‹ Introduction à l'etude de la paleontologie stratigraphique (volume 3)Chapitre 65 sur 78 · VU · texte numérisé non relu

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(6) Strabon, 5; V, 1; Cf. Dionysius Halicarnassii, 1, 18; Scylax, 19.

(7) Hisl. mL, H, i>7; elSénèque, Quxit, nat„ VI, 2.

588 COiNNAISSANGES DES GRECS ET DES ROMAINS .

d'autres villages de la Lydie et de l'Ionie, rapporté par Déinoclès; la réunion à la terre ferme par une' péninsule de File de Pharos, deTyre et de Clazomène, celle del'iledePiréus ; l'isolement artificiel de Leùcas; la séparation naturelle, au contraire, de Syracuse ; rabaissement de Bura et d'Hélice à la suite de trembl^ ments de terre; l'engloutissement d'Arnéeet deMidéa par le lac Copaïs; celui de quelques villes de la Thrace par les lacs de Bistonis et d^Aphnitis; le rapprochement de la terre ferme d'Artimita et des autres iles, pires de l'Acbéloûs, par les dépôts de cette rivière; celui de quelques îles de TÉtolie, d'Antissa;la séparation de Lesbos, d'Ida, des iles du golfe de Naples, citées précédemment, de Misénum comme la Sicile de Rhegium, de Caprée, du promontoire d'Atbènes, d'Ossa, d'Olympe ; les changements de la géographie physique des environs de Rhagae (Rages) en Médie, rapportés par Thistorien Duris ; la séparation de TEubée, de la Béotie; la submersion des iles Lichadiques et du promontoire Cénéum ; la fente ou crevasse de Tîle d'Atalante, etc.

De tous ces faits Strabon conclut que les terres actuellement habitées ont été couvertes une fois par la mer, et que le fond de celle-ci a fait partie à son tour des terres habitées (l).

Un auteur de Tépoque alexandrinequi s'occupait de spéculations géologiques, le poète Callimacpie deCyrène (275 av. J. C), composa, dit- on, plus de 800 ouvrages : élégies, épopées, hymnes, épigrammes, etc., dont il ne nous reste que 6 hymnes et 65 épigrammes. Dans celui de ces hymnes qui est dédié à Jupiter (vers 15 à 36), il dit que ni le Ladon, ni TErymanthe n'existaient lors de la naissance de ce dieu ; qu'alors toute l'Arcadie était desséchée ; que le Camion, Plaôn, le Mêlas, le Crâthis,lc Métopes, ne voyaient couler leurs eaux que par le choc que la déesse Rhéa imprimait au mont Ida. Dans Thymne adressé à Apollon, le poète mentionne les stalactiques et les stalagmites

(l) Géographie, ï, 5, XXVII, p. 557, 41.— Foy. ce que nous avons dit de la descriplion si exaclo des pierres lenliculaireSt par Slrabon, I~ partie, p. 10.

de la Phrygie (vers 22-23) et les sédiments féconds de la rivière de TAssyrie. L'hymne consacré à Diane décrit l'iie volcanique de Méligounis, nommée plus tard Lipara, comme la résidence de Vulcain. Le bruit souterrain produit par ce phénomène se fit entendre dans la Trinacrie; dans toute l'Italie, l'air retentit des secousses et des éboulements de l'Etna, et l'écho de Cyrnos (la Corse) les répéta (vers 46 à 56). Dans Thymne à Délos, on voit que le dieu (Poséidon) a fait apparaître les îles en frappant là montagne de son trident, forgé par les Telchines. Il semble n'avoir attribué que la formation d'une partie des iles aux soulèvements volcaniques, car à l'expressioii ùylasce il ajoute aussi ebex6Xwcrs (vers 33). Il est probable qu'il attribue, d'un autre côté, l'origine des iles voisines des continents aux agents de déchirement.

