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L'embryologie comparée a reconnu que les embryons et les larves des représentants les plus élevés de chaque groupe passent dans le cours de leur développement par une série de stades dans lesquels ils ressemblent plus ou moins complètement aux représentants infé-
rieurs du même groupe, et Hæckei s'inspirant de cette découverte
a montré que l’évolution embryologique individuelle qu’il appelle ontogénie, est un résumé rapide, une brève récapitulation de l’évolution paléontologique, de la longue existence des espèces antérieures, de la phylogénie.
Aucune des objections adressées à la théorie transformiste ne prouve contre elle.
A. Comte a reproché à l'hypothèse de Lamarck d’être invérifiable dans le plus grand nombre des cas, comme nous rejetant fort au delà des temps accessibles à la connaissance humaine, et dans la mesure où elle peut être contrôlée, d'être contraire aux faits connus.
Cette argumentation à été reprise par Ch. Robin, Virchow et la plupart des adversaires du transformisme, et sa première partie a été développée en ces termes par M. de Quatrefages (1) : ‘
« Ladoctrine de Lamarck et de Darwin admet comme hypothèse fondamentale, celle des transformations s’accomplissant avec une lenteur presque infinie. Lamarck ne précise rien, il est vrai, quant au temps nécessaire pour obtenir une espèce nouvelle; il se borne à répéter bien des fois qu’il s’agit de durées telles que nos âges historiques s’effacent devant elles. Darwin plus explicite, demande au moins mille générations, tout en déclarant que le chiffre de dix mille lui paraîtrait préférable.
« Qu'on juge des milliers de siècles qu'a dû exiger dans cette hypothèse le passage d’un type à l’autre, la réalisation d’un animal, d’un végétal supérieur dont le premier ancêtre était quelque chose de moindre et de plus simple que la plupart de nos infusoires, que les spores de nos conferves.
« Quelque considérables que soient ces nombres, si loin qu'ils rejettent les origines de la vie organique, ils ne m’effrayent certainement pas. De plus en plus lascience moderne peut affirmer que le monde est beaucoup plus vieux que ne le croyaient nos pères. Mais il faut reconnaître que dans immense majorité des cas, ils nous re-
(1) Darnin et ses précurseurs français, p. 176.
el 0 2
jettent fort au delà des temps accessibles à l'expérience, à l’observation directe. Par conséquent sur une foule de questions, ils conduisent sur un terrain inaccessible, dans des conditions telles que les théories se trouvent à peu près absolument en dehors de tout contrôle. »
A cela, on peut répondre, qu’il y a lieu de distinguer entre la vérification et le contrôle directs et la vérification et le contrôle indirects. Beaucoup de phénomènes échappent à tout contrôle direct et ne sont justiciables que d'une vérification indirecte. h
C’est ainsi que demander à l’hypothèse transformiste de fournir des preuves directes de la phylogénie, c’est lui demander quelque chose d'impossible à quoi elle n’est pas tenue, de par la nature des phénomènes qu’elle explique. « Le degré de précision d’une hypothèse doit être en harmonie avec celui que comporte l'étude des phénomènes correspondants » (4).
Les problèmes de la phylogénie sont des problèmes d'ordre historique, dont les données principales relèvent de l’histoire, au même titre que ceux de la géologie.
Le but commun de la phylogénie et de la géologie, fait remarquer Hæckel (2), est en effet de « retrouver les faits historiques qui dans le cours de nombreux milliers d'années, se sont déroulés à la surface de notre planète, longtemps avant la venue du genre humain.
« Leur constatation immédiate et exacte est tout à fait impossible. L’étude de tels phénomènes relève de la méthode historique et c’est par lemploi critique des archives historiques, qu'on peut approcher indirectement de la vérité.
« La phylogénie utilise ces documents et les évalue suivant la méthode historique. De même que l'historien, au moyen de chroniques, de biographies, de lettres particulières, relate des événements depuis longtemps écoulés; de même que larchéologue par létude des sculptures, des inscriptions, des ustensiles, arrive à connaître l’état de civilisation d’un peuple depuis longtemps disparu; de même que le linguiste nous démontre en comparant les langues parentes soit dans leur état actuel, soit dans leurs monuments littéraires les plus anciens, qu’elles se sont développés et qu’elles tirent leur origine
(1j A. ComMTE. Philosophie positive, 28e leçon. (2) Discours sur la théorie de l’évolution, prononcé au Congrès des naturalistes allemands, session de Munich. (Rev. scientif., déc. 1877.)
