CHAPITRE VI
L'Influence des produits de la vie sur la composition et la gënénies. formation même des dépôts sédimentaires ne s'arrête pas aux . animaux déjà si petits qui élèvent les iles et les récifs de polypiers ; en descendant encore dans Téchelle des êtres et suppléant à rinsyffisance de notre vue' par le secours de la loupe et du microscope, nous atteignons tout un nouveau monde d'organismes infiniment petits, d'une richesse et d'une variété de formes inimaginables, dont les uns peuplent les eaux marines, les autres les eaux douces et les eaux saumâtres.
Comme dans les classes plus élevées, il y en a qui, composés seulement de parties molles , sont complètement détruits après la mort, tandis qu'un grand nombre, dont les tissus sont revêtus ou consolidés par une substance inorganique, calcaire ou siliceuse, laissent après eux des traces incootestablcs de leur passage et du rêle qu'ils ont joué dans Téconomie de la nature. Ils ne construisent point, à la vérité, At roches solides comme les polypes, mais, par leur prodigieuse multiplication dans toutes les mers, les lacs et les marais et sous toutes les latitudes, ils constituent de véritables dép6ts à eux seuls ou entrent comme partie essentielle dans les vases et les sables qui s'accumulent journellement au fond on sur le bord des eaux.
Mais ici se présente une difiiculté que nous n'avions pas en-
ORGANISMES INFÉRIEURS. 35f
core rencMitrée, <f est l'absence d'une classification et d'une lerminologie qui soient généralement adoptées et suffisannnent connues pour n'avoir pas besoin d'explication. Aussi, avant de rapporter ce que les voyageurs et les naturalistes nous apprennent de plus important, croyons-nous nécessaire de dire qudques mots de l'état de la science relativement aux êtres placés a la base de la série organique, soit animale, soit végétale.
Jusque dans ces derniers temps les loologistes et les botanistes roicrographes se sont disputé la possession de certains groupes de formes auxquels ils attribuaient des organes et des Tonctions qui les Faisaient placer par les uns dans le r^e végétal, par les autres dans le règne animal. L'exposition sommaire des principes auxquels nous nous rattachons pour ceux de ces organismes qui nous intéressent est nécessaire afin d*éiriter autant que possible au lecteur l'embarras où il se trouverait placé en face de faits présentés, tantôt suivant une opinion, tantôt suivant une autre, sans avoir un point de départ auquel il puisse se reporter. On conçoit d'ailleurs que nous ne puissions pas songer à coordonner tous ces matériaux suivant une méthode naturelle qui est encore à créer, et qu'en outre nous ne puissions pas, dans l'état de la sdrace, accepter des déterminations extrêmement variées et souvent contradictoires.
Nous espérons que cette digression paraîtra d'autant mieux motivée que nous ne connaissons rien qui puisse y suppléer lans les ouvrages de géologie et de paléontologie publiés en ï'rance ; et, lorsque ce sujet a été traité dans ceux publiés à étranger, ce qui d'ailleurs est assez rare, c'est avec une hieTeté qui n'est nullement en rapport avec son importance, pus nous aiderons fréquemment des recherches si spéciales de L W. B. Carpenter, et nous ferons de nombreux emprunts à
El èxceUent livre intitulé : Le microscope et ses révélations (l), ù nous avons extrait, avec l'assentiment de son éditeur, les jres destinées à éclaircir nos explications. Cette section se divisera donc en deux parties : dans la pre*
1 ) The MicTûtcape and iu rtneialûms. Ia«i3, I8&6.
mière, nous présenterons, sous )a forme d'une IntrodwHon^ les éléments qui servent à établir les distinctions que nous adoptons; dans la seconde, nous énumérerons les prindpavx gisemenU de corps organisés microscopiques, en nous conformant aux dénominations employées par les auteurs. On comprend que nous ne puissions pas renvoyer à une autre section Texamcn des végétaux microscopiques, dont l'histoire se trouve si intimement liée à celle des animaux également les plus inférieurs.