L'ile de Délos avait été nommée Astérie, parce qu'on la sup-< posait provenant d'une étoile tombée du ciel dans la mer, mais cela bien avant le temps deCallimaque, qui n'a pu être par conséquent le premier àlui assigner cette origine. D'ailleurs la naissance des îles a toujours été un sujet traité par les Grecs avec une certaine prédilection. On en trouve, comme nous l'avons dit, des traces dans Pindarc et dans un grand nombre d'autres poètes. Callimaque lui-même en a décrit une sous le titre de Kxiast; vr^cûv. Les relations fréquentes d'îles flottantes, les Cyanées, ont certainement moins d'intérêt, de même que les plaisanteries sur des rivières très différentes et très-éloignées les unes des autres, qui ne sei'aient que les prolongements souterrains d'un seul cours d'eau. Nous ne rappellerons donc pas ce qu'en avaient dit antérieurement Sophocle, Prodicus, Sotion, Plutarque et beaucoup d'autres, dont les ouvrages sont perdus.

Dans le même hymne est ce mythe de la disparition de certaines villes, iles et contrées, que nous lisons dans les hymnes d'Homère, et nous retrouvons aussi les mêmes difficultés à interpréter Callimaque, quand il dit que la rivière Phenicus est remontée vers sa source lorsque Latone chercha son lit d'accoilchée.

590 CONNAiSSA^GES DES GRECS ET DES ROMAINS

Ailleurs, le poète dit que toute TArcadie, Parthénios, certaines portions du Péloponèse* voisines de l'isthme, TAonie, Dircée, Strophie, TiEsope, Larisse, le Pénéias, etc., se sont retirés (çeuY^v) devant la mère-supplice d'Apollon (Latone). Serait-ce une allégorie ou une allusion à quelques changements dans les caractères physiques du pays? Ou ne serait-ce qu'une pure fantaisie émise sans que le poète ait prétendu ôter aux divinités des fleuves, des montagnes et des villes, des représentations figurées ou prosopopées, que les Grecs leur assignaient si volontiers (vers 70 à 150) ?

Les phénomènes volcaniques de TÉtna sont attribués aux mouvements du géant Briarée qui s'y trouve enseveli, bieo que le livre de pseudo-Aristote , intitulé Ilepl xéqjLou {Sur r Univers)^ ait déjà donné aux volcans, dont l'origine était connue, l'épithète employée par des géologues de nos jours, celle d'évents ou de soupape» de la terre. Quant aux 120 livres de YEncyclopédie de Callimaque, on doit regretter qu'il ne nous en soit rien parvenu.

Beaucoup de passages des auteurs prouvent qu'on a observé, dans les périodes qui nous occupent, la présence des fossiles dans les couches de la terre ; mais on n'y trouve comme vues théoriques rien qui ressemble à celles d'Empédocle. L'hypothèse de Théophraste et de Polybe est sans aucune valeur. Dans le traité de minéralogie intitulé Ilepc X{0(i>v, le naturaliste d'Eresus attribue l'ivoire fossile à une force plastique de l'intérieur de la terre, et dans son curieux opuscule intitulé Ilept tuiv ly^io^ tôv iv T(^ ^p(^ Sta[jLevévT(i)v (l), il suppose que les poissons fossiles d'Héraclée (Pont), de la Paphiagonie, de la Gaule narbonnaise ne sont que des individus des espèces actuelles, vivant dans Tintérieur de la terre, et provenant soit d'œufs qui y auraient été laissés, soit par suite de métamorphoses en types terrestres de ceux qui seraient venus originairement de la ma* ou des fleuves voisins pour s'introduire entre les couches.

(1) Cf. 8, p. 828, Schneider ; Cf. Pseudo-Aristote, De Mirab, AusculL, f."», 74; Alhénée, Deipn.,\UÏ, 2; Pline,^w^ Nal, IX, 57*

RELATIVEMENT A L'HISTOIRE DE LA TERRE. 59i

Théophraste parle aussi des pierres trQuvées près de Munda en Espagne, et qui présentaient des empreintes de palmiers, puis des impressions noires dans le marbre de Ténare, de la canne dei'Inde fossile (h IvSixéç y^Xajxoç dTcoXeXtôwfxévoç ; et il ajoute à cette occasion : Taura jjiàv ouv oXXtqç otÀ^ztàq), Il voulait probablement faire allusion à l'ouvrage intitulé, suivant Diogène Laêrce : Ilept XiOou[jiév(i)v. Enfin il mentionne, dans le livre intitulé : Dspl^uriov {oropCa (IV, c. vu), des plantes fossiles trouvées au delà de Gadès (xai xà àxoXiôoùfjieva xaijTa, oîcv Oujxa, xai Ta Sa(pvoeiS9^ xat ta âXXa), et plusieurs espèces de charbon de terre dans la Ligurie, TÉlide, etc., sans que nulle part on n'aperçoive d'opinion émise sur son origine.

