DE LA
De 1la notion de spécificité et de la notion d’espèce en biologie.
Par spécificité on entend en biologie, l’ensemble des caractères qui distinguent les espèces.
La notion de spécificité est donc corrélative à celle d'espèce.
Celle-ci est surgie de l’observation des animaux et des plantes, mais comme toutes les notions acquises par l’esprit humain, elle a commencé par être une approximation très imparfaite de la réalité en rapport avec l'insuffisance des renseignements possédés, qui s’est complétée et précisée peu à peu par l’adjonction d'éléments nouveaux de connaissance dus aux progrès de l’observation.
L'homme, en présence des êtres vivants qui l’entouraient, remarqua d’abord au milieu de la variété de leurs caractères morphologiques individuels, certains caractères généraux, communs à un plus ou moins grand nombre d’entre eux, plus importants que leurs différences, et quiles distinguaient de tous les autres. Il fut conduit à dégager parabstraction ce qui était commun de ce qui était individuel, et à construire avec ce qui était commun, la notion abstraite et purement morphologique d'espèce : l’espèce fut l’ensemble des êtres organisés qui se ressemblaient plus entre eux qu’ils ne différaient et qu’ils ne ressemblaient à tous les autres.
“noue
Sans doute l'observation journalière avait déjà permis de constater la ressemblance des enfants aux parents, mais cette constatation fut d'abord trop limitée dans le temps et dans l’espace pour que le rapport entre la ressemblance et la filiation pût être érigé en loi naturelle, et introduit dans la notion de l’espèce. Les croyances aux métamorphoses qu’on retrouve à l’origine de toutes les religions théologiques, témoignent du caractère purement contingent qu’on accordait alors à la liaison de la ressemblance à la filiation.
Lorsqu'’au contraire les observations purent être accumulées et transmises par l'écriture au lieu de l’être simplement par la tradition orale qui devenait immédiatement légende, le rapport entre la filiation et la ressemblance s’imposa comme une loi naturelle et: devint partie intézrante de la notion d'espèce, mais malgré ce progrès, celle-ci resta incomplète, demeurant bornée à l'étendue des connaissances sur les êtres organisés dans l’espace et dans le temps.
Or dans lespace, le nombre des êtres connus était relativement restreint, car la plus grande partie de la surface de la terre et le fond des mers restaient inexplorés. Dans le temps, la connaissance humaine n’embrassait encore que la période historique de l’évolution de la terre, c'est-à-dire une durée très minime relativement aux périodes préhistoriques ou géologiques.
Dans ces conditions ou un grand nombre de types intermédiaires vivants ou morts étaient ignorés, les espèces connues paraissaient former des catégories très tranchées ne se reliant entre elles par aucun type de transition ; et elles paraissaient fixes, car aussi loin que leur histoire pouvait être suivie dans le passé, dans les livres d’Aristote aussi bien que sur les monuments Égyptiens, on constatait que leurs caractères n’avaient pas varié. Tous les individus d’une espèce furent donc supposés, conformément aux croyances, théologiques régnantes, descendre en droite ligne et sans mélange, d’un ancêtre ou d’un couple d’ancêtres primitifs, semblables à eux, et apparus un beau jour sur la terre par la volonté d'un prétendu Créateur. Les ressemblances générales plus ou moins éloignées qui existaient entre les diverses espèces furent attribuées à ce que le susdit Créateur s'était imposé dans son œuvre une unité de plan.
Mais sous l'influence du développement croissant de la civilisation scientifique et industrielle venant se substituer à la civilisation catholico-féodale, l'homme occidental prit une connaissance plus com-
dun V7
plète de sa planète; la découverte de nouveaux continents, l'exploration plus attentive des anciens, le développement de la navigation, firent connaître un grand nombre de formes animales ou végétales intermédiaires à celles déjà connues et qu'il était souvent impossible de ranger dans une espèce plutôt que dans une autre voisine. La croûte terrestre fut fouillée et livra à l'étude d’autres formes disparués qui vinrent combler un grand nombre de lacunes entre les espèces déjà connues.
