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d’un ancien représentant, Fowler. Il a fait élire Buchanan président du Labor's National Peace Council, fondé, ainsi qu'il a été montré, dans le but apparent « d'établir et maintenir une paix universelle par tous les moyens possibles », en fait pour fomenter des grèves et créer des troubles intérieurs aux États-Unis au nom des travailleurs américains.
L'’ambassadeur entend que le Labor's National Peace Council commence sans retard la politique d'opposition et de chantage qui ne cessera d’être la sienne. Dès le lendemain de la constitution de la Société, il fait donc demander par Frank Buchanan au président Wilson une entrevue pour lui communiquer les résolutions adoptées « par le parti travailleur américain ». Le président, qui est fort bien informé des intérêts vrais que représente le Council, et qui ne désire nullement lui donner une apparence de consistance en le recevant officiellement, fait répondre par son secrétaire Tumulty qu’en raison de ses travaux urgents et importants, il aura le regret de ne pouvoir recevoir les représentants du L. N. P. C. Poussé par un agent, qui se donne comme porte-parole de l’ambassade, le lieutenant von Rintelen, Buchanan écrit aussitôt et envoie, à toute la presse des États-Unis, une lettre de protestation, de menaces et de sarcasmes écrite par lui au secrétaire Tumulty. Après une longue diatribe, il termine en déclarant :
« Aussi longtemps que les travailleurs américains resteront unis dans la croyance que le progrès et la prospérité de l'Amérique dépendent de la religieuse observance de la parole de l’Écriture : « Et ils transformeront leurs « épées en socs de charrue et leurs lances en gaules à « fruits, Et une nation ne lèvera plus le glaive contre une « autre nation et les peuples ne connaîtront plus la « guerre », aussi longtemps je continuerai à frapper à la porte du président et à réclamer une audience pour la délégation des travailleurs qui ne désirent pas seulement
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la paix chez eux, mais aussi bien la paix à l’extérieur. »
Une fois encore, pourtant, la manœuvre qui che à mettre le président dans le cas ou bien de donner une apparence de sanction à la Ligue en recevant ses représentants ou bien de se donner à lui-même, s’il les tient à. l'écart, l'air de refuser d'écouter les revendications du parti ouvrier américain, sera déjouée. On vient de voir comment le président avait immédiatement pris position contre la première alternative. La presse loyaliste américaine, en dénonçant immédiatement l’incorrection flagrante de la conduite du représentant Bucharñan et jetant la suspicion en même temps que le discrédit sur le Council, le débarrasse aussitôt de la seconde (x).
Peut-être et sans doute l'affaire eût-elle moins complètement échoué, si elle avait été laissée à la seule direction de l'ambassadeur et sans l’ingérence du nouveau
(1) Buchanan, Fowler, Martin, Rintelen et le comité du Labors National Peace Council furent traduits devant le grand jury le 28 décembre 1915. Tous furent condamnés en dernier ressort, le 21 mai 1937 à un an de prison.
Chacun des membres du Comité, ainsi qu’il fut établi au procès, avait de nombreux rabatteurs et fauteurs de grèves dans tous les grands centres ouvriers. Ceux-ci les tenaient au courant. Les rapports étaient ensuite centralisés à l'ambassade. Le télégramme suivant qui fut produit au procès montre leurs procédés d’action :
« 28 juillet 1915.
« H.-B. Martin. Hôtel Sherman. City Hall Square. Chicago Illinots.
« Organisateurs des États où munitions de guerre sont fabriquées étaient en réunion hier soir. Causé avec eux. Grèves pourraient éclater. Rapports montrent que travailleurs sont prêts à renforcer leurs demandes, - Nouveaux troubles chez travailleurs du matériel de guerre éclateront
dans tout pays. « William DELEHANTY. »
Une copie photographique du compte de Rintelen à la Transatlantic - Trust Co, publiée par le Committee on Public Information de Washing-. ton, établit que, pendant le fonctionnement du L. N. P. C., les sommes payées pour la propagande, du 10 avril au 2 août, se montèrent au total
de 223 000 dollars.
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et bouillant agent de l’Allemagne, le lieutenant Franz von Rintelen (1).
