ROCHES SECONDAIRES
Grès rempli de coquilles du monde actuel.
Grès sans coquilles, conglomérat.
Gypse grenu et feuilleté.
Calcaire dense, pierre lydienne et pierre de corne.
Calcaire dense passant au feuilleté, filons de spath calcaire et argile bitumineuse.
Schiste micacé avee grenats et couches de plombagine schisteuse. Granite feuilleté, gneiss avec des couches de calcaire primitif. Granite en masse, mêlé souvent avee du jade et de la plombagine.
« Ce profil mdique la manière dont les différentes for-
«mations sont superposées les unes sur les autres; il indique
« leur äge et non la hauteur des montagnes. »
Paléo- 100]0gie.
Animaux invertébrés.
Si, maintenant, nous parcourons l'Essai géognostique sur le gisement des roches, nous verrons que ces recherches, faites par un homme aussi émment, sont la meilleure preuve de l'insuffisance des principes de Werner, lorsqu'il s’agit de comparer les roches sédimentaires de deux continents ou de pays trèséloignés. À quoi servent alors de simples superpositions et les caractères minéralogiques seuls? A voir partout du zechstein, du calcaire alpin, du grès rouge, etc., expressions dont la valeur est d'autant momdre qu'on s'éloigne davantage du pays où elles ont été appliquées d’abord, et qui deviennent absolument nulles quand il s’agit de comparer les deux continents que sépare l'Atlantique. Ayant déjà eu occasion de rappeler cette partie des travaux de lillustre savant prussien, nous n’y reviendrons point ici (1).
Ainsi, au point de vue où nous nous plaçons, l'Essai sur le gisement des roches dans les deux hémisphères nous est d’une fable utilité, car la mention répétée çà et là de coquilles, de fossiles, ou d'autres dénominations aussi vagues, ne peut nous éclairer sur l'âge des couches qui les renferment. Mais il n’en est pas de même d’un travail fait avec les matériaux rapportés
“par ce grand voyageur, et dont la publication tardive (1839)
nous servira de point de départ pour traiter de la paléontologie du continent méridional américain.
Quant aux documents particuliers relatifs aux animaux fossiles déjà signalés sur divers points de cette vaste étendue de pays, ils ne laissent pas que d'être assez nombreux, et nous les énumérerons en commençant par ceux qui traitent des restes d’animaux invertébrés; nous passerons ensuite à ceux des grands mammifères qui, depuis longtemps aussi, ont donné à quelques parties de l'Amérique du Sud une certaine célébrité.
On lit, dans l'Histoire des navigations aux terres australes (2), qu'un voyageur anglais, nommé Narborough, vit, en 1670, au port Saint-Julien en Patagonie, un grand nombre
(4) Voy. Hist. des progrès de la géologie, vol. V, p.522 à 540; 1853. (2) Vol. Il, p. 129.
AMÉRIQUE MÉRIDIONALE. 297 d'Huitres fossiles. En 1745, les jésuites Cardiel et Quiroga remarquèrent, dans cette même partie de la Patagonie, que les pierres étaient presque entièrement composées d'Huîtres pétrifiées (1).
Dans la Cordillère Bolivienne, vers le 20° latitude, Alonzo Barba (2) rencontra, sur le chemin de Potosi à Oronesta, des pierres remplies de coquilles de toutes les formes et de toutes les dimensions. En 1748, don Antonio de Ulloa (5) décrit, d'une manière très-détaillée, les fossiles qu'il a observés au sud du Chili, le long de la côte du Pacifique, de Talcaguano à la Conception, jusqu’à la distance de 5 lieues dans les terres. Ils constituent une couche de 4 à 6 mètres d'épaisseur, sans aucun mélange de sable ni de marne, et qui s'élève jusqu'à 100 mètres au-dessus de l'Océan. L'auteur regarde ces coquilles comme identiques avec celles qui vivent encore dans la mer voisine, et il en déduit la preuve du déluge nniversel.