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d’une langue mère commune ; de même le naturaliste par l'emploi critique des archives phylogénétiques de l'anatomie comparée, de l’ontogénie, de la paléontologie arrive à connaître approximativement les faits qui dans le cours de la durée ont amené àes changements dans les formes de la vie organique sur notre globe. »
Cette méthode parfaitement scientifique, présente même une remarquable analogie avec la méthode préconisée par Aug. Comte pour l'étude du passé des sociétés, et qui consiste à comparer les résultats de l'étude de l’histoire aux résultats de l’étude de la nature humaine.
De même le naturaliste transformiste compare les résultats de l’étude des documents historiques relatifs à l’histoire des espèces, aux résultats de l'étude de l’évolution des individus: il compare les résultats de la paléontologie à ceux de l’'embryologie et il tire ses conclusions de leur concordance.
« L'histoire généalogique des organismes, ou la phylogénie, poursuit Hæckel, ne peut reposer sur des bases plus exactes, plus expérimentales que sa sœur aînée, la géologie.
« Et cependant la valeur scientifique de cette dernière science n’est plus contestée. L'ignorant seul, peut sourire encore d'incrédulité en entendant dire que les puissants massifs des Alpes, dont les crêtes couvertes de neige brillent au loin devant fous, ne sont rien autre chose que des vases marines durcies. La structure stratifiée de ces montagnes et les fossiles qu’elles renferment, ne comportent pourtant aucune autre explication, bien que cela ne puisse se prouver d’une manière directe et avec le degré d’exactitude d’un phénomène physique ou chimique.
« Aujourd’hui tous les géologues sont d'accord pour admettre une succession, une classification déterminée de ces couches alpestres ; et cependant il s'agit d’un système stratigraphique qui n'existe au complet nulle part sur la terre.
« Les hypothèses phylogénétiques ont la même valeur que ces hypothèses géologiques.
« La seule différence entre elles, c’est que ce vaste ensemble hypothétique de la géologie est incomparablement plus complet, plus simple, plus facile à saisir que celui de la phylogénie encore en bas âge. »
Mais est-il vrai que les faits connus viennent témoigner contre le transformisme comme l’a soutenu A; Comte après Cuvier, en invo-
quant la permanence des espèces les plus anciennement observées ; et la résistance des espèces actuelles aux plus grandes forces modificatrices.
Cuvier a conclu à la fixité de lespèce, de ce que les momies des chats, des ibis, des crocodiles de l'Égypte sont identiques aux espèces actuelles vivant encore sur les bords du Nil.
Or, cet argument, reproduit par A. Comte, par M. de Quatrefages, ne prouve rien contre la possibilité de la transformation des espèces car il s'applique également, comme la fait remarquer Ch. Martins (1) à des formes animales qui sont considérées par les adversaires du transformisme comme des races et des variétés d’une même espèce. Ainsi le bélier représenté sur les monuments égyptiens est identique au bélier nubien actuel ; le petit cheval des paysans lithuaniens ne diffère pas du dauw illustré dans les chants primitifs de ces peuples et dont les squelettes se retrouvent dans les anciens tombeaux.
L'identité des types anciens avec les types modernes dans ces deux cas, prouve simplement que les conditions d’existencede ces êtres ne se sont pas spontanément modifiées et que les peuples ‘qui ont succédé à ces nations primitives n’ont rien fait d'autre part pour modifier ces races par des croisements et par la sélection artificielle.
Quant au fait de la résistance des espèces actuelles aux plus grandes forces modificatrices, il résultait, pensait A. Comte (2), « d'une exacte analyse générale de l'influence organique de la domestication prolongée, soit sur les végétaux, soit sur les animaux. Il est clair, faisait-il judicieusement remarquer, « que la perturbation artificielle introduite à tant detitres, par l'intervention humaine, dans le système antérieur des conditions d'existence propres aux diverses espèces devenues domestiques, constitue nécessairement le ças le plus favorable à leur variation fondamentale, surtout lorsqu’elle a concouru avec le changement de séjour, comme, par exemple, à l'égard des espèces ('omestiques transplantées, depuis plus de trois siècles, d'Europe en Amérique.
