‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 62 sur 78 · traces 0.5 0,G · texte numérisé non relu

traces 0.5 0,G

Le carbonate de chaux constitue donc presque exclusivement le test des coquilles, et celui-ci devra résister aux causes exté-

rieures chimiques et physiques qui n'attaquent point celte substance; mais, si des esiux plus ou moins acidulés viennent à s'introduire dans les couches, on conçoit que ce test disparaîtra entraîné par la dissolution, ne- laissant pour témoin de sa présence qu'un moule de sa cavité intérieure, qui aura été rempli par la matière de la roche, et autour Tempreinte de*sa surface extérieure que celle-ci aura consenée. Mais ce que Ton conçoit moins, c'est que, lorsque la roche est calcaire, elle ne porte aucune trace d'altération analogue. Comment les contours des moules et des empreintes n'ont-ils pas été plus ou moins dissous et comment l'action dissolvante ne s*est«elle exercée précisément que sur le test, comme si la roche eût été 9 par exemple , un grès quartzeux? C'est un pomt sur lequel lious appelons l'attention des géologues. fitAchiopodos. Pai^i les mollusques brachiopodes, le genre Lingule offirc un intérêt très-particulier, car, se trouvant déjà dans les premières couches de sédiment où des corps organisés aient été signalés, c'est le seul de cette époque primordiale de la vie qui soit encore représenté dans les mers actuelles et qui le soit par des formes même très-difficiles à distinguer de celles de ces temps si reculés. Ici l'analogie de la composition vient encore s'ajoutera celle des caractères zoologiques, puisque les Lingules primordiales offrent les mômes particularités que celles de nos jours, qui ont présenté à M» F» Qoëz (1) :

Matière organique azotée et phosphatée 45,20

Carbonate de chaux • 6,68

Phosphate de chaux 4%W •

— . de magnésie 5»85

— de sesquioxyde de fer. 1,98

Silice. . . .\ . «. . . 4 traces

Cette composition remarquable se rapproche à la fois de celle des écailles de poisson (Lepisosteus) et du test des insectes que nous avons vu renfermer une proportion plus ou moio^

(i) Jottin. de conchyliotogie, VoL^Vin^p. 6!2; juin 1860.

considérable de chitine. La grande quantité de phosphate de chaux, en les éloignant des coquilles ordinaires, les rapproche des os, dont elles ont toute Tinaltérabilité ; de sorte que les Lingules ne sont pas moins extraordinaires par la composition de leur test que parleur longévité unique jusqu'à présent dans l'histoire du règne organique. Ajoutons que^ par une autre circonstance singulière et peu favorable aux hypothèses d'élections de perfectionnement ou de mutabilité des formes, ces brachiopodes n*ont jamais été ni très-variés ni très-nombreux en espèces à travers toutes les périodes qu'ils ont traversées, tandis que la plupart des autres genres de cette grande famille, les Térébratules, les Orthis, les Leptsena, les Spirifcr, les Productus, etc., qui ont disparu presque tous après avoir régné plus ou moins longtemps, nous offrent le^ types les plus variés et d'une extrême fécondité.

La matière colorante des coquilles est organique et azotée; colorauoit» elle est immédiatement détruite par les acides les plus faibles, et elle est identique avec la substance rouge qui coloré le co-» raîL Aussi un des premiers effets de la fossilisation est-il la disparition des couleurs dont elles sont ornées. Dans certains cas cependant on aperçoit encore quelques restes de cette colora *> tion, même sur des coquilles fort anciennes', teUes que la Natica 9ubco»UUa des couches dévoniennes de Paffrath, la Naiica millepunctaj leMelanopsis Du/cmm, le Cerithium piclùm et des Cyprmaj des dépôts tertiaires moyens et supérieurs. En général, les gastéropodes semblent avoir plutôt conservé leur colo* ration que les acéphales ; quelques Pecten et des Tellinea les présentent encore partiellement.

