exemple. Le moulage du trou a produit de petites masses amygdaliforni&s, pressées les unes contre les autres, lisses, creuses, tapissées de fer sulfuré jaune, substance qui a aussi pénétré dans la masse du bois.
478 FOSSILISATION.
Lorsqu^on casse avec précaution le moule d'un trou de Lithodome ou de Gastrochène, on reconnaît que ce corps n'est pas simple, comme on Taurait cru au premier abord. 11 se compose, en allant du centre à la périphérie : 1° du moule proprement dit de la coquille perforante (Lithodome, Saxime, Gastrochène, etc.) ou de sa cavité intérieure; 2° d'un espace vide représentant le test disparu ; 5° d'une enveloppe calcaire fermée de toutes parts, dont la surface externe reproduit les aspérités de la paroi du trou exécuté par le mollusque, et l'interne, Tempreinte de la surface extérieure de la coquille ellemême. En un mot, les corps amygdaloïdes ou claviformes, que Ton rencontre souvent dans les roches, ne sont que des moules de coquilles lithophages, enveloppés d'une sorte de géode qui n*esl, à son tour, que le moule de l'espace compris entre la coquille et la paroi du trou qu'elle a creusé; aussi, lorsque le test qui a disparu était assez épais, on voit le uioule flotter dans la géode.
Les mollusques tubicoles, tels que les Clavagelles, lesTarets, les Fistulanes, etc., offrent aussi le moule de Texcavation ou du tube occupé par Tanimal ; mais dans sa partie renflée ce moule est terminé par le moulage de la cavité ou face interne des valves elles-mêmes.
M arrive souvent encore que les coquilles de Taret ont disparu ou M>nt comme^ prises dans la substance du moule, et Tonna plus alors qu'un corps allongé, cylindrique, terminé en massue, représentant exactement le moule de la cavité fajte par l'animal. Ainsi, à la surface des boissilicifiés en partie, des environs de Thouars, on remarque un grand nombre de trous peu profonds, occupés par la Pholas thoarcetisiSj d'Orb., à l'état de moules en calcédoine, tandis qu'à l'intérieur de ces mêmes bois se trouvent de longs cylindres calcédonieux, plus ou moins vides au dedans, formés par le moulage en silice des galeries qu'ont creusées les Tarets (Teredo antiquattis^ d'Orb.i
Les bois fossiles du gault de Machéroménil (Ardennes), pénétrés par du fer sulfuré, montrent à leur surface de petits trous, nombreux par places, ressemblant à ceux des Ftoaetdes
NOTIONS PRÉLIMINjAIRES. 479
Cliona sur les coquilles, mais dont une coupe permet de reconnaître Torigine. Ce sont des cylindres flexueux, dus au moulage des trous de jeunes Tarels.
Maintenant, toutes les fois que, par un de ces résultats de la uiuité fossilisation, on arrive à constater dans une roche Tancienne résu^^at» existence d'un corps organisé qui ne s'y trouve plus en réa- ft^^JÎfJîj^^ lité, le moule, Tempreinte ou la contre-empreinte auront, aux yeux de Tobservateur, une valeur presque égale à celle du corps lui-même, et d'autant plus grande que les caractères de ce dernier seront mieux représentés. On pourra, par suite, en déduire les mêmes conclusions paléontologiques ; aussi, dans la géologie pratique, Tétude de ces traces de corps organisés a-telle pris une grande extension, et cela d'autant plus qu'il y a des formations entières où la plupart des fossiles ne se trouvent qu'à cet état, et d'autres où, comme le calcaire grossier du bassin de la Seine, sur certains points, tous sont conservés, tandis qu'ailleurs le test a complètement disparu, et qu'il faut pouvoir comparer ceux-ci avec ceux-là.
Pendant longtemps on a donné le nom de pétrifications aux Pétriiicaiion. corps organisés enfouis dans les couches de la terre, ainsi qu'aux résultats des diverses opérations naturelles qui les représentent et dont nous venons de parler; aujourd'hui, cette expression est beaucoup plus restreinte et doit être exclusivement réservée aux corps, dont la substance première ayant été, par suite d'un procédé encore peu connu, remplacée molécule à molécule par une autre substance, présentent, après cette substitution, tout ou partie des caractères organiques qu'ils offraient auparavant. Ce phénomène se produit surtout dans les végétaux ligneux, les bois monocotylédones ou dicotylédones, et dans la classe des spongiaires ou amor* phozoaires, comme nous le dirons plus loin.
On a aussi, par un autre abus de mot, donné le nom de luerusution. pétrifications a des corps organisés ou autres encroûtés ou revêtus d'une ou plusieurs couches de dépôt calcaire, lorsque :es corps sont plongés dans des eaux qui laissent déposer du carbonate de chaux, comme celles de la fontaine deSaint-Âlyre^
480 SUBSTANCES MINERALES FOSSILISANTES.
près de Clermout, de Saint-Philippe, en Toscane, de Tivoli, de Carisbad, etc.
Les substances incrustantes sont particulièrement le carbonate de chaux et la silice ; le premier, soluble dans Teau par un excès d'acide carbonique, se dépose sur les corps environnants dès qu en arrivant au contact de Pair l'excès peut se dégager. Cet effet est le môme que celui qui produit les stalagmites et les stalactites dos grottes, des cavernes et des fentes dans les roches. Les nombreuses valves d'Unio^ qu'on retire avec les sables du lit de la Seine, sont encroûtées de carbonate de chaux impur en couches minces nombreuses et sous lesquelles disparaît quelquefois tout à fait la forme de la coquille. Des dissolutions de fer sulfuré, de fer hydraté, de cuivre ou de toule autre substance peuvent, on le conçoit, occasionner des encroûtements semblables.
Ainsi, comme nous le disions en commençant, le moi fossile comprendra pour nous non-seulement les corps organisés euxmêmes, animaux et végétaux rencontrés dans les divers terrains, mais encore les moules^ les empreintes^ les contre-empreintes et les pétnfications proprement dites auxquels ils auront donné lieu.
§ 2» Sttbttanoet minérales foMÎlûaniet.
Suiteianccs La couservation d'un corps organisé dépend de sa compositerrti!^. 'io" chimique, de son plus ou moins de solidité, de la nature du milieu qui Tentourait lors de son enfouissement et des circonstances qui ont succédé à celui-ci, c'est-à-dire de causes très-diverses, dont les unes i)euvent être appréciées avec certitude, les autres seulement soupçonnées; d'où il résulte que le degré d'altération ou la quantité de matière animale disparue des parties solides (|ui ont persisté n'est nullement en rapport avec l'âge de la roche qui les renferme. Un os d'Éléphant quaternaire peut reniermer moins de niatièi*e animale qu^un
SIBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. m
Paléothérium de Montmartre ou qu'un Ichthyosaure du lias. Le résultat dépend uniquement des conditions extérieures et non du temps. Les dépôts les plus récents nous offrent, comme . les plus anciens, des moules, des empreintes et des contre-empreintes de corps organisés.
