‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 64 sur 78 · SUPPLÉMENT DE LA PREMIÈRE PARTJE · texte numérisé non relu

SUPPLÉMENT DE LA PREMIÈRE PARTJE

RËSUMË DES RECHERCHES

DB

M. J. 8GB¥ARGZ

SUR LBSCOHNAISSANCBS DBS GRECS BT DKS ROMAINS RBLATITBMBIf T A L^HISTOIRB DB LA TBRRE.

Dans le premier chapitre de VHistoire de la Paléontologie ^ nous nous sommes borné à reproduire très-sommairement quelques-unes des opinions des poëtes, des philosophes, des historiens, des naturalistes et des géographes de Fantiquité, sur l'origine du globe et sur celle des corps organisés fossiles ; nous ne voulions point, d'une part, répéter ce que divers auteurs, géologues et philologues, avaient déjà écrit de plus ou moins insufBsant sur ce sujet, et, de Vautre, le temps ne nous permettait pas de songera un travail spécial, approfondi, reposant sur une étude préalable des sources authentiques. Mais ayant eu depuis lors connaissance des beaux travaux que M. J. Schvarcz avait entrepris dans cette direction et dont une partie venait d*étre publiée en grec et en hongrois (l), nous priâmes ce jeune sa-

(1) A Gôrôgôk geologiàjajobb napjaikban, c Géologie des Grecs pendant les périodes de leur plus grand éclat, t In-V; Pest, 1861. — Édition corrigée, A Gorôg ôdonsâg mzonyaafôldtan kérdéseihtx,, t L'antiquité grecque dans ses rapports avec la géologie. » ln-4* ; Pest, 1863. — Fôldtani kisérîtUk a Hellénségnél nagy Sândor koraig, o Sur les essais géologiques de rnntiquité grecque jusqu'à Tépoque d'Alexandre le Grand. • toI. 1; Pest,

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vant de vouloir bien combler cette lacune en extrayant de sfô recherches dans les auteurs anciens ce qu*il avait trouvé de plus intéressant sur la Cosmogonie, la géogénie, les fossiles et les divers sujets qui se rattachent à l'histoire physique de notre planète.

M. Schvarcz, pour répondre à notre désir, nous a adressera la fin de 1863, une suite de notes dont nous nous sommes empressé de profiter. Nous avons conservé nécessairement Tordre chronologique et très-râtionnel qu*il avait déjà suivi dans ses études, c'est-à-dire que nous traiterons successivement : 1^ de la géologie chez les auteurs grecs avant Tépoque d'Alexandre ; 2" pendant et après celte époque; S"" chfâ les Romains. Le savant hongrois a bien voulu revoir lui-même les épreuves pour tout ce qui concernait les nombreuses citations dont seul il pouvait vérifier l'exactitude avec les textes des auteurs sous les yeux.

Ces recherches ne sont pas, comme on pourrait le croire au premier abord, chose futile ou de pure curiosité scientifique et historique ; pour qui veut y regarder de près, elles acquièrent un haut intérêt philosophique dans l'étude du développement comparatif ou de la marche de Tesprit humain chez les nations les plus éclairées à des époques différentes. Pour suivre la pensée que nous avons déjà émise, nous dirons que ces recherches font voir comment chez ces peuples anciens, où cer-

1863. — L'auteur a publié en anglais un exposé général et méthodique de CCS recherches sou8 le titre de On the failure of geological attempU in Greeceprior to the epoch of Alexander. V* partie, in-4'; Londres, 1865. — On doit encore à M. J. SchYarcx un travail sur Straton de Lampnquc. Lampsacusi Strato. Impartie; Pest, 1861. —2* édit., corrigée; 1863. En 1861, il adressa au Congrès scientifique de Bordeaux un mémoire iDtitulé: La géologie antique et les fragments du Clazoménien, où Tauteur rapporte les idées d'Ânaxagore sur l'histoire de la terre. — Les recherches d*^ faites dans cette direction, telles que la Minéralogie hoinérigHe,àe Millin, la Minéralogie des anciens, de Delaunay, la Géologie des Gréa et da Romains, par Lassaulx, ou Contribution à la philosophie de Vhistoire (Qeologie der Griechen und Rômer, Mémoires de TAcadémie royale des tcteoccs de Bavière, 1851), etc. , ne répondaient nullement aux besoins de b partie historique de la science.

laines des plus hautes facultés de rintelligence avaient atteint leur apogée, d'autres sommeillaient encore, ne se manifestant que par de vagues intuitions de vérités générales qui reposaient sur des observations insuffisantes, ou même par des rêveries plus ou moins imaginaires, que la Renaissance a vues se renouveler depuis.

Géologie des Grecs avaot l'époque d'Alexaodre.

Les philosopkes de la Grèce ont expliqué les phénomènes volcaniques paf l'hypothèse des feux souterrains. Eschyle, dans une ç}e ses tragédies perdues, a attribué à l'action de ces feux la séparation de la Sicile de laCalabre; Pindare a chanté, dans la première épinicie de ses Pythiaques, la communication souterraine de TÉtna avec le Vésuve. Chez Platon, on retrouve la cause des volcans dans le.Pyriphlégéihon (Phédon^ c. d8, 60) ; chez Empédocle, dans ces masses ignées souterraines (ffoXXà l' IvspO' OSeot; (ouSeo^) icupà )ca(eTail) dont il parle dans les fragments de son poëme Sur la Nature. Proclus, le commentateur de Platon, confirme l'opinion précédente dans les notes qui accompagnent le Timée. Ëupédocle, dit-il, soutient l'existence de torrents de lave souterrains (puaxeç icup jç). Nous pouvons nous faire encore une idée plus exacte et plus précise de la théorie de quelques pythagoriciens par cequ en dit Simplicius dans son Commentaire sur les ouvrages d'Aristote (de Ccelo, II, 13, 14; f. 124). Simplicius, dont la véracité n'est pas suspecte, rapporte que les plus instruits de cette école (o{ 8à Yvi39t(i>x€poy ii£Tce9xivT€i;) attribuaient au feu central ([jLéadv icup) une action géogénique, en le plaçant à Tintérieur de la terre, comme le principe créateur de la vie et des choses, comme une source de chaleur éternelle pour le globe exposé d'ailleurs au refroidissement.

M. le professeur Bôth, d'Heidelbërg, a essayé d'expliquer Thypothèse du (lioov ^, dont on a tant parlé dans les ouvrages

sur rastronomie des anciens, en supposant que ce sont seulement les éruptions volcaniques qui ont suggéré Tidée des pythagoriciens ; mais il fallait faire ici une distinction essentielle et ne pas vouloir appliquer cette interprétation aux idées de Philolaûs. Les philologues versés dans les traditions de Téoole de Phythagore admettent (|u*on y regardait le globe comme une sphère concave, dont une moitié représentait la véritable terre et Tautre VAntichthdn^ comprenant dans le vide intérieur le fatal cube du feu central du (xéaoy icup. Suivant le système d'Hicétas le syracusain, les mêmes philologues admettront peut-être que le (li^ov TJp exerce une action à la fois astronomique et géologique, et ils interpréteront, le passage de Simplicius (ad Ar. de C(d.^ f. 132) conformément à Tidée que professait Héraclide de Pont, savoir, la rotation de la terre autour de son propre centre ou la portion de la sphère concave autour du IJléaov 7»p, puisque ce piaov icup a occupé en même temps le centre du vide intérieur de la sphère.