§ !• InirodaoUon.
La distinction et la détermination des êtres organisés les plus simples, quant à leur classement dans le règne végétal ou dans le règne animal, ont été et sont encore vivement controversées ; les caractères sur lesquels elles doivent reposer sont encore discutés, mais nous nous arrêterons aux suivante avec les physiologistes micrograpbes, qui, dans ces derniers temps, nous semblent avoir fait faire le plus de progrès à cette partie si délicate de la science. Ainsi nous rejetons avec eu\ le mouvement comme étant le signe absolu de la vie animale, et, en nous reportant au principe énoncé au commencement de ce livre, aux résultats chimiques des fonctions comparées des animaux et des végétaux dans Tacte de la nutrition, le plus essentiel de tous dans les phénomènes de la vie, peut*éfr€ y trouverons-nous un moyen naturel et tout à fait philosophique de tracer la limite si longtemps cherchée entre les dew^ règnes, '
Les animaux, avons-nous dit, se nourrissent exclusivement de matières organiques déjà formées qu'ils introduisent, d*un(| manière ou de l'autre, à l'intérieur du corps; les Tégétaujj seuls ont la faculté de se nourrir en absorbant de restéricu^ des substances inorganiques. Si ce principe est absolu, un^ étude très-attentive du mode de nutrition et de la nature de^ cléments dont un être organisé s'alimente pourrait donc lou
jours conduire à sa classification dans Tun ou l'autre règne. Malgré les difficultés d'une pareille recherche sous la lentille du microscope, on est arrivé à reconnaître que les corps qui peuvent être regardés comme les animaux les plus simples, qui ne sont guère composés que d'une masse gélatineuse et auxquels oo a donné le nom de protozoaires^ sont alimentés soit par d'autres protozoaires plus petits, soit par des organismes végétaux les plus simples, désignés sous le nom de protophytes^ de la même manière que les animaux les plus élevés se nourrissent de la chair des autres animaux ou bien des plantes cryptogames et phanérogames ; en même temps, ' ces protophytes tirent leur nourriture, cofnme les plantes les plus élevées, des éléments de l'air, et sont caractérisées par le pouvoir de dégager l'oxygène de l'acide carbonique sous rinfluencede'ia lumière solaire. *
Cela posé, nous examinerons successivement les plantes inférieures ou protophytes et les animaux inférieurs ou prolozoaires.
La cellule est le point de départ de tous les végétaux, de- Protophytes. meurant simple et semblable à elle-même dans les protophytes, se différenciant au contraire de mille manières pour former les divers organes dans les végétaux plus élevés. La cellule se compose d'une enveloppe et d'un liquide contenu dans cette enveloppe. Celle-ci est compos&e à son tour de deux parties : Tune intérieure, l'utricule primordiale constituée par une substance albuminoïde (oxygène, hydrogène, carbone et azote) ; l'autre extérieure, plus forte, essentiellement composée de cellulose qui ne contient pas d'azote et est semblable à Pamidon. Le liquide intérieur, plus ou moins coloré, ou endochromey consiste en une couche de substance moins colorée ou protoplasme, en contact avec l'utricule primordiale et en parties ou grains de chlorophylle, disséminés dans toute la masse.
Parmi les tribus les plus simples de protophytes, les desmidiacéeset surtout les diatomacées sont celles qui doivent nous intéresser le plus. Toutes deux ont été rangées, par M. Ehrenberg et par d'autres naturalistes, avec les animalcules micro-
scopiques, eomme les Pdmoglmay les Protoeoeous^ les FofvoXj etc., qui doWent aussi rentrer dans le règne végétal. Detmidiioéet. Les desmidiées ou desmidiacées sont de petites plantes de couleur verte, croissant dans les eaux douces, dont les cellules sont généralement indépendantes 4es unes des autres et revêtues d'une enveloppe cornée. Les fonctions de nutrition et de reproduction de ces corps sont celles des végétaux et non celles des animaux auxquels ont pu seulement les faire rapporter les mouvements du fluide observés dans les CloiUrium^ principalement entre la cellulose et l'utricule primordiale, mouvements qui semblent être entretenus par une action ciliaire. Les Desmidiées n'ayant rien dans leur composition qui les fasse résister à une complète destruction après la mort, nous ne nous y arrêterons pas davantage.