Lorsque le vide laissé dans un test calcaire par la destruction chaui • des parties molles de Tanimal a été rempli par l'introduction ^"''*^""^*^« d'un sédiment sableux, marneux ou argileux, renfermant luimême une plus ou moins grande quantité de chaux carbonatée, ce test devient plus compacte et plus pesant. Si le remplissage n'a pas eu lieu, si la matière animale dissoute n*a pas été remplacée par Tinfiltration d'une substance minérale, le corps est au contraire devenu plus léger, poreux, et le carbonate de chaux qui le constitue est plutôt terreux que compacte. C'est ce que l'on observe dans certains sables siliceux, tels que ceux Avs environs d'Étampes, où les fossiles, très-fragiles, tombent en poussière au moindre contact, ceux de la montagne de Cassel, ceux de la glauconie inférieure des environs de Beauvais, etc. Dans d'autres cas, au contraire, comme pour les sables moyens des bords de la Marne et du département de TOise, les fossiles, souvent roulés, ont conservé une grande solidité.
Outre que la chaux carbonatée peut s'infiltrer dans les pores spaiiuflcation des corps or«^anisés solides, elle se présente dans les fossiles à à l'état de pureté et cristallisée, et nous désignerons sous le nom de spathification le phénomène général par suite duquel les parties calcaires qu'a sécrétées un animal quelconque sont passées à Tétat cristallin ou de chaux carbonatée spathique. Cette disposition dans l'arrangement des molécules peut être naturelle et normale ou bien accidentelle et adventive. Or il n'est pas indifférent, lorsqu'on trouve un fragment de carbonate de chaux provenant d'un corps organisé qui serait indéterminable à cause de son mauvais état, de pouvoir reconnaître par les caractères mêmes de sa texture à quelle classe de corps et quelquefois même à quel genre il a pu appartenir.
La spathification naturelle est celle qui résulte et qui est la SpathiCcaiioD
11 11» *ji Mturelte.
conséquence de la nature et de 1 organisation même de la ma-
482 SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES.
tière telle qu'elle a été sécrétée par l'animal, c est-à-dire que, d'après Farrangenient de ses molécules durant la vie, elle a dû cristalliser après la mort d'une manière fixe et en quelque sorte prédéterminée, à moins de circonstances tout à fait exceptionnelles. Sous ce rapport, nous trouvons dans deux classes d'animaux distinctes deux modes de spathification ; Pun est commun à tous les produits calcaires de la première de ces classes, Tautre ne se présente que dans certains genres de la seconde.
Chez tous les animaux de la classe des radiaires échinides, stellérides et crinoïdes qui présentent des parties calcaires solides, celles-ci, lorsqu'elles sont fossiles, offrent constamment dans leur cassure des divisions géométriques régulières suivant les plans du rhomboèdre primitif de la chaux carbonatée;à l'état vivant, ces mêmes corps, beaucoup plus légers, offrent au contraire une texture poreuse, excessivement fine, asseï semblable à celle de la moelle de sureau très-comprimée.
Dans tous les corps qui ont été rapprochés de l'os de la Sèche et qui sans doute ont appartenu à des mollusques céphalopodes très-voisins, dans les Bélcmnites du terrain secondaire, la spathification est toujours fibreuse et rayonnée. L'examen comparatif de l'os de la Sèche, et surtout de son rostre, celui des corps fossiles désignés sous les noms de Béloptères et de Belosepitty pris dans un certain état de conservation ou d'altération qui permetd'en apprécier la structure, démontrent leuranalogie et fait voir que leur passage à l'état spathique ou cristallin ne pouvait pas se faire autrement ; In disposition organique des fibres conduisait nécessairement à la structure qui caractérise aujourd'hui ces corps.
On sait qu'indépendamment de la structure fibreuse rayomiée résultant de la spathification d'un test originairement cdiuleux et fibreux, certaines coquilles présentent ce caractère du vivant même de Tanimal, et le conservent intégralement à Tétat fossile. Telle est la partie externe des coquilles du genre P/ima connues vulgairement sous le nom de Jambonneaux, si abondantes dans la Méditerranée, et que l'on reirouve dans les dépôts tertiaires
SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. 485
et secondaires. Tels sont à Tétat fossile les Pimiigena de la formation jurassique et les Inocérames crétacés.
La spathificatioN accidentelle est due à des circonstances ex- Spatiiiiication térieures et indépendantes de la structure originaire du corps. On peut s'en rendre compte en supposant, soit que la matière calcaire aura été favorisée dans le nouvel arrangement de ses molécules par quelque action électro-chimique, soit que,' préalablement dissoute, elle aura pu cristalliser ensuite librement sur place en vertu des lois qui lui sont propres. En se moulant alors, comme le ferait une matière fondue, dans tous les vides laissés par la matière primitive, elle reproduit les caractères des surfaces intérieure et extérieure, de manière à en donner une contre-empreinte double exacte et complète ; telles sont les Trigonies du Portland-stone de Tisbury. Dans d'autres cas, il semble qu'une partie de la matière dissoute se soit échappée et qu'il n'en soit plus resté assez pour reformer le test entier^ qui n'est alors représenté, à la surface du moule intérieur, que par des cristaux de chaux carbonatée isolés plus ou moins nombreux, comme on l'observe sur certains moules de Trigonies de la craie de Rouen.
Plus un corps, d'après sa nature, manifeste de tendance à passer à l'état spathique, moins on le rencontre fréquemment à rétat de moule, d'empreinte ou de contre-empreinte, ce qui est probablement dâ à ce que la spathification, soit naturelle, soit accidentelle, résultant d'une plus grande homogénéité de la substance ou d'une moindre proportion de matière animale, est rendue plus facile et la dissolution plus difficile. Les Huîtres, les Gryphées, les Peignes, les Téfébratules, les Bélemnites, tous les radiaires, les polypiers, les Bélemnites, etc., sont plus rarement que les autres fossiles, privés de leur test calcaire, lorsqu'on les recueille sur les lieux ou près des lieux où ils ont vécu.
Suivant M. Dana, le carbonate de chaux des coquilles serait fréquemment, en partie du moins, à l'état d'aragonite.
Le gypse ou sulfate de chaux n'a point, en général, rem. chaui placé ni moulé de corps organisés, mais il a pénétré et impré- ^^^^^-
Chaux fluatre.