Plus au nord, lors de son second voyage en 1761, Ulloa visita Les mines de mercure de Guanca-Velica, au Pérou, et y trouva, dans les roches qui avoisinent l'exploitation, des coquilles, et, entre autres, des Pecten, à une altitude de 4530 mètres, circonstance qui, comme nous le dirons, conduisit Buffon à une supposition complétement inadmissible (4). Ulloa donne, d’ailleurs, les détails les plus circonstanciés sur le gisement de ces fossiles. Il fait observer que les coquilles trouvées dans le banc même qui renferme le mercure n’ont point leur test libre comme celles de la Conception, mais font corps avec la roche. La plupart sont des bivalves de 1 à 4 pouces de diamètre; les plus petites
(1) Diario de un viage à la costa de la mar Magellanica. Coleccion de Angelis, vol. [, p. 5.
(2) Lib. T, cap. xvir. — Voy. aussi la traduction française d'Ulloa dans ses Noticias americanas, p. 372.
(3) Relacion historica del viage à la America meridional, vol. IH, hb. IF, cap. vi, p. 324.
(4) La première indication de ce fait parait n'avoir été publiée en Europe qu'en 1768. Voy. Monlet, citant de la Condamine, qui annonce que des cornes d’Ammon ont été trouvées sur les plus hautes montagnes de l’Amérique. (Mém. de l’Académie roy. des sciences pour 1768.)
sont convexes des deux côtés, les autres sont ce qu'on appelle des coquilles de pèlerins (Pecten).Al y en a d’autres planes et en spirale, qui ont 5 pouces de diamètre et une ligne d'épaisseur. Les pluies et les gelées altèrent les roches, les fossiles se détachent de la pierre et roulent dans les ravins avec des silex et des bois pétrifiés. Il conclut de ses diverses observations que, les deux valves des coquilles étant réunies, l'animal qui les a formées était vivant lorsqu'elles ont été enfouies; que la roche ne devait pas être solide alors, mais semblable aux vases de la mer; que le climat était plus doux que celui d'aujourd'hui à cette élévation, et que le sol ne devait pas être non plus au niveau qu'il occupe actuellement. Des révolutions différentes de celles dont nous sommes témoins ont dû porter ces fossiles sur ces hautes montagnes, et, par suite, le nouveau continent serait, en réalité, le plus ancien.
En 1787, Molina (1) signala le premier des fossiles dans la Cordillère du Chili, au sommet du Descabezado, puis dans le voisinage de la mer, près de Coquimbo. Dans les plaines qui environnent cette ville, on a découvert, dit-il, un marbre cequillier blane, un peu grenu à une faible profondeur, Les coquilles sont plus où moins entières, et lui donnent l’aspect d'une véritable lumachelle.
En 1806, Luis de la Cruz (2) rencontra aussi à l'est de la chaine, entre Tilqui et Anquinco, des coquilles univalyes et bivalves.
Dans la partie nord du contment, dans le Vénézuela et la Nouvelle-Grenade, on n'avait encore signalé aucun fossile avant les voyages d'Alex. de Humboldt, qui en mentionne sur le littoral de Cumana à la Guayara, près de Caracas, dans la Colombie, les provinces de Socorro, de Santa-Fé etc. (5). En 1809, al
(1) Saggio sulla storia civile del Chili. Bologne, 1787, lib. II, cap. xiv. — Trad. française, p. 58-41.
(2) Viage desde el fuerte de Ballenar, provincia de Concepcion, hasta Buenos-Ayres. Coleccion de docum. de Angelis, vol. [, p. 77.
(3) Voyage aux régions équinoxiales du nouveau continent, vol. IX, p. 12, ct passim dans les suivants.
découvrit beaucoup de fossiles entre les deux chaînes orientale et occidentale, depuis Montan jusqu’à San Felipe.
