‹ Introduction à l'étude de la science politiqueChapitre 53 sur 55 · Westminster · texte numérisé non relu

Westminster

508 l'égalité religieuse

que, en attendant la réussite de vos projets, elle est encore à la disposition du public?

L'Étudiant. — Nous nous rencontrons encore à point, maître Docteur. Vous allez, je le suppose, me convertir par des arguments circonstanciés à votre projet de restaurer l'égalité et la liberté de la religion en détruisant l'Eglise anglicane, telle qu'elle est établie par la loi.

Le Docteur. — Permettez-moi de vous interrompre dès le début; mais vous m'obligez à protester. Nous voulons détruire les excroissances parasites de rétablissement légal, et reprendre les biens de la nation dont on a détourné l'emploi pour maintenir une suprématie exclusive et factice. Or, nous disons que cette distinction amènerait la naissance d'une véritable Église spirituelle.

L'Étudiant. — Je le sais; aussi ai-je eu soin d'ajouter telle quelle est établie par la loi. Maintenant, on peut vous accorder que l'Eglise d'Angleterre survivrait, ecclésiastiquement parlant, aux opérations possibles du déséta-

l'égalité religieuse 50!)

blissemont; et cela, non pour des raisons inhérentes et nécessaires d'autorité divine, — ce sont là des considérations dont je ne veux pas vous fatiguer, — mais pour des probabilités qui s'appuient sur nos motifs ordinaires de jugement dans les affaires de ce monde. Je soupçonne même que sa vitalité dépasserait de beaucoup votre attente. Quant à savoir si l'Église anglicane désétablie ressemblerait dans sa doctrine et son esprit à celle que nous connaissons; si ses traditions, dont les meilleures ne sont rien à moins d'être nationales, pourraient garder et garderaient en effet une continuité substantielle'; si les laïques en général se laisseraient influencer par le déchaînement des controverses qui se modèrent aujourd'hui ; ainsi que bien d'autres conséquences de ce genre : ce sont autant de problèmes d'une certaine valeur, et dont la solution, je l'avoue, me paraît très indéterminée. Vous semblez croire, pour votre compte, que tout irait au mieux. Mais, pour vous inspirer cette heureuse confiance, je ne vois pas de plus proche ni de meilleure vérification que l'aphorisme à double tranchant de l'expérience vulgaire : qu'il est rare de voir la mise en œuvre des projets confirmer les espérances de leurs promo-

510 l'égalité religieuse

tours, ou les craintes de leurs opposants — aphorisme d'ailleurs susceptible de faiblir en bien des circonstances critiques. Mais venons au fait. Vous imaginez le désétablissement comme l'annulation d'un contrat entre l'État et l'Eglise, ou plus simplement, si vous le voulez, comme le retrait par l'État des avantages et des appuis qu'il procure à l'Église. Telle est, du moins, l'opinion qui circule couramment dans votre parti, et qui revient sans contradiction dans les pamphlets comme dans les programmes électoraux. Ainsi vous vous figurez, semble-t-il, une époque où l'Etat existait en Angleterre sans l'Église, ou sans rapports définis avec l'Église, tandis que je lis dans l'histoire qu'il existait une Eglise d'Angleterre alors que le pays était encore morcelé en plusieurs États. Il n'y a jamais eu de contrat entre une Église et un État distinct de l'Eglise, mais une suite de transactions et d'accommodements, qui n'étaient en somme qu'une lutte à peine déguisée pour la suprématie entre les puissances temporelle et spirituelle, au sein de l'État dont ces deux puissances représentaient, de l'aveu général, des éléments nécessaires au même degré. Et la lutte s'était en outre compliquée des prétentions d'un potentat spirituel

l'égalité RELIGIEUSE 511

vivant à l'étranger, qui voulait se mêler dans une large mesure des affaires spirituelles et, dans une mesure moindre mais indéfinie, des intérêts temporels du royaume; si bien qu'un incident assez insignifiant, en apparence, amena de ce dernier chef une crise qui eut pour effet de repousser définitivement les prétentions étrangères, et de fixer la souveraineté aux mains du pouvoir temporel. Nous constatons aussi qu'à travers tous les changements, l'Église ne cessa pas d'être partie intégrante de l'État, et qu'elle est demeurée telle jusqu'à ce jour. La Réforme n'a ni établi ni doté l'Église, mais elle l'a considérablement dédotée, — car ce sont en bonne partie des dons faits par ses ancêtres royaux, ainsi que par d'autres pieux fondateurs, en vue d'applications religieuses, que Henri VIII s'est donné la fantaisie de reprendre, — et elle a plutôt établi la suprématie de la couronne. J'en conclus que le mot « désétablissement », avec sa demi-douzaine de syllabes coulantes, ne signifie rien de moins qu'une altération introduite dans l'État même, et dont la forme, sinon l'effet, serait une modification plus profonde que n'importe quelle extension d'électorat parlementaire, réforme d'administration locale, et autre transforma-

512 l'égalité religieuse

tion dans le mécanisme du gouvernement. C'est la renonciation perpétuelle à tout un hémisphère de la souveraineté. Et pour quelle cause? Et dans quel but? Pour obéir aux appréhensions si fréquentes aujourd'hui, à la crainte obsédante de la responsabilité, et pour — eh bien! je ne voudrais pas dire la chose trop brutalement, mais je ne puis trouver de meilleurs termes, — pour une question de francs, de sous et de centimes.

Le Docteur. — Ce n'est pas ma faute si le public est d'ordinaire très ignorant en matière d'histoire, ce qui d'ailleurs n'importe guère en l'espèce. Nous disons que l'Église établie d'Angleterre, quel qu'ait été son rôle autrefois, a cessé d'être l'Église de la nation; qu'il n'est pas humainement possible de lui rendre en fait sa situation — à supposer que ce fût chose désirable, ce que nous contestons d'après nos principes généraux ; — et que le moment est venu pour la loi de s'ajuster à la réalité. Nous n'avons jamais nié que l'entreprise fût délicate; mais, en somme, nous ne proposons rien d'aussi violent que les confiscations de Henri VIII. La part de souveraineté ou de surveillance dont nous cherchons à soulager l'État est, selon nous, absorbante, inutile; et l'Etat retrouve-

l'égalité religieuse 513

rait une juste indemnité de sa perte (si c'en est une) dans la reprise des biens nationaux pour les appliquer à des objets vraiment nationaux, — non pour gagner un bénéfice direct à l'opération, mais pour accomplir quelques bonnes œuvres qui peut-être ne différeraient pas beaucoup des intentions exprimées à l'origine par les pieux fondateurs d'églises.

L'Étudiant. — Alors, paix à l'histoire ancienne; oublions la Réforme, la République, la Restauration. S'il vous convient de passer sur les misères de vos prédécesseurs sous les Stuarts, je ne parlerai pas non plus des Quakers, et je ne chercherai pas davantage à vous rappeler que vos dignes aïeux en particulier, comme le reste des églises protestantes en général (sauf quelques hommes d'une sagesse et d'une charité exemplaires), n'ont jamais découvert le principe de la tolérance que quand îa domination leur semblait manifestement hors d'atteinte. Et pourtant, cette même histoire est pour vous un fantôme gênant qui ne se laisse point exorciser. Vous parlez de biens nationaux. Mes connaissances spéciales, avec leur prosaïsme scientifique, ne me permettent pas de vous suivre. Quand un prince du royaume de Mercie, un chef west-saxon, dotait

514 l'égalité religieuse

le siège de Worcester ou de Winchester, étaitce par hasard la nation anglaise, tout au plus alors en voie de formation, qui se faisait un cadeau à elle-même? Les bienfaiteurs particuliers d'un moustier ou d'une fondation cathédrale s'imaginaient-ils faire un don à l'État? Il existe, à vrai dire, des biens nationaux, créés ou entretenus par actes volontaires de l'État, « sur les fonds votés par le Parlement », comme dit la formule officielle : par exemple, un navire de Sa Majesté avec son armement, les arsenaux et les bassins de radoub, le British Muséum, la Galerie nationale. Les biens d'Église ne sont même pas propriété de l'Église d'Angleterre, car la loi du pays ne connaît sous ce nom aucune corporation capable d'acquérir des biens. Ce sont les biens de diverses corporations ecclésiastiques, administrés sous le contrôle du Parlement, et (comme toute propriété transmise en fidéicommis, dans un intérêt public ou charitable), sujets plus spécialement et plus évidemment au domaine éminent de l'État que la propriété privée qui appartient à des individus en leur qualité privée. Je vous accorde que l'expression de < biens nationaux » peut être d'un légitime emploi contre ceux qui se servent

l'égalité religieuse 515

d'autres expressions tapageuses comme « spoliation » et « sacrilège. » Mais cet emploi légitime ne fait que ramener la discussion sur le terrain de la justice et de l'opportunisme politique. Après quoi, son secours vous abandonne; et vous ne sauriez torturer les mots pour leur attribuer une portée préconçue.

Le Docteur. — Très bien. Tournez la chose comme il vous plaira, pour votre argument : mettons qu'il s'agisse de vieilles fondations de charité. Nous disons que l'institution ne répond plus par ses bienfaits à son objet primitif (ce qui ne veut pas dire que nous approuvions la méthode originelle) , et qu'il faut en conséquence une nouvelle organisation. Il est inutile d'ergoter sur la propriété légale quand vous exercez des droits souverains; et tout propriétaire est d'ailleurs en conscience tenu de se conformer à la justice. Nous ne reculons pas devant la responsabilité dans une œuvre qui est éminemment une affaire de conscience.

L'Étudiant. — Prenons donc la propriété avec l'acception générale que vous préférez. J'y aperçois, quand même, un élément assez important quoique insaisissable, que vous avez négligé dans votre appréciation. Vous savez

516 l'égalité religieuse

ce que les marchands entendent par la « raison sociale, » l'achalandage d'une industrie ?

Le Docteur. — Je ne suis pas très au courant du vocabulaire commercial; mais cela signifie, je crois, que le crédit et la valeur de l'entreprise, aux mains d'un successeur, dépendent du droit de ce dernier d'employer le nom de ses prédécesseurs et de tirer de leur notoriété tous les avantages possibles. On pourrait dire peut-être que l'achalandage est la continuité d'une entreprise, en tant que sa durée ajoute à la valeur de son capital.

L'Etudiant. — Parfait. Et vous avez sans doute entendu dire que cette adjonction n'était pas la moindre partie de l'ensemble. Eh bien ! si vous aviez comme mandataire, pour le compte d'autrui, à régir une maison d'affaires importante, assurée d'une bonne clientèle, vous n'estimeriez probablement pas qu'il fût loyal de votre part de prendre des mesures, soit pour détruire la raison sociale, soit pour l'abandonner à des mains étrangères ou peut-être hostiles.

Le Docteur. — Non, certes. Mais en quoi cela regarde-t-il notre projet?