Cliaiiv masnf^iennc.
Banline.
réle^tine.
Nacrite.
Silice.
484 SUBSTANCES MINÉRALKS FOSSILISANTES.
gné jusqu'à un certain point les ossements de vertébrés enfouis dans ses couches. Tels sont ceux de la pierre à plâtre des environs de Paris.
La fluorite est signalée comme ayant remplacé le test des coquilles et des tiges de crinoïdes dans le calcaire carbonifère (lu Derbyshire. Elle est très-répandue dans les coquilles du lias des environs d' A vallon.
La chaux magnésifère et la dolomic, substituées au carbonate de chaux ordinaire, est probablement le résultat du métamorphisme de ce dernier, dû à quelque circonstance locale. Certains polypiers dévouions de Gérolstein, dans TEifel, et des Oursins, signalés dans la craie de Tercis, près Dax, seraient dans ce cas.
Quelquefois, le sulfate de baryte a remplacé le test calcaire des coquilles et des polypiers. Telles sont les Astrées, assez fréquentes dans un sable argilo-ferrugineux et feldspathique, sorte d'arkose reposant sur le granité, non loin d'Alençon, sur la route de Mortain. La barytine a remplacé le test des Bélemnites dans le calcaire magnésien de Nontron, suivant M. Delanoùe. Plusieurs localités d'Angleterre ont offert la même particularité. Cette substance est fréquente dans les fossiles du lias qui avoisine l'arkose et les filons de granité dn Morvan.
On cite également des fossiles changés en sulfate de strontiane, mais plus rarement qu*en sulfate de baryte.
On a l'apporté à cette substance, voisine du talc, celle qui a remplacé les empreintes végétales du terrain houiller de la Tarentaise ; nous ne sachions pas qu'aucune analyse en ait été faite.
La silice est la substance fossilisante par excellence; on la retrouve partout, sous une multitude de formes et dans tous les terrains. A Tétat de quartz, d'agate, de cornaline, de calcédoine, de sardoine, de silex pyrômaque et corné, elle a contribué à la conservation des formes des parties solides des corps organisés. Ses dissolutions ont pénétré le test poreux des coquilles, ou bien en a moulé complètement Tintérieur, parti-
SUBSTANCKS MINÉRALES FOSSILISANTKS. ,485
culièremenl les échinides de la craie. A Tétat de sable, de grès, elle a pu seulement se mouler dans l'intérieur des coquilles. Précipitée de ses dissolutions, elle a donné des contre-empreintes, où les caractères extérieurs et intérieurs des surfaces , des corps sont fidèlement reproduits, sans pour cela que leur structure organique ait été conservée. La plupart des fossiles du grès vert des Blackdown sont dans ce cas.
Dans la véritable /^^iri^carion, au contraire, la silice reproduit tous les détails d'organisation de la structure intime dos corps par le remplacement, molécule à molécule, de la substance de ceux-ci, les molécules de silice se trouvant alors placées les unes par rapport aux autres comme celles du corps primitif. Ce phénomène, sur lequel nous reviendrons en parlant de la fossilisation des plantes, où il est beaucoup plus prononcé et plus fréquent, s'est produit chez les animaux les plus inférieurs, les spongiaires et les rhizopodes. Ainsi, les cailloux roulés en silex des diverses vallées de l'Apennin du Bolonais, les silex de la Majella dans les Abruzzes, beaucoup de ceux de l'Egypte, sont remplis de Nummulites et de coquilles microscopiques complètement silicifiées elles-mêmes. Ces corps ont été comme plongés dans un bain de silice gélatineuse, qui les a imprégnés et enveloppés de toutes parts, constituant ainsi des couches plus ou moins épaisses, et Ton peut, avec un fort grossissement, reconnaître les caractères les plus délicats de leur structure, comme si aucun changement ne s'était produit dans leur composition. On a vu (antè^ p. 376) que telle était aussi l'origine de certains sables verts de diverses époques et qui se forment encore de nos jours. La silice a pu imprégner des ossements d'animaux sous forme d'agate, de sardoine ou de calcédoine. Introduite dans les cavités des coquilles, qu'elle n'a pas complètement remplies, elle s'est déposée sur les parois en cristallisant et, dans un autre moment, la même cavité a reçu de la chaux carbonatée dont les cristaux se trouvent enchevêtrés avec ceux du quartz hyalin, et le tout tapisse rintérieur de ces corps d'élégantes géodes.
Ces remplissages et ces diverses modifications du test ou
âiliceiix.
486 SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES.
des parties solides d'un corps organisé par suite du remplacement de la matière animale ou du carbonate de chaux lui-même par de la silice en dissolution, à l'état naissant ou gélatineux, se conçoivent encore assez bien, mais il n'en est pas de mémepouï la formation de ce que Ton a appelé des orfricu/e^ siliceux. Orbicui» Le premier naturaliste qui semble avoir décrit et figuré c^^ corps est Tabbé de Sauvages (i), qui les observa sur une Gry* phée (G. areuata) et une Bélemnite du lias des enviroc^s d*Alais; il attribuait les stries concentriques plus ou moi«^s régulières à un ver conchyliophage. En 1774, Walch (2),q"«ji disserta longuement sur ce sujet, les regardait aussi comnr:»^ l'ouvrage de vers marins. Macquart (s) en signale sur d^3s Gryphées et des Bélemnites des environs de Cracovie. D'Honr^' bres-Firmas (4), en décrivant le gisement des Gryphées à orl^i" cules, insiste sur la nature siliceuse de ceux-ci et sur rabov^' dance de la silice dans la roche qui les renferme. Pour M. Rampait (5), les orbicules des Bélemnites néocomiennes de la Provence seraient des polypiers particuliers, qu'il nomme Spir^zoites belemnitiphagus ^Aoni les corps sont roulés en spirale et non composés de couches concentriques, puis doués de la faculté de se changer en silice et de la communiquer aux corps qu'ils recouvraient. Suivant L. de Buch (6), ils seraient dus à une prédisposition particulière de la silice à prendre cette forme. Alex. Brongniart (7), qui s'était une première fois occupé de ce sujet, y revint plus tard avec beaucoup plus de détails
(i) Mém, de VAcad. roy, des sciences, 1743, p. 488, pi. x, fig. i, 2.5. — Ibid., 1747, p. 699, pi. xxiv, fig. 10.
(2) Von den concenlrischen Zirkeln aiifVerslein conchylen. — Mnri. 2, Sluck; diss. iv, p. 126. Hall, 1774.
(3) Essai sur la minéralogie des environs de, Moscou, p. MO, pi. ''.
(4) Joum, dephys,, vol. LXXXIX, p. 247. — Biblioth. univ,, vol. XIII. p. 45.