Eb bien, malgré les changements tres appréciables que de telles influences ont du déterminer, même en une localité constante et par le
(1) Introduction à la philosophie zoologique de Lamarck. ?) Philosophie positive, I, p. 396.
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seul laps de temps, on reconnaît néanmoins, conclut Aug. Comte avec la science de son époque, la persévéranee incontestable des caractères essentiels propres à chaque espèce, sans qu'aucune d'elles ait jamais
. pu se transformer réellement en aucune autre. »
Or, Darwin (1) se plaçant sur le terrain même choisi si judicieusement par A. Comte, est venu démontrer la dérivation de nouvelles espèces aux dépens d’espèces ancieunes. Parmi les nombreux exemples qu’il a cités, le plus connu et le plus topique est celui du pigeon qui est un des animaux les plus anciennement domestiqués. Darwin en a compté 150 races, dont la plupart diffèrent entre elles par des caractères tels, que si les ornithologistes les avaient trouvées à l’état sauvage et vivant en liberté, ils n'auraient pas hésité à les considérer comme autant d'espèces séparées, devant prendre part dans plusieurs genres distincts. Or faut-il voir dans nos pigeons les représentants de plusieurs espèces restées distinctes dans la nature, mais dont les descendants domestiques sont aujourd’hui confondus sous une dénomination commune, parce que le souvenir de leur origine multiple est tombé dans l’oubli? Ou bien faut-il les accepter comme
. étant issus d’une seule espèce et dont les différences sont dues à ce
que les caractères primitifs de cette espèce se sont profondément altérés sous la pression des circonstances ?
Buffon et Cuvier s'étaient posé ces questions, et tous deux avaient cru ne pouvoir expliquer la multiplicité, la diversité de ces races que par l'existence de plusieurs espèces originelles.
Or, Darwin a mis hors de doute, de l’aveu même de M. de Quatrefages (2), l'adversaire déterminé du transformisme, que toutes ces formes animales transmissibles par voie de reproduction normale qui caractérisent les diverses races de pigeons, dérivent d’une forme spécifique unique, du pigeon de roche ou Biset.
La même démonstration peut s'appliquer à diverses espèces artificielles ou races de pommes, de poires, de pensées, de dahlias, etc.
Et ces diverses espèces que l’homme a créées d’une seule espèce par ses procédés de sélection, diffèrent souvent plus entre elles au point de vue morphologique que des espèces sauvages.
(1) De la variation des animaux et des plantes sous l’action de la domestication.
(2) DE QUATREFAGES. Darwin et ses précurseurs français, p. 84.
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De cela, les adversaires du transformisme conviennent bien, mais : ils invoquent pour séparer les espèces naturelles de ces espèces en discussion, une différence physiologique importante. Les premières ne pourraient jamais former d’unions fécondes entre elles, si voisines qu’elles soient ; les autres au contraire pourraient toujours se croiser entre elles en donnant lieu à des produits indéfiniment féconds.
De nombreuses et sûres expériences ont établi que ce caractère physiologique différentiel n'est pas absolu : 1° que deux espèces naturelles peuvent s’accoupler et donner naissance à des bâtards féconds (lièvres et lapins, chiens et loups, chèvres et moutons, œgilops ovata et froment, nombre d’espèces diverses des genres de carpes et de truites, de saules et de roners); 20 que les descendants d’une seule et même espèce qui d’après la théorie devraient jouir constamment d’unions fécondes, ou ne s’accouplent pas entre eux sous l'influence de certaines circonstances, ou ne procréent que des bâtards inféconds (lapins de lîle de Porto-Santo, diverses races de chevaux, roses, hyacinthes, etc.) |
Il faut toutefois reconnaître que ce caractère différentiel tiré de la physiologie comparée est exact dans la généralité des cas, êt que pour ce qui concerne les hybrides ils deviennent rapidement inféconds: au bout de quelques générations et retournent à l’un des deux types originels.
Mais cette particularité physiologique a-t-elle la portée que lui attri-: buent les partisans de la fixité de l’espèce, et suffit-elle à la caractériser ? C'est ce qu’il est permis de contester, car alors comment pourrions-nous appliquer la notion de spécificité aux êtres asexués. Pour caractériser l'espèce, il faut évidemment choisir un caractère ou des caractères qui s'appliquent à tous les cas, condition à, laquelle ne satisfait pas une particularité physiologique bornée aux êtres sexués.
