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DES PRIX LITTERAIRES

Il n'est plus considéré comme déshonorant aujourd'hui d'obtenir un prix littéraire. On sait quelle âpre lutte stratégique a dû mener le vainqueur et on l'en estime.

La renommée (1) n'y gagne rien; mais un prix littéraire c'est toujours deux, trois, quatre ou cinq mille « balles » qui tombent. Il ne faut pas accepter moins.

Le prix Concourt donne pendant quelquetemps une réputation; le prix Sully-Prudhomme doit être laissé aux vieilles dames inédites; à l'Aca-

1. Les prix littéraires servent à la renommée,mais à celle de tous les Candidats. Pendant la campagne, des noms sont prononcés. Le public les lit et retient indistinctement ceux des vaincus et du vainqueur.On se désintéresse d'un prix attribué comme d'un crime qui n'<est plus mystérieux. D'où : être candidat à tous les prix littéraires.

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demie, on risque de se voir attribuer un dixième de prix qui ne rembourse pas les frais de voiture.

Car on pense bien que, pour tous les prix, il y a des frais de voiture. Un prix, comme toute chose qui fait Tobjet d^un Concours,exige beaucoup de démarches.

Il y a des campagnes à soutenir, comme aux élections. On pourra se reporter pour ce chapitre aux manuels électoraux (1). Toutes les manœuvres de la politique sont bonnes ici, surtout les manœuvres de la dernière heure.

Ainsi, en 1911, au moment où M. Léon L... allait obtenir un prix, quelqu'un expliqua aux membres du jury que le beau-père de L. . . était millionnaire, que celui-ci occupait une brillante situation et que, par conséquent, il fallait donner le prix à un autre.

L'argument était mensonger, mais produisit l'effet attendu.

1. Et principalement au Manuel du Candidat de Charles Rcgismansct et Charles Laisant (Sansot, 1906).

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Note: Un prix littéraire est comme une aumône. Il ne s'accorde pas au plus méritant, mais au plus pleurard :

« Ayez pitié, mon bon Monsieur, je suis enceinte », dit telle candidate.

« Il faut que je m'achète une salle à mang-er hollandaise », riposte M"»o H...

« J'ai mon vieux père sur les bras, mes enfants à élever, je meurs de faim », surenchérissent les candidats.

C'est à pleurer.

Il n'est pas question^ bien entendu, des prix de l'Académie, qui se décernent toujours à des personnes fortunées, mais ce ne sont pas des prix littéraires, ce sont des prix académiques, et leur quête fait partie de la stratégie académique.

Il est bien entendu qu'on ne récompense pas le premier venu. En 1911 encore, les membres de l'A...

des G... avaient reçu un volume remarquable : « Mais ça vient du Caire, dit l'un des académiciens, on ne sait pas de qui c'est, on n'en a pas tenu compte. »

Avoir un prix, c'est prouver qu'on était déjà quelqu'un auparavant, qu'on

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a de belles relations et qu'on a un éditeur qui sait « se remuer ».

Il y a, comme bien on pense, une Stratégie « post-prémiale ». Un prix littéraire ne doit pas être mangé comme n'importe quel chèque. C'est un capital qui doit donner entre des mains adroites du 500 ^/o.

Ergo: V Ne vous présentez jamais à un concours littéraire si vous n'avez pas dans votre tiroir au moins trois ou quatre manuscrits prêts à partir.

Prendriez-vous le train pour Vladivostock si vous n'aviez que l'argent du voyage ? Non. Alors ne partez pas pour la Gloire si vous n'avez pas de quoi la nourrir, une fois atteinte. La Gloire ne se laisse pas attraper deux fois par le même coureur. Tant pis pour celui qui la lâche.

2'^ Prenez vosprécautions pour que, le jugement rendu, les reporters puissent trouver sans effort votre demeure.

Tenez des photographies de votre personne à leur disposition. Au besoin, imitez ce jeune homme qui sut apporter à tous les journaux de Paris, dans l'après-midi même qui suivit Tattribution de son prix, sa photo et

Des prix litléraires 1 lî)

un article tout préparé où entière justice était rendue à son talent incomparable.

Si l'on vous interviewe, souvenezvous de la phrase que vous disiez aux jup^es en leur portant votre livre :

4c Je suis un jeune poète... sans relations... j'ai travaillé dans le silence... à Técart des petits cénacles... »

N'ajoutez pas, comme il arrive à des confrères :« J'ai obtenu cette récompense uniquement par mon talent. »

S'» Et maintenant, aux éditeurs l Hâtez-vous sans repos. Il faut battre le fer pendant qu'il chauffe. Placez votre manuscrit dans les vingt-quatre heures et faites-vous signer un bon traité en bonne et due forme. Engagez-vous, s'il le faut, à livrer un roman par mois. Qu'est-ce que ça peut vous faire? Vous avez quatre mois d'avance.

Allons, au travail. Il ne faut pas que « ça refroidisse ». Et dites-vous que bientôt vous atteindrez ce degré de renommée où l'on peut, enfin I écrire n'importe quoi à des dizaines de milliers d'exemplaires (1).

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