(5) Joum. des se. d'observation, Févr. 1829; janv. 1830.
(6) Recueil de planches de pétrifications remarquables. In-f ; Berim, 1831. I ;^
(7) DicHonn. des sciences naturelles, vol. XLL\; arlicle Silex; 1827' - «(
SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. 487
dans un travail spécial (i), que nous examinerons ayant de passer à nos propres observations.
L'auteur, étudiant les faits surtout en minéralogiste, reconnaît d*abord dans la silice une propriété sui generis de former des coucher concentriques ; c'est un côté de la question que nous n*avons pas à considérer, et dont plusieurs des exemples cites pourraient être contestés. Quant aux orbicules siliceux, il les décrit dans son texte et les représente sur les planches avec la fidélité la plus scrupuleuse; mais en ne recherchant pas la marche suivie par fe phénomène, il en a nécessairement méconnu le principe et les lois. C'est ainsi qu'il croit que r épaisseur des orbiciUes est en rapport avec celle du test des coquilles^ tandis qu'elle est uniquement fonction du temps et des circonstances extérieures.
Relativement aux pétrifications siliceuses sans apparence d'orbicules, dont Alex. Brongniart parle incidemment, c'est un moulage donnant une contre-empreinte en silice, et, par conséquent, un simple résultat de remplissage que produirait toute autre substance en dissolution. Le fait est d'ailleurs fréquent dans les dépôts marins comme dans ceux d'eau douce, et Ton ne peut pas admettre, avec l'auteur, qu'il se présente raremefitj tandis que celui des orbicules siliceux se présenterait plus souvent. Vouloir ensuite comparer entre eux des faits de substitution dus à des causes dont on n'aperçoit point les rapports et que Ton doit croire complètement étrangères les unes aux autres, ce n'est pas le moyen de les éclaircir. On • conçoit seulement, que les tests de coquilles qui, à cause de leur nature, sont le moins sujets à disparaître par la fossilisation, ou résiste le mieux aux agents chimiques, comme ceux dont nous venons de parler, pouvaient être ceux sur lesquels le procédé si lent du développement des orbicules devait se manifester de préférence.
(1) E$$ai sûr les orbicules siliceux et sur les formes à surfaces courbes qu^affectent les agates et les autres silex. Drodi. in-8, arec 5 pi. (Anji, des se, natur., l. XXIII; 1831.)
>i88 SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES.
Brongniart s'efforce encore de prouver Tidentité de cause des orbicujes dans les corps organisés avec la forme circulaire qu'affectent les diverses couches de silice constituant les agates, les on\x, etc.; mais nous avons déjà dit que la ressemblance des résultats est plus apparente que réelle, et c'est ce que Ton comprendra mieux lorsque nous aurons suivi le développement de ces orbicules dans le test d'un mollusque ou d'un radiaire.
L'état particulier qui prédispose la substanccà prendre le caractère d*orbicule, c'est l'état gélatineux, auquel seraient aussi dus les agates et les silex, et il est probable, ajoute le savant m i néralogiste, que la nature et la structure des corps où la silice s'est introduite influent d'abord sur cette introduction et ensuite sur la forme qu'elle preriïl. Il croit en outre trouver de l'analogie entre l'opération qui produit les moules siliceux, celle qui occasionne les orbicules et celle qui donne lieu aux véritables pétrifications. Riais, dans ces trois opérations, il n'y ^ réellement de commun que la substance employée, car dans les pétrifications proprement dites, la plus grande partie des caractères organiques persiste; dans les orbicules siliceux ceux-ci sont détruits au fur et à mesure que le phénomène se produit ; dans les moulages et les contre-empreintes, les caractères des surfaces du corps sont exactement traduits, mais ses caractères intérieuTi' ont complètement disparu comme sa substance primitive, la supposition de l'influence de la quantité de matière organique sur la formation des orbicules n'est point justifiée davantage par l'analyse chimique des corps non plus que celle de la structure . de ceux-ci, comme on le verra par les exemples ci-après.
Ainsi, les explications d'Alex. Brongniart et de L. de Bucb nous paraissent insuffisantes pour rendre compte du phénomène des orbicules siliceux, et, de plus, les rapprochements indiqués par le premier de ces savants, entre ces mêmes orbicules et la silice amorphe moulant ou pétrifiant les corps organisés, ne sont aucunement fondés.
Depuis trente ans, nous ne sachions pas que ce sujet ait été traité avec quelques détails, et il a même été complètement
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omis dans la plupart des ouvrages de géologie et de paléontologie, ce qui nous a engagé à y revenir encore ici (l).
Cette singulière modification du test calcaire s'observe particulièrement dans les oslracées, les Peignes, les Spondyles, les Caprines et autres rudistes de la craie du sud-ouest de la France, dans les radiaires de celle même craie, dans les Térébratules et les polypiers du groupe jurassique moyen de' l'Est, etc. Le test, plus ou moins complètement transformé dans sa nature, se compose alors d'une multitude de petiti^ tubercules de silex calcédoine, entourés de stries déprimées, concentriques, irrégulières, ondulées et plus ou moins espacées, formant des bourrelets. Le sommet ou le centre de ces tubercules offre souvent un point clair opalin.
Lorsqu'on cherche à suivre la marche du procédé que la nature a employé pour Tenvahissement et la substitution de la silice au carbonate de chaux, on remarque qu'il commence à se njanifcster, à l'intérieur même du test, par la présence d'un tout petit point blanc, visible au travers des couches supérieures et dans la cassure transverse. Souvent on voit un certain nombre de points agglomérés dans un petit espace ; d'autres fois on distingue fort bien le commencement d'une hélice. La cassure montre que ces points blancs qui interrompent les lames du test calcaire sont de la silice pulvérulente. Dans le test compliqué des rudistes, le' réseau naturel qui le constitue est complètement altéré et a disparu en cet endroit.
Le point siliceux s'agrandit successivement, et les zones de son accroissement sont marquées par les stries dont nous avons
(1) Noire savanl collègue au Muséum, M. Frcmy, qui s'occupe de recherches sur la silicalisation au point de vue chimique, s'est vivement intéressé à cette formation des orbicules siliceux, qui restera fort obscure, dit-il, lant qu'on n'aura pas trouvé le moyen de transformer, à la température ordinaire, la silice gélatmeuse ou chimique, telle qu'elle sort de ses combinaisons, en silice cristalline ou en quartz insoluble dans les acides et les alcalis étendus. C'est une transformation que la nature opère tous les jours sans qu'on y soit parvenu dans les laboratoires. On ne peut donc pas dire encore si l'hypothèse de Brongniart est fondée, mais le développement graduel si particulier des orbicules ne lui serait peut-être pas très-favorable.
