CHAPITRE VII
Après avoir jeté un coup d'œil sur la marche de la science dans les diverses parties de l’Europe et dans celles de l'Amérique qui pouvaient offrir quelque mtérêt, 1l nous reste, pour terminer notre travail, à l’étudier dans notre propre pays. Le tableau des progrès de la géologie et de la paléontologie stratigraphiques en France ne nous offrira pas ce développement naturel, régulier, positif, suivant constamment la même direction, que nous avons fait remarquer chez quelques nations voisines. En France, la recherche et la représentation des corps organisés fossiles ont été tardives; on n'en soupçonnait guère l'utilité ni l'intérêt; on y a longtemps discouru à priori avant d'observer, et surtout avant d'observer avec méthode.
La diversité des points de vue et par conséquent celle des opinions a été un obstacle au mouvement normal. Avant qu'un nouveau principe ne soit reconnu et admis chez nous, dans la pratique ou dans l’enseignement général, 1l faut lutter avec les dissidents ou des adversaires qui ne manquent jamais, quelque bonne que soit la cause, quelque évidente que soit la vérité. Pendant ce temps, les spectateurs restent incertains, 1ls hésitent entre les partis, le temps se perd en discussions stériles, et nous nous trouvons en arrière des autres nations qui on continué à marcher. La polémique, résultat de cette divergence d'idées et de direction, devra donc tenir une certaine place dans
Moven âge.
l'histoire de la paléontologie stratigraphique en France, puisque c'est un de ses caractères propres, et, sous ce rapport, elle différera des précédentes, où les faits surtout nous ont occupé. Les vues théoriques développées avec talent dans certains ouvrages peu anciens exigeront un examen plus approfondi que celui que nous avons fait des spéculations purement imaginaires des auteurs du xvi et du commencement du xvin' siècle dans les autres pays.
Nous partagerons cet exposé en deux Périodes; la première comprendra tous les Essais de diverses sortes publiés depuis la fn du xvi° siècle jusqu'à 1778, c’est-à-dire qu'elle commencera avec les travaux de Bernard Palissy, le premier et le plus positif de nos anciens géologues, et finira avec les Époques de la Nature, la plus magnifique expression du génie théorique de Buffon; la seconde, d'une durée de 44 ans, se terminera en 1829, alors que les dernières recherches d'Alex. Brongniart avaient complété chez nous la démonstration des principes que W. Smith avait appliqués à l'Angleterre.
De même que les premières découvertes de restes de grands mammifères en Italie les avaient fait rapporter à des Éléphants de l’armée d’Annibal, bien que des 37 ou 40 de ces animaux ; q qui passèrent les Alpes, il n'en restait plus, suivant Polybe, qu'un seul après la bataille de la Trebia, de même en France les grands ossements rencontrés parfois dans les dépôts meu- 8 ss bles superficiels étaient attribués à l'Eléphant que le ealife de Bagdad avait envoyé à Charlemagne, en 801. On sait que O J [e) 2 deux autres vinrent en Europe au moyen âge : l'un amené par Frédéric I, en 4229, à son retour de la Terre sainte, l’autre par saint Louis, qui en fit présent à l'Angleterre. Ce qui cependant peut paraître assez singulier, dit Cuvier (1),
(1) Recherches sur les ossements fossiles, vol. 1, p. 50 (éd. de 1854).
c’est que les endroits où l’on en a trouvé le plus anciennement sont aux environs du Rhône, et par conséquent dans les lieux où ont dû passer Annibal d'abord et ensuite Domitius Ahenobarbus, marchant contre les Allobroges et les peuples de l'Arverne. Il aurait donc été assez naturel d'attribuer ces ossements aux Éléphants que ces généraux avaient dans leurs armées, mais on aima mieux, comme partout, les regarder comme les restes d'une race de géants.
En 1456, le Rhône nuit à découvert sur l'une de ses rives, près de Saint-Peirat (Saint-Peray), vis-à-vis de Valence, de trèsgrands ossements dont une partie fut portée à Bourges et suspendue aux murs de la Sainte-Chapelle de cette ville (1). S. Cassanion (2) mentionne une découverte semblable faite dans le même endroit vers 1564. Dans la description qu'il donne des os et surtout des dents, Cuvier ne doute point que le tout ne provienne d'un éléphant.
Le 11 janvier 1615, on découvrit des ossements qui furent pour Jacques Tissot le sujet d’un livre intitulé : Histoire véritable du Géant Teutobocus, roi des Theutons, Cimbres et Ambrosiens, défait par Marius, consul romain, 105 ans avant la venue de N. S., lequel fut enterré près du château nommé Chaumont, maintenant Langon, proche la ville de Romans, en Dauphiné (3). L'auteur supposait que ces ossements provenaient d'un tombeau sur lequel se trouvait une inscription romaine portant Theutobocus rex. Un chirurgien nommé Mazurier paraît les avoir acquis ensuite et les avoir montrés à Paris et dans d'autres villes. L’authenticité du squelette était appuyée par de soi-disant médailles dont l’origine fut ensuite contestée comme le tombeau lui-même. Ces os consistaient en deux morceaux
(1) Fulgose, De dict. factisque memor., hb. I, c. vr, p. 14.
(2) De gigantibus, auct. J. Cassanione, monostroliense. Basil., p. 61; 1580. — Cuvier, Recherches, etc., vol. If, p. 51,
(3) In-8, Paris, 1613. — Traduct. flamande, Utrecht, 1614. Nous ne savons pourquoi cette brochure a été attribuée à Mazurier par Cuvier, qui ne fait aucune mention de Tissot. — Voy. à ce sujet la Bibliothèque physique de la France, p. 394, par Hérissant, in-8, 1771.
xv° CE xvi* s cles,
xvi° siècle.
Pernard Palissy.
de la mâchoire inférieure, deux vertèbres, un fragment de côte, un d'omoplate, une tête d’humérus, un fémur, un tibia, un astragale et un calcanéum, le reste avant été dispersé par les ouvriers. Ils furent le sujet de nombreuses publications et d'une discussion très-vive. Après la brochure dont nous venons de parler, N. Habicot et J. Riolan, un médecm et un chirurgien du temps, entrèrent en lice, et de 1613 à 1618 se livrèrent une guerre acharnée que leurs corporations respectives excitaient à l’envi. Riolan paraît être celui qui s'approcha le plus de la vérité en rapportant ces os à un Éléphant. Par une circonstance particulière, ces débris, dont on avait perdu la trace, furent retrouvés à Bordeaux dans la maison où mourut Mazurier, et, ayant été envoyés au Muséum d'histoire naturelle de Paris, où ilssont encore, ils furent reconnus pour avoir appartenu à un Mastodonte (1).
Des os gigantesques, dit Cassanion (2), ont été déterrés sur la colline de Tain; des dents pesant chacune dix livres, suivant dom Calmet, ont été rencontrées, en 1667, dans une prairie près du château de Molard, dans le diocèse de Vienne, ete. (3).
Cette croyance à une ancienne race de géants, basée sur ces restes de grands pachydermes, n'était pas d'ailleurs aussi dépourvue de raison qu'on pourrait le eroireau premier abord, surtout lorsqu'on ne considérait que les os. En effet, il y a dans le squelette de l'Éléphant et par conséquent dans celui du Mastodonte des parties qui, sauf les dimensions, ont plus d’analogie avec celles qui leur correspondent chez l'homme qu'avec tout autre mamnufère; tels sont les os des membres postérieurs, l'atlas, l'axis, les vertèbres dorsales, les os du tarse, etc.
Mais si, laissant ces premières données paléozoologiques plus ou moins vagues, nous cherchons des données géologiques préeises et surtout des déductions plus naturelles et plus vraies, nous en trouverons, d'un mérite réel, dans l’œuvre de Bernard
(1) Cuvier, Recherch., ete., vol. IE, p. 56. Note de Laurillard, (2) De gigantibus, p. 64.
(5) Dict. de la Bible, W, p.161.
Palissy, né en 1510, à la Chapelle-Biron, en Périgord. Nous u’avons pas à nous occuper de Palissy sous le rapport de la céramique, dont il a laissé des spécimens aujourd'hui si recherchés des curieux, mais nous le considérerons comme naturaliste essentiellement observateur et pratique. « Un potier de terre, « qui ne savait ni latin ni grec, dit Fontenelle (1), fut le pre- <mier, vers la fin du xvi siècle, qui osa dire dans Paris, et à
« la face de tous les docteurs, que les coquilles fossiles étaient « de véritables coquilles déposées autrefois par la mer dans les lieux où elle se trouvait alors
, que des animaux, et sur- « tout des poissons, avaient donné aux pierres figurées toutes « leurs différentes figures, ete., et il défia hardiment toute « l’école d’Aristote d'attaquer ses preuves. C’est Bernard Palissy, « saintongeois (2), aussi grand physicien que la nature seule « en puisse former un. Cependant son système a dormi près « de cent ans, et le nom même de l'auteur est presque ignoré.»
En 1580, Palissy publia son ouvrage intitulé : Discours admirables de la nature des eaux et fontaines, tant naturelles qu'artificielles, des métaux, des sels et salines, des pierres, des terres, du feu et des émaux; avec plusieurs autres excellents secrets des choses naturelles. Plus un traité de la marne fort utile et nécessaire à ceux qui se mellent de l'agriculture. Le tout dressé par dialogues, ès quels sont introduits la théorique et la practique (3).
L'auteur y traite (p. 218) de la silicification du bois et des infiltrations ferrugineuses, par suite de leur immersion dans des eaux contenant de la silice en dissolution ou une grande
(1) Mémoires de l'Acad, roy. des sciences pour l’année 1720, p. 5.
(2) Fontenelle suppose que Palissy était saintongeais, parce que ce fut à Saintes, où 1l résida longtemps, que se firent tous les essais de céramique qui précédèrent les travaux qui ont immortalisé son nom.
(3) In-8. Paris, 1580.— Ce volume, très-rare, a été réuni à un autre ouvrage publié d'abord en 1565 à la Rochelle, et tous deux parurent en 2 vol, in-8 à Paris, en 1636, sous le titre : Moyen de devenir riche, etc. En 1777, Faujas de Saint-Fond et Gobet en donnèrent une éd. in-4 sous le titre d'Œuvres de Bernard Palissy. Celle que nous suivons ici a été publiée en 1844 chez Dubochet (1 vol. in-12), et est accompagnée de Notes par P. À. Cap.
quantité de fer. Le même mode d'action minéralisatrice est ensuite appliqué aux poissons et aux coquilles. Il cite déjà les ichthyolithes ou poissons pétrifiés des schistes cuivreux du Mansfeld; il parle d'une manière fort exacte du changement du test des coquilles en calcaire spathique, sans que leurs formes et les plus petits accidents de leur surface aient disparu ou aient été modifiés, Ainsi l'on voit que les altérations, les substitutions de matières, les divers arrangements moléculaires apportés par certanes circonstances dans l'état ou dans la composition des restes organiques, animaux et végétaux, par suite de leur séjour plus où moins prolongé dans les couches de la terre, avaient été compris et expliqués en France il y a près de trois siècles.