La différence qui existe au point de vue di croisement entre les espèces « naturelles » et les espèces « artificielles » peut signifier simpiement que ces dernières sont des espèces plus jeunes, chez lesquelles des divergences ne se sont pas assez développées pour empêcher des alliances fécondes.
Enfin, la découverte des microbes est venue permettre d’expérimenter sur les espèces, en mettant à notre disposition par rapport à
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ces êtres de vie si courte, et de reproduction si rapide, le temps, ce facteur indispensable de toute transformation.
Wassezug (1) a expérimenté sur le bacille du pus bleu, et sur le micrococcus prodigiosus, en employant d’abord l’action des antiseptiques, puis les cultures prolangées dans des milieux acides remplaçant les milieux alcalins ordinaires et il est arrivé aux conclusions suivantes : « Quand une forme est une fois acquise dans un milieu donné, elle arrive à sy fixer d’une façon permanente, et quand on modifie le milieu, la forme ne varie pas. ou commence par varier très peu: le retour à la forme fixée est d'autant plus rapide que l’action du milieu primitif a été plus prolongée. Toutefois à mesure que l'influence du nouveau milieu se prolonge à son tour, le changement morphologique se prononce davantage, et se transmet de génération en génération, jusqu'au moment où le retour à la forme antérieure ne peut plus s’effectuer. Ces résultats s'appliquent aussi bien à la fonction qu'à la forme: car on peut abolir d’une façon permanente chez ces êtres la fonction de produire des matières colorantes, fonction qui est normale chez eux et qui fait partie de leur définition. »
Dès lors, que peut-on reprocher à une théorie qui s'appuie sur tous les faits connus des sciences biologiques les plus diverses, sur ceux de la morphologie et de la physiologie comparée, sur ceux des organes rudimentaires et du développement embryologique, sur ceux de la géologie et de la distribution géographique des êtres organisés, et qui, grâce à la microbiologie se réclame même de l’expérience, la plus haute forme de la preuve d’après Virchow.
Tous ces faits démontrent avec la plus grande évidenceque « le plan de l’organisation n’est pas immuable dans l’espèce, que l'espèce peut se détacher de l’espèce », contrairement aux affirmations de Cuvier, de A. Comte, de de Quatrefages, de Virchow, etc...
Ils prouvent la modificabilité indéfinie de l'espèce.
Mais modificabilité indéfinie ne veut pas dire modificabilité illimitée.
La modificabilité de l’espèce est en eflet réglée et par suite limitée par l’hérédité qui conduit l'être vivant à réagir de telle manière déter-
(1) Annales de l'Institut Pasteur, 1888, p. 77 et 155.
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minée et non pas indifféremment en présence de telle modification produite par un changement dans les conditions d'existence ; qui gouverne le mode d'adaptation d’une espèce donnée.à de nouvelles conditions d'existence, de telle sorte qu’un mammifère vivant dans un milieu aquatique y est adapté d’une façon particulière, différente du mode d'adaptation du poisson à la vie dans le même milieu.
Et même il y a lieu de faire remarquer que l'influence de l’hérédité à mesure qu’elle s’accumule laisse de moins en moins indéterminé le sens de la modificabilité.
Selon la remarque d’Auguste Comte : les vivants sont de plus en plus gouvernés par les morts.
Mais faut-il croire avec A. Comte et Ch. Robin, que du moment que l’on admet la transformation indéfinie des diverses espèces les unes dans les autres, l’idée d'espèce cesse presque absolument de comporter aucune exacte définition scientifique.
In’en est rien, mais d’absolue, la notion d'espèce devient relative.
Elle est dès lors l’ensemble de tous les individus qui tirent leur origine des mêmes parents et qui sont susceptibles de redevenir par eux-mêmes où par leurs descendanis semblables à leurs premiers ancèlr'es. (Carl Vogt.)
Par rapport à son espèce mère, l’espèce fille a commencé par être une variété dont les caractères typiques ont été peu à peu consolidés par l’hérédité, jusqu’au jour où ils ont été assez fixés pour empêcher tout retour au type originel.
L’espèce est donc circonscrite uniquement par l'atavisme, et la notion de spécificité s'applique à ce caractère évolutif, d’après lequel une espèce donnée ne peut jamais se confondre avec une espèce collatérale ou antérieure.
Individualités composées et individualités cellulaires.