Mais peut-être dira-t-on que l'hypothèse astronomique du (ii(;ov 7:0p n'est encore, chez Philolaûs, qu'un acheminement vers la théorie de la rotation de la terre autour de son axe, et les philologues maintiendront-ils que Ton a toujours considéré la terre, telle que la comprenait Philolaûs, conune une planète indépendante du cube mystique de [jLsacv ^p, qui occupe le centre de l'univers? Dans le second livre d'Aristole de Cœlo^ il n'y a que des arguments contraires à l'opinion de M. Rôth, et cette circonstance même, -que Simplicius distingue ceux qui ont regardé le (licov ^lup comme une cause exclusivement astronomique suppléant à la rotation de la terre autour de son axe, et ceux qui y ont ajouté un sens géologique, montre qu'il y a eu en efTet, plusieurs sources d'informations dans la secte de Pythagore relativement au feu central (|ii7ov icup).

Les plus rapprochés de la vérité étaient certainement ceux qui attribuaient les éruptions volcaniques, peut-être aussi les sources thermales et les tremblements de terre, à une masse ignée, souterraine, située au centre de la terre; et, comme celleci était supposée placée au centre de Tunivers, ce dernier, en

même temps que Tenveloppe terrestre, décriTait son mouvement diurne autour de la partie centrale incandescente. Simplicius ne fait d'ailleurs aucune mention de la sphère concaye terrestre.

Jusqu'à présent on ne peut pas affirmer que la doctrine géologique de ce (lidovnup ait été aussi rattachée depuis au système héliocentrique ; mais Hicétas admettait déjà la rotation du sphéroïde, ainsi qu'Héraclide. Pour ces deux philosophes, le liiacv ^p avait un sens à la fois géologique et astronomique. Simplicius ne rappelle pas les noms de ces pythagoriciens plus instruits ; mais il dit que Diogène Laërce attribue Tantichthon à Hicétas, tandis que Théophraste lui a attribué, de son côté, le principe de la rotation, ce qui nous permet de penser que le célèbre syracusain a placé son (xé^ov -nup, la contre-partie nécessaire de l'antichthon, à Tintérieur de la terre; les mots Tzzpi To (xéaov indiquent évidemment le (xéoov icup chez le scholiaste anonyme du cod. CoisL^ 466, en faveur d'Héractide.

L'admission de l'hypothèse grecque du feu central dans le sens géogénique peut-elle faciliter Texplication de YEepyrosis, car il y a des philosophes qui ont rejeté l'idée du feu extérieur (t^P xh iceptéxcv, ou feu en dehors de la sphère des étoiles fixes)? Quoiqu'il en soit, ils ont soutenu l'idée d'une conflagration générale de l'univers, ou au moins de notre planète. A quelle cause Empédocles, Leucippe et Démocrite pouvaient-ils attribuer les catastrophes terrestres dues à des conflagrations, si ce n'est aux feux souterrains ? Quant à l'hypothèse du feu central au point de vue géogénique, elle était peu répandue. Seulement les populations voisines des volcans recherchaient naturellement dans l'existence d'un feu intérieur la cause des phénomènes dont ils étaient témoins.

La mythologie a apporté son tribut de renseignements ; les poèmes sacrés ont avancé qu'il existait des communications entre les volcans les plus éloignés ; Phérécyde, logographe athénien, surnommé Lerius, qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre philosophe du même nom, qui était de Scyros, a raconté, comme le dit le scholiaste d'Apollonius le rhodien,queTyphoëus

était venu de la montagne brûlante du Caucase jusqu^aux iles de Pithecussaî; mais la plupart des Grecs semblent avoir adopté ridée que Ton trouye dans Homère et ch^ss quelques naturalistes anciens, Ânaiagoras, Démocrite, etc.^ savoir, Te^tence de l'eau dans les cavités intérieures de la terJ^e (iv^xoi; xoiU-

Les phénomènes inorganiques de la surface, dus à «Jescauses actuelles, étaient étudiés, dans lantiquité grecque, ^vec une prédilection toute particulière, tek sont les dépôts d'alluvion qui se forment journellement, les soulèvements partiels, Tapparition de nouvelles iles, etc. Suivant Strabon, Homère aurait connu le mode de formation d,u dépôt allnvien de la vallée du Nil et l'aurait exprimé dans le vers 358 de. TOdy ss^, et Hésiode aurait mentionné la réunion au continept de File Artémja^ l'une des Ëchinades, par les.sédiip^tfi.quc déposait le fleuye Achéloûs, annonçant, en outre^ «d'avapoe, la réunion de tout ce groupe d'îles en une seule.

Myrsile, ^^uteur des Lesbiaques^ dit qu'Ântissa a été autrefois une il e, et suivant Ibycus, comme le dit le scboliastede Pindare, il en aurait été de même d'Ortygie. Pindare a chanté la sortie des eaux de File de Rhodes, et Ion de Chio, dans son drame perdu à*Omphaley l'anci^ne réunion de TEubée à la Béotie. Vers le même temps, Xanthus, le logographe Ijdien, soutenait que la Phrygie inférieure avait été recouverte autre fois par la mer, près de la Mattyène.

Ce que rapporte Hérodote de l'Egypte prouve beaucoup de sagacité et un bon esprit d*observation : « Ils (les prêtres de a Memphis, de Thèbes et dliéliopolis] ajoutèrent que Mènes a fut le premier homme qi^ eài régné en Egypte ; que de son « temps toute TÉgypte, à lexception du nome Thébaïque, n'é- « tait qu*un marais; qu*aloi's il ne paraissait rien de toutes les « terres qu'on y voit aujourd'hui au-dessous du lac MœriS) (( quoiqu'il y ait sept jours de navigation depuis la mer jusqu'à a ce lac, en remontant le fleuve.

a V. Ce qu'ils me dirent de ce pays me parut trcs-raison- « nable. Tout homme judicieux qui n'en aura point entendu

« parler auparavant remarquera en le voyant que PÉgypte, où a les Grecs vont par mer, est une terre de nouvelle acquisition a et un présent du fleuve; il portera aussi le même jugement « de tout le pays qui s'étend, au-dessus de ce lac jusqu'à trois « journées de navigation, quoique les prêtres ne m'aient rien a dit de semblable ; c'est un autre présent du fleuve. La nature a de rÉgypte est telle, que, si vous y allez par eau, et que, rc étant encore à une journée àés côtes, vous jetiez la sonde en (( mer, vous en tirerez du lim<Mi à onzeorgyes de profondeur ; a cela prouve manifestement que le fleuve a porté de la terre « jusqu'à cette distance. »

Après avoir décrit géographiquement la vallée du Nil depuis le Delta jusqu'à Éléphantine, Hérodote continue :

« X. La plus grande partie du pays dont je viens' de parler « est un présent du Nil, comme le dirent les prêtres, et c'est a le jugement que j'en portai moi-même. Il me paraissait en € effet que toute cette étendue de pays que l'on voit entre ces « montagnes, au-dessus de Meidphis, était autrefois un bras de a mer, comme l'avaient été les environs de Troie, de Teuthraa nie, d'Éphèse et la plaine dé Méandre, s'il est permis de « comparer les petites choses aux grandes; car, de tous les a fleuves qui ont formé ces pays par leursi alluvions, il n'y en « a pas un qui, par l'abondance de ses eaux, mérite d'être c( comparé à une seule des cinq bouches du Nil. Il y a encore « beaucoup d'autres rivières qui sont inférieures à ce fleuve, a et qui cependant ont produit des effets considérables. J*en «(. pourrais citer plusieurs, mais surtout l'^Âchéloûs, qui, traa versant l'Arcananie et se jetant dans la mer où sont les Échia nades, a joint au continent la moitié de ces iles.

c( XI. Dans l'Arabie, non loin de l'Egypte, s'étend un golfe « long et étroit, comme je le vais dire, qui sort de la merËry- « thrce. De l'enfoncement de ce ^olfe à la grande mer il faut « quarante jours de navigation pour un vaisseau à rames. Sa « plus grande largeur n'est que d'une demi-journée de navigaa tion. On y voit tous les jours un flux et un reflux. Je pense a que rÉgypte était un autre golfe à peu près senU)lable, qu'il