@ Il est donques aisé à conclure, continue Palissy (p. 219), « que les poissons qui sont réduits en métal ont esté vivants « dans certaines eaux et estangs, èsquelles eaux se ont entre- « meslées autres eaux métalliques qui depuis se sont congelées «en miniere d'airain, et ont congelé le poisson et le vase, et « les eaux communes se sont exalées suivant l’ordre commun, « qui leur est ordonné cemn'e ie £'ay dit ey dessus; et si lors « que les eaux se sont congelées en métal il y eut eu en icelles « quelque corps mort, soit d'homme ou de beste, il se fut aussi « réduit en métal : et de ce n'en faut aucunement douter. »
Plus loin (p. 272) il réfute l'opinion de Cardan, qui croyait que les coquilles pétrifiées étaient venues de la mer pendant le déluge. « Et quant est du poisson portant coquille, continue-t1l, « au temps de la tourmente ils s'attachent contre les rochers en « telle sorte que les vagues ne les sçauroyent arracher, et plu- « sieurs autres poissons se cachent au fond de la mer, auquel « lieu les vents n’ont aucune puissance d’esbranler ny l'eau « ny le poisson, Voilà une preuue suffisante pour nier que les « poissons de la mer se soyent espandus par la terre és iours du « Deluge. Si Cardanus eust regardé le livre de Genese il eust « parlé autrement : car là Moyse rend témoignage qu'és iour, « du Deluge, les abymes et ventailles du ciel furent ouuertes, « ct pleut l’espace de quarante iours, lesquelles pluyes et « abymes amenerent les eaux sus la terre et non pas le desbor-
V'REMIÈRE PÉRIODE. 257
dement de la mer. » «Si tu avois bien considéré le grand nombre de coquilles pétrifiées qui se trouvent en la terre, tu connoistrois que la terre ne produit gueres moins de poissons portant coquilles que la mer : comprenant en icelle les rivieres, fontaines et ruisseaux. L'on voit aux estangs et ruisseaux plusieurs especes de moules et autres poissons portant coquilles, que quand lesdites coquilles sont ietées en terre, si en icelle il y a quelque semence salsitive, elles se viendront à pétrilier… » P, 275 : « Parquoy ie maintiens que les poissons armez, et lesquels sont pétrifiez en plusieurs carrieres, ont esté engendrez sur le lieu mesme, pendant que les rochers n’estoyent que de l'eau et de la vase, lesquels depuis ont esté petrifiez avec lesdits poissons comme tu entendras plus amplement ey apres, en parlant des rochers des Ardennes...» «Et quant est des pierres où 1l y a plusieurs especes de coquilles, ou bien qu'en vne mesme pierre il y en a grande quantité d'vn mesme genre, comme celles du fauxbourg Sainct Marceau lés Paris, elles-là sont formées en la maniere qui s'ensuit, sçavoir est, qu'il y avoit quelque grand réceptacle d’eau, auquel estoit un nombre infini de poissons armez de coquilles, faictes en limace piramidale, ete. »
Palissy mentionne ensuite fort en détail les pierres qui for-
ment les collines des environs de Sedan, dans les Ardennes, de Soubise à l'embouchure de la Charente, de Soissons, de Villers- Cotterets, de Crespy, ete. « Et parce qu'il se trouve aussi, dit-il
encore (p. 277), des pierres remplies de coquilles, tusques au sommet des plus hautes montagnes, 1l ne faut que tu penses que lesdites coquilles soyent formées, comme aucuns disent que nature se iouë à faire quelque chose de nouueau. Quand ray eu de bien près regardé aux formes des pierres, day trouué que nulle d'icelles ne peut prendre forme de coquille ny d'autre animal, si l'animal mesme n'a basti sa forme : parquoy te faut croire qu'il y a eu iusques au plus haut des montaignes des poissons armez et autres, qui se sont engendrez dedans certains cassars ou réceptacles d’eau, laquelle eau meslée de terre et d’vn sel congelatif et gene-
ralf, le tout s'est reduit en pierre auec l’armure du poisson, laquelle est demeurée en sa forme. »...... P. 280 : « Enfm l'ay trouvé plus d’especes de poissons ou coquilles d'iceux, petrifiées en terre, que non pas des genres modernes, qui habitent en la mer Oceane. Et combien que r'aye trouué des coquilles petrifiées d'huistres, sourdons, auaillons, iables, moucles, d'alles, couteleux, petoncles, chastaignes de mer, escrevices, burgaulx, et de toutes especes de limaces, qui habitent en ladite mer Oceane, si est-ce que l'en ay trouué en plusieurs lieux, tant és terres douces de Xaintonge que des Ardennes, et au pays de Champagne d’aucunes especes, desquelles le genre est hors de nostre connoissance, et ne s'en trouue point qui ne soyent lapidifiées. »
Répondant à son interlocuteur Théorique sur l'emploi d'une
tarière pour atteindre au-dessous du sol la marne destinée à amender les terres, Palissy où Practique ajoute (p. 341) :
Toutesfois en plusieurs lieux les pierres sont fort tendres et singulierement quand elles sont encores en la terre : parquoy me semble que vne tariere torciere les perceroit aisément, et apres la torciere on pourroit mettre l'autre tariere, et par tel moyen on pourroit trouuer des terres de marne, voire des eaux pour faire puits, laquelle bien souuent pourroit monter plus haut que le lieu où la pointe de la tariere les aura trouuées : et cela se pourra faire moyennant qu'elles viennent de plus haut que le fond du trou que tu auras fait. »
… Nous sçauons qu'en plusieurs lieux les terres sont faites
par diuers bans, et en les fossoyant on trouue quelquesfois vn ban de terre, vn autre de sable, vn autre de pierre, et un autre de terre argileuse : et communement les terres sont ainsi faites par bans distinguez. le ne te donneray qu'vn exemple pour te seruir de tout ce que ie t'en sçaurois 1amais dire : regarde les minieres des terres argileuses qui sont près de Paris, entre la bourgade d'Auteuil et Chaïliot, et tu verras que pour trouuer la terre d'argile, il faut premierement oster vne grande espesseur de terre, vne autre espesseur de grauier, et puis après on trouue vne autre espesseur
« de terre d'argile, de laquelle l’on fait toute la tuille de Paris « et lieux circonuoisins. »
L'annotateur de cette édition des Œuvres de Palissy ajoute avec toute raison (p. 341, nota) : « Le système du sondage « des terres, la théorie de la stratification du sol, l'idée primi- « tive, et nous ajouterons le principe de physique sur lequel « reposent les puits artésiens, c'est-à-dire les principaux élé- «ments de la géologie sédimentaire, se trouvent réunis dans « ces deux pages. C'était la première fois que ces idées étaient « exprimées théoriquement en même temps qu'elles étaient « démontrées par la pratique. » Mais ces résultats d'une haute importance avaient si peu pénétré dans l'esprit des hommes qui s’occupaient de géologie, qu'ils n'étaient pomt encore professés en France au commencement du xix° siècle, dans les chaires spéciales consacrées à cette science.
Après cette première lueur jetée sur les phénomènes de la nature par un de ces esprits que Montaigne appelait primesautiers, il s'écoule plus d’un siècle avant que nous trouvions à signaler quelques recherches qui nous mtéressent, et c’est pendant ce siècle que Lister, Lhwyd, Woodward, F. Colonna, Sténon, Scilla, Aldrovande, Gesner, Langius, Leibnitz, Lachmund, Reiskius et tant d’autres, préludaient autour de nous, par des travaux utiles, aux études plus importantes de leurs successeurs. Comment cette période si féconde à d'autres égards et que l'on a chez nous appelée le grand siècle a-t-elle été si stérile en observateurs de la nature et a-t-elle légué à celle qui l'a suivie le soin de remplir cette grande lacune? C’est ce que nous ne rechercherons pas en ce moment, mais ce dont ne peut manquer d'être frappé quiconque étudie Le développement comparatif de l'esprit humain dans ses applications aux diverses sciences, chez divers peuples, à un moment donné de la civilisation générale.
Les pétrifications de Boutonnet, faubourg de Montpellier, avaient bien été signalées par Astruc (1), mais d’une manière
(1) Histoire de la Soc. acad. de Montpellier, vol. I, 17 déc. 1707.— Mém. sur l'hist. naturelle de la province du Languedoc, 1757.
xvin* siccle.
De Réaumur.
peu intelligible aujourd'hui. Suivant l’auteur, la plupart des coquilles de la Méditerranée sont représentées dans ce dépôt abandonné par la mer, dont il constituait l’ancien lit.
Mais, en réalité, c'est le mémoire de Réaumur sur les coquilles marines de quelques cantons de la Touraine (1) qui est venu rouvrir la voie depuis si longtemps fermée. Ces amas de coquilles brisées ou entières, que l’on exploite pour l’amendement des terres, à une faible profondeur au-dessous de la surface du sol, et désignés dans le pays sous le nom de faluns, ont été attribués par l’auteur à leur véritable origine, c’est-à-dire au séjour de la mer dans cette partie du bassin de la Loire.
«Ce doit être encore une chose étonnante, dit Fontenelle, « que le sujet des observations de M. de Réaumur, une masse « de 130,680,000 toises cubes, enfouie sous terre, qui n’est « qu'un amas de coquilles ou de fragments de coquilles, sans « nul mélange de matière étrangère, ni pierre, ni terre, m « sable; jamais, jusqu’à présent, les coquilles fossiles n'ont « paru en si énorme quantité, et jamais, quoiqu'en une quan- « tité beaucoup moindre, elles n'ont paru sans mélange,
«Ce qu'on tire de terre et qui ordinairement n'y est pas à « plus de 8 ou 9 pieds de profondeur, ce ne sont que de petits « fragments de coquilles très-reconnaissables pour en être des « fragments; car ils ont les cannelures très-bien marquées; seu- « lement ils ont perdu leur luisant et leur vernis, comme « presque tous les coquillages qu'on trouve en terre qui « doivent y avoir été longtemps enfouis. » ..... « Quelquefois «il se trouve des coquilles entières. On reconnait les espèces «tant de celles-ci que des fragments un peu gros; quelques- «unes sont comme sur les côtes du Poitou; d’autres appar- « tiennent à des côtes éloignées. Il y a jusqu’à des fragments « de plantes marines pierreuses telles que des Madrépores, des « Champignons de mer, etc... Le canton qui en quelque «endroit qu'on fouille fournit du falun a bien neuf lieues « carrées de surface. On ne perce jamais la minière de falun
(1) Mém. de l'Acad. r des sciences, année 1720, p. 400.
Le
EN
CS
au delà de 20 pieds, mais elles peuvent avoir une profondeur beaucoup plus grande, de sorte que l'évaluation cubique de 130,680,000 toises, basée sur une profondeur de 18 pieds seulement et la lieue de 2,200 toises, serait au minimum. Peut-être l’amas de coquilles est-il de beaucoup plus grand que nous ne l'avons supposé; qu'il soit seulement double, combien la merveille augmente-t-elle!.….. Il faut que la mer ait apporté dans ce lieu-là toutes ces coquilles, soit entières, soit quelques-unes déjà brisées; et, comme elle les apportait flottantes, elles étaient posées sur le plat et horizontalement. … Il paraît assez par là qu'elles n'ont pu être apportées que successivement; et, en effet, comment la mer voitureraitelle tout à la fois une si prodigieuse quantité de coquilles et toutes dans une position horizontale? Elles ont dû s’assembler dans un même lieu et par conséquent ce lieu a été le fond d'un golfe ou une espèce de bassin. »
« Toutes ces réflexions prouvent, continue le secrétaire de l'Académie, que quoiqu'il ait dû rester et qu'il reste effectivement sur la terre beaucoup de vestiges du déluge universel rapporté par l'Écriture sainte, ce n’est point ce déluge qui a produit l'amas des coquilles de la Touraine... Elles ont dû être apportées et déposées doucement, lentement et par conséquent en un temps beaucoup plus long qu'une année. Il faut donc, ou qu'avant, ou qu'après le déluge la surface de la terre ait élé, du moins en quelques endroits, bien différemment disposée de ce qu'elle est aujourd'hui, que les mers et les continents y aient eu un autre arrangement, et qu'enfin il y ait eu un grand golfe au milieu de la Touraine.
« M. de Réaumur imagine comment ce golfe tenait à l'Océan, et quel était le courant qui y charriait les coquilles; mais ce n’est qu'une simple conjecture, ajoute Fontenelle, donnée pour tenir lieu du fait véritable inconnu, qui sera toujours quelque chose d’approchant.»
Aujourd’hui on trouverait au moins fort bizarrele moyen ima-
giné par de Réaumur pour faire arriver l'Océan dans la vallée de la Loire, ou du moins un courant qui aurait transporté et
accumulé ces débris de coquilles dans une dépression du sol. Au lieu de faire remonter la mer en suivant la vallée actuelle, ce qui semble assez naturel, 1 fait venir de la Manche, entre Dieppe et Montreuil, un courant qui descend au sud en passant par Chaumont, près Gisors, où 1l laisse les coquilles si ahondantes dans cette localité, puis par Paris, pour expliquer l'origine de celles qui remplissent le calcaire grossier. Le courant se dirigeait ensuite par Chartres, où il laissa les oursins siliceux qui dans cepays proviennent de la craie sous-jacente, traversa la Touraine, le Poitou, pour rejomdre la mer entre les Sables-d'Olonne et la Rochelle, abandonnant aux environs de Niort et de Saint-Maixent les cornes d'Ammon, les oursins et les coquilles pétrifiées si fréquentes dans ce pays. Ainsi ce courant imaginaire rendait contemporains des animaux que nous savons aujourd'hui avoir vécu à des époques extrêmement différentes et dont la plus récente est celle de ces mêmes faluns.
Mais la réflexion que le fait suggère à Fontenelle, qui, suivant l’usage d'alors, donnait en tête de chaque volume des Mémoires de l'Académie un résumé succinct, mais toujours substantiel, des travaux présentés dans le cours de l'année, mérite d'être rapportée. « Pour parler sûrement sur cette matière, «il faudrait avoir des espèces de cartes géographiques dressées « selon toutes les manières de coquillages enfouis en terre. « Quelle quantité d'observations ne faudrait-il pas, et quel «temps pour les avoir! Qui sait, cependant, si les sciences « n'iront pas un jour jusque-là, du moins en partie! »
Ainsi, ce que disait Fontenelle en 1720, nous le verrons réalisé juste un siècle après lui, car les cartes géologiques des terrains de sédiment ne sont que la combinaison de cette pensée de l'illustre secrétaire perpétuel avec l'étude stratigraphique du pays. On a vu que, 36 ans auparavant, Lister avait eu l’idée des cartes géologiques, mais 1l n’est pas bien certain que ce fût au même point de vue, et, d'un autre côté, rien ne prouve que Fontenelle songeàt à la succession ou à un certain ordre chronologique dans les cartes qui auraient représenté la distribution
PREUIÈRE PÉRIODE. 265 des différentes sortes de coquillages. Quant à son évaluation du volume des faluns comme au minimum, il avait encore parfaitement raison, lorsqu'on songe au développement de ces dépôts connus aujourd'hui, depuis l'embouchure de la Loire jusqu'aux environs de Blois.
Deux ans auparavant, Antoine de Jussieu (1) étudiait les empreintes de plantes trouvées dans les schistes houillers de Saint- Chamont, entre Saint-Étienne et Rive-de-Gier. Il remarquait la disposition de ces empreintes représentant toujours la même face en creux d’un côté, et en relief de l’autre. I faisait observer, en outre, que tous ces restes de végétaux n'avaient leurs analogues ni aux environs ni même en France, et qu'il fallait, pour les trouver aujourd'hui, aller jusqu'aux Indes ou dans l'Amérique équinoxiale. Fontenelle ajoute que Leibnitz avait fait les mêmes remarques pour des empreintes de plantes fossiles de l'Allemagne.
La présence de ces végétaux aux environs de Lyon était attribuée, par de Jussieu, à un flot de la mer des Indes ou du nouveau monde, qui aurait été poussé dans cette direction par quelque grande révolution de la surface de la terre; il aurait apporté ces plantes étrangères et les aurait abandonnées sur des points où les eaux peu profondes se seraient ensuite évaporées.
Lorsque des hommes tels que de Réaumur et de Jussieu se livrent à de pareilles hypothèses, on peut juger quelles étaient les connaissances géologiques et de physique du globe répandues en France au commencement du xvur siècle.
Dans un autre mémoire, le second de ces savants a signalé d'abord l’analogie d'une graine fossile, provenant aussi de Saint-Chamont, avec celle d’un arbre qui vit actuellement aux Indes; puis il a fait connaître des plaques palatales de poissons provenant des terrains des environs de Montpellier (2). Enfin on doit encore à de Jussieu un travail sur l’origine et la formation
(1) Mém. de l’Acad. roy. des sciences, p. 5 et 287, 1718. (2) Tbid:, 172 , p. 69.