Les coquilles, dit-il dans un extrait de son journal de voyage qui a été publié longtemps après, mais que nous rapporterons ici, ne sont pas distribuées uniformément dans les couches, mais paraissent être accumulées en bancs dans les endroits où on les rencontre. Tels sont les environs de San Felipe, à 5° 1/2 au sud, et les collines entre Guambos et Montan. À Montan même on les trouve associées à une immense quantité d'Huitres, et assez souvent avec des Ammonites de 8 à 10 pouces de diamètre. Ces couches coquillières ont été retrouvées le long de la chaine par Miquipampa et Guolgajoc, vers Guamachuco, etc., jusqu'à Caxalambo, où l'on rencontre une immense quantité de coquilles à près de 4000 mètres de hauteur, puis suivent immédiatement les roches coquillières de Guanea-Velica et leur prolongement vers Cuzco.
Ce ne fut que plus de trente ans après ces découvertes que ces fossiles, recueillis et rapportés en Europe par Alex. de Humboldt, furent étudiés par un géologue non moins célèbre, mais mieux pénétré de l'importance des principes de la paléontologie stratigraphique. Ils permirent alors, comme nous le dirons, d’assigner leur âge véritable à ces grands systèmes de roches secondaires des Andes, et ils apportèrent, dans cette parte du globe, la première confirmation de la parfaite exactitude de ces principes.
De même que dans l’ancien continent, les fables qui se rattachent à des races de géants avaient pour origine, en Amérique, l'existence d’ossements de grands quadrupèdes; et, pour la plupart des renseignements qui s'y rapportent, nous renverrons le lecteur à la Gigantologia espanola, du père Terrubia, dont nous avons parlé ci-dessus (p.201). Ces crovances, suivant Cieça de Léon (1), qui écrivait en 1554, existaient surtout chez les habitants de Santa-Elena, au nord de Guayaquil, où, suivant un
(1) Chronica del Peru, cap. Lu; 1554.
Animaux vertébrés.
Édentés.
Glyptodon.
voyageur plus récent, Joseph de Jussieu (1), les ossements sont enfouis dans un dépôt d’alluvion. D’après Herrera (2), des géants peuplaient aussi Tlascala, au Mexique, et il en existait dans le Yucatan. Tous les historiens qui ont écrit depuis la conquête, tels que Carate (3), Acosta (2), Diego d’Avalos (5), etc., signalent la présence de grands ossements dans ces divers pays. Torque-
mada (6) possédait une dent mâchelière qui pesait plus de 2 livres; et, suivant Herrera (7), Fernand Cortez en envoya au roi d'Espagne dès les premiers temps de l'occupation du pays par ses compagnons.
Dans la partie sud du continent, Diego de Avalo y Figuroa (s) annonça, dès 1602, que l’on rencontrait beaucoup d’ossements fossiles aux environs de Tarija, en Bolivie, et, un siècle et demi plus tard, J. de Jussieu les signalait également. Vers le même temps, le jésuite Guevarra (9) s’occupa de la question des pygmées et des géants, et Falkner (10) indiqua des ossements humains, de grandes dimensions, sur les rives du Carcarañan, l'un des affluents occidentaux du Parana, ainsi que des dents molaires de 35 pouces de diamètre à la base.
Ce dernier, en décrivant les pampas en 1770, dit qu'il a trouvé la coquille d’un animal, laquelle était composée d'os de forme hexagone, dont chacun avait moins d’un pouce de diamètre. La carapace avait environ 9 pieds de long et ressemblait à celle des Tatous actuels, mais avec des dimensions bien plus considérables. IT est probable qu'il y a quelque exagération de
(1) 1761. Lettre à son frère Bernard de Jussieu. (2) Historia gencr. de los hechos de los Castellanos. Dec. I, p. 161, 4615. — Dec. HT, p. 59. — Dec. IV, lib. X, chap. 1v.
(3) Conquista del Peru, 1555.
(4) Historia de Indias, Wb. VIF, cap.-m, p. 457.
(o) Miscellanea austral. Coloquio XXI, p. 147, 1602.
(5) Monarchia indiana, vol. I, lib. I, cap. xu.