La vivacité des couleurs des coquilles, en rapport avec la profondeur à laquelle elles vivent, et cela contrairement à ce que nous avons vu soutenu par M. Wallich (antèj p. 274), avait suggéré à Ed. Forbes (i) une idée ingénieuse pour apprécier la faible profondeur présumée des mers anciennes»

(i) Note on an indication ofdeptk ofprimœval sens affo^ded by ihn remains ofcolour in fmll testaeeat Û mark 4854;

Ce' regrettable savant avait remarqué que non-seulement les couIeui*s, mais encore leurs bords, cessaient d^étre bien prononcés à de grandes profondeurs et que ces couleurs n'étaient nettement caractérisées que dans les zones littorale et sub-littorale. Dans la Méditerranée, au-dessous de 182 mètres, 1 coquille sur 18 manifeste quelque coloration, encore n^est-ilpas bien sûr qu'elle vive aussi bas; entre 64 et 100 mètres, la proportion des coquilles ornées de couleurs à celles qui sont tout unies est de moins de 1 à 3, et, entre le rivage et S'^jCS, celles qui sont ornées de bandes colorées, tachetées, etc., dépassent la moitié du nombre total.

Dans les mers britanniques, au-dessous de 180 mètres, même lorsque ce sont des individus d'espèces vivement rayées et colorée^ dans les eaux peu profondes, les coquilles sont blanches ou incolores. Entre 110 et 146 mètres les rayures et les bandes colorées se voient rarement, surtout le long des comtés du nord, tandis qu'à partir de 90 mètres jusqu'au bord de la côte, ces caractères sont bien marqués. Le rapport de la vivacité des couleurs avec l'intensité de la lumière qui traverse les différentes couches d'eau est un sujet qui reste à étudier, mais on peut déjà, avec ces données, avoir une indication sur la profondeur des mers anciennes, lorsqu'on examine les restes de coloration des coquilles fossiles dont les genres ont encore des représentants dans les mers actuelles.

Aussi Ed. Forbes pensait-il que les couches dans lesquelles les coquilles suivantes ont été recueillies devaient avoir été déposées dans des eaux peu profondes. Des traces de coloration s'observent sur les Pleurotoinariajlammigei^a et conica, Phill., du calcaire carbonifère du Yorkshirc, les P. carinataeirotmdata^ Sow., \c Solarium pentangulatunij de Kon. et la PaUlla solaris^ du calcaire carbonifère de Belgique. Dans le calcaire correspondant du Derbysbire, les Pleurotomaria caiinata et cofiica ont offert la même particularité, puis un Trochus^ le Metoptoma pil^tiSy la Patella retrorsoy la Natica pliàstiiala^ quatre espèces d'Aviculo-pecten^ le Spirifer decot^uSj VOrihis resupinaia et la Terebratula hastata.

ANIMAUX INVEUTÉBRÊS. 529

Les formes analogues vivent acluellcment à une faible profondeur, et, quant aux brachiopodes, il en est de même pour ceux qui, aujourd'hui, présentent une ornementation colorée. Une Térébratule dévonienne du nord de TAmérique est dans le même cas, et le Turbo rupestris^ du calcaire silurien de la Chair de Kildare, montre des bandes colorées spirales,

La matière calcaire du test des coquilles devient blanche, po- Modifications reuse, par la disparition du peu de matière organique qu'elle contenait, et peut alors happer à la langue et dégager une odeur argileuse par le souffle, caractère qui n'est point d'ailleurs exclusif à l'argile, puisque le quartz réduit en poudre le manifeste aussi. La matière de la roche environnante, marneuse, calcaire, argileuse, siUceuse ou ferrugineuse, s'infiltre dans les pores du test, qui de léger qu'il était devient plus pesant. Mais jusquelà la structure originaire du test, soit plus ou moins compacte, soit feuilleté ou fibreux, est reconnaissable, tandis que, dans certains cas (Ammonites, Pleurotomaires , Cypricardes, Astartes, etc., de l'oolithe inférieure des Moutiers , Calvados, Baccins dévoniens de Paffrath) et surtout dans les Trigonics du Portland-stone de Tisbury (Wiltshire), que nous avons déjà citées, la texture organique du test a complètement disparu; le carbonate de chaux est parfaitement cristallin et se clive suivant les plans du rhomboèdre. Il faut qu'il y ait eu ici un déplacement et un nouvel arrangement des molécules du carbonate, qu'il est assez difficile de concevoir sans une dissolution préalable. Cette explication serait justifiée par cette circonstance, que nous avons déjà rappelée (antè, p. 483), que dans certains cas on observe sur le moule de la coquille, formé par la matière de la roche environnante, un plus ou moins grand nombre (le cristaux isolés ou agglomérés qui semblent représenter le reste du test dissous, qui aura cristallé ainsi sur place. La nonaltération du moule et de l'empreinte est, dans ce cas, sou- * mise à la même objection que ci-dessus.