Diaiomaoéei. Los diatoméos OU diatomacécs sont comme les desmidiacées Carad^res dc simplcs cellulos pourvucs d'uuo enveloppe extérieure solide, v^'*^^^ dans laquelle est comprise une masse d'endochrome dont la couche superficielle semble être consolidée en une sorte dulricule primordiale. L'enveloppe extérieure est endurcie par la présence de la silice qui est un des caractères les plus prononcés de ce groupe de petits corps. On peut supposer qu'elle imprègne complètement la cellulose. L'endochrome, au lieu d'être d*un vert clair, est brun jaunâtre, couleur due au fer, que ces plantes ont la propriété 'de s'assitniler aussi et que FonretrouTC même dans les enveloppes siliceuses les moins colorées. L'endochrome, comme dans les autres plantes, est un protoplasme visqueux où flottent les granules de matière colorante. Les parties granulaires de cette masse gélatineuse sont douées d*0D tnouvement de circulation comme dans les desmidiées.
Les diatomées sont ainsi nommées à cause de ïa propriété qu'ont les masses qu'elles forment de se diviser facilement en fragments réguliers, bacillaires ou rectangulaires, simples, désignés sous le nom de frusttdes {fig. 6 et 7).
L'enveloppe dc chacune de ces parties se compose de deux vAlves ou plaques, ordinairement symétriques, parfaitement ajustées Tune sur l'autre comme les valves d*un mollusque acé-
phale. Chaque vahe étant plus ou moins concave, elles laissent entre elle^ l'espace occupé par la ceUuie*
Fig. 6. — Diatoma vulgare, Fig. l.^Grammatophora serpentina'
ê. FrnsUile me de côté. — h. Frustnle canuBcnçanl à se dÎTiier.
ê. Fmstule me de face et de côté. •— ^>. Pnistule ditifée tue de face et par l'estrémité. — e. Fjustule commençant à m diviaer.-Hf . Fnistule complètement dit bée.
Cette cavité présente toutes sortes de formes : carrée, triangulaire, cordiforme, en bateau ou fort allongée, etc. Le long de la suture des valves sont des ouvertures qui mettent Tintérieur en communication avec le liquide ambiant.
M. Carpenter (i) divise Tordre des diatomacées en deux tribus : la première renfermant celles dont les frustules sont nues, c'est-à-dire ni imbibées de substance gélatineuse, ni enfer^ mées dans- un tube membraneux ; la seconde, les formes dont les frustules ont au contraire une enveloppe gélatineuse ou membraneuse.
La division delà première tribu, dans laquelle les Çhistules ., sont entièrement discontinues et séparées après le^r bissectiony.i
(1) TheMurascape, elc, p. 515.
366 ORGANISMES INPËRIEimS.
comprend un grand nombre de formes disooidales, tari élégantes, qui semblent constituer un groupe naturel^
Fig. 8. — Dialomacées, etc.» d'Oran.
M,ê^. Cte'm»4iuuê, — >». Aet'moenelui, — e, Dictfoeki/ë Hhulê. — é. Litkëttniêou râdiëlui. — e. Spo^giolitkiê aekulêrii, — f,f, Grêmmêtepkorê pérëiUië twc di cdté. — gj. G, ênguiotê vue de fece.
