QUAI MALAQUAIS
PJ
Mi
J'ai commencé, dès mes débuts en 1867, à entasser les notes sur des points de grammaire, et, depuis lors, je n'ai cessé d'en publier quelques-unes sans essayer d'en composer une théorie d'ensemble, estimant que, dans ce genre d'étude plus que dans les autres, il ne pouvait y avoir qu'avantage à laisser le temps accroître la masse des matériaux et mûrir les idées. Si j'étais certain de pouvoir vivre une dizaine d'années de plus, je suivrais encore le même système, et je continuerais à donner seulement des fragments sans lien apparent, dont la génération nouvelle ne saisirait pas la portée, tant mes recherches m'ont mené loin du cercle de doctrines où elle se meut. Malheureusement l'âge est venu, et j'en suis arrivé à ce moment de l'existence où l'on doit jie plus compter sur l'avenir, mais où l'on accepte avec reconnaissance chaque jour qui vient : si je ne veux pas risquer d'emporter avec moi toute l'expérience que j'ai pu acquérir pendant un demi-siècle de labeur assidu, il convient de mettre la main à l'œuvre et de me hâter. Je n'ai pas l'ambition de composer ici une véritable Gram/iiaii-e cgi/ptietme, car, malgré tout ce qui a été publié sous ce titre, en France, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, j'estime que nous n'en savons pas encore assez pour y réussir : le livre que je commence à rédiger aujourd'hui et que je désirerais, sans trop y compter, pouvoir mener jusqu'au bout, ne sera tout au plus qu'une Introduction à l'étude de la Grammaire égyptienm'. Peut-être s'étonnera-t-on de voir le plan sur lequel j'ai essayé de le construire. Comme je l'ai dit un nombre infini de fois et imprimé à plusieurs reprises, nous avons eu la chance de trouver tablé rase en matière de langue au commencement de notre science, et nous avons abordé le déchiffrement sans encombrement de théories préconçues ou de paradigmes préétablis : ne vaut-il pas mieux profiter de la liberté absolue, dont la fortune nous a gratifiés de la sorte, pour créer à l'égyptien une grammaire qui ne soit inspirée exclusivement ni des modèles purement classiques, ni des modèles indo-européens, ni des modèles sémitiques, mais qui ressorte entièrement d'une , analyse des
1. Le premier chapitre que je ne publie pas ici sera consacré à l'étude jiour l'n-il du système grapliique égyptien : le présent chapitre qui sera le second de l'ouvrage complet est consacré à l'étude pour l'oreilh-.
textes entreprise avec l'aide de tous les moyens que la philologie peut nous prêter à quelque ordre de langue qu'elle s'applique? C'est une partie d'un chapitre préliminaire, conçu dans cet esprit, que je publie ci-joint, à titre de spécimen de l'ouvrage entier. — G. M.
Au point de vue de la prononciation, le système graphique de l'égyptien exprime trois sortes d'articulations différentes : 1" des consonnes proprement dites supposant l'existence de phonèmes occlusifs et sifflants; 2° des voyelles; 3° des sonnantes.