Cette dissolution, partielle ou totale, et sa cristallisation ultérieure ne seraient d'ailleurs qu'un cas particulier de la circonstance qui donne lieu aux contre-empreintes et dans laquelle

530 COBl POSITION CHIMIQUE DKS FOSSILES.

la disparition complète du test primitif a permis, dans la cavité qui en est résultée, le moulage d'une autre substance, ordi nairement là silice.

Test Un certain nombre de coquilles bivalves sont composées d^

deux parties, doux couches, d*aspect, de texture et sans doute de compositioi^ spondyks. difrérent3. Ces couches ont leur plus grande épaisseur dispos^^ en sens inverse du sommet ou des crochets vers le pourtour c^ la coquille. Dans les Spondyles, par exemple, le talon, la chi^^ nière et une portion de l'intérieur des valves sont formés ^^ revêtus d'une substance blanche, éburnée, beaucoup mo^^ résistante que le test extérieur feuilleté et qui peut disparat.1/^ complètement dans la fossilisation. Avant que ce fait n'ait été signalé par M. Deshayes on avait cru devoir créer les genr^ Podopsis^ Dianchora et Pachytes pour de véritables Spondy/e» particulièrement crétacés, chez lesquels ce mode d'altératio/i s'était produit, et qui ne montraient plus que la partie extérieure du test sans talon, ni charnière ni impression musculaire.

Dans les Hipponices, le support adhérent à la roche oilre un tissu feuilleté comme celui des Huîtres; aussi a-t-il résisté aux causes de dissolution, à l'exception de la place qui correspond h l'attache du muscle adducteur, laquelle, ayant sans doute la composition de la coquille elle-même, a disparu comme elle. Rudistes. Cette Circonstance est plus frappante encore dans la famille des rudistes que chez tontes les autres. Les moules intérieurs paraissaient si différents des coquilles elles-mêmes qu'on a pu en faire des genres distincts sousiesnoms deBirostriteelàldithyosarcolithe. En eflet, ces coquilles ont deux tests : l'un extérieur, feuilleté, grossièrement rugueux et très-cclluleux, composé de lamelles extrêmement délicates, très-rapprochées, divisant la masse en prismes perpendiculaires aux feuillets; l'autre inlé- • rieur, sub-nacré, compacte et plus ou moins épais. Or ici, comme dans les Spondyles dont nous parlions tout* à l'heure, c*est cette dernière substance qui forme la charnière et tout l'appareil cardinal, qui porte les empreintes musculaires el transmet les caractères que les diverses parties molles de l'ani'

mal ont pu imprimer à Tintéricur de la coquille. On conçoijt alors que si cet intérieur vient à être moulé immédiatement après la mort et la disparition de celui-ci par la matière de la roche environnante, et que plus tard le test intérieur soit dissous et disparaisse, on n'apercevra plus aucune relation entre le moule et la cavité dans laquelle il se trouve, puisque celleci ne sera plus formée que par le test extérieur celluleux.

Comme, en outre, sous beaucoup de rapports, les rudistes s'éloignent des autres bivalves, Tétrangeté des coquilles, d'une part, et, de l'autre, celle des moules intérieurs, qui ne se rapportaient plus aux parties conservées, autorisaient en quelque sorte la distinction que faisaient des zoologistes qui n'avaient pas eu occasion d'observer en place les relations des uns et des autres ni des individus bien conservés.

La difficulté de leur rapprochement était encore augmentée par une autre circonstance qui compliquait singulièrement la question. Dans certaines espèces fort allongées, surtout du genre Hippurite, l'animal, en vieillissant, s'avançait dans sa coquille laissant derrière lui des espaces vides, séparés les uns des autres par des cloisons*transverses plus ou moins régulières et dont le remplissage ultérieur simulait assez bien les loges et les cloisons d'une coquille droite, telle que les Orthocératites; aussi ce genre fut-il placé alors parmi les céphalopodes, tandis que cette même disposition, en se reproduisant chez des rudistes à valves contournées en spirales disjointes à peu près dans un même plan, avait fait çittribuer leurs moules à des céphalopodes voisins des Ammonites ; c'étaient les IchthyosarcolitheSj qui ont dû êtr^ rapprochées des Caprines.