« sortait de la mer du Nord (la Méditerranée) et s'étendait vers a rÉthiopie; que le golfe Arabique, dont je Tais parler, allait cr de la mer du Sud (la mer Rouge) vers la Syrie ; et que, ces a deux golfes n'étant séparés que par un petit espace, il s*«n « fallait peu que, après l'avoir percé, ils ne se joignissent par <x leurs extrémités. Si donc le Nil pouvait se détourner dans « ce golfe Arabique, qui empêcherait qu'en vingt mille ans « il ne vint à bout de le combler par le limon qu'il roule sans a cesse? Pour moi, je crois qu'il y réussirait en moins de a dix mille. Comment donc ce golfe égyptien dont je parle, a et un plus grand encore, n'aurait-il pas pu, dans l'espace a de temps qui a précédé ma naissance, être comblé par l'ac- « tion d'un fleuve si grand et si capable d'opérer de tels chancr gements ? ^

« XII. Je n'ai donc pas de peine à croire ce qu'on m'a dit « de l'Egypte ; et moi-même je pense que les choses sont cer- « tainement de la sorte, en voyant qu'elle gagne sur les terres « adjacentes, qu'on y trouve des coquillages sur les montagnes, « qu'il en sort une vapeur salée qui ronge même les pyramides, et et que cette montagne, qui s'étend au-dessus de Memphis, « est le seul endroit de ce pays où il y ait du ^ble. Ajoutez a que l'Egypte ne ressemble en rien ni à l'Arabie, qui lui est a contiguë, ni à la Libye, ni même à la Syrie ; car il y a des « Syriens qui habitent les côtes maritimes de l'Arabie. Le sol a de l'Egypte est une; terre noire, crevassée et friable, comme a ayant été formée du limon que le Nil y a apporté d'Ethiopie, a et qu'il y a accumulé par ses débordements , au lieu qu'on « sait que la terre de Libye est plus rougeâtre et plus sablona neuse, et que celle de l'Arabie et de la Syrie est plus argia leuse et plus pierreuse.

a Xin. Ce que les prêtres me racontèrent de ce pays esten- « core une preuve de ce que j'en ai dit. Sous le roi Mœris, « toutes les fois que le fleuve croissait seulement de huit cou- « dées, il arrosait l'Egypte au-dessous de Memphis ; et, dans « le temps qu'ils me parlaient ainsi, il n'y avait pas encore « neuf cents ans que Mœris était mort ; mais maintenant, si le

c( fleuve ne monte pas de seize coudées, ou au moins de quinze, « il ne se répand point sur les terres. Si ce pays continue a a s^élever dans la même proportion, et à recevoir de nouveaux « accroissements, comme il a fait par le passé, le Nil ne le a couvrant plus de ses eaux, il me semble que les Egyptiens « qui sont au-dessous du lac Mœris, ceux qui habitent les autres « contrées, et surtout ce qu'on appelle le Delta, ne cesseront a d'éprouver dans la suite le même sort dont ils prétendent a que les Grecs sont un jour menacés ; car, ayant appris que « toute la Grèce est arrosée par les pluies, et non par les inona dations des rivières, comme leur pays, ils dirent que si les d Grecs étaient un jour frustrés de leurs espérances, ils cour* a raient risque de périr misérablement de faim. Ils voulaient « faire entendre par là que si, au lieu de pleuvoir en Grèce, il a survenait une sécheresse, ils mourraient de faim, parce qu'ils <x n'ont d'autre ressource que Teau du ciel.

« XIY. Cette réflexion des Egyptiens sur les Grecs est juste; a mais voyons maintenant à quelles extrémités ils peuvent se a trouver réduits eux-mêmes. S'il arrivait, comme je l'ai dit « précédemment, que le pays situé au-dessous de Memphis, « qui est celui qui prend des accroissements, vint à s'élever « proportionnellement à ce qu'il a fait par le passé, ne faudraita il pas que les Égyptiens qui l'habitent éprouvassent les hor- « reurs de la famine, puisqu'il ne pleut point en leur pays, et « que le fleuve ne pourrait plus se répandre sur leurs terres? « Mais il n'y a personne maintenant dans le reste de l'Egypte, a ni même dans le monde, qui recueille les grains avec moins « de sueur et de travail. Ils ne sont point obligés de tracer avec a la charrue de pénibles sillons, de briser les mottes, et de « donner à leurs terres les autres façons que leur donnent le « reste des hommes; mais lorsque le fleuve a arrosé de lui- « même les campagnes, et que les eaux se sont retirées, alors a chacun y lâche des pourceaux, et ensemence ensuite son « champ. Lorsqu'il est ensemencé, on y conduit des bœufs ; a et, après que ces animaux ont enfoncé le grain en le foulant a aux pieds, on attend tranquillement le temps de la moisson.

570 CONNAISSANCES DES GRECS £T DES UOMAlNS

a On se sert aussi de bœufs pour faire sortir le grain de Tépi, « et on le serre ensuite.

a XY. Les Ioniens ont une opinion particulière sur ce qui a concerne TÉgypte. Ds prétendent qu'on né doit donner ce « nom qu'au seul Delta, depuis ce qu'on appelle rÉchauguette « de Persée, le long du rivage de la mer, jusqu'aux Tarichées a de Péluse, l'espace de quarante schènes , qu'en s'éloignant « de la mer l'Egypte s'étend, vers le milieu des terres, juste qu'à la ville de Cercasore, où le Nil se partage en deux bras, a dont l'un se rend à Péluse et l'autre à Canope. Le reste de « l'Egypte, suivant les mêmes Ioniens, est en partie de la Lice bye et en partie de l'Arabie. En admettant cette opinion, il a serait aisé de prouver que, dans les premiers temps, les Égypc< tiens n'avaient point de pays à eux ; car le Delta était autre- « fois couvert par les eaux, comme ils en conviennent cux- « mêmes, et comme je l'ai remarqué ; et ce n'est, pour ainsi (( dire, que depuis peu de temps qu'il a paru. Si donc les Égyp- « liens n'avaient point autrefois de pays, pourquoi ont-ils af- « fecté de se croire les plus anciens hommes du monde? El c( qu'avaient-ils besoin d'éprouver des enfants, afin de s'assu- « rer quelle en serait la langue naturelle? Pour moi, je ne u pense pas que les Égyptiens n'ont commencé d'exister qu'a- « vec la contrée que les Ioniens appellent Delta, mais qu'ils ont « toujours existé depuis qu'il y a des hommes sur terre, et « qu'à mesure que le pays s'est agrandi par les alltivions du Nil, « une partie des habitants descendit vers la basse Egypte, tandis a que l'autre resta dans son ancienne demeure; aussi donnait- « on autrefois le nom d'Egypte à la Thébaîde, dont la circon- « férence est de six mille cent vingt stades (l). »

Strabon et Sénèque rapportent aussi l'opinion d'Hérodote que la Thessalie a été recouverte par les eaux. Thucydide, dans àon lU" livre, mentionne un tremblement de terre à la suite duquel TOrobie aurait été inondée, et dans le second ce qu'avait déjà dit Hésiode des îles Échinades. Le mythe

(\) UisL â:Hé^odoU, traduite par Larcher, t. I, p. 138, édit. de 1850.

UELATlVEME^T A L^fllSTOlRE DE LA TERRE. 571

cl' Alcmcon, que cite l'illustre historien de la Guerre du Péloponèse, n'est qu'une allégorie mythologique du phénomène des alluvions, ou, comme l'ont désigné les Grecs de Fépoque classique^ Wpéo)^(0(7tÇ.

Les pythagoriciens ont également observé ces dépôts modernes dont Ovide cite des exemples dans le XV' livre des Métamorphoses en reproduisant les doctrines de cette école.