Le genre Coscinodiscus entre autres (fig. 8, a) est d'un grand intérêt par son abondance dans les dépôts siliceux de Richmond (Virginie), des Bermudes, d*Oran, et du guano. Beaucoup d'espèces sont marines ou d'eau saumâtre, attachées aux herbes ou aux zoophytes. Des espèces rapportées de Tile Melleville paraissent être identiques avec celles de Richmond. Les Actinoqichis {fig. 8, b) genre voisin du précédent, dont les valves sont ondulées au lieu d'être planes, se trouvent aussi dans les terres à fossiles siliceux comme dans les diverses mers du globe et le guano. La terre des Bermudcs renferme YHeVwpelta et le guano ÏArachnoidiscuSj deux des formes les plus élégantes par la richesse des détails qu'elles présentent. Les Trieeratium abondent dans les Bermudes et autres terres
siliceuses, dans TOcéan et les rivières où remonte la marée ; le T. favus^ l'une des plus 'grandes espèces, est très-répandu .dans la Tamise et d'autres estuaires des côtes d'Angleterre. Le genre Campylodiscus a des espèces marines et d'autres d'eau douce. L'une d'elles constitue la terre de Soos, pris Eiser, en Bohême.
Fig. 9. — Diatomacées fossiles, etc., de la montagne de Moume (Irlande).
ë,ë^. GêillimeUê (Uelùteira) procera et çranulata, —d,d,i- G. b'uèriata vue de cdlé. -< h,h. Swrirelia plicûta. — c. S. craticula. — k. S. catedonica. — e, Gomphonema gra- €Ue, — f, Cocconemê fiaidium. — g. TaMlaria vulgarit. — h. Pimmlarië éaet^Ut.^ t. P. nohilii. — l. Synedra ulna.
Le plus grand nombre des Surirella (fig. 9, b^ c, k) habitent les eaux douces et saumâtres, et quelques-unes sont marines. Elles abondent ay fond des lacs d'Irlande. Les Navicules et les sous-genres Pinnularia et Pleurosigma sont caractérisés par la forme allongée et lancéolée de leurs valves. Les Nttvicula et les Pinnularia (fig. 9, h) habitent presque toutes les eaux douces et constituent la plus grande partie des terres dites à infasoires^ déposées au fond des lacs. Tels sont les schistes a polir de Bilin, ch Bohême. Les Pleurasigma sont
au contraire presque tons marins ou d'eau saumâtre. Les Gom-
phorpema {fig. 9, e) sont presque exclusiTemeni d'eau douce.
Fig. 10. ^Meridion circulare.
Fig. 14 . — Bacillaria paradoxa.
Le Meridion circulare (fig. 10) forme à lui seul une couche au fond des ruisseaux des environs de West-Poînt. Aux premiers jours du printemps, il constitue une matià^ mu-* queuse ferrugineuse recouvrant les pierres, les branches, les herbes qui occupent le lit de ces cours d'eau. Le Bacillaria paradoxa (^j; 11), la seule espèce remarquable par le mouvement des frustules glissant les unes sur les autres, tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre, habite les eaux salées et les eaux saumâlres. Le genre Dûitoma (fig. 6, p. 355), qui donne le nom à tout l*ordre, est Te plus simple et celui où la séparation des frustules s'opère le plus facilement. Le genre Grammaiofhora {fig. 7, p. 355), voisin du précédent, montre très-difTiciiement ses stries transverses, et les frustules vues de face sont marquée» de bandes particulières, ordinairement sinueuses. Les Biddutphia sont exclusivement marines comme les Isthmia; les unes et les autres montrent à leur surface une structure aréolaire.
Les GaiUoneUa ou Mdoseira (fig. 9, a, p. 357), longtemps rangées parmi les plantes et reportées dans le règne animal par H. Ehrenberg, est an des genres les plus remarquables qui constituent des dépôts, par la propriété très-déreloppée qu'ont ses espèces de s'assimiler une grande quantité de fer, particuKèremeni la M. oehraeeaj qui se déreloppe dans les marais. On en connaît aussi des espèces marines.
Quant à la seconde tribu des diatomacées, dont les frustules sont eni^eloppées d'une substance gélatineuse ou membraneuse, elle contient moins de formes intéressantes que la précédente, et ce que nous Tenons de dire peut suffire pour donner une idée des Trais caractères de ces corps.