L'Étudiant. — En ceci, que nous avons le mandat d'administrer pour la postérité nos

l'égalité religieuse 517

institutions nationales — non seulement les parcelles de terre et les travaux extérieurs sortis de la main des hommes, car ce ne sont ici que des instruments ou des symboles — mais les traditions et les influences qui tiennent à la continuité même de la chose symbolisée. Dans le cas de l'Eglise d'Angleterre, nous avons une tradition, une influence, un idéal, dont le caractère national est unique. Voilà ce que vous nous proposez d'abandonner, après en avoir effacé le plus possible, à une Eglise transformée, désétablie, qui (dans votre idée) deviendrait une secte inoffensive, maintenue par le seul accord volontaire de ses membres , comme toutes les autres, et qui se contenterait de faire humble et bon ménage avec les Wesleyens ou les Baptistes. Je vous l'affirme, ce n'est pas là de la politique d'homme d'État. Ce n'est pas le traitement d'un médecin qui songe à la santé générale; c'est un coup de chirurgie brutale et désespérée que pourrait tout au plus justifier l'imminence de désastres encore plus graves. Vous ne sauriez prétendre, avec la moindre apparence de raison, que nous nous trouvons dans cette urgence de péril; et, cependant, au lieu d'attendre encore avec patience pendant une génération ou deux, vous

518 l'égalité religieuse

voulez nous exposer, nous et nos enfants, aune expérience dont on ne peut calculer la portée. Dans quelle mesure vos statuts et vos règlements réussiront-ils à détruire le caractère et les prétentions exclusives de l'Eglise? Combien allez-vous ajouter, songez-y, à l'ardeur et à l'esprit de secte, par la lutte et la violence de votre campagne de désétablissement ? Vous en pouvez juger par ce que produit déjà la simple menace de l'opération. Dans quelles proportions la générosité privée restituera-t-elle dorénavant ses fondations à l'Église dépouillée ? Et les nouvelles clauses de communion serontelles plus larges? Les formules seront-elles moins strictes que sous le régime de l'Établissement? Au mieux aller, tout cela n'est que conjecture; mais je vous demande la permission de croire mes conjectures aussi plausibles que les vôtres. Il me semble que je vous vois tête à tête, non plus avec une bande de chrétiens pacifiques qui se bornent à constater leur désaccord avec vous sur les points de détail, mais avec une Église anglicane orthodoxe (et l'on peut dire presque à coup sûr, avec une Haute Église anglicane) disciplinée, consolidée par la guerre, brûlant de se venger dans la sphère qui lui reste, puissante, riche, mili-

l'égalité religieuse 519

tante. Et je ne puis soupçonner comment ce résultat, ou tout autre analogue, pourrait contribuer à la charité comme à la paix générales. Et pour ce qui nous concerne, nous autres pauvres laïques, j'aperçois déjà un bedeau désétabli exigeant un certificat d'orthodoxie, signé de l'archidiacre, pour consentir à nous laisser visiter un monument historique. En échange de ces risques inconnus, on nous offre bien quelque chose de vaste et d'éblouissant, mais on ne sait pas au juste quoi. Au pis aller, ce sera une dilapidation transitoire des anciens fonds dans des tripotages locaux *. Au mieux aller, ce sera, si l'on veut, une nouvelle organisation de l'instruction secondaire pour la classe moyenne. Mais j'avoue que je n'attends pas ici beaucoup de bien continu ni de persévérance rationnelle dans la conduite, pour

4. [C'est généralement ce qui arrive en cas pareil. On sait qu'en 1546 les « pauvres communes » d'Angleterre furent obligées d'adresser une supplique au roi contre les acquéreurs de biens d'Église. En Italie, de nos jours, même scandale : « Il est resté à peine un cinquième de ce magnifique patrimoine, et le pays n'en a ressenti d'autre effet qu'un avilissement de la propriété foncière.» (Discours du sénateur Vitelleschi, le 22 avril 1890, cité dans V Annuaire de la Soc. de Lég. Comp., pour 1890, p. 389.]

520 l'égalité religieuse

quantité de raisons, dont Tune suffira peutêtre, à savoir, qu'il faut que le projet semble offrir à première vue des bénéfices immédiatement réalisables. On le verra successivement servir d'amorce dorée pour les électeurs et s'évanouir en fumée dans les rapports parlementaires.

Le Docteur. — Terreurs fantastiques ! mon bon étudiant, idoles de cloître! Et, quand même vos craintes auraient plus de réalité, je vous conseillerais encore de les abandonner à vos frères plus timides. Nous devons faire le bien sans souci des conséquences. Fiat justitia, ruât cœ/um !

L'Étudiant. — Mais, encore une fois, mon brave Docteur, vous supposez la justice de votre bord. Vous nous proposez, d'un cœur léger, de couper une forêt séculaire pour améliorer, dites-vous, le climat. J'ose humblement vous faire observer que vos améliorations nous donneront seulement un climat de sécheresse ou d'inondation tour à tour; et vous nous criez pour toute réponse : Fiat justitia ! — Soit dit en passant, l'un des détails de votre justice est de laisser tranquilles les fondations modernes. Je ne sais pas comment vous distinguez les modernes des anciennes : pour moi,

l'égalité religieuse 521

j'appellerais modernes les fondations octroyées à l'Église depuis que la loi permet de donner aux autres dénominations religieuses; car, depuis lors, il est fort à présumer que le donateur a volontairement, librement, préféré l'Anglicanisme. Dans le fait, il importe peu que nous tirions la ligne à la date de l'Acte sur la Tolérance ou un siècle plus tard. Cette distinction, je le répète, est équitable et l'on ne peut que vous en féliciter; sans elle, à vrai dire, vos projets ne rencontreraient pas beaucoup d'adhésion. Mais cela ne tend point à diminuer les risques d'un imperium in imperio. Votre prétendue libération affaiblirait les éléments de l'Eglise qui ont besoin d'être fortifiés et fortifierait ceux qu'il faudrait affaiblir.

Le Docteur. — Nous y avons pensé, puisqu'il faut satisfaire votre prudence politique. On peut imposer des freins et des garanties.

L'Étudiant. — Oh! maître Docteur, je crains fort que votre égalité religieuse n'ait bientôt l'air d'un Hercule rachitique. Votre destructeur de serpents ne pourra même pas marcher tout seul ni tenir tête à un chien démuselé. Quoi! Vous allez démembrer l'Église anglicane émancipée, l'empêcher de garder son unité et d'employer sa liberté, de peur qu'elle

522 l'égalité religieuse

soit trop forte pour vous : et vous venez ensuite prôner l'égalité? Ces œuvres aigries d'un vieil anti-prélatisme, sont-ce là les fruits de votre nouvelle justice et de votre charité? Du reste, selon moi, tout cela se vaut, car il faudra bien autre chose qu'un texte de loi net et précis pour me persuader que vos garanties suffiront jamais.

Le Docteur. — Mais alors que faites-vous de l'Établissement?

L'Etudiant. — C'est une autre question, trop longue à discuter en ce moment. Je n'ai point de projet tout éclos ; c'était à vous de me convertir au vôtre. Les inconvénients et les anomalies de notre régime ecclésiastique sont assez sensibles, et, l'on peut facilement les dépeindre sous des couleurs attristantes ou grotesques. Mais les maux qui en résultent sont du moins connus, susceptibles de remède; d'ailleurs ils tendent, je crois, à s'amender; et, en étendant, ils n'ont rien d'intolérable. J'irai aussi loin qu'il me paraîtra nécessaire pour les corriger; mais je ne les échangerai pas contre des maux inconnus, tant qu'on ne m'aura pas prouvé que leur guérison est impossible.

Le Docteur. — Eh bien! Si vous ne voulez pas venir avec nous, vous resterez avec la sa-

l'égalité religieuse 523

tisfaction paradoxale de vous opposer au cours des étoiles.

L'Étudiant. — Je ne me pique point de déchiffrer la langue des étoiles : mais je suis assez vieux pour savoir qu'elles sont jalouses des mortels et qu'il ne faut pas les invoquer pour alliées avant la victoire. Je ne me mêle de prophétiser qu'une chose : si l'Eglise d'Angleterre s'écroule, ce sera par la folie de ses propres champions.

Dans les pages qui suivent, je vais essayer de montrer comment et pourquoi la question du Home-Rule en Irlande n'est pas une simple question de politique interne, ni même une question de politique constitutionnelle et domestique, telle que la Réforme électorale du Parlement, mais une question qui implique naturellement des solutions et des conséquences beaucoup plus profondes. Et, ce faisant, j'essaierai

1. Publié pour la première fois dans « La Vérité sur le Home-Rule », [The Trutk about Home-Rule, Londres, Blackwood, 1888, en collaboration avec le duc d'Argyll, Lord Derby, Lord Bramwell, le Mis de llartington, M. Lecky, etc.] Il ne semble pas que les incidents survenus depuis, doivent rien changer à l'argumentation.

[Nous avons conservé cette étude, malgré le carac tère d'actualité et de particularisme que lui attribuent

de montrer en même temps pour quelle raison j'estime que l'application sérieuse, effective, de l'idée du Home-Rule impliquerait non seulement une nouvelle constitution pour l'Ir-

certains critiques, parce qu'elle touche à une branche de la politique, dont on s'occupe beaucoup en Angleterre, et qui comporte des principes généraux que l'on n'aperçoit pas encore nettement en France : — nous voulons parler du gouvernement des dépendances. Cornewall Lewis en fait un tiers de la politique, avec le Droit international et le Droit municipal pour les deux autres. Et, comme on ne peut établir de limitation précise entre ces Droits de divers ordres, comme on ne saurait dire où le Parti politique commence et où le Nationalisme finit, — puisqu'il se rencontre, par exemple, autant d'Anglais protestants dans le parti de l'Irlande que d'Irlandais catholiques dans celui de l'Angleterre, — on conçoit que, par des voies multiples, les idées de liberté, d'indépendance, d'autonomie, se transfusent de la sphère internationale dans la sphère municipale, et inversement: c'est ainsi que, dans les grands Empires de l'antiquité, la législation variait suivant qu'ils dominaient une race homogène ou un aggrégat de tribus adverses. Le lecteur curieux de la question trouvera l'occasion d'en apprécier l'étendue et l'intérêt dans le livre classique de Cornewall Lewis déjà cité, et dont il vient de paraître une édition nouvelle [Essay on the Government of Dependencies, avec introduction et notes par M. G. P. Lucas, Oxford, Glarendon Press, 1891) ; ou dans l'excellent volume de M. A. V. Dicey (England's Case against Home Rule, Londres, Murray, 1886) ; ou même, dans la délicieuse Oceana que M. Froude a écrite pour faire suite à celle de Harrington.]

lande, mais une constitution nouvelle aussi pour l'Empire britannique, outre une révolution dans les relations actuelles des colonies et possessions anglaises avec le Parlement impérial. Je ne prétends pas apporter des faits nouveaux, ni découvrir des arguments inédits. Il me semble que nous risquons bien plus de négliger en cette matière les faits les plus simples et les principes généraux, que d'oublier de menus détails habituellement ignorés ou des raisons qui, tout en n'étant pas d'une valeur courante, auraient chance de peser beaucoup dans la recherche d'une saine décision. Notre rôle en cette conjoncture est d'insister sur les choses essentielles, et d'y insister jusqu'à satiété, plutôt que de les laisser perdre de vue. Je me propose de n'invoquer ici que des faits notoires et de ne m'appuyer que sur les inductions les plus élémentaires que l'on en puisse tirer.

