‹ Introduction à l'étude des alliagesChapitre 41 sur 61 · BERNSTORFF · texte numérisé non relu

BERNSTORFF

L'Embargo Conference distribua aux électeurs plus de 5 000 000 de télégrammes demandant un embargo sur les munitions. Et, à date fixée, 250 000 de ces messages, tous semblables, s’abattirent sur la White House et les membres du Congrès. La Conference paya aux seules compagnies de télégraphes de Chicago la somme de 20 000 dollars. Elle distribua aussi des tracts et lettres circulaires réclamant l’embargo et dénonçant les Américains qui fabriquaient des munitions. Quoique les membres de la Conference aient affirmé qu’elle ne possédait que des ressources insignifiantes, ses livres de caisse montrent que 57000 dollars reçus de juillet 1915 à juin 1916 consistaient en rentrées variant de 400 à ; 1 000 dollars et données généralement par les Allemands américains de marque habitant New-York, Chicago, Cincinnati, Détroit.

(Documents du Committee on Public Information.)

qui a été observée partout et de tout temps, que les repré sentants et agents de l'Allemagne à l'étranger, devaient employer tout leur effort pour se créer des intelligences, acquérir des influences dans tous les partis et groupes des pays où ils résidaient et afin de s’en servir, à première occasion, pour exciter ces partis les uns contre les autres, pour dominer et diriger le désaccord, pour affaiblir, désagréger, dissoudre enfin l’union, la force, voire l'existence nationale de ces pays. L’ambassadeur d'Allemagne, qui a toujours fort bien observé cette règle aux États-Unis, s’est employé de son mieux pour la mettre non moins bien ou plus efficacement en vigueur au Mexique.

Et il est une autre règle non moins essentielle de la même diplomatie allemande, observée de tout temps, et qui a pu l'aider à y réussir. Cette seconde règle peut s’énoncer ainsi :

Tout représentant ou agent de l'Allemagne en pays étranger devra s’efforcer de connaître à fond le caractère de chacun des leaders politiques de ce pays et aussi bien de chacune des personnes de son entourage ou de l’opposition, et pour agir, le moment venu, soit directement sur ces leaders en s’adressant à leurs faiblesses, leurs manies, ou leurs vices, soit indirectement par les flatteries de leur entourage. Ils auront soin de se rappeler sans cesse que l’homme qui échappe plus vite ou plus souvent par l’ensemble de ses qualités est celui que l’on tient le mieux, au moment décisif, par un seul de ses vices.

De cette seconde règle, il n’a pu faire, et quoi qu'il ait tenté (1), que peu ou point application aux États-

Unis ; elle lui a, au contraire, admirablement servi au. Mexique.

(x) Les rares calomnies lancées contre la vie privée du président n’ont trouvé, même chez les plus prévenus, que fort peu de créance, L'ambassadeur et ses agents n’y ont point insisté

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Au rusé et ambitieux Carranza, qui lui a si bien fait faux bond au moment où il avait davantage compté sur : lui, il va opposer maintenant et pour le mieux tenir, d’une part le jeune, entreprenant et également ambitieux mi- . nistre de la Guerre, le général Obregon, d’autre part le chef de la bande d'opposition, le bandit aux mœurs effrénées Villa.

Il se servira de l’un et de l’autre tour à tour, voire simultanément, faisant avancer celui-ci, retirant celui-là, et quand le premier sera trop loin faisant entrer le troisième en scène qui brouillera le jeu à souhaït. Et il distribuera toujours les rôles de telle sorte qu’en chaque nouvelle rencontre, les intérêts des États-Unis se trouveront un peu plus menacés ou lésés.

C'est ainsi qu’au commencement d'octobre, et dans le même temps qu'il dirige — par les représentants carranzistes, et de manière surtout qu’elles n’aboutissent point — les sessions de la commission mixte américaine-mexicaine qui se promène de la sévère New-London à la gaie Atlantic-City, semble un jour tout près de signer l’accord, mais ie lendemain ne se rappelle plus rien, remet tout en.question et, du côté mexicain, refuse tout ce que les États-Unis demandent et se trouve insultée de n'avoir encore rien obtenir d’eux ; dans le même temps, les troupes de Carranza, on ne sait sous quelle influence, passent en masse au bandit Villa. Enfin, et toujours au même moment, le Département d’État de Washington est averti qu’un important complot se trame, dont ce même Villa doit être le chef, et qui n’a pas un moindre objectif que s'emparer par surprise de la ville et de la garnison américaines d'El Paso. Il est connu que des fonds considérables sont à la disposition des bandits et que n’ont certes pu fournir ni les banques pillées ni les contribuables rançonnés à blanc ou égorgés du Mexique. :

Que la main et les finances de l'ambassadeur allemand

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soient ici et partout, c'est ce qui n’a fait d’abord que peu :

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222 INTRIGUES ET DIF

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de doute et, après les informations reçues, n’en fait plus du tout au Département d’État. Les précautions sont déjà prises. Avertissement est donné au général Pershing.

Le complot, d’ailleurs fort mal secondé du côté mexicain, qui trouve mille raisons de retarder .et de remettre,

échoue. Et le comte von Bernstorff ne fait pas difficulté pour avouer peu après que cet échec est dû, non pas tant

aux préparatifs du général Pershing, qu’à la complicité

__ mexicaine.

Mais il est déjà occupé d’un dernier et plus étonnant coup d’audace pour s’attarder longtemps à fixer les responsabilités et déplorer les erreurs commises. C’est à ce moment en effet qu'ont lieu, à son instigation et coup sur coup, la courte visite à Newport et la dangereuse activité dans les eaux américaines du sous-marin allemand l'U-53.

Le but de l'expédition est clair. Les Américains se verront menacés désormais à la fois dans leur sécurité à venir et dans leurs intérêts présents. Si, en effet, un sous-marin de guerre peut traverser aussi aisément l'Atlantique et commettre en si peu de temps de pareilles

dommages, que ne pourrait faire une flotte de sous-

= marins arrivant inopinément en face de New-Vork? Et

voici le spectre de la guerre et la destruction de New-

= York tels que vus et revus sur l'écran, qui se trouvent

précisés une fois de plus. Mais une autre considération ne devra pas toucher moins les Américains. Leur commerce et leurs intérêts ne vont-ils pas en effet être désormais menacés, mis en péril, détruits peut-être par un blocus de sous-marins allemands? Tout ceci aperçu — et l'ambassadeur compte qu’il a moyen de le faire apercevoir vite — on peut donc compter que l'opinion américaine fera bloc tout d’un coup et pour mieux faire pression sur le président, pour l’exhorter à abandonner sa politique antérieure vis-à-vis de l'Allemagne, pour le

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