Telles sont les notions relatives à l’espèce en zoologie et en botanique, qui précisent le sens biologique de la notion de spécificité.
Mais l'animal de même que la plante, n’est pas une individualité simple, c’est une individualité composée résultant de l’association d'un plus ou moins grand nombre d’individualités élémentaires représentées par les cellules.
Et ce fait de la constitution cellulaire de l'animal et de la plante n’est nullement en contradiction avec le fait de l’unité manifeste de l'être collectif, car, comme le fait remarquer M. Bouchard, « si le caractère « de l'être repose sur les propriétés des éléments, il n'en est pas la « résultante : l’arrangement des parties détermine les attributs supé « rieurs. Avec du cuivre et de l’acier on peut faire une lampe ou « une montre ; les propriétés des éléments constitutifs restent les « mêmes dans les deux cas, l’arrangement de ces éléments déter- « mine seul l'adaptation à des fonctions différentes (1). »
Les cellules qui constituent par leur association les individualités composées sont des petits corps polyédriques ou sphéroïdaux, dont la masse fondamentale ou protoplasma est en général pourvue d’un noyau avec ou sans nucléole. Contrairement à ce qu’indique ce nom générique de cellule, l'existence d’une paroi n’est pas générale ; fréquente dans le règne végétal, elle est rare dans le règne animal.
Le protoplasma éminemment variable dans sa composition chimique et dans ses caractères physiques, est formé par l’association et le mélange intimes de différents ordres de matière : en premier lieu, des composés organiques à composition anatomique extrêmement complexe, quaternaires, azotés, peu stables, quelques-uns accessoirement sulfurés, quelques autres accessoirement phospho-
(1) Maladies par ralentissement de la nutrition, p 15.
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rés ; ce sont des substances colloïdes, albuminoïdes ou protéiques. À ces composés viennent se joindre d'autres composés organiques plus simples, ternaires, doués d'une plus grande stabilité. Il s'y ajoute des matières minérales et enfin de l’eau, sans laquelle aucune vie ne saurait exister (Ch. Bouchard) (1).
La variabilité du protoplasma est la même pour ses caractères physiques : chez les cellules jeunes, il se présente le plus souvent sous l’aspect d’une substance molle, de consistance semblable à celle du miel ou du blanc d'œuf, et douée d’un grand pouvoir osmotique ; mais chez les cellules adultes, il devient généralement plusconsistant, soit par diminution d’eau, soit par assimilation de matière minérale.
Sous le microscope, le protoplasma non différencié des cellules jeunes est clair, diaphane, quelquefois parfaitement homogène et transparent, le plus souvent parsemé de fines granulations plus ou moins abondantes. Mais cet aspect du protoplasma est généralement modifié chez les cellules adultes par des différenciations intérieures variées, consistant en des concentrations sous forme de stries, tantôt régulièrement alignées, tantôt disséminées, ou disposées sous forme de réseaux diversement figurés. On y rencontre fréquemment des granulations pigmentaires ou graisseuses, des dépôts minéraux amorphes, des cristaux, etc.
Le noyau qui se présente sous l’aspect d’un petit corps transparent, de forme variable selon les types cellulaires auxquels il appartient, parsemé de fines granulations plus ou moins abondantes, est, d’après Flemming, limité par une membrane d’enveloppe.
Et d’après les observations concordantes de C. Frommann, de Stras burger, de Schwalbe, de Flemming,ete...,il serait en réalité constitué par lunion de deux substances : une substance nucléaire plus dense, plus réfringente, fixant fortement les matières colorantes, disposée sous forme d’un réseau de fibrilles granuleuses (réseau chromatique) partant du nucléole comme centre ; et d’un suc nucléaire, moins dense, contenu dans les mailles du réseau chromatique et restant incolore en présence des réactifs des noyaux.
Les nu léoles sont des corpuscules arrondis, réfringents, qui fixent la plupart des reactifs colorants avec plus d'énergie que ne le fait le noyau lui-même. \
(1) Maladies par ralentissement de la nutrition, p. 15.
Tantôt, ils se manifestent sans l'intervention d'aucun artifice de préparation comme le nucléole des cellules nerveuses ganglion naires.
Tantôt, ils n'apparaissent que lorsqu'on a artificiellement gonflé les noyaux à l’aide des acides faibles ou mieux de l'alcool au 1/3.
