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(3) Transact. philos. Soc. of Philadelphia, vol. IV, p. 246, n° 50.
Mégalouyr.
ments fossiles d'un animal imconnu. Washington lui en avait donné avis le 7 juillet de l’année précédente, et ces restes, réunis à d'autres qui lui furent communiqués, consistaient en un fragment d'os long (fémur ou humérus), un radius, un cubitus, trois ongles et d’autres os des extrémités.
En comparant ces os avec leurs analogues dans le Lion, Jelferson pensa qu'ils provenaient d’un grand carnassier, qu’il nomma Megalonyx, à cause de la dimension de ses ongles. I lui assigna une hauteur de 5 pieds, et le regarda comme ayant dû être un ennemi terrible pour son contemporain le Mastodonte.
Le professeur Wistar, qui décrivit ensuite ces os (1), remarqua qu'il devait, au contraire, exister une certaine analogie entre le pied du Mégalonyx et ceux des Paresseux actuels. Vers le même temps, Peale, fondateur du Muséum de Philadelphie, fit parvenir à G. Cuvier un moulage très-exact des os indiqués par Jefferson, et quelques autres matériaux recueillis dans la même caverne furent rapportés par Palisot de Beauvois.
Ce sont les caractères de la phalange onguéale qui ont surtout servi à rapprocher cet animal des édentés et à l’éloigner des carnassiers. Dans les premiers, en effet, l'articulation est disposée de manière que la flexion puisse se faire en dessous, et c'est l'inverse dans les Felis. Ce qui distingue les phalanges des Paresseux, des Fourmiliers et des Cabassous se retrouve ici, de même que la forme générale: En outre, l'inégalité des phalanges est encore un caractère qui éloignerait le Mégalonyx des Felis et des Paresseux, tandis qu'on l'observe chez les Cabassous et les Fourmiliers vivants.
Bien que l'on doive être habitué, lorsqu'on étudie les travaux d’ostéologie comparée de Cuvier, aux véritables tours de force qu'il accomplit avec sa méthode de la corrélation des parties, la reconstruction de la main du Mégalonyx avec quelques phalanges isolées est une merveille de sagacité. Il en déduit qu'elle a dû appartenir à un édenté, et l'examen du radius
(1) Transact. philos. Soc. of Philadelphia, n° 76. — Cuvier, Rech. sur Les ossem. fossiles, vol. VIT, p. 304.
et du eubitus le conduit à la même conclusion, On saït que les dents des Ratons et celles des Paresseux sont de simples cylindres de substance osseuse enveloppée d'un étui de substance émailleuse; la couronne, en s’usant, laisse un creux entouré d’un rebord saillant, Or, ces caractères se retrouvent encore dans les dents du Mégalonyx, dont la taille aurait été celle d'un grand Bœuf,
Enfin, un autre édenté gigantesque, dont nous traiterons plus en détail dans la section suivante, le Megatherium, à vécu aussi, dans l'Amérique du Nord, avec les mammifères précédents. Le docteur Mitchill en a signalé des dents recueillies dans l'ile de Skidaway, sur la côte de Géorgie, où W. Cowper a trouvé peu après, dans un marais, un assez grand nombre d'os de diverses parties du même squelette (1).
Tels sont à peu près les résultats principaux et encore peu nombreux des recherches géologiques et paléontologiques exécutées, jusque vers 1820, dans l'Amérique du Nord.
Dans son mémoire sur la géologie des Antilles, Cortès (2) décrit d’abord la Guadeloupe comme étant divisée en deux parties par la rivière Salée : l’une, la Guadeloupe proprement dite, entièrement voleanique, atteint 723 toises d'altitude, et présente 15 anciens cratères dont un, la Soufrière, manifeste encore quelque activité; l’autre partie de l'ile, ou la Grande- Terre, n'attemnt que 360 pieds au-dessus de la mer; elle est exclusivement formée de matières calcaires coquillières. Les restes d'animaux qu'on ytrouve proviennent d'êtres analogues
(1) Ann. du lycée d'hist. natur. de New-York, mai 1824. — Cuvier, Recherches, etc., vol. VII, p. 558.