L'auteur du livre apocryphe Sur la nature de VUnivers^ attribué à Occllus Lucanus, pense que le fond de la mer change de temps en temps, et que ce sont les vents ou tremblements de terre et les eaux qui déterminent la distribution des masses continentales. Ânaxagore dé Clazomène soutenait, au dire de Diogène Laërce, que les montagnes de Lampsaque devaient être un jour recouvertes par les eaux de la mer, tandis que Démocrite Tabdéritain croyait que ces dernières diminuaient constamment.

Le mythe de l'Âtlantis prouve que Platon, ou celui à qui ce philosophe Ta emprunté, avait observé la zone de sédiments déposés par les flux golfoides au fond de la Méditerranée, près de Gadès (Taivta &9aXoç),et remarqués aussi plus tard par Straton de Lampsaque.

Le Phédon nous donne encore la preuve que Platon a constaté la décomposition extérieure des roches cristallines ; mais â cet égard, comme à beaucoup d'autres, on ne trouve rien dans les anciens auteurs qui soit comparable à ce que nous lisons dans le dernier chapitre du V' livre de la Météoro- /ojfted^Âristote. Ce ne sont pas les mêmes parties de la surface terrestre, dit le philosophe de Stagire, qui sont toujours continents ou couvertes par des eaiix ou bien toujours au-dessus et toujours au-dessous du niveau des mers,maip dles changent de nature suivant la source et le dessèchement des rivières. Cependant ces modifications ne se produisent que suivant un certain ordre périodique propre à la nature des choses et analogue aux mouvements de la vie chez les animaux et les végétaux. Comme ceux-ci, Tintérieur de la terre a sa jeunesse et sa vieillesse. Mais notre propre existence est trop courte

pour que nous puissions apercevoir ses changements. Des nations entières disparaissent sans pouvoir conserver le souvenir de tout ce qui a eu lieu. C'est ainsi que les Égyptiens, habitant un pays présent du Nil, ont depuis longtemps oublié répoque où, pour la première fois, ils ont occupé les régions graduellement mises à sec. Ces modiBcations auraient ainsi leur cycle périodique, leur hiver caractérisé par Tabondance des pluies, comme celles qui occasionnèrent le déluge de Deucalion, aux environs de Dodone, et leur été marqué par une extrême sécheresse.

Suivant Censorinus, Aristote aurait voulu exprimer par cette époque de sécheresse une grande période cosmique, une conflagration du monde, et par l'hiver un cataclysme également universel ; mais rien ne justifie cette interprétation dans la philosophie d' Aristote, qui dit au contraire, dans le chapitre précité, que la terre n'est qu'un point sans importance en comparaison de Tunivers entier, et qu'il serait ridicule de faire mouvoir les cieux pour une cause si minime. Le ciel est immuable, et rien n'autorise à voir dans les ouvrages du précepteur d'Alexandre l'idée d'une conflagration de l'univers ; on y voit, au contraire, relativement aux changements de la surface de la terre, l'influence des causes actuelles.

Aristote a nié le dessèchement final des mers et combattu l'opinion de Démocrite ; mais le scholiasle d'Apollonius de Rhodes lui attribue la croyance que Tile de Schcrie avait été sur le point d'être réunie au continent. Le livre de MundOj attribué au Stagirite, mentionne des inondations occasionnées par des pluies, d'autres produites par l'envahissement de la mer, l'émersion de portions couvertes jadis par les eaux, etc.

En admettant tous ces faits, on peut se demander si les Grecs n'ont pas attribué la succession des couches delà terre à ces changements produits par les causes actuelles. Mais en réalité cette succession n'a pu être comprise, comme nous l'avons vu, d'une manière complète, que par l'observation des corps organisés fossiles. Ur, parmi les pliilosophes naturalistes des époques antérieures à Alexandre, ceux qui ont connu les fossÛes, Xéno-

RELATIVEMKiNT A L'HISTOIRK DE LA TERRE. 575

phane, Empédocle^ Parménide, etc., sont précisément pour les grandes catastrophes, tandis qu'Anaxagore et Aristote, qui professaient la doctrine de^ causes actuelles, n'ont jamais vu de fossiles, ou si, comme ce dernier, ils ont remarqué des restes de poissons pétrifiés, ils ont complètement méconnu leur origine. Cependant Anaxagore est relativement aux philosophes q bouleversements, tels qu'EmpédocIe et Anaximandre, un véritable précurseur des idées de nos jours, car le passage de Thémistius (ad Arist., Phys, auscult.^ I, p. 18) affirme que, tandis qu'Empédocle croit à la cessation temporaire de Yeccrisis (lxxpt?tç 1% Tou \i.i-^[Lx:o^) des choses et veut établir des périodes, Anaxagore en soutient la continuité sans interruptions périodiques ; ce passage ne présente en effet qu*une opinion qui, dans ses rapports avec la grandeur et Timportance des changements survenus à la surface de la terre, n'exclut point des catastrophes accidentelles.

Il serait difBcile d'ailleurs de comparer les causes actuelles d'Anaxagore avec celles que comprennent, sous le même nom, les géologues modernes; car, suivant le philosophe de Clazomène, la formation des étoiles serait un phénomène aussi contemporain produit par la SCvy), la 7r£pix(il>pr|?i;, enlevant chaque jour aux roches des fragments lancés dans Tespace et les embrasant.

En réalité, Aristote parait avoir voulu dire seulement que la vie organique n'avait jamais éprouvé ni extinction de ses principaux types actuels, ni introduction d'autres types colnplétement nouveaux.

Pour ce qui concerne l'homme en particulier, on trouve dans sa Physique (lY, p. 14), dans le premier livre de Cœlo (c. m), dans sa Météorologie (1, 3), dans ses Problèmes (XVII, 3), dans sa Métaphysique (XII, 8), dans sa Politique (YII,10),dans tous ses ouvrages en un mot, cette opinion, que le genre humain a présente aussi lui-même de temps en temps des relations analogues, et déplus que les cultes, les sciences et les arts ont été déjà plusieurs fois inventés et perdus, et cela, dit-il, à Tinfini (ÂTvStpixi;); que les religions de son temps ne sont que les

restes d'une encyclopédie qui tendait à s'écrouler à son tour (orov ASi'^ava, xùxXcv eîvai Ta àvOpwxiva). Nous verrons plus lard que les stoïques ont admis que le monde avait reproduit dans seç périodes cycliques les mêmes individus, les mêmes villes, les mêmes guerres, etc.

En résumé, les données stratigraphiques et paléontologiques modernes sont restées complètement inconnues à Âristote, cl les modifications produites par les causes actuelles à la surface de la terre n'ont point fait sur son esprit une impression plus profonde que sur les auteurs de la légende des Sept Doi^mms, ou des autres traditions chez les divers peuples. La fable de ces Sept Dormeurs t qui remonte au règne de l'empereur Théodose II, appelée par Gibbon un roman philosophique, se retrouve chez les Arabes, les Hindous, les Scandinaves, les hagiographes de l'Église romaine aussi bien que chez les Grecs. Épiménide en est le héros, comme on le voit dans Diogène Laërce, et c'est, à proprement parler, une de ces légendes philosophiques communes à tous les peuples sous toutes les latitudes. Les inspirations qu'on y trouve ne sont point particulières à l'univers, mais consacrées à des réflexions morales.

Lorsqu'on prend en considération toutes ces données, on peut se demander si rétablissement de certains grands cycles astronomiques ou mieux cosmiques ne résulterait pas des observations assez nombreuses faites sur les changements de la nature inorganique à la surface de notre planète. A cet égard, on remarque qu'avant l'époque d'Alexandre il y avait des philo* sophes naturalistes grecs qui professaient l'apocatastasie périodique des choses. Mais les fragments qui nous sont parvenus de l'antiquité sur ce sujet sont trop incomplets pour nous prouver que ces philosophes ont été amenés à l'idée de la destruction du monde par la considération des restes fossiles, ou bien par celle des effets produits par des changements analogues à ceux de nos jours, en les supposant accumulés pendant un laps de temps presque inGni. Chez d'autres philosophes, on peut encore aujourd'hui retrouver les traces plus ou moins positives des inductions vraiment géologiques^

•Les premiers forment de beaucoup la majorité, tels que Thaïes, Anaximène, Hippon, Diogène rApoUoniate, Heraclite, Pythagore et probablement l'auteur des poëmes sacrés d'Orphée, plusieurs élèves de Pythagore et des membres de sa secte, Anaxagore?, Zenon, Parménide, Mélisse, Archélaûs et Platon. Les seconds sont particulièrement Xénophane, Empcdocle et Anaximandre.