Defrance, qui s'occupait avec un soin scrupuleux des mo- obsmations difications et de Tétat des fossiles des divers terrains, remar- *^*"**' quait, il y a 40 ans, que dans les formations secondaires et de transition les acéphales , soit pourvus encore de leur test, soit à ^'état de moules ou d'empreintes, se montraient presque toujours avec leurs deux valves réunies, tandis que dans les dépôts tertiaires, si ce n'est dans ceux plus récents des collines sub-apennines, les valves sont presque constamment séparées.

Cette remarque nous parait encore vraie aujourd'hui. Peutêtre alors les coquilles étaient-elles plus promptement ensevelies dans la vase, la marne ou le sable, et soustraites à Tinfluence des agents extérieurs avant Taltération complète du ligament et des muscles qui maintenaient ainsi assez longtemps les valves rapprochées. Les bïincs de coquilles qui de nos jours s'accumulent au-dessus du niveau moyen de la mer, et qui sont mélangés de sable et de cailloux, présentent aussi très- souvent les valves des acéphales disjointes et séparées, parce qu'elles sont longtemps exposées aux influences atmosphériques.

Le test des ostracées, des Peignes, des Térébratules et autres brachiopodes est celui qui résiste le mieux aux modifications opérées dans Tintérieur de la terre. On ne le troure point à l*état cristallisé, malgré sa tendance à devenir quelquefois très-compacte. Si l'on y ajoute celui des rudistes trèsporeux, au contraire, et le test extérieur des Spondylcs, assez semblable à celui des Huîtres, on aura tous les tests d'acéphales qui se prêtent le mieux au changement beaucoup plus complet du test calcaire en orl)icules siliceux, et cependant le test des ostracées, des Peignes et des Spondyles d'une part, celui des brachiopodes de l'autre, et en troisième lieu celui des rudistes, offrent des structures essorfliellcment différentes et très-caractéristiques.

Les tests de structure fibreuse, comme celui des Pûtna, des Pinnigena^ des Inocérames, se conservent généralement bien ; mais leur extrême fragilité, résultat de cette structure, fait qu'on n'en a presque jamais des échantillons un peu complets. Il est d'ailleurs privé, dans le plus grand nombre des cas, d'un test ou revêtement intérieur nacré, qui a disparu.

On voit donc combien il est essentiel de bien connaître la structure , la texture et la composition simple ou complexe des diverses coquilles pour se rendre compte des résultats varies de la fossilisation à leur égard.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, que nous reprendrons d'ailleurs plus en détail, en décrivant les mol-

lusques des divers terrains ; il nous a suffi d'indiquer les principales modifications que présentent leurs parties solides et leurs caractères généraux.

Les bryozoaires, malgré leur extrême délicatesse, se trou- Bryozoaires, vent fréquemment dans un élat parfait de conservation et dans tous les terrains, soit isolés, soit appliqués sur d'autres corps. Leur petitesse les a souvent soustraits à une destruction plus ou moins complète. Nous ne possédons pas de données particulières sur leur composition; mais, dans la plupart des cas, on doit les supposer formés d'une aussi grande quantité de carbonate de chaux que les polypiers pierreux avec lesquels on les avait pendant longtemps confondus. Les parties membraneuses ou d'aspect corné, non solidifiées par du carbonate de chaux, dans certains genres, ont pu disparaître par la fossilisation; mais la netteté des autres caractères, même dans les genres du terrain de transition, comme les Fenestrella^ permettent toujours de les distinguer. Si les Graptolithes doivent rentrer dans cette grande division, la nature de leur test nous est frès-peu connue, quoiqu'on puisse le supposer plutôt membraneux ou corné que consolidé par de la matière calcaire.

Dans la classe des radiaires, les parties solides des échi- nadiaires. nîdes, des stellérîdes et des crinoïdes intéressent particulièrement le paléontologiste et le géologue. Nous avons déjà dit que le caractère commun à tous les restes calcaires de ces trois grands ordres était de présenter dans la cassure le clivage du rhomboèdre de la chaux carbonatée. Ce caractère, signalé il y a plus d'un siècle par Jean Gesner, est sans exception, et, comme il ne s'observe pas dans les parties correspondantes des animaux vivants ou de l'époque actuelle, il faut admettre que c'est un résultat de fossilisation dû à une structure particulière du test qui prédispose les molécules calcaires a se grouper suivant les lois de la cristallisation propres à cette substance.