Les territoires que l'on désigne en bloc sous le nom d'Empire britannique, ne sont pas seulement disséminés à la surface du globe, mais

ils ne sont soumis à la haute et suzeraine autorité du Parlement impérial que sous des formes très diverses. Nous avons en premier lieu le Royaume Uni de la Grande-Bretagne et de Tirlande, dont le peuple est immédiatement représenté dans le Parlement. Nous avons ensuite quelques possessions de la Couronne adjacentes à la Grande-Bretagne, géographiquement parlant, mais qui semblent, pour des raisons historiques, extra-parlementaires, si l'on veut me passer le mot. Elles jouissent de leurs anciennes lois locales et de leurs privilèges que leur garantit au fond le Parlement impérial. L'insignifiance, comme étendue et population, des iles de la Manche ou de l'Ile de Man comparées au Royaume Uni, a seule pu rendre acceptable dans la pratique, la continuation de cet ordre de choses. Puis, nous avons les colonies fondées par des immigrants anglais qui ont apporté avec eux la législation anglaise et leurs droits de sujets britanniques. Enfin, il existe des colonies et dépendances acquises à plusieurs époques, soit par conquête, soit par cession, ou moitié d'une façon moitié de l'autre, tantôt aux dépens des princes indigènes, tantôt et plus souvent d'ailleurs aux dépens de princes et de chefs, européens ou

non, qui étaient eux-mêmes des conquérants ou représentaient des conquérants antérieurs. Dans les dépendances de cette catégorie, on trouve des différences aussi fréquentes qu'importantes en fait de lois, d'institutions et de gouvernements, mais dont les détails ne doivent pas nous arrêter ici. Ce qui nous intéresse est que la Reine, soit directement, soit indirectement, de l'avis et du consentement des Etats du Royaume, — ou, si l'on veut, du Parlement impérial ], — possède une souveraineté reconnue, illimitée, sur ces nombreux et divers domaines. L'origine légale et le principe de cette autorité ne sont pas les mêmes dans tous les cas, mais ceci non plus ne saurait

1. Il se pourrait, à la rigueur, que des sujets anglais fussent encore soumis au gouvernement de la Couronne en vertu de sa prérogative générale. Je dis : « il se pourrait », parce qu'il serait au moins risqué de supposer tout d'abord qu'il existe des parcelles de possessions britanniques dont le gouvernement ne se soit pas encore trouvé sous le coup d'un Acte quelconque du Parlement impérial. Mais la Couronne peut, bien entendu, faire avec le concours du Parlement tout ce qu'elle pourrait exécuter sans lui; et, comme elle ne peut rien faire sans l'intermédiaire de ministres responsables devant le Parlement, le contrôle et la suprématie parlementaires demeurent en définitive les mêmes, à tous les égards pratiques.

nous regarder. Personne ne conteste son existence ; elle s'exerce sous des formes et à des degrés variables. En de certains cas, elle se manifeste par une intervention directe et constante. En beaucoup d'autres, son action se borne à rédiger ou sanctionner une constitution, d'après laquelle le gouvernement s'effectue par l'intermédiaire de personnes et de corps politiques que l'on peut regarder comme les délégués de la Couronne ou du Parlement. L'intervention directe du Parlement reste possible, mais elle est exceptionnelle. Dans quelques cas mêmes, qui ne se distinguent pas formellement des autres, — je veux dire, dans le cas des colonies anglaises autonomes, — ■ il existe une sorte d'accord effectif bien qu'indéfini pour limiter cette intervention aux choses qui touchent les intérêts de l'Empire et non plus seulement les affaires de l'endroit.

Or, les institutions particulières qui réglementent, en dehors du Royaume Uni, le gouvernement et l'administration de la Justice, — toujours sauf le contrôle ultime du Parlement, — peuvent se classer comme il suit :

Ce peuvent être des institutions importées d'Angleterre et modifiées plus ou moins pour s'accommoder aux circonstances locales ;

Ce peuvent être des institutions importées d'un autre pays civilisé, et conservées pour un motif quelconque, sous la suprématie du régime anglais. C'est ainsi que, depuis la période d'occupation militaire qui suivit immédiatement la conquête, nous nous sommes toujours crus obligés de maintenir les lois et coutumes héritées de sa mère-patrie par la population française du Bas-Canada ;

Ou ce peuvent être des institutions indigènes, — c'est-à-dire, non-européennes ; car nous n'avons pas à nous arrêter à la distinction des coutumes vraiment indigènes d'avec celles qu'auraient imposées ou importées des conquérants non-européens avant le début de la domination anglaise ou européenne. Et il se peut également qu'on les conserve, tantôt par l'effet d'une promesse expresse, tantôt par esprit général de bonne foi et d'équité, tantôt comme une simple mesure d'expédient1.

2. [Outre la législation spéciale de l'Ecosse dont nous avons parlé déjà, p. 514, il en existe une propre à l'île de Man, dans le groupe des Iles Britanniques; les îles de la Manche ont conservé l'ancien Goutumier de Normandie; le Bas-Canada s'est fait un Code imité du nôtre avec de vieilles lois datant de la Monarchie française ; l'île Maurice a le Code Napoléon ; et la colonie du Cap ainsi que Ceylan se servent du Droit romain, tel qu'on l'en-

Ces divers éléments n'existent pas toujours à l'état pur ou séparé. On les retrouve, au contraire, en combinaisons variables plus ou moins complexes. Dans l'Inde, les mêmes tribunaux appliquent, suivant les cas, — le Droit anglais aux Européens; des régimes différents de Droit indigène, aux différentes classes et races asiatiques; enfin, le Droit anglais modifié par une législation spéciale, aux Asiatiques comme aux Européens tout ensemble. Plus d'une fois, aussi, le maintien des institutions françaises dans le Bas-Canada, côte-à-côte des institutions anglaises introduites par les colons anglais du Haut-Canada, nous a valu des troubles fort sérieux en politique. Après avoir essayé sans succès d'autres méthodes, y compris celle d'un gouvernement unique, autonome, l'Acte de 1867 sur « l'Amérique anglaise du Nord, » a doté le Canada d'une constitution fédérale très étudiée, du reste inventée par les hommes d'Etat canadiens eux-mêmes. — Si on l'accepte comme un compromis, on peut dire qu'elle fonctionne avec un certain bonheur ; mais on ne doit pas supposer qu'elle marche sans frotte-

tendait avant les travaux récents de l'Ecole historique. Cf. Oxford Lectures, pp. 51, 57.]

ment *. Dans d'autres colonies, telle que l'Ile Maurice, le concours des institutions anglaises avec les coutumes étrangères, devient une source de difficultés que l'importance assez médiocre du pays empêche seule de ressentir vivement en Angleterre. Les relations les plus faciles pour la métropole sont celles des colonies australiennes, où la population et les institutions anglaises occupent le terrain sans partage; et, cependant, là même, elles sont encore moins simples qu'elles ne paraissent, car il y entre dans les faits, sinon dans les lois, les sous-entendus que nous venons d'indiquer plus haut.

L'Irlande fait en ce moment partie du Royaume Uni. Les avocats du Home Rule prétendent qu'elle devrait avoir une situation quelque peu différente, tout en continuant d'appartenir à l'Empire britannique; ils assurent que les principes de cet arrangement sont très fa-

1. Une conférence de délégués représentant toutes les provinces canadiennes, a naguère réclamé des amendements considérables à l'Acte fédératif.

ciles à poser et que leur exécution dans le détail ne serait pas plus délicate que toute autre réforme importante en politi que. C'est là, je pense, ce qu'ils ont entrepris, — et ce qu'ils devaient entreprendre d'ailleurs de mettre en évidence — à moins qu'ils accordent cependant que le Home- Rule implique des dangers très graves, connus ou inconnus, et que, tout en s'y résignant, ils s'obstinent néanmoins à soutenir le Home-Rule pour le motif qu'un remède désespéré ne saurait être pire que la maladie actuelle. Cet argument, que l'on pourrait appeler l'argument du désespoir, n'est pas de nature à encourager ni réjouir les électeurs ou les amis politiques d'un candidat, outre qu'il ne saurait être bien agréable aux avocats sincères du Home-Rule en Irlande. C'est pourquoi nous ne l'entendons guère reproduire en public; et pourtant nous pouvons soupçonner qu'il [n'est pas sans exercer une certaine influence sur les partisans réfléchis du Home- Rule en Angleterre, — plus d'influence peutêtre qu'ils ne se l'avouent à eux-mêmes. Dans tous les cas, revenons aux idées et projets de constitution irlandaise, soit qu'on la propose comme bonne en principe, soit qu'on nous la recommande simplement comme plus ou moins acceptable. En un sens, le choix est manifeste-

ment restreint. L'Irlande ne possède aucune forme de gouvernement indigène ou d'institutions propres enpolitique,quel'on puisse aujourd'hui conserver ni rétablir. Il n'y a point de forme imaginable pour une constitution irlandaise en dehors des variétés et des développements d'ingrédients qui sont anglais par essence et par origine. Les Nationalistes irlandais se plaignent que le pouvoir exécutif viole en Irlande leurs libertés légitimes. Et ces libertés, — liberté de parole, droit de réunion et d'association politiques, jugement par jury, — sont anglaises de nom et de naissance. Ce sont les libertés des Irlandais, non parce qu'ils sont Irlandais, mais parce qu'ils sont sujets de l'Angleterre. Et, si même nous regardons ces libertés comme faciles à déduire en tout ou partie des universels principes de la justice naturelle, l'Angleterre s'est approchée beaucoup plus de l'idéal supposé du Droit naturel que tout autre pays civilisé. De sorte que l'Irlande doit aux penseurs anglais sa part de l'idéal, et aux lois de l'Angleterre sa part dans l'approche effective du but. Je ne dis rien ici pour appuyer de préférence telle ou telle opinion, telle ou telle ligne de controverse. Je me borne à noter un fait évident. On dénonce en vain César comme un

tyran : c'est aux lois de César et aux tribunaux de César que Brutus et Cassius font appel contre César. Encore moins souhaité-je me lancer dans des spéculations d'histoire rétrospective. Il est fort probable que les maux de l'Irlande viennent dans une large mesure, non pas de l'introduction même des institutions anglaises, mais de ce que cette introduction s'est produite sans égard suffisant aux prétextes plausibles ou aux occasions propices, sans but fixe ni persévérance politique. Il est vraiment oiseux de discuter si la conquête de l'Irlande par les Anglais est plus ou moins justifiée que la conquête de la Bretagne par les Angles, ou les conquêtes préhistoriques de la Bretagne et de l'Irlande tout ensemble sur des tribus dont le nom comme la langue sont depuis longtemps oubliés, et qui probablement elles-mêmes n'avaient fait que supplanter une race antérieure. Peut-être eût-il mieux valu qu'Edouard Ier employât ses forces àconquérir solidement l'Irlande au lieu de se lancer dans une conquête illusoire de l'Ecosse. Peut-être eût-il mieux valu que, sous Elisabeth, un ministre se rencontrât doué d'assez de génie et de patience pour traiter l'Irlande comme la Compagnie des Indes orientales traita par la suite, l'une après l'autre, province

et province, royaume et royaume. Mais il est maintenant trop tard pour regretter que l'on n'ait pas annexé l'Irlande à la façon du pays de Galles ou du Pandjab. Il est aussi trop tard pour regretter l'extinction de tout ce qui a jamais pu subsister de civilisation franchement irlandaise. Si le rêve du Home-Ride comporte l'intention d'effectuer en Irlande la restauration positive ou apparente d'institutions politiques qui ne sortent point du moule anglais, c'est une aspiration que jamais mesure politique ou législative ne pourra satisfaire. Les griefs sentimentaux, comme on dit, ne peuvent se traiter que par des remèdes du même ordre. J'emploie l'expression parce qu'elle est j ustement appropriée, facile à comprendre, mais sans aucun désir de raillerie, car le sentiment est l'une des forces motrices de l'activité humaine 1 .L'homme se laisse émouvoir par l'aspect

1. [« Tout cela peut paraître sentimental, » dit M. Froude, à propos des tendances unionistes ou séparatistes des colonies anglaises; « mais, dans les questions de ce genre, le rôle principal appartient encore au sentiment. Les affections familiales sont du sentiment; l'amitié est du sentiment; le patriotisme est du sentiment. Un peuple chez qui le sentiment n'a plus d'action est à la veille de cesser bientôt d'être un peuple. » Occana, Londres, Longmans, nouv. éd. 4892, p. 91.]

sous lequel il aperçoit les choses, et il agit suivant son émotion. C'est l'un des défauts caractéristiques de l'Angleterre de déprécier la valeur de l'impression première que donnent les choses, et de gâter j usqu'aux bonnes actions par la façon maladroite de les accomplir. Que nous ayons déjà payé cher et que nous payions encore pour cette faute en Irlande, cela ne fait aucun doute. Nous l'avons commise de nouveau, tout récemment encore, dans notre façon d'aborder la question foncière. Je vais signaler un autre exemple de ce que je veux dire, au risque de paraître insister sur des vétilles. Je crois sérieusement que, s'il y avait eu un régiment de la garde irlandaise à Waterloo et en Crimée, nous aurions quelques régiments de moins à entretenir aujourd'hui en Irlande. Ce n'est pas mon affaire de chercher à quel point l'initiative publique ou privée saura remédier aux bévues de ce genre. Une chose est claire : c'est qu'on n'y remédiera point avec les clauses et les considérants d'un bill en faveur du Home-Rule, fût-il l'œuvre d'une adresse consommée. Il y a quelque chose de plus difficile que de faire et d'appliquer de bonnes lois. C'est de ressusciter et d'alimenter la confiance, l'affection, chez le peuple qui exécute la loi sans y être contraint

par un agent de l'autorité. La loi doit être d'abord la terreur du malfaiteur, mais cela ne doit point nous suffire. Si je croyais que le peuple anglais n'eût point ici de but plus viril; si j'étais persuadé qu'il manque absolument de justice, -de générosité, de patience, — caria tache exige une justice ferme et impartiale, une générosité surabondante, une patience inaltérable; — si j'estimais qu'il renonce aux devoirs les plus ardus, les plus nobles du gouvernement, en se déclarant et se montrant par là même incapable de ses fonctions impériales : — alors j'adopterais l'argument proposé en désespoir de cause, et j'accepterais le Home-Ride pour l'Irlande, à supposer même que je ne vinsse pas l'appuyer directement. Mais je ne l'accepterais que comme un signe fatal que la suprématie politique des Anglais survit à leur génie pour la politique, et qu'elle doit avant peu le suivre, s'éteindre à son tour, quitte à revivre — si le hasard le permet — dans une branche plus jeune et plus fortunée de la famille.