Il y avait en outre des poètes qui, à 1! exemple de Linus, dont on connaît la période cosmique de 10800 ans, parlaient de la même manière sans y avoir réfléchi bien profondément. Peutêtre aussi quelques-uns des philosophes naturalistes que nous avons cités ne faisaient-ilâ que reproduire des traditions sans* crites (i), les traditions empreintes des idées demanvataras et de yougam^ ou étaient-ils Técho de celles de Babylone (2), ou bien encore de celles venues en Grèce par suite des communications avec rÉgypte, la Phénicie, sinon de la doctrine de Zoroastre elle-même.

Les h'vres sibyllins ont sans doute tiré ces idées dePOrient (5) . Heraclite assigne comme Linus un laps de iO 800 ans à sa période cosmique; Orphée, 120000 ans à la sienne. Mais le ce* lèbrc historiographe de la philosophie ionienne, Richter, a fait voir le peu de fondement de ces opinions basées sur des inductions cosmologiques ou, comme diraient les anciens,, physiologiques, et l'on sait que Ton doit faire remonter l'origine de ces

(1 ) Cf. Rig Vêda, VUI, 4, Hymn. 17, 18, 19 ; Manous, 1, 52, 57, 1, 80 ; Yaynavalkya, III, 10. Cî.Adhyâya Upanishad; Anuvaca Upanishad; Vrihad Upanishad, II, 5; Bhagavad Gitâ, VIT, G elseqq.; X, 20 elseqq.

(2) Saroi, nesso!, sossoï. Cf. Bérose chez Sénèque, Hist. natur,, III, 29; Zendiques, Cf. Ttiéoponipe chez Plularque, Jifara/ia, p. 570, B.; Cf. fit/n» dehèchCy 1, xxxiv; Zend Avesla, cil. Kicuker, 111, p. 57 et seqq; Vendidad Sade, \ii\\a, xxviii Ha; Yechte Sades, xviii; Vendidad Sade, xxx Ho, XXXI Ha ; Buniehèche, xxxi ; Cf. Talinoud, Midrache Rabba, Berechite Paracha, 4; Or Adonai, III, 1, 5; Sohar, UI, p. 498, Sulzb.; lU. p. 79, 2'J5, 135, 152, 166, 100; RociiehonChana, 11, a Cf. Pseudo-Esra, IV, 14, 11, ou même étrusques : (Cf. Suidas, v.Tu^pTivta); Cf.Lassaulx, dans les Comptes rendus de l'Académie royale de Bavière, 1 cl., VI vl., 111 sect.

(3) Cf. Origène, Philos., V, 16; Platon, de RepubL, VIU, p. 381, 2.

576 COiNNAISSANGES DES GRECS ET DES ROMAINS.

dogmes à la tradition (i). Cependant les apophthegmes de Pyihagore seraient-ils aussi une reproduction de la cosmologie des Égyptiens, par exemple? C* est ce que nous sommes loin de savoir, de même que si Ton doit faire remonter toutes ces données à des observations ou à des déductions avancées par les pythagoriciens (2).

Platon, dans son Timée^ n'a fait que copier les dogmes de ces derniers. Il parle également des ecpyrosis et des cataclysmes, mais ne fait aucune mention des fossiles, tandis que Xénophane, Ânaximandrc et Empédocle, qui ont rapporté les débris organiques pétrifiés aux périodes cosmiques, ont en quelque sorte préludé à la géologie moderne. Il pourrait être hasardé dédire que ces trois philosophes naturalistes ont su apprécier Timportance de la stratification ou superposition des roches, ou qu'ils ont seulement connu la distinction des roches cristallines et sédimentaires ; cependant Tétymologic du mot icdYoç, désignant des caps ou promontoires trachytiques, basaltiques, granitiques et porphyriques, appuierait la supposition que fait naître le passage de Plutarque (De primo frigido^ c. xix), suivant lequel Empédocle a prétendu que les espèces de roches que nous appelons cristallines, les iixçavtî, les xprj|xvci, les axéxcXct, les séTpai, ont été élevées et sont soutenues par le feu de l'intérieur delà terre (x^l.dvéxeffOat Sispci^iiiieva ^Xe^jj^tCvovroç, tou èv ^Oet vfy; ^ TO^péç). D'un autre côté, le fait qu'on a désigné par le même mot, l^a^pcç, le fond de la mer et Fidée connexe de couche ou

(i) Plutarque, Moral., p. 101 A. ; Clemens Alex., S/rom.V, p. 711,20. Pxdag.j \, 5; Proclus, in Timxum, p. 240, 4; Eusebius, Frwp, evang., Xiy, 3; Origène, Philos., IX, 9; Arisl., Phys., ffl, 5; Diog. Laërce, H, 8; Gaien, Hist. phiL, 10, 17; Stob., Ed., I, 15, 42; M. Anloninus, ffl, 5; Gensorinus, 18, 11.

(2) Les dates relatives à Orpbce et à Pytbagore se trouvent cbei Plutarqoe, Moral., ip. 415; Nigidius chezServius, ad EcL Virg., IV, 10; Gensorinus, 18, 11 ; Celsus chez Origène, C. Celsitm, IV, 1 1 ; Minucins Fdix, 54 ; Awimiamis Marcellinus, XV, 9, 8; Lobeck, Aglaophamus, p. 791-23 etseqq.; Gf. Plalon, Timms, p. 12, 13; Origène, Philos., VI, 21; Timxus, p. il. 42, 3; 40; Eepubl., p. 381 ,15; Brandis, GeschichU der Philos., 11, p. 570; cité par Liasaulx, p. 51.

stratum annoncent que les Grecs connaissaient déjà la nature et l'origine sédimentaire des roches fossilifères. On pourrait dire aussi que Thaïes a soutenu l'origine aqueuse des roches, puisqu'on sait qu'il regardait Teau comme le principe palétiologique des choses ; niais à cet égard ce qu'on connaît de ce philosophe est trop peu certain pour qu'on puisse y attacher quelque importance.

Un passage attribué à Démocrite d'Abdère, dans les Géoponiques de Tempire byzantin sur Tart hydrophantique, nous a fait connaître les expressions dont on se servait alors pour caractériser les couches (ISx^ps;), que le traducteur latin a rendues parcelle de solorum gênera (i). On peut donc avancer que les Grecs avaient réellement compris l'idée que nous attachons aujourd'hui au mot strate.

Une remarque essentielle dans Tinterprétation des idées de la plupart des philosophes grecs qui ont parlé d'un nombre infini de mondes (àicêCpouç x^qi^puç), c'est qu'en général ils n'ont pas voulu dire des mondes disséminés dans l'espace, mais bien des mondes qui se sont succédé dans le temps, c'est-àdire des périodes cosmiques. Karsten, Schaubach, Mullach, Cousin, Sturtz ont fait voir que pour Xénophane, Ânaximandre, Anaximène, Empédocle, Parménide, Archélaùs et Diogène d'Apollonie, on aurait tort de rapporter aux étoiles les divers mondes ou mondes infinis dont ik parlent. Cette observation s'applique surtout à Xénophane, et si Ton voulait attribuer ces dizEipou; x5a|x5u; aux mondes coordonnés dans Fespace, à la lune, aux planètes, aux étoiles fixes, on serait en contradiction manifeste avec ce que l'on trouve dans le pseudo-Plutarque, le pseudo-Galène, Porphyrius, Stobdeus, Théodorète et plusieurs autres.