L’ensemble des types organisés tendit à offrir de plus en plus le spectacle d'une gradation insensible, qui rendait souvent très difficile la caractérisation des espèces voisines, et qui augmentait le nombre des espèces douteuses impossibles à distinguer nettement des races et des variétés.
Ces dernières furent en outre étudiées dans leur production, dans leur conservation, dans leur développement. Lamarck constata l’aptitude des divers organismes à se modifier conformément aux modifications des conditions extérieures dans lesquelles ils se trouvent placés, et qui sollicitent l’exercice prédominant de tel organe spécial correspondant à telle fonction devenue plus nécessaire. Il constata de plus que les diverses moditications acquises par les individus étaient transmissibles par l’hérédité, et susceptibles de s’accentuer à chaque génération lorsque les conditions de milieu qui les avait déterminées persistaient.
Du rapprochement de toutes ces données, de leur comparaison, il fit sortir une conception grandiose de la nature vivante, d’après laquelle tous les êtres vivant ou ayant vécu furent considérés comme dérivant d’un seul ou d’un petit nombre de prototypes primitifs, leurs ressemblances s’expliquant comme l’héritage d’une forme ancestrale commune, et leurs différences comme le résultat d’adaptations gradueiles à des conditions d’existence variables.
Pour Lamarck les besoins développés sous l'influence de changements dans les conditions d'existence, sont les premières causes de la modification d’une forme préexistante ; l'habitude leur vient en aide ; l'hérédité accumulant des effets inappréciables dans chaque génération considérée isolément, rend manifestes des changements d'abord insensibles. Le temps est donc un facteur indispensable de toute transformation, et pour obtenir une espèce nouvelle il faut des durées telles, dit-il, que nos âges historiques s’effacent devant elles.
Et. Geoffroy St-Hilaire pensa au contraire que les tranformations qui donnent lieu à de nouvelles espèces se produisent brusquement, par sauts, à la suite de modifications dans l’évolution embryonnaire des êtres qui amènent la production de formes orgäniques nouvelles susceptibles de se reproduire. Kôlliker émit plus tard des idées analogues. Mais les observations ultérieures n’ont pas confirmé l'hypothèse de la transformation brusque comme source suffisante d'espèces nouvelles. Elles ont confirmé au contraire la manière de voir de Lamarck quant à la lenteur avec laquelle s’opère toute transformation d'espèce.
A l'influence des causes invoquées par Lamarck pour expliquer l’origine, la conservation et le développement des variations chez les espèces, Darwin est venu ajouter, le fait de l’altération des organes reproducteurs comme source de variation, et l’influence immense de la lutte pour l'existence, de la sélection naturelle qw’elle entraine, et de la sélection sexuelle sur la conservation et le développement des variations originelles.
Depuis lors, la théorie transformiste a été soumise à une enquête universelle.
L’anatomie comparée des espèces vivantes et fossiles, l’histologie, l'embryologie ont été simultanément ou successivement interrogées et ont témoigné en sa faveur.
Gegenbaur (1) a pu déclarer à bon droit que la théorie de la descendance a trouvé dans l’anatomie comparée sa pierrede touche ; qu’aucun fait dans cette branche de lascience ne l’a contredite jusqu’à présent ; que tout nous y conduit plutôt.
L'histologie comparée est venue révéler sous les différences de forme extérieure souvent considérables qui distinguent les espèces, de remarquables homologies de composition cellulaire.
Il fut constaté que les caractères histologiques sont ceux qui varient le moins, et qui persistent le plus au milieu des variations de texture et de forme.
L'histologie pathologique en retrouvant les cellules cartilagineuses ramifiées qui constituent le squelette céphalique des poulpes au sein du tissu tibro-cartilagineux de certains enchondromes de l’homme a apporté également un document et un document inattendu à la phylogénie.
(1) GEGENBAUR, Manuel d'anatomie comparée. Introduction.
SZ | &