Dans les Oursins vivants, le Pentacrinus capui medusx et les Astéries, les parties calcaires présentent dans la cassure une texture très-finement spongieuse, homogène dans toute leur

étendue^ et que nous avons comparée à celle de la moelle de sureau exlrêmemenl ooodensée ; si Ton se rappelle que nous ayons signalé Tanalogie probable de In texture des Bélemnilcs avec celle de Tos dé la Sèche et surtout du rostre qui est spongieux, mais à fibres eùtre-croisées, plus ou moins distinctes et régulières, on pourrait en conclure que cette disposition, observée dans la nature actuelle, est la plus propre à faciliter le passage du calcaire à l'état spathique par le fait même de la fossilisation. En outre, cet état spathique parait s'opposera la dissolution de ces corps par les agents ordinaires , car on les trouve moins fréquemment à l'état d'empreinte de moules, etc., que les coquilles des mollusques. Échinidcs. Le toîst OU la coque des Oursins vivants, ou mieux des Ëctiinides, est complètement enveloppé d'une membrane épidermique très-mince, de sorte que ce serait plutôt un squelette intérieur qu'une coquille comme chez les mollusques. Cette membrane étant facilement détruite, comme la plupart des substances animales, il en résulte que tous les petits piquants qui y adhèrent, comme ceux plus forts qui s'articulent sur les gros tubercules et qui sont, en outre,- fixés par un nuisde quand ceux-ci sont perforés, doivent tomber en même temps. Aussi ne trouve-t-on jamais les pointes ou les baguettes d'échinides fossiles adhérentes au test. Celui-ci en e^ toujours dépourvu, et c'est tout au plus si, dans quelques cas, on retrouve un certain nombre de baguettes de Cidaris autour ou près du test. Le banc du coral-rag de Calne (Wiltshire), où tous les individus d^Hemicidaris intermedia^ Forb., sont encore entourés de leurs baguettes, est un exemple peut-être unique jusqu'à présent. L'appareil ou les pièces cornées de la bouche disparaissent aussi, tandis que les dispositions cloisonnaires, que l'on observe à Tintérieur de certains genres de scutellidées, persistent comme le test lui-même, à cause de leur nature essentiellement calcaire. L'appareil anal, dont les pièces sont également calcaires, résiste à la décomposition.

Dans toutes les couches, on trouve donc les baguettes ou piquants séparés de la coque, ordinairement remplie par la ma-

tière de la roche qui en donne ainsi un moule intérieur, tandis que la pâte qui Tenveloppecn reproduit l'empreinte extérieure. Hais il arrive quelquefois qu'il se manifeste une cristallisation beaucoup plus complète que la spathification générale du test. Chacune des 20 rangées de plaques hexagonales présente un même nombre de cristaux de chaux carbonatée inverse, disposés symétriquement au dehors et au dedans du test. Ces 20 rangées de cristaux sont, comme les plaques, accouplées deux à deux, et chaque couple est alternativement formé de gros et de petits cristaux. Les rangées de gros cristaux correspondent aux plaques des espaces interambulacraires, et celles des, petits aux plaques de8and>alacres eux-mêmes. Ces cristaux ne sont pas toujours simples; il y en a de groupés parallèlement à Taxe principal du cristal, de telle sorte qu'à chaque plaque correspond un ou plusieurs cristaux. Quelquefois cet effet ne se produit que sur une portion du test. Nous l'avons signalé sur de petits Diadèmes de Toolithe inférieure et des Pygaulua du quatrième étage crétacé du sud-ouest (l). M. Weiss a mentionné ausâi des Ananchytes et des Spatangues présentant des cristaux sur chaque plaque au dedans et au dehors, et un remplissage ultérieur par de la silice (2).

Dans la formation crétacée et particulièrement dans la craie blanche, lesi MicrasteTjles Ananchytes, les Galérites, etc., ont été fort exactement moulés par la matière siliceuse ou silex pyromaque si répandu dans la masse calcaire. Cette matière s'est introduite le plus ordinairement dans la coque de l'Oursin par ses orifices naturels, sans laisser de trace à l'extérieur sur le pourtour du test, si ce n'est quelquefois un bourrelet près de la bouche ou de l'anus; aussi ne se rend-on pas bien compte pourquoi la silice, probablement à l'état d'hydrate, ne s'est pas répandue davantage autour du test, si ce n'est parce qu'il était complètement enveloppé par la roche et que sa

(1) D'Archiac, Bull, Soc. géol. de France, 1" série, vol. XII, p. 445; 4841 .