(1)MEDE: cor. Dec: I, p: 19:
(S) Miscellanea austral. Coloquio XXXIIT, p. 147, Lima, 1602.
(9) Historia del Paraguay, Rio de la Plata y Tucuman, p.8.
(10) Description des terres magellaniques (trad. de Lausanne), vol. J, p.18.
la part du jésuite voyageur à ce dernier égard, et plus encore sur ce que dit Manoel Ayres de Cazal (1), qui aurait trouvé près de Rio das Contas (Brésil) la euirasse d'un animal de plus de trente pas de long. Les côtes avaient une palme et demie de large; une dent molaire, sans sa racine, pesait quatre livres, et il fallut quatre hommes pour détacher la mâchoire mférieure.
Il s'écoula soixante ans avant qu'on sût à quoi s’en tenir sur cette découverte. En 1853, une carapace semblable, mais moins grande, fut trouvée sur les bords du Pedernal, dans le gouvernement de Monte-Video, et devint l’objet de discussions fort animées, parce qu'on la rapportait à un autre genre d'édenté.
Ces Tatous fossiles reçurent de M.R. Owen le nom de Glyptodon, à cause de leurs dents sculptées et plus compliquées que celles des genres voisins de la même famille. Elles portent deux cannelures longitudinales profondes, latérales, qui les divisent eu trois parties. Chaque mâchoire a 8 dents semblables de chaque côté. La mâchoire inférieure, dont l'angle se relève beaucoup, à sa branche montante très-haute, et le condyle est aussi élevé que l'apophyse coronoïde. Les pieds très-courts ont 9 doigts, dont 4 sont garnis d'ongles aplatis.
Le corps est recouvert de plaques osseuses, constituant par leur réunion une véritable cuirasse, mais non disposées par bandes comme dans les Tatous. Ces plaques hexagones sont unies par une suture dentée et présentent en dessus de doubles rosettes. Celles de la queue sont verticillées et chaque verticille se compose de deux rangées.
Jusqu'à ce qu'on eût trouvé ces plaques recouvrant les os du squelette, on les attribuait au Megatherium. Les espèces de Glyptodon que l’on a rencontrées depuis dans ces mêmes dépôts quaternaires des pampas sont distinguées par la forme de leurs plaques et leurs divers ornements.
En 1789, le marquis de Lorctto, vice-roi de Buenos-Ayres,
(1) Corografia Braxilica, on Relaçäo historico-geografica, ete., in-8. Rio-Janeiro, 1817.
Mégatherium.
envoya à Madrid le squelette presque complet d'un grand quadrupède découvert sur les bords de la rivière de Lujan (Luxan ou Lucan), à une lieue au sud-est de la ville de ce nom, à trois lieues à l'ouest-sud-ouest de Buenos-Avyres et à 10 mètres audessus du niveau de l’eau. Deux autres squelettes semblables furent aussi trouvés à peu près vers le même temps. L'un, envoyé également en Espagne en 1795, provenait de Lima, et l'autre, appartenant au père Fernando Scio, venait du Paraguay. Cette circonstance assez rare d'avoir trouvé d'abord presque tous les os réunis, puis de les avoir fait monter avec soin immédiatement par J. B. Bru, fit bientôt connaitre ce mammufère avec tous ses caractères ohne
Il fut décrit en 1796 par J. Garriga (1), et dès 1795 G. Cuvier, sur des dessins assez imparfaits qui lui avaient été adressés, l'avait rapproché des édentés, et placé dans le voismage des Paresseux.
Abildgaard publia en danois un mémoire dans lequel il arrivait à la même conclusion, ainsi que Shaw, tandis que Faujas et Lichtenstemm semblaient portés à en faire une nouvelle espèce d'Éléphant. Pander et d'Alton, qui avaient étudié le squelette à Madrid, en donnèrent une description plus complète (2), en le désignant sous le nom de Bradypus gigunteus ou de Paresseux géant, indiqué par Cuvier; mais celui de Megatherium, où grand animal, donné par les auteurs espagnols, a prévalu.