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parlé. En même temps, le tubercule, qui s'est ainsi constitué, s'épaissit, s*élève et finit par traverser toute l'épaisseur du test et à rejeter complètement les particules calcaires. Arrivé à ce premier degré de développement; le phénomène n'a point encore déformé sensiblement la surface de la coquille ou du corps organisé, quel qu'il soit, qu'il a envahi; on y reconnaît les principaux caractères du test primitif. Mais l'accroissement de l'orbicule ne cessant pas, et des couches inférieures nouvelles paraissant continuer à se former, semblent pousser au dehors les supérieures ou les plus anciennes, de manière ù oblitérer de plus en plus les caractères de la surface, qui finissent par disparaître tout à fait. Le.tubercule central de Torbicule grossit à sou tour, circonscrit par des bourrelets irréguliers plus ou moins saillants; les surfaces intérieures et extérieures des corps deviennent alors rugueuses, toutes bosselées et méconnaissables. Lorsque le test est feuilleté comme dans les ostracées, l'action de la silice s'exerce séparément sur chaque feuillet superposé.
Dans certains cas, les points de développement de la silice étant peu nombreux, et par conséquent fort espacés, les orbicules, en s' accroissant et augmentant de diamètre, ne parviennent'pas à se rejoindreavantd'avoir traversé toute l'épaisseur du test calcaire, qui n'est pas alors complètement détruit, et le test de la coquille ou de l'oursin se compose à la fois d'éléments siliceux et de carbonate de chaux, comme nous le dirons en traitant particulièrement deséchinides.
Le développement des orbicules siliceux ressemble d'abord à une éruption de boutons qui a son siège au-dessous de U peau ; mais ensuite, comme dans les tubercules des affections des poumons, il attaque les tissus, les altère , les désorganise complètement. On pourrait aussi comparer cette action de U silice à une sorte de végétation cryptogamique, à ces champignons, mystérieux parasites, qui attaquent les tissus des plantes, des fruits, des tubercules, et même des insectes, comme la muscardine des vers à soie, et qui finissent par amener la destruction des corps qu'ils ont envahis.
SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. 491
Ce phénomène n^est point particulier à certains tests, puisque nous voyons des corps de structure fort différente y être soumis : feuilletée (ostracées), fibreuse (Bélemnites), spathique (radiaires), celluleuse (rudistes) ; mais nous ne Tavons point encore observé dans les coquilles à test nacré, quoique Alex. Brongniart cite une Ammonite des environs de Mézières. Nous ne Ta vous encore reconnu dans aucun test de mollusques gastéropodes, de crustacés, ni dans aucun os de vertébrés. Il parait être local et du à des circonstances encore inconnues. Dans les couches crétacées du sud-ouest, où il estie plus développé, la silice ne se présente pas visiblement à un autre état, mais elle y est sans 4oute disséminée. Dans certaines roches peut-être manque-t-elle presque tout à fait, ou ne se trouve-t-elle qu'à Tétai de sable comme produit sédiuientaire. Dans les argiles à chaiiles de TOxford-clay, des départements du Doubs et de la Haute-Marne, la silice ne s'y présente pas non plus sous une autre forme, au moins d'une manière apparente, mais il est très-probable qu'elle y existe disséminée.
Dans certaines circonstances, assez rares d'ailleurs, le soufre ^ui»uiiHes parait s'être trouvé dans un état tel qu'il a pu mouler des co- — quilles dans le dépôt où elles étaient renfermées. C'est ce qu'on ^""'^'*' observe dans les marnes lacustres alternant avec du gypse sur le territoire des communes de Ville!, de Libres et de Bidova, près de Terruel, en Aragon (l). Les Planorbes, les Limnées et les Cyclades, en prodigieuse quantité, ont été moulés par du soufre pur, et leur test même est souvent conservé. La présence du soufre liquide ou en vapetur, loin de toute trace de phénomène volcanique, de toute action ignée apparente, est encore une circonstance dont l'explication chimique reste à donner, même en supposant que. cette substance tire son origine de ' rhydrogène sulfuré résultant de la décomposition des matières animales abondamment répandues dans le dépôt.
Le fer est de tous les métaux celui dont les diverses combi- subsuoces
méttUiques.
(l)Braun, Sote sur le gisement du soufre, etc. (Bull. Soc. géol. de bydnu, France, 1" série, toL Xll, p. 166; 1841*) fer oiigitte.
492 SUBSTANGIDS MINÉRALES FOSSILISANTES.
naisoiis jouent le rôle le plus important dans les phénomènes de la fossilisation. Â l'état d'oxyde hydraté ou d'hématite brune, il a fréquemment imprégné, moulé ou remplace des corps organisés. Telles sont les Paludines et les Unio moulés par du fer hydraté oolithique des couches tertiaires de Cuiserj, près de Tournus (Saône-et-Loirel. A Fétat d'hématite rouge sont les moules d^Ammonites de l'Oxford-clay de la Youlle (Ardèche), de Toolithe inférieure de Calmoutiers (Haute-Saône), du lias supérieur de la Verpillière (Ain), du mont d'Or Lyonnais, de Sainte-Foix, etc. (Rhône). A l'état de fer oligiste,ila remplacé le test des Cardiiiia et autres coquilles de la iumachelle inférieure du lias de la Bourgogne (Beauregard). Le métal y est cristallisé, terreux ou compacte, mais ne s'observe pas à rintérieur des valves ainsi transformées dans leur substance constituante.
Fci buifuré. La fréquence du fer sulfuré dans la nature explique sa présence dans beaucoup de fossiles. Dans les couches argileuses de la formation crétacée, telles que le gault et les argiles à Plicatulcs d'Apt, de la formation jurassique, telles que celles de Kimmeridge, d'Oxford et du lias, certains genres semblent avoir eu la propriété d'attirer particulièrement ou de faire précipiter les dissolutions de sulfure de fer qui a recouvert les coquilles et les crinoïdes ou leurs moules d'une couche plus ou moins mince de pyrite jaune, et cela avec une délicatesse et une perfection de détails qui laissent bien loin derrière elles les résultats les mieux réussis de la galvanoplastie industrielle.
Le fer sulfuré a aussi remplacé le lest lui-même; mais dans les Ammonites qui ont éprouvé surtout ces épigénies, on remarque que la substitution de la matière métallique au test ne permet pas de distinguer, à la surface des tours, les ramifications persillées des sutures des cloisons, car le test de la coquille, quoique très-mince, étant composé de plusieurs couches successives, ce n*est que lorsque la plus interne a disparu ou a été enlevée que lés sutures s'aperçoivent; d'où il- résulte que lorsque celles-ci se laissent distinguer, on peut être sûr de n'avoir sous les yeux qu'un moule soit simple, soit revêtu
SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. 403
l'une pellicule de fer sulfuré, mais on n'a ni le test lui-même li la substance qui Ta remplacé.