A. de Jussieu, Boulanger, Sauvage, ete.
des cornes d’Ammon (1), qu'il regarde comme des espèces analogues au Nautile des Indes (N. pompilius Lam.), et qui se sont pétrifiées dans les roches. Il dit qu'on peut déjà en distinguer plus de 400 espèces, sans compter les variétés; et nous avons vu, en effet, précisément dans le même temps, Scheuchzer en caractériser 140. Le secrétaire de l’Académie, en mentionnant ce mémoire, rappelle que, d'après Pline, Solinus et d'autres auteurs latins, ces pétrifications étaient ainsi nommées parce qu'elles venaient de la Libye, où la statue de Jupiter Ammon, qu’on y adorait, portait des cornes de bélier auxquelles ressemblent ces pétrifications; mais nous avons fait voir que l’origine de cette étymologie ne reposait encore sur aucune base certaine. De Jussieu a également signalé des restes d'Hippopotame non loin de Montpellier, dans un endroit appelé la Mosson. Avant de nous occuper des auteurs les plus marquants du milieu de ce siècle, nous grouperons ici quelques publications qui, de 1720 à 1770, ont plus ou moins attiré l'attention des naturalistes; les unes se distinguent par l’étrangeté des idées, les autres, en traitant de sujets assez bornés, sont dépourvues de caractères particuliers et n'offrent qu'un faible intérêt. Boulanger (2), qui avait observé, surtout au point de vue de l'ingénieur, le cours de la Marne et son bassin hydrographique, prenait les oolithes, si fréquentes dans certains calcaires jurassiques de ce pays, pour des œufs ou germes de coquillages, et confondait avec elles de véritables rhizopodes, telles que les Miliolithes du calcaire grossier des environs de Paris. Bien qu'il ait examiné fort en détail tout le pays compris entre Langres et la capitale, signalé les principales couches de roches et remarqué même les fossiles en place, on n’aperçoit dans son travail aucune idée de succession stratigraphique et encore moins de distinction des fossiles relativement à ces diverses couches. Nous avons déjà parlé de L. Bourguet (antè, p. 59), qui,
(1) Mém. de l'Acad. r. des sciences. p. 236, 1722. — Ibid, 1724. (2) Mélanges d'hist. naturelle d'AMéon Bu, vol. I, p. 141, 1765. (Le mém. aurait été écrit en 1745 et 46.)
PRENIÈRE PÉRIODE. 265 bien que né en France, s'était plus particulièrement occupé de l’histoire naturelle de la Suisse, où il résidait, ct avait ajouté à son Traité des pétrifications un chapitre bibliographique assez étendu et l'indication de toutes les localités connues alors, où des fossiles avaient été observés.
L'abbé Sauvage (1) nous parait être le premier qui ait décrit et fait représenter une coquille de rudistes bien caractérisée (Radiolites Sauvagesi, d'Orb.) et constituant par son abondance une couche aux environs d'Uzès, sur les pentes des Cévennes. Cette circonstance a été omise par la plupart des auteurs, qui, dans ces derniers temps, ont prétendu donner des monographies complètes de ces fossiles.
* Suivant un article de Desmarest inséré dans l'Encyclopédie méthodique le chimiste Rouelle, professeur au Jardm des Plantes, faisait précéder son cours par une exposition des caractères des minéraux, et, à cette occasion, développait certaines idées sur la théorie de la terre et la composition de sa surface. Il y distinguait l’ancienne terre et la nouvelle terre : la première comprenant les roches granitiques massives; la seconde, un ensemble de lits et de bancs calcaires, argileux, marneux et sableux, déposés horizontalement et formés de débris organiques. Ceux-ci seraient distribués d'après un certain ordre, et leurs espèces différeraient suivant les pays, comme on l'observe encore dans les mers actuelles, I'indiquait par le nom d'amas la réunion ou l'association de certaines coquilles. Ainsi, 1 disait l'amas des Vis (comprenant sous cctte dénomination les Turritelles, les Cérites, etc.), qui était particulièrement répandu aux environs de Paris, depuis Chaumont, à l'ouest, jusqu'à Courtagnon, près Reims, à l'est. L’amas des Ammonites, des Bélemnites et des Gryplhites s'étendait dans la Bourgogne, le long de l'ancienne terre du Morvan. Rouelle avait, sur l'origine de la houille, des idées justes, mais émises depuis longtemps; 1l n’a rien fait, d'ailleurs, de particulier pour la connaissance des fossiles, ef n’a laissé aucun écrit. Ce que nous savons de sa géologie
(1) Mém. de l'acad. r. des sciences, 1746.
B, de Maillet.
nous à été transmis par Desmarest, qui paraît avoir été un de ses élèves, et dont la partialité si manifeste envers un de ses contemporains, dont nous parlerons tout à l'heure, pourrait bien avoir été trop favorable au contraire pour son maître,
Benoît de Maillet, qui avait séjourné longtemps en Égypte et fait plusieurs voyages dans le Levant comme consul général, fit imprimer, en 4755, un ouvrage qui ne parut qu’en 1748, intitulé Telliamed (anagramme de son nom), ou Entretiens d'un philosophe indien avec un missionnaire français sur la diminution de la mer, la formation de la terre, l'origine de l'homme, ete. (1). I le dédia à Cyrano de Bergerac, auteur du Voyage imaginaire dans le soleil et dans la lune. « C’est à «vous, illustre Cyrano, dit-il, que j'adresse mon ouvrage : « puis-je choisir un plus digne protecteur de toutes les folies « qu'il renferme? Extravaguer pour extravaguer, on peut « extravaguer dans la mer comme dans le soleil ou dans la « lune, » etc.
Un auteur qui débute ainsi ne peut pas être jugé bien sévèrement; ce serait lui attribuer une importance à laquelle 1l ne semble pas prétendre; la critique est désarmée devant cet aveu et n'a point de prise sur un ouvrage où ce qui est sérieux doit cependant être signalé, si ce qui ne l’est pas échappe à la dis- CUSSION.
Une préface bien pensée expose le sujet avec simphieité et s'attache à justifier plusieurs points de vue, entre autres ceux qui pourraient se trouver en contradiction avec une fausse Interprétation littérale de la Bible. C'est ainsi que l’auteur dit (p. clij) : «Mais il est constant par la Genèse que le soleil ne fut « créé que le quatrième jour, et que, par conséquent, on ne « pouvait auparavant compter ni Jours ni nuits; d'où l’on peut « conclure que ce terme de jours n’est employé en cet endroit « qu'improprement, métaphoriquement, et pour signifier la
(4) Mis en ordre sur les Mémoires de feu M. de Maillet, par J. À. G*** (Guer), 2 vol. in-8. Amsterdam, 1748. — Ed. IF. La Haye, 1755.
PREMIÈRE PÉRIODE. 267 « succession avec laquelle l'Intelligence supérieure exécuta les « différents ouvrages dont il y est parlé. »
On peut reconnaitre, dans Telliamed, deux parties distinctes : l'une comprenant l'observation exacte de certains faits et les réflexions naturelles qu'ils suggèrent; l'autre des renseignements vagues, douteux ou tout à fait faux, servant de point de départ aux hypothèses les plus étranges. La première, qui aurait dû seule fixer l'attention, est précisément celle qui a été négligée, tandis que la seconde a échappé à l'oubli, demeurant comme un exemple souvent cité de conception bizarre ou originale. Le retentissement du livre, lors de son apparition, est dû à cette partie purement hypothétique, à laquelle l'auteur faisait sans doute allusion dans sa dédicace.
L'ouvrage est divisé en six entretiens ou journées, rapportés aux années 4715 et 1716 (1). Or, ce qui nous semble mériter d'être rappelé ici se trouve compris dans les trois premiers entretiens; les autres, qui ont fait la fortune de Telliamed, sont précisément ceux sur lesquels nous croyons imutile d’insister.
L'idée fondamentale de de Mallet, le grand fait d’où 1l déduit la formation des terrains, celle des continents et des îles, le développement successif des végétaux et des animaux, c’est l’existence, qu'il croit avoir démontrée, des eaux de la mer ayant enveloppé tout le globe à son origine, puis ayant diminué peu à peu jusqu'à leur état actuel. Tout est subordonné à ce résultat qui, par une coïncidence singulière, n’est autre que celui qu'admettaient les prêtres égyptiens trois mille ans avant qu'il ne vint puiser ses inspirations dans cette même vallée du Nil. Il procède d’ailleurs, dans ses recherches, avec beaucoup d'ordre et de méthode, ce qui était assez rare alors.
Avant observé que les pierres éloignées de la mer, comme celles qui en sont Le plus rapprochées, avaient le même aspect ct les mêmes caractères; qu'on y rencontrait partout, à toutes Îles hauteurs, des coquilles pétrifiées et différentes les unes des
(1) I n'est pas inutile de rappeler cette date, qui est sans doute celle à laquelle de Maillet écrivait.
autres; que les pierres dans les carrières étaient de diverses couleurs et de diverses natures, de dureté et de qualité variables; qu’elles étaient disposées par lits au-dessus les unes des autres, il en conelut que le tout a été formé dans la mer, non pas en même temps, mais successivement, dans l’ordre où l'on voit chaque pierre, et que, par conséquent, la mer avait dû se retirer de plus en plus pour les laisser toutes à sec.
Pour s'assurer de ce premier fait, de Maillet étudie avec som les côtes, la manière dont les dépôts s’y forment, et cherche même à se rendre compte des caractères de ceux qui sont à une plus ou moins grande profondeur. Il examine l’action des courants marins, celle des fleuves et des rivières qui ont des bancs ou des barres à leur embouchure, puis l'influence que peut avoir la forme de la plage ouverte ou resserrée, à pentes rapides et escarpées, ou très-plate, vaseuse, sableuse, caillouteuse, unie ou accidentée, sur la composition, la disposition, la hauteur, l'étendue et la direction des dépôts. Il reconnait alors la plus srande analogie entre les caractères des roches dans les montagnes, les collines et les vallées, et ce qui se passe encore sous la mer et sur ses bords.
« Le nombre prodigieux de coquillages de mer de toute «espèce, dit-il (p. 28), cimentés à l'extérieur de l’une et « l'autre de ces congélations, depuis les bords de la mer Jjus- «qu'au plus haut de nos montagnes, ainsi qu'on le remarque « à ses rivages et dans les lieux qui en sont voisins, ne lui parut « pas une preuve moins convaincante de leur fabrication dans « le sein de celle où ces poissons naissent, vivent et meurent (1). « Des banes considérables d'Huitres qu'il rencontra sur cer- « taines collines, d’autres qui lui parurent insérés dans la sub- « stance même des montagnes, des monts entiers de coquillages
(1) H ne faut pas oublier que Telliamed est le résultat supposé des entretiens de l’auteur avec un voyageur indien dont il reproduit la conversation. Il avait sans doute, pour présenter ses idées sous cette forme et sous un pseudonyme, les mêmes motifs que beaucoup de ses contemporains et de ses prédécesseurs.
PREMIÈRE PÉRIODE. 269 « placés sur le sommet et au milieu d’autres collines de pierre « ordinaire, des vallées qui en étaient presque entièrement se- « mées à la hauteur de plusieurs pieds, des coquillages de mer « sans nombre sortant de la substance des montagnes que le « temps avait minées, tant de corps marins qui s'offratent à ses « veux de toutes parts lui représentaient la juste mage de ce « qu'il avait observé dans le sein de la mer même. C'était pour « lui une démonstration si forte de l'origine de nos terrains, « qu'il lui semblait étonnant que tous les hommes n'en fussent « pas COnvaincus. »
L'auteur passe ensuite à la formation des poudingues, lelong des côtes couvertes de cailloux et de sable, et il en signale de semblables dans des collines élevées, où ils ont dû être formés par la même cause. Il cite, à ce sujet, les environs immédiats de Marseille, et distingue très-bien les dépôts de cailloux stratifiés de ceux apportés par les cours d'eau plus récents. Il s’oceupe des marbres brèches et de leur origine; leur mode de formation et celui des marbres veinés est assez bien compris; 1l en est de même de la coloration des veines calcaires et des autres roches de diverses teintes; mais la cause de la couleur verte de certames pierres, attribuée à des herbes qui auraient été enveloppées dans la pâte, ne prouve pas des connaissances minéralogiques bien étendues. Il remarque (p. 51) que, parmi les coquillages sans nombre qu'on observe dans les couches, les uns sont connus et les autres ne le sont pas, ou se rencontrent très-rarement sur les côtes actuelles voisines. Les cornes d'Ammon, par exemple, n'existent pas dans la mer et ne se trouvent que dans les parties les plus profondes du sol, tandis que les coquillages fréquents le long de nos plages se montrent dans des couches plus rapprochées de la surface, établissant ainsi la postériorité des secondes par rapport aux premières.
Des recherches et des comparaisons que de Maillet fit ensuite dans les escarpements des montagnes, dans les carrières, dans le creusement des puits, comme de tous les renseignements dont il s'était entouré, il conclut (p. 64) « que toutes les mon- « tagnes et tous les terrains de ce globe ne sont originairement
que sable ou pierre; que la pierre est composée, ou de sable durei ou de vase, où d’un mélange de l'un et de l’autre, ou faite d'argile et de ces autres dépôts des eaux de la mer qui se trouvent encore dans son sein; que la diversité de couleur dans les pierres procède de la diversité du grain et de celle des matières qui sont entrées dans cette pétrilication; que toutes les montagnes primitives, même celles de sable dur non pétrifié, sont composées de lits arrangés les uns au-dessus des autres, presque toujours horizontalement, plus épais ou plus minces, et d’une couleur ou d’une dureté souvent inégales, ce qui ne peut provenir que d'un arrangement successif des diverses matières dont ces amas sont formés; que ces arrangements ont lieu du sommet des plus hautes montagnes jusqu’au plus profond de leurs abimes et jusqu'à ce qu'on arrive à l'eau…; qu'il n’est pas possible d'imaginer que l’arrangement de ces matières, diverses en qualité, en substance, en couleur et en dureté, ait pu se faire autrement que dans le sein de la mer, et par les différentes matières dont les eaux se sont trouvées chargées durant tout le temps nécessaire à la fabrication de ces amas prodigieux...; que, pour preuve de cette vérité, la mer continue encore aujourd’hui dans son fond le même travail; que dans l'éloignement de ses rivages on retrouve le même arrangement par lits de diverses matières non encore endurcies, et que l’on rencontre aussi sur les côtes des amas de ces mêmes matières, qui sont employées dans les pétrifications collées à la superficie de toutes les grandes montagnes, » etc.