Ce qui caractérise particulièrement sa tête, dit Cuvier (5), c'est une longue apophyse descendante, placée à la base antérieure de l'arcade zygomatique, aussi grande à proportion que dans l’Aï, mais dirigée plus verticalement. Une échancrure, que l'on observe de chaque côté de l'ouverture du nez, a pu servir à l'insertion des muscles d'une petite trompe. La mâchoire in-
(1) Descripcion del esquelelto de un quadrupedo, etc., in-f°. Madrid,
(2) Das riesen Fauthier (Bradypus giganteus), in-f. Bonn, 1821. (5) Recherches sur les ossements fossiles, vol. VIT, p. 539 (éd. de 1834).
férieure, très-pesante, renflée en dessous, offre une branche montante très-grande ; très-prolongée et évidée en dessus, elle a dù contenir une langue cylindrique, longue, forte, propre, comme dans la girafe, à briser les petites branches des arbres qu'il pouvait renverser. Les’ dents molaires, au nombre de 4 de chaque côté en bas, et de 5 en haut, étaient de forme prismatique, très-profondément enchâssées dans le maxillaire, traversées par un sillon et divisées ainsi en collines triangulaires.
La colonne vertébrale se compose de 7 verttbres cervicales, 16 dorsales, 3 lombaires, 5 sacrées soudées et 18 caudales; la queue était grosse et courte.
Dans l'omoplate, l'acromion est prolongé en arceau, et la clavicule éloigne le Megatherium de tous les grands pachydermes comme des ruminants. L'humérus est remarquable par la largeur des crêtes placées au-dessous des condyles; le cubitus est très-large dans le haut; la main appuyait entièrement à terre en marchant, comme on peut le conclure de la brièveté du métacarpe. Trois doigts visibles sont armés d'ongles, deux autres rudimentaires étaient cachés sous la peau. Les onguéaux des trois doigts complets sont composés d’un axe portant l'ongle et d'une gaine qui en affermissait la base. On peut supposer que l’'ongle était beaucoup plus fort que celui d'aucun édenté connu.
Les os des iles forment un demi-bassin large, évasé, ressemblant, par sa grandeur, à celui de l'Éléphant et du Rhinocéros; les crêtes en sont dentelées et raboteuses. Le fémur est plus gros que celui d'aucun animal connu, un peu plus long que l'humérus, aplati d’arrière en avant, et relevé d’une arête aiguë au-dessus de son condyle interne. Il ressemble au fémur du Pangolin. Le tibia et le péroné sont soudés à leurs deux extrémités comme chez les Tatous. Les extrémités postérieures n'ont que trois doigts comme dans les Paresseux, mais ce ne sont pas les mêmes ici : ce sont le troisième, le quatrième ct le eimquième; le troisième seul était armé d’un ongle aussi fort que le plus grand des trois de devant.
Pachydermes.
Éléphants, Mastodontes.
De ces divers caractères Cuvier conclut que le Megatherium devait vivre de végétaux et particulièrement de racines. Sa taille et ses griffes puissantes devaient lui fournir des moyens de défense suffisants; 1l n’était pas propre à la course, et d’ailleurs 11 n'avait besoin ni de fuir m1 de poursuivre. « Ses analo- « gies le rapprochent des divers genres de la famille des édentés. « Il a la tête et l'épaule d'un Paresseux, et ses jambes et ses « pieds offrent un singulier mélange de caractères propres aux « Fourmiliers et aux Tatous. »
De même que le Mégalonyx de la Virginie a été rencontré dans les dépôts quaternaires de l'Amérique méridionale, de même le Mégatherium, d’abord signalé dans les pampas de Puenos-Ayres, s’est trouvé plus tard associé avec le précédent dans l'Amérique septentrionale, et si l'on y ajoute ces énormes Tatous désignés sous le nom de Glyptodon, puis les Mylodon, les Scelidotherium, et d'autres genres nouvellement découverts, on pourra se faire une idée de la faune remarquable par ses nombreux édentés gigantesques qui caractérisait dans le nouveau continent la période qui a précédé la nôtre. Quant aux dépôts qui renferment cette prodigieuse quantité de débris de grands mammifères, nous renverrons le lecteur à ce que nous en avons déjà dit d'après les voyageurs modernes (1) et aux motifs qui nous ont déterminé à les placer dans cette période.