L'opinion de Schwalbe, de Flemming et de Klein qui refusent aux nucléoles toute existence propre et les considèrent simplement comme des épaississements nodaux du réticulum du noyau, est combattue par J. Renaut (1).
Cet auteur se fondant sur la netteté des contours du nucléole au
milieu de la substance du noyau, sur la possibilité de son isolement
lorsque le noyau est accidentellement rompu, sur les modifications régulières d'ordre pathologique qu’il présente, telles que sa dilatation progressive observée sur les cellules du corps muqueux de Malpighi dans certainescirconstances morbides, conclut à son individualité et est porté à le considérer comme un corps creux rempli d’un liquide particulier.
La cellule est donc un élément très complexe qui satisfait pleinement à ce principe posé par Aug. Comte (2), repris et développé ultérieurement par Herbert Spencer, d'après lequel, « il ne saurait y avoir ni vie, ni organisation sans un certain système indissoluble de parties plus ou moins hétérogènes concourant à un but commun ».
Cet élément complexe présente le double mouvement intestin à la fois général et continu de composition et de décomposition par le-
. quelde Blainville a défini la vie, et qui caractérise en effet ce phé-
nomène daus toute son universalité, car il est commun à toutes les particules vivantes, il n'appartient ni à la matière inorganique, ni à la matière organique morte et il implique lui-même, comme l'a fait remarquer A. Comte (3), l'existence d'un organisme déterminé et d’un milieu convenable.
Il suppose en outre, déclare encore A. Comte, l’absorption avant la composition et l’exhalation des produits de la décomposition.
« Le résultat de ce mouvement est, en: effet, d’entrainer dans lin- « térieur de la particule vivante des matières extérieures qui ne sont
(1) Histologie pratique, p. 29.
(2) Philosophie positive, 41° leçon, 1836.
(3) Philosophie positive, 40° leçon, 1836.
« pas vivantes, de leur faire subir des mé amorphoses chimiques «qu’on peut appeler vivifiantes, parce que sous l'influence de ces « métamorphoses, ces matières deviennent parties constituantes de « l'élément vivant et participent à sa vie; c’est de faire subir encore : à Ja substance vivante de nouvelles métamorphoses chimiques « qu'on peut appeler rétrogrades, parce que, sous leur influence, la « matière cesse d'être vivante; c’est enfin d’expulser les derniers produits de décomposition (Ch. Bouchard) (1). »
‘Mais en dehors de ces caractères généraux anatomiques et physiologiques communs à toutes les cellules, celles qui entrent dans la composition des animaux supérieurs présentent des différences considérables de forme, de structure, de composition chimique et de physiologie, en rapport avec cette loi d'évolution : que la progression organique s’accomplit par une division de plus en plus grande du travail physiologique, par une spécialisation fonctionnelle croissante (Milne Edwards). Fa
La plupart, en outre de leur activité nutritive, présentent des activités fonctionnelles spéciales : les unes absorbent (épithélium intest:nal); d’autres transportent, soit des matières gazeuses (hématies), soit des matières liquides et solides (leucocytes), d’autres agissent sur les matières premières qui leur sont apportées, leur font subir des élaborations spéciales et les livrent à l'association transformées (cellules hépatiques, certains épithéliums glandulaires) ; d’autres sespé cialisent pour le travail mécanique (cellules musculaires); d’autres édifient les leviers nécessaires à l’acéomplissement de cette mécanique (cellules osseuses), d’autres sentent (cellules nerveuses), d'autres déchargent l'organisme de ses produits de combustion, de ses déchets de tous genres (épithéliums sudoripares), etc., etc.
A ces spécialisations physiologiques correspondent des différenciations anatomiques qui entraînent entre les cellules spécialisées des différences considérables de forme et de structure.
Ainsi spécialisées et différenciées, les cellules appartenant aux divers types cellulaires, réagissent différemment lorsque leurs conditions d'existence sont modifiées sous l'influence d’une même cause générale d'ordre pathologique ou d’un même agent thérapeutique.
Les cellules de structure et de physiologie semblables, se groupent
1) Maladies par ralentissement de la nutrition, 2 leçon.
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entre elles pour former des tissus, dans la composition desquels peuvent entrer pour une part accessoire et subordonnée des élements différents, tissus qui présentent les propriétés caractéristiques physiologiques et pathologiques des cellules qui les composent fondamentalement.