L'auteur admet que la mer s’est élevée fort au-dessus de ces
dernières, mais qu'alors elle ne renfermait pas encore d'êtres
organisés, parce qu'on n’en rencontre pas de traces dans les hautes montagnes primitives. C'est dans celles qui se formèrent après le premier abaissement des eaux, sur les pentes des précédentes, que les plantes d'abord, puis les poissons et les coquillages, vécurent au milieu des débris et des accumulations de sable, de vases et autres matériaux provenant de la destruction des roches anciennes, et ainsi se succédèrent les diverses.
couches qui ensevelissaient au fur et à mesure les animaux que ces mers nourrissaient.
(P. 76.) Les preuves que rapporte de Maillet dans le second entretien sont prises, sans qu'il s’en aperçoive, dans un ordre de faits différent. Ce sont les restes d'industrie humaine, supposés trouvés dans des bancs de roches réguliers, des débris de squelettes humains recueillis dans des circonstances analogues, des os d’une race de géants (1), ete., et d’autres données également sans valeur, parce qu'elles n’ont aucun caractère d'authenticité. [l'explique, d'ailleurs, d'une manière fort naturelle, l'hétérogénéité des dépôts sédimentaires, des poudingues, des brèches, des calcaires sableux, des marbres veinés, panachés, ete., dont les parties verdâtres sont toujours pour lui des herbes maritimes.
Après avoir rappelé les observations de de Jussieu sur les empreintes de plantes de Saint-Chamont, il traite des poissons fossiles de la Syrie, provenant de deux localités éloignées de deux journées de marche de la mer, fort élevées au-dessus de son niveau et distantes l’une de l’autre de # ou 5 lieues. Il remarque que les poissons lui ont paru être les mêmes que ceux qu'on pêche encore sur la côte, qu'ils sont posés à plat dans le sens des lits de la pierre, que ces lits sont réguliers et sarmontés d’une infinité d’autres également réguliers.
Lorsque de Mallet observait lui-même, il le faisait avec beaucoup de sagacité, comme on peut en juger par sa description de la couche de minerai de fer de Moyeuvre, dans la vallée de la Moselle, entre Metz et Thionville. Il a constaté sa position stratigraphique par les considérations mêmes que nous employons aujourd’hui. P. 89 : «La veime ou le lit de cette mine, « dit-il, de l'épaisseur à peu près de 6 pieds, non-seulement « s'étend horizontalement sous une de ces montagnes à 2 ou
(1) P. 77: « On en déterra un, dit-il, il y a peu de temps, à Saint-Ange, « terre voisine de Moret, en Gatinais, appartenant à M. de Caumartin. 11 fut « trouvé dans une montagne de marbre; son squelette était de la longueur « de 14 pieds. »
« 3 toises seulement de l'élévation du ruisseau, mais elle court encore à pareille hauteur et de la même épaisseur sous la « montagne opposée et sous toutes les autres qui leur sont
« contiguës, soit qu'elles en soient séparées ou non par de pro- « fondes vallées. Je retrouva la même mine, et à la même hau- «teur, sous les montagnes de la Lorraine allemande, au delà « de la Moselle, et sous d'autres montagnes du Bassigny et des «pays voisins, c'est-à-dire dans l'étendue de plus de 30 lieues. « Il n’y a point de doute que ce lit, si égal, de cette vaste mine, «ne soit un dépôt que les eaux de la mer ont formé en ces « lieux, lorsque toutes les montagnes dont elle est couverte « n'étaient pas même encore commencées. Ce fait est justifié « non-seulement par la vaste étendue de cette mine, dont les « bornes ne sont pas connues, par la qualité et l'épaisseur de « son lit, qui sont les mêmes dans tous les lieux où elle se dé- « couvre, mais encore par le nombre infini de couleuvres de « mer et de coquilles de cornes d’Ammon qu’on trouve pétri- « liées dans cette vase ferrugineuse (1). »
Il cite ensuite d’autres preuves de la répartition universelle des fossiles, tels que le mont Pilate, dans le canton de Lucerne, l’île de Malte, qu'il avait observée à plusieurs reprises, la présence des polypiers ou madrépores recueillis par lui sur divers points, celle des bancs d'Huitres de la Toscane, du Pisan et de diverses autres parties du globe. Sa description de la colline de Sainte-Croix-du-Mont, sur la rive droite de la Garonne, en amont de Bordeaux, et du banc d'Huitres qu’elle renferme, est aussi exacte que celle de la couche de minerai de la Lorraine. Les citations de fossiles en Égypte, sur les bords du Rhin et dans d'autres localités de la France, viennent encore ajouter à la masse des preuves accumulées à l'appui de son hypothèse; aussi dit-1l (p. 106) : « Comment n'être pas persuadé que ce « globe que nous habitons est l'ouvrage de la mer, et qu'il a « été formé dans son sein comme se forment encore sous ses
(1) Comparez, pour l'exactitude de cette description, Hist. des progrès de la géologie, vol. VI, p. 343, 1856.
« eaux de pareilles compositions, ainsi que nous le voyons de « nos propres yeux sur les rivages qui ont peu de profondeur « et comme les plongeurs nous en assurent. »
De Maillet attribue la formation de la plupart des îles de la Méditerranée à l’action combinée des courants cireum-méditerranéens; les vallées et les montagnes aujourd’hui émergées auraient eu une origine analogue, opinion que nous avons vue émise plus tard par de Saussure lors de ses premiers travaux (antè, p. 64 et 76).
Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, de ses contemporains et à bon nombre de ceux qui sont venus après lui, l’auteur de Telliamed nie la possibilité du déluge universel, tel qu'on le comprend ordinairement ; il discute la question avec une entière liberté, et ce n’est pas un des passages les moms remarquables de son livre. Depuis Bernard Palissy nous ne voyons pas qu'elle ait été traitée avec plus de bon sens.
Il rappelle.et interprète à son point de vue la disparition des villes anciennes de la vallée du Nil, et suppose que la mer remontat autrefois dans cette vallée de manière à baigner successivement leurs murs, et cela jusqu'à une grande distance de la côte actuelle du Delta. Pour lui, les roches coquillières des environs des pyramides, du Caire, et probablement la colline de Mokatam, ont été formées alors que le pays était déjà habité sur certains points. Il croit trouver partout des preuves de la diminution de la mer. Cette diminution devant se continuer dans l'avenir, il entrevoit par suite la réunion de la France aux Îles-Britanniques, de l'Espagne à l'Afrique, ete. Des mers intérieures se forment çà et là par la mise à sec de certaines portions de terre qui font encore aujourd'hui partie de l'Océan, Avec l'accroissement des continents, le cours des fleuves et des rivières augmente aussi, et tous les faits con- - nus d'ensablement des côtes, sur celles de la Méditerranée, comme sur celles de l'Océan, concourent encore à prouver le retrait de la mer.
Dans son troisième entretien, il s'attache à évaluer la pro-
portion de cet éloignement, combat les systèmes contraires, et l’on doit reconnaître qu'il y a dans l'ensemble de ses raisonnements et de ses preuves une liaison très-remarquable. Du moment que l’idée du soulèvement des parties solides de l'écorce terrestre ne se présente pas à l'esprit comme une chose possible, les déductions de son système sont très-losiques, si l’on en excepte toutefois la confusion qu'il fait en réunissant des phénomènes de même ordre, mais non contemporains. Îl comprend bien d'ailleurs que la diminution doit se manifester partout en même temps et dans le même rapport, que l'élévation des eaux doit être égale par tout le globe et leur superficie uniforme (p. 175).
De Maillet réfute l'hypothèse des cavernes intérieures dans lesquelles les eaux se seraient englouties, hypothèse purement imaginaire, sur laquelle nous avons vu de Lue renchérir encore 40 ans après, pour bâtir un édifice beaucoup plus compliqué sans être plus solide, qu'il a soutenu pendant un temps à peu près égal et avec une ténacité digne d'une meilleure cause.
« Les histoires qui nous restent, dit plus loin l’auteur de « Telliamed (p. 178), ont si peu d’antiquité, elles sont si « confuses et si incertames, à mesure qu'elles s'éloignent de « nous, qu'il n'est pas étonnant que nous ignorions ce qui «nous à précédé de quelques milliers d'années.» Cette remarque est beaucoup plus juste que ce que nous rapporterons plus loin sur le même sujet, d’après un des grands anatomistes modernes. De Maillet était fort instruit d’ailleurs de tout ce que l’on savait d’après les Anciens. Il avait beaucoup étudié Les phénomènes récents sur le pourtour de la Méditerranée, c’est-à-dire dans les pays mêmes où les traditions et les données historiques sont le mieux conservées.
Le quatrième entretien est consacré à l'examen des différents systèmes sur l’origine et la nature des corps maris trouvés dans l'intérieur des montagnes. De Maillet s'appuie beaucoup sur les observations de Sailla, critique avec toute raison les rêveries de Langius, ete., puis, récapitulant les
faits connus en faveur de la formation des couches dans les eaux de la mer: « Tout enfin, dans la nature, dit-il (p. 52), « nous parle de cette vérité, que nos terrains sont l'ouvrage « de la mer et qu'ils en sont sortis par la diminution de ses « eaux. »
Dans le cinquième entretien l’auteur arrive enfin à la partie la plus difficile de son système, dont tous les éléments étaient bien liés jusque-là, c'est-à-dire aux eauses de la diminution de la mer et aux conséquences de ce système par rapport à l’état passé, présent et futur de l'univers.
Les considérations générales sur l'ignorance où nous sommes du temps que les connaissances acquises par les peuples aneiens ont mis pour se développer sont encore fort justes; mais ensuite, cessant d’être guidé par l'observation et les faits acquis, tout le reste de l'ouvrage n’est plus, sur les divers sujets qu'il traite, qu'une compilation de documents mcomplets, de données fausses, d'erreurs de physique, sur lesquels de Maillet édifie les idées les plus bizarres, les plus obscures ou les déductions les moins justifiées. Ici, c’est à l'astronomie et aux phénomènes cosmiques qu'il à recours pour rendre compte de la diminution des eaux de la mer par suite d’une véritable évaporation qui les élève vers d’autres globes (p. 95), là, c’est l'ortgine des volcans qui est attribuée aux huiles et aux graisses provenant des animaux marins (p. 101). « C'est de ces corps « huileux et combustibles, dit-il, que les montagnes du Vésuve, « de l'Étna, et tant d’autres qui comme elles vomissent des « torrents de feu, sont farcies dans leurs entrailles. » Nous ne nous arréterons point davantage à de pareilles idées, qui sortent du domaine de la science, non plus qu'à celles qui se rapportent aux destinées de la terre, du soleil, des comêtes et des étoiles, où l'imagination de l’auteur va se perdre avec celle de son ami Cyrano.
Nous n’insisterons pas davantage sur le sixième entretien de Telliamed, celui où il traite de l’origine de l'homme et des animaux et de la propagation de l'espèce par les semences. C'est celui qui par son étrangeté, parce qu'il se rattache à
une question qui nous touche de plus près, parce que l’idée fondamentale qu'il développe a été reprise depuis par un z00logiste éminent, et se retrouve encore au fond de beaucoup d'ouvrages modernes plus où moins philosophiques, c’est cet entretien, disons-nous, qui à valu à l’auteur tou'e sa célébrité.
Les animaux et les végétaux marins, laissés à sec par le retrait de la mer, se seraient transformés, suivant lui, en animaux et végétaux terrestres par la seule nécessité de s’accommoder au nouveau milieu dans lequel cette circonstance, prévue où imprévue du Créateur, de Mallet ne le dit pas, les a obligés de vivre. Telle est la pensée que l’auteur cherche à appuyer par des raisonnements, des preuves et des exemples tous plus ou moins contestables.
Mais si, laissant de côté cette partie fantaisiste de son livre, à laquelle, nous en sommes convaincu par son propre aveu, il n’accordait aucune importance réelle, nous ne considérons que les quatre premiers entretiens, nous trouverons que Telliamed vaut mieux que sa réputation, qu'il y a dans ses recherches, dans la suite et l'arrangement des faits, beaucoup plus d’entente d’un véritable système que dans la plupart des ouvrages de son temps; mais aussi, comme dans tous les livres où l'imagination finit par l'emporter sur l'observation et l'expérience, celui dont nous venons d'essayer de reproduire les points les plus importants commence avec toute la sévérité des méthodes scientifiques, pour se terminer par les conceptions les plus dénuées de vraisemblance.
De Luc (1), après avoir examiné le système de Le Catt (2), suivant lequel toutes les matières du globe se sont arrangées dans l'ordre de leur pesanteur spécifique, de manière que l’eau est la dernière couche qui ait environné tout le globe, de Luc, disonsnous, étudie avec un soin particulier l'ouvrage de de Mallet, et, bien qu'il ne l’apprécie pas au même point de vue que nous, 1l lui rend cependant plus de justice que la plupart des écrivains
(1) Lettres physiques el moraies, vol. I, 5° part., p. 269, 1779. (2) Magasin français, juillet 1750.
qui en ont parlé. «M. de Maillet, dit-il en terminant celte longue analyse (p. 385), me paraît avoir bâti son système «sur plus de vérités de fait et plus de principes de physique « reconnus qu'aucun de ceux qui, comme lui, se sont embar- « qués dans la recherche d'une origine du monde, unique- « ment due à des combinaisons de la matière. Ce qu'il a
«bien vu en cosmographie est entré dans notre provision de «faits; ce qu'il a mal vu, détruit par des faits, m'a conduit « à les faire connaître, et ses erreurs sur l'origine de ce qui « & vie nous ont donné occasion d'apercevoir combien, sur ce « point, l'histoire naturelle et la physique sont impuissantes, » Ï est certain qu'en faisant intervenir une puissance surnuturelle dans la question, comme on a vu que le faisait de Lue, on se dispense de tout effort d'imagination et l'on n'a pas besoin de chercher l'origme des animaux et des végétaux terrestres dans une transformation des espèces aquatiques laissées à sec par l'éloignement de la mer.