Dans des coquilles aussi minces que le sont celles des céphalopodes, il y a très-peu de différence entre le moule et la contre-empreinte, parce qu'il y en avait aussi très-peu entre les caractères des parois internes et externes ; mais les contreempreintes ne présentent point les sutures des cloisons qui n apparaissaient pas à la surface extérieure du test. En résumé, les empreintes et les contre-empreintes ne montrent pas les cloisons; les moules, au contraire, les montrent toujours.
L'opération du moulage de cavités cloisonnées aussi compliquées que celles d'une Ammonite a dû être très-longue, comme noi»^Ie dirons plus loin, tandis que le revêtement du moule par une pellicule de fer sulfuré a pu se faire dans un temps très-court. Souvent la substance minérale ne s'observe nulle part ailleurs dans la roche, du moins en quantité notable, ni dans les tissures accidentelles des moules pierreux ; l'opération ressemble alors à celle d'un ouvrier en plaqué très-habile qui ne mettrait la couverte métallique que là précisément où elle doit être suivant son modèle, sans aucune bavure et sans la plus petite irrégularité dans le travail.
On conçoit que dans les couches qui renferment beaucoup de sulfure de fer les fossiles ont servi de centre d'attraction, et qu'il a cristallisé tout autour en plus ou moins grande abondance, en a rempli en tout ou en partie les cavités, ou bien s'est déposé à leur surface, comme dans les couches dont nous avons parlé et dans les argiles tertiaires de Boom, près d'Anvers.
Le fer phosphaté bleu ou vivianite remplit ou tapisse les j-^^ cavités et les parois des corps d'origine organique ; dans ce cas, phosphate le minéral est cristallisé. Quand il y a eu une épigénie du corps lui-même, on peut supposer que le phosphate de chaux se sera décomposé, au moins en partie, et qu'une portion de l'acide phosphorique se sera uni à l'oxyde de fer apporté sur ce point. Alors la structure du corps organisé a disparu et Ton a un phosphate pulvérulent. On l'observe particulièrement dans des coquilles tertiaires de Crimée dont le test est con-
494 SUBSTANCES MINERALES FOSSILISANTES.
serve et dont l'intérieur est rempli de cristaux de vivianiteea- Irecroisés.
Des ossements de vertébrés renferment souvent aussi du (er phospiiaté qui les colore en bleu, ainsi que les dents et d'autres parties solides, ce qui.les a fait comparer aux turquoises orientales dites de vieille roche. Ces fausses turquoises, désignées aussi sous le nom à^odontolithes^ montrent encore une partie de leur structure organique et ont également conservé une portion considérable de leur carbonate de chaux ; ce senties turquoises occidentales^ dites de muvelle roche. On a utilise pour la bijouterie commune des dents de mammifères fossiles provenant de Simorre (Gers) et d'autres localités (Bohême, Suisse, Russie, Sibérie, Cornouailles). Leur dureté est moindre que celle des véritables turquoises d'Orient, composées diacide phosphorique, d^alumine, de chaux et colorées par un onde de cuivre. Les fausses turquoises sont attaquables par les acides et donnent en brûlant une odeur animale, ce qui n'a pas lieu pour les vraies, et elles s'électrisent par le frottement. Ces phosphates organiques ont présenté la composition suivante (Bouillon-Lagrange) :
Phosphate de chaux 80,00
— de fer. 2,00
— - de magnésie 2,00
Carbonate de chaux. ..*....... 8,00
Alumine 0,50
Eau 6,00
Ce fut en étudiant ces fausses turquoises sous le rapport minéralogique que Réaumur reconnut, en 1 7 1 5, qu'elles étaient d'origine animale. Elle^s provenaient de Simorre (Gers) et étaient fournies par les dents d'un très-grand mammifère fossile qui fut appelé animal de Simorre ^ jusqu'à ce que Cuvier eût créé le «(enre Mastodonte, auquel ces dents appartiennent. Ker Le fer carbonate compacte constitue, dans les dépôts houil-
l^rs de divers pays, des masses ou rognons déprimés, irréguliers, enveloppant souvent dans leur intérieur des restes orga-
earbonaté.
SUBSTANCES MINÉRALES FOSSILISANTES. 495
niques (plantes, poissons, etc.) qui semblent avoir servi de centres d*attraction à la substance minérale, et autour desquels celle-ci s'est déposée. H en existe de semblables dans certaines argiles du lias qui renferment des Ammonites, etc. (environs de Nancy).
Le cuivre sulfuré, ou chalkopyrite (sulfure double de fer et de cuivre) a minéralisé les poissons des schistes cuivreux du zechstein de ia Tburinge et du Mansfeld, dont nous avous si souvent parlé dans Thistoire de la paléontologie, parce qu'ils avaient attiré l'attention des naturalistes depuis le temps d'Agricola. Les écailles de ces poissons {Palxonisctis) sont en métal.
Le cuivre carbonate vert (malachite) parait avoir minéralisé des végétaux en Sibérie, et il en serait de même du cuivre carbonate bleu (azurite). Nous verrons, en traitant du systèm'e permien de la Russie, où les sels de cuivre sont si répandus, quelles sont leurs relations avec les débris de végétaux trouvés dans les mêmes dépôts, et comment on peut attribuer leur précipitation à l'action de ceux-ci sur les dissolutions apportées par les sources. Dans les végétaux permiens de ce pays, les infiltrations cuivreuses et siliceuses paraissent avoir eu lieu simultanément. De même aussi que l'on connaît des pétrifications ou silicifications qui se sont produites de mémoire d'homme, telles que les piliers du pont de Trajan, sur le Danube, de mèmeion a observé, dans les tourbières du pays de Galles, de véritables minéralisations cuivreuses contemporaines.
La galène ou plomb sulfuré s'observe fréquemment à l'intérieur des fossiles du lias des environs d'Avallon et de Semur avec la barytinc et la fluorite. On cite des liuitres dont le test aurait été complètement remplacé par du plomb sulfuré. On signale aussi des cristaux de cette substance disséminés dans des végétaux fossiles» La galène se présente encore cristallisée dans les fossiles des calcaires de transition de la partie supérieure du bassin du Mississipi, où ce minéral est très-répnndu.
La blende noire a minéralisé quelques polypiers du terrain de transition de Diepetringen, près de Griesenwich, de même
Cuitre.
Caivre aulfui'é.