Quant aux poissons fossiles, Polybeaadmis la même hypothèse fabuleuse (lyfiuïq bpunxoiy ou èpuxTol xearpeîç), et Strabon les a mentionnés comme Athénée (i).

Quelques ossements fossiles, provenant de grands mammifères probablement quaternaires^ étaient pris alors, comme par les observateurs de la période pré-alexandrine, pour des restes de géants. Pline, Aulu-Gelle, Solinus, Pausanias, Phlégon parlent des énormes squelettes et des sarcophages découverts par suite de tremblements de terre, ou résultant de fouilles exécutées sur divers points de la Grèce, de l'Asie Mineure et contenant des ossements. Pline (VII, 16, 74) parle d'un squelette de 46 aunes trouvé à l'intérieur d'une montagne de Crète (68 ans avant notre ère), et attribué à Orion (Solinus, I, 90) ; Pausanias (1, 35, 5, 6), d'un autre de 10 aunes de long, provenant de Milet et regardé comme celui d'Astérius ; d'un troisième trouvé près de Téménon Thyrée, et rapporté à Géryon ; d'un quatrième (VIII, 29, 3) contenu dans un sacorphage de i 1 aunes de long, et qui serait celui de l'Indien Oronte ; d'un cinquième conservé dans le temple d'Artémis Agrotéra, àMégalopolis, et que la tradition attribue au géant Hoplodame.

Phlégonde Trallcs (Mirab. 12) parle de corps gigantesques observés dans la grotte d'Artémis en Dalmatie, dont les côtes

(1) Strabon, IV, 1,6; Alhénce, VIII, 4; l'olybe, XXXIV, 10.

sternales avaient 16 aunes de long, puis de la dent d^un géant, longue d'un pied, et consacrée à Tempereur Tibère (Mirab. 14); de grands squelettes humains recueillis à Litrée en Egypte (Ib.y 15, 16; Aulu-Gelle, III, 10, 11). Un sarcophage trouvé dans le voisinage d'Athènes, à Tile dTubée, de 100 aunes de long, renfermait un squelette de même dimension, portant pour inscription : « Je fus enseveli ici, moi, Macroséiris, après avoir vécu 5000 ans » (16., 17). Phlégon cite également un sarcophage de 24 aunes et un autre de 32, trouvés à Carthagc (/&., 18), et enfin un squelette de 24 aunes rencontré près du Bosphore cimmérien, et que les barbares avaient jeté dans le lac Méotis. (Mirab,y 19.)

On comprend que toutes ces relations d*os fossiles d'êtres gigantesques venaient confirmer Tidée de la dégénérescence du genre humain, et le professeur Lassaulx a même cru pouvoir supposer que les sarcophages, dont nous venons de parler, prouvaient le culte ancien dont certains grands mammifères ou de grands reptiles énaliosaures auraient été Tobjet. Ce culte, méconnaissant Torigine des fossiles, aurait ainsi favorisé la croyance à Tancienne existence des géants et des héros.

On est aussi conduit à se demander si la tradition des quatre âges de l'humanité, depuis Tâge d'or jusqu'à celui de fer qu'on trouve dans Hésiode et dans Ovide, ne remonterait pas à ce même culte des fossiles ?

La théorie du développement progressif des êtres organises dans le temps a continué d'être enseignée comme avant Tcpoque d'Alexandre. Lucrèce, en reproduisant les préceptes de plusieurs sectes de la Grèce ancienne, nous en a transmis quelques parties (i).