Ces dernières vues de de Mallet sont d’ailleurs, comme celles qu'émit J. Robinet dans ses Considérations philosophiques sur la gradation naturelle des formes de l'être, où le but général de la nature aurait été la tendance vers l’homme, manifestée par des produits qui lui ressemblaient de plus en plus, ces vues, disons-nous, sont celles que reproduisit, soixante ans après, de Lamarck, dans sa Philosophie zoologique, en y ajoutant tout ce que les progrès de la science et ses études personnelles pouvaient avoir de confirmatif à leur égard. Elles sont d'ailleurs tout autant du domaine de l'anthropologie spéculative que de celui de la paléozoologie positive, et, quant à cette dernière, plus elle s'agrandit, plus elle vient combler de lacunes dans la série des êtres, et moins elle justifie ces idées de transformations des types, vers lesquelles beaucoup de personnes manifestent aujourd’hui encore une certaine tendance.
Avant de nous occuper des travaux de deux naturalistes qui tiennent, mais à des Utres différents, une grande place dans l’histoire de la science pendant le second tiers du xvwin° siècle, nous devons mentionner quelques recherches, qui, pour être
Auteur:
divers du miheu du xvn siècle.
peu importantes par elles-mêmes, prouvent cependant que le goût de l'observation commençait à se répandre chez nous, quoique assez tardivement. Nous commencerons par celles qui se rapportent au sud de la France, et nous examinerons ensuite celles qui sont relatives au centre et au nord du même pays.
La comparaison des dents de poissons pétrifiés avec les dents des espèces vivantes a été essayée par Rivière (1); le père Castel a donné une dissertation sur les pierres figurées que l’on trouve à Saint-Chamont, dans le Lyonnais, et dans d’autres endroits; 1l a parlé aussi des coquillages et des autres vestiges laissés par la mer (2). Trembley s’est occupé des fossiles des montagnes qui séparent la Provence du Piémont (5); Alléon Dulac, dans ses Mémoires pour servir à l'histoire naturelle du Lyonnais, du Forez et du Beaujolais (4), a consacré le second volume presque en entier à la minéralogie et une note particulière aux fossiles de ce pays.
Près de Vienne, une dent fossile, trouvée en 1775, a été reconnue depuis pour avoir appartenu à un Mastodonte (5), et l’on doit à Gendon un catalogue assez détaillé des fossiles du Dauphiné avec l'indication des localités où ils ont été recueillis (6). Aux environs de Montpellier, Joubert (7) a signalé, de plus que son prédécesseur Astruc, des restes nombreux de poissons (dents de Lamma, de Squales, plaques palatales, ete.), mais 1l pense aussi que le territoire qui entoure ectte ville n'a été formé que par les atterrissements de l'embouchure du Rhône. Il cite une grande Huître comme ayant son analogue en Amérique ; c'est l'O. crassissima, Lam., voisine en effet de l'O. virgimica. Près du village d'Aubaï, au sud-est de Sommières (Gard), Amo-
(1) Mém. de l'acad. r. de Montpellier, vol.1. — Récréat. minér., vol. V, : 9) Mém. de Trévoux, juin 1722, p. 1089.
3) Transact. philos , 1757.
4) 2 vol. in-12, Lyon, 1765.
>) Journal de physique, vol. E, p. 135, pl. 1, fig. 1, 2; 1775. 6) Affiches du Dauphiné, mai et juin 1775.
7) Acad. r.de Montpellier, séance publique du 30 déc. 1757, p. 17.
reux (1) a fait connaître l'existence de nombreux polypiers, d'échinides, d’acéphales et d’autres fossiles, mais sans aucuns détails circonstanciés. L'abbé Boissier de Sauvages a publié plusieurs mémoires sur les pétrifications des environs d’Alais (2). … Quant au mémoire de la Faille sur les pierres figurées du pays d’Aunis (5), il est absolument sans valeur, et, d'un autre côté, nous ignorons ce que contenaient les Mémoires sur les coquillages fossiles, les oursins, etc.;, trouvés dans les carrières de Léognan, près Bordeaux, sur les coquillages fossiles de Saucats, par M. de Baritault, sur le banc de coquillages de la côte de Sainte-Croix du Mont, au sud de Bordeaux, lu à l'académie de cette ville, le 25 août 1718, par Sarrau de Boynet, mémoires qui, suivant Hérissant (4), paraissent être restés inédits. Pasumot a décrit une dent d'Eléphant trouvée dans l'Yonne, près d'Auxerre (5), et publié une note (6) sur un nouveau fossile qu'il classe parmi les Poulettes et qu'il désigne sous le nom de Rostroite. Gette coquille, qu'il avait recueillie dans le Nivernais entre Sant-Révérien et Arsart, est celle qui a été désignée par L. de Buch en 1833 sous le nom de Terebratula ringens. Buc'Hoz a publié, en 1769, un ouvrage intitulé : Vallerius Lotaringiæ, ou Catalogue des mines, terres, fossiles et cailloux qu'on trouve dans la Lorraine et les trois évèêchés, extrait du Dictionnaire de toutes les mines, terres, fossiles, etc., de France. De Servières a décrit une dent d'Éléphant rencontrée dans le lit de la Moselle à Pont-à-Mousson (7), et le voyage exécuté de Bruxelles à Lausanne, en traversant une parte du pays de Luxembourg, de la Lorraine, de la Champagne et de la
(1) Journal de physique de l'abbé Rosier, vol. XXIL, p. 350; 1785.
(2) Méin. de l'acad. r. des sciences, 1745, p. 407-596. — Mém. de l’acad. de Montpellier, vol. I, p. 11.
(3) Mercure, n° d’oct. 1754, p. 13. — Mélanges d'histoire naturelle d’Alléon Dulac, vol. I, p. 504; 1765.
(4) Bibliothèque physique de la France, p. 152 et 381, in-8. Paris, 1771.
(>) Journ. de phys., vol. II, p. 417; 1775.
(6) Ibid., vol. V, p. 434; 1775.
(7) Ibid., vol. XIV, p. 525; 1779.
Franche-Comté, renferment des détails minéralogiques qui pourraient encore être consultés (1). Pour le versant oriental des Vosges, Schœpflin (2) avait rassemblé d'assez nombreux matériaux.
Musard; dans sa lettre à M. Jallabert (3), prend des rhizopodes et surtout les Miliolites du calcaire grossier pour des œufs de poissons; mais 1l constate, par un examen assez attentif de toutes les roches calcaires du pays, que la constitution des couches de la terre doit beaucoup plus qu'on ne le croit généralement à l’action des forces organiques. Boulanger (4), dont nous avons parlé ci-dessus, croyait au contraire que les oolithes dont les calcaires de Chevillon et de Savonières, entre Joinville et Saint-Dizier, sont remplis, étaient des germes de mollusques dont il trouvait qu'il devait y avoir 46 milliards par toise cube de pierre, Il les confondait aussi, comme on l'a vu, avec les Miliolites.
On doit à J. d'Ortous de Mairan (5) quelques remarques sur les pétrifications trouvées à Breuilpont, à l'abbé Jacquin (6) une note sur les pétrifications d'Albert, en Picardie, qui constituent une masse de végétaux encroûtés de carbonate de chaux; à Wartel (7), une autre note sur les minéraux, les pierres et les pétrifications de l’Artois, et, à un anonyme, un Mémoire sur quelques fossiles de cette même province (8). L'abbé Dicquemarre s’est occupé de décrire plusieurs espèces de coquilles fossiles et particulièrement des Ammonites, (9) et, sous le nom d'Ostéolithes, il a fait connaître des débris de reptiles sauriens {probablement d'Ichthyosaures) provenant des argiles du cap
(1) Jbid, vol. XXI, p. 240; 1783.
(2) Voy. Alsatia illustrata, ete., S. XV. — Trad. allem,, Magaz. de Hambourg, vol. VIE, p. 464.
(3) Mélanges d'hist. naturelle d’Alléon Dulac, vol. [, p. 255; 1765.
(4) Ibid., p. 241. — La lettre du même auteur, sur les terrains de la vallée de la Marne, rédigée en 1745 et 1746, est insérée 101.
() Mém. de l'Acad. r. des sciences, Histome, p. 21; 1721. |
(6) Mercure, jum 755.—Juillet, id., p.113.—Décembre, 1d., p. 168; 1d., 1757, p.109.—Mélanges d'hist. nat. d'Alléon Dulac, vol. Il, p.171 et A7.
(7) Soc. littéraire d'Arras, 27 mars 1760.
(8) Mém. sur quelques fossiles de à Arloïs, in-12, 1769.
(9) Journal de physique, vol. V, p. 455; 1775.
la Hève, près du Havre, et de celles des Vaches-Noires, sur la côte du Calvados (1). De Robien, à la suite de son ouvrage intitulé : Nouvelles idées sur la formation des fossiles (2), s’est occupé de trois différentes espèces de pierres figurées qui se trouvent en Bretagne.
Si nous nous rapprochons de Paris, nous trouverons les coquilles fossiles des environs de Beauvais, signalées dans une lettre adressée au Mercure de France (3), ainsi que dans une seconde lettre du même mois. De Lassone, dans ses Observations d'histoirenaturelle faites aux environs de Compiègne (4), a traité presque exclusivement des pierres Numismales ou lenliculaires qu'on trouve abondamment au nord de la ville, autour de Pierrefonds et de Rethenil, mais sans donner une idée bien nette de leurs gisements. Il ne distingue pas même celles des banes calcaires de celles des sables sous-jacents. Il décrit cependant séparément, sous le nom local de cran ou cron, la craie qui borde l'Oise en face de Compiègne. Les Nummulites de Noyon et de Soissons avaient été mentionnées aussi quelque temps auparavant (5). Les grès de la forêt de Fontainebleau ont été le sujet d'un second travail de Lassone (6), dans lequel il décrit leurs caractères minéralogiques, leur disposition en bancs interrompus ou en grands rogons compris dans la partie supérieure de la masse de sable,
Toutes ces observations, que nous avons dû rappeler malgré leur peu d'intérêt, prouvent combien était juste la remarque de Bourguet. A ces nombreuses iconographies paléontologiques de l'Allemagne, de la Suisse et de l’Angleterre, à ces nombreux musées d'histoire naturelle illustrés en Italie, la France, malgré les richesses de son sol, n'avait encore rien à opposer, et le poème d’un religieux bénédic-
1) Journal de physique, vol. VIE, p. 406; 1776.
2) In-12. Paris, 1751.
) Juin 1748, p. 49 et 69.
à) Mém. de l'Acad. r. des sciences, ATTA, p. 21 et 79. 5) Mémoires de l'Acad. de Soissons, vol. I.
6) Mém. de l'Acad. r. des sciences, 1114.
tin (1), consacré à l'éloge des curiosités naturelles que madame de Courtagnon avait recueillies aux environs de Reims, et principalement dans son domaine, vient couronner dignement ces productions sans caractère et dont nous aurions pu augmenter encore le nombre, en puisant d’autres citations dans la Bibliothèque physique d'Hérissant (2).
Cependant quelques travaux un peu plus généraux et plus importants commençaient à se faire jour. Ainsi le Dictionnaire universel des fossiles propres et des fossiles accidentels, de Élie Bertrand (5), est un livre utile et bon pour l'époque. Il est écrit dans l'esprit du Nomenclator lapidum figwratorum, de Scheuchzer, dont Klein avait donné une seconde édition (4), mais il est plus étendu et plus complet. On y trouve beaucoup de documents instructifs sur l'histoire des corps inorganiques et organiques, aux points de vue pétrographique, minéralogique et paléontologique.
En 1791, Dezallier d'Argenville donna le Catalogue des fossiles de toutes les provinces de France (5), traduit quelques années après et complété dans son Histoire naturelle éclaireie dans une de ses parties principales, l'Oryctolcgie (6), ouvrage dont les planches représentent des roches, des minéraux, des concrétions, des dendrites et divers corps organisés fossiles, mais sans aucune donnée zoologique, ni de gisement. L'énumération par province des localités où ont été rencontrés les roches, les minéraux etles fossiles, ajoute sous le rapport de ces derniers à ce que contenait déjà le tableau de Bourguet. De son côté, Hellot, dans son Essai sur les mines ou état des mines du royaume, distribué par provinces (1), a donné une description
1) D. Dieu-Donné, in-4. Châlons, 1763.
2) In-8, 1771.
5) In-8, 1765.
4) In-4. Dantzick, 1740. (d) Enumeralionis fossilium quæ in omnibus Galliæ provinciis reperiuntur tentamina, in-12. Paris, 1751.
(6) In-f, Paris, 1755.
des fossiles et des pétrilications de ce pays. L'abbé Pluche, dans les trois premiers volumes du Spectacle de la nature (1), à réunis plusieurs observations à l'appui de ses vues, entre autres celles qui se rattachent à la composition de la colline de Laon et à l'origine de ses sources. On doit à Morand des travaux importants sur l’origine, l'exploitation et l'emploi du charbon de terre (2), et Le Camus (5), en traitant de la même substance, rejette son origine végétale. Il l'attribue au bitume, dont quelques courants auraient pénétré, à certains moments, des terres ou des pierres particulières qui en auraient été Imprégnées. Cette opinion serait, dit-il, conforme à la définition qu'a donnée Vallerius et à celle de Cartheuzer.
D'après ce que nous lisons dans l'Introduction du premier volume du Cours d'histoire naturelle fait par Adanson en 1772 (4), la troisième partie de ce cours était consacrée aux corps bruts où inorganiques. En ce qui concerne la géologie, le célèbre naturaliste admettait le déluge universel de la Bible et l'expliquait par un déplacement des eaux à la surface, par des pluies prolongées et générales, occasionnées par l'inclinaison de l'axe de la terre; celle-ci serait résultée du choc d'une comète ou de toute autre cause intérieure ou extérieure. On voit combien cette physique du globe, viciée dans son principe, est fausse dans ses effets. Quant à la partie positive ou d'observation directe, on reconnait qu'Adansor n'avait fait aucune étude de la nature sous ce point de vue; il était fort en arrière de ce qu'on savait de son temps; aussi ne pouvons-nous nous associer aux éloges que lui donne à cet égard J. Payer, l’auteur de cette Introduction.
Nous venons de dire qu'au moment où nous sommes arrivé deux savants dominaient dans les sciences qui nous occupent;
(2) Du charbon de terre et de ses mines, in-f°. Paris, 1769. -— Mém. sur la nature, les effets et Les propriétés du charbon de terre, ete., m-12 avec fig. Paris, 1770.
