AVANT-PROPOS
Il est rare que l’histoire diplomatique soit connue dans le détail.
Le nombre des personnages qui y paraissent est restreint. Deux sont de première place et de très haut rang. Le reste, de second plan, fait les utilités. Bien que ces hauts personnages habitent généralement la même ville, ils s’y voient peu, à des intervalles largement espacés, et seulement à travers la grille officielle.
Leurs rencontres restent toujours, devant le monde, empreintes de la plus exquise politesse. Leur action cependant, tout en dehors de ces rencontres, est le plus souvent aux antipodes de ce qu'ils y font paraître. Elle consiste à employer tous les raffinements et une constante surveillance de l’esprit, dans les voies détournées, pour tromper et n'être pas trompé.
Cette duperie diplomatique peut rester honnête au sens que les affaires et le monde donnent à l’honnêéteté. Mais il arrive qu'elle ait recours à toute la gamme des hypocrisies, voire des crimes, depuis la fausse bonne foi et l'apparence, ou l’indignation, de la vertu outragée jusqu’à la calomnie, au complot pour tuer, à l'assassinat. L'Allemagne, qui a montré depuis longtemps qu'elle ne comprenait pas la diplomatie autrement, ne l'avait pour-
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Es à
tant jamais encore mise aussi délibérément dans la :
seconde voie qu’elle a fait dans cette guerre.
Il est certes peu d’histoires qui, pour l'intérêt et l’imprévu des développements, pour la complication des événements, pour la multiplicité et la hardiesse des intrigues, pour la variété et le relief des caractères, pour le constant défi enfin jeté à l'opinion, pourront être com-
parées à celle de la politique allemande, durant cette |
guerre, aux États-Unis.
Pour bien comprendre les développements de cette politique, et tour à tour la comédie et la tragédie, il est nécessaire d’avoir dans l'esprit, et en quelque sorte devant les yeux, le milieu vrai qui leur a servi de théâtre : la géographie et la topographie du pays, la diversité des inclinations et des races, le caractère des personnalités qui ont joué un rôle dans ces développements ou qui les ont conduits.
On peut imaginer un voyageur, un observateur aviateur, qui traverserait les États-Unis, de la côte Atlantique à la Pacifique, à grande hauteur afin de mieux juger des ensembles, et disposant de verres d’une rare puissance pour ne rien perdre des détails. Les spectacles qui se succéderaient sous ses yeux seraient les suivants :
D'abord la mince côte nord-est de l’Altantique, de Portland à Norfolk, avec ses grandes villes, Boston, New- York, Philadelphie, Baltimore, toutes, sinon en égales sympathies, du moins en constantes et comme foison-
nantes relations avec l’Europe par leur commerce, leurs
industries, leurs marchés financiers. En Virginie et vers le sud, d'immenses et riches cultures qui alternent avec de magnifiques forêts.
Puis des terrains bas, rarement ou pauvrement cultivés, souvent marécageux, mais, à tout moment, parsemés de chantiers, hérissés de cheminées d'usines, sillonnés de chemins de fer, avec, partout, une vie industrielle d’une intensité rare. Cette intensité s’accroît à mesure qu’on