Cuivre carbonate*
Plomb sùlftiré.
7iHt
sullurc,
carbonalê»
496 SUËSÎaNOëS MïNÉftilLÊâ FOSSILISANTES.
que la calamine brune bitumineuse de Nirm, près Stolb^^^j. » Mercure Leçinabre OU mercurc sulfuré,plus OU moîns mélaugéde xti
suiiuré. jj^pgg étrangères, se trouve quelquefois dans les cavités de^^ ^ quilles, mais on ne le voit guère remplacer leur test. Ce son^^ j^ raretés qui ne se rencontrent d'ailleurs que dans certains ^^isç. ments dont nous parlerons en traitant du terrain de trans "^Hqjj et en particulier du système carbonifère de la CarintUie (I ^c^^y^» et de Deux-Ponts, où des empreintes de poissons ont été recouvertes par cette substance (antè, première partie, p. o67j.
Argent. Dans les mines argentifères et cuprifères de Mina-Graurf^, près d'Huantaja, au Pérou, on a trouvé l'argent natif crislaffisé à rintérieurde coquilles fossiles dans des schistes argileux que 'traversent les filons métallifères.
Caus» Quant aux causes de plusieurs de ces substitutions et à la géoénies. présence des substances minérales cristallisées dans les corps organisés fossiles, les unes peuvent être dues à de simples précipités chimiques, d'autres à des dissolutions et à des combinaisons nouvelles qui se seront effectuées ensuite ; certairb résultats peuvent être attribués à des actions électro-chimiques très-lentes, comparables à ceux qui ont été obtenus artificiellement par l'emploi des courants voltaïques; enGn, il a pu y avoir, dans le voisinage des filons des roches cristallines et ignées, des émanations et des sublimations de vapeurs métalliques provenant de l'intérieur de la terre. Substances ^cs substauccs d'origiuc organique peuvent-aussi remplacer
d'origine jgg eorps orgauisés ou contribuer à leur conservation. Ainsi
organiqtie.i *^ '-' ^
Bitumes, dcs matières bitumineuses ont remplacé et moulé des fossiles qui quelquefois leur avaient donné naissance par suite de leur décomposition (poissons, moules de coquilles tertiaires de Bastènes (Landes), de Pont-du-Chàteau (Puy-de-Dôme, etc.). Mais une cause dont les résultats ont été plus précieux pour la paléontologie est la propriété conservatrice des résines et des gommes qui découlent de certains arbres, et particulièrement des conifères. Chacun a pu remarquer la prodigieuse quantité d'insectes qui se trouvent pris et enveloppés dans la résine qui découle des Pins dans les pays où des incisions
résines.
sont faites à ces arbres pour en extraire cette substance ; les récipients placés au pied de chaque arbre sont de véritables nécropoles entomologiques. Or la nature a employé ce simple procédé pour conserver et nous transmettre dans les morceaux d'ambre recueillis particulièrement sur les bords de la Baltique, et qui proviennent des bois et des lignites lavés et rejetés par la mer, toute une faune d'insectes des plus curieuses, et dont nous n'aurions sans doute jamais eu connaissance sans cette heureuse circonstance. Les insectes ainsi embaumés et momifiés sont aujourd'hui connus au nombre de plusieurs centaines d'espèces, et leur conservation est si parfaite que tous leurs caractères, malgré leur extrême délicatesse, peuvent être étudiés comme si la main du collecteur venait de les saisir vivants (i).
La fossilisation, quelles que soient ses causes et ses ré- né>uinë. sultats, est indépendante de l'ancienneté des fossiles ou du terrain qui les renferme. Les moules, les empreintes et contre^ empreintes, la siticification et la minéralisation sont de toutes les époques et se produisent encore aujourd'hui quand les conditions sont favorables ; ainsi l'état d'un fossile n'est jamais une preuve absolue de son âge. Quant aux simples opérations du moulage, de l'empreinte et de la contre-empreinte, c'est, dans le plus grand nombre des cas, la matière même de la roche environnante qui en fournit les éléments; les substances minérales proprement dites dont nous venons de parler nMnterviennent que dans les cas particuliers.
§ 3. Gompofilîoii oliSiiii<|a« des foMOw* — Aaimatu ▼erlébrèt.
Nous nous sommes occupé jusqu'ici des résultats physiques, mécaniques et chimiques de la fossilisation, puis des sub-
(i) Voy. anlé, V" partie, p. 145, et Histoire des progrès de lagéologie, vol. 11, p. 852.
498 GOMPOSITIOiN CHIMIQUE DBS FOSSILES.
stances fossilisantes minérales, soit à base terreuse, soit à I métallique, et de quelques substances d'origine organique g jouent à peu près le même rôle ; il nous reste actuellem^^^^j pour compléter ces études, à examiner la composition j^ parties solides des corps organisés vivants et fossiles dans -^^fjg, que classe successivement afin de mieux nous rendre cor-^n^^ des modifications que les derniers ont éprouvées par suit^ j^ leur séjour plus ou moins long dans les couches de la i^^rrc car la fossilisation n'est que le résultat d'actions pliysiqi&e$(?/ chimiques, soit seules, soit réunies, s*exerçant du dehors, sur ces mêmes corps organisés. Nous suivrons un ordre zoohgique en commençant par les animaux vertébrés; nous^ renverrons souvent le lecteur à ce qui précède, mais quelquefois aussi, pour plus de clarté, nous serons obligé de répéter certains détails.
La plupart des analyses suivantes sont extraites de l'excellenl Trente de chimie générale de MM. Pelouze et Fremy (i), qui ont donné sur ce sujet une multitude de renseignements précieux dont, jusque-là, les chimistes s'étaient fort peu préoccupés.
Mammifères ^a compositiou dcs OS et celle de Témail dans Tllomme el vivnnm, dans le B(ï»uf ont donné à Berzelius (2);
Ol.
os
ÉHAIL
os
ÉHIIL
ng L'aoHHs.
DB L'HOMVe.
DK BOKtr.
M Borr
Cartilage
Vaisseaux sanguins. . . ,
Fluorure de calcium ^ ...
Phosphate de chaux ....
Carbonate de chaux. . . .
Phosphate de magnésie. . .
Soude, chlorure de sodium.
eau, elc
100,00 100,00 100,00 100,00 Les os se composent essentiellement d'une partie soHile
(1) Vol. VI; 1857.