(1) Voy. Lucrèce, de Rerum Natura; Horace, Satyre, I, 3, 99, cité par Lyell, AntiquUy ofMan,^^ 379. — Zenon, Clcanthe, Chrysippe, les chefs de Técole stoîque, ont professé la conflagration périodique des choses (Cf. Lassaulx, p. 34; Numenius, chez Ëusèbe, Pr. eu,,, XV, 18; Plutarque, Moral., p. 881, F., 955, E. 1077. B. ; Aristoclès chezEuscbe, Pr. év., XV, U; Origine Cont.Celse, IV, 14; V, 20; Lipsïus ^ Physiologia slaicorum, U, 22 el seqq.

Les stoïques soulcnaient qu*après chaque conflagration le même ordre de choses se reproduisait, et en rapport avec le même cours des astres, les formes, les mêmes relations de la vie humaine qui se reproduisaient aussi. Les mêmes nations, les mêmes villes, les mêmes guerres se reproduisaient. Athènes, Troie, comme Socra te, Platon , Achille et les Argonautes devaient revenir, et ce renouvellement de toutes choses devait se répéter dans un nombre de cycles infini (i), ce qui n'empêchait pas d'admettre le développement progressif de la vie dans chaque cycle ou période considérée en elle-même (eiiJi.apiJi.evot XP^^®')-

Jusque dans les premiers siècles du christianisme, les Grecs ont continué à observer les fossiles. Eusèbe (Chron. ûfrm., I, p. 60), Cédrène (I, p. 27), Eustathe {Uexaëmerony p. 49), en parlent d'une manière particulière. Le savant évéque de Césarée a observé lui-même les poissons fossiles du Liban, et en tire la conclusion autoptique qu'ils sont la preuve du déluge de Noé (2).

Géologie des Bomaiiifa

Les Romains passent pour avoir imité les Grecs, ce qui est vrai, non-seulement de leurs poésies, mais encore des hypo-

(ijNémèse, de Natura haminis, 38; Virgile, Eclog. IV, Pollio, cité par Lyell, Principles, p. 149; Cf. les réflexions d'Owen, Paleontology, p. 414.

(2) Nous serions certainement pins instruits sur les idées géologiques des Grecs, si les œuvres des philosophes-naturalistes appelés çuotxot ou ^uoioX&^ot, colles portant le titre Hipt çuocmç, ntpl xoop,cù, Iltpt tou iravTb;, les ouvrages dos iatrosophistes, des périégètes, les hydrophantes, les économes, les narrateurs des Fables merveilleuses (ôxupuâata àxcuapLara, ima-ca) étaient parvenus jusqu'à nous. Nous regrettons surtout que le livre de Théophraste sur 1 El lia, IIcpi puaxc; tcû év SuctXta, et sur les fossiles, IIipl Xt6oufitvMv, soient perdus. Les ouvrages minéralogiques intitulés Hept aîOcov n'ont eu aucun rapport avec les changements de la croûte terrestre ; très-souvent ils ont eu une importance hygiénique. Quant aux causes qui ont retardé le progrès de la géologie chez les Grecs, nous renverrons le lecteur au sixième chapitre de Tonvrage anglais de M. Schvarcz.

î)94 CONNAISSANCES DES GRECS ET DES ROMAINS

thèses relatives au passé de l'univers. Toutes les grandes idées se rapportant à l'histoire de la terre et des rèpkes organiques à sa surface ont été puisées dans les productions du génie grec. Mais, quant aux observations sur les changements modernes survenus soit dans les caractères physiques du globe, soit dans ceux des espèces animales^ les résultats obtenus par les Romains semblent être beaucoup plus heureux que ceux de leurs prédécesseurs.

La quantité presque innombrable des systèmes cosmologiques de la Grèce, leur variété et leur bizarrerie^ avaient produit une telle impression sur les Romains lors de leurs premières études scientifiques, que plus tard le génie latin n'osa point s'essayer à la résolution des problèmes de cette nature et surtout des questions géologiques. Mais, d'un autre côté, les observations, les faits remarquables relati£s à l'histoire de la terre, el dont la mention nous a été transmise par Pline, Sénèque, Columelle, Palladius et surtout par Marc Térence Yarron, nous font vivement regretter la perte de. tant d'ouvrages écrits par les Romains sur Tétude de la nature.