Toute l'antiquité a connu le fameux apophthegme de Xénophane: Ev To îcav, qui nie, de la manière la plus positive, l'idc'îc de diversité ou de pluralité des mondes. Nous devons donc ad-

(l)Cf. Fouvrage de Tautcur anglais, On the Failure of geological at- Umpii in Greece, p. 32, 35, 34. *

mettre que ce philosophe a parlé de périodes cosfniques, de la ë(axJ9[jkr|aiç xari Ttva; wcpiéïouç, comme l'ont appelée Jean Philopone et Sextiis Empiricus.

Quant à Anaxagore, on pourrait hii ajppliqncr Tancienne interprétation, savoir, qu'il a voulu seulement attribuer des habitants à la lune et aux autr^ planètes, et Xénophane de Colophon serait le seul naturaliste grec, le seul ^\Kix6q ou çuoic- Xé^o; pour lequel on possède des preuves directes qu*il a basé sa doctrine de la destruction périodique du monde sur une véritable induction.

Origène, dans ses PhUosophumena(c.xvi)^ dit expressément que, pour prouver qu'il y a aussi de nos jours une intermittence continuelle de phénomènes ((JiCÇtç) entre la mer et la terre, et que par suite il viendra un temps où l'eau aura dissous la terre entière (XuscrOat), Xénophane a cité, comme argument à Tappui (Toiauraç diiroSsiÇctç), les coquilles marines rencontrées loin de la mer, sur les continents et même sur les montagnes. Dans les carrières (XatofACaiç) de Syracuse, il mentionne des restes de poissons et de phoques (tutto;) ; dans l'ile de Parcs, à l'intérieur des roches (Iv tw PiOei tou Xîôou),des feuilles de laurier (Saçvr,;), ou, suivant la version de Gronovius (tuxov à^utjç), des anchois; puis, dans l'ile de Malte, des formes de toutes sortes de produits marins (TTAaxaç twv cufJL'juavTwv OaXa7?((i)v).

Tous ces restes ne sont que les témoignages d'une époque pendant laquelle tout était couvert de boue ou de vase (&Te xacvri à-jnjXdiOTQaav xaXa'.), et dont les corps se sont endurcis dans cette même boue (t^v lï tùttov èv tw irrii^Cù ÇYjpovOi^vat).

Xénophane a soutenu, continue Origène, que tous les hommes ou tout le genre humain (divatpswôat 5à tcuç (iv6pwxouç ^ivraç) périt chaque fois que la terre vient à être recouverte (y^TsvsxBetji) par la mer, qu'elle so change en boue (zr^Acç vsvr^Tai), et qu'après chacune de ces catastrophes commencent une nouvelle création, un nouvel ordre de choses, et qu'enfin ces chang^ mcnts se reproduisent dans toutes les périodes cosmiques (EtTa waXiv ap'/soOai "rijç Ysvédswç, y.ai tcsjto -^aji toi; x^apist; Yivecôdt xaxaSdXXsiv) . Le fait certain que Xénophane ou Origène

ne veut exprimer par ces mots : zîlzi toÏ;- y,dî;p.5i;, que des périodes cosmiques est aussi remarquable, et- confirme ce que nous avons dit plus haut.

Eusèbe, dans sa Préparation évangélique^ reproduit brièvement Thypothèse de Xénophane, laquelle, quoique très-imparfaitement établie sur Pexistence des fossiles et sur Tobservation de quelques changements contemporains survenus dans les re* lations des terres et des eaux, nous montre cependant, avec une certaine évidence, la croyance aux bouleversements périodiques de la terre en rapport avec la présence des fossiles. C'est tout un ensemble d'idées et de faits qu'on ne retrouve chez aucun autre philosophe de la Grèce ancienne.

On sait que Xanthus, Hérodote, Eudoxe et Aristote, tous antérieurs à l'époque d'Alexandre, ont parlé des fossiles. Xanthus, le logographe lydien cité par Strabon (I, 5), ayant observé dans TArménie, la Phrygie et la Lydie, à une grande distance de la mer, des pierres remplies de coquilles (X(Oo*/Te x^f" XtiXwoÏYj) et des types de.cténoïdes et de chéramydes^ en a conclu que ces contrées avaient été recouvertes par la mer.

Nous avons déjà cité le passage d^Hérodote, qui mentionne les coquilles pétrifiées de l'Egypte (xo^x^^ta <paiv6iA£va lia Toîdt oupeai) , mais il ne fait aucune réflexion sur cette circonstance par rapport aux dépôts du Nil ni à la mer Rouge. Eudoxe, le mathématicien de Cnide que cite Strabon (XII, 3, 42), parle de^ poissons fossiles (ipuxToùç Ix^ç,) de la Paphlagonie, des environs du lac d'Ascanie, sans y ajouter aucune remarque, et Aris^te, dans son Essai sur la respiration (c. ix), les mentionne également en les faisant provenir d'espèces encore vivantes dans les profondeurs de la terre où elles se pétrifient.

Ce qui nous reste des théories presque paléontologiques d'Anaximandre et d'Empédocle ne permet cependant aucune conclusion ni sur les pétrifications, ni sur leur rôle. Si l'on en croit le pseudo-Plutarque (P/flc, V, 19), Anaximandre de Milet aurait avancé que les premiers animaux se sont développés dans l'eau, qu'ils étaient recouverts d'enveloppes épineuses (fXototç îTspiex^jxsva àxavOtMect), dont ils se sont dépouillés en

quittant Teau pour cHercher à vivre sur les terres émergées. Le même philosophe, suivant Fauteur de Pladtûy ajoutait que ces premières formes organisées vécurent peu de temps après être sorties de Teali.

Le vrai Plutarque dit aussi dans le YIIF livre des Symposiaques qu'Anaximandre attribuait aux poissons Forigine des premiers hommes; aussi Cuvier a-t-il pu dire de son côté, (Histoire des sciences naturelles, t. I) : « Anaximandre, ayant admis Teau comme le second principe de la nature, prétendait que les hommes avaient été primitivement poissons, puis reptileSy puis mammifères^ et enfin ce qu'ils sont maintenant. » Anaximandre serait donc le véritable précurseur de de Maillet, de Lamarck et des zoologistes de nos jours, qui marchent plus ou moins sur leurs traces ; mais peut-être avait -il emprunté luimême ces idées aux Égyptiens, aux Chaldéens ou aux Phéniciens, qui les auraient déduites eux-mêmes de quelques données géologiques incomplètes? Quant aux reptiles et aux mammifères dont parle Cuvier, on ne voit pas qu'ils aient été réellement indiqués par les auteurs que nous citons.

On pourrait voir cependant dans la défense de manger des poissons chez divers peuples de l'antiquité, conune dans la secte de- Pythagore, une certaine relation entre les apophlhegmes d' Anaximandre d'une part, et la source où l'on a trcs^probablement puisé aussi quelques traditions sémitiques de l'autre. Le mythe d'Oannès, monstre moitié homme et moitié poisson, venu de la mer Rouge; est, quoi qu'il en soit, plus rapproché de la doctrine d'Anaximandre que celle duMvre sanscrit de Yaivasvata.