Pour le moment, nous no saurions indiquer en termes précis, ce que doivent être aux yeux de ses avocats les rapports du Home-Rule irlandais avec le Parlement impérial et suprême, car il n'en existe aucune définition complète. Naguère encore, les adhérents du Home-Rule , y compris M. Gladstone, prétendaient n'être point liés par les projets de lois déposés au nom même du Ministère de M. Gladstone, en 1886, — avec la mûre considération, espérons-le, que méritait une mesure de cette importance. Il est vrai que nous n'y devions pas regretter la perte de beaucoup d'éclaircissements; car, parmi les nombreuses omissions et ambiguïtés du premier Bill sur le Gouvernement de l'Irlande, la moins frappante n'était pas son obscurité sur le rôle du futur Pouvoir exécutif d'Irlande, entre le « corps législatif » irlandais d'une part, et de l'autre les ministres responsables de la Couronne1. Si l'on peut adopter l'interprétation

1. Nous en parlons après avoir lu consciencieusement le texte même du Bill, malgré la déclaration tranchante de Lord Thring, que « les Bills ne sont jamais lus par

que Lord Tkring en donnait lui-même récemment, l'intention générale serait d'assimiler l'Irlande, sauf quelques exceptions, à l'une de nos colonies autonomes du type australien1. Je ne m'arrêterai pas à discuter si les exceptions ne sont pas denatureà infirmer les espérances. Il nous suffit que les projets de Home Rule prétendent satisfaire les exigences des Home-Rulers irlandais. Le Home-Rule signifie tout au moins le pouvoir de légiférer sur place pour les affaires de l'Irlande, endehors de celles qui touchent aux intérêts de l'Empire. Et ceci, comme nous allons le voir, suppose un pouvoir effectif sans contrôle. Les distinctions de principe entre les affaires impériales et locales doivent être posées dans l'Acte du Parlement qui établira la nouvelle constitution irlandaise, et appliquées suivant l'occasion par une autorité judiciaire revêtue d'une dignité supérieure et d'un caractère

ceux qui les critiquent ». {Handbook of Home Rule, p. 71.) — [Lord Thring était alors le rédacteur officiel des Bills du gouvernement.

4. [Le nouveau Bill présenté par M. Gladstone en 4893, est beaucoup plus explicite à cet égard et ramène en effet la Constitution proposée pour l'Irlande au type des constitutions coloniales, jusque dans plusieurs détails de formé.]

impérial. Or, ce mécanisme n'aurait aucune valeur si le Parlement, à l'ordinaire ou dans les circonstances les plus vulgaires, devait intervenir en dehors des départements qui lui sont expressément réservés. Légalement parlant, le Parlement pourrait toujours intervenir quand il le jugerait à propos, de sorte qu'il pourrait altérer ou révoquer la constitution qu'il aurait donnée lui-même, — du moins, faudrait-il une dextérité merveilleuse pour empêcher qu'il ne s'élevât des doutes sur ce point. Et même s'efforcer ici de ne laisser planer aucune ombre sérieuse ne serait pas la même chose qu'empêcher les doutes de s'éveiller et de jeter le trouble dans le public, aussitôt que le jugement s'obscurcit devant l'intérêt ou la passion. Pourtant, au fond, personne ne s'attendrait à voir le Parlement intervenir. C'est ainsi que les choses fonctionnent pour les colonies autonomes ; et l'Irlande n'attendrait pas moins de respect. On n'accepterait pas qu'une intervention habituelle vînt détruire l'œuvre des législatures locales. Cette intervention exciterait autant de rancunes, et qui s'autoriseraient de motifs plus plausibles, que la législation exceptionnelle d'aujourd'hui pour l'Irlande. On s'y opposerait avec autant de

résolution pour le moins, et avec de bien meilleures chances de succès. D'ailleurs, il n'y aurait point de tentative à craindre en ce sens. Non seulement le corps législatif et le pouvoir exécutif d'Irlande exigeraient qu'on les abandonnât à eux-mêmes dans les limites de leurs attributions, mais la Chambre des communes en Angleterre demanderait à ses ministres de ne pas venir l'ennuyer des affaires d'Irlande. Nous pouvons donc tenir pour certain qu'il ne faudrait rien moins qu'une urgente nécessité pour induire les Ministres à passer outre. Ce n'est pas que les Unionistes veuillent nier que cette nécessité puisse survenir un jour et même plus tôt que plus tard. Mais je m'efforce d'imaginer comment les choses se passeraient si l'on se décidait à établir le Home-Rule, et si tous les partis en Angleterre, liés par cette décision finale, étaient heureux d'en faire loyalement l'essai.

La non-intervention habituelle du Parlement impérial, et delà Couronne adoptant ici l'avis de ses ministres responsables devant le Parlement, sera donc la règle. On nous assure que, dans les colonies australasiennes comme au Canada, ce régime répond à toutes les espérances et qu'il ne s'ensuit aucun inconvé-

nient pour la suprématie delà Couronne et du Parlement. Pourquoi n'en serait-il pas de même en Irlande? Il ne faut pas avoir peur de répéter les choses les plus simples. Aussi répétera i-j e ici ce que Ton a déjà dit bien des fois et ce que Ton pourra redire bien d'autres fois encore. Pourquoi deux et deux ne font-ils pas cinq? Parce que deux n'est pas trois. Pourquoi la liberté coloniale ne fleurit-elle pas en Irlande comme dans la Nouvelle-Zélande ou à Victoria? Parce que l'Irlande n'est ni la Nouvelle-Zélande ni Victoria, et que le canal de Saint-Georges ne représente pas l'intervalle de deux océans additionnés d'un continent.

Voyons les circonstances qui rendent les relations des dépendances coloniales régulièrement compatibles avec la non-intervention habituelle du pouvoir suprême. Il en est deux qui me semblent de première importance.

D'abord, la communauté dépendante, de même que chacune des fractions tant soit peu notables qui la composent, doivent accepter franchement l'autonomie avec toutes ses conséquences. Il doit être parfaitement entendu que jamais parti vaincu ne viendra faire appel à la mère-patrie pour obtenir du secours contre tout ce qui pourra lui arriver dans les limites

de la constitution locale. En outre, les discussions sur ce qui rentre ou non dans ces limites constitutionnelles , seront tranchées', suivant les règles ordinaires de la justice, soit par les tribunaux locaux, soit, au besoin, par un appel à la Couronne en sa capacité judiciaire. Ces communautés sont autant de provinces d'un seul et même empire et peuvent faire appel à César pour les protéger contre l'ennemi du dehors. Mais, dans leurs propres affaires, elles ne peuvent en appeler à César que d'après les termes de leur propre contrat, et point autrement. En contractant pour obtenir leur liberté, elles s'imposent du coup l'obligation de trancher leurs discussions intestines avec leurs ressources personnelles et de ne point les rejeter à la charge de la mère-patrie.

En second lieu, la communauté dépendante doit se montrer heureuse de conserver ses relations avec l'Empire dont elle fait partie — et même elle doit plus que s'en montrer heureuse. Il lui faut la ferme volonté d'agir et de souffrir quelques inconvénients, en de certaines rencontres, pour maintenir ce lien'. Le sacrifice momentané de l'intérêt local apparent à l'intérêt général de l'Empire, est comme le prix de la citoyenneté impériale. L'exigence n'est

pas grande; elle ne se présente pas souvent; mais, quand elle se présente, il y faut répondre. Une colonie qui n'attache pas de valeur sérieuse à ses relations impériales, ne tardera pas à convertir son autonomie en indépendance formelle, si elle n'est arrêtée par la crainte de la révolution ou de la conquête étrangère. La valeur que nos colonies attachent en somme à leurs liens avec la métropole, est par bonheur très haute. Peut-être est-elle plus haute pour la génération présente qu'elle ne l'a jamais été précédemment. Elle est certainement mieux comprise, mieux appréciée, chez elles comme chez nous. Elle dépend en partie de considérations d'utilité et de sécurité matérielles, mais en partie aussi, — et je crois que cette dernière part n'est pas insignifiante, — d'un certain fond de sentiment.

Ces conditions existent-elles en Irlande ? Il est assez clair que la première y fait défaut; et ce que nous pouvons dire au mieux de la seconde est qu'elle y semble douteuse. Quant à la première, l'Irlande se trouve divisée en partis violemment hostiles, et chacun d'eux compte des adhérents fanatiques dans le pays. Si le Parlement impérial accordait jamais une constitution pour établir le Home-Rule, elle serait,

de par la nature même des choses, une sorte de compromis entre des partis dont aucun n'a jusqu'ici manifesté un grand esprit de compromission; et chacun d'eux ne manquerait pas d'y trouver quelque part matière à récriminer. Il n'y a aucune raison de supposer que les Nationalistes et les Orangistes consentissent à s'abstenir plus tard de peser sur l'opinion publique en Angleterre, pour obtenir des modifications aux clauses de la nouvelle constitution qui les gêneraient, ou même pour provoquer l'intervention du Parlement en alléguant qu'il lui faut exercer, dans telle ou telle occurrence, son pouvoir ultime et suprême . Quant au second point, il reste au moins à prouver que les gouvernants locaux de l'Irlande, se conformant au régime de l'autonomie coloniale, seraient disposés à se donner la moindre peine pour maintenir les liens actuels avec l'Angleterre. Si nous pouvons nous en rapporter aux discours publics, — presque tous les discours prononcés en public, lorsque l'heure et le lieu n'obligeaient pas de se concilier un auditoire anglais, — le sentiment qui domine chez les Nationalistes irlandais vraiment actifs serait tout autre. Ou les Nationalistes marquants, pour la plupart, en tenant ces

discours tapageurs ne leur attachent aucun sens, ou ils cherchent l'appui moral et matériel à la fois de leurs auditeurs irlandais ou irlando-américains sous de faux prétextes, ou ils témoignent qu'ils ne sont pas d'humeur à lever le doigt pour empêcher le Home-Rule de devenir la pierre d'attente de la séparation complète. Ils se sont posés en ennemis, non pas seulement de tel ou tel principe, de tel ou tel individu, dont le Gouvernement anglais de l'Irlande subirait l'influence, mais du Gouvernement anglais et des liens politiques avec l'Angleterre dans toute la force du terme. Ce n'est point là le langage de la discussion politique entre concitoyens. C'est le langage de gens qui se mettent en dehors de la citoyenneté commune, auxquels il manque moins la volonté que le pouvoir de devenir rebelles, et qui ne se servent en attendant de leur titre de citoyen que pour s'en faire une arme contre la communauté. Si l'on croit que j'exagère, on n'a qu'à regarder la France, où la division des partis est bien plus profonde, bien plus acerbe qu'en Angleterre. Que l'on se demande si l'on pourrait se figurer un monarchiste français, aussi intransigeant d'opinion que Ton voudra, parlant de la France républicaine comme d'une

nation étrangère et hostile, se réjouissant de ses difficultés et de ses infortunes. C'est une chose que Ton ne saurait imaginer. Un bonapartiste qui oserait formuler des souhaits pour les insurgés contre l'autorité française en Algérie ou au Tonkin, serait hué par un auditoire bonapartiste1. Or, cequi est impossible en France, soit dit à l'honneur des Français, ne serait rien au delà de ce qu'ont fait les Natio-