Le concours de tous ces éléments est établi par l’action du système nerveux, et Aug. Comte a démontré par la comparaison du règne animal que la spécialisation croissante des fonctions est en rapport avec le développement croissant du système nerveux qui assure le concours.
Toute cellule naît, évolue et meurt.
Elle naît d’une autre cellule comme l’ont affirmé successivement Kôlliker, Remak, Virchow, et selon deux modes principaux : l’un de division directe, constaté par Klein et Ranvier sur les globules blancs de la lymphe et du sang du Triton et de l’Azolotl, l’autre de division indirecte ou kariokinèse connu depuis les travaux de Fol, d’Auerbach, O0. Butscoli, O0. Hertwig, Mayzel, W. Flemming, Strasburger, Retzius, etc... et, d'après Guignard, identique dans toutes les cellules fixes des animaux et des végétaux.
Toutes les cellules d’un organisme composécomme celui del’homme ne se multiplient pas.
Et si on compare à ce point de vue les divers types cellulaires, on constate que plus un type cellulaire est différencié, c’est-à-dire plus son activité fonctionnelle est développée par rapport à l’activité vitale commune, plus sa structure s'éloigne de celle des cellules de l'embryon, plus elle devient complexe, moins les cellules qui présentent ce type sont aptes à la reproduction, plus elles sont dégénérées au sens étymologique du mot.
Il suffit de comparer à ce point de vue l’épiderme en incessante rénovation, au tissu nerveux, l'épithélium de revêtement de l'intestin en voie de reproduction constante, avec les cellules hépatiques, de comparer les leucocytes et les hématies, les cellules conjonctives et les cellules osseuses.
Mais c’est dans les conditions pathologiques et en particulier dans celles qui donnent naissance aux néoplasies que le fait se manifeste avec le plus d'évidence.
Ainsi les tumeurs conjonctives sont infiniment plus fréquentes que les tumeurs cartilagineuses et osseuses; de même les tumeurs déve-
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loppées aux dépens du tissu musculaire lisse sont plus fréquentes que celles développées aux dépens du tissu musculaire strié; l’épithélioma primitif du foie est très rare par rapport à l’épithélioma primitivement développé aux dépens du revêtement épithélial de l'estomac et de l'intestin ; les néoplasies épidermiques sont très fréquentes tandis que l’existence de néoplasies nerveuses est discutée.
Mais il y a plus, ce rapport entre la fécondité et la différenciation s’observe même parmi les cellules appartenant à un même type; à un même groupe cellulaire.
Ainsi, si nous prenons pour exemple l’épiderme, nous voyons que la fécondité diminue à mesure que croît la différenciation de la couche basilaire à la couche cornée. Les cellules de la couche basilaire sont. en voie de multiplication continuelle ; les cellules de la couche de Malpighi sont déjà beaucoup moins aptes à la reproduction, et à partir du stratum granulosum la reproduction ne se fait plus du tout, comme l'ont démontré les expériences comparatives de Reverdin sur la greffe de la couche génératrice et sur celle de la couche cornée.
Il en est de même lorsqu'on compare la fécondité des cellules épendymaires, à la stérilité absolue ou relative des cellules nerveuses.
On pourrait appliquer la même remarque aux cellules osseuses de la couche sous-périostée qui sont peu différenciées et qui multiplient, mais qui perdent tout ou partie de leur fécondité lorsqw’elles se sont spécialisées dans l'édification du tissu osseux, comme l’ont prouvé les expériences d'Ollier sur les greffes comparatives des cellules de la couche ostéogène et des cellules osseuses proprement dites.
Il semble même se faire dans ces cas une division du travail curieuse, parmi les cellules appartenant au même type; les unes restant affectées à la reproduction et se différenciant peu, les autres se spécialisant pour d’autres fonctions et présentant une différenciation plus où moins prononcée.