Nigide Figule, Yam de Cicéron et de Pompée^ a essayé d'introduire les principes de Técole de Pythagore siir le sol du Lalium; Yarron, dans ses livres sur Fagricullure, nous a conservé et transmis, sur la théorie de la terre, un grand nombre d'hypothèses grecques, que les naturalistes romains ont commentées et même corrigées ou modifiées d'après leurs propres observations.

Ces derniers ont porté leur attention sur les phénomènes volcaniques, et plusieurs auteurs ont écrit sur les tremblements de terre. Sénèque, qui consacre tout le YP livre de ses Questions naturelles à cette classe de phénomènes, mentionne Tenfouissement d'IIerculanum et de Pom|jéi, la séparation de la Sicile de l'Italie et celle de TEurope de l'Afrique, par une action volcanique, en citant les vers (414-419) du IIl* livre de VEnéide; mais il ajoute que c'est à un cataclysme ou déluge, chanté par les poètes, que celte séparation doit être attribuée. Les Romains, en général , n'apportaient aucune vue théa*

rique ou spéculative sur cet ordre de faits ; c'est ainsi que Tacite, Suétone, Pline le Jeune, Martial, qui racontent la catastrophe de Pompci et d'Herculanum, ne font aucune réflexioa sur son origine. C'est à un historiographe qui vivait 150 ans plus tard, à Dion Cassius, que l'on en doit une description spéciale.

Ovide, dans le XV* livre des Métamorphoses , annonce que l'Etna cessera un jour de rejeter des laves (v. 340). Pline, dans son Histoire naturelle, fait connaître beaucoup de volcans et d'autres manifestations des forces internes du globe, et cela en si grand nombre, qu'il dit dans le cvu* chapitre de son II* livre : Excedit profeçto omnia miracula ullum diem fuisse quo non cuncta cohflagrarent. Néanmoins ce passage ne prouve pas encore que l'auteur ait formellement admis la théorie du feu central de l'école de Pythagore. Dans ses Lettres, Pline le Jeune donne une description élé^^ante de la catastrophe de Stabia dans laquelle périt Pline l'Ancien. Ovide, Comme on l'a dit cidessus, rapporte dans le XV" livre des Métamoiyhoèes (v. 252 et suivants) les changements qui se sont effectués de nos jours à la surface de la terre (i). Les documents qui se rapportent à ces faits ont été rassemblés par Pline avec un soin qui surpasse peut-être celui de Strabon (2).

Les fossiles ont peu attiré l'attention des écrivains latins. Tite Live (XLII, 2) connaissait les poissons pétriGés ; Sénèque (Quest. nat., III, 16, 17), Juvénal (XIII, 65), Apulée (de Magia) également; et, malgré cela, le géographe Pomponius Mêla (II, 5) rejette ces citations comme reposant sur des febles. Pline (VII, 16, 74, VU, 16, 73), (XXXVI, 18), Solinus (I, 90), Âulu- Celle (III, 10, 11), parlent d'ivoire provenant de la terre et d'ossements de grands mammifères ou de reptiles sans soup-

(1 ) Presque tous les manuels de géologie ont fait usage de ses ver^ ; Cf. VonHoff, Geschichte der natûrlichen Verànderungen der Erdoberflàclief et Link, Urwelt^ etc.

(2) Voy. J. Schvarcz, On the failure of geoL attemps in Greeceprior tiie epochofAlexander, p. 19-20. In-4, Londres, 1862, où Tauteur a cité tous les faits de cette nature rapportés par Pline.

çonner leur véritable origine. C'est seulement Suétone qui, dans sa Biographie d*Auyustey comme nous Tavons déjà rappelé (l), mentionne les ossements réunis à Capréect attribues à des géants, comme provenant au contraire de grands animaux.

Apulée de Madaure, numidien de naissance, mais de la secte platonicienne {de MagiOj 41 p. 534), disait sous le règne d'Antonin le Pieux que les poissons fossiles trouvés sur le^ montagnes dans rintérieur de la Gétulie étaient les restes du déluge de Deucalion. -

Lassaulx a pensé que TertuUien(de Pa//to, c. 2), en parlant des coquilles marines (conchœ et buccinx) trouvées sur les montagnes et en les regardant comme des preuves da déluge, n avait fait qu'appliquer au dogme chrétien l'idée philosophique païenne d'Apulée. C*est d^ailleurs ce qui reste encore à démontrer, car on peut se demander si les traditions juives relatives au déluge n'étaient pas elles-mêmes fondées sur quelques observations et inductions des écrivains de cette nation.