(3) Journ. de physique, vol. NI, p. 176; 1779.
(4) In-12. Paris, 1845.
Guettard.
tous deux, travailleurs infatigables, ont, pendant 40 ans, publié d'innombrables recherches. Le premier, d’un esprit vaste, savait, dans une large synthèse, rassembler et coordonner tous les matériaux épars d'un sujet donné, tracer de brillants tableaux, exposer les idées et les faits avec une clarté et une élégance qu'aucun de ses successeurs n’a dépassées, ni même atteintes; 1l a pu de son vivant jouir de sa renommée; 1l a imprimé aux esprits une heureuse impulsion vers l'étude de la uature, et la postérité a ratifié la popularité qui s'était attachée au nom de Buffon.
Le second, se tenant plus près de la nature elle-même, observateur exact,minutieux, ne s’élevant pas au-dessus des plus simples conséquences des faits, écrivain peu habile, comme il est le premier à le reconnaitre, sec, souvent diffus par l’entassement de détails superflus, a peu réagi sur ce qui l’entourait, et son influence a été presque nulle. I vint trop tôt pour certaines de ses idées, qu'il n’appuya point non plus de démonstrations suffisantes. Peu apprécié de ses contemporains, malgré tout ce qu'on lui doit, il n’a été réhabilité qu'assez longtemps après sa mort et seulement encore dans l'esprit de quelques hommes de science, car le nom de Guettard n’a point été adopté par l’opinion publique, qui semble se résoudre difficilement à admettre en même temps deux sommités dans un même ordre d'idées. Nous commencerons par celui-e1.
On avait déjà quelques indications de la distribution des roches à la surface de notre pays dans un ouvrage devenu assez rare et intitulé : Les rivières de France, ou description géographique et historique des cours et des débordements des rivières, par Coulon (1), avec une carte hydrographique qui semble marquer la séparation des granites et des terrains stratiliés; mais en réalité Guettard doit être regardé comme l’auteur du premier essai de cartes minéralogiques, basées sur des observations suffisamment nombreuses et répétées.
Né à Étampes en 171, et mort à Paris en 1786, Guettard
(1) In-8. Paris, 1664.
s’est fait connaître d'abord par le travail intitulé : Mémoire et carte minéralogique sur la nature et la situation des terrains qui traversent la France et l'Angleterre (1). «Je me suis pro-
En =
posé, dit l’auteur, de faire voir par cette carte qu'il y a une certaine régularité dans la distribution qui a été faite des pierres, des métaux et de la plupart des autres fossiles. On ne trouve pas indifféremment, dans toutes sortes de pays, telle ou telle pierre, tel ou tel métal; mais il y a de ces pays où il est entièrement impossible de trouver des carrières ou des mines de ces pierres ou de ces métaux, tandis qu'elles sont très-fréquentes dans d’autres, et que s’ilne s’y en trouvait pas on n'aurait plus sujet d'espérer d'y en rencontrer qu'autre part. Je fus frappé de cette espèce d'uniformité dans quelques voyages que j'ai faits il y a quelques années en Bas- Poitou; je ne vis qu'avec surprise que l’on passait successivement par des pays où les pierres et le terrain devenaient sensiblement d’une nature différente, presque tout à coup, après avoir gardé la même pendant plusieurs lieues. Il est réellement presque impossible de se refuser à cette surprise lorsque, après avoir traversé les pays sablonneux qui s'étendent depuis Longjumeau, surtout jusqu’un peu après Étampes, et que l'on a passé le haut d'une chaine de montagnes qui forme la Beauce (2), l'on entre vers Cercottes dans un terrain graveleux qui continue jusqu'au delà d’Amboise, où l’on quitte ce terrain pour entrer dans un autre qui est beaucoup plus gras et qui diffère surtout des précédents par la nature de ses pierres, qui y sont d'un très-beau blanc, très-aisées à tailler et d’un grain très-fin. Après ce pays on en trouve un où ces corps sont plutôt d'une couleur noire et grise que blancs; le fond du terrain y est plus aride et plus sec, ce que
(1) Hist. de l'Acad. r. des sciences, 19 févr. 1746, p. 365, pl. 31, 52.
(Imprimé en 1751.)
(2) Il est singulier que cette chaîne, qui n'a jamais existé que dans l'ima-
gination des cartographes de cabinet, ait été constamment reproduite jusque sur les cartes les plus récentes.
ns AR
AR
AR
ES
CS
l'on continue à trouver depuis Montreuil jusque sur les bords de la mer, du Bas-Poitou et de l’Aunis, et même jusque dans les îles voisines. pes:
« Les courses que je fis, surtout dans la première de ces deux provinces, bien loin de diminuer le soupçon que j'avais, contribuèrent à l'augmenter. Je ne pus travailler à le confirmer que longtemps après. Si ma conjecture était vraie, je devrais rencontrer, dans les autres provinces et à peu près à même distance de Paris, ce que j'avais vu dans le Bas-Poitou et dans les provinces qu'il faut traverser pour y arriver; toujours rempli de cette idée, je saisis une occasion qui se présenta de voir la Normandie et quelques pays voisins, comme une partie du Maine et du Perche. Je les parcourus done, et je disposai tellement mes petits voyages que le chemin par où j'allais n’était pas celui que je choisissais pour revenir; par là je voyais plus de pays et me mettais plus en état de m'assurer de la nature de leur terrain. Le résultat de ces voyages fut le même que celui qui suivit les courses que j'avais faites dans le Poitou ; ils me parurent établir de plus en plus l'idée où J'étais.
« De retour de Normandie, je partis peu après pour le Nivernais; 1l était nécessaire de voir si je trouverais, sur la gauche de la ligne que j'avais suivie en allant en Bas-Poitou, ce qui s'était présenté sur la droite de cette ligne; cette uniformité fut telle, que je prévoyais la nature du terrain où j'allais entrer par celle que je quittais, et cela lorsque je me trouvais à peu près à une même distance de Paris, où sont les endroits que J'avais vus dans les autres provinces.»
« Une des premières idées qui me vint après tout ce travail, dit plus loin Guettard, fut de m'’assurer si l’Angleterre était semblable à la France, en tout ou en partie; j'y étais conduit par les connaissances générales et confuses que j'avais déjà. Je savais que la Cornouailles était fameuse par ses mines d'étain, que plusieurs endroits de cette province et de quelques autres fournissaient beaucoup de charbon de terre; ceci me fit donc penser que la Cornouailles étant dans l'alignement
« de la Basse-Normandie, il pourrait bien se faire qu'il y eût une « uniformité entre ces deux provinces, et qu'elle pourrait même « se trouver dans le reste entre la France et l'Angleterre. Je « cherchai donc à constater cette idée par la lecture de quelques « morceaux qui traitassent de cette matière. Celle que je fis des « ouvrages de Childray et de Gerard Boat, sur l'histoire naturelle d'Angleterre et d'Irlande, me prouva ma conjecture, et je reconnus que, s’il y avait de la différence, elle n'était pas considérable, et que la plus grande venait de celle qu'il y a « dans l'étendue en largeur de ces deux royaumes. »
Dans tout ceci l’auteur ne semble considérer que les caractères superticiels du sol; voyons comment il comprenait l'examen d'une montagne. « Une montagne, dit-1l (p. 369), est un « amas de différentes matières placées les unes au-dessus des « autres avec une espèce de régularité, et par des bancs dont la « situation est horizontale ou plus où moins imclinée. Le pre- « mier de ces bancs, c’est-à-dire celui qui est à la surface de la « terre, est formé par de la terre proprement dite; ce bane n’est « ordinairement que de 5 ou.4 pieds, quelquefois plus, quel- « quefois moins; il est suivi par un autre qui est de glaise, de « marne ou de blocaille, c'est-à-dire de petites pierres qui, or- « dinairement, sont de la nature de celles qui composent les « bancs suivants. Ces banes sont de pierre de taille dure ou « tendre, de grès, de marbre ou d’ardoises, etc. Ils sont ordi- « nairement séparés les uns des autres par un cordon de glaise « ou de marne; souvent ce n’est pas seulement un cordon, mais «la masse est si considérable qu’elle forme même un banc « d’une grande hauteur, qui souvent est suivi par d'autres « banes de pierres semblables à eeux qui le précèdent ou qui « en sont peu différents. Tous ces bancs sont communément « posés sur le sable, et ils descendent plus ou moms profondé- « ment dans l'épaisseur des montagnes. »
On le voit, Guettard procédait absolument comme de Maillet dans l'examen des montagnes, mais avee moins de netteté, moins de précision dans les détails et moins d’élévation dans le but; d’un autre côté, il y mit plus de persévérance et obtint des
AR
résultats que l’auteur de Telliamed ne cherchait point d’ailleurs.
Les deux cartes qui accompagnent le mémoire de Guettard ne diffèrent que par leurs dimensions ou la surface des pays qu'elles embrassent. En combinant les matériaux qu'il avait ainsi obtenus de ses recherches dans diverses directions, il représente le nord de la France avec la partie orientale de l'Angleterre comme occupé par trois bandes concentriques sablonneuse, marneuse et schisteuse où métallique.
La bande sablonneuse ou portion centrale de la carte s'étend du $. au N., de la vallée du Cher à la côte entre Dieppe et Pontl'Evêque, comprenant, au delà du détroit, le Sussex, le Surrey et le Middlesex. Cette surface est celle qu'occupe à peu près le terrain tertiaire du nord de la France; mais au delà elle embrasse une plus grande étendue de la craie avec ses subdivisions. La bande marneuse, de largeur fort mégale, flexueuse, cireonserit complétement la surface précédente de part et d'autre du détroit. Elle représente grossièrement de ce côté les dépôts crétacés et en Angleterre des dépôts de cet âge et d’autres plus récents. - Dans la bande schisteuse ou métallique, qui entoure aussi complétement la bande marneuse, sont confondus les formations Jurassique et triasique actuelles, tout le terrain de transition et toutes les roches cristallines schisteuses ou granitiques, e’est-àdire qu'elle représente l'association la moins naturelle d’éléments les plus dissemblables et d’âges les plus différents. Ces divisions sont donc plus éloignées de la nature que celles d’Arduino et de Lehmann, à peu près contemporaines. Ces cartes ne sont pas même à proprement parler des cartes minéraloyiques, puisque des roches aussi différentes que les granites, les schistes et les calcaires jurassiques sont réunis sous la même dénomination.
Guettard subdivise ensuite chacune de ses bandes en plusieurs couches de nature diverse, et au moyen de 50 signes conventionnels il supplée à la trop grande généralité où à l'inexactitude de ses bandes. Ces signes indiquent la place où gisent les diverses substances minérales, les exploitations, les diverses espèces de pierres ou roches, les principales carrières,
PREMIÈRE PÉRIODE, 289 les gisements de coquilles fossiles, les sources minérales et thermales, le charbon de terre, etc. [ls présentent ainsi un tableau abrégé des richesses du sol, depuis les frontières de l'Espagne jusqu'en Irlande, dont les volcans sont marqués, les seuls qui fussent encore connus à ce moment dans l'Europe occidentale.
Mais résulte-t-1l clairement de ce texte et de l'examen de ses cartes que Guettard ait compris la stratification générale du bassin de la See, par exemple, pour concentrer notre remarque sur la partie qu'il connaissait le mieux; qu'il ait eu une idée nette de la superposition de tous les systèmes secondaires et tertiaires, depuis les Vosges jusqu'aux environs de Paris, de l'emboîtement successif de tous ces vases les uns dans les autres, suivant leur ordre d'ancienneté et leur grandeur, comme le représenterait une coupe que nous ferions aujourd’hui soit du N. au S., soit de VE. à lO.? C'est ce dont on doit douter, car on n'aperçoit dans tout ce qu'il dit aucune trace de cette idée. Si elle eût été la base de son travail, il l'aurait formulée directement; ilaurait traduit ce grand résultat par un profil montrant, ne fût-ce que grossièrement, inclinaison générale des couches vers le centre de l’espace, au lieu d’être continues et régulières, suivant une même direction comme en Angleterre, puis leurs affleurements constituant alors ses zones ou bandes concentriques, au lieu d’être alignées parallèlement comme de l'autre côté du détroit, où elles suivent une direction perpendiculaire à l’inclinaison générale. Or, nous ne trouvons, dans les travaux de Guettard, aucune démonstration de cette disposition souterraine des couches, etil a pu très-bien comprendre la série des assises d'une montagne ou d’une colline en particulier, sans pour cela s'être rendu compte de la relation des diverses montagnes ou collines entre elles sur une grande étendue de pays. En un mot, il paraît n'avoir pas saisi ce que nous appelons la stratigraphie, c'est-à-dire la véritable théorie des terrains de sédiment.
Ce que l’on ne sait pas généralement, c’est que Lavoisier, l'une des gloires les moins contestées de la chimie moderne, fut le collaborateur et le collaborateur très-actif de Guettard,
dans la grande entreprise de l'Atlas minéralogique de la France auquel plus tard Monnet devait aussi attacher son nom. Mais, à l'exception d'un mémoire dont nous parlerons plus loin, tous les travaux géologiques et minéralogiques de l'illustre chimiste sont restés en manuscrits, ou bien leurs résultats pratiques ont été portés sur les 16 premières feuilles de l'atlas publiées par Guettard.
M. Dumas, qui donne en ce moment tous ses soins à l'édition des œuvres complètes de Lavoisier, a bien voulu nous confier les manuscrits et les journaux des voyages que ce dernier a exécutés pendant les années 176%, 65 et 66 sur divers points de la France, mais particulièrement dans le nord; et lon peut affirmer que s'ils avaient été coordonnés et publiés en même temps que les feuilles de l'Atlas minéralogique, notre pays se fût trouvé alors plus avancé qu'aucun autre de l'Europe. Ces itinéraires, suivant toutes les directions entre la Loire, la Belgique et les Vosges, montrent parfaitement les relations des couches, surtout au-dessus de la craie; partout les coupes de détails sont prises avec soin, et de temps en temps réunies et résumées pour chaque petite région naturelle.