1. [Le fait est vrai, sans aucun doute, pour le Tonkin et pour le moment; mais il faut se garder de pousser l'observation trop loin. L'esprit de parti, qui est en définitive la base du gouvernement parlementaire, a pour effet nécessaire de réduire au second rang le patriotisme, ainsi que l'explique fort bien M. Lecky dans son Histoire de l'Angleterre au xvme siècle. Et c'est pourquoi, malgré leurs indignations et protestations antérieures, tous les partis agissent de même dès que l'occasion surgit. Ln 1762, pour se débarrasser de Pitt et terminer la guerre de Sept Ans, le ministère anglais faisait obligeamment prévenir le Gouvernement français qu'il verrait avec plaisir infliger une défaite à son alliée la Prusse; et personne n'ignore avec quel vif espoir les Whigs escomptaient en 1815 le triomphe de Napoléon. — Du reste, le patriotisme sincère peut se placer à bien des points de vue. Avant de blâmer madame de Staël d'avoir déploré la victoire d'Austerlitz ou M. Thiers d'avoir regretté celle de Solferino, il faudrait se demander si un bon échec à nos armes, en ces deux circonstances, ne nous eût pas épargné Waterloo et Sedan avec leurs conséquences ruineuses.]

LE HOME-RULE ET LA SOUVERAINETÉ IMPÉRIALE 54î)

nalistes d'Irlande. Encore que beaucoup de braves Irlandais partagent la fortune bonne ou mauvaise des armes britanniques , il se rencontre des gens qui prétendent parler au nom de l'Irlande et qui se réjouissent de nos défaites réelles ou imaginaires. Ils exultent à l'idée de nos ennuis réels ou imaginaires en n'importe quelle région du globe. Ils parlent de l'Angleterre comme d'une ennemie, et des ennemis de l'Angleterre comme d'autant d'amis et d'alliés pour leur propre cause. Tous les Nationalistes, je le sais, n'en sont pas là. Mais quelques-uns l'ont fait, et ce ne sont pas les moins actifs ni les moins marquants; et je ne sache pas que ceux de leurs collègues qui passent pour modérés aient jamais émis un mot de protestation. On a plutôt remarqué l'attitude indulgente, et plus qu'indulgente, des chefs à l'égard de ces subalternes dont le zèle est si compromettant. Tout cela peut être légitime, en ce qui concerne notre argumentation, et même louable au point de vue nationaliste. Je ne m'inquiète pas de savoir si les personnes qui ont manifesté de vive voix ou par écrit des sentiments de ce m genre, appartenaient ou n'appartenaient pas au Parlement, et si elles n'étaient pas liées par un serment volontaire d'allégeance au sou-

verain de l'Empire britannique; ou encore, si elles étaient membres du Parlement, je ne chercherai pas ce que la conscience et le sentiment de l'honneur devaient leur dicter sur la portée de ce serment. Je dirai simplement que ce langage n'est pas de nature à faciliter le respect des conditions expresses ou tacites qui semblent nécessaires pour unir impérialement la Grande-Bretagne avec une colonie autonome; et j'ajouterai que nous ne devons pas seulement tenir compte du langage employé par les orateurs et les écrivains du parti nationaliste, mais aussi des sentiments que doit vraisemblablement engendrer chez leurs auditeurs et leurs lecteurs, un pareil catéchisme de persévérance. Protestez que cette violence n'est qu'une ligure audacieuse de la rhétorique irlandaise, ou le flot naïf d'un verbiage qui veut exprimer son désir honnête d'obtenir le Home- Rule, et ne souhaite rien de plus que le Home- Rule : le mal fait à la multitude ignorante demeure exactement le môme. D'ailleurs, le maintien de nos bonnes relations, quelle que soit la forme éventuelle du Home-Raie, exige autant de discrétion que de bonne foi de part , et d'autre. Or, si telle est la loyauté des chefs du Home-Rule, qui nous répondra de leur bonne

foi? Si telle est leur prudence, qui nous répondra de leur discrétion? Il est vrai que certains orateurs nationalistes se sont avisés sur le tard, avec une rouerie plus ou moins grossière, de flatter la démocratie anglaise, ou plutôt une minorité de toutes les sortes de gens qu'il leur convient d'appeler en Angleterre la démocratie. Il n'y a pas de raison, à leur point de vue, pour qu'ils se fassent scrupule d'attiser la révolution ou les craintes de révolution en Angleterre, s'ils peuvent ainsi parvenir à leurs fins en Irlande. Et, jusque-là, je crois assez volontiers que leurs flatteries sont sincères, et s'accordent parfaitement avec ce mauvais vouloir pour l'intérêt public des Anglais qui se trahit encore abondamment dès qu'on le croit agréable à l'auditoire.

Mais, nous dit-on, ce sont là des détails sans importance, car une Irlande autonome serait trop prudente pour rêver l'indépendance ; la puissance supérieure de l'Angleterre serait trop évidente. Mais quoi? Le pouvoir de l'Angleterre à maintenir l'Union, si l'Angleterre veut résolument la maintenir, est-il aujourd'hui moins évident ? A-t-il empêché de préparer, de mûrir, d'introduire jusqu'au cœur de la politique anglaise, le mouvement en faveur

5u2 LE HOME-RULE ET LA SOUVERAINETÉ IMPÉRIALE

du Home-Rule, et même de l'amener deux fois presque à portée visible du triomphe ? Il y a vingt ans, le Ho?ne-Rute était, auxyeux des hommes d'Etat anglais, aussi loin des possibilités pratiques que doit l'être en ce moment la séparation définitive. Les Nationalistes irlandais peuvent se figurer que l'Angleterre ne se verra jamais contrainte par la force des armes d'accorder l'indépendance, sauf dans la grave conjoncture d'une guerre avec l'étranger, — dont la perspective n'a d'ailleurs jamais excité franchement chez eux les protestations d'aucun, et dont plusieurs ont franchement désiré la venue. Mais, si l'on n'y peut contraindre l'Angleterre par force, on peut séduire les électeurs anglais et harasser le Ministère. Les moyens qui auraient procuré le Home-Rule ne seraient pas moins efficaces pour obtenir la séparation en temps opportun. Le Home-Ride ne saurait offrir une apparence de finalité plus solennelle que l'Union. Pourquoi en aurait-il plutôt la substance? Ainsi, du moins, peut raisonner d'un air plausible le Nationaliste invétéré. Aussi le mouvement en faveur de la séparation de l'Irlande serait-il tout différent d'un mouvement séparatiste dans l'une quelconque des colonies anglaises. Dans ce dernier cas, on peut imagi-

ner que la séparation, une fois inévitable et si regrettable qu'elle soit, s'accomplisse avec convenance, dignité, sans effusion de sang. En Irlande, le mouvement aurait pris naissance au milieu de dissensions internes ; il aboutirait probablement à la guerre civile, et son dernier résultat serait une reconquête militaire. Supposons, maintenant, que l'on sente la résolution de l'Angleterre de ne point céder sur le chapitre de l'indépendance, et que sa puissance inspire quelque respect. Alors, que se passerait-il ? Eh bien, tous nos artifices ingénieux pour établir le Home-Rule, n'auraient d'autre effet que de laisser l'Irlande encore attachée à l'Empire britannique par une coercition qu'un degré seulement séparerait de la violence pure et simple ; l'Irlande serait encore une source non de force, mais de faiblesse, dans nos désaccords avec l'étranger, — elle serait encore moins un honneur qu'un reproche pour la capacité gouvernementale de l'Angleterre. Nous ne serions pas en meilleure situation que nous ne le sommes, ou ne pourrions l'être, aujourd'hui en appliquant avec justice et fermeté le régime actuel. Le Home- Ru/e, s'il n'est accepté sincèrement et pour lui-même, rendra la situation pire pour l'An-

gleterre et ne la fera pas meilleure pour l'Irlande. Prouvez-nous que le Home-Raie satisfera le peuple irlandais et ce sera un point capital d'éclairci. Mais, si vous nous dites que, l'Irlande satisfaite ou non, il nous faudra toujours avoir la force en main, alors nous répondrons que, puisqu'il faut en venir à la force, nous préférons l'employer au maintien de l'Union.

La vérité est que les difficultés, — difficultés insurmontables — pour maintenir un juste équilibre entre le Home-Rtde irlandais et la suprématie du Parlement impérial, viennent des circonstances particulières de l'Irlande. On ne s'en débarrasse pas en nous assurant que, dans des circonstances autres et différentes, on aurait trouvé d'autres arrangements effectifs plus ou moins analogues. Si l'Irlande était, comme la Hongrie ', un ancien Etat souverain avec

1. Les rapports de l'Irlande avec l'Angleterre n'ont jamais ressemblé un instant à ceux de la Hongrie avec l'Autriche. Si Charles 1er s'était procuré d'abord une autorité absolue en Ecosse; puis, s'il avait enchaîné les

d'anciennes institutions nationales ; si elle était, comme Victoria ou la Nouvelle-Zélande, une colonie habitée par une population homogène et unanime, — le problème du Gouvernement irlandais deviendrait beaucoup plus simple à traiter, ou plutôt il ne se serait point posé sous sa forme présente. Mais l'Irlande ne possède ni assez d'institutions anciennes ni assez d'unité propre pour aider au développement pacifique d'institutions nouvelles. Il est inutile de prétendre que ces conditions existent quand il est notoire qu'elles' n'existent pas. On ne saurait accorder vraiment à l'Irlande un seul des attributs ordinaires d'une communauté susceptible d'autonomie sans contrôle et de gouvernement unitaire. Il ne s'y trouve point d'unité fondamentale en matière de religion, d'éducation, d'habitudes sociales, d'allégeance à une personne ou une institution déterminée.

libertés anglaises avec une armée composée de troupes écossaises et irlandaises, appuyée sur le secours de la France, (projet dont tous les éléments se trouvèrent discutés, à un moment ou l'autre, dans les conseils de la dynastie des Stuarts), il y aurait eu une sorte de parallèle à l'assujétissement de la Hongrie en J849, — mais en mettant l'Ecosse à la place de l'Autriche, l'Angleterre à la place de la Hongrie, et non pas de l'Autriche ; enfin, l'Irlande à la place de la Croatie.

OoO LE HOME-RULE ET LA SOUVERAINETÉ IMPÉRIALE

La seule chose certaine, à l'égard des plans de Home-Ride qui reposent sur l'institution d'une législature irlandaise unique à Dublin , est qu'elle éveillerait l'antipathie et l'opposition chez une minorité du peuple irlandais, considérable déjà par le nombre, et considérablement supérieure, au delà de sa proportion numérique, par la richesse, par l'industrie, ainsi que par la capacité générale.