La destruction périodique de Tordre général de la nature par suite de conflagrations ou de cataclysmes, ou alternativement par les uns et les autres, était connue de Cicéron, qui en parle dans son ouvrage Sur la Nature des Dieux (11,46), mais il a relevé cette pensée de toute la force de son talent dans l'appendice au W liv. de la République y intitulé Somnium SdpioniSj le Songe de Scipion. C'est une imitation du 5* chapitre du Timée de Platon. L'orateur romain y ajoute seulement cette idée que toute gloire humaine, même celle d'un Scipion (l'Africain) va s'éteindre dans le cours d'une période cosmique ou comme il rappelle, du Magnus annus. Car, dit-il, tous les monuments de la célébrité, toutes les œuvres de l'homme seront détruits par les conflagrations ou les cataclysmes qui arrivent à la fin de chaque période. L'auteur termine par les conditions où se .trouvent les âmes qui s'élèvent dans les régions célestes après la mort, et à cet égard s'accorde avec la fin du traité de Plutarque intitulé : de Facie Luny..

(i) Voy. Première partie, p. 8. — Nota.

L'époque des Césars montrait trop évidemment aux esprits clairvoyants une décadence à la fois dans Tordre politique et dans l'ordre social pour que Tidée ne passât point dans les spéculations philosophiques et ne conduisit point à celle d'une destruction fatale de toutes choses ceux qui n'y auraient pas été amenés par la seule considération des fossiles.

Quelle que soit Topinion de Philon (op. I, p. 298), de Columelle (Préf.,l.I),de Pline (Epist. VI, 21), d'X)rose (Préf. etll, 5; VI, 1), de l'empereur Maximin (Eusèbe, Histreccl.j IX, 7, Cf. Thémiste,* V, p. 80, la Lettre de Symmaque^ X, 61, citée par Lassaulx, p. 41), de Sidoine Apollinaire (Epist. y VIII, 6), de Cyprianus (Demetrianns^ p. 217), de Jules Firmicus Maternus (MatheseoSy 111, 1), ou celle que rapportent plusieurs de ces auteurs pour en avoir entendu parler, que l'univers était déjà de leur temps devenu vieux, et qu'il touchait à sa destruction ; quelle que soit l'opinion de ces hommes sur les faits géologiques, on peut être assuré que Sénèque avait des vues plus justes lorsqu'il soutenait que la conflagration générale avait pour but la destruction de Tordre actuel de choses etl'avénement d'un autre plus perfectionné {Quest. nat.j III, 28), car on ne peut pas croire que cette idée d'amélioration dont il parle ne soit applicable qu'à la morale (Cf. Sénèque, Epist. XCI, p. 420).

J. Firmicus Matemus le Jeune est un astronome qui croit à une période cosmique de 300 000 ans, terminée alternativement par un ecpyrosis ou par un cataclysme, et il essaye de trouver une analogie entre Tétat de Tunivers et celui du corps humain. L'homme doit, suivant lui, posséder en soi, comme étant le dernier chaînon de la série organique, tous les types des êtres qui l'ont précédé, et il s'efforce de démontrer la nécessité d'une destruction périodique de Tunivers par Teau ou par le feu, en faisant allusion à Tanalogie hypothétique de l'affaiblissement du corps humain et des remèdes qu'on y apporte. Cet auteur n'avait-il jamais ouï parler des fossiles? C'est ce que nous ne savons pas.

Dans la préface de son ouvrage sur Tagriculture, Columelle dit que la religion ne nous permet pas de supposer que la sléri-

lité de son temps soit le résultat d'une maladie, d'un amaigrissement, de la vieillesse de la terre. Ainsi cet élémenl de la confiance dans la Providence commence avec Coiumelle à entrer dans les spéculations philosophiques, élément religieux qui défend aux âmes pieuses du moyen âge toute conclusion cosmologique, géologicpie ou paléontologique appliquée à des bouleversements périodiques de la terre.