æ Ce Rintelen, nouvellement arrivé d'Angleterre, où il était détenu comme suspect sous le nom de duc Adolf de | Mecklembourg-Schwerin, et d’où il vient de s'évader, est __ d’envergure et mérite une mention à part. Allié à la famille royale, — on a dit même qu'il était très proche de l’empereur en ligne bâtarde, — il est ami particulier du prince Henri de Prusse. Sa femme, née Kauffmann, de l’opulente famille des Kauffmann, est à la tête de la société de Berlin. Lui-même a occupé divers postes diplomatiques et financiers en Angleterre, aux États-Unis et au Mexique. De plus il a, quatre années durant, administré la Deutsche Bank avant la guerre. Il n’est donc nullement sous les ordres du comte von Bernstorff. Mais, tout comme Dernburg, comme Münsterberg, il a été envoyé de Berlin pour aider, conseiller l’ambassadeur, au vrai pour le contrôler. L’ambassadeur ne l’ignore pas. Il jouera donc avec lui le même jeu qu'avec les autres. Cordial, plein de rondeur et d’entrain dans ses relations extérieures, d’ailleurs espacées, il laissera le conseiller se compromettre, ou l’y aidera en sous-main, et il le verra compromis, accusé, incarcéré, jugé, non seulement sans regret, mais avec la satisfaction que peut éprouver un policier qui, après avoir été mis en défaut par le criminel qu'il poursuit, le tient enfin sous les verrous. Le tout ne lui prendra qu’un peu plus de cinq mois. Qu'il ait joué ce rôle de policier jusqu’au bout, qu’il ait
(x) Rintelen fut, après le verdict du tribunal de New-York, en mai 1917, interné dans un pénitencier. Une tentative d’échange contre un soidisant prisonnier américain, Siegfried Paul London, Germain-Américain, arrêté à Varsovie en décembre 1917, fut faite par le gouvernement allemand le 6 juin 1918 avec menaces de représailles sur prisonniers de guèrre américains en cas de refus. Le 7 juin, M. Lansing refusa catégoriquement, menaçant de semblables représailles contre les prisonniers allemands si l’Allemagne portait sa menace à exécution,
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LES COTONS AMÉRICAINS 163 surveillé celui qui avait mission de le surveiller, et. sinon pour le dénoncer, du moins pour mettre la police
et la justice américaine à ses trousses ; que cette justice ait été pourvue avec abondance — par maladresse ou :
négligence — de preuves irréfutables des crimes de l’in-
dividu qu’elle suspectait, beaucoup, au moment, l'ont pensé et plusieurs l'ont dit. Et la manière de l’ambassadeur se retrouve là si bien et telle qu’on l’a connue, qu'on peut croire sans lui faire trop grand tort que tous ont eu raison.
Donc, à peine arrivé, Rintelen gâte, comme nous venons de le voir, l’affaire bien montée du Labors’ National Peace Council, puis s'occupe d'empêcher les expéditions de munitions aux Alliés. Mais, ici encore, il trouve que tout est organisé à souhait. Les résultats ne sont pas bons; mais rien ne reste à faire qui puisse le mettre en avant. Il se tourne donc ailleurs et — sous le prétexte qu’il y est allé et doit connaître les choses — vers le Mexique.
Or il n’est point de lieu ni de propagande où il puisse gêner davantage les plans du comte von Bernstorff. Cette propagande du Mexique, comme celle du Japon, l’ambassadeur l’a dès longtemps étudiée, organisée, mûrie, presque choyée. Il se l’est réservée, l’a considérée partie, et l’une des plus importantes, de sa machine. Il a pensé ne la faire agir qu’à petites doses et à bon escient. Ce doit être pour lui un dérivatif, toujours à portée, et qui doit servir, dans les moments de grandes crises, à détourner l'attention américaine de l’Allemagne.
Rintelen, au contraire, entend agir là à fond et sans aucun retard. Il prétend pousser les choses tout de suite à bout. Quel relief, en effet, pour lui s’il réussit à soulever le Mexique contre les États-Unis, à capter les pétroles de Tampico, à obliger les États-Unis à jeter leurs forces, gardes civiques et réguliers, sur la frontière, à les impliquer enfin dans l’un de ces imbroglios qui font toujours, en fin de compte, l'affaire de l’Allemagne. Et combien
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