Il est temps que nous comprenions clairement que les Etats se fondent et que les institutions s'implantent, non point avec des paperasses officielles, mais avec des hommes. On vante fréquemment et ajuste titre la constitution des Etats-Unis ; et je ne voudrais pas diminuer d'un iota les éloges que l'on accorde à ses auteurs pour l'avoir fait adopter en dépit des plus sérieux obstacles. Mais il reste des éloges à décerner ailleurs. L'œuvre des fondateurs serait depuis longtemps réduite à néant sans la bonne volonté, la bonne foi, le bon sens apportés parle peuple des Etats-Unis à sa mise en pratique. Nous y avons vu un parti puissant et ardent s'incliner devant une décision dont il sentait l'injustice, et qu'il croyait illégale, plutôt que de mettre en danger la stabi-

lité du pacte fédéral. Les luttes départis y sont fiévreuses et les décisions, quelle que soit l'autorité dont elles émanent , y restent l'objet d'une libre critique ; mais, tous les partis s'accordent à maintenir que la loi promulguée et interprétée par l'autorité compétente, doit en tout cas être obéie. Une constitution bien moins habilement rédigée, deviendrait quand même'un bon outil de gouvernement dans la main des gens qui ont fait de la constitution des Etats-Unis un document d'importance universelle pour l'étude de la politique. Une constitution plus judicieuse, mieux équilibrée, échouerait dans une communauté où manquent les éléments d'éducation politique et les conditions d'harmonie politique dans l'action commune. L'Amérique du Sud est jonchéede débris de constitutions républicainesqui feraient probablement sur le papier, aux yeux du philosophe, toutaussi bonne figure que celle des Etats-Unis. Le savoir, la réflexion, l'habileté de rédaction, doivent également avoir leur part dans le formulé d'une bonne constitution; mais, pour qu'elle naisse viable, les premières conditions nécessaires sont la bonne foi et le bon vouloir. Les adhérents du Home-Rule, en Angleterre, croient sans doute que l'on trouverait en Irlande une majorité suffisante de braves ci-

toyens pour s'appliquer de bonne foi et de bonne volonté au fonctionnement d'un Home-Ride constitutionnel sous la suzeraineté impériale. Or, ils le croient pour des raisons qui paraissent aux Unionistes, non seulement insuffisantes, mais trahir précisément une tendance contraire.

Et ce n'est pas tout. Dans un plan de ce genre il faut penser aux minorités. Les minorités aussi se composent d'êtres humains susceptibles d'agir, de se passionner, et dont on ne dispose point en opérant une soustraction au total.

Il est une chose que peut nous apprendre directement notre histoire coloniale, savoir, la force d'un groupe compact et qui spécule sur les sentiments de race * et de religion — dont l'intensité pénètre au delà des divisions ordinaires de parti — pour paralyser la marche d'un gouvernement autonome incapable, ou que les citoyens jugent incapable, de garantir leurs

i. Les sentiments de race peuvent exister, voire être créés artificiellement, et cela, que la distinction physique soit ou non très marquée. En politique, la question ne se pose pas sur le terrain de l'ethnologie véritable. Ce que les gens croient sur leur propre compte, importe souvent beaucoup plus que ce qu'ils sont en réalité.

droits contre un régime antipathique et dont ils se méfient. On Ta bien vu au Canada pendant la génération qui a débuté presque avec, l'avènement de la Reine, et qui est entrée dans la vie politique entre l'insurrection de 1837 et la constitution fédérale de 1867. Les Canadiens français avaient échoué dans leur résistance les armes à la main. Cependant, sous la Constitution de 1840, ils réussirent à rendre impossible au parti anglais, qui d'abord les égalait à peine en nombre, mais qui plus tard eut la majorité, d'appliquer le Home-Raie sous une forme centraliste. Enfin, l'Acte de 1867 sur « l'Amérique anglaise du Nord » leur accorda l'autonomie législative pour la province de Québec ; et, depuis lors, ils ont toujours exercé dans les affaires du Dominion une influence, outre qu'ils ont joui dans fait d'une liberté d'agir à leur guise, que beaucoup de Canadiens anglais regardent comme excessive. Or, la situation de l'Ulster en Irlande ne diffère pas énormément du cas de la province de Québec au Canada. Il s'y trouve une minorité protestante et de race teutonique en face d'une majorité catholique et celte, tandis qu'au Canada les chiffres sont renversés. A d'autres égards, l'échelle et la proportion des

deux cas peuvent se comparer assez bien. Si la minorité unioniste en Irlande est moins nombreuse, moins compacte, que la minorité française au Canada, nous ne devons pas oublier que c'est elle qui s'appuie sur l'Angleterre, tandis qu'au Canada cet avantage est du côté de la majorité anglaise. Dans l'un et l'autre cas, la minorité est une minorité prospère et vigoureuse ^ Je ne vois pas pourquoi l'on imaginerait que l'Ulster va s'incliner sous le Home-Rule aux mains des catholiques et d'une majorité anti-anglaise, plus volontiers que le Bas-Canada ne s'est incliné sous le gouvernement du parti anglais et protestant, ou que les colons anglais, de leur côté, ne supporteraient l'ascendant des Canadiens français. Les chances de succès seraient au moins aussi

1. Le Bas-Canada n'est pas un pays riche, mais les Canadiens français ont le talent de se contenter de peu. Comme population, l'Ulster compte en nombre rond 4,743,000 habitants sur 5,174,000 Irlandais. S'il se rencontre des non-Unionistes dans l'Ulster, il se trouve des Unionistes ailleurs qu'en Irlande. La province de Québec a 1,400,000 habitants sur un total de 5,000,000 de Canadiens, dont 1,925,000 appartiennent à la province d'Ontario, qui s'appelait autrefois le Haut-Canada. L'adjonction des autres provinces anglaises au Dominion ne semble pas avoir amoindri la situation des Canadiens français.

bonnes pour l'Ulster que pour la province de Québec. Je ne dis rien ici des réclamations que les gens de l'Ulster, et autres établis en Irlande sur la foi des lois anglaises, pourraient élever, d'après la morale et la justice politiques, afin d'obtenir pour leur religion et leurs coutumes des garanties aussi effectives que celles dont le Parlement impérial a doté la population du Bas-Canada. A tort ou à raison, les Canadiens français ont obtenu leur liberté d'action ; à tort ou à raison, les gens de l'Ulster s'ingénieraient à obtenir la leur. Je crois qu'ils réussiraient à la longue, mais au prix de sacrifices pour l'Irlande et l'Angleterre que le Parlement impérial a le devoir de ne pas accepter.

Peut-être estimera-t-on que ces dernières considérations favoriseraient l'établissement, en Irlande, d'une sorte de constitution fédérale analogue à celle du Dominion canadien, et que cette constitution pourrait garantir les droits et coutumes de l'Ulster au moyen d'une autonomie provinciale plus ou moins ressemblante à celle de la province de Québec. Et, pour ma part, j'incline à croire vraiment que ce serait la forme de Rome-Rule la moins dangereuse. Mais nous avons à traiter ici de possibilités pratiques et non d'éventualités imaginaires.

nous nous heurtons à ce fait qu'en Irlande aucun parti n'a encore exprimé le désir d'une organisation de ce genre, et n'a témoigné même la velléité relative d'y acquiescer. Ceci nous dispense de montrer au long comment ce projet exigerait plus de délicatesse dans le mécanisme que toutes les autres propositions faites jusqu'à ce jour. Et nous n'avons pas davantage à insister sur le doute, ce semble assez grave, de savoir si une majorité qui n'est pas attachée fermement à sa sujétion vis-à-vis de l'Angleterre, montrerait la même patience, la même loyauté, que la population anglaise du Canada pour le maintien des droits garantis à la minorité.

Ainsi nous rencontrons de toute part des difficultés aussi manifestes que celle où nous jette le maintien de l'Union. Le Home-Ride peut reculer pour un temps la nécessité de se prendre corps à corps avec ces difficultés. Gomme le billet signé par un prodigue, il peut acheter un peu de calme et de tranquillité à des conditions usuraires. D'un autre côté, il est plus que pos-

LE HOME-RbLB ET LA SOUVERAINETÉ IMPÉRIALE T)63

sible que l'expédient ne nous procure même pas autant de répit. Quelque plan que Ton adopte, il faudra rédiger une nouvelle constitution pour l'Irlande, organiser un nouvel ordre de relations entre l'Irlande et le parlement impérial. Si l'Irlande, possédant une législature autonome à Dublin, continue d'être représentée à Westminster, — et tel est le projet actuel du ministère Gladstone, en 1893, — ces relations nouvelles seront toutes différentes de celles qui existent aujourd'hui entre le Parlement et n'importe laquelle des colonies ou possessions britanniques. En tout cas, il y aura lieu de les interpréter et de les développer. On imagine que nous allons nous résigner dans l'espoir que ce régime se maintiendra pacifiquement, sans sortir des voies civiles et judiciaires, grâce aux moyens créés à cet effet par la constitution nouvelle, et que le sujet se trouvera désormais exclu, d'un commun accord, des discussions parlementaires ou des controverses politiques. Nous nous serions ainsi débarrassés lestement de nos attributions impériales ; et l'Irlande, de même que les affaires irlandaises, suivant l'expression cynique de certains avocats du Home-Rule, ne se rencontreraient plus désormais sur notre chemin. Si l'on

observe le cours des choses dans le passé, qui seul peut nous aider raisonnablement à prédire l'avenir, je ne vois aucun indice que cette attente soit remplie. J'ai déjà indiqué, dans une certaine mesure, les raisons qui me font croire qu'elle ne le serait pas. Au lieu de questions embarrassantes sur le gouvernement exécutif et la législation spéciale de l'Irlande, nous aurions des questions de compétence constitutionnelle et de pouvoir impérial discrétionnaire, qui pourraient se débattre avec plus ou moins de courtoisie, mais qui ne demanderaient guère moins de temps ni d'attention. Le Parlement ne pourrait refuser de s'en occuper, et les politiciens ne manqueraient assurément pas de s'en servir.

Il n'y a qu'une façon, et ce semble une seule, de garantir pour un régime de Home-Rule la chance de se développer à l'aise et de prendre fermement racine. Ce serait de rendre la nouvelle constitution anglo-irlandaise aussi difficile à altérer que la constitution fédérale des Etats-Unis ou de la Suisse. Mais ce serait du coup introduire un élément tout nouveau dans nos institutions. Nous ne connaissons pas de statut que la Reine et les Etats du Royaume ne puissent abroger ou amender dans la forme

ordinaire, par Acte du Parlement. La succession au trône, le gouvernement de l'Empire anglo-indien, les constitutions de nos colonies autonomes, tout cela relève d'Actes du Parlement qui ne se distinguent, ni dans le fond ni dans la forme, de l'Acte sur la margarine, ou du dernier Acte que l'on a pu passer pour trancher la validité de trois ou quatre mariages célébrés dans quelque consulat perdu d'Angleterre. Etablir une distinction formelle entre la législation organique ou constitutionnelle et la législation ordinaire, équivaut à détruire la suprématie du Parlement impérial telle qu'elle existe et qu'on la comprend aujourd'hui *. Et, par conséquent, ce serait — chose plus grave — créer une constitution nouvelle, non seulement pour l'Irlande et la Grande-Bretagne, au point de vue de leurs relations mutuelles, mais pour tout l'Empire britannique. Le Canada, Victoria, la Nouvelle-Zélande, refuseraient de s'incliner, comme on doit s'y attendre, devant la

1. Il se peut que les auteurs de l'un, ou même des deux Actes d'union avec l'Ecosse et l'Irlande, se soient imaginés qu'ils préparaient des lois organiques immuables. Mais, qu'ils se le soient imaginés ou non, pas un jurisconsulte autorisé en matière constitutionnelle n'oserait aujourd'hui soutenir que tel soit légalement l'effet produit dans l'un et l'autre cas.

oGG LE HOME-RULE ET LA SOUVERAINETÉ IMPÉRIALE

suprématie d?un Parlement qui aurait déclaré son incompétence à légiférer pour l'Irlande. Il faudrait alors créer un nouveau Parlement ou Conseil pour traiter des affaires d'intérêt commun. Le Parlement de Westminster deviendrait la législature locale de la Grande-Bretagne, et peut-être de l'Angleterre seule. L'Angleterre même cesserait d'être un Etat impérial. Elle ne serait plus que l'un quelconque des nombreux Etats fédérés, — le premier parmi ses égaux, mais rien de plus.