Ce que nous savons d'une théorie probablement géologique, ou plutôt paléontologique, provient de deux sources principales : 1* les fragments du poëme didactique du philosophe d'Agrigente Sur la Nature (Uzpi çuoioç); 2* les rapports des commentateurs, des compilateurs, des lexicographes, des phlyaco- ^raphes et des scholiastes des époques postérieures. Parmi ces derniers, le passage contenu dans le xix" chapitre du V* livre du . pseudo-Plutarque est sans doute le plus remarquable :

RELATIVEMENT A L'HISTOIRE DE LA TERRE. 581 ^Ep.-jTScsy.Xfi; -rà; TzpCrcaq ^i^féazii; tûv Ç(*>(i)v (xv)Sa(X(i>ç 6XcxXif)pouç

cu|jLfuo[Aév(i)v Tûv jjLSpîov sSwXoçavsii;' xà; Sa Tphaç, tûv dlXXY;Xcçuûv, Tàç tï'itzdp'zaç (pro Tercapa;), cOx lit è$ 6|jw((i)v (je voudrais lire èx tûv cTOtxefwv) o?ov ix -p^ç xat 5$aT0ç, àXXà 8t' deXXriXwv t^8y), toiî; piàv 7nixv(i>6siaiQ; tyjç Tpc^fj?, toTç 8è -cf^ç êô|jLopçiaç xûv ^uvaixtov, iirspeOiqjLcv tou aicspfxaTixoO xivrj[jLaTOç à{ji.i:o(Y]9aaY2ç.

On a ainsi quatre phases ou seulement trois, puisque les animaux de la quatrième ne différent que par le mode de génération de ceux de la précédente, tandis que les flragments du poëme Sitr la Nature^ IIspl çuatoç, ne nous ont conservé que les types primitifs suivants : ouXoçueïç tutuoi x^ovb; (Sturiz a traduit : Formx toiam vim genaandi confusam, necdum explicatam insesecontirtentes); àfjiçiiupdawira xai iijup^orepva (bifrontia et bipectora); Pouy^'^ àvîpéxpwpa (fœtus bavini, hominis fade); àv8po(pu^ ^ouxpava (/(etu« humanij bubtUo capite).

Âristote, dans son Traité de Tâme, nous a conservé le vers suivant :

tiré aussi du poëme d'Empédocle Sur la Nature j et les mots xipaat ivoùxevsj; y signifient seulement des tètes sans cou, c'està-dire que Tauteur croyait qu*il n'y avait eu, au commencement des choses de la terre, que des membres séparés les uns des autres, des têtes, des bras, des jambes, des mains, des pieds, etc.

Plutarque parle aussi d'un autre type animal d'Empédocle, qu'on a exprimé ordinairement par eîX(7:oSa xptéxigXa, mais que Steinaplus tard rendu par xpiTé^eia, Reiske par xpioei3éa,Dûbner par àxpwàyy^koi ou dexpiTéxetpa, et MuIIach par àxpiT6Yuia. Seraient-ce quelques types de moutons monstrueux ? C'est ce qu'il est impossible de dire aujourd'hui.

Maintenant les trois phases de développement de la vie animale énoncées par pseudo-Plutarque ne sont-elles qu'une explication pour le vulgaire de la doctrine qu'Erapédocle a cherché à établir dans son poëme, en admettait ces types mons-

trueiix de têtes sans cou , vWant cependant et pouvant se mouToir, de Bœurs à tête humaine^ d'hommes à tête de Bœuf, d'animaui à deux têtes, d'autres à deux poitrines, et en résumé la supposition de ces êtres fantastiques ne reposait-elle pas sur un essai de paléontologie incomplet? Aristote, dans sa Physique (liv.II, ch. iv), dit très-clairement que, selon Empédocle, la formation des diverses parties du corps des animaux à Forigine du monde est due au hasard (iià Tu^r^*;). Maintenant cette croyance au fatalisme, qui règne dans toute la philosophie du poète naturaliste, ne résulterait-elle pas elle-même d'une fausse interprétation des corps fossiles souvent incomplets, brisés, et dont les fragments se trouvent épars dans la terre? C'est au moins fort probable. En effet Jean Philopone, le commentateur d' Aristote, dans le passage relatif à la formation première des animaux, dit qu'Empédocle admet que ceux-ci doivent leur origine à m membres du corps qui ont existé anciennement comme des êtres organisés complets, indépendants, et qui se sont accumulés dans la terre (èv vfi xi}) lorsque le principe chaotique a commencé à succéder au principe cosmique {iià t^ fjrnrj iùvtt^; ^tX^TYjToç, âTOxpaxeCa 8à tou veCxouç) . Ces mots : cuvaBpotoO^i h TYî YTÎ? qu'ils se sont accumulés dans la terre, prouvent assez qu'Empédocle a vraiment eu l'idée de phénomènes* géologiques et paléontôlogiques. Celui qui déjà avait su distinguer le vrai caractère des roches cristallines, comme nousTassurePlutarque, qui avait eu la pensée du soulèvement du sol pour se rendre compte de certains phénomènes, pouvait bien avoir aussi observé les débris de corps organisés dans les couches sédimentaires.

Suivant Censorinus (de Die natali^ IV), Parménidô aurait avancé une hypothèse semblable sur le principe de la vie animale ; mais les détails à cet égard font copiplélement défaut. A vrai dire, ce que nous savons sur celle d'Empédocle est aussi bien peu de chose. Suivant cette dernière, les plantes auraient apparu à la surface de la terre avant les animaux (i) . Il y aurait

(\}PlacUa,\, 2G;4)seudo-Galèiie, Hiurphilos., c. xxxviii.

même eu des unes et des autres avant la formation du soleil [ClTzetzesà'Résioàe).

Si nous nous reportons actuellement aux trois phases du développement de la vie, dont nous avons parlé tout à Theure, nous pourrons supposer que la première correspond à U période où les membres vivants, isolés, étaient indépendants du corps lui-même des animavX) les x6paai àvau/^eveç, les têtes, les bras, les pieds,, les mains (l[j.4^3{a ovTa), etc.; que la seconde comprenait les au(ji[AtxTa il^ioa, c'est-à-dire ces formes monstrueuses dont parlent les fragments du poëme Sur la Nature, les Pou^evi^ àvîpéirpwpa, les dvîpo^^ Poùxpava, les ijji^torepva, les àiJLfijcp&jwxa, les eiXfeoSa dxptTépta, etc., et que la troisième phase a été représentée par la faune actuelle. Malgré Tabsence de détails plus précis, on voit que Pidée du développement successif des êtres était certainement dans la pensée de quelques Grecs de l'antiquité, et qu'ils ont dû y être amenés par Tobservation de laits géologiques.

Anaximandre, comme on Ta dit^ s'y était rattaché, ainsi que Démocrite et Ârchélaûs, et pour tous Thomme était le dernier . être créé apparu à la surface du globe. Platon et Aristote ont adopté cette même hypothèse, mais on peut être assuré que le premier n'y a pas été amené par l'observation directe, et l'on conçoit en effet qu'elle puisse aussi résulter de spéculations abstraites sur les conditions générales des choses.

Suivant Diodore de Sicile, certains philosophes croyaient que le genre humain avait existé de tout temps, mais peut-être at-il confondu, avec l'hypothèse d'une uniformité perpétuelle absolue, la doctrine de ceux qui, croyant au développement successif des êtres, admettaient une grande période de la nature qui se serait répétée plusieurs fois, comme les yougues des livres sanscrits se répètent aussi pour former un jour de Brama, et ces jours se répètent à leur tour pour former une vie de ce dieu.

On peut dire qu'EmpédocIe nous donne déjà une idée de toutes les hypothèses des anciens sur le développement progressif des êtres, sans que, cependant, il soit réellement fondé

sur la complication progressive organique ascendante, depuis les polypiers jusqu'aux mammifères. Son idée, à cet égard, se bornait à une modification et à une amélioration par suite de l'adaptation des organismes plus conformes au principe téléologique de révolution cosmique. En effet, Aristote lui-même dit (liv. II, cil. vin de sa Physique) que, suivant Empédocle, les types des ^oufevi} dvSpoicpcopa se sont éteints parce qu'ils n'étaient pas conformes au but. Enfin la dégénérescence du genre humain, telle que Tadmettaient les anciens, n'était pas incompatible avec le développement progressif, car, comme on le voit dans les fragments du philosophe d'Acragas, le principe cosmique (vsixoç) a fonctionné simultanément avec le principe chaotique (çiX6ttî;), et l'époque de l'abaissement insensible de Tordre des choses dans l'état chaotique n'étant pas marquée nécessairement par des catastrophes, elle a pu commencer avec les premières manifestations de la dégénérescence humaine. Dans le système de ces philosophes naturalistes, l'œuvre de la création était donc complet avec la première apparition de l'homme.

