Werner
logique était Jointe au travail précédent : c'était, par conséquent, une des premières qui aient été construites.
Si ces principes de la science moderne, énus en Allemagne il y a cent ans, y sont restés inconnus ou sans résultat mnnédiat sur ses progrès ultérieurs, nous ne devons pas nous en étonner, puisqu'en France on a encore été plus longtemps à entrer dans la voie indiquée dès 1746 par un de nos compatiotes, L'histoire nous apprend, en effet, qu'il ne suffit pas qu'une idée soit juste pour qu’elle soit immédiatement appliquée; 1l faut encore qu'elle vienne en son temps, lorsque tout est, en quelque sorte, préparé autour d'elle pour la recevorr; si elle arrive trop tôt, elle peut bien n'être pas perdue, mais elle ne germe pas et ne porte pas de fruits.
Abraham-Gottlob Werner naquit à Wehlan, en Prusse, en 1750. Professeur à l'école des mineurs de Freyberg, il publia, en 1787, un exposé très-suceinet de sa méthode qu'il a eonstunment modifiée et améliorée depuis, mais sur laquelle 1 n'a jamais rien publié de complet (1).
L'auteur y traite successivement : 1° des roches primitives (uranfanglichen Gebirgsarten), comprenant le granite, le gneiss, le schisté micacé où micaschiste (Glimmerschiefer), le schiste argileux (Tonschiefer), le schiste porphyrique, le porphyre, le basalte, le mandelstein, la serpentine, le calcaire primitif, le quartz, la roche de topaze ; 2° les montagnes en couches (Fœltz Gebirgsarten), comprenant des caleaires, des srès, des couches de houille, de craie, de sel, de gypse et de ler; 5° les roches volcaniques (vulkanischen Gebirgsarten), ou produits volcaniques de diverses natures et Les roches pseudo-volcaniques; 4° les produits d'alluvion plus récents que le n° 2, les produits des phénomènes actuels.
(1) KHurxe Classification und Beschreibung der Verschiedenen Gebir'qsarien. Broch., im-4 de 28 p. Dresde, 1787. — Voy. aussi Division et classification des montagnes et des roches d'après Werner, rédigées par Hoffaun et Eslinger, ses élèves, (Journ. de physique, vol. L, p. 413.) - Idées de Werner sur quelq. points de la Géognosie. (Ibid, vol. LV, p. 443, 1802.)
Cette méthode s’est plutôt répandue parses nombreux élèves, qui y ajoutaient le fruit de leurs propres recherches, que par des publications; et, au fond, ce n’est que la pensée de Sténon, d'Arduino, de Lehmann et de Fuchsel, appliquée d’une manière plus systématique et plus générale. Werner eut, plus que ces derniers, l'avantage de setrouver sur un plus grand théâtre, et, comme professeur, un mérite qui contribua beaucoup à propager ses idées et à les mettre en pratique partout, tandis que celles de ses prédécesseurs ne sortaient pas d’un cercle extrêmement restremt, où peut-être même elles n'étaient pas suffisamment comprises faute d'explications et de démonstrations orales. Werner mit en outre dans son exposition plus de précision et une forme méthodique qui en faisaient mieux saisir les résultats et en facilitaient l'application sur le terrain.
Son travail eût été sans doute plus complet s’il eût médité les recherches des savants que nous venons de rappeler. Il se concentrait volontiers dans ses propres idées et dans ses observations personnelles, aussi cet exposé de la classification qu'il donna à l'âge de 27 ans semble-t1l inférieur à ce qu'il aurait dû être s'il eût pris en considération les données de Lehmann et de Fuchsel, de 20 et 30 ans plus anciennes.
Werner observa qu'entre les roches primitives à filons ou terrain granitique et celles désignées sous le nom de terrain secondaire ou à couches, comprenant les dépôts stratifiés d'origine plus récente et renfermant des fossiles, 1l y avait encore une série de roches participant un peu des caractères minéralogiques des premières, mais renfermant aussi quelques restes organiques, et 1l les désigna sous le nom de roches de transition ou intermédiaires. U appliqua alors celui de Flætz-rocks aux roches secondaires proprement dites, parce qu'il les croyait toujours en couches horizontales, tandis que les précédentes étaient plus ou moins inclinées. Mais cette expression de Flætz-rocks dut être elle-même abandonnée dès que lon reconnut que dans le Jura, sur les flancs des Alpes, ete., ces mêmes roches étaient inelinées et redressées comme celles de
transition. Enfin, les disciples de Werner adoptèrent aussi l'expression de neu Flætz pour désigner ce que nous appelons aujourd'hui le terrain tertiaire; de sorte que l’ensemble de sa classification peut se résumer dans les quatre termes suivants, dans les trois derniers desquels il distinguait en-outre des séries particulières, calcaires, argileuses et siliceuses.