.Outre ces données, on pourrait encore en trouver beaucoup d'autres qui* ont été attribuées aux* écrivains latins, et dont on a certainement exagéré Timportance ou la valeur. Ainsi, une ancienne tradition nous représente Numa comme un disciple de Pythagore, en instituant le feu du culte de Yesta, lequel serait Temblème du feu central. Mais si ce principe s'est ainsi trouvé consacré dans les institutions civiles, comnment n'en troave-t-on aucun témoignage écrit dans les auteurs (l^? - A Rome, on célébrait le 2 l'août les fêtes des Consmlia en rhonneurde Neptune Équestre; le 23, celles des Vulcanaliaen l'honneur de Yulcain ; le 25, celles des Opeconsivjui en Thonneur delà grande mère des dieux, d'Ops Consivia, c'est-à-dire de la Terre. Tout ce qui regarde ces cérémonies se rattache à un culte mystique; or, suivant Lassaulx, la succession de ces fctes serait , une allégorie indiquant la successicrn stratigraphique des trois formations qui, suivant les géologues modernes, Breislak, Brocchi, Léopold de Buch et HofTmann, se trouvent dans le bassin de Rome, les couches sédimentaires marines ou neptuniennes, celles d'origine volcanique, celles d'eau douce, fluviâtiles ou saturnines; Ops Consivia étant la femme de Saturne. Le même savant bavarois a cru que les Romains, ayant obtenu quelques coupes géologiques importantes dans les travaux du port d'Ostie, dans les grands égouts ou en réglant le cours du Tibre, ont voulu désigner par ces cérémonies succe:sives les changements apparents survenus dans l'état de la croûte extérieure de la terre.

(i) Voy. Niebuhr, hôiri. Gesch., 11, p. 264;Otlfried Huiler, HisLdela . lilt. grecque, ^,^9b.

Mais comment Varron, le plus savant des naturalistes latins et archéologue lui-même, parlant de ces cérémonies avec beaucoup de détails dans son ouvrage de Lingua latina, Vï, 20, 2 1 , n'aurait-il pas su leur origine et leur sens secret?

Gonolutîon.

De même que nous avons vu, dans Thistoire de la paléontologie stratigraphique, que les bases essentielles de la géologie n'appartenaient exclusivement à aucun des grands esprits scientifiques des temps modernes, et qu'aucune des nations occidentales de l'Europe ne pouvaitseule revendiquer le mérite de les avoir découvertes et appliquées, de même nous voyons que les idées les plus générales sur Torigine du globe et sur les phénomènes dont sa surface a été le théâtre, lorsqu'on cherche leur source, doivent remonter jusqu'aux temps les plus obscurs de l'antiquité avant d'avoir été formulées par les . philosophes grecs antérieurs à Alexandre.

L'école de Pythagore professait la théorie du feu central renouvelée par Descartes et I^eibnitz; les idées si exactes de Léonard de Vinci et de Bernard Palissy sur les corps organisés fossiles avaient été entrevues par plusieurs naturalistes et philosophes grecs aussi bien que les rêveries du moyen âge sor l'origine de ces mêmes corps ; car les mêmes vérités et les mêmes erreurs se sont reproduites à deux mille ans d'intervalle. Le développement progressif des êtres, leur renouvellement par une cause ou par une autre, étaient encore des spéculations nées de l'observation de la nature, aussi familières aux écrivains de la Grèce qu'à ceux de Rome, et nous pourrions trouver dans l'histoire des autres sciences des faits tout aussi positifs de la profondeur de vue des anciens.

Le génie moderne n'a donc point de date précise comme on voudrait quelquefois nous le faire croire ; il ne se manifeste

pas à tel ou tel moment, avec tel ou tel esprit; il n'est, à proprement parler, que le réveil après un long sommeil de celui de Tantiquité, se dirigeant alors, avec plus de sûreté, par d'autres voies et par d'autres moyens, vers le but mieux dé^ terminé de chacune des branches des connaissances humaines

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