(2) Journ. de phys., vol. LXX, p. 129, 1810. — Voy. aussi : N. Nugent, À Sketch of the geol. of Island of Antigoa, avéc carte, Transact. geol. soc. of London, vol. V, p. 459, 2% part., 1821. L'auteur mentionne des marnes, des conglomérats, des cherts et. des trapps. De Genton, Essai de minéralogie de l’île de Saint-Domingue (partie française), Journ. de phys., vol. XXXT, p. 175, 1787. Les granites très-variés forment la base des montagnes, puis viennent au-dessus des calcaires bien stratifiés et des grès avec des fossiles d'apparence tertiaire. Des substances minérales variées sont assez répandues dans ce pays. Mémoire sur un squelette humain fossile de la Guadeloupe, par Ch. Konig. (Transac, philos., IS14 — Jour. de phys., vol. LXXIX, p. 195, 1814. — 1b., p. 295.)
Mégatherium.
Les Antilles.
à ceux qui peuplent encore les mers voisines, d’où l’auteur conclut que la mer a dû s'abaisser de 360 pieds. Ces dépôts sont recouverts d'une argile remplie de cristaux de quartz, de fer hématite globuleux et de fragments de lave roulés. A la Martinique, les pierres coquillières recouvrent les laves qui ont dû s’épancher sous l’eau.
Cortès divise les Antilles en quatre classes sous le rapport de leur constitution géologique.
La première classe comprend les îles composées en partie de matières dites primitives, et en partie volcaniques et calcaires. Ce sont les Grandes Antilles : la Trinité, Porto-Rico, Cuba, Saint-Dominique et la Jamaïque.
La seconde, les îles entièrement volcaniques : la Grenade, Saint-Vincent, Sainte-Lucie, la Martinique, la Dominique, les Saintes, la Guadeloupe proprement dite, Montserrat, Saint- Christophe, Saba.
La troisième classe, les îles entièrement calcaires : Marie- Galante, la Désirade, Guraçao, Bonaire, et en général les îles et les ilots peu élevés.
La quatrième, les îles en partie dues aux feux volcaniques et en partie aux substances calcaires organiques : Antigoa, Saint- Barthélemi, Sant-Martin, Sant-Thomas, ete.
L'auteur revient ensuite sur l’abaissement de la mer, qu'il suppose avoir été de beaucoup plus de 360 pieds. C'est à l’entassement successif des matières volcaniques que les îles doivent leur élévation actuelle jusqu’à 800 toises, qui est la limite des. sommets volcaniques de l'archipel. Tous les volcans des Anüilles brûlèrent alors en même temps et probablement ceux de l’Amérique méridionale entre les tropiques, et, si ceux de l'Amérique du Sud se trouvaient alors dans leur plus grande: énergie, toute la zone torride devait présenter un embrasement général, Après cette époque, continue Cortès, la mer s’est retirée progressivement, lussant à découvert les îles calcaires, et le nouveau monde dut se trouver tel que nous le voyons. Cortès donne ensuite des détails particuliers sur les minéraux de la Guadeloupe et. de la Martinique.
Ce que l’on savait sur la géologie de l'Amérique centrale et méridionale, à l’époque où finit notre revue historique, se réduit à peu près aux recherches d'Alex. de Humboldt, exécutées soit par lui seul, soit avec Bonpland, du mois de juin 1799 au mois de juin 1804.
A l'exception d'un Essai de passigraphie géognostique, accompagné de tables qui mdiquent la stratification et le parallélisme dans les deux continents, essai destiné à l'Institut royal des mines de Mexico, et qui n'avait pas été l'objet d'une publication régulière, puis d’un mémoire inséré dans le Journal de physique (1), où de Humboldt donna aussi l’Esquisse d'un tableau de la géologie de l'Amérique méridionale, ce ne fut que dans un article du Dictionnaire des sciences naturelles, article imprimé séparément, en 1826, sous le titre d'Essai yéognostique sur le gisement des roches dans les deux hémisphères, que se trouvent rassemblés et coordonnés tous les matériaux relatifs à la géologie des immenses surfaces qu'il avait parcourues et observées. Mais ces matériaux étant disséminés et comme fondus au milieu de toutes les données acquises sur l'Europe, il serait assez difficile d'en extraire aujourd'hui ce qui concerne seulement l'Amérique. Dans son Voyage aux régions équinotiales, comme dans son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, de Humboldt a aussi donné de précieuses indications pour les géologues venus après lur.