Il n'est pas nécessairede se figurer, et je ne me flgu re pas d'ailleurs , qu e ce soit là un résultat absurde ni impossible en soi. Nous ne pouvons dire ce que sera la situation de l'Empire britannique dans un siècle, et l'on peut fort bien spéculer sur le point de savoir si nos enfants ne trouveront pas facile et pratique dans l'application, une sorte de constitution fédérale. On peut estimer, par exemple, que tôt ou tard les appréhensions aujourd'hui continues de guerre en Europe devront prendre fin, soit par un arrangement qui suive la mise à l'épreuve des forces militaires, soit par quelque dénouement encore imprévu mais pacifique. Si la chose arrive, l'une des grosses objections que soulève l'idée d'un régime fédéral pour l'Empire britannique, — sa-

voir, la faiblesse matérielle de ce régime devant la politique étrangère, — perdra beaucoup de son importance. Mais, s'il est aventuré de chercher positivement à prédire ce qu'une génération future trouvera plausible ou non comme expédient, on ne risque rien à soutenir que, si l'Empire anglais doit jamais devenir une Union fédérale, la transformation sera plus grande et plus ardue qu'aucun des changements accomplis jusqu'ici dans l'histoire des sociétés politiques. Une œuvre de cette portée doit être le produit des circonstances et d'une mure expérience. Il ne résulterait rien de bon de la vouloir exécuter de force avant son heure. Et il est certain que le problème de la fédération impériale, si jamais on le pose sérieusement — et peut-être même commence-t-il à se poser aujourd'hui, — ne nous laissera guère de loisir pour les réformes domestiques pendant plus d'un an ou deux. Quelques esprits réfléchis acceptent, je crois, le Home-Rule pour l'Irlande, avec l'espoir d'y trouver une pierre d'attente pour la fédération impériale. Il me semble qu'au point de vue même de leur principe, ils commencent par le mauvais bout. Ils veulent s'embarquer pour une vaste entreprise dans des conditions non seu=-

lement défavorables mais adverses. L'Empire britannique n'existe pas dans l'intérêt de l'Irlande, et moins encore dans l'intérêt d'un seul parti en Irlande . Le Home-Rule sera Irlandais et nationaliste, ou il ne sera pas ; la fédération sera impériale et impartiale, ou elle ne sera pas. Etant donné le régime fédéral, on peut y admettre sans danger l'Irlande comme élément constitutif. Mais élaborer un régime fédéral, en partant du cas unique et exceptionnel de l'Irlande, est une idée qui, pour des raisons internes autant qu'externes, se trouve aussi loin que possible des chances vraisemblables de succès.

Tout aboutit donc au même point. Nous avons beau recourir à tous les moyens connus des politiciens et des jurisconsultes pour éprouver la valeur de ce Home-Ride fantastique et qui semble nous promettre une terre de paix et de concorde, nous n'y trouvons rienqu'un paradis enfantin, suivi du désert à l'infini. On somme le Parlement du Royaume Uni d'abdiquer sa puissance et sa responsabilité souveraines sur ce royaume, non pas avec une vue claire et précise des avantages à recueillir, mais par désespoir et fatigue pare. Ce n'est pas ainsi que s'est formé l'Empire britannique; ce n'est pas ainsi

qu'il peut se maintenir. Si nous ne savons pas gouverner l'Irlande, il nous faut l'apprendre. C'est un devoir que nous n'esquiverons pas. L'hésitation dans ce devoir est ce qui donne à la demande du Borne -Ride sa force véritable. On nous crie : « Vous ne savez pas, ou vous ne voulez pas, remplir votre rôle de gouvernants en Irlande. Arous avez brouillé toutes les affaires avec votre législation ; et, au lieu d'administrer avec un mélange de douceur et de fermeté, vous vous montrez faibles et violents tourà tour. Laissez un Parlement irlandais se charger de la tâche où vous avez échoué. S'il ne s'en tire pas mieux, il ne s'en tirera pas plus mal. » Une nation pénétrée de l'esprit de justice, une nation douée d'un caractère élevé, une nation qui a réussi comme l'Angleterre dans ses entreprises de gouvernement les plus diverses, ne sera pas assez abjecte pour céder à ce cri. Nous ne pouvons abdiquer notre rôle avec honneur, quand même nous le voudrions. Nos plus grandes fautes, si l'on s'en tient aux résultats, ont été l'indifférence et l'ignorance. Il y a eu indifférence, — peut-être indifférence coupable — chez le public ; il y a eu ignorance, — peut-être ignorance coupable — chez ceux à qui l'on avait le droit de demander du savoir. Mais ce ne sont

point des fautes irrémédiables. Les Anglais en ont surmonté plus d'une fois les inconvénients, et peuvent y parvenir encore. Le premier est déjà surmonté. Notre peuple aie désir d'être juste; etla volonté de s'informer, pour juger en connaissance de cause, ne nous fait pas défaut. Mais léguer à d'autres sa tâche serait une manière étrange, et j'ose dire assez peu digne, de réparer les négligences commises. J'ai essayé de montrer que cette ligne de conduite n'atteindrait même pas lebut qu'elle vise à contrecoeur. La voie d'une justice patiente et vaillante, dont on ne se laisse détourner par aucun bruit décourageant ou favorable, semble d'autant plus ardue qu'elle est meilleure ; mais on n'échappera pas à la vérité des choses, et la voie la plus noble reste en définitive la plus sûre.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Adam, 68, 120.

Aethelbirht (de Kent), 325,

Aethelred, 350, 354-356, 358,

Afrique, 51.

Ahrens, 181, 189-190.

Albigeois (Les), 479.

Aldhelm, 325.

Alfred (Le roi), 220, 310, 321,

Algérie, 548.

Allard (Paul), 444.

Allemagne, 84, 181, 191-193,

Amérique, 151, 192, 233, 339,

Amérique du Nord, 53 1 , 559.

Amérique du Sud, 557.

Anabaptistes (Les), 480-481.

Anaxagoras, 494.

Angles (Les), 401, 535.

Anglicanisme, 463, 494-523.

Aquin, Voy. Thomas (St.) Ares, 296.

Argyll (Duc d'), 524.

Ariens (Les), 480-481.

Aristote, 5-6, 13, 16, 18, 21

Asie, 345, 392.

Asie-Mineure, 280.

Aspasie, 172.

Athènes, 19-25, 448-449.

Atlantique, 339, 460.

Aube, 444.

Augustin (de Cantorbéry),

Austin (John), 106, 168-170,

Austerlitz, 548.

Australasie, 542.

Australie, 540.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Autriche, 555.

Baal, 6i.

Babylone, 45-46.

Bagehot, 175, 286.

Baptistes (Les), 517.

Barthélémy Saint-Hilaire ,

Bas-Empire, 407.

Bath, 365.

Baudrillart, 91. Beaconsfield (Lord), 249, 262.

Bémont (Gh.), 225, 254.

Bentham, 131, 157-167, 170-

Bérard-Varagnac, 231.

Bérenger, 503.

Berks (Cté de), 359.

Berlin, 261.

Beudant (Gh.), 459.

Bigelow, 223, 367.

Birmingham, 203.

Blackstone, 131-133,140, 158-

Blakesley (G. H.), 408.

Bluntschli, 196.

Bodin (Jean), 79-95, 100, 117, Bohême, 304.

Boissier (Gaston), 444, 454.

Bologne, 337.

Booth (G*i), 500.

Bouddha, 490.

Bouddhistes (Les), 490.

Bourget (Paul), 9.

Boutmy, 336.

Bracton, 70, 229-231, 333-334,

Bradlaugh, 496-497.

Brahmanes (Les), 5, 482.

Bramwell (Lord), 524.

Brasidas, 23.

Bretagne {anglaise), 535.

Bright (John), 500.

Britannique (Empire), 284, .'i26,

Brunetière (F.), 9.

Brunner (Dr.), 170, 180.

Brutus, 535.

Bryce (James), 60, 63.

Burke, 107, 135, 140-152, 184,

Burton (Gart. de), 436.

Gable (Georges), 52.

Gairns (Lord), 500.

Caistor St.-Edmund's, 366.

Gallicratidas, 23.

Cambridge, 338.

Canada, 530-532, 542, 559-562,

Cantorbéry, 365, 367.

Cap [Colonie du), 530.

Carthage, 434.

Gassius, 535.

Castlecombe, 417.

Gésar, 443, 534-535, 544.

Ceylan, 530.

Ghambrun (de), 129.

INDKX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Ghamfort, 139.

Charlemagne, 321.

Charles-le- Chauve, 322. Charles Ier, 229,232, 241,245-

Charles II, 258, 333, 480.

Charles Stuart, 403.

Chester, 359.

Chine, 137.

Christian, 269, 272.

Cicéron, 55-56, 67.

Cirencester, 365.

Clarendon (Lord), 266.

Cnut (Le roi), 351, 353-355,

Coke (Sir Edw.), 249, 385,

Coleridge, 177, 193-194.

Coleridge (Lord), 489.

Comte (Aug.), 15, 196.

Constantin, 328.

Cooley, 352.

Cornouaille {Duché de), 423.

Costero (F.), 77.

Courcelle-Seneuil, 259.

Cracovie, Voy. Dargun.

Crimée, 537.

Croatie, 555.

Cromwell (Olivier), 254.

Cromwell (Thomas), 62.

*Cyclopes (Les), 431.

Dan (Tribude), 343-346.

Dante, 63-70, 77, 79.

Dareste (R.), 31.

Dargun (Dr.), 430.

Dartmoor, 423, 426.

Darwin, 36, 135. Démosthènes, 307.

Derby (Lord), 524.

Devonshire, 379, 435.

Dicey (A. V.), 525.

Digby (Kenelm), 395- 396.

Dingelstedt (V.), 393.

Dioctétien, 328.

Dostoievski, 9.

Douvres, 363, 365.

Dove (P. Edw.), 433.

Droysen, 366.

Dublin, 556, 563.

, Dunstable, 366.

Dupont-White,201.

Durham [Cté de), 375, 416.

Eadric, 350.

Ecosse, 183, 186, 312-314, 363,

Eden (Richard), 424.

Edimbourg , 186, 313.

Edmond (Le roi), 355, 360.

Edouard-le-Confesseur, 352,

Edouard Ier, 377, 406, 462,

Edouard III, 368.

Edouard IV, 232.

Edouard VI, 338.

Egusham, 417.

Egypte, 63.

Elisabeth, 248, 258, 480, 535.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Elisée, 61.

Elton, 429, 433.

Eotvos, 199.

Ephraim (Mont), 3t3.

!']picure, 54.

Epping, 4*27.

Erastiens (Les), 496.

Erming Street, 357, 36Î--366.

Espagne, 24, 460, 463, 477.

Etats-Unis, 52, 176, 192, 284,

Eton, 502.

Exeter, 415, 435.

Ferri (Enrico), 475.

Filmer, 120.

Fitzherbert, 379.

« Fleta » (Le), 416.

Florence, 475.

Fortescue, 91, 109, 336.