Empédocle fait dépendre tous les phénomènes de la nature du fatum (vjyii) , doctrine qu'il a probablement puisée dans une fausse interprétation des corps organisés fossiles. Quoi qu'il en soit, on ne peut pas trouver une plus belle apothéose de son esprit tragique que la légende de sa mort, qui, sans avoir une valeur historique, prouverait, après ce que nous avons dit, qu'il s'est précipité dans le cratère de l'Etna, parce qu'il n'a pu supporter cette idée déduite de la fausse interprétation des fossiles, que la force créatrice a déjà plusieurs fois manqué de produire un ordre téléologique des choses, et que la physionomie cosmique actuelle n'est qu'un résultat du hasard.

Lassaulx, dans son Traité de la géologie des Grecs et des Romains^ n'a pas fait une seule fois mention d'EmpédocIes, Gladisch, dans son opuscule EmpedoMes und die ^ijptier^ et Sprengel, dans sa Protogxa Empedodis^ n'ont pas compris toute l'importance des passages qui se rapportent aux essais paléontologiques du philosophe d'Agrigente ; il était donc ne-

REL ATIVEMENT A L'HISTOIRE DE LA TERRE. 5îi5

cessaire de réparer romission de Tun et de compléter ce que les autres avaient laissé à faire.

Géologie des Greci pendant lei époques alexandrine et pott-alezandrine.

Ce sont surtout les phénomènes dus aux causes actuelles qui ont été observés dans ces deux périodes de Tantiquité grecque, telles que la formation des deltas, les alluvions, etc. Beaucoup d'écrivains se sont occupés de ces questions géologiques les plus simples, mais indispensables à connaître ; et Ton sait les, noms des polymathes qui ont rassemblé les données relatives à cet ordre de faits, tels que Démétrius Callatianus, Démétrius de Sçepsis, Callimaque (xxicretç vri^ôv), et d'autres dont lés noms ne nous sont points parvenus, mais dont Texistence est affirmée par Strabon(I, 5).

Rien ne nous prouve que Démocrite d'Abdère se soit occupé, comme le pense le savant Mullach, de ces sujets dansFouvrage perdu qui était intitulé Sur les Causes terrestres : AiTia». èzfesîci; mais le m* chapitre du I**" livre de la Géogrhphie de Strabon est un véritable traité systématique des changements produits à la surface de la terre par les causes actuelles.

Le géographe d'Amasia examine les ouvrages publiés avant lui sur ce sujet, et critique sévèrement les livres d'Ératosthène. A cette occasion il fait une digression intéressante sur la présence des coquilles marines fossiles rencontrées sur les montagnes, quelquefois à plusieurs milliers de stades de la mer, et reproche au célèbre astronome d'Alexandrie de s'être occupé de cette question en traitant de la figure de la Terre et de s'être . aussi occupé de cette dernière en traitant de la géographie des continents habités.

Strabon rapporte l'opinion de Xanthus dont nous avons déjà parlé/les hypothèses deStraton de Lampsaque, d*Ëratosthène, d'Hipparque, de Posidonius, et enfin émet la sienne propre.

' 5S6 CONNÂISSAiNGES DES fiREGS Et DES ROMAINS

L'hypothèse de Straton est bien connue {\), 11 suppose que la Méditerranée et le Pont-Euxin étaient sans coromunication, Tune avec TAtlantique par le détroit de Gadès, l'autre avec la Propontide par celui de Byzance. Suivant lui, les sédiments ai>portés par les fleuves déterminent, par leur accumulation au fond des mers, les changements observés dans leur niveau et occasionnent la rupture des isthmes, tels que ceux de Gadèset de Byzance. La banquette sous-marine qui existerait, entre l'Europe et l'Afrique serait la preuve de sa supposition, comme les coquilles et d'autres faits signalés autour du temple de Jupiter Ammon en Libye.

Les changements survenus dans la disposition des terres et des eaux, suivant Straton, sont bien admis par Strabon, mais celui-ci rejette l'explication de son prédéceisseur. Les sédiments dcïj rivières, au lieu de s'étendre sur tout le fond des mers, de manière à en relever le niveau, se déposent, au contraire, dans le voisinage de leur embouchure, et contribuent peu à peu à augmenter la surface des continents par la formation des deltas. Les motifs sur lesquels s'appuie le géographe d'Amasia sont judicieux et instructifs. C'est au mouvement propre ^^e la mer, qui contribuait à sa purification et que les anciens appelaient la respiration de la mer, que Strabon attribue la cause de l'impossibilité pour les sédiments de tomber et de s'étendre sur son fond, et à cette occasion il développe sa théorie des soulèvements.

Strabon qui est vulcaniste, comme on dirait aujourd'hui, suppose que le fond des mers éprouve de temps en temps des soulèvements et des abaissements, non par suite du dépôt des sédiments apportés par les fleuves, mais occasionnés par les forces ignées qui agissent au-dessous des mers. La Sicile n'a point été séparée de Rhegium par un tremblement de terre, mais a été élevée au-dessus des eaux par les feux souterrains.

La théorie du feu central, telle que la comprenaient les anciens philosophes grecs, ne se retrouve pas dans les fragments

(1) Von Hoff et de Humboldl, AnsichUn der Natur.

que Ton possède de la période post-alexandrine, au moins sous la forme adoptée par l'école de Pylhagore. Quoique les stoïques aient accordé une grande importance à l'élément du feu, nous ne savons pas jusqu'où leur doctrine de la conflagration périodique du monde était basée sur l'observation des phénomènes volcaniques. Ils n'auraient fait que suivre, dit-on, la physique d'Heraclite d'Éphèse, comme l'affirment beaucoup de philologues ; mais il serait plus utile pour l'histoire de la science de rechercher, dans les dogmes des stoïciens, les traces de ce qu'ils ont emprunté à ceux des pythagoriciens (l).

Strabon mentionne également le soulèvement volcanique des îles de Prochjta (Procida), de Pythecouss8e(Pythécuse), deCapreœ (Caprée),deLeucosia, des Sirènes, des Énotrides (2), de rile d'Automate (Hiéra), entre les îles de Théra et de Thérassia. Plutarque (3), Justinus (4), Orosius (5), Pline (e), en font également mention ainsi que de Forigine volcanique d'une montagne de 7 stades de hauteur, près de Méthoné, et la réunion au continent de Spina, près de Ravenna (7).

Outre les recherches cl les conséquences relatives aux phénomènes volcaniques, la Géographie de Strabon renferme une multitude d'observations qui se rapportent à la réunion de certaines iles aux continents voisins, au mode de formation des deltas, en un mot à tous les changements delà surface de la terre dus au déplacement des eaux, tels que la submersion d'une ville phénicienne, près de Sidon, par suite d'un tremblement de terre, mentionnée par Posidonius; l'engloutissement de Sipyle et

(1) A regard de la doctrine stuïque de la conflagratiou périodique du monde, les iîp.app.8v&i x^6^(>i, cf. Touvrage de J. Lipsius, Physiologia sloicorum; Cicero, Nat. Deor., III, 14; Numenius,' Eusebius, Pra^p, evang,, XV, 18; Plutarque, Moral, ^. 881, F. 955, E. 1077, B; Arisloclès chez Euseb., Pmp. etwig., XV, 14, p. 58; Origène Contre CeUus, IV, 14; D. Y. 20.

(2) Strabon, VI, 1;XVU, 557,1, 3.

(3) Moralia, p. 399.

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