(2) Arch, deKanten, vol. IX, cah. 4. — BibUoth, univ. de Genève, ▼ol. VI, p. 483.

cavilé était le seul vide offert à la silice. S'il en a étcainsi,Varrivée de celte dernière serait tout à fait postérieure à Tenfouisscmcnt de la coque de l'Oursin, et l'on ne comprendrait pas alors pourquoi celte coque n'aurait pas été plus souvent ronplie par la matière même de la rocHa,

La silice, n l'état de calcédoine et d'orbicules, a aussi remplacé plus ou moins complètement le ,test des échinîdes par le procédé que nous avons vu appliqué aux coquilles et en vertu des mêmes forces naturelles. Si Ton plonge dans «n acide étendu un Cidaris ou un Salema de la craie de Talmont, par exemple, pour en enlever le calcaire, il restera un squelette siliceux plus ou moins complet, suivant l'état plus ou moins avancé de la substitution et qui mettra dans tout son jour le mode de développement des orbicules aux dépens du test calcaire. On remarquera qu'ici le moule intérieur est fonué par la matière de la roche environnante, qui est un calcain* marneux sans rognons de silex .

Tous Ic^ moules siliceux d'échinides que Ton rencontre sans être accompagnés de leur test ont dû en être privés par suite de frottements ou d'une destruction mécanique. En place dans la roche, ils en sont presque toujours pourvus. Dans quelques cas très-rares cependant, où le test a disparu, on remarque que la silice s'était infiltrée dans les interstices des plaques; alors, après la disparition de celles-ci, le moule se trouve enveloppé d'une sorte de réseau , de linéaments siliceux, figurant des hexagones plus ou moins réguliers et inégaux. C'est ce que les anciens oryctognostes appelaient des Èchinitesà cellules d^ûbdlles. siriKrides. L^s pièccs solidcs ou osselets qui garnissent les rayons et consolident le corps des Astéries étant reliées entre elles par une bien plus grande quantité de fibres, de muscles et de membranes que celles du test des Oursins, on conçoit qu'à Tctal fossile il est très-rare de les trouver réunies. Les osselets isolés d'Astéries et des genres voisins sont au contraire assez communs dans les terrains tertiaire et secondaire. Une assise puissante et fort étendue dans le bassin de la Gironde, par exemple, a môme été désignée sous le nom de calcaire à Astéries.

Quant aux crinoïdes, qui ont joué un si grand rôle pendant Crinoide». les époques de transition et secondaire, qui sont à peine représentés pendant répoque tertiaire et moins encore dans la nature actuelle, on conçoit que,, d'après la solidité et rajustement si exact de leurs pièces calcaires, leur conservation devait être assurée dans la plupart des cas. Aussi en retrouve-t-on des portioas très-complètes,, soit la tête munie de ses digitations et ramifications infinies, soit la tige ou même l'empâtement de la base et des racines sur la roche où elle était fixée. Les articulations détachées des bras et des tiges, Entroqties ou Trochites des anciens oryctognostes, sont disséminées avec une extrême profusion dans certaines couches : tel est le calcaire noir carbonifère de Belgique, appelé petit granité, Toolithe inférieure de la côte d'Or, désignée sous le nom de calcaire à EntroqueSj etc. Quelques Sphéronites siluriennes des environs de Saint-Pétersbourg offrent un test spalhique presque limpide et divisé dans le sens de son épaisseur en prismes à 6 pans, ayant pour base les plaques hexagonales extérieures dont les caractères organiques ont persisté.

Lorsque le test a été dissous, il reste dans la roche des empreintes faciles à reconnaître, surtout celles des faces gléftoïdales des articulations présentant alors, comme dans les Pentacrines, une étoile à cinq branches, avec un trou au centre, et dont chaque rayon, strié sur ^es bords, a une forme plus ou moins ovalaire, ou bien, comme dans les Âpiocrinites, les Rhodocrinites, etc., un disque couvert de stries fines rayonnantes . autour d*un point central qui représente l'axe de la tige.

