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Terrain de manœuvre des volontaires anglais

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tifie. Et, si je ne veux assurément pas vous rendre, ni vous ni vos amis, responsables de l'Armée du Salut, je n'essaierai pas davantage denier qu'elle ait des avocats respectables1. Mais les divergences d'opinion et même les décisions judiciaires auxquelles ses allures ont donné lieu, suffisent à prouver — quel que soit d'ailleurs le prix qu'attachent à l'alliance du général Booth les influences qui s'efforcent d'encourager la vertu, — que son cas arrive juste à la limite.

Le Docteur. — Si l'Armée du Salut viole la loi, la loi n'a qu'à se défendre. Elle a des pénalités et des remèdes qui l'arment d'une contrainte suffisante.

L'Etudiant. — Très bien dit : je n'y pourrais rien ajouter. Alors nous nous entendons parfaitement. L'égalité religieuse n'est pas un droit absolu, inconditionnel, mais une liberté légale dans les limites voulues par l'ordre, lesquelles limites se déterminent en cas de doute par le recours aux lois ordinaires.

Le Docteur. — D'accord.

L'Etudiant. — Dans un Etat bien ordonné, je ne vois pas qu'aucune personne ou aucune

d. [Par exemple, la Reine, feu le cardinal Manning, le Lord chancelier Cairns, le quaker John Bright, etc.]

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secto puisse exiger davantage ; et, dans nos royaumes d'Angleterre, d'Ecosse ou d'Irlande, aujourd'hui je ne vois pas que personne soit réduit à une liberté moindre. Nous n'avons plus à parler, sauf pour mémoire, des anciennes lois pénales, somnolentes, édentées, tombées dans une vieillesse ignominieuse et prématurée, qui sont désormais aussi surannées dans le fond qu'elles méritent d'être abolies dans la forme.

Le Docteur. — Dans l'Eglise établie, on ne recourt ni aux lois ni à la juridiction ordinaires. C'est une de ses nombreuses marques et preuves d'inégalité. Je n'ai pas à vous rappeler, je pense, que l'Eglise privilégiée possède une juridiction privilégiée et qu'elle est soustraite à la Coutume du Royaume.

L'Etudiant. — La loi de l'Eglise est en définitive soumise au contrôle de la Coutume aussi bien que du Parlement. Il se peut qu'à la rigueur on applique le nom de privilège au fait de s'incliner — outre les limites universelles de l'ordre public déjà signalées — ■ devant les injonctions et restrictions d'un corps de règles spéciales, qui, malgré ses difficultés d'observance totale et sa lenteur de procédure, demeure en somme assez efficace et peut se regarder comme suffisamment inaltérable au point de

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vue de la pratique immédiate. La loi se montre prête à reconnaître — et, mieux encore, à soutenir de toutes ses forces, si on le lui demande, — le principe et le règlement d'une communauté religieuse volontaire, comme de toute autre association légale, tant que ce règlement se base sur l'accord des volontés et couvre des droits sérieux. L'accord l'a créé, l'accord peut le modifier ou le dissoudre. Mais l'Eglise d'Angleterre relève du Droit public; les conventions passées avec ses chefs ne peuvent être dénoncées, si ce n'est sur l'ordre formel des états du royaume, alors même que chacun des membres de l'Eglise donnerait d'avance son consentement. Un clerc dans les ordres est soumis à de certaines incapacités comme citoyen,tandis que sesjimmunités ont disparu dans les limbes historiques de notre vieux Droit, après avoir, en leur temps, servi comme l'excuse d'«une première faute» qu'invoquent tant de malfaiteurs laïques. Passez-moi ce vieux souvenir d'Eton : ce sont de ces phrases qui vous reviennent encore par instants sur les lèvres1. Or, au point de vue de la liberté et de

1. [L'écolier d'Eton, traduit pour la première fois devant la justice disciplinaire de son collège, peut ou pouvait jadis échapper aux verges en invoquant l'excuse

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l'égalité individuelles, les privilèges que je viens d'énumérer brièvement me semblent plutôt de Tordre négatif.

Le Docteur. — Eh bien ! vous plaidez notre cause. Nous savons que l'Eglise est enchaînée : c'est un de nos griefs ; nous agissons dans l'intérêt même de l'Eglise. Vous dansez dans les fers, pour que l'Etat vous joue de la flûte ; mais c'est l'Etat qui choisit l'air et la chanson. Ou, pour employer une image plus juste, sinon plus relevée, vous troquez la liberté spirituelle qui vous appartient de naissance et qui n'a pas de prix, contre un malheureux plat temporel de lentilles que vous cuisinent les lois sur l'uniformité de croyance (Act of Uniformity) et les commissions ecclésiastiques, et que l'on vous assaisonne ou garnit de vanités pompeuses, telles que — cérémonies d'action de grâces, assistance aux couronnements, sermons d'assises et autres satisfactions frivoles. Et, tant que vous tiendrez à ce marché, il ne vous siéra guère de vous plaindre du prix. Nous, pour des raisons supérieures, nous estimons le contrat

d'une première faute. L'auteur compare donc, en quelque sorte, le bénéfice de Clergie à notre Loi Bérenger.]