La plupart des restes de grands pachydermes connus au moment où se termine notre revue historique ont été rapportés en Europe par Alex. de Humboldt, et Cuvier s’est empressé de les faire entrer dans la seconde édition de ses Recherches sur les ossements fossiles. Ce que nous allons en dire a done été puisé à ces deux sources, et nous suivrons dans l’énumération de ces matériaux un ordre géographique du N. au $. Les données sur lesquelles Cuvier a établi ses espèces ont paru imsuffisantes à plusieurs anatomistes, qui n’ont point par conséquent adopté toutes ses déterminations; mais c’est là un sujet de
(1) Hist. des progrès de la géologie, vol. I, p. 386-400; 1848.
discussion dont on conçoit que nous n'avons pas à nous occuper en ce moment.
À Hué-Huetoca, près de Mexico, Alex. de Humboldt a trouvé mexique. des fragments de molaires que par l'étroitesse et le peu de festonnement des lames d’émail, ainsi que par la petite dilatation de leur milieu, Cuvier a trouvées semblables à celles de l'Éléphant fossile de Sibérie (1). L'existence au Mexique de restes provenant d'un Mastodonte, qui serait celui de l'Ohio, a été également annoncée (2).
Alex. de Humboldt a rapporté plusieurs os de Mastodonte de Nouvelle Caño del Fiscal, près de Santa Fé de Bogota. Ce sont particulièment un humérus et un calcanéum assimilés au M. angusti- Colombie. dens (5), et un tibia du même animal provenant du Camp des Géants, localité ainsi nommée à cause de la multitude des os qu'on y trouve et qui est élevée de 2500 mètres au-dessus de la mer (4).
Un fragment de défense recueilli près de la ville de Ybarra, pérou. dans la province de Quito, à 1700 toises d'altitude, a fait présumer que l'Éléphant était descendu jusque-là vers le sud; mais Cuvier, en l'absence de dents mâchelières, doutait encore si cette défense n'avait point appartenu à un Mastodonte (5). Près du volcan d'Imbaburra (royaume de Quito), à 1200 toises d’altitude, des dents de Mastodonte ont été trouvées et appartiendraient à une espèce particulière que Cuvier désigne sous le nom de M. des Cordillères (M. Andium) (6). Ges dents à tubereules divisés, comme dans le M. angustidens, ont les formes carrées de celles à 6 pointes du Mastodonte de l'Ohio, mais leur coupe donne des figures de trèfles au lieu de losanges. Parmi les osse-
(1) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, vol. I, p. 151 (éd. de 1854).
d., ib., p. 568-372.
Province de
Chiquitos,
Tarija.
Chili.
Brésil.
ments rapportés du Pérou par Dombey, Cuvier (1) a fait figurer une dent implantée dans une portion du palais, parfaitement semblable à celles trouvées à Simorre, en France, et une mächoire mférieure avec deux dents dont les caractères seraient aussi ceux du Mastodonte à dents étroites de l’Europe (2).
Une dent de la grande espèce déjà signalée, près du volcan d'Imbaburra, a été rencontrée près de Santa-Cruz de la Sierra, dans les Cordillères de Chiquitos, par 18° lat. S., et une semblable, de la province de Chiquitos, a été recueillie par M. Alonzo de Barcelone. Dans la vallée de Tarija, écrivait déjà Joseph de Jussieu en 1761, par 25° lat. S., à plus de 150 lieues de ja mer et à 200 lieues du Potosi, on rencontre, dans le sol superficiel de chaque côté de la rivière, des os et des dents pétrifiés d’une énorme grosseur, qui appartiendraient peut-être encore au Mastodonte des Cordillères, tandis que d'autres dents carrées plus petites, rapportées par Alex. de Humboldt de la Conception au Chili, seraient le type d’une espèce différente à laquelle Cuvier assigne le nom de M. Humboldtii (5).