Lavoisier, avec les idées très-justes qu'il a exprimées dans des profils théoriques représentant la position relative des montagnes à couches plus ou moins redressées avec les collines et les plateaux en couches horizontales, ne pouvait manquer de saisir la stratigraphie générale du bassin de la Seine, et, à cet égard, on ne peut pas douter, lorsque l’on compare ses notes avec les travaux imprimés de Guettard, qu'il ne comprit beaucoup mieux que ce dernier les lois générales de la succession des couches.
Lavoisier s'occupa aussi de l'exécution matérielle de l'Atlas minéralogique de la France, comme on le voit dans ses rapports adressés en 1772 à M. Bertin, alors ministre d'État et qui encourageait ce grand travail de tout son pouvoir; mais le seul résultat graphique qui paraisse remonter à cette époque est le Tableau de l'atlas géographi-minéralogique de France, entrepris par les ordres du Roi (une feuille sans date ni nom d’auteur). C'est une carte de la France divisée en 214 comparti-
ments représentant autant de feuilles que devait en comprendre l'atlas. En marge est une Table explicative des caractères nunéralogiques au nombre de 211, dont 18 sont consacrés à désigner spécialement les gisements de certains fossiles (Bélemnites, Ammonites, poissons, oursins, coquilles bivalves ou univalves, crustacés, Encrines ou Entroques, ossements, bois pétrifiés, ete.). Nous ne connaissons point de carte où les signes minéralogiques comprennent une aussi grande quantité de documents utiles de toutes sortes.
Mais revenons à Guettard qui à écrit sur une multitude de sujets se rapportant, de près ou de loin, aux sciences naturelles, En ne rappelant ici que ceux d’entre ses nombreux mémoires qui concernent la France et qui se rattachent directement à ce qui nous intéresse, nous pourrons en trouver encore la liste assez longue. Nous les énumérerons à peu près dans l'ordre de leur publication, en commençant par ceux qui ont été insérés dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences, de 1751 à 1764. Beaucoup de ses recherches portent sur des matières qui n'avaient encore été que peu ou point traitées, de sorte qu'elles ont, quoique souvent fort mcomplètes, un caractère d'originalité qui les a rendues le point de départ de ce qui a été fait depuis sur chacune d'elles. En s’occupant des fossiles et autres corps, l’auteur en a toujours aussi donné des figures, de sorte qu’il a encore eu le mérite de consacrer en France l'iconographie paléontologique, depuis si longtemps en usage ailleurs, mais à peine employée chez nous.
En 1751, Guettard a publié des observations sur quelques corps fossiles, spongiaires ou Alcyons, provenant de la craie des environs de Mortagne et de l'Aigle, corps désignés depuis sous les noms de Seyphia, de Siphonia, de Spongia, de Cnemidium, etc.; en 1753, un mémoire sur les poudingues et les corps organisés qu'on rencontre dans leur voisinage, dans les terrains marins au nord de Paris; en 1754, une étude des plàtrières de Montmartre et des recherches faites aux environs de Fismes et de Soissons; en 1755, un travail sur les Encrinites et les pierres étoilées.
[l'a donné, en 1756, un plan général pour l'exécution de la géologie d’une partie du bassin de la Seine, mémoire qui à servi de base au projet de l'Atlas minéralogique dont nous avons parlé. Le premier il a appelé, en 1757, l'attention sur les empreintes d'animaux des schistes ardoises d'Angers, et n’a pas hésité à les rapprocher des crustacés. Le nom de Trilobite n'avait pas encore été créé, et les Entomolithes n'étaient sans doute pas connus en France. La pierre meulière et les silex de formes variées (ménilite) des marnes du gypse ont été décrits en 1758, et, en 1759, Guettard, pour répondre aux rêveries de Bertrand, s’est occupé de comparer les accidents des coquilles fossiles avec ceux que présentent les coquilles des mers actuelles. Dans ce travail, divisé en trois parties et accompagné de 9 planches, on trouve beaucoup de remarques intéressantes sur les divers procédés de fossilisations ou de pétrifications des corps organisés. En 1760, il a décrit les os de quadrupèdes mammifères trouvés dans un rocher près de la ville d'Aix, et, en 1764, des débris de mammifères marins ou cétacés. Enfin, la même année, il donna sur les environs de Paris un troisième mémoire, dans lequel il décrit et figure des Ammonites qui auraient été trouvées dans l'argile, en creusant un puits dans le jardin des apothicaires. Il signale et représente d’autres fossiles de la craie blanche de Bougival, des Bélemnites, des Huitres, des Peignes, des Inocérames, des Térébratules, des bryozoaires, des spongiaires, ete. ue
Une première série de mémoires formant 3 vol. in-4°, acconpagnés d’un grand nombre de planches, est publiée par Guettard en 1770. Le premier volume renferme des recherches sur des ossements fossiles trouvés dans les plätrières des environs de Paris et sur des restes de cétacés provenant de Dax, puis la description d’ossements de pachydermes, de carnassiers et de bois de ruminants (Rennes), recueillis dans une fente des grès d'Étampes. La découverte du kaolin ou terre à porcelaine, aux
(1) Mém. de l'Acad. r. des sciences, 1164, p.493. — 1b.,1759, p.189, plu, 40242
environs d'Alençon et dans d’autres localités, fait le sujet du cinquième mémoire de ce volume. Dans le suivant, l’auteur traite des coraux en général, de la structure des polypites ou polypiers fossiles, qu'il désigne sous les noms de figues, de champignons, de cerveaux marins pétrifiés. Le huitième mémoire est consacré aux pierres lenticulaires ou numismales. C'est un des meilleurs que l’on ait donnés sur ce sujet si souvent traité, et dont les successeurs de Guettard n'ont pas plus profité que de ses recherches géologiques. Le douzième expose l'ordre suivant lequel sont rangés les polypites, parmi lesquels il établit 16 genres dont la moitié à peine des noms ont été conservés dans les classifications subséquentes. Le troisième volume commence par l’énumération de toutes les localités de la France où jusqu’alors avaient été signalés des polypiers fossiles; et dans le travail qui vient après, l’auteur cherche à rassembler les matériaux relatifs aux corps qu'il désigne par l'expression générale de tuyaux marins. y établit 15 genres, auxquels il donne les noms les plus bizarres. Sous cette dénomination de tuyaux marins, on trouve d'ailleurs confondus des annélides, des Dentales, des Tarets, des Siliquaires, des Arrosoirs, des Fistulanes, etc., c’est-à-dire des corps appartenant à des classes distinctes d'animaux, qui n’ont de commun que d’être pourvus d'un tube calcaire. Le quatrième mémoire donne une liste détaillée de tous les endroits où ces mêmes corps ont été rencontrés. La nouvelle collection des Mémoires sur différentes parties des sciences et des arts forme aussi trois volumes in-4°, accompagnés de 175 planches, et a paru en 1786. Comme les précédents, ces mémoires se rapportent à divers sujets d'histoire uaturelle, mais ils ont généralement moins d'intérêt. L'ouvrage le plus considérable et le plus complet de Guettard est la réunion de ses Mémoires sur la minéralogie du Dauphiné (1). Les principes énoncés dans la préface sont très-bons:; mais, comme il a adopté dans la description du pays la forme
(1) Mém. sur la minéralogie du Dauphiné, 2 vol. in-4. Paris, 1779, avec planches. — Réimprimés dans la Description générale et particulière
Découverte des volcans anciens,
d'itinéraire, on peut, tout en rendant justice à l'exactitude des observations, regretter quel'auteur ait consacré autant detemps et se soit donné autant de peine pour obtenir un résultat scientifiquement assez faible.
Il divise.son sujet en régions géographiques et représente le Dauphiné comme partagé en surfaces sablonneuse, calcaire.et schisteuse où granitique, ansi qu'il l'avait fait dans ses cartes précédentes. Il suit ces divisions minéralogiques dans ses diverses régions ou bassins; ainsi, dans la zone sablonneuse sont compris le bassin de Vienne, celui de Saint-Vallier, de Valence et de Lauriol, celui de Montélimart, les volcans éteints du Vivarais, le bassin de Donzère, de Montdragon, et celui d'Orange; dans la zone calcaire se trouvent la vallée du Graisivaudan, le massif de la Grande-Chartreuse, le bassin de Grenoble à Nyons, celui de Crest à Grenoble, la région de Sassenage à Die et à Ponten-Royan, puis le comtat d'Avignon; enfin, la troisième zone schisteuse où granitique comprend tout le pays qui s'étend du Grand-Charnier à la Romanche, le Graisivaudan, le val Godmard, Valboney, etc.
Guettard donne ensuite un tableau de tous les points où des substances minérales ont été rencontrées, telles que l'or, l'argent, l'étain, le fer et le mercure, et il termine par l'examen des fossiles, dont il donne dix planches représentant des espèces de la mollasse tertiaire, comme nous dirions aujourd'hui, quelques Bélemnites avec des Ammonites des périodes jurassique et crétacée, mais mal figurées. Nous n’avons pu trouver les cartes minéralogiques du pays, que Guettard avait fait graver et dont 1l parle avec détails dans sa préface, p. li] ; elles ajouteraient sans doute beaucoup d'intérêt à l'ouvrage, en précisant une muititude de données que le texte n’explique pas toujours suffisamment,
Enfin, nous ne pouvons passer sous silence, bien qu'elle n'apparlienne pas absolument à notre sujet, la découverte géologique la plus importante que l'on doive à Guettard, celle qui
de la France, inf. Paris, 1782, avec les mêmes figures tirées sur papier in-f°.
PREMIÈRE PÉRIODE. 205 suffirait seule pour immortaliser son nom, qui passa presque inaperçue lorsqu'il l'annonça et qu'il fut encore obligé de revendiquer 28 ans après; nous voulons parler de l'existence des volcans anciens du centre de la France, restés inconnus jusqu'à lui et que personne ne soupçonnait, Nous pourrions trouver encore, dans cette ignorance profonde où l'on resta jusque vers : lemilieu du xvn siècle des caractères physiques les plus remarquables et les plus frappants du plateau central, la preuve du peu d'intérêt que pendant longtemps on a porté chez nous aux choses de la nature. D'ailleurs, le mémoire où Guettard a consigné sa découverte nous paraît un des meilleurs qu'il ait écrits et ses descriptions ont une exactitude qu’on ne surpasserait pas aujourd'hui.
Après quelques détails pétrographiques sur le Nivernais, l’auteur continue ainsi (1) : « Ce fut à Moulins que Je vis les laves « pour la première fois; je les reconnus d’abord pour des « pierres de volcans, et je pensai dès lors qu’il devait y en avoir « eu un dans le canton d’où l’on disait que ces pierres étaient « apportées. L'envie que j'eus de voir ce pays ne fit qu'augmen- « ter dans les différents endroits où la route me conduisait et où «Je pouvais retrouver cette pierre employée dans les bâti- « ments, Arrivé enfin à Riom, jene pus me persuader que, cette « ville étant presque entièrement bâtie de cette pierre, les car- « rières en fussent bien éloignées; j'appris qu’elles n’en étaient « qu'à deux lieues. J'y allai done; je n’eus pas commencé à « monter la montagne qui domine le village de Volvic, que je « reconnus qu'elle n’était presque qu'un composé de différentes matières qui sont jetées dans les éruptions des volcans.
« Cette montagne a la figure qui est assignée aux volcans, dans les descriptions que nous en avons; elle est conique; sa base est formée par des rochers de granite gris-blanc ou d'une couleur rose pâle, qui sont très-durs et qui prennent un assez beau poli; le reste de la montagne n’est plus qu'un
CS
(1) Mém. sur quelques montagnes de la France qui ont été des volcans. — Mém. de l'Acad. r. des sciences pour 1759, p. 27 (publiés en 1756).
amas de pierres ponces noirâtres ou rougeâtres, entassées les unes sur les autres, sans ordre ni liaison. Ces pierres de diverses grosseurs affectent une figure arrondie. Aux deux tiers de la montagne on rencontre des espèces de rochers irréguliers, hérissés de pointes mformes, contournées en tous sens. Ces rochers ressemblent d'autant plus à des scories qu'ils sont d’un rouge obscur ou d’un noir sale et mat: ils sont d'une substance dure et solide et diffèrent en cela des pierres ponces. Dans l’espace qui est entre ces rochers et le sommet de la montagne, on marche de nouveau sur les pierres ponces, et l'on trouve au sommet une pierre cendrée et tendre. Un peu avant dv arriver, on entre dans un trou large de quelques toises, d'une forme conique et qui approche d'un entonnoir; c’est aussi le nom que l'on donne ordinairement à la bouche des volcans actuellement enflammés; celui-ci, de même que les rochers de scories, regarde le S.-0. La partie de la montagne qui est au nord et à l’est m'a paru n'être que de pierres ponces; à l’ouest, les ravins m'ont fait voir des bancs de pierre considérables, inclinés à l'horizon et qui paraissent s'étendre dans toute la hauteur de la montagne. C'est de ce côté-là que sont les carrières” qui fournissent la vraie pierre de Volvic: elles sont situées à la base de la montagne et un peu sur son penchant. »
« Le puy de Dôme, dit plus loin Guettard, est, après le mont Dore et le Cantal, la plus haute montagne de l'Auvergne. | C'est un cône qui, de même que celui de Volvic, finit en pomte de peu d’étendue. Au nord et au couchant de ce puy sont placés plusieurs autres puys, semblables pour la figure à celui-ci, mais beaucoup moins hauts, quoi qu'ils le soient encore beaucoup si on les compare aux montagnes des environs de Paris. Ces différents cônes sont placés sur le corps de la montagne comme sur une base commune... Le puy de Dôme n'est qu'une masse de matière qui n’annonce que les effets terribles du feu le plus violent et capable de mettre les corps les plus durs en une fusion telle qu'ils ne sont plus qu'un verre grossier ou une espèce de mächefer qui a pris
« différentes figures et qui est plus ou moins pesant. Il ne me « fut pas difficile de reconnaître d'abord que le puy de Dôme, « ainsi que la montagne de Volvic, avait été autrefois un volcan; « tout l'annonce; dans les endroits qui ne sont point couverts « de plantes et d'arbres, on ne marche que parmi des pierres « pouces, sur des quartiers de laves ou de lavanges, et dans une « espèce de gravier ou de sable formé par une sorte de mâche- « fer et par de très-petites pierres ponces mêlées de cendres. »
«.... J'avais trouvé un entonnoir au sommet du puy de « Dôme, et, comme ce pic domine les pics voisins, j'avais observé « que vers le sommet de chaque pic il y avait une cavité dont « le fond était moins large que l'ouverture, et que je pensais « être l'entonnoir ou la bouche du volcan... Je fus d'autant « plus confirmé dans cette idée que M. Ozy, apothicare de « Clermont, fort versé dans l'histoire naturelle, qui avait bien « voulu m'accompagner, m'assura qu'il avait plus d'une fois « parcouru presque toutes ces montagnes, et que je trouverais « partout une même structure et les mêmes matières, qu'il « m'avoua ingénument n'avoir Jamais reconnues pour ce « qu'elles étaient. »
Guettard reproduit iei une lettre que, sur sa demande, ce même Ozy lui avait adressée plus tard, et relative au nombre de ces cônes ou pics, parmi lesquels il signale surtout les puys de Pariou, Cachan, Graveneire, etc,
En visitant le mont Dore, Guettard ne reconnut pas d’abord d'une manière aussi positive que les roches aient brûlé comme au puy de Dôme et à Volvie, et n'en fut frappé qu'au Capucin; « cependant, dit-il, si je n'ai pas trouvé des vestiges de volcan «en aussi grande quantité, cela vient en grande partie de ce « que le mont Dore est plus couvert de végétation.