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essentiellement inique, et c'est ce dont nous nous plaignons. Notre intention formelle est de l'annuler — ce que l'Etat peut opérer sans peine — et de vous libérer de toutes ces entraves. Nous voudrions voir l'Eglise épiscopale d'Angleterre libre et honorée parmi les autres Eglises, et même, comme sa sœur d'Amérique, vivre en paix avec nous pour ne plus rivaliser que de bonnes œuvres. Ses propres traditions spirituelles, son juste renom, se dégageraient des scories et des décombres de la légalité branlante. Croyez-moi, nous ne sommes pas des ennemis voulant battre vos murs en brèche^ mais des amis qui vous crient de sortir de votre donjon et de venir vous joindre à nous pour faire campagne.

L'Etudiant. — Voilà qui serait parfait, maître Docteur, pour une adresse ad clerum. Mais rappelez-vous, je vous prie, que je ne suis pas un clerc : je ne suis qu'un simple citoyen ; j'incline, ainsi que l'a dit un honnête homme d'Etat, à considérer la question sous son aspect laïque et dans l'intérêt même de l'Etat. Quanta ce plat que vous traitez de bagatelle et devant lequel vos métaphores passent un peu vite et dédaigneusement, je ne suis pas sûr qu'il compose à lui seul tout le dîner, ni

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qu'il appartienne, comme vous seniblez le croire, à l'Etat. Vous réclamez des œuvres temporelles, une législation, une transformation des propriétés et des intérêts, une répartition nouvelle des fonds. C'est le terrain où vous nous priez, où vous nous suppliez, — où vous nous sommez d'accourir vous rejoindre : et là, cependant, — soit dit avec tous les égards que mérite l'élévation supérieure de vos sentiments spirituels, — nous devrons encore nous plier aux conditions du milieu même où nous travaillerons, fût-ce à la plus terre-àterre et la plus brutale des légalités.

Le Docteur. — Si vous voulez bien me le permettre, je refuse de me laisser entraîner à une discussion scientifique. Vous et moi n'allons pas rédiger la loi nouvelle sur-le-champ. Quand un peuple s'est découvert la volonté franche et la puissance convenable d'agir, les voies et moyens sont l'affaire des spécialistes; et l'on ne tardera probablement pas à les découvrir. Pour créer la volonté je me retranche derrière le principe de l'égalité religieuse que vous n'avez pas nié ; et, pour mettre en action la puissance, derrière le domaine éminent de l'Etat que vous n'oserez guère nier davantage . Pour le reste, je puis avoir mon opi-

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nion sur les mérites respectifs des plans a suivre. Mais le principe avant tout.

L'Étudiant. — Bien; mais, si vous voulez aussi me le permettre, je refuse à mon tour d'envisager aussi légèrement les détails à vol d'oiseau. J'appartiens au vulgaire de ce monde et les questions de fait alourdissent mon essor. Quant au domaine éminent de l'Etat — qui se confond d'ailleurs avec le pouvoir souverain — je ne chercherai pas à le démontrer. C'est un axiome de la politique et du Droit que toute propriété, toute espèce de droit individuel, demeure sous le contrôle des gouvernants suprêmes de la république, autant que ce contrôle peut l'atteindre. Savoir si, dans telle ou telle circonstance, il est sage et équitable d'exercer ce pouvoir souverain dépend tout d'abord de la cause invoquée pour son exercice, puis de la façon dont on se propose de l'exercer. C'est un cas, à mon humble sens, où le principe peut recevoir beaucoup de lumière de son application dans le détail. En politique, l'action vise à obtenir un résultat proportionné qui la justifie; il est, du moins, certain que la masse des citoyens n'accepterait aucune autre justification. Vous nous invitez à risquer une aventure complexe,

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sans précédent, et telle qu'une fois accomplie, il puisse être i mpossible de revenir sur ses pas. Certes, la chose et ses résultats seront au fond ce que votre plan les fera par détails. C'est à vous qu'il appartient de montrer d'avance comme probable, je ne dis pas sur tous les points, mais sur un nombre de points suffisamment raisonnables, que l'on peut atteindre par des mesures justes et congruentes, des résultats adéquats et satisfaisants. Et ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que je ne vois, à ma connaissance, personne ou presque personne dans votre parti, considérer le « désétablissement », en dehors de la « dédotation », comme une affaire d'importance pratique.

Le Docteur. — C'est donc sur le terrain pratique que je veux vous rencontrer; et j'espère vous convaincre de la justesse de nos idées par la justice de leur mise en œuvre. Mais pas aujourd'hui, car le temps me manque.

L'Étudiant. — Tout à votre disposition quand le moment vous plaira. Il faut aussi que je continue mon chemin qui est le vôtre, si je ne me trompe, de ce côté de l'eau. Voulez-vous que nous traversions ensemble l'abbaye *, puis-

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