Dans certaines couches argileuses et marneuses, du lias, par exemple, deLyme-Regis (Dorsetshire) et de BoU (Wurtemberg), les restes de criuoïdes ont exercé une puissante attraction sur le sulfure de fer (pyrite jaune ou cubique), qui s'est déposé, avec une exactitude et une délicatesse extrêmes, sur tous les fragments organiques disséminés dans la roche, sans jamais s'étendre dans celle-ci. Ainsi, des millions d'articulations de Penlacrincs, que Ton peut compter sur la grande plaque du lias supérieur de Boll, récemment placée dans les galeries du Mu-

séum^ on n*en voit pas une seule, quelque petite qu'elle soit, qui n'ait été recouverte de fer sulfuré, lequel ne la déborde jamais.

Les Apiocrinites du coral-rag de la Rochelle présentent, dans toutes leurs parties, une teinte violette très-prononcée. U matière colorante, étudiée par M. Fremy, est de nature organiqW) contient de Tazote, et vue sous le microscope, après avoir été isolée de la masse par les acides, offre une véritable structure organisée.

Polypiers. ^ polypiers calcaires, soit simples, soit composés, senties restes de corps organisés, qui devaient, toutes choses égales d'ailleurs, très-bien résister à Taction des causes extérieures. La plupart, étant fixés, se trouvaient soustraits aux chocs ou au transport par les vagues, et ils ont dû, comme ceux de nos jours, constituer des masses solides dlirant leur vie. Pendant certaines périodes et dans certaines localités, on observe des masses de polypiers assez semblables aux lies et aux récifëde coraux de nos mers. Le coral*rag de Fest de la France et du Jura en offre des exemples; néanipoins Ceux-ci ne sont pas aussi fréquents qu'on aurait pu s'y attendre, à moins de supposer que, dans beaucoup de cas, les caractères des roches aient disparu, comme nous savons que cela a lieu même dans les masses coralligènes de la Polynésie. ^

Les polypiers ont été d'ailleurs soumis, comme les autres corps, à des causes de dissolution, de moulage partiel ou total de leurs vides, de silicification des parties solides par les mêmes agents et les mêmes procédés que les coquilles et les radiaires; mais nous ne voyons pas qu'ils aient exercé aucune action sur la précipitation du fer sulfuré avec lequel ils ne semblent ètte nulle part en relation directe.

On savait, depuis les recherches d'Hatchelt (i), que les polypiers consistaient principalement en carbonate de chaux imprégné ou plutôt compris dans les mailles d'un réseau organique conservant la forme générale -du corps après la dis*

(i) Philos. Transact, td. XVD.

solution du carbonate de chaux dans un acide, et que par une opération inverse la matière organique disparait dans la TossilisaUon et laisse un squelette calcaire que Ton appelle vulgairement le polypiei\ D*après les observation; plus récentes de H. Silliman, on voit que ces. mêmes polypiers vivants renferment 97 à 98 0/0 de carbonate de chaux et 2 à 3 0/0 de magnésie^ de fer, de silice, d'acide phosphoriquc et de fluor. Les axes calcaires de Pennatules renferment, suivant M. Fremy (i) :

Phosphate de chaux..' 25,70 16,00

Carbonate de chaux . 44,26 53,57

Matière organique soluble dans les acides. . . 15,64 19,53

— insoluble.. ...... 16,40 11,10

Quatre espèces de Pennatules ont donné des quantités de cendres variant dé 31,2 à 48 0/0. Ces axes calcaires offrent donc une certaine analogie avec la substance osseuse, contenant une partie organique et une partie calcaire composée de phosphate et de carbonate de chaux; mais cette dernière substance est plus abondante que dans les os, la matière organique n'a point les caractères de Fosséine, et le phosphate de chaux, en moindre proportion que dans les vertébrés, différencie cependant ces corps des polypiers. A l'état fossile, nous ne connaissons point d'axes de Pennatules proprement dits ; mais d'autres assez voisins, que nous avons décrits sous le nom de Virgtdaiia incerta, et dont on a fait ensuite le genre Grapkiàai'ia^ sont assez firéquents dans les couches nummulitiques de^ Biarritz, du département de TAriége, des environs de Castellane, dans le calcaire grossier de Paris et Targile de Londres. Leur structure fibreuse rayonnée et leur parfaite conservation dans ces diverses localités peuvent faire supposer que leur inaltérabilité tient à une composition qui se rapprocherait de l'analyse précédente.

Les suivantes sont dues à H. Mérat-Guillot, qui a trouvé dans le corail rouge des carbonates de chaux et de magnésie, réunis,

{\)Loc.cit.,^. 391.

disent MM. Pelouze et Freray, par un centième environ de matière animale et colorés en rouge par une substance peu connue.

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