« La pointe appelée particulièrement le mont Dore (c’est « le pic de Sancy) est un cône pareil à ceux de Volvic et du « puy de Dôme. A l’est de ce pic est celui du Capucin, qui affecte « également la figure conique, mais la sienne n’est pas aussi « régulière que celle des précédents; il semble même que ce « pic ait plus souffert dans sa composition. Tout y paraît plus
irrégulier, plus rompu, plus brisé, ce qui ne vient peut-être « que de ce qu'il a moins ressenti les elfets des feux souter- « rains. Vis-à-vis de ce pic est la partie de la montagne qui est « entièrement pelée; elle domine les fameux bains du mont « Dore, et s'étend depuis le commencement de la vallée « jusqu'aux endroits où la Dore et la Dogne prennent leur « source. »
L'auteur discute ensuite et s'attache à réfuter les opinions qui attribuent aux agents atmosphériques ou à d’autres causes la forme de ces montagnes, puis il passe à une comparaison minutieuse de leurs roches avec les produits des volcans actuels, entre autres ceux du Vésuve et de Bourbon, comparaison qui vient de tous points confirmer les conclusions déduites de leurs caractères orographiques et de leur groupement général.
«Je ne crois pas que l’on doute maintenant de la réalité de « nos volcans, dit plus loin Guettard; peut-être même que l'on « craint pour les endroits qui en sont voisins; pour moi, sûr « du premier point, je ne serais pas non plus entièrement hors « de crainte par rapport au second. Si le sentiment que la plu- « part des anciens, et après eux beaucoup de modernes, ont «sur la cause de la chaleur des bains ou fontaines d'eau « chaude, est vrai, il y a aux environs de ces volcans éteints «un feu souterrain qui ne demande peut-être qu'un peu plus « d'activité pour faire sauter les terres qui le retiennent et pour « paraitre au dehors. »
Rien done de plus simple, de plus clair et de plus précis que ces résultats présentés à l’Académie des sciences, le 10 mai 1752; et cependant ils firent si peu d'impression, laissèrent si peu de traces dans les esprits de ce temps-là, que, pour constater son droit de priorité quelui disputèrent plus tard certains journalistes, Guettard fut obligé d'invoquer le témoignage de Malesherbes qui l'avait accompagné dans ce voyage. Nous reproduirons une partie de cette lettre, dont la noble simplicité pet bien le caractère de son illustre auteur, et qui, tout en consta- {ant l'exactitude des faits, écarte les circonstances un peu romanesques dont quelques auteurs ont depuis entouré la décou-
verte, et confirme un mérite que tout récemment encore
autres personnes ont cherché à diminuer.
«J'ai été témoin, dit le célèbre magistrat dans sa lettre du AL avril 1779 (1), de la découverte des volcans éteints de l'Auvergne faite par M. Guettard. Il eut la complaisance de venir avec moi aux eaux de Vichy, où je ne comptais passer que peu de jours, et ni lui ni moi n'avions entendu parler de ces vestiges d'anciens volcans. Il examinait les pierres pendant toute cette route, et en passant à Moulins je lui montrai une pierre noire et poreuse employée dans quelques bâtiments. Îl n'hésita pas à m’assurer que c'était de la lave. Nous deniandâmes d'où venait cette pierre; on nous dit que c'était de Volvic, qu’elle était très-estimée dans le pays et que la carrière n'en était pas loin.
« M. Guettard eut grand désir de la voir; mais à Moulins, où nous ne restàämes qu'une demi-heure, personne ne put nous dire précisémentoü était Volvie, et nous étions obligés d’arriver à Vichy, où on nous attendait. De Vichy on voit le sommet pointu du puy de Dôme. Le désir qu'avait M. Guettard de voir cette montagne si célèbre par les expériences de Pascal fut encore excité par l'espérance d'y trouver les débris de quelque ancien volcan, dans laquelle il était confirmé par la certitude que la pierre volcanique de Volvic se trouvait en Auvergne.
« C'est ce qui nous détermina à aller à Clermont. En passant à Riom, nous sûmes que nous n'étions pasloin de Volvic; nous y allämes. Jentrai avec M. Guettard dans la carrière, où 11 me fit voir clairement par la forme de la montagne, par l'inclinaison des couches, par les autres matières évidemment brülées, que ce pic ou ce puy était le produit d'un ancien volcan... ÿ
« Nous allämes coucher à Clermont, et nous y vimes M. Ozv, que Je connaissais de réputation et dont j'avais souvent en-
(1) Guettard, Mém. sur la minéralogie du Dauphiné, préface, p. cxL;
tendu parler à M. Bernard de Jussieu. M. Ozy nous accompagna le lendemain au puy de Dôme. M. Guettard me fit remarquer, ainsi qu'à M. Ozy, la forme conique de la montagne, les couches inclinées, les matières brülées et le cratère. « Le lendemain nous allämes au mont Dore, M. Guettard et moi, sans M. Ozy. Il ne n'était pas possible d'y passer plus d'un jour. Je moutai au sommet du mont Dore, où M. Guettard me fit encore remarquer tout ce que nous avions observé la surveille au puy de Dôme. Nous avions aussi vu dans la route plusieurs de ces pics coniques que je ne doutais plus qui ne fussent des productions de volcan. M. Guettard employa la journée à faire d’autres courses dans les environs du mont Dore, où je ne pus pas le suivre.
« Nous revinmes à Clermont et nous allâmes à Lyon, par Thiers, Montbrison et Saint-Étienne. Je reçus à Lyon des lettres qui m'obligèrent de revenir à Paris, et M. Guettard vint m'y rejoindre quelques jours après. Il rédigea ses observations, établit sa théorie, lut son mémoire à la rentrée publique de l'Académie dessciences, et il a été imprimé dans les Mémoires de cette Académie. Je ne crois pas qu'il ÿ ait jamais eu de découverte plus authentiquement constatée.
« On vient d'imprimer une lettre de M. Ozy qui porte qu'un an avant notre voyage en Auvergne, M. Olzendorif et M. Bowls y avaient été, qu'ils avaient monté avec lui au puy de Dôme;
et que c’est là qu'il a appris pour la première fois à connaître
les cratères et les laves.
« Je suis très-éloigné de révoquer en doute un fait attesté par M. Ozy; mais, sans disputer à ces deux observateurs le mérite d'avoir aperçu cette vérité, je certilie que la découverte était faite par M. Guettard avant de voir M. Ozy, puisque nous avions été à Volvic avant d'aller à Clermont pour la première fois, et qu'avant même de voir la carrière de Volvie M. Guettard, sur la seule indication de la pierre, l'avait jugée voleanique, ce qui nous avait délerminé à aller en Auvergne. Je certifie de plus qu'aujourd'hni, en 1779, je ne me souviens pas que M. Ozy nous ait dit un seul mot du voyage des deux
« Anglais! J'ajoute que dans la journée que je passai à Cler- «mont, à mon retour du mont Dore, je vis presque toute la « ville chez M. l'Intendant. Je leur appris ce qui venait d’être « découvert sur leurs montagnes et je ne trouvai personne qui « en eût aucune notion. »
Toutes ces circonstances si bien établies ont cependant été singulièrement dénaturées par des écrivains modernes. Ainsi, nous lisons dans un ouvrage d’ailleurs plein de talent, le meilleur et le plus complet que nous ayons sur les volcans de la France centrale (1) : « En 1791, deux membres de l’Académie des sciences de Paris, à leur retour d'Italie, où ils étaient allés visiter le Vésuve et observer ses productions, passaient à Montélimart. Après avoir diné avec une réunion de savants de la localité, parmi lesquels se trouvait Faujas de Saint-Fond, ils allèrent explorer les environs. Le pavé de la ville frappa leur attention. [l est formé de tronçons de prismes basaltiques enfoncés perpendieulairement dans le sol, de sorte qu'il ressemble à ces anciennes voies des environs de Rome, couvertes de plaques polygonales de laves. Sur leur demande, ils apprirent que ces pierres provenaient du rocher sur lequel s'élève le chàteau de Rochemaure, de l'autre côté du Rhône, et que les montagnes du Vivarais étaient remplies de roches semblables, ce qui les détermina à visiter cette province. De proche en proche les académiciens atteignirent la capitale de l'Auvergne, découvrant chaque jour de nouveaux motifs pour croire à l'origine volcanique des montagnes qu'ils traversaient. Là tous les doutes à ce sujet durent cesser. Dans Ics environs mêmes de Clermont, les courants de lave, noirs et rugueux comme ceux du Vésuve, descendant sans interruption du sommet de collines coniques de scories, dont beaucoup offrent un cratère régulier, les convainquirent de l'exactitude de leurs conjectures, et ils proclamèrent hautement leur intéressante découverte.
«A leur retour à Paris, Guettard publia un mémoire annonçant
(1) P. Scrope, The geology and extinct volcanos of central France, 2° éd., p. 30. Londres, 1858.
l'existence d'anciens volcans en Auvergne, mais il obtint trèspeu de crédit; l'idée parut à beaucoup de personnes une extravagance, et même à Clermont un professeur distingué, qui attribuait les scories volcaniques à des restes d'anciennes forges établies par les Romains dans le voisinage de ces montagnes, avait plus de partisans que les naturalistes de l'Académie. Par degrés, cependant, l'obstination de l'ignorance fut vaineue, et quelques années après (1), le mémoire de Desmarest sur l'origine des basaltes leva toutes les incertitudes. »
On voit que, dans cettenarration du géologue anglais, l'imagination à fait tous les frais d’un voyage en Italie, d’un diner à Montélimart dont un des convives aurait eu à peine un an, puisque Faujas est né en 1750, du pavé basaltique de la ville ressemblant à une voie romaine, d’un voyage à travers le Vivarais, etc. Si nous cherchons ce qui a pu donner lieu à ce petit roman, nous le trouverons probablement dans cette autre circonstance : qu'en 1775, c'est-à-dire 24 ans après sa découverte, Guettard, parcourant le Dauphiné, se rencontra avec Faujas à Montélimart, et que ce fut à propos de la publication de ce dernier sur les volcans du Vivarais que l'attention fut appelée de nouveau sur ceux de l’Auvergne. Guettard, dont les droits avaient été attaqués, revint sur cette question dans la préface de la Minéralogie du Dauphiné, où nous venons de voir qu'il fit imprimer la lettre de Malesherbes comme pièce justificative.
Les résultats si curieux que Guettard avait obtenus de ses premières recherches en Auvergne l’engagèrent à y retourner de nouveau, et il publia en 4759 un mémoire sur la minéralogie de ce pays, accompagné d'une carte (2). Il fait remarquer combien 1l est singulier que toutes ces pierres blanches ou grises, calcaires ou marneuses de la Limagne n'aient point présenté de coquilles, car personne n'avait pu
(1) Ce ne fut que vingt ans après; le mémoire et la carte de Desmarest sont de 17747
(2) Mém. de l'Acad. r. des sciences, année 1759, p. 538. (Imprimé en 1765.)
confirmer les quelques indications vagues données par l’apothicaire Ozy. Ainsi les coquilles fluviatiles et terrestres, si abondantes partout dans les dépôts lacustres de ce même pays, et les restes d'animaux vertébrés, non moins répandus sur certains points, étaient encore, il y a un siècle, complétement ignorés.
Guettard décrit avec soin les roches bitumineuses de Pont-du- Château, du puy de Pége, du puy de Crouelle, ete., distingue des chaînes de collines calcaires, glaiseuses ou schisteuses, et de pierres vitrifiables ou cristallines. Il traite successivement et d’une manière détaillée des cailloux roulés des planes, des pierres schisteuses, des granites et de leur position, des quartz, des diverses substances minérales accidentelles et exploitables, etc. La carte, qui comprend tout le pays entre Vichy, Aurillac et le puy en Velay, est un travail intéressant pour l'époque, alors que les feuilles de celle de Cassini n'avaient point encore paru. Toutes les montagnes principales y sont marquées avec soin, et 22 signes conventionnels indiquent la nature des diverses sortes de pierres avec leurs gisements, les substances minérales exploitées, les sources thermales, etc.
Nous terminerons cet exposé des travaux de Guettard en reproduisant le jugement qu'en portait W. D. Convheare, en 1822 (1), jugement assez exact, mais incomplet en ce que le savant géologue anglais ne tient aucun compte de la partie paléontologique si variée et si étendue des recherches du naturaliste français, ainsi que d’un grand nombre de ses autres mémoires qu'il ne connaissait sans doute pas.
« Guettard, dit-il, en 1746, appela le premier l'attention sur « l'exécution des cartes géologiques proposée longtemps aupara- « vant par Lister. Il partagea la surface de la terre en trois « grandes zones : la zone schisteuse, qui coïncide presque avee « les régions primitives et de transition des géologues actuels; « celle des marnes, qui comprend généralement le terrain sc- « condaire, et celle des sables, qui correspond à peu près à ce
(1) Ouilines of the geology of England and Wales, introduction, p. xLu;