‹ Introduction à l'étude de la stratégie littéraireChapitre 25 sur 29 · DE LA CHUTE EN ROMAN-FEUILLETON · texte numérisé non relu

DE LA CHUTE EN ROMAN-FEUILLETON

Chapitre qui devient de plus en plus important. La liste des exemples à classer dans les cartonniers du Laboratoire de Stratégie s'augmente tous les jours de nouveaux cas. On rencontre chaque soir dans les « milieux littéraires » des jeunes gens auteurs de romans-feuilletons qu'un symboliste n'eût pas même consenti à lire. Des gens qui ont façade de purs littérateurs ne tendent qu'à écrire des vaudevilles ou des mélodrames, comme ces peintres qui n'ont de goût qu'à dessiner de petites boîtes à gants ou à patiner des portefeuilles de cuir repoussé. L'artiste, aujourd'hui, sait s'adapter. Il sait l'art de mettre de la menue beauté dans sa prostitution. Des poétesses que plusieurs admiraient emploient ce qu'elles ont de talent à décrire

De lu chute en romun-feuillelon l'il

parle détail physiologique les phases d'un coït ou d'une maternité.

Ainsi les si^^natures des artistes s'impriment chaque semaine à un million d'exemplaires.

Qui donc a prétendu que nous nous enfermions dans une tour d'ivoire et que nous avions le dédain du public?

Nousy sommes allés, au public. Nous y sommes. Il n'y a même plus la tête qui dépasse.

Nous avons compris les nécessités de la vie, indulg^emment. Autrefois, und'Ennery,unGoppée mêmeétaient excommuniés. Aujourd'hui, ceux qui ont définitivement chu en romanfeuilleton ou qui y sont enfin parvenus savent demeurerdans les sacrées phalanges.

Règle : Il ne faut pas sortir de la littérature.

Après le labeur commercial, bâclez au besoin un petit poème et faites-le imprimer dans une revuette « indépendante ». Cela suffit, si vous ne pouvez pas garder une vie intérieure (art pur) et une utilité extérieure (feuilletons, théâtre d'horreur, etc.).

Peut-on, pour gagner sa vie, faire

122 Stratégie littéraire

de tels travaux sans les signer^ voire en signant des mélodrames P...

D.,. (1) ou des romans policiers du nom d'un usinier à la mode? Non, car si les petits camarades affectent du dédain vis-à-vis du commerçant littéraire, ils ont encore plus d'envie: quand G... viendra leur dire : « J'ai un feuilleton au Petit J... », ils penseront d'abord qu'ils n'en ont point.

Il viendrait leur dire : « Une roue de voiture m'a écrasé le pied » que leur première pensée serait: « Et moi? »

L'homme de lettres est ainsi fait.

Comme devant le plus formidable apôtre du Droit d'Arriver, on parlait d'un travail d'érudition commandé à un sien ami sur Dante, il s'exclama brusquement : « Pourquoi R... G... ne me l'a-t-il pas demandé? Un poète peut toujours parlerd'unautrepoète.»

Gonclusion: signez tout et gardez une face littéraire. Rappelez-vous toujours que Gh... H... H... a conservé sa rubrique des revues au M,. .de F...

1. A supposer naturellement que M. D... accepte des collaborations anonymes, ce qui est fort improbable.

Delachute en romnn-feuillclon 123

ceqiii lui permet, dans lo même temps qu'il fait admirer de la foule son talent narratif, de ne pas laisser oublier qu'il demeure artiste éclaire et poète délicat.

Page 1