Dans la partie orientale du continent qui devait présenter de nos Jours des richesses ostéologiques plus variées encore que la partie sud, nous avons déjà rappelé la découverte d’une carapace provenant probablement d'un grand édenté, desos et des dents mâchelières énormes, annonçant l'existence de grands pachydermes; on en cite à Villa do Fanado, et près de Recife (province de Pernambuco), en creusant dans un puits, dans un lac à 8 lieues au nord-est de Penedo, sur les bords du lac de Santa Catharina, et à San Pedro, dans la province de Seregipe
del Rev (4).
(1) Cuvier, Recherches sur les ossements fossiles, vol. IT, p. 337, pl. 26,
Lie Ie ne al I, P- 360 1 a 7. fig. 12 et 5.
(4) Art de vérifier les dates, depuis 1770 jusqu'à nos jours, vol. XIII, p. 17. — Voy. aussi Margrav., Historia naturalis Brasiliæ, m-f°. Leyde, 1648. — J. Mawe, Travels in the interior of Brasil, in-4. Londres, 1813. — Reisen in das Innere von Brasilien, eic., par Zimmermann, in-8. Bam-
Appendice.
Nous nous bornerons, pour les fossiles mentionnés çà et là d'une manière très-superficielle dans diverses parties de l'Asie, à rappeler les recherches de G. J. Camelli, dans les iles Philippines, l'Histoire de la Chine, par le P. Duhalde (vol. I, p- 486), les observations de d'Incarville dans l'Inde (Transact. philos., 1753. — En allemand, Recueil de Hanovre, 1751), puis les. ouvrages de E. Rumphius (Ambonische Rariteitkammer, ete., inf avec pl., 1705; ed. 2 1741: — Thesaurus piscium, testaceorum et cochlearum quibus acc. conchylia, mineralia, metalla, lapides, varüs in locis reperta, in-f° avec pl. Leyde, 1711.; les mémoires de Steph. Babington sur l'ile de Salsette (Transact. geol. Soc. of London, vol. V, p. 1, 1819), de B. Babington sur la géologie du pays entre Tellicherry et Madras (ibid. part. Il, p.328, 1821); de Fraser, à l'appui d’une série d'échantillons provenant des monts Himalaya (ibid. part., T, p. 60, 1819); de J. Adam, sur la géologie des bords du Gange, depuis Calcutta jusqu'à Cawnpore (ibid., part. I, p. 346); de J. Davy, sur la géologie et la minéralogie de Ceylan (ibid., p. 311; Journ. de Phys., vol. LXXXVI, p. 168, 1818). Parmi les publications propres à l'Inde on doit citer : Journal of the r. asiatic society. — Journal of the asiatic society of Bengal, — Madras Journal of litterature and science, — Journal ofthe Bombay Branch. r. asiat. society. — The asiatic Researches, im-4°.
Plus à l’ouest, nous signalerons les voyages de Kæmpfer (Relationes de ruderibus diluvii mosuici in Persia, in Amænitates exoticas, in-4°, Lemago, 1712); d'Oléarius, en Perse et le long de la Caspienne; de Breyn (Reisebeschreibung durch Klein-Asien, p. 1016); de Moconys (1” partie, p. 554), pour
berg, 1817. — D'Esc.wege, Journal von Brasilien, etc., avec carte, Im-8. Weimar, 1818.
Asie orientale.
Asie occidentale.
Afrique.
Égypte.
Cap de Bonne-
Espérance.
les environs de Tocat (Pont); les remarques de Cedrenus. (Comp. hist., p. 15), et de Michel Glycas (part. IE, p. 114), relatées dans l'ouvrage de Reland (Palestine, hb. 1, cap. 48, p. 921 : Pour les poissons du Liban); les voyages de Tournefort, d'Olivier, de Kerporter, de Lebrun (chap. Lvir, pour les poissons), etc.