Les diatomacées, dit M. W. Smith, dans la monographie qu'il en a donnée, habitent Peau salée et l'eau douce, mais les espèces de l'une ne se trouYcnt jamais Tirantes dans l'autre. Un certain nombre habitent aussi les eaux saumâtres. SouYcnt elles y sont très-nombreuses et très-yariées, sur les points accidentellement exposés à renyahissement des eaux salées, tek que les marais Toisins de la mer, les deltas où s*eflectue le mélange des eaux douces et des eaux salées à Tépoque des grandes marées. Un autre habitat fayori des diatomacées sont les pierres, les rochers et les cailloux des courants qui descendent des montagnes, les rochers des rapides et les marais peu profonds que laissent les marées à l'embouchure des rivières ; il y en a également dans les fossés le long des chemins, dans les citernes et les puits.
Dans les régions antarctiques, suivant M. W. J. Hooker, ces petits êtres deviennent surtout apparents quand ils sont enveloppés dans la glace nouvdlement formée, puis entraînés par myriades dans la mer sur les glaçons et la neige qu'ils revêtent partout de teintes ocracées. Un dépôt vaseux, principalement formé des dépouilles siliceuses de diatomacées, a été reconnu le long des côtes de la Terre Victoria, par 78* latitude S., s'étendant de 60 à 120 mètres de profondeur, sur 400 milles de long et 120 de large, mais sans qu'on puisse avoir une idée exacte de son épaisseur, qui doit être fort grande et s'accroître
indéfiniment, puisque la silice qui la compose ne se détruit pas.
Un fait d'un intérêt particulier, en rapport avec ce dépôt, c'est son prolongement qui recouvre les pentes sousHmarines du mont Érebus, volcan en activité, s'élevant à 3769 mètres d'altitude. S'il y avait une communication entre les eaux de l'Océan et l'intérieur du volcan, opinion adoptée par quelques personnes, on aurait une explication toute naturelle de la présence des diatomacées dans les cendres volcaniques, comme nous le dirons ci-après.
L'universalité de cette végétation invisible dans toute là région polaire australe, supplée à l'absence de végétaux élevés; sans elle ii n'y aurait pas de nourriture pour les animaux aquatiques, et, en supposant que ceux-ci pussent se maintenir en se suffisant entre eux, les eaux de l'Océan tfe pourraient être purgées deTexccs d'acide carbonique qu'y verseraient continuellement la respiration et Ta décomposition des animaux.
Certaines espèces de diatomacées se retrouvent sous toute les latitudes, depuis le Spitzberg, au nord, jusqu'à la Terre Victoria, au sud, tandis que d'autres sont limitées à des régions particulières. Le gisement le plus singulier de ces corps est sans doute le guano dont les espèces ont dû passer des intestins des poissons, nourriture des Guanaès, dans ceux de ces oiseaux pour être rejetées avec leurs excréments.
On conçoit d'ailleurs que, par l'inaltérabilité de leur enveloppe siliceuse, les diatomacées doivent contribuer à fonner des dépôts considérables au fond des mers et des lacs de nos jours comme ils en ont fait dans les temps géologiques. ProUMoaires. Si dcs protophytcs, qui devaient le plus nous intéresser, cancîérit "^"^ passous actuellement aux protozoaires (Siebold) ou ani- B^n^<»* maux les plus inférieurs, qui ont aussi droit de fixer notre attention, nous verrons dans ceux-ci des mouvements consistant, non plus en de simples vibrations de cils comme chez les plantes, mais dépendant des altérations de la substance contractile du corps entier et ressemblant par conséquent à ceux des animaux élevés. Nous avons dit en outre que les plus simples protozoaires paraissaient être privés de la faculté
INTRODUCTIOlf. 361
de former de la matière organique el dépendaient, pour leur alimentation, d'autres organismes, soit végétaux, soit animaux, dont la substance devait être introduite à l'intérieur, au lieu d'être absorbée par la surface extérieure, comme^dans les protophytes; de sorte qu'ici la diOèrence des fonctions physiologiques les plus essentielles permettrait de séparer des corps si semblables à d'autres égards.