Afin qu'on puisse juger de la manière dont il entendait a géologie stratigraphique, nous emprunterons ce qui suit à son mémoire de 4801, écrit sur les lieux mêmes.
Après avoir exposé les caractères orographiques où physiques de la Colombie, et, en particulier, de la province de Caracas et des chaines côtières bordant le golfe du Mexique, il passe à l'exa-
(1) Vol. LUI, p. 50, 1801.
men de la direction et de l'inclinaison des strates. Il constate que la première est constamment N.-E., $.-0., et la seconde au N.-0. « Cette grande uniformité dans les deux mondes, continuet-il, doit faire naître des réflexions sérieuses ; elle nous présente un grand fait géologique. Ainsi, les directions des couches ne sont pas celles des chaînes de montagnes, et les inclinaisons ne répondent pas nécessairement aux pentes de ces dernières, I faut convenir que cette uniformité mdique une cause très-ancienne, très-universelle, très-fondée, dans les premières attractions qui ont agité la matière, pour l’accumuler dans des sphéroïdes planétaires. Cette grande cause, ajoute-t-1l, n’exelut pas l'influence des causes locales qui ont déterminé de petites portions de matière à s'arranger de telle ou telle manière, selon les lois de la cristallisation. De la Métherie a judicieusement indiqué ces phénomènes, cette influence d’une grande montagne comme noyau sur ses voisines plus petites, » etc. Ainsi, cette idée de cristallisation des montagnes, que nous avons vu de Saussure adopter d'abord, que nous verrons de Fa Métherie professer et développer, avait aussi gagné à ce moment l'illustre disciple de Werner.
«J'ai trouvé, ditsl plus loin (p.48), une immiense quantité de pétrifications dans un grès calcaire qui couvre les pentes nord et sud de la côte de Vénézuela, depuis la eime de Saint-Bernardin à los altos de Conoma jusqu'au Cerro de Méapiré ou la pointe de Puria et la Trinité, Le même dépôt parait se représenter à la Grande-Terre de la Guadeloupe. Un nombre prodigieux de coquilles marines et terrestres, de cellulaires, de corallines, de madrépores, d'astroites, sont agglutinés par le grès. Les coquilles sont à demi brisées. Des banes entiers sont formés de ces débris presque réduits en poudre. Ces dépôts récents s'étendent jusqu'à 9 et 10 lieues de la côte. »
Plus rarement et occupant des positions difiérentes, on trouve des coquilles pétrifiées dans un calcaire plus solide. Ce sont des Anomies et des Térébratules accumulées par places et que l'on rencontre jusqu'à des altitudes de 800 toises. Les Ammonites et les Bélemnites n’ont été observées nulle part
dans ce pays où de Humboldt décrit successivement (p. 51) les roches primitives (Urgebirge), les roches qui font le passage des primitives aux secondaires (Uebergang Formation, Wern.), et les roches secondaires (Flætzgebirge). Ges formations secondaires, plus récentes que l'apparition des êtres organisés, se suivent dans leur ancienneté relative comme celles qui couvrent les plaines de l'Europe, et que nous avons vues énumérées dans le mémoire de de Buch, sur le comté de Glaz, que de Humboldt se plait à rappeller 11.
Il annonce avoir reconnu deux formations de roches calcaires denses, une formation de gypse feuilleté et une autre mélée avec de l'argile muriatifère et pétroléenne (le Salsthon), et l'argile schisteuse; puis deux formations de grès, l'une plus ancienne, presque sans coquilles, à gros et à petits grains : c'est le grès des Llanos; l'autre remplie de fossiles, très-récente et cependant, dit-il, passant à la roche dense.
De Humboldt représente comme il suit la charpente du globe dans l'Amérique méridionale, ou l'ancienneté relative des couches primitives et secondaires dans les deux cordillères de Vénézuela et de la Parime, et les deux grandes vallées de l'Orénoque et de l’Amazone.