En rapport avec ce fait, les anatomo- Re es avaient remarqué depuis longtemps que les tumeurs sont d'autant plus graves au point de vue de la rapidité de leur développement, et de leur extension queles éléments qui les composent sont moins différenciés et ils avaient expliqué généralement ce fait par l'influence de l’âge; les cellules nôn différenciées étant d'après eux des cellules jeunes et plus
aptes à la reproduction que les cellules différenciées considérées comme des cellules vieilles. Mais cette explication ne rend pas compte de ce qui se passe dans l’épiderme où les eellulés basales, cellules mères sont plus vieilles que les cellules filles étagées dans le réseau de Malpighi, le stratum granuiosum, le stratum corveum, à moins qu’on ne prétende que lorsque la cellule basilaire de l’épiderme se divise c'est la cellule fille qui reste en contact avec la basement membrane, pendant que la cellule mère est repoussée vers le monde extérieur. Mais une telle interprétation serait en contradiction avec la persistance des dentelures qui fixent chaque cellule basilaire sur la basement membrane, et avec ce fait que la production d'une basement membrane indique l'arrêt du développement cellulaire du côté où elle apparaît.
Ces raisons nous portent à croire que la malignité des tumeurs est en rapport beaucoup plutôt avec l'absence de différenciation des cellules qui les composent qu'avec leur âge proprement dit.
Le fait du rapportentre la différenciation et la reproduction n’est d’ailleurs pas spécial aux cellules et semble commun à tous les êtres vivants.
Il se vérifie chez les animaux et les plantes, et M. Herbert Spencer notamment à signalé la surprenante différence de fécondité entre les espèces inférieures et supérieures.
Il se vérifie également dans l’intérieur de l'espèce humaine, quoique plus difficilement à cause des nombreux coefficients nouveaux qu'introduit la vie sociale et qui compliquent le phénomène.
Cependant on peut observer, même en tenant un large compte des coefficients nouveaux introduits par la vie sociale, que les populations perdent de leur fécondité à mesure qu’elles se différencient davantage de l’animalité, qu’elles développent les caractères humains distinctifs, c’est-à-dire tout cet ensemble de facultés cérébrales qu'on peut désigner sous le nom d'âme en dégageant ce terme de toute acception métaphysique.
La diminution de la fécondité française me paraît être beaucoup plus en rapport-avec le développement et l'extension de la vie çérébrale chez cette population, qu'avec l'intention arrêtée des familles de limiter le nombre de leurs enfants.
Le nombre croissant des ménages stériles malgré les désirs des époux, me paraît témoigner contre l’importance exagérée qu’on à accordée à la restriction volontaire.
S'il est difficile de comparer au point de vue du rapport entre la différenciation et la fécondité, les diverses sociétés humaines à cause de l'intervention d’une foule de conditions accessoires qui modifient le phénomène fondamental, comme la monogamie ou la polygamie, l'influence des diverses croyances religieuses sur le règlement de l'instinct sexuel, etc.…., l'observation devient plus facile lorsqu'on compare les diverses classes d’une même société.
On constate alors à n’en plus douter que la fécondité décroit à mesure que la vie cérébrale devient plus intense. Les classes dirigeantes sont moins fécondes que les classes dirigées. Et l’on sait que la plupart des hommes de génie meurent sans laisser de postérité.
Il ya dans tous ces faits une loi de balancemeut organique que M. Herbert Spencer a étudié à propos des espèces animales et qiwila expliqué en établissant un rapport antasoniste entre ce qu’il appelle les frais de genèse et les frais d’individuation, ces derniers comprenant trois éléments, la croissance, le développement, l'activité. Tous ces frais sont prélevés sur les ressources vitales transmises par l’hérédité ou fournies par la nutrition et qui sont limitées.
. Or plus les frais d’un organisme sont considérables pour conserver et développer son individualité, moins il reste de ressources pour sa reproduction.
Il arrive donc nécessairement que toutes choses égales d’ailleurs, l'accroissement des forces conservatrices de lindividu, implique Île décroissement des forces conservatrices de l’espèce.
Lorsqu'il y a augmentation des frais d’individuation il y a nécessairement décroissance des frais de genèse.
Que la supériorité Au type consiste en une grandeur relative, en une complexité plus grande, en une activité supérieure, ou que ce soit en l'union de quelques-unes de ces qualités ou de toutes à la fois, cela ne change rien à la conclusion. Le grand fait est que Les organismes où l'intégration et la différenciation de matière et de mouvement ont élé poussées le plus loin, sont ceux où le chiffre de la multiplication est lombé le plus bas.
Et en ce qui tauche l’espèce humaine M. Herbert Spencer montre que la demande élevée de matériaux destinés à étabir et!à faire jouer les fonctions psyshiques est une demande constitutionnelle. Le système nerveux plus développé, attire par son activité accrue, une