Foss, 357, 364-366.

Fouillée (Alf.), 454.

France, 47, 134, 144, 146,

Frank (Ad.), 64, 73.

Franqueville (de), 336-337.

Frédéric II, d'Allemagne, 60-

Freeman (Edw.), 195, 221,

Froude (A.), 525, 535. Fustel deCoulanges, 68, 211,

Galles {Pays de), 536.

Gallion, 347.

Ganésa (Le dieu), 5.

Garofalo (R.), 475.

Gaule (La), 319, 327.

Genève, \3'±.

Georges (Canal de St.), 543.

Georges III, 175.

Gladstone, 248, 496, 539, 563.

Glasson, 333, 336.

Glastonbury, 41 6, 421 .

Grande-Bretagne, 183, 313, 315,

401, 527, 550, 553, 565-566, Gray Birch (W. de), 434.

Grèce, 5-6, 18-57, 450.

Green (J. R.), 366.

Grosseteste (Robert), 416.

Grotius, 348.

Grove, 366.

Guérard, 327.

Guest, 366.

Guillaume - le - Conquérant,

Guillaume III, 213, 255, 467,

Guthrun (Le roi), 355.

Haddan, 354. Haie (archidiacre), 416.

Hamilton (Sir W.), 198.

Hamlet, 410.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Hampden, 252-253.

Hanse (La), 331 .

Harold, 233-234.

Elarrington, 5'25.

Harrison (Fred.), i69.

Hartington (Mis de), 524.

Eïaussoulier, 31.

Henley (Walter de), 416.

Henry Ier, 328, 350, 357, 361,

Henry II, 225, 406.

Henry III, 376.

Henry VIII, 62, 249,369, 511-

Héphaistos, 296.

Hera, 296.

Hercule, 521.

Higden, 365.

Hlothaer, 350.

Hobbes, 1,38,58,79,83-84,90,

Holland (Prof.), 106, 168-169.

Holne, 426.

Holt (Chief-Justice), 333-334,

Holtzendorff, 170, 189,451.

Homère, 295.

Hongrie, 199, 554-555.

Hooker, 109-111, 266.

Howel (Le roi), 354.

Huillard-Bréholles, 62.

Humber (Le), 365.

Humbold (Guillaume de), 197-

Hume, 133, 184.

Huntingdon, 365.

Huxley, 196, 200-201.

Hykenild Street, 357, 364-365.

Icklingham, 366.

Ilchester, 305.

Inde, 53, 182, 235, 286, 314.

Ine (Le roi), 352.

Iowa, 459.

Iphicrate, 22.

Irlande, 142, 144, 475, 501, 524-

Isabelle-la-Catholique, 458 Islande, 308.

Israël, 343, 345.

Italie, 77 ,314, 519.

Jacques Ier, 241-242, 245-246,

Jacques II, 108, 119, 130, 213,

Janet (Paul), 9.

Jean (Le roi), 208-210, 225.

Jésuites (Les), 136, 442, 480.

Juifs (Les), 52,280-281,460-

Jupiter, 120, 443.

Justinien, 332-333.

Kali (Déesse), 482.

1NDEK HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Kant, 36-37, 177, 181, 189,

Keble, 1 10.

Kelvin (Lord), 36.

Kemble, 384, 390, 395-396,

Kennan (Georges), 52.

Kent (Ctéde), 46, 351.

Kent {Roy. de), 347, 350.

Kenyon, 31.

Kipling (Rudyard), 347.

Kirghiz (Les), 393-394.

Kovalevski, 428-429, 434.

Laboulaye (Edouard), 199.

Laish, 343, 345.

Lambarde, 381.

Laraond (Miss), 416.

Lancastre (Cté de), 375.

Lanfranc, 367.

Laveleye (Em. de), 429.

Le Blant (Edm.), 444.

Lecky, 524, 548.

Lehr (Em.), 451.

Leroy-Beaulieu (Paul), 201.

Lewis (Gornewall), 195, 525.

Lichfield, 365.

Lilly (S. W.), 458-459.

Lincoln, 359, 365.

Littleton, 385.

Locke, 108-123, 128, 131-132, 138, 151, 184 198, 266, 393.

Lolme (de), 175.

Londres, 46, 150, 208, 226, 365.

Lorimer (Prof.), 186-187.

Louis (St.), 62, 337.

Lucas (G. P.) 525.

Lucques, Voy. Ptolémée.

Lyall (Sir Alfred), 346 347, 481, 493.

Macaulay (Lord), 182.

Macédoine, 53, 57.

Machiavel, 58, 73-79, 83, 136.

Maclean Andrews, 332.

Macleod, 182.

Maillet (Jacques), 73.

Maine (Sir Henry), 160, 169- 170, 195, 349, 383, 395, 417.

Maitland (F. W.), 225, 374, 387-388, 408.

Malte, 249.

Man(Ile de), 314, 527, 530.

Manche (Iles de la), Voy. Normandes (Iles).

Manchester, 202.

Manning (Cardinal), 500.

Manning (Serjeant), 408.

Marc-Aurèle, 431.

Marie (reine), femme de Guillaume III, 255.

Marie Tudor, 480.

Markby (Sir W.), 168.

Marlbridge, 369.

Marsile de Padoue, 71-72.

Martin (Henri), 129.

Mathew (Le P.), 475.

Maurer, 395-396.

Maures (Les), 460.

Maurice (île), 530, 532.

Mazzini, 77.

Meaux (de), 480.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Mercie, 321, 513.

Méditerranée {La), 330.

Melbourne (Lord), 286.

Mersey, 365.

Micah, 343-346.

Middlesex, 46.

Mill (John Stuart), 196, 199,

Milton, 19, 161.

Moïse, 490.

Mommsen, 445.

Montague, 201.

Montesquieu, 90, 107, 138-

Moore (Stuart), 437.

More (Thomas), 92.

Morgan (James), 415.

Morley (John), 123.

Minier {Atlas de), 366.

Mûller (Max), 36.

Musulmans (Les), 468-469.

Nantes (Edit de), 460.

Napoléon I, 548.

Napoléon III, 77.

Nasse, 384 385.

Nationalistes (Les), 546, 549,

Neilson (G.), 68.

Newman, 33.

Newton, 35-36.

Normandes {Iles), 314, 527, 530.

Normandie, 321, 327.

Northampton, 479.

Norwich, 366-367, 372.

Occam (Guillaume d'), 73.

O'Connell, 259.

Odgers (Blake), 489.

Odon, 367.

Olympe, 295, 443.

Ontario, 560.

Ophélie, 410.

Orangistes (Les), 5i6.

Ossian, 353.

Ouvry (Col.), 385.

Oxford/ 140, 211, 224, 338,

Oxford {Cté d'), 359, 395-396,

Padoue, Voy. Marsile.

Palestine, 377.

Palgrave, 365, 375.

Pandjab, 286, 536.

Papinien, 328.

Pans, 150, 313, 337.

Paul, 444.

Paul (Enquête de St.\ 416.

Pell, 438.

Pencnden, 367.

Périclès, 21-24, 29, 49, 172,

Perse, 24.

Peterborough, 416.

Pétersbourg (St.), 51.

Phéniciens (Les), 434.

Philippe II, 458.

Pilate, 68.

Pindaris (Les), 346.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

Pitt, 548.

Platon, 21, 25-41, 64-05, 70,

Pline-le-Jeune,.444.

Plummer (G.), 91.

Polybe, 55-56.

Polyphonie, 296, 431.

Poséidon, 296. Poulett-Scrope, 418.

Presles (Raoul de), 73.

Prusse, 197-8, 548.

Ptolémée de Lucques, 64.

Puritains (Les), 463.

Pyrénées, 460.

Quakers (Les), 513.

Québec, 559-561.

Rambaud (Alfred), 63.

Ramsay (Gartul. de), 437.

Rattigan, 286.

Renan, 448, 493.

Renanus (Beatus), 348.

Ré ville (Alb.), 359.

Rikenild, 365.

Rome, 53-59, 93, 312-313, 316,

Round, 433.

Rousseau (J.J.), 38, 107, 122

Royston, 366.

Runnymède, 209.

Russie, 52, 280.

Sarpédon, 296.

Savigny, 135, 143, 170, 193,

Savonarole, 475.

Schmid, 348, 350, 355, 364,

Sedan, 548. Seebohm, 391, 402, 409, 420,

Selden, 120, 249.

Shakespeare, 322.

Sherbrooke (Lord), 28, 40.

Sicile, 62.

Sidgwick (Prof.), 278.

Sidon, 343.

Singuliers (Gens), 483.

Smith (Atlas de), 366.

Smith (Leading Cases), 380.

Smith (Sir Thomas), 92-94,

Sociniens (Les), 469470.

Socrate, 25-28. 448-449.

Solférino, 548.

Sophocle, 52.

Sorel (Albert), 133, 137-138,

Sparte, 22.

Spencer (Herbert), 11, 49,

Spinoza, 107.

Staël (Mme de), 548.

Stephen (Leslie), 133, 265.

Stephen (Sir James), 201,

Stoïciens (Les), 54.

INDEX HISTORUJUE ET GÉOGRAPHIQUE

Stuarts (Les), 239, 252, 254,

Stubbs (Dr.), 211, 214, 221,

Suisse, 127, 56 k Surrey, 46.

Swinburne, 19-20, 24.

T fc

Tacite, 396-397, 402.

Tait (Prof.), 36.

Tamise (La), 366, 499.

Tarde (G.), 475.

Taylor (Sir Henry), 353.

Thiers, 548.

Thomas (St.) d'Aquin, 64-67,

Thompson (Sir William), 36.

Thorpe, 350, 360.

Thring (Lord), 540.

Thucydides, 1, 21.

Thugs (Les), 482.

Tonkin, 548.

Tougard (Abbé), 455.

Trajan, 444.

Trevelyan (Lady), 182.

Troie, 296.

Tudors (Les), 84, 247-249;

Turquie, 209.

Tusser, 424.

Tyburn, 480.

Ulpien, 112,

Vlster, 559-561.

Ulysse, 296.

Unionistes (Les), 558, 560.

Victoria (Colonie de), 543, 555,

Victoria (La Reine), 431, 500.

Vigne (Pierre de la), 62.

Vigneaux, 444.

Viner (Gh.), 140.

Vinogradoff (Prof.), 229, 382,

Virgile, 67, 70.

Vitelleschi (Sénateur), 519.

Vitet (L.), 353.

Voltaire, 137.

Wahabites (Les), 459.

Wallingford, 366.

Waterloo, 537, 548.

Watling Street, 357, 364-366.

Weil, 31.

Wesleyens (Les), 517.

Wessex,,3îi, 353, 372.

Westminster, 130, 224, 340, 507,

Westermarck, 429.

Willes (Juge), 226.

Wimbledon, 499. Winchester, 224, 514.

Worcester, 416, 437, 514.

Wroxeier, 365.

Xénophon, 25, 449.

INDEX HISTORIQUE ET GÉOGRAPHIQUE

York, 328.

Yorkshire, 365.

Zélande {Nelle)} 543, 555, 565.

Zeus, 296.

Au lieu de « leur conserver » , lire « conserver ».

« en elle-même », lire « en soi ».

« créer une science avec rien », lire « de rien créer une science ».

« tout le pis »,lire « le pis».

« plotoucratie», lire « ploutocratie ».

d'Ethique Nie, lire Ethique à Nicomaque.

« indépendants » et « par eux-mêmes », lire « indépendantes » et « par ellesmêmes. » « Maître », lire « maître. » « ou l'inconnu », lire « ou plutôt l'inconnu ».

P. 73, 1. 1-2. Lire « dont on doit très probablement

attribuer la paternité à Philippe de Maizières. »

P. 129, 1. 31. Reporter le crochet à la fin de la note.

Page 1