(2)/^îW.,p. 271.
formée par des sels de chaux, d'un tissu cartilagineux et flexible (osséine) qui renferme les vaisseaux et les nerfs, du périoste, membrane mince qui les recouvre en dehors ; on peut donc considérer ces diverses parties isolément. De plus^ les os longs qui sont creux contiennent une matière grasse, la moelle, composée, sur 100 parties, de 96 de graisse, de 1 de membranes et de vaisseaux et de 3 de corps semblables à ceux que Ton extrait de la chair par Teau froide. Dans les analyses précédentes, les os étaient privés de leur périoste' et de leur moelle.
Une autre analyse d'os également dépourvu du périoste, de la moelle et de la graisse, a donné à Marchand :
Cartilage insoluble dans Tacide chlorhydrique , 27 »25
~ soluble 5,02
Vaisseaux 1,01
Phosphate basique de chaux 52,26
Fluorure de calcium 1,00
Carbonate de chaux 10,21
Phosphate de magnésie 1,05
Soude 0,92
Chlorure de sodium 0,25
Oxyde de fer, manganèse et perte 1,05
Des os humains extraits d'un cimetière ont donné :
Gélatine 16,00
Phosphate de chaux 67,00
Carbonate de chaux 1,50
Perte et eau 15,50
Des os secs qui n'avaient point été enterrés ont donné :
Gébïtine 23,00
Phosphate de chaux 63,00
Carbonate de chaux 2,00
Perle et eau 10,00
D'autres os provenant de diverse!^ époques historiques ont présenté :
RQDELBTTK ft<ivn.rrrB TnTteici
CKLTIQOI. ■OH&III. C4LU)-ft01l&ini.
Silice » i,90 »
Matière organique 5,08 0,81 t
Sous-phosphate de chaux. . 80,00 76,38 7S,29
Carbonate de chaux 15,02 10,13 10,49
Phosphate de magnésie. . . 1,02 8,20 7,91
— de fer 1,05 2,58 »
Carbonate de cuivre. ...» i 5,31
En considérant la composition des diverses couches d'un os long, celle de ses extrémités et celle de sa partie moyenne, MM. Pelouze et Fremy lont remarquer que la quantité de sels de chaux y est différente. Les parties spongieuses d'un os renferment plus de matière organique que les parties denses et compactes. L'âge ne fait pas varier sensiblement la composition des os, et le tableau que donnent ces savants (p. 267) le prouve suffisamment; avec Tâge seulement l'épaisseur de la partie dure et dense tend à diminuer et celle de la partie spongieuse à augmenter.
De 44 analyses d'os de mammifères terrestres de divers ordres, plus 2 d'os de cétacés, 14 d'oiseaux, 5 de reptiles (tortues, crocodiles, serpents) et 16 de poissons, MM. Pelouze et Fremy concluent (p. 268) que « les os qui appartiennent « aux animaux qui diffèrent le plus par leur organisation pré- « sentent à peu près la même composition chimique. L*os de « l'Homme se confond presque entièrement avec les os de « Veau, de Lion, de Chevreau, de Lapin, de Rhinocéros, d'Éléa phant, de Cachalot, de Morse, d'Autruche, de Tortue, de « Morue, de Barbue, etc. Ainsi, la substance osseuse devant « présenter les mêmes propriétés physiques, la même solidité, « possède une composition chimique qui parait presque invaa riable. »
Cependant, chez les herbivores, les os sont plus riches en sels calcaires que chez les carnivores. Les os des oiseaux, renfermant aussi plus de sels calcaires que ceux de ces derniers, se rapprochent en cela des mammifères herbivores. D'un autre côté, les os de reptiles se confondent avec ceux des maro-
miieres carnivores. Quant aux os de poissons, ils justifient par leur composition le classement zoologique de ces animaux. Dans les poissons osseux, ils présentent la composition des os de mammifères, tandis que ceux des poissons cartilagineux sont très-riches en matières organiques et ne contiennent qu'une Taible quantité de sels calcaires. Un cartilage de Lamproie n'en renferme plus ; aussi n'est-ce plus un os.
La composition des dents mérite une attention particulière, Dents. parce que ce sont les parties solides des vertébrés que Ton rencontre le plus fréquemment à F état fossile et le mieux conservées, et parce que ce sont aussi celles dont la connaissance conduit le plus facilement et le plus sûrement à la détermination zoologique des animaux dont elles proviennent. Dans l'ostéologie comparée, les dents fournissent des caractères de premier ordre.
On distingue dans les dents Vémail^ Yivoire et le cément.
L'émail est une matière compacte, dure, blanche, tantôt à la surface, tantôt à l'intérieur, formée de fibres prismatiques, très-nombreuses au sommet de la couronne, décroissant ensuite jusqu'à la racine ou commence le cément ; la matière organique qu'il renferme diffère de Tosséine et ne se transforme pas en gélatine. L'ivoire forme l'intérieur de la couronne et de la racine ; sa structure est analogue à celle des os ; creux à l'intérieur, il est parcouru par des vaisseaux, et le résidu de son traitement par les acides peut se convertir en* gélatine. Le cément recouvre la dent à partir de la couronne et sa composition est la même que celle des os.
Des analyses de dents d'Homme ont donné à Berzclius les résultats suivants :
Cartilages et vaisseauK
Phosphate de chaux et fluorure de calcium.
Carhonate de chaux
Phosphate de magnésie
Soude, chlorure de sodium
Alcali, eau, matière animale
iOO,0 100,0
Des dents de bœuf analysées par M. Fremy ont donné .
Bob
de
ruminanU.
Malières cornées.
rHOS^HATK
PIOtriATK
oiioRm
bBCR OS.
DB MACIltSIB.
BICHia.
traces
Cément 67,1
Émail 96,9
Ivoire 74,8
De l'analyse des dents, suivant MM. Pelouze et Fremy (p. 286), on peut déduire que Pémail s'éloigne entièrement de la substance des os, ne contenant que 2 à 3 0/0 de matière organique, 3 à 4 0/0 de carbonate de chaux et une proportion de phosphate de chaux qui atteint 90 0/0 ; que Tivoire offre à peu près la composition des os, bien que la pi-oportion du phosphate de chaux et celle du phosphate de magnésie y soient plus forte ; enfin que le cément est identique, quant à sa composition, avec la substance osseuse.
Les bois de ruminants, d'après les mêmes savants (p. 287), ont la plus grande analogie de composition avec les parties spongieuses des os. Les substances organiques et inorganiques y sont les mêmes à peu près et dans les mêmes proportions. Ainsi les bois diflèrent complètement des cornes proprement dites des autres riuninants. On remarque que les substances minérales, toutes proportions gardées, sont plus abondantes dans les vieux bois que dans lés jeunes. Ce sont, comme pour les os, le phosphate de chaux, le phosphate de magnésie et le carbonate de chaux. Les analyses suivantes montrent qu'ils s J trouvent à peu près dans les mêmes proportions que dans les os :