Pour la partie nord-est de l'Afrique, nous rappellerons les voyages d'Olaus Borrichius, de Shaw (Travels or observ., etc., avec pl., 1758. Éd. fr., 1740-1745, 4 vol. in-8, vol. IE, p. 70, 84); de Paul Lucas (vol. Il); de Niebuhr, de Forskal, de Barrow, de Rozières, dans le grand ouvrage sur l'Égypte (Hist. naturelle, vol. If, 1815). Les mémoires de Dolomieu, entre autres celui qui traite de la constitution physique de l'Égypte (Journ. de Phys., vol. XLIE, p. 40, 1795), ont peu contribué à l'avancement de la science telle que nous la considérons. On peut encore consulter : Fossiha ægyptiaca Musei Borgiani, de G. Wad (in-#, Velitris, 1794). Le mémoire de Guettard (Mém. del Acad.r. des Sciences, 1751, p. 164 et239), sur les granites de France comparés à ceux d'Égypte, est accompagné d’une carte minéralogique où les rapports imvoqués sont tout à fait imaginaires. Cette carte indique une bande marneuse comprenant le littoral du cap Resalto, sur la côte d'Afrique à l’ouest d'Alexandrie, jusqu’à l’Oronte, en Syrie. Sa limite sud, de Damas au Caire, comprenant ainsi les trois quarts du Liban, ne s'accorde avec rien de ce que l’on sait aujourd'hui, non plus que son prolongement méridional qui coupe obliquement la vallée du Nil pour se recourber à l’ouest dans la Libye. La bande sablonneuse de la Libye, à l'ouest, n’est rien autre que le désert, etla bande schisteuse où métallique n’est pas moins imaginaire que les deux autres. Guettard appliquait à ce pays; qu ‘il n'avait pas vu, certaines idées que nous verrons puisées dans l'examen de diverses parties de la France, et qu'il avait aussi étendues à la Pologne et au Canada.
Dans une Notice sur la structure géologique de la montagne de la Table, P. Carmichaël a montré qu'elle était composée de granite. La Pointe-Verte (Green-Point) et la vallée de la
Table sont formées par des schistes, et la partie supérieure est constituée par une masse puissante de grès en bancs horizontaux donnant à la montagne sa forme particulière. À See-Point ou observe la jonction des schistes et du granite, mais sur d’autres points il y aurait une sorte d'alternance entre les deux roches. Le long de la mer, de Campbay à See-Point, des veines de trapp pénètrent dans le granite (Journ. de Phys., vol. LXXXVI, p. 252, 1808).
W. Buckland à publié une notice sur la structure géologique d'une partie de l'île de Madagascar, où se trouvent des roches primitives et des roches secondaires comprenant des grès sans fossiles. Des calcaires récents et des sables consolidés également peu anciens y occupent des surfaces considérables (Transact. geol. Soc. of London, 1" sér. vol. IV, 2° part., p. 476, 1817).
Le même savant, d’après l'examen d'échantillons qui lui avaient été soumis, a publié aussi quelques observations sur la Nouvelle-Galles du Sud, et n’a pas hésité à proclamer la ressemblance des cherts et des fossiles provenant des calcaires des environs d'Hobart-Town (Terre de Van Diémen) avec ceux des calcaires carbonifères de l'Angleterre et de l'Irlande. (1bid.)
Enfin on peut trouver beaucoup d’autres renseignements dans les notes et la partie bibliographique de l'ouvrage de Walch et Knorr; c'est la mine la plus riche en documents de cette nature pour tout ce qui est'antérieur à 1779. La Bibliographia palæontologica animalium systematica, de G. Fischer de Waldheim (Moscou, in-8°, 1854), peut être également consultée avec fruit.
Madagascar,
Australie
Hollande.