C'est ainsi, dit M. Carpenter(i), qu'une cellule de Proto* coceus décompose l'acide carbonique sous l'influence de la lumière, forme de la chlorophylle et les composés de protéine comme les cellules des feuilles des plantes les plus parfaites, tandis que TAitiaBba, le plus humble des protozoaires, reçoit i l'intérieur et digère des aliments d'origine végétale ou animale et s'en nourrit aussi bien que l'animal pourvu de l'appareil digestif et de circulation le plus complet.
La cellule animale, comparable aussi à celle des plantes à beaucoup d'égards, en difl«*e par l'absence de l'enveloppe de cellulose que rien ne remplace. La cellule est comprise dans une seule membrane dont la composition albumineuse indique qu'elle correspond à lutricule primordial. La matière semifluide interne ne renferme point de granules de chlorophylle. Comme celle de végétaux , elle se multiplie par des subdivisions. Le sarcodCj ainsi que l'a nommée Dujardin, est la masse semifluide qui forme la base de l'organisme entier.
Parmi ces animaux inférieurs nous n'avons point à nous cb»iikaUoo. occuper de ceux qui doivent rester avec les infusoires propre- infiûôires. ment dits et qui étaient compris dans la division fort hétéro- SjlJÎI^JSll^; gène et si étrangement caractérisée par H. Ehrenberg, sous la dénomination de pobjgastriques. Tels sont les Yorticelles» les Enchélies, les Paramécies, les Kerona, les Trichodes, etc., et il en est de même du groupe plus âevé des Rotileres. Nous n*avons à considérer que les rhitapodes (pieds semblables k des racines), désignation sous laquelle certains micrograpbes réunissent des animaux assez différents, mais que nous res-
(I) The*Micro$cope, etc., p. 470.
treindrons tout à Theure en la ramenant à sa première application. Us consistent en une masse sarcodique, se prolongeant à rextérienr en de longs filaments extrêmement déliés, transparents comme du verre filé et appelés pseudopodes. La coquille est formée, soit par la consolidation de la partie externe du sarcode, qui s'imprègne d'une substance étrangère minérale, soit, plus rarement, par Tagglutination mécanique de particules de sable très-fin avec une exsudation visqueuse de la surface. La carapace des Arcelles et des Diiflugies ressemble assez à Tenvetoppe des desmidiacées et d'autres à celle des diatomacées, mais au lieu de cellulose elle montre une substance cornée plus analogue à la chitine des insectes.
Nous venons de dire que divers naturalistes comprenaient sous le nom de rhizopodes plusieurs séries de formes presque toutes marines, revêtues d'une enveloppe solide, qui résiste à la décomposition après la mort de l'animal et dontraccumulation peut former des couches plus ou moins considérables : ce sont 1^ les rhiaopodes proprement dits, ainsi désignés par Dujardin qui le premier les a bien caractérisés; T lés éponges j S"* les polyeysûnées.
Les rhizopodes sont revêtus d'une coquille ou d'une enveloppe calcaire entourant le sarcode et perforée d'un plua ou moins grand nombre d'ouvertures donnant passage aux pseudopodes, d'où le nom de forammifères que leur avait donné, en 1825, Aie. d'Orbigny, qui d'ailleurs n'en soupçonnait pas Tusage, et auquel on doit préférer celui qui exprime plua exactement le caractère général des animaux eux-mêmes. Noos donnons ci-contre (/ig. 12), d'après M. Carpenter, un dessin de la Rosalxna omala, vivante, avec ses pseudopodes éiendus; nous avons pris cet exemple parmi les coquilles bélicostègues nautiloide^, à cause de l'application qu'on en peut faire aux genres fossiles les plus importants. Plusieurs auteurs, tels que Bronn et M« Bailey, ont conservé la dénomination ^e polyihalameSy qui doit être rejetée comme pouvant contribuer à entretenir l'ancienne erreur que ces corps étaient des